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25 avril 2019

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Primitifs modernes

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la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorCinq faux-frères. Cinq dandys de grand chemin. Depuis 6 albums maintenant, ils ont construit une Horde, patiemment, inlassablement. Leur musique est hors du temps, à la fois primitive et moderne ; c'est par la country qu'ils étaient "entrés en chanson", la vie les a portés aujourd'hui à rebrancher les guitares et les amplis qui avaient pris la poussière dans les garages de leur adolescence... Il était temps ! C’est ainsi que se présente très officiellement La Maison Tellier sur leur site.

Dans Primitifs modernes, Alexandre, Alphonse, Helmut, Léopold et Raoul Tellier, proposent des chansons avec un vrai sens de la poésie, un engagement social discret, et une vision très juste du monde d’aujourd’hui (voici la brillante chronique de ce nouveau disque par mon ami Fred Natuzzi sur le site Clair & Obscur. Je ne peux rien de dire mieux).

Le 13 mars dernier, Helmut Tellier est venu me rejoindre dans un bar de la capitale pour parler de ce disque magnifique et profond. C'est sa troisième mandorisation (la première en 2014 et la seconde en 2016).

Argumentaire de presse officiel :la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Dans les villes traversées à l'occasion des tournées, en face de l'île Tatihou, aux studios ICP de Bruxelles, dans des studios implantés dans la campagne normande ou au cœur du Massif central, le sixième album de La Maison Tellier s'est patiemment construit.
C'est le disque du grand retour des guitares et de chansons enregistrées vives - « live ». Plus que jamais, La Maison Tellier est la réunion de cinq musiciens qui offrent le meilleur d'eux-mêmes pour délivrer des chansons qui s'impriment dans nos mémoires et nous ramènent à nos adolescences, quand tout se noue et que se décide notre aptitude à nous engager, nous lier, nous confronter.
Après les premiers albums qui portaient le regard vers un ailleurs, après Beauté pour tous qui
parfois contemplait le passé, après Avalanche qui scrutait en lui-même, Primitifs Modernes semble regarder droit devant, et tout autour. La musique épouse cet élan en un disque physique et charnel, incarné en onze chansons qui se fraient leur chemin jusqu'à nous, convoquant la mélancolie douce des textes d'Alain Souchon ou Yves Simon, galvanisée par l'électricité d'un rock au classicisme élégant hérité du rock américain des années 90 à la manière de R.E.M.
Quand tout change, trop vite, il faut parfois savoir se rallier au premier, à l'éternel. Primitifs
Modernes
offre ceci : onze chansons qui nous ressemblent et nous ramènent à l'essentiel.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorInterview :

Pour ce 6e album, vous avez tout changé de votre environnement professionnel. Il fallait tout déconstruire pour mieux reconstruire ?

Il fallait planter un nouveau cadre de manière artificielle, pour éviter de nous endormir. Tous les cinq, nous avons du savoir-faire, mais aussi des travers qui finissaient par ne plus se remarquer, même par les gens qui bossaient avec nous. Changer d’équipe a permis d’ouvrir les fenêtres et les portes de la Maison, faire rentrer un peu d’air et trouver une manière de se renouveler et sans doute de s’affranchir d’habitudes de vieux garçons.

Se renouveler au bout de 6 albums, c’est une gageure que je comprends parfaitement, mais ça ne doit pas être simple.

Effectivement, nous avons beaucoup de chansons maintenant et je suis conscient que l’on parle souvent des mêmes choses. Après c’est une question de perspective. A quel endroit on va placer la caméra et où va-t-on se placer nous? Nos chansons parlent de rencontres entre des êtres humains, parfois des filles, parfois des garçons, des chansons qui parlent de l’angoisse de mourir, de la joie de vivre…

Ce sont des sujets qui reviennent parce qu’ils te sont obsessionnels ?

Complètement. Mais j’ai l’orgueil de penser que je ne suis pas le seul à avoir ces sujets-là qui me préoccupent. Ce nouvel album est relativement « politique ». Il regarde le monde extérieur là où l’album précédent regardait le moi intérieur. Je me scrutais trop le nombril.

Clip de "Chinatown".

Même l’enregistrement, vous l’avez attaqué différemment. la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Les orchestrations aussi, le choix du réalisateur… Pour se renouveler et nous donner envie de continuer ensemble, tout ceci était important.

A l’écoute de ce disque, on ne se dit pas non plus que c’est un autre groupe. Votre touche « maisontellierrenne » est là, c’est indéniable.

C’est tout un art subtil de changer dans la continuité, sans déboussoler les gens qui nous suivent depuis le début. Il ne faut pas trop non plus se mettre des contraintes énormes. On avait fixé un cadre, mais il n’était pas d’une rigidité extrême.

Pour une fois, vous avez pris les décisions à cinq.

Toutes les décisions concernant les chansons ont été prises de manière démocratique. Tout le monde a donné son opinion, ce qui n’était pas nécessairement le cas pour les autres albums. Avant, je prenais des décisions seuls, parfois à deux… Nous avons décidé que, désormais, nous allions jouer collectif.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorVous avez enregistré ce disque dans les conditions live en deux sessions de 10 jours.

Nous sortions de tournée, donc nous avions en nous une énergie rock. Souvent à l’issue des concerts, les gens venaient nous voir en s’étonnant qu’on ne retrouve pas l’énergie que l’on donne en concert sur les disques. On a donc procédé comme si nous étions devant un public et on s’est fait saigner sur nos Gibson (rires). Il fallait aussi trouver un ingénieur du son, en l'occurrence Pascal Mondaz, habitué aux concerts pour obtenir un résultat simple, minimal et efficace. Là où on a l’habitude d’avoir des arrangements très cossus, nous sommes allés à l’os. Je pense qu’il y a une cohérence dans le son et dans le propos. Du coup, le réalisateur va nous accompagner sur scène pour la tournée.

Tu co-écris et co-compose avec Raoul.

C’est devenu bicéphale, symbiotique et très naturel. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il a un sens de la musique que je n’ai pas dans la composition, dans la virtuosité sur l’instrument, dans ce qu’il entend que je n’entendrai jamais. De mon côté, j’ai ce truc de savoir comment faire sonner les mots en français, trouver une mélodie qui sera cohérente, pas trop artificielle, ni copiée collée. Parfois, on veut faire rentrer tel mot, telle ligne mélodique sur une grille harmonique. Si ça ne passe pas de manière fluide et naturelle, je le remarque immédiatement.

Vous bossez ensemble de quelle manière. ?

On se met dans une petite baraque avec nos deux guitares, un ordinateur et une carte son pour maquetter. Il en sort toujours quelque chose. Les instrus et les suites harmoniques de Raoul ne sont pas toujours faciles à mettre en mots car tout est assez complexes. Lui, il sait que moi j’aime bien quand c’est un peu simple et que ça file tout droit, il va donc paradoxalement s’efforcer de simplifier comme il peut. A force, nous avons fini par nous apprivoiser. Nous souhaitons que notre musique soit assez immédiate sans tomber dans la complaisance et la facilité. A la fois ambitieux et accessible.

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(Photo : William Lacalmontie)

Dans certaines nouvelles chansons, vous laissez des plages musicales assez importantes pour la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorpermettre à tous les musiciens de s’exprimer, voire de s’éclater.

Nous avons des instrumentistes balaises, c’est bien parfois de le montrer. Il faut aussi gérer ces moments-là qui ne doivent pas non plus être trop démonstratifs.

Primitifs modernes est l’album qui vous ressemble le plus ?

Collectivement, oui, sans hésitation. Individuellement, c’est l’album Avalanche qui me ressemble le plus.

Tu es toujours un peu triste de ne pas faire partie d’une famille musicale dans le paysage français.

Au moment d’Avalanche, j’étais un peu malheureux de dresser ce constat. J’en parle encore dans les chansons « La horde » et « Primitifs modernes ». C’est le besoin le plus primaire d’appartenir à un groupe et pourtant, on a toujours eu l’impression de faire notre chemin en solitaire.

Clip de "La horde".

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorJe trouve que c’est justement ce qui fait votre différence et c’est aussi ce que j’aime chez vous.

Au fond, c’est peut-être cela le secret de notre longévité. On a 15 ans d’existence et notre « horde » est encore là.

Sur la pochette du disque, on voit une télévision des années 70 avec une main qui sort comme si quelqu’un était enfermé dedans. J’imagine qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans.

Cette main était la même que l’on retrouvait sur les parois des cavernes. La télé qui vit, c’est une référence à des films comme Poltergeist ou Ring. Il y a aussi, le côté d’aller vers la lumière. Un des propos de ce disque c’est : « on essaie de sortir de nos grottes pour trouver un peu de soleil. »

Vous n’écrivez jamais de chansons définitives, qui jugent la société, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Depuis le premier album de La Maison Tellier, je raconte ma vie, j’écris ma vie, soit en l’embellissant, soit en l’enlaidissant. Je mets en avant mes préoccupations de mec blanc, hétéro, quarantenaire et occidental. J’aime l’idée que mes préoccupations sur le monde qui m’entoure fassent écho aux gens et deviennent universelles.

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Après l'interview, le 13 mars 2019. 

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06 avril 2016

La Maison Tellier : interview pour Avalanche

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Véritable succès critique et public, Beauté pour tous, le précédent album studio de La Maison Tellier, l’a positionné comme l’un des groupes incontournable de la scène française. Bien décidés à entériner leur statut, les cinq Tellier reviennent avec un album ambitieux et magnifique, Avalanche.

Yannick, alias Helmut Tellier, auteur-compositeur-interprète du groupe a été mandorisé une seconde fois (la première, à l’occasion de la sortie de l’album live Beauté partout, en novembre 2014, est à lire ici)

la maison tellier,avalanche,interview,yannick,helmut tellier,mandorArgumentaire du disque :

Dès le premier titre La Maison Tellier donne le ton de ce nouvel album : Cinq est le numéro parfait. Cinq musiciens à l’heure de leur cinquième album. Le groupe n’y est pas allé par quatre chemins. L’album précédent glorifiait le combat pour la beauté. Celui-ci témoigne d’une quête. Une quête vers la joie. Comme certains sont en quête de la foi. Une quête semée d’embûches, de doutes et d’angoisses (« J’ai rêvé d’Avalanches », « Haut, Bas, Fragile »). De questions sans réponses (« Où Sont les Hommes ? »). Une quête où la musique et l’amitié tiennent lieu d’armes fatales (« Cinq est le Numéro Parfait »). Où l’amour (« En Toutes Choses », « Beautiful Again »), les femmes (« Amazone ») et la fête (« 23h59 ») viennent aider nos 5 Chevaliers de la Table Ronde à s’approcher du Graal.

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la maison tellier,avalanche,interview,yannick,helmut tellier,mandorInterview :

Beauté pour tous a été très bien accueilli, ça a placé la barre haute pour le disque suivant, non ?

Nous l’avons pris comme une forme de reconnaissance et cela a eu un côté stimulant pour enchaîner sur Avalanche. On a essayé d’enfoncer le clou pour rester dans la même démarche, voire de faire encore mieux.

Avalanche est l’album le plus pop de La Maison Tellier, il me semble.

(Rires.) On a fait rentrer le loup dans la bergerie. Pour la première fois, on a eu un réalisateur de bout en bout, Yann Arnaud. Du coup, cela a donné une cohérence dans le son. On avait tous confiance en lui et on a accepté de le suivre dans des choix esthétiques qui n’auraient pas été les nôtres. Il nous a parfois mis devant nos contradictions, c’était intéressant. Il a une élégance dans le son qui s’est parfaitement mariée à notre style musical.

Dans Beauté pour tous, vous étiez partis dans de multiples directions parce que vous étiez livrés à vous-mêmes ?

Oui, cela nous a incités à nous autoriser plein de choses. Il y a les deux côtés de la médaille quand on réalise nous-mêmes. On est plus libre, mais on peut s’égarer. Aujourd’hui, grâce à Yann, nous avons moins d’instrumentaux à rallonge, de musiques un peu cinématographiques. Il reste mes influences et celles de Sébastien avec qui j’ai co-composé l’album avant de faire les arrangements avec les autres membres du groupe. A l’origine, j’étais partie pour faire quelque chose d’assez live, d’assez simple et potentiellement d’un peu rock… et, au final, on a un objet qui est soyeux. Yann m’a encouragé à crooner plutôt qu’à crier sur certaines chansons. Etre dans le murmure, un peu caressant, je dois dire que c’est une surprise. Nous sommes tous très fiers de ce disque-là.

Clip officiel de "Amazone".

Est-ce que ça va faire bouger vos habitudes scéniques?la maison tellier,avalanche,interview,yannick,helmut tellier,mandor

On a nécessairement des instruments qui se sont ajoutés, mais ça ne change pas notre approche de nos modes de fonctionnement scéniques.

La chanson « Cinq est le numéro parfait » parle de votre groupe.

Oui, mais j’aime bien mettre quelques filtres et nous présenter de manière plus romancée. On a passé des heures innombrables sur des autoroutes, dans des stations-services à faire des pleins, ce n’est la chose la plus romanesque qui soit. Ce genre de chanson donne un sens un peu mythique, voire métaphysique, à tous ces instants et au fait de fabriquer des chansons. C’était aussi ma façon à moi de remercier mes partenaires et de leur dire que ma vie a changé grâce à eux.

Ça m’a fait penser à cinq chevaliers qui partent sur la route à la recherche du Graal ?

C’est tout à fait ça. Nous savons que l’on recherche quelque chose, mais nous ne savons pas quoi.

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Parfois, il y a des chansons que je ne comprends pas, comme « Où sont les hommes ? », mais ça ne me dérange pas. Ça laisse mon imagination travailler un peu.

(Rires) Je ne la comprends pas plus. Cette chanson était un peu une boutade. J’ai voulu parodier une chanson de Patrick Juvet qui m’a toujours intriguée, « Où sont les femmes ? ». Je n’ai pas voulu choisir mon camp, je pose juste la question, « où en sont les hommes du XXIe siècle qui ont grandi dans un monde où l’égalité homme femme est prioritaire ? » J’avoue que l’on a perdu un peu nos repères.

Les gens reçoivent les chansons chacun à leur façon. Ils comprennent ce qu’ils veulent comprendre.

Je n’aime pas les chansons qui ne sont que du collage de mots qui sonnent bien. Je trouve qu’il faut un juste milieu entre ce type de chansons là et les chansons narratives au premier degré constant. J’aime bien l’idée qu’on ait envie d’écouter la chanson plusieurs fois pour se l’approprier et trouver son sens.

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16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.