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24 octobre 2018

Samuel Cajal : interview pour Une issue

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorSamuel Cajal, connu pour avoir été l’un des deux 3 Minutes Sur Mer, sort un premier projet solo articulé autour d'une voix, d'une guitare et d'un looper. Dans Une issue, on est dans la grâce et l’épure rock. Quoi? Il y évoque la mort, la folie, l’amour, la haine, ses états d’âmes personnels ! La belle affaire ! Il parle franc, parfois cru. Ça fait du bien. On décèle en lui des zones d’ombre, mais c’est vers la lumière qu’il nous amène (tout à fait paradoxal, mais l’homme est paradoxal). Et s’il ne nous prend pas par la main pour nous accompagner dans son univers, dans son monde intérieur, c’est tant mieux… il faut trouver le chemin seul, mais comme le paysage est d’une étrange beauté, on tente d’y déceler tous ses mystères. Et il y en a.

Bref, il fallait que je rencontre Samuel Cajal pour une première mandorisation. Ce fut fait le 8 octobre dernier dans un bar de la capitale.

(Toutes les photos professionnelles sont signées Pierrick Guidou

Mini biographie (par Thomas Burgel) :

Avec K!, Jérémie Kiefer, Albane Aubry ou Andoni Iturioz, avec les furieux et punk Zissis the Beast, avec bien sûr 3 Minutes Sur Mer, ces très remarqués et voltigeurs cousins de Radiohead, Bashung ou Patrick Watson, Samuel Cajal a beaucoup écrit, produit, accompagné – mais jusqu’ici, jamais pour-lui-même. Se lancer en solo était une exigence impérieuse intime, et le grand bond dans le vide du Parisien est vertigineux.

Le disque (par Thomas Burgel) :samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Conçu avec ses comparses Johan Guidou et Matthieu Lesenechal dans la même veine minimaliste et incandescente que son héros Troy Von Balthazar, son premier album Une issue va droit au but et droit au beau, plein de colère retenue (l’implacable introduction « Cœur Noir », avec Wilfried Hildebrandt), de rage gracieuse, de clairs et d’obscurs, d’arrangements à la discrète amplitude, de mélodies lumineuses (« Langoureusement »), rappelant Bertrand Cantat, Low, Pascal Bouaziz, Flotation Toy Warning, Dominique A. La politique générale et les renoncements personnels (la douce et amère « Indigné », avec Nellyla), l’amour et la haine, les batailles universelles du quotidien ou le deuil d’un père (la crépusculaire « Décibels », avec K!), les mots du garçon marquent l’âme d’un bel acide. Au-delà de cette Issue naît ainsi un chemin : celui qu’emprunte, poétique et rageur, un auteur qui s’affirme.

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorInterview :

Tu fais partie d’une famille où on écoutait beaucoup de musiques ?

Oui. Mes parents écoutaient pas mal de chansons et de rock. J’ai grandi avec dans les oreilles Brassens, Pink Floyd, Renaud, les Doors, Jimi Hendrix, les Rolling Stones…

Certains de ces artistes t’ont-ils un peu influencé ?

Très jeune, j’ai eu une grande fascination pour les Doors. C’est amusant parce qu’en primaire, j’aimais les Doors et les New Kids and the Block. J’ai fait un grand écart monumental (rires).

Mais le vrai déclic pour envisager de faire de la musique s’est produit dans quelle circonstance ?

J’avais 13 ans quand je suis tombé raide de Nirvana. Au collège, la même année, les 3emes avaient fait un petit concert de fin d’année où ils avaient repris « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin et d’autres titres comme ça. Ça m’avait fasciné. C’est à ce moment précis que je me suis convaincu de faire ce métier.

Tu as donc demandé à tes parents de t’offrir un instrument ?

Oui, une guitare. J’ai commencé par essayer de jouer « Come As You Are » de Nirvana correctement, puis certains morceaux des Red Hot Chili Peppers.

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© PIERRICK GUIDOU

Comme tout bon musicien qui se respecte, j’imagine que tu as fait partie d’un groupe au lycée.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Oui, j’ai trouvé des élèves assez motivés pour jouer avec moi. Ce groupe a duré 5 ans sous le nom d’Ugra Karma. C’était le nom d’un disque d’un groupe de black metal qui s’appelait Impaled Nazarene. On a gagné quelques tremplins dont un qui s’appelait «les Class’EuRock » à Aix-en-Provence. Ce sont mes vrais débuts. Un premier groupe, c’est le meilleur. Il y a l’innocence, tu crois que tu vas tout casser et que tu vas révolutionner le monde de la musique.  

Que se passe-t-il après ?

J’ai fait une école de musique à côté d’Avignon. Un professeur m’a dit un jour que la meilleure école de musique, c’est de jouer en groupe. Très vite, je me suis retrouvé avec une bande de copains pour jouer, donc. On nous demandait par exemple de faire des reprises et nous, très vite, on s’est amusés à les pervertir. On a fait « Get Back » des Beatles en zouk, « Fire » de Jimi Hendrix en néo metal. De là a découlé un groupe instrumental, Petit four et clarinette, qui a aussi gagné quelques tremplins. On faisait un mélange de jazz et de metal. J’étais bassiste. Ce groupe a continué sans moi sous l’appellation 1980. Ils ont fait un super album et j’espère qu’ils vont en faire un second.

"Une issue" en version acoustique par M-B Prod.

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorPhoto à gauche : avec 3 Minutes Sur Mer lors du Prix Georges Moustaki en 2013 (Marylène Eytier).

Tu arrives à Paris en septembre 2002.

J’ai commencé par faire les petites annonces pour trouver des groupes bien ciblés dans lesquels jouer. Au final, ça n'a jamais marché. Moi qui venais de la campagne, humainement, à chaque fois, il n’y avait pas d’évidence. En 2005, je rencontre Guilhem Valayé via une petite annonce. On devient potes, on se voit souvent et en vient à se dire que ce serait intéressant de tenter de monter un duo. On avait la même envie de s’engager sérieusement dans un projet en français avec des compositions originales. On a donc monté 3 Minutes Sur Mer en 2007.

L’histoire a duré 12 ans.

Une très belle histoire. On a fait deux albums officiels, des EP officieux et de nombreux concerts.

Et toi, tu n’avais pas envie de chanter dans ce duo ?

Pas du tout. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Déjà à la base, j’étais bassiste, je suis devenu guitariste… c’était un pas en avant vers quelque chose de nouveau. Etre devant un micro, mais jamais de la vie !

 Audio de "Décibels" (avec K!)

Et en 2018, tu sors ton premier disque en tant que chanteur, sans passer par la case EP d’ailleurs.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Je n’ai pas fait d’EP alors que beaucoup de gens me le conseillaient. J’avais le nombre de titres suffisant pour faire un disque, alors je l’ai fait. Pour découvrir un univers musical, je trouve qu’une demie heure de musique, c’est l’idéal.

Faire un disque solo, ça veut dire être leader, être devant…

Pour l’instant, je joue seul, je suis donc leader de moi-même… c’est déjà pas mal.

Mais chanter quand on n’a jamais été chanteur, c’est quand même un autre pas en avant gigantesque, non ?

J’ai pris quelques cours, mais je n’ai pas un répertoire qui nécessite d’être un grand technicien de la voix. Il y a pleins de gens qui sont chanteurs, mais qui ne le sont pas vraiment. Le point de départ, c’est que j’avais beaucoup de chansons et que je ressentais le besoin qu’elles existent. Garder des chansons dans son ordinateur sans les faire vivre, c’est un peu tristounet. Mine de rien, j’ai pris du temps avant de franchir le pas. Il fallait que je sois suffisamment bien dans mes baskets pour aller jusqu’à la création de cet album.

Tu y pensais déjà à l’époque de 3 Minutes Sur Mer ?

Ça s’est chevauché sur les deux dernières années. Après, effectivement, la fin de 3 Minutes Sur Mer a fait accélérer ma décision.

Audio de Cœur noir (avec Wilfried Hildebrandt).

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorDans ce disque, il y a des « guests » comme K ! (sur la photo à gauche), Nellyla et Hildebrandt.

K ! et une amie, mais je ne connaissais pas Wilfried Hildebrandt. Je l’ai découvert avec son album Les animals. Je l’ai beaucoup aimé, c’est pour ça que je l’ai contacté pour lui proposer une participation sur la chanson « Cœur noir ». Il a été adorable, a répondu positivement, s’est rendu disponible très vite. C’est vraiment un super chanteur. Il a été ultra pro et humain.

Certains journalistes te rapprochent de Dominique A. Tu en penses quoi ?

C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Quand on a commencé 3 Minutes Sur Mer, des artistes qui faisaient de la chanson rock en français, il n’y en avait pas des masses, surtout avec des formules réduites. Dominique A, c’est une évidence. Il y a sa musique, son propos, son parcours qui s’inscrit dans la durée… Et dans tous ses disques, il y a au moins un ou deux chefs d’œuvres. Cela dit Dominique A n’est pas l’alpha et l’oméga de la musique en France, heureusement. Il force juste le respect.

Vous avez le même coiffeur, en plus.

Sérieusement, si j’avais les cheveux longs, je me demande si on me comparerait à lui si souvent.

Tu te sens plus dans la culture pop rock anglo-saxonne ?

Pas du tout. J’ai horreur du discours anti chanson française ou anti variété française. Je considère faire une sorte de variété française. Quant à qualifier ce qu’est la variété, c’est une autre histoire.

Extrait de "Une issue" (LaCouveuse / Differ - Ant - Believe). Auteur-Compositeur: Samuel Cajal. Produit par Johan Guidou. Prise de vues: Samuel Cajal Montage : Samuel Cajal et Pierrock Guidou.

Tes paroles sont à la fois poétiques et compréhensibles si on gratte un minimum.

Je n’aime pas écrire des textes cryptés, ni des textes premiers degrés. Je suis entre les deux. La vérité, c’est que je ne réfléchis pas à tout ça quand j’écris. Je n’auto-analyse pas mes textes, ce serait vite chiant. On se regarde déjà suffisamment le nombril.

Il y a des artistes dont je ne comprends pas les paroles… parfois, ça me gêne.

J’aime bien le « barré », mais je n’ai décidément pas la culture pop. Je n’aime pas perdre les gens pour perdre les gens. La chanson « Tu mords » par exemple est la ligne que je ne franchirai pas (rires). Mais, en tout cas, chez les autres, je n’ai pas de problèmes avec le côté abstraction, images poétiques, parcours sensitif. Peut-être que je ne suis pas encore capable de le faire, mais pour autant je n’aime pas les narrations hyper claires et linéaires.

En tout cas, tu as fait là un bien bel album.

Je te remercie.

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© PIERRICK GUIDOU