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28 octobre 2019

Marie Sigal : interview pour l'EP Les géraniums

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorMarie Sigal « modèle une musique plus que singulière qui doit autant à Debussy qu’à James Blake, en passant par Feu ! Chatterton. De ce bouquet d’influences s’élèvent des chansons au charme étrange et contagieux, qui revendiquent le goût des mots en décloisonnant les genres » explique l’argumentaire de presse. Il poursuit : « Ces petites constructions de rêves, portées avec passion, créent de la beauté dans les recoins les plus inattendus. Marie Sigal explore les contraires et les entrechoque. S’emparant parfois de thèmes aux limites du malaise pour mieux les sublimer, elle nous embarque entre cimes et abîmes, dans des mélodies vives et enivrantes. » 

Je ne connaissais pas Marie Sigal, mais quand j’ai reçu son EP, j’ai été surpris par l’originalité de ses chansons. Un peu de Christine and the Queens et un peu de… je ne sais pas. D’elle-même. Mais j’ai été conquis.

Son site internet.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'EP.

C’est dans un bar de la Gare Saint-Lazare que nous nous sommes donné rendez-vous, le 15 octobre dernier pour une première mandorisation.

Biographie officielle :marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Marie Sigal est chanteuse-pianiste et auteure-compositrice-interprète. Après une formation classique en conservatoires, elle crée un projet éponyme de chanson et de pop qui l’amène à sortir trois disques (2011, 2014 et 2019) et à se produire en France et à l’étranger.

C’est aux Etats-Unis que Marie Sigal vient chercher l’inspiration pour son dernier EP, Les géraniums, composé intégralement en français. En résidence américaine, elle se reconnecte à ses racines, écoute et lis en français, comme une plongée en soi. Une langue révélée à elle-même. Marie participe à des projets aux esthétiques diverses : BO du documentaire Arte Brice (réalisation : Sandrine Mörch) primé au festival de Deauville Green Awards en 2017 ; diverses bandes originales pour compagnies de danse – compagnie Myriam Naisy et Parascom notamment – et de théâtre ; Trio Tenza (world music) ; lectures musicales auprès d’écrivains et de poètes français et américains…

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInvestie dans la transmission de sa passion, Marie Sigal mène régulièrement des actions culturelles et pédagogiques.

Découvrez tous ses projets parallèles sur le site www.lacanopeedemariesigal.com

Le projet Marie Sigal parcourt les scènes : Trois baudets (Paris), Virginia Center of Creative Arts (USA), L’appart (Bangkok), Festival de Marrakech, Fondation Boris Vian (Eus), Forum Léo Ferré (Ivry), Festival Détours de chant (Toulouse), Pause Guitare (Albi), Festival de Carcassonne, Voix de femmes (Maury), Palais des rois de Majorque (Perpignan)… Et les premières parties: Barbara Carlotti, Thomas Fersen, Peter Van Poehl, Elysian Fields, Nosfell, Florent Marchet, Coming Soon, Daphné

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInterview :

Ton dernier album, The Nature Of, date d’il y a cinq ans et tu chantais en langue anglaise. Tu es partie aux Etats-Unis et tu reviens avec un EP en français. C’est étrange.

Je suis très paradoxale. J’ai gagné un concours qui offrait une résidence aux Etats-Unis. Je suis arrivée dans ce pays pour vivre mon « american dream ». Là-bas, j’ai composé quasiment un album. Je ne vivais qu’avec des artistes américains et au bout d’un moment, j’ai voulu me reconnecter à mes racines. J’ai commencé à réécouter les Rita Mitsouko, à beaucoup écouter Gainsbourg, Bashung, Feu ! Chatterton, Christine and the Queens, beaucoup de rap français, j’en passe et des meilleurs. Mes collègues américains ne connaissaient rien de ce que j’écoutais. La seule artiste française qui est connue, c’est Edith Piaf. Dans l’avion du retour, je me suis dit qu’il fallait que mon album soit en français parce que c’était mes racines et que c’était ce que j’étais. Il fallait que j’arrête de penser et parler une autre culture que la mienne.

Tu évoques Christine and the Queens. Le premier titre de ton EP, « Beauté » m’a fait penser à son univers. A tort ou à raison ?

A raison tort (rires). Parce que c’est complètement inconscient. Je ne suis pas fan de tout, mais elle m’a nourri avec sa nouvelle manière de placer le français sur une musique très anglo-saxonne.

Selon toi, ta musique est anglo-saxonne?

Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Je suis musicienne, alors je ne cherche pas à faire de la musique française. « Wagon-lit » et « Vapeurs », c’est un peu de la musique de film. Ce ne sont pas des chansons traditionnelles, en tout cas. « Géranium » est très connotée Gainsbourg, je trouve. « Le bât blesse », ce serait plutôt Bashung. C’est encore un EP sous influence. Pour l’album, j’essaie de sortir de mes influences.

Clip de "Les géraniums".

Tu es une vraie musicienne. Tu as fait les Conservatoires de Bordeaux et de Toulouse.marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

J’ai commencé le piano à 5 ans, mais je suis rentrée très tard au Conservatoire. J’ai bossé cet instrument comme une folle de 16 à 19 ans. J’ai aussi suivi des cours de chant, mais je n’ai pas poussé les études jusqu’au bout parce que je n’avais pas envie de faire du lyrique. J’étais passionnée de musique baroque. Toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup chanté de chant sacré.

Tu as quitté le Conservatoire un peu fâchée. Pourquoi ?

Le classique ne me correspondait pas, l’institution était trop lourde, il y avait trop de concours, de compétitions et j’avais des besoins créatifs et de liberté. J’avais des projets avec la danse, le théâtre, le documentaire, avec de la pop, de la musique contemporaine…

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorTu as aussi fait des études de psychologie avec succès. A tel point que c’était ton premier métier. Ça te sert dans la musique ?

Oh que oui ! Ça m’a permis d’être dans l’empathie et l’amour de l’humain. La musique c’est un média dont je me sers pour me connaitre, pour connaitre les autres, pour parler à mes contemporains. Etre musicien, c’est être humain. On peut parler avec ou sans mots. Avant, je ne disais pas que j’étais psychologue, mais aujourd’hui, je vois du lien avec tout mon parcours. Je me sers aussi de la psycho dans mes relations avec mes équipes, avec les autres musiciens, avec les professionnels. Ça me permet de comprendre beaucoup de choses et de sortir d’éventuelles situations conflictuelles. Beaucoup d’artistes, s’ils ne sont pas psy, ont une connaissance de l’humain et sont ultra sensibles. Tu lis Bob Dylan ou Patti Smith, tu te dis qu’ils ont passé leur vie à lire celle des autres dans les cafés, les lieux publics, les livres et les rencontres.

Un artiste doit être très observateur du monde qui l’entoure.

Tout à fait. D’ailleurs, j’ai le secret espoir d’écrire un jour une chanson personnelle qui devienne universelle, avec des mots simples, et qui touchent des tonnes de gens.

Clip de "Le bât blesse".

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorPour le moment, tes textes peuvent avoir des doubles lectures. C’est le cas de « Le bât blesse » par exemple.

C’est pour ça que j’aime Bashung et ses auteurs, à commencer par Jean Fauque. Je peux aussi aimer de la variété comme ont pu en faire des Michel Berger ou des Daniel Balavoine. Bref, « Le bât blesse » est une chanson très interne, qui est partie de loin pour moi. J’ai touché des choses pas forcément faciles, alors j’ai eu besoin d’une couverture qui m’enrobe. La poésie est une belle couverture. J’aime qu’un texte ait plusieurs facettes et que chacun y puise ce qu’il veut, ce qu’il ressent.

Dans tes clips et sur la pochette, tu te montres très sensuelle.

Ce disque est une première étape. Ce n’est pas très joli comme expression, mais c’est comme si j’enlevais des couches d’oignon. Il fallait que je me retrouve un peu à poil. J’étais quelqu’un de très complexée et ce projet me permet de me mettre en lumière et de mettre en lumière mes recoins les plus inattendus. Me mettre en maillot de bain sur la pochette de mon disque et me montrer en lingerie dans un clip un peu érotique, je n’en reviens toujours pas. Je crois que j'aime avant tout sortir de ma zone de confort et jouer avec les codes et les genres. Ce projet me permet de libérer la féminité mais aussi la masculinité que j'ai en moi.

Sur scène, il y a beaucoup de corporalité, avec la danse notamment.

Je danse beaucoup sur scène. Il n’y a pas de vraie chorégraphie, c’est plutôt du lâcher-prise avec mon corps.

Tu règles des choses avec cet EP ?

Oui. Je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui. Ça me soigne et ça me fait du bien de sortir ces choses-là. Je sens que la légèreté arrive et ça me procure un bien fou.

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(Photo : Lionel Pesqué)

Tes musiques sont plutôt tristes et contemplatives. Dans l’album, il y aura aussi de la légèreté dans la musique ?

Oui, car j’adore la musique dansante. Je t’assure qu’avec l’album à venir, je vais sortir de mes habitudes. Je me reproche quelque chose. Mes productions discographiques ne dégagent pas l’énergie scénique. Comme je suis très perfectionniste, j’ai tendance à aplanir. Je mets un peu de pastel un peu partout, alors que sur scène, je suis plus rauque et rock, plus énergique en tout cas. 

Il est fini cet album ?

Presque. Il manque deux chansons. J’ai les textes, mais pas encore les musiques. Il me manque aussi du financement. Nous allons donc faire appel à un financement participatif. J’aimerais que l’album sorte début 2020.

Clip de "Beauté".  

« “Beauté”, c’est un clip en noir et blanc à la peau nue. J’y utilise mon corps comme une pièce vivante de musée : il est mouvant et soumis au sombre, au cadre, aux aspérités, à un désir de libération. Ce corps est vulnérable, imparfait, vivace, et c’est ça qui le rend beau, je crois. J’ai coréalisé le clip avec Lionel Pesqué, car outre le fait que j’admire son travail depuis des années, il est photographe avant d’être vidéaste. Je voulais un regard neuf, plus cru et esthétique, inspiré du photomontage, notamment de La jetée de Chris Marker. Nous avons tourné le clip en deux heures, un matin au réveil, sans maquillage, sans artifice ni superflu. C’était assez pulsionnel. Juste ma musique, le corps, et nos regards comme alliés. Joakim Coutouly est venu sublimer le tout par son montage rythmé et sensible. » (explications du clip données à Longueur d'ondes

Tu te sens plus chanteuse que musicienne ?

Chanteuse, c’est être musicienne et poète. Pour moi, tout est musique. Les gens qui parlent dans ce bar, le son des enfants, les verres qui s’entrechoquent… c’est de la musique tout ça.

Donc, je suis chanteur aussi ?

Oui, bien sûr. D’ailleurs, je donne des stages pour prouver aux gens qu’ils ont tous le droit de chanter. Dans le dernier stage, j’avais une fille qui n’était pas une chanteuse à voix, elle a chanté trois notes et elle nous a fait pleurer. Elle est arrivée tellement chargée sur scène que l’émotion a débordée.

J’ai remarqué que tu chantais différemment selon les chansons.

Tu me fais penser à une scène en studio avec Olivier Cussac, mon coréalisateur. Il n’arrêtait pas de me dire que j’étais en train de lui faire une autre voix. Mais moi j’adore ça. Je suis un peu une chanteuse caméléon. Je chante différemment selon la langue, les genres de musique ou les projets.

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Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. (Photo de Mandor)

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Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. Avec ses choristes féminines d'un soir… (Photo de Mandor)

Tu joues avec trois musiciens sur scène et sur l’EP. Des jazzeux.

Il y a Noam Lerville à la guitare, Philippe Burneau aux claviers et à la basse et Théo Glass à la batterie. Ce sont de vrais instrumentistes et j’aime leur liberté et leurs propositions. Je précise que ces musiciens ont un vrai attrait pour le texte et pour la chanson.

Toi qui viens du classique, tu aimes le jazz ?

C’est justement parce que je viens du classique que j’aime le jazz. Ça m’emporte ailleurs sans que je ne maîtrise rien et c’est le contraire du classique. Mais je t’avoue que je suis moins fan de la musique que de la pratique. J’adore improviser parce que ça me met en danger.

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Olivier Cussac, Marie Sigal et Philippe Waterballs au Studio Condorcet.

Vous vous êtes bien trouvés avec Olivier Cussac.

Il vient du classique, du jazz, du rock, de la musique de film. Il touche à tout. Je me suis beaucoup retrouvée dans ses différentes facettes. Ensemble, on a pu aller partout.

Parlons littérature. Tu lis beaucoup ?

Oui. Surtout de la poésie.

J’ai vu une photo de toi avec des livres dont un d’Andrée Chédid.

J’adore cette poétesse. C’est simple, mais profond et intime. Je trouve que les mots, on se les enlève du corps. Je n’aime pas trop la poésie romantique, je préfère la poésie contemporaine. J’aime aussi les Haïkus. J’en lis beaucoup, partout. Un livre de poésie ou d’Haïkus on peut le prendre dans n’importe quel sens et à n’importe quel moment. J'aime cette liberté.

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Après l'interview, le 15 octobre 2019.

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