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22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

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(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

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(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

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Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

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(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

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12 avril 2014

Léonid : interview pour son premier album Léonid

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Léonid m’a été fortement suggéré par la chanteuse Yoanna (mandorisée là en 2007). Quand j’aime bien l’œuvre de quelqu’un et que ce quelqu’un me propose de découvrir l’œuvre d’un autre artiste, j’y jette un coup d’oreille soutenu. Et là, j’avoue, j’ai été conquis immédiatement. Un chanteur à texte comme on en fait de moins en moins. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. On écoute sans se méfier, pourtant Léonid est bien un chanteur engagé. Il ne le revendique pas, mais c’est pourtant clair. De toute la nouvelle génération de chanteur français dit « à texte », il est l’un des plus subversifs.

Léonid a passé 20 ans à travailler avec et pour les autres. Il était temps qu’il sorte le fruit de son travail. Pas grand monde n’est encore au courant, mais il est artiste important que l’on serait bien inspiré d’écouter. Léonid est passé me voir à l’agence le 20 janvier dernier (une semaine avant la sortie de l'album) pour une interview sans concession.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorBiographie officielle:

S'il vit dans la tête de Fafa Daïan depuis l'enfance, Léonid n'a vu le jour qu'en 2010. Une petite vingtaine d'années d'hésitation à venir au monde qui permettra à son géniteur de se forger une expérience.
Entre autres, 13 années de scène, de studio, de composition et d'écriture avec le groupe Sinsemilia, 4 années d'une collaboration passionnée avec la chanteuse suisse Yoanna (
co-écriture, réalisation scène et studio, arrangement), 3 autres années à travailler avec la chanteuse Djazia Satour au développement de son projet solo (réalisation scène et studio, arrangement).
Bien que comblé par des expériences aussi variées que passionnantes, Fafa Daïan reste fermement décidé́ à ne pas avorter le gamin qui lui répétait sans cesse : "quand j'sera grand, j'sera chanteur !"
Alors un beau matin, il se botte le cul, se chauffe la voix entre 2 clopes, enfile son costume de chanteur et dépoussière pour l'occasion son surnom de petit garçon : Léonid !
Au départ, sur scène ils entaient 4 et maintenant ils sont 2.
Multi-instrumentiste autodidacte, sur scène en famille depuis l'âge de 9 ans, Rémi d'Aversa joue l'homme-orchestre pour Léonid avec une humilité et une aisance déconcertantes.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorInterview :

Tu as commencé avec Sinsemilia en tant que trompettiste. Un départ en fanfare, non ?

Oui, un peu par défaut parce que c’est un instrument que j’ai commencé petit, mais qui ne m’a pas vraiment fasciné. J’ai fait dix ans de trompette avec Sinsemilia. Un jour, j’ai prévenu le groupe que soit il me changeait d’instrument, soit je quittais le groupe. Les six dernières années, j’ai été clavier et guitariste.

Tu es resté treize ans au sein de cette formation. C’est quand même énorme !

Oui. J’ai connu la grande époque de Sinsemilia. On a fait les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Cette aventure humaine a été riche et incroyable pour moi. On était une bande de copains qui prenait la route. Nous n’étions pas super bons musiciens au départ, mais il y avait une fureur incroyable quand on montait sur scène. On avait l’impression de jouer nos vies.  En plus, il n’y avait pas une personne mise plus en valeur qu’une autre. C’était très sain.

Et un jour, tu as quitté Sinsemilia. Pourquoi ?léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandor

Au bout de treize ans, je me suis un petit peu lassé. Je ne défendais plus souvent ce que l’on faisait. Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que ce passé, pour moi, est extraordinaire. Juste, à un moment, je ne me suis plus reconnu. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à monter sur scène. Je trouvais aberrant de jouer dans des salles complètement hystériques. J’avais l’impression qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi, de toute façon, les gens allaient hurler. Je regardais ça du haut de la scène et je me faisais la réflexion que je ne comprenais pas et j’avais la sensation que tout ça me correspondait de moins en moins.

Certains auraient été grisés par cela. Toi, ça a été le contraire.

Tant qu’il y avait l’excitation de conquérir le public à la force de notre travail et de notre enthousiasme, c’était bien, mais une fois que c’était installé, que l’on était dans une certaine routine, ça ne m’a pas plu. J’ai commencé à monter des petits projets, à rejouer dans des bars ou des petites salles devant cinquante personnes, à présenter un travail dont j’étais extrêmement fier. J’ai retrouvé ma flamme de départ et ça m’a procuré des sensations incroyables.

Tu chantais déjà ?

Pas tout de suite. J’ai énormément travaillé pour les autres. J’ai envie de chanter depuis que j’ai l’âge de dix ans, mais j’avais une pudeur et un manque de confiance qui ont fait que j’ai mis du temps à me lancer. Là, ça fait quatre ans que j’ose avec Léonid. Petit à petit, j’ose de plus en plus, avec de moins en moins de pudeur. Je commence à trouver ma place.

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Tu as travaillé avec une chanteuse que j’apprécie beaucoup, Yoanna.

J’ai même beaucoup travaillé pour elle. Pendant cinq ans, ça a été toute ma vie. J’ai aidé au développement de ce projet, j’ai réalisé son premier album, j’ai monté son équipe autour d’elle. J’aimais me fondre dans quelqu’un d’autre. J’étais l’ombre de Yoanna.

Cette artiste a une sacrée personnalité.

Une sacrée personnalité et une bête de scène. Je l’ai rencontrée dans les rues à Aurillac, elle faisait des reprises avec son accordéon, je suis resté scotché. Elle avait beaucoup de charisme et dégageait quelque chose de fascinant. Je me suis démerdé pour avoir son numéro et au bout de quatre mois, on est rentré en contact. Et l’histoire musicale entre nous a commencé… et a continué longtemps.

Et puis ça s’est arrêté.

Oui, de manière assez nette. Ça devenait un peu trop passionnel. Ensuite, j’ai repris ma collaboration avec elle comme éclairagiste. Je suis revenu par la petite porte histoire de dire « je ne suis pas loin », mais on s’est quitté musicalement en très bon terme.

J’ai l’impression que quand tu collabores avec quelqu’un, Yoanna ou Djazia Satour, tu ne fais pas les choses à moitié. As-tu besoin de tout régir ?

Exactement, mais j’ai du mal à faire plusieurs choses. C’est pour ça que je suis monomaniaque. J’ai envie de ne pas regretter. Quitte à se lancer dans un projet, il faut donner les moyens pour que ça ait de la gueule. Pour moi, un projet musical qui ait de la gueule, ça ne se résume pas qu’à un bon disque et une série de bonnes chansons. C’est un tout. Il faut aussi un spectacle avec du fond et de la forme, une com’ qui soit cohérente avec l’idée qui est défendue dans les chansons. J’aime bien avoir une vision globale.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorAujourd’hui, il y a Léonid. C’est qui Léonid ?

C’est moi. Il s’agit de mon surnom de petit garçon. Mon enfance est un moment de ma vie qui n’est pas encore digérée.

Au début de ce « projet », vous étiez quatre, je crois.

Oui. C’était une formation de quatre instrumentistes chanteurs énormément basée sur les harmonies vocales. Pour moi, les mélanges de voix, c’est ce qu’il y a de plus magique. Cette formule a duré trois ans. On a eu des retours dithyrambiques sur nos concerts, mais c’est une histoire qui ne s’est pas du tout développée parce que je suis l’anti commerce incarné. Je suis incapable de me vendre.

Tu te cachais encore beaucoup derrière les autres avec cette première formation.

C’était une machine de guerre quand on montait sur scène. Et effectivement, je me cachais toujours derrière, je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est un travail que je revendique, mais je ne voulais pas me mettre en avant. J’y allais sans vraiment y aller.

C’est fou ce paradoxe. Tu veux réussir dans la chanson, tu fais tout pour et au final, tu détestes que l’on te voie.

C’est fou, je ne te le fais pas dire. Il y a un côté schizophrène. Mais, je vais te dire la vérité : j’ai des problèmes de crises d’angoisse par rapport à plein de choses, mais notamment, le fait d’avoir la responsabilité d’un spectacle, d’être celui qui est mis en avant. A chaque concert, je me dis que je devrais être partout sauf ici.

Mais sur scène, tu sembles très à l’aise. Tu communiques beaucoup avec ton public.

C’est incroyable. Quand je suis sur scène, il y a un truc en moi qui se réveille et qui sort de ne je ne sais où. Avant c’est l’horreur, pendant, c’est le bonheur.

Teaser 2014 Léonid (duo). Images tirées des concerts à la Bobine de Grenoble les 3 et 4 octobre 2013.

Aujourd’hui, pourquoi as-tu réduit la formation ?

Pour que ce soit plus fluide, au niveau des déplacements, de la logistique et aussi, parce qu’il y avait des soucis de disponibilités des uns et des autres. Mais, au final, le fait de se retrouver à deux avec Rémi, a été un révélateur incroyable.

Rémi, c’est ton cousin germain. Léonid devient une histoire de famille.

Oui, et on a monté un spectacle complètement hybride. Rémi est un musicien génial. Il joue de tout, on l’appelle « la pieuvre ». Il fait l’orchestre. Il a un clavier dans chaque main, une grosse caisse, un pad, il fait les chœurs en même temps. Le tout avec une humilité, une simplicité et une sensibilité qui sont rares et essentielles pour moi. Notre complicité est sans aucune faille.

J’adore tes textes… ils sont un peu cyniques et jamais méchants.

Comme j’ai beaucoup de pudeur, je ne veux surtout pas tomber dans le pathos et le larmoyant. J’ai au fond de moi des peurs et des préoccupations qui sont assez lourdes, j’ai donc trouvé le moyen de les exprimer à travers l’ironie, la légèreté et le cynisme. Je veux que les gens ne sachent pas s’ils doivent sourire ou partir en courant.

Léonid et ses invité(e)s dans "La révolution d'octobre". Images tirées des concerts d'octobre 2013 à la Bobine de Grenoble.

Tu joues beaucoup avec les mots.

Je suis un très grand amateur de textes et de chansons. Brassens par exemple, son travail est fascinant. Après, j’ai grandi avec Renaud. Ce qu’il faisait entre 1975 et 1985 était purement génial. Je suis fou aussi de Gainsbourg et d’Higelin. J’ai grandi avec tous ces gens-là. Du coup, quand je prends mon stylo pour écrire, je pense à eux et je ne veux pas rendre une copie médiocre. Je n’écris jamais à la légère. Je veux de la forme et du fond.

Ca représente quoi pour toi de sortir ton premier album ?

Un énorme bonheur. Ce que j’avais fait jusqu’à présent dans mon métier, je sentais que ça ne touchait pas mes proches. S’ils étaient contents de me voir à la télé avec Sinsemilia, je sentais qu’il n’y avait pas un réel intérêt pour le fond. Ils n’allaient pas me voir en concert, ni n’écoutaient mes disques. Je sentais qu’il y a avait un décalage entre le monde dans lequel j’évoluais dans ma vie personnelle et le monde dans lequel j’évoluais musicalement. Avec cet album, j’ai l’impression qu’il y a un truc qui en en train de se passer. Les deux se retrouvent enfin. Quand je vois ma grande sœur, qui est pour moi une référence, me faire des remarques sur mes chansons, ça me touche beaucoup. Quand j’apprends que ma meilleure amie, qui est une grande amatrice de chanson française, écoute mon disque régulièrement, pour moi, c’est énorme.

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Léonid: "Quand j'entends les questions de Mandor, je m'endors".

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorQuand elle a su que je te recevais, Yoanna m’a demandé de te poser deux questions. Voici la première : pourquoi as-tu si peur des silences ?

Long silence…

J’ai arrangé beaucoup de chansons pour elle. J’aime quand il y en a partout. Quand il y a une petite mélodie là, s’il y a un blanc, j’ajoute un truc rythmique qui relance… bref, je n’aime pas quand il n’y a rien. Yoanna m’a toujours dit qu’elle aimait mon travail, mais que ça manquait de silence.

J’ai cru qu’il y a avait une référence à ton attitude dans la vie.

Elle fait peut-être aussi référence à comment je suis dans la vie. J’ai tellement peur de tout dans la vraie vie qu’elle aurait pu simplement poser la question « pourquoi as-tu si peur ? ».

Tu aurais répondu quoi ?

Que je n’en sais rien.

Deuxième question de Yoanna : qu’est-ce que ça fait de commencer sa carrière à l’Olympia en étant disque d’or et aujourd’hui, de devoir jouer devant vingt vieilles, vendre trente albums, le tout produit par un label à chier ? 

(Rires) La réponse est simple. Je redécouvre le bonheur de pratiquer mon métier.

"Instant culture". Une fausse interview qui fait déclencher plus qu'un sourire et quelques extraits de l'album.

Pourquoi es-tu anti-sytème ?

J’ai de qui tenir. Je suis issu d’une famille extrêmement militante. Les membres de ma famille sont tous communistes. Moi, je ne suis pas du tout militant, mais j’ai hérité de toutes les valeurs de ce parti. Je ne suis pas militant, car je suis pessimiste. Dans l’espèce humaine, je ne pense pas que l’homme soit foncièrement bon. Je pense qu’il va droit dans un mur qu’il a construit lui-même. Je vois difficilement comment l’humanité pourrait s’en sortir autrement. En tout cas, je ne veux pas faire comme mon père, du porte-à-porte pour sensibiliser les gens.

Mais, c’est du militantisme de dire des choses importantes dans des chansons, non ?

En tout cas, je dis ce que j’ai dans le bide. Vu que dans mon bide il y a un héritage politique, des messages sortent certainement, mais forcément tournés en dérision.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je me pose la question tout le temps. Quand j’étais petit, on m’a offert un disque de Renaud. Je me suis juste dire que je voulais faire pareil. Je suis fasciné par ça depuis mon enfance. Être chanteur, aujourd’hui, pour moi, c’est aussi être aux commandes de ma propre vie. Je n’ai aucun intermédiaire. Je mène ma barque comme je l’entends.

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Après l'interview, le 20 janvier 2014.