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27 janvier 2021

Emma Daumas : interview pour L'art des naufrages

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(Photos : Frank Loriou)

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorDix ans après son dernier album, Emma Daumas, devenue femme et mère, nous revient avec un regard vif sur le monde, des textes et une voix enrichis de ses expériences, polis par les voyages. Elle fait partie de ces artistes que l’on a vu grandir et s’ancre aujourd’hui dans une chanson pop très personnelle. Et comme l’indique Éric Jean Jean dans sa biographie officielle : « De la pop en français avec des textes, des vrais. L’album d’un long chemin, une drôle d’odyssée certes, mais un album de dix chansons ; dix entités qui, découvertes séparément prendraient aisément place dans la programmation des radios, mais qui, envisagées comme un ensemble, vous diront dix ans de la vie d’une femme. Une femme qui, contre vents, sirènes, dangers, malheurs et grands bonheurs n’eut de cesse de vouloir partager avec son public sa liberté assumée. »

Voici donc la deuxième mandorisation d’Emma Daumas (après la première, ici et une rencontre quelques semaines plus tôt au salon du livre de Randan, ), enregistrée le 8 décembre 2020 à l’hôtel Idol, à Paris.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter son disque, L'art des naufrages.

Un article dans Paris Match (par Benjamin Locoge).

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(Photo : Frank Loriou)

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorInterview :

La dernière fois que nous nous sommes vus, en 2016, tu venais de sortir ton EP Vivante avec l’éditrice et productrice Danièle Molko.

Nous devions sortir ensuite un album, mais comme tu le sais, elle est décédée. Evidemment, il n’était plus question de continuer ce projet sans elle. Au départ, L’art des naufrages était juste un texte de chanson que j’ai envoyé à Danièle quelques jours avant son départ. Je l’avais écrit pour elle parce qu’elle traversait plein d’épreuves à ce moment-là. Je voulais lui signifier que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Je me le suis finalement appliqué à moi-même.

Et ce texte a été le point de départ d’un nouveau projet pluridisciplinaire.

Au tout début, dans la cadre d’un festival d’art contemporain, j’ai été invitée dans une cabine de plage à investir cet espace. J’ai proposé de faire un concert pour une personne avec un accordéoniste, Laurent Derobert. C’était aussi émouvant pour nous deux que pour le spectateur parce que c’était un échange complètement inédit et très intime. Nous partagions nos émotions en direct live et c’était très fort, très vibrant. A ce moment-là, j’avais besoin de quelque chose de très organique, de très « dans le corps ». J’avais besoin de ça pour me reconstruire et ça m’a fait beaucoup de bien.

Il faut vaincre sa pudeur pour mener à bien ce genre d’expérience.

Nous étions  de personne à personne, de sensibilité à sensibilité. Tu as raison de parler de pudeur, parce que l’on se dévoile complètement. Ce qui m’a décomplexé, c’est que la personne en face était dans la même situation que moi. En plus, elle était assise et nous debout. Du coup, il me semblait qu’elle se sentait vulnérable. D’habitude, c’est l’inverse. C’est la personne sur scène qui est censée être vulnérable. C’était intéressant de vivre ce changement de rapport. Ensuite, il y a eu un spectacle joué au Théâtre du Chêne Noir lors du Festival Off 2019 à Avignon où je chantais déjà les chansons de cet album, mais pas de la même façon. Chaque facette du projet L’art des naufrages a sa propre autonomie.

C’est grâce à ce genre d’expérience artistique que tu te renouvelles constamment dans tes disques ?

Je n’ai jamais eu l’intention de faire deux fois le même album parce que, sinon, je m’emmerde très vite (rires). Un  artiste se doit de faire des propositions différentes, de creuser, d’explorer de nouveaux territoires. La musique est une matière mouvante. Dèjà, nous, nous sommes des matières mouvantes. Nous ne sommes jamais deux fois la même personne entre deux albums parce qu’il se passe du temps, des expériences de vie, la société qui change… Les artistes sont souvent des buvards du monde extérieur.

Il me semble tout de même que je repère désormais une patte, un style Emma Daumas.

Je commence effectivement à avoir certaines récurrences mécaniques dans ma création. Je pense commencer à trouver mon empreinte et mon ancrage.

Il y a une chanson de ton nouveau disque qui s’appelle « Saltimbranques ».

J’aimais bien cette idée de se voir presque comme une artiste de cirque, itinérante. Je me sens proche de cette forme d’artisanat-là. J’ai mon petit chapiteau sur le dos et je peux donc proposer différentes formes d’arts et de mise en scène. Le personnage de « Saltimbranques », lui, n’a pas de chance et il est très maladroit. Il en devient très touchant. J’ai une véritable empathie face à quelqu’un qui trébuche, mais qui essaie de nouveau.

Clip de "Les jeunes filles en fleurs".

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorJ’aime beaucoup ton premier single, « Les jeunes filles en fleurs ». C’est une chanson très subversive sur l’adolescence.

Dans l’album, c’est la chanson dont la grille d’accords est la plus simple. Je trouvais que c’était une entrée en matière assez directe. Le réalisateur du disque, Alex Finkin, lui a donné une efficacité redoutable. Ce texte est un peu mystérieux car à double lecture. Il y a de la subtilité et de la profondeur dans les propos. En règle générale, je voulais qu’il y ait un décor dans chaque réalisation de chaque chanson et que l’on voyage de paysage en paysage. Alex a parfaitement rempli sa mission. Il a trouvé cet alliage que je souhaitais entre la pop musique et la chanson française, avec le texte et la voix au centre de tout ça.

A propos de ta voix, tu as explosé tes cadres vocaux habituels.

Oui, par exemple dans « A la folie ». J’ai chanté dans un effet. J’ai tenté de m’approcher de la tessiture vocale de Björk. Cette artiste m’impressionne, car elle va toujours loin dans ses recherches sur la voix. Pour elle, chaque chanson est un champ d’exploration vocale.

Paradoxalement, dans « A la place du silence », tu susurres presque.

Il y a pas mal de ce genre de décrochages dans ce disque, notamment dans « Nouveau monde » et « Léthé ». La première chanson parle de la maternité et la seconde de la mort. On ne peut pas chanter des thèmes aussi différents de la même façon. « Le nouveau monde », je l’ai écrit à la naissance de ma fille. J’ai commencé à interpréter cette chanson sur scène alors que je portais mon fils.

Tes chansons sont toutes autobiographiques ?

Elles sont toutes personnelles.

Dans « Amor, l’amour », tu emploies des mots comme : pisse, branle, mycose…

(Rires) Tu me parles de la seule chanson que je n’ai pas écrite. C’est un texte de Valérian Renault. Je pense que je n’aurais jamais osé écrire ainsi. Pour moi,  Valérian est un des meilleurs auteurs que l’on ait actuellement. Il est trop méconnu par rapport à l’immense talent qu’il possède. C’est une chanson qui parle à tout le monde… on s’est tous cassé la gueule en amour. C’est amusant parce qu’elle va à contre-courant de mon mood actuel, parce qu’en amour, ça va plutôt bien pour moi.

Tiens, une question naïve. C’est quoi, pour toi, l’amour ?

L’amour est un miroir. Il nous pousse sans arrêt à nous connaitre mieux nous-mêmes et à nous remettre en question… ou pas.

Tu as autoproduit ce disque.

J’ai trouvé des nouvelles façons de travailler qui sont laborieuses et éprouvantes. Avec mes collaborateurs, nous faisons tout, de la stratégie au financement. Du coup, cela procure une solidité absolue dans mes propositions artistiques. La structure a été créée pour moi, je n’ai donc à me calquer sur aucun autre fonctionnement. Tout est pleinement assumé et réfléchi. Tout a du sens… enfin, pour résumer, tout est naturel.

Tu es fière de cet album ?

Il a quelque chose de particulier parce que c’est le premier que je fais seule. En prenant des risques, en travaillant comme jamais. C’est l’aboutissement de 10 ans de travail, de cheminement, d’écriture, de rencontres, de structurations professionnelles…

Crois-tu que désormais, le public et le métier te jugent à ta juste valeur ?

J’attends de voir. Il faut que les gens sortent de l’image qu’ils ont de moi. Dans ce disque, on a accès à plusieurs couches de chansons. On n’est pas obligé de creuser les couches parce qu’écouter de la musique reste aussi du divertissement, mais il serait bon que l’on comprenne que je ne suis pas que la fille qui a fait la Star Academy.

On t’en parle encore ?

Bien sûr. Tout le temps depuis 20 ans.

Tu casses un peu les codes du métier.

Je suis quelqu’un qui veut toujours aller à contre-courant et je me demande si je n'ai pas l’esprit de contradiction (rires).

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Après l'interview, le 8 décembre 2020.

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