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18 avril 2018

Kent : interview pour l'album live La grande effusion

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LORIOU.jpgEn 1977, Kent (photo à gauche signé Frank Loriou) fonde Starshooter. Après la séparation du groupe de rock en 1982, il se lance en solo. Il se consacre également en parallèle à la bande dessinée, publie plusieurs romans et collabore avec de nombreux artistes (Johnny Hallyday, Calogero, Nolwenn Leroy, ...). On lui doit aussi le titre « Quelqu’un de bien » chanté par Enzo Enzo en 1994. Kent fête ses 40 ans de carrière. Il sort un album live, La grande effusion, reprenant une partie de son dernier album, La grande illusion (mandorisé là en  2017) et tous les succès qui ont émaillé sa carrière.

Le 2 avril 2017, nous nous sommes donné rendez-vous dans une brasserie de la place du Chatelet pour une ixième mandorisation (voir aussi ici une interview filmée pour L'homme de Mars  en 2008 et ici pour l'album Le temps des âmes en 2013).

Argumentaire du disque :lagrandeeffusionaHD.jpg

Avec La grande effusion, l’heure est aux célébrations. Des standards survoltés de Starshooter aux chansons désormais classiques de son répertoire, Kent survole ici avec bonheur quatre décennies de création et revisite près d’une vingtaine de titres devenus incontournables. Tantôt seul accompagné de son groupe, tantôt en duo avec Alex Beaupain, Pierre Guenard de Radio Elvis, Katel ou Alice Animal, le songwriter lyonnais révèle l’extraordinaire cohérence de son répertoire et nous rappelle avec brio qu’il compte parmi les plus grands auteurs de sa génération.   Enregistrée lors du concert anniversaire organisé le 7 novembre 2017 au Café de la Danse à Paris, La grande effusion constitue l’illustration parfaite d’une carrière riche et protéiforme menée avec la rigueur et la précision d’un artiste hors-pair depuis 40 ans.

La soirée est à voir en intégralité là.

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(Photo : Christophe Schouler)

IMG_1662.JPGInterview :

Aimes-tu les disques live ?

Oui, j’en achète encore beaucoup. Si je m’emballe pour un artiste, il faut absolument que j’aille le voir sur scène. Et si un disque live existe, je me le procure. Même s’il y a des corrections faites en studio parfois, c’est la base de la musique de l'artiste.

Un disque live est-il un bon reflet de ce que l’on a vécu dans la salle ?

C’est une image arrêtée sur un souvenir d’une situation en mouvement, après tu te fais ton propre cinéma. Le cinéma est encore plus fictionnel  quand tu n’as pas vu le concert, quand tu  n’as pas vu l’artiste sur scène.

Sur La grande effusion, as-tu retravaillé le son ?

Le moins possible. Un disque comme celui-là, c’est un one-shot. Le disque live idéal, c’est quand tu peux enregistrer sur au moins trois jours. Tu peux te faire un montage de la setlist parfaite avec tous les morceaux bien joués. Un soir comme celui-là, tu joues et tu avances.

Ce soir-là, sachant que c’était enregistré, cela t’a mis une pression supplémentaire ?

Au Café de la Danse, il y avait tout : la captation, le disque, les invités et un timing à respecter. En plus je voulais que pour ma première partie, Alice Animal, joue 30 minutes. C’était compliqué à gérer.

C’était aussi un concert pour fêter tes 40 ans de carrière. C’était donc un répertoire particulier. Par exemple, tu as joué du Starshooter, ce que tu ne faisais plus depuis des années.

Pour fêter mes 40 ans de carrière, j’étais obligé de commencer par le début. Comme je privilégie toujours le présent, j’ai quand même centré la setlist sur le dernier album, mais j’y ai ajouté pas mal de flash-back. Je suis allé chercher des morceaux emblématiques de ma vie professionnelle. « Betsy Party » de Starshooter en version électrique, je ne l’avais pas fait depuis la fin du groupe en 1982. Je ne le ferai plus après cette tournée.

Tu t’es amusé à refaire ses morceaux ?

Oui, très nettement. C’est très amusant de refaire le punk. Pendant 3 minutes, voir des gens qui font leur pogo en s’éclatant, c’est jouissif. Mais je sais que je risque de très vite m’en lasser. Je n’aime vraiment pas exploiter la nostalgie.

Tu dis « refaire le punk ». Tu ne l’es plus ?

Non, si on reste punk, c’est pitoyable. Il n’y a pas eu de mouvement punk, c’était juste une explosion. Tout ce que l'on fait sur les 40 ans du punk en ce moment, avec des débats et des colloques, ça m’hallucine. Je ne comprends pas, ce n’était pas fait pour ça. Le punk, c’est un paquet de dynamite posé sur la musique rock qui explose. Le punk, ça voulait juste semer la merde.

Le seul truc qui était vrai, c’était le slogan « no future » ?

Exactement. Les musiciens punks qui ont apporté quelque chose à la musique, ce sont ceux qui ont quitté le punk. Les Clash sont un parfait exemple de musiciens qui sont restés intègres dans leur position quasiment politique, mais qui ont évolué dans leur musique.

Toi, tu es devenu sage ?

J’essaie de le devenir. Je ne le suis pas en permanence. Je suis encore capable de faire des grosses conneries. Désormais, je m’en rends compte très vite (rires).

Pourquoi tu continues à faire des disques et des livres ?

Parfois, je me demande à quoi ça sert que je continue. Il y en a tellement qui sortent, c’est un embouteillage permanent. On passe plus de temps à essayer de se montrer qu’à créer. Tout est sur la com’… et ça prend du temps la com’.

28471694_1954236397938119_619477037096604626_n.jpgIl y a des duos dans ton live. J’aimerais que l’on s’attarde sur Alice Animal. Elle a fait ta première partie au Café de la Danse, mais il lui arrive de jouer avec toi sur scène.

Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour la faire connaître et reconnaître. Je l’avais rencontré dans la rue, elle m’avait filé sa maquette. Je me souviens que j’aimais bien ce qu’elle dégageait en me parlant. J’ai écouté, ça m’a intéressé. Je l’ai vu sur scène à la Passerelle.2, elle était seule avec sa gratte et elle a assuré. A la fin de son concert, je lui demande ce qu’elle va faire le 7 novembre 2017, elle me répond qu’elle vient me voir au Café de la Danse. Je lui rétorque que non parce qu’elle va faire la première partie. Il y a quelques années, Lisa Portelli, c’était 29512903_10160105480360573_6484652348250821894_n.jpgpareil. Je l’ai vu seule à un tremplin et elle m’a laissé sur le cul. Après, je lui ai demandé de faire ma première partie à la Cigale.

Au Café de la Danse, hormis Alex Beaupain qui est connu depuis des années, tu n’as fait des duos qu’avec des nouveaux artistes.

Pour être parfaitement honnête, ma maison de disque m’a proposé d’avoir des invités pour ce concert spécial « 40 ans de carrière ». Je n’étais pas très motivé pour avoir des invités. Je pensais qu’ils souhaitaient que j’invite des artistes très connus, comme Julien Doré. Je ne le connais pas et je ne connais pas non plus les artistes « hype » du moment, ce n’est pas mon milieu. Si j’invite des gens, ce sont des gens dont je suis curieux et qui m’intéressent.

Pierre Guénard de Radio Elvis par exemple ?

Oui, il a fait ma première partie tout seul aux Trois Baudets il y a 5 ans. C’est marrant parce que je le voulais absolument et j’ai appris plus tard qu’il avait tenté lui-même de faire ma première partie. Autre anecdote étonnante. Il vient dans ma loge et me demande les accords de ma chanson « Métropolitain ». Je n’en revenais pas qu’il connaisse cette chanson. C’est sur un vieux disque que je n’ai pas vendu du tout. Il me répond que c’est son disque préféré et qu’il adore cette chanson-là. Du coup, nous l’avons chanté ensemble au Café de la Danse.

Et Katel ?

Pour moi, son dernier album, Elégie, a été ma claque musicale de l’année dernière.  Quand je l’ai vu en concert au Café de la Danse, je me suis dit : « qu’est-ce que c’est que ça ? » J’ai tout de suite voulu faire sa connaissance  tant je l’ai trouvé impressionnante.

Et pourquoi Alex Beaupain ?

Il connait David Sztanke de Tahiti Boy qui joue avec moi sur le disque et en concert. Alex et lui sont même très proches. Il est venu quand on a enregistré l’album studio La grande illusion. C’est là que j’ai appris qu’il aimait beaucoup mon travail. Il a suivi avec intérêt ce que l’on faisait. Il nous a encouragés très souvent sur la couleur de certains morceaux. Franchement, ça faisait du bien. Tu sais, c’est rare d’avoir le retour de collègues dans ce métier. Ça n’arrive jamais en fait.

Toi, je sais que tu le fais.

Quand je découvre quelque chose de nouveau par un nouvel artiste ou par un ancien qui vient de faire quelque chose d’étonnant, je décroche mon téléphone. On est tout le temps dans le doute alors, que quelqu’un t’encourage, ça fait un bien fou. Même quand le succès est là, la reconnaissance des pairs, c’est très important. Quelqu’un qui se satisfait de son ego et des retours de ses fans, c’est un imbécile.

Tu es toujours dans le doute ?

En permanence. Le doute est aussi un moteur, certes anxiogène, mais un moteur quand même. Ça permet des remises en cause. Pas seulement musicale… ma façon de penser aussi.

Il faut dire que tu te mets en danger à chaque nouvel album.

Je ne veux juste pas refaire le même album. J’essaie à chaque fois de le faire d’une autre manière. J’ai une espèce de balance entre la chanson et le rock. C’est un large éventail, il y a de quoi faire. Il y a de la chanson électro et du rock acoustique… parfois, c’est juste une histoire de coupe de cheveux et de façon de s’habiller. Il y a toujours cette phrase de Truffaut dans La nuit américaine qui me revient en tête : "Avant d’entamer un film, on pense que l’on va faire un chef d’œuvre, au fil des semaines qui passent, on espère sauver les meubles."

Est-ce que tu crois que le métier et le public ont bien cerné ton travail ?

Le public qui me suit oui, mais le métier non. Je donne cette impression de partir dans tous les sens. Un réalisateur de films ou un comédien, plus il part dans tous les sens, plus on dit qu’il a un talent fou. Un chanteur, lui, doit toujours creuser le même sillon. Ça me fait suer de faire partie d’une même famille toute ma vie Et qu’est-ce qu’on entend par « famille » ? Je n’aurais donc pas le droit de m’aventurer ?

Tu as pris ce droit de toute façon.

Voilà. Ça peut brouiller les pistes, mais ce dont je me méfie plus que tout, ce sont les médias « arrêtés ». La génération des médias qui m’a connu rock n’a pas écouté ce que je faisais dans la chanson. Elle ne sait donc pas si c’est bon ou mauvais. Idem chez les ayatollahs de la chanson française. A un moment, j’ai correspondu à une attente avec ce « revival » auquel j’ai participé avec enthousiasme. J’ai fait des chansons avec un accordéon, mais pour des chansons que j’estimais dans la rénovation et pas dans la nostalgie. Ça leur plaisait. Mais quand j’ai fait « Métropolitain » en  électro rock, là, ils m’ont tous lâché. Hérésie totale.

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Ce soir-là, Kent était dans la lumière... mais Mandor aussi, involontairement (photo : David Desreumaux/Hexagone) Cliquez sur la photo pour la voir en plus grand.

Je déteste les ayatollahs de la chanson française.

C’est terrifiant parce que je ne peux pas être jugé dans la continuité. Je suis jugé partiellement à chaque fois. C’est dommage pour quelqu’un qui aime être en phase avec l’air du temps qui arrive et pas avec l’air du temps qui est là. Je trouve que ce qui est amusant et intéressant, c’est de sentir ce qu’il va se passer. Parfois, je suis un peu en avance sur mon temps, ça ne joue pas en ma faveur, mais j’ai une petite fierté d’avoir senti certaines choses.

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Pendant l'interview...

Et les gens du métier te respectent.

Les gens qui me connaissent me respectent, j’insiste. Tu dis Kent, tu dis Bashung, ce n’est pas pareil. Tout le monde connait Bashung, même si tout le monde n’a pas écouté. Je ne peux pas me gausser d’être incontournable. J’ai conscience de ce que je représente. Je vais te raconter une anecdote. Un jour, une jeune chanteuse qui a fait The Voice vient me voir et elle me dit qu’elle a voulu chanter une de mes chansons parce qu’elle apprécie ce que je fais et que ses parents sont fans de moi. La production a refusé parce qu’elle a estimé que je n’étais pas assez connu. C’est un peu blessant d’entendre des choses comme ça. En te racontant ça, je veux t’expliquer que quand tu es rangé dans un tiroir, pour t’en sortir, c’est très difficile. Par contre, je sais que si je meurs demain, il y aura une chouette couverture médiatique pendant une journée. Je suis apprécié, ça me touche beaucoup, mais personne ne va me passer en prime time parce que ça ne parle à personne.

Mais tu as aussi l’image de l’artiste sans compromission, qui ne joue pas toujours le jeu.

J’ai aussi l’image de l’artiste qui se débrouille, qui fait sa vie et qui n’a besoin de personne. Je voudrais juste savoir si mon taux d’acceptation passe par les oreilles avant de passer par les préjugés.

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Le 2 avril 2018, après l'interview.

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01 février 2017

Kent : interview pour La grande illusion

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorKent, à bientôt 60 ans et 40 ans de carrière Après un CD intimiste en piano-voix, Le Temps des Âmes (pour lequel je l’ai mandorisé), un livre somptueux  Dans la tête d’un chanteur et une passionnante émission de radio, Vibrato sur France Inter, le chanteur revient à l'esprit rock et pop de ses débuts avec son 18ème album solo, La Grande Illusion. L’artiste lyonnais  s'est inspiré, pour composer et écrire, de ses introspections et de ses indignations. Dans ce disque publié pour la première fois sur le label indépendant At(h)ome (que j’affectionne particulièrement), on redécouvre ainsi la plume engagé et poétique de Kent, dans des textes taillés au couteau écrits avec son cœur. Il y est beaucoup question d’amour et de nostalgie, de contemplation et recueillement. Cela fait longtemps que je le sais, mais il est toujours bon de le rappeler, Kent compte parmi les plus grands auteurs de sa génération. Le 14 décembre 2016, nous nous sommes rejoints dans un café de la Place du Chatelet.

NB: Toutes les photos  de Kent sont signés Frank Loriou (sauf celle avec Hubert Mounier et celle où je suis avec lui).

Argumentaire officiel :

La grande illusion marque le grand retour de Kent dans le paysage de la chanson française. Réalisé par David Sztanke de Tahiti Boy, ce 18ème album solo de l'ex Starshooter regroupe 10 titres universels et intimes, aux couleurs tantôt pop, tantôt rock, écrits avec la plume toujours aussi précise et juste. Plus qu'un bilan, l'auteur-compositeur-interprète a pensé cet album comme un instantané, une photo fidèle à ses introspections et ses émotions du moment. Un disque franc et généreux mais jamais nostalgique, qui marquera les 40 ans de carrière de Kent en 2017 et le début d'une grande tournée française.

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorInterview :

Quand tu écris des chansons, as-tu l’idée préconçue de faire un album ?

Pas du tout.  Je suis même étonné d’en faire encore. Mais quelques chansons se mettent en place en attente de l’engrais. En général, c’est une rencontre qui déclenche le fait d’enregistrer un album. Une fois que je sais avec qui je vais travailler, il y a des chansons qui vont coller et d’autres pas. Je me remets à écrire dans le sens du disque que je vois se profiler au loin.

Je suis sûr que c’est le cas pour une chanson comme « Eparpillée ».

C’est effectivement le cas typique d’un titre que j’ai écrit en sachant avec qui j’allais réaliser l’album.

J’adore ce que tu dis dans cette chanson. Je le pense tellement.

Je raconte que nous sommes tous éparpillés. On porte toujours un masque, et il est différent selon les gens avec qui on est. Par exemple, si on a un rendez-vous galant ou un rendez-vous professionnel, on ne va pas se comporter de la même manière. De toute façon, même si on est naturel, les gens nous voient chacun à leur manière. C’est difficile de vraiment cerner les gens. Nous ne sommes pas qu’un.

Extrait de "Eparpillé".

« Un revenant » évoque un rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Je n’aime plus coller à l’actualité, parce qu’elle va trop vite. Quand on colle à l’actualité, il y a un risque probant d’être manipulé par elle. Pour cette chanson, c’est différent. Il y a des gens qui m’inspirent et qui me poussent à écrire. C’est le cas du journaliste Philippe Lançon qui écrit dans Charlie Hebdo et Libération. Je le lis depuis des années. J’adore comme il l’écrit. Avant l’attentat, je l’avais même contacté pour que l’on travaille ensemble… et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quelques semaines après, Philippe Lançon s’est remis à écrire et il raconte sa renaissance, sa survivance. J’ai trouvé cela extrêmement touchant.  On a tendance à beaucoup parler de ceux qui sont morts, mais ceux qui sont toujours là, nous les oublions. Il y a eu autant de blessés que de morts et je trouvais intéressant de parler de ceux qui sont restés. Je tente d’expliquer ce qu’il se passe quand on revient à la vie bien esquinté.

Dans « L’heure du départ », parles-tu de ton propre décès ?

J’imagine mon décès et comment mes proches vont le vivre. Je rentre dans une tranche d’âge où il y a plus d’enterrements que de naissances et de mariages. Quand je suis à un enterrement, je vois ce qu’il se passe, je vois cette tristesse, ces comportements stéréotypés. Un enterrement devrait coller à la personnalité de celui qui vient de partir.

Jkent,la grande illusion,athome,interview,mandor’ai pensé à ton pote Hubert Mounier en écoutant cette chanson.

Je suis resté d’abord hébété à l’annonce de la mort d’Hubert. Il m’a fallu des jours pour trouver des mots à dire. C’est un proche et on avait tellement de choses en commun que j’ai fini par savoir quoi dire à son enterrement. Le plus difficile est de rester pudique et de ne pas parler de soi, mais de parler de celui qui part. L’important est de penser à celui qui n’est plus là.

Il y a justement une chanson sur l’amitié dans ton disque, "Rester amis". C’est une valeur importante pour toi ?

J’étais enfant unique, donc mes frères et mes sœurs sont mes amis. Je me suis construit ainsi. Les amis que je connais depuis très longtemps sont des balises.

Arrives-tu à te faire de nouveaux amis ?

Pas dans le métier. Il y a des gens que je rencontre avec qui je m’entends, mais pour devenir amis, il faut une réciprocité. Les artistes rencontrent trop de gens, nous sommes trop sollicités. Je vais te dire franchement, mon carnet d’adresse me saoule. Souvent, j’efface des noms parce que c’est sans fin.

Dans ton œuvre, je trouve que rien n’est daté.

Pourtant, je t’assure que si. L’album Le mur du son (1987), c’est vraiment très années 80, l’album Métropolitain (1998), c’était une volonté de coller à une explosion electro des années 90. Mes albums sont le témoignage d’une époque. Des disques intemporels, finalement, on ne sait pas ce que c’est. Pour moi les albums de Simon et Garfunkel sont intemporels, mais pour mon fils, non.

Extrait de "La dérive des sentiments".

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorTu reviens à de la chanson très « rock ». Ça faisait longtemps que l’on ne t’avait pas entendu chanter ainsi.

Depuis l’album Panorama en 2009, je pars en tournée avec Fred Pallem et deux guitares, puis avec mon précédent disque, Le temps des âmes, en piano voix. Ça fait donc 7 ans que je tourne a minima. J’avais un gros manque de rythmiques.

De jouer avec plus d’instruments et des boites à rythme, ça modifie la façon de chanter ?

Non, je ne crois pas. Simplement, on n’écoute pas un chanteur de la même manière quand il chante derrière un piano que quand il est accompagné d’un groupe même s’il chante pareillement.

Le premier single est « Chagrin d’honneur ».

Je voulais absolument faire une chanson sur le burn out. Je voyais beaucoup de personnes autour de moi qui en étaient victime. C’est un peu le mal du siècle. Mais je n’aime pas le mot en anglais. Burn out, ça fait presque trendy, chic. Un jour j’écoute à la radio Davor Komplita, un psychiatre suisse qui s’intéresse au burn out. Dans son interview, il dit qu’il déteste ce mot et qu’il préfère le terme « chagrin d’honneur ». J’ai entendu cette appellation, la chanson est venue. Je précise que je lui ai demandé l’autorisation de reprendre son terme. Il a accepté très gentiment.

"Chagrin d'honneur" en intégralité (audio).

C’est jubilatoire le moment où un évènement ou un mot débloque une chanson qui était en stand-by ?kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Oui. C’est un moment formidable parce que tu sais que ta chanson est là. Quand tu es artiste, tu as les antennes qui sont sorties en permanence. Tu captes toutes les ondes autour de toi jusqu’au moment où tu captures un sujet de chanson.

Ce n’est pas fatiguant de tout capter tout le temps ?

Parfois, ça me gonfle d’être comme une éponge. Je t’avoue qu’avant cet album, j’ai décroché. C’était la première fois de ma vie que j’ai décroché volontairement sans trouver ça angoissant. J’ai arrêté de penser aux chansons et à la musique. J’ai vécu plus d’un an autrement. Je dormais mieux. C’était bien (rires).

Au bout de 40 ans de carrière, c’est toujours aussi flippant de sortir un nouvel album ?

Plus que jamais. C’est angoissant parce que je me juge par rapport à ce que j’ai déjà fait. Je me demande toujours si ça va être aussi bien que tel ou tel album. Si je rentre en studio, il faut que cela en vaille la peine. Après 40 ans de carrière, on peut considérer que je fais partie des meubles et que c’est normal que je fasse un disque régulièrement. Quand je sors un disque, il n’y a pas d’attente et de surprise. Alors il faut créer la surprise ou l’attente. C’est une sacrée pression. Il faut être hyper ambitieux pour faire un disque. Je suis exigeant quand j’écris mes textes, quand je compose, quand je choisis mes musiciens, quand je choisis la pochette. Je suis exigeant sur tout, mais parfois je me dis à quoi bon ?

Tes albums sont pourtant réellement attendus. Je connais plein de gens qui sont attentifs à ce que tu fais ?

C’est gentil de me dire ça. Je sais qu’il y a des fidèles et vraiment, c’est important pour moi qu’ils soient là… mais, à chaque album, mon souhait est de capter l’attention aussi de nouveaux auditeurs. Et puis tu sais, entre les gens et l’artiste, il y a tout le reste :  l’industrie, les médias et surtout... il y a l’embouteillage. Le disque sort au milieu d’une centaine d’autres disques, ça m’angoisse.

Il t’arrive d’être désabusé ?

Bien sûr, mais je lutte contre ça. Je lutte contre le cynisme et la « désabusion ». D’abord, on sait tous où ça a mené Nino Ferrer. Je veux penser que pour moi, dans ce métier, tout est encore possible.

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Après l'interview, le 14 décembre 2016.

10 mars 2008

Kent (1ère partie): portfolio de Julien Pace.

 Ces photos ont été prises par l'excellent Julien Pace, le jeudi 6 mars dernier, dans un bar de la place du Chatelet (dont je ne tiens pas à citer le nom puisque ce n'est pas l'amabilité qui les étouffe).
Kent est un artiste polyvalent et parfaitement génial.
Je l'ai podcasté pour parler principalement de son chef d'oeuvre (un disque-livre "concept" qui m'a cloué sur place tellement il a un effet jubilatoire, rien de moins!): L'homme de Mars.
Il y aura donc, le podcast "officiel" du nouvel album et le podcast "en roue libre".
Version on et version off, en somme...
J'adore le résultat!
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