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09 octobre 2011

Kaoutar Harchi: interview pour "L'ampleur du saccage"

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Kaoutar Harchi sort un second livre-choc et poignant. J’avais beaucoup apprécié son premier, Zone cinglée, j’avais donc hâte de découvrir L’ampleur du saccage. Il se pourrait bien que cette jeune auteure (24 ans) soit en train de construire une œuvre. Une œuvre à vous couper le souffle. Le 20 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Café Livres, son QG.

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor4e de couverture :

Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d'impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d'une prison française à la quête des origines sous les cieux de l'Algérie, la fable funeste d'une humanité condamnée à s'entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d'exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

L’auteur :

Née à Strasbourg en 1987, de parents Marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorInterview:

J’ai lu ton précédent roman Zone Cinglée et je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec L’ampleur du saccage. D’abord, le narrateur est encore un homme.

J’ai beaucoup de mal à me défaire de ce procédé. Pour mon premier roman, je ne me suis pas posée de question. C’était une option, je l’ai choisi. Pour le deuxième roman, effectivement, je réitère l’expérience d’un « je » masculin. Mais, aujourd’hui, je me demande où ça va me mener. Je pense que si je parlais en tant que femme, j’aurais beaucoup de difficultés à exprimer mes idées et mes histoires, par rapport aux univers dans lesquels j’inscris mes romans, l’univers algérien, et plus généralement, l’univers arabo-musulman. Je dis qu’effectivement, il y a une condition féminine qui existe, qui est très compliquée et sur laquelle il faut continuer à écrire. Je pense qu’il y a aussi, parallèlement à ça, ce que j’appelle une condition masculine, c'est-à-dire qu’il existe aussi, pour les hommes, des difficultés à gérer leur propre corps, des difficultés à gérer, à supporter le corps féminin, et des difficultés à mettre en place un dialogue avec les êtres de l’autre sexe. Pour moi, c’est aussi intéressant de voir du côté des hommes, parce qu’ils sont très souvent caricaturés ou placés dans des positions qui sont effectivement les leurs à un moment donné, mais qui, en tout cas, possèdent des liens, des explications, qui échappent totalement à la dualité « femmes victimes » et « hommes dominants ».

Mais, en étant une femme, n’est-ce pas un peu biaiser la réalité que de parler à leur place?

Je ne sais pas si je parviens bien à décrire la psychologie masculine, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse le plus c’est de réussir à raconter une histoire en mettant en place des personnages masculins qui ont des rapports complexes avec les femmes et qui, à partir de là, se retrouvent avec une existence et un destin qui les accablent totalement. C’est la fatalité qui pèse sur ses destins qui me passionne !

Dans ce roman, il y a la notion de filiation, de l’inceste, la répression sexuelle des hommes envers les femmes, thèmes déjà abordés dans le précédent. C’est une obsession chez toi ?

Ça me travaille depuis longtemps. Le fait d’inverser les polarités aussi. Faire des hommes l’objet du discours et moi, la femme celle qui tient ce discours, c’est aussi une manière de m’émanciper de ce regard masculin. C'est-à-dire, qu’à un moment donné, la femme n’est plus ce qui est décrit, jugé ou observé, mais c’est le masculin qui est passé au microscope. C’est une manière de rééquilibrer les regards et le poids des regards, plus particulièrement. Une manière aussi de m’insérer au sein du monde masculin et d’en dire quelque chose.

Excuse-moi cette question personnelle, mais, du coup, dans la vie, tu n’as pas peur de faire peur aux hommes ?

Je ne pense pas. Les hommes en général ou les hommes maghrébins en particulier sont très empêtrés dans leurs propres problèmes et questionnements. Il y a cette espèce de poids très lourd qui est celui de la masculinité et de la virilité, de se définir comme puissant et surpuissant. Je ne pense pas que dans l’esprit des hommes, les choses soient aussi figées et aussi solides que ça. Il me semble que, de leur côté, il y a aussi beaucoup de fragilité, de peur, d’angoisse à l’égard de ce que les femmes peuvent penser d’eux. Donc, effectivement, même si j’y vais de manière un peu brutale, j’ai quand même le sentiment de leur tendre une perche. Finalement, je ne fais que tenter d’ouvrir un dialogue sur ce que, eux, ressentent, même si les questions liées à la sexualité sont particulièrement dures à soulever dans ce type de culture là.

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Tu fais un distinguo entre les hommes en général et les hommes maghrébins.

Je pense que la culture arabo-musulmane fait jouer des rôles à l’homme, à la figure du père ou du frère et que, finalement, la culture occidentale laisse des marges de liberté beaucoup plus grandes. La question de la possibilité de se présenter en tant qu’homme ayant des faiblesses ou ne souhaitant pas se marier ou n’étant pas soucieux d’épouser une femme vierge, il y a des choses comme ça qui pèsent beaucoup dans l’imaginaire arabo-musulman et qui sont liées à une culture très forte et à une dimension plus ou moins sclérosée de ces sociétés-là. La question religieuse y est particulièrement forte, donc, à partir de là, le modèle social est particulièrement rigide. Les écarts, car écarts il y a, sont réprimandés. L’homosexualité est un sujet à fleur de peau, pour ne pas dire tabou, dans la société algérienne, Marocaine et Tunisienne. Dans mon livre, entre deux des héros, Si Larbi et Riddah, il y a une atmosphère ambigüe. On ne sait pas bien si leur relation est homosexuelle ou pas. J’étais intéressée par la possibilité d’installer ce que j’appelle une forme d’homo-érotisme. Il y a quelque chose dans l’air qui pourrait faire penser à une relation amoureuse ou charnelle entre ces deux hommes, tout en laissant le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut. Dans la société que j’ai voulu décrire, il y a une disparition croissante des femmes, parce que parties, parce que plus émancipées, parce que plus libres, parce que déjà mariées, et une forme de peuple masculin qui se retrouve seul et qui se demande comment il est possible à son corps d’évoluer sans femmes.

C’est une manière de ne pas assumer son homosexualité ?

Oui. C’est une sexualité qui se construit à défaut. Ce n’est pas tant le corps masculin qui est attirant, que  le corps féminin qui brille par son absence. C’est à ça que je suis particulièrement sensible. Comment des hommes maghrébins qui viennent pour travailler en France et qui ne connaissent personne gèrent leur sexualité. Lorsque je parle de sexualité, je ne parle pas juste du rapport sexuel, je parle aussi de la capacité d’aimer et de se faire aimer et de se créer des situations d’échanges pour ces temps-là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorÀ part Tahar Ben Jennoun dans La plus haute des solitudes et toi, aucun auteur n’a traité ce sujet.

Ce sont des questions qui sont taboues. Moi, j’y suis allée avec une forme d’innocence, même si après, je me suis dit que peut-être, c’était un terrain un peu dangereux. Ma parole n’est pas politique, j n’ai pas de mandat, je ne suis pas élue, ma liberté d’expression est donc sans limites.

Tu n’as pas peur que certains te reprochent de raconter ce genre d’histoire?

Ça dépend des reproches. J’entends parfois : « cette image que tu donnes de nous, ce n’est pas soutenir le pays ou l’ensemble culturel que de dire des choses pareilles. » Oui, mais en même temps, ce n’est pas mon problème. J’ai cette envie et ce besoin d’aller vers les choses qui sont sensibles. Je trouve que la question du corps féminin dans la culture arabo-musulmane est une question qui fait encore débat, alors je débats.

Toi qui es une jeune fille moderne, tu sens ce poids culturel ?

À une époque, je l’ai senti très fortement. L’adolescence, c’est une époque que j’ai trouvé très compliquée par rapport à ça, par rapport au regard de la mère et au regard du père. Ils sont encore dans une culture très traditionnelle et ils sont un peu effrayés par la modernité et par comment vivent leurs enfants. À un moment donné, ça m’a touché. Il est possible qu’en raison du fait que je sois une fille, il y ait des choses qui ne me soient pas permises, alors qu’en étant un garçon, j’aurais pu les posséder sans problème. Je m’en suis très rapidement émancipée par les études et par la capacité à aller au combat. J’y reviens sur le plan littéraire aujourd’hui parce qu’il y a matière à dire les choses, à créer un dialogue, un échange et même du conflit. Le conflit est très structurant si on accepte de le mener de manière intelligente et sans préjugé.

La littérature, c’est aussi pour mener un combat.

Moi, je le vis beaucoup comme ça. Mais, c’est sûrement lié à mon histoire et mes études. J’entends parfois des gens qui vivent et racontent tout ça de manière plus légère, plus divertissante et il faut aussi ce type de point de vue. Nous en avons discuté assez souvent tous les deux. Moi, je ne suis pas un clown, je n’ai pas envie spécialement de faire rire les gens. C’est en tout cas, en écrivant de cette nature que je trouve un sens à mon existence.

Soit tu écris des actes de manière frontale et brut, soit tu suggères.

Il y a des scènes qui imposent la violence d’elle-même, ça devient donc compliqué d’éluder ou de contourner le problème en suggérant les choses. Quand, par exemple, le viol est décrit, c’est un des moments forts du roman, j’y vais frontalement. Je trouve que c’est la possibilité de faire imaginer ça à quelqu’un d’autre que soi même qui est en soi une violence. Je ne veux pas être constamment dans quelque chose de trash, de très évasif ou fuyant. J’essaie de moduler les scènes qui méritent d’être dites et qui méritent d’être imposées aux lecteurs. J’oscille entre réalité et atmosphérique. C’est un jeu d’ajustement habile.

Je t’ai connu alors que tu étais chez Sarbacane, maison spécialisée dans la littérature adolescente, et te voilà chez Actes Sud. Pourquoi avoir choisi cette honorable maison ?

Parce que c’est une maison d’édition qui a une ligne éditoriale très cohérente. C’est l’ouverture sur le monde et particulièrement sur le monde arabe et le Proche Orient. Son catalogue fait aussi tourner la tête. C’est aussi une manière de créer des filiations avec des auteurs que j’apprécie tout particulièrement. J’aime l’idée d’intégrer cette forme de famille là, ce cousinage imaginaire…

Et tu acquiers une certaine légitimité en intégrant cette maison. 

J’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose et ce quelque chose, c’était l’ouverture sur un public généraliste. Comme tu le disais, je viens de la littérature dite « pour ado », je voulais me confronter au public plus large et complexe de la littérature adulte. Je prends ce deuxième roman comme un deuxième nouveau départ. Je te dis, j’ai besoin d’aller au combat.


Kaoutar Harchi : "Arezki va se rendre compte... par ActesSud

Voici aussi l'avis toujours (éclairé) de Carole Zalberg...

Et après l'interview...

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17 juin 2009

Kaoutar Harchi, auteure choc!

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harchi.jpgFrançaise d’origine marocaine, née à Strasbourg, Kaoutar Harchi à 23 ans. L’année dernière, elle s’est installée à Paris pour préparer une thèse sur le poète Kateb Yacine. La jeune fille a des velléités d’écriture depuis toujours… et une envie de raconter une histoire la taraudait. « Tout sauf celle d’un nombril : une histoire de béton. Contre lui, surtout », précise-t-elle.

 

Dans ses références, on peut distinguer : Tassadit Imache, Evgueni Grichkovets, Paul Celan, Abdelhak Serhane, Eugène Guillevic, Malika Mokkedem, Georges Perec, Vasko Popa, Yves Bonnefoy, Frantz Fanon, Heiner Muller, Nabile Farès, James Sacré, Fabrice Melquiot, Kateb Yacine, Maimouna Gueye.

(Je vous avoue humblement que je ne les connais pas tous).

 

La lecture de son premier roman : « Zone Cinglée » (aux éditions Sarbacane) m’a renversé.

Une écriture choc et une histoire originale.

Peu communes.

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Voici le résumé (source Evene) :

« Zone cinglée est cet endroit qui existe au-delà de la frontière de la ville-centre : un au-delà inquiétant, menaçant, un no man’s land dont personne ne s'échappe ou alors, pour ceux qui ont voulu vivre dans la lumière, le retour au pays se solde par un suicide.
Dans cette cité perdue, les mères sont devenues folles et dangereuses, nourrissent les rangs de la haine et de l'inceste en donnant naissance à une armée d’enfants-monstres. Au milieu de ce chaos, Tâarouk, le narrateur, qui veut vivre l’amour, l'amour interdit avec les hommes, l'amour fraternel avec Feyi et l'amitié avec Izare, souhaite quitter cette banlieue mortifère pour vivre enfin ses désirs naissants. A l'issue de ce qui s'avère être un véritable chemin de croix, Tâarouk va trouver sa voie parmi les hommes et sortir de l'ombre pour exister au plus près de lui-même et des autres, de ceux qui sont partis
, de ceux qu'il va aimer. »

 

J’ai demandé à Kaoutar Harchi de me rejoindre à Meaux pour me parler de son livre.

Un jour de pluie battante.

Drue l'averse.

Je vais de ce pas et sans détour éviter les clichés du genre: "elle est apparue devant la gare de Meaux, tel un rayon de soleil..."

Pas digne de Mandor.

 

-Présentez-moi cette « Zone Cinglée ».

 

-Les premiers mots qui me viennent à l’esprit, ce sont « syncrétisme » ou  « hybridation ».  Dans mon parcours personnel, je suis passé par différentes structures et différentes tendances. Dans mon roman, ça se retrouve un peu. Ce mélange entre quelque chose de très noir et de très précis qu’on peut rattacher à certaines dimensions de la réalité, d’autre part, des choses plus imaginaires, plus inventives, qui touchent à l’extrapolation d’un évènement réel à part entière.

 

-C’est un roman hybride. À la fois un conte mythologique, un roman de Science Fiction ou même un journal intime d’un ado très tourmenté.

 

-Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire jusqu’à ce que mon roman soit définitivement fini. A la base Tâarouk était là, ensuite, tout ce qui relève de la cité, des mères, « la cause », du frère et des parents de Tâarouk, ce sont des éléments qui sont venus au fur et à mesure du travail avec mon éditeur. Je ne voulais pas que ce livre tourne autour d’une forme auto-fictionnelle ou intimiste. Je voulais construire un univers qui soit autre chose que la réalité. Un univers qui ne soit pas qu’une simple copie de ce qui se passe au quotidien dans nos vies respectives.

 

-Vous avez choisi un narrateur (Tâarouk) pour raconter cette « Zone Cinglée ». Vous vous êtes donc mis dans la peau d’un homme pour écrire…

 

-Curieusement, j’ai plus de facilité à écrire en utilisant un « je » masculin qu’un « je » féminin  parce que du côté du monde des filles, je n’aurais pas grand-chose à dire. Je connais mal le monde des garçons, c’est ce qui m’a intéressé. C’est plus agréable, plus fertile et plus fécond de m’éloigner de ce que je tente de créer comme proximité, comme dimension saisissable à travers le roman.

 

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Adjani's attitude...

-Dans votre roman, les femmes n’ont pas le beau rôle. Ni les jeunes, ni les mères qui deviennent complètement folles.

 

-J’ai commencé mes études en apprenant l’anthropologie. A ce titre, je suis très sensible aux questions relatives aux rituels, aux mythes et aux différentes structures que les gens mettent en œuvre  pour tenter de canaliser ou maîtriser leur peur. Je me suis demandé, dans ce livre, comment on faisait pour gérer la mort. J’ai mis en scène des mères ne supportant plus le deuil de leurs fils, tous suicidés, et qui décident de s’installer au cimetière pour rester proche d’eux. J’ai voulu aussi montrer mon point de vue sur ce qu’il se passe quand des évènements individuels deviennent collectifs. Que se passe-t-il quand la folie continue, quand, à aucun moment, il n’est possible de revenir en arrière ou de trouver une porte de sortie. J’ai raconté plusieurs folies. Celle du narrateur, de sa famille et celle de la cité.

 

-Y a-t-il une morale dans votre livre ?

 

-Les livres à moral ou à une quelconque pédagogie, c’est quelque chose que j’admire dès lors que ce sont les autres qui le font. Moi, j’ai de la difficulté à assumer ce genre de dessein. Il n’y a rien que je veux faire passer comme étant un message ou quoi que ce soit à comprendre ou à retenir. Dans « Zone Cinglée », je ne mets en avant que mes impressions et sensations personnelles d’une difficulté à gérer ses rêves.

 

-On peut penser en regardant la couverture et en lisant le résumé de l’histoire, que c’est encore un roman sur une cité de banlieue… et pourtant, ce n’est pas la réalité du contenu de votre roman.

 

-La question de la littérature de banlieue est très compliquée parce que ça met en œuvre à la fois l’ambition d’un individu à être reconnu comme un écrivain et, à la fois, les difficultés qui se posent à lui à partir du moment où il évoque un territoire particulier. Un roman de banlieue, c’est réducteur et c’est créer un sous-genre qui de manière formelle ou stylistique, n’existe pas.

 

-Je sais que vous êtes une passionnée de rap et de slam. Est-ce la raison pour laquelle vos phrases sont courtes, incisives, précises et percutantes ?P1000476.JPG

 

-J’ai écouté énormément de rap français. C’est un mouvement dans lequel je me reconnais, mais je suis juste une auditrice régulière, je ne me suis jamais impliquée dans le mouvement. Si je devais citer quelqu’un, au niveau du style, de l’écriture et de la capacité à mettre en rythme les mots, ce serait Oxmo Puccino. Il a une écriture et une facilité à créer des images qui m’ont toujours frappé et attiré. En tout cas, les phrases courtes, le caractère parfois rapide et haletant me convenaient bien parce que l’histoire est comme ça. Mes personnages sont habités par le désir, la folie, l’amour et, finalement, il y a une correspondance entre la forme et le fond.

 

-Pour finir, Kaoutar Harchi, aviez-vous l’ardent désir d’être publiée ?

 

-Je trouve ça très difficile d’écrire et de ranger ses mots et ses histoires dans son tiroir et de les ressortir le lendemain comme si de rien n’était. Il y a toute la dimension du partage qui n’existe pas. Quand un éditeur vous prend au sérieux et qu’il accepte de travailler avec vous, c’est un gage de confiance qui a été nécessaire…

 

-Vous avez eu du mal à trouver un éditeur ?

 

-J’ai eu du mal au début, mais simplement parce que ce que je proposais était d’une qualité très faible. Les gens me renvoyaient à moi-même en me disant de travailler encore et encore. Un jour, j’ai compris ce que je voulais écrire et j’ai vite trouvé un éditeur. Il m’a d’ailleurs beaucoup aidé sur bien des points.

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Interview diffusée sur 77FM à écouter là.