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08 avril 2021

Joseph d'Anvers : interview pour Doppelgänger

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“En dépit des doutes, des errances, des occasions manquées, des détours, de la pandémie, de la vie rude et de ses affres, des difficultés rencontrées, du temps qui passe si vite, des montagnes à soulever et des mers à boire, j’ai le plaisir infini de vous présenter enfin « Doppelgänger ». J’y ai mis énormément de moi, de mes forces restantes, de mon amour, de mes failles, de ma vie, de mes questionnements et de mes espérances, de mes tripes, de ma sueur, de mes larmes et de mes joies, aussi, un peu quand même.” C’est ainsi que Joseph d’Anvers annonce la sortie de son 5e album dans lequel il représente les différentes facettes de ce qu’il est.

Un petit retour en arrière s’impose. Joseph d’Anvers a subi un coup d’arrêt dans sa vie familialo-amoureuse, associé à des soucis de santé. Break total. Au bout de 8 mois, il a eu envie d’écrire un roman. Ce qu’il a fait (sorti chez Rivages) avec succès, Juste une balle perdue. Ensuite, il a accepté une proposition de Loo Hui Phang pour composer la B.O. de sa pièce de théâtre Jellyfish. Et puis enfin, la sortie de Doppelgänger. Cet artiste, décidément plein de ressources, a déjà été mandorisé deux fois (là il y a pile dix ans, en 2011, et en 2015).

Pour évoquer l’album, (mais pas que), le 12 mars dernier, nous nous sommes retrouvés sur un banc du parc de Belleville.

Sa page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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Biographie officielle (version courte par Loo Hui Phang :

Joseph d’Anvers, ancien boxeur et chef opérateur formé à la Femis, est l’auteur de 4 albums parus depuis 2006, sur le label Atmosphériques.  On y a vu défiler Darrell Thorp (Radiohead, Mc Cartney, Air..), Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Beck…), Dominique A, Miossec, Vanessa Da Mata, Money Mark, Troy Von Balthazar, Lescop et bien d’autres.

En parallèle, il a écrit pour de nombreux chanteurs et groupes (« Tant de nuits » sur l’album Bleu Pétrole d’Alain Bashung ou « Ma peau va te plaire » sur En amont, l’intégralité de l’album L’homme sans âge pour Dick Rivers, Day One, Amandine Bourgeois etc…) et collaboré avec des compagnies de théâtre et des productions de films afin de composer des bandes originales.

Joseph d’Anvers a également publié deux romans (dont Juste une balle perdue, sorti en janvier 2020 aux éditions Rivages/Actes Sud, succès de librairie) et un roman graphique.

En 2019, il créé la société Doppelgänger et produit désormais ses différents projets.

L’album DOPPELGÄNGER (par Loo Hui Phang) :joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor

Puisque Doppelgänger évoque "le double" dans la mythologie nordique, la trajectoire de ce nouvel album traverse des territoires multiples, électriques et sensuels : paysages synthétiques, mélancolie contemporaine, sunset californien, iridescences urbaines... Les sons et les mots génèrent des images, des séquences, autant d'univers qui se déploient au-delà de l'espace des chansons.

Joseph d'Anvers, chef opérateur, crée des lumières sonores, installe des climats mélodiques, entre stridences rock et horizons hédonistes, une palette aussi éclectique que cohérente.

Joseph d'Anvers boxeur insuffle ses pulsations électro, ses arythmies étonnantes, ses accélérations vertigineuses.

Joseph d'Anvers romancier nous délivre mille et une histoires teintées de romantisme, de noirceur, d'innocence. Autant de récits échappés de ses fictions intimes, intarissables. Car les doubles, les revers cachés, les visions multiples sont les thèmes déclinés dans ce nouvel opus, telle une constellation de fictions musicales.

Doppelgänger est une traversée des mondes, un kaléidoscope doux et fulgurant, riche de ses multiples vies, où Joseph d'Anvers nous guide dans une maîtrise virtuose des sonorités.

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joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorInterview :

Ton roman noir, Juste une balle perdue a-t-il influencé l’écriture de ce nouvel album.

Ce roman était une extension de pas mal de chansons à moi. Il nous emmène sur les mêmes territoires : la nuit, la post adolescence, la drogue, l’alcool… tout ce qui me touche dans les films et les livres. Avec Juste une balle perdue, j’ai pu aller plus loin en y passant plus de temps, en fouillant plus en profondeur ce que je voulais dire. Quand j’ai commencé l’écriture de Doppelgänger, j’ai continué sur ce même terreau en m’inspirant de quelques pastilles de mon livre. Il y a évidemment des passerelles entre ce disque et mon roman.

Est-ce que ton roman, au final, était celui que tu souhaitais écrire ?joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor 

A la base, j’étais parti pour raconter ma vie, mais finalement, j’ai considéré que c’était trop frontal. J’ai eu quatre faux départs. Au cinquième, je me suis dit que je n’écrivais plus du tout ce que je voulais raconter initialement. A l’époque, j’avais entamé  une analyse. Je parle de mon livre à mon psy. Il me demande ce que je raconte. Je m'exécute… et il sourit. Je comprends que je parle énormément de moi, mine de rien, mais dans un prisme fictionnel total.

Dans tes précédents albums, tes textes sont plus frontaux. Dans Doppelgänger, j’ai l’impression que c’est comme dans ton roman. Il y a un écran, un filtre entre la réalité et le fictionnel.

En effet, j’ai eu besoin que dans chaque chanson, il y ait un héros différend. Un gars sur la corniche d’or d’Esterel, un combattant pendant la guerre, un mec qui cherche son père et qui ne le trouvera pas… à travers ses personnages, il y a un peu de moi.

Tu as été chef opérateur formé à la Femis. Je trouve que c’est dans ce nouveau disque que l’on sent le plus tes influences cinématographiques.

Je voulais que mes compositions sonnent comme des musiques de films à la « Nightcall » de Kavinsky dans Drive. Mes personnages ajoutés à ce genre musical, ça devient comme une sorte de court-métrage.

Clip de "Esterel".

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorIl y a quatre interludes dans ce disque. Ce sont des extraits de films. A quoi servent-ils ?

C’est d’abord pour faire mieux comprendre la chanson qui suit et c’est également pour faire des cassures dans le rythme de l’album que j’ai conçu comme une playlist.

Il y a des chansons qui datent d’il y a 10 ans, comme « Les palaces » et « Los Angeles » (deux chansons destinées initialement à Julien Doré) et des chansons écrites lors du premier confinement, comme « L’inconséquence ». C’est la première fois que tu mélanges des anciens textes à des récents ?

J’ai plein de chansons que j’ai mises sur le côté parce que les labels n’étaient pas motivés pour les sortir. J’en trouvais certaines bonnes, je ne voulais donc pas les laisser sur le carreau. Habituellement, quand j’écris un album, je ne veux que des nouvelles chansons, je ne regarde pas mes anciens carnets. Doppelgänger est un disque dans lequel je ne voulais rien m’interdire et où il n’y a aucun concept, j’ai décidé d’en réadapter deux anciennes. Elles s’intégraient parfaitement avec les autres.

Clip de "Les terres sacrées".

J’ai lu que tu considérais ce disque comme un premier album.

C’est vrai. Comme j’ai revu la manière de faire, que j’ai monté mon label, Doppelgänger, que cela fait six ans que je n’avais pas sorti de disque, que j’étais dans un bordel de vie privée… je n’avais plus aucun repère. Je me suis retrouvé dans la posture d’un mec qui s’autoproduit. Je savoure de nouveau  une espèce de joie toute bête de se dire « j’aime ce que je suis en train de faire ». Comme pour mon livre, je sais que j’ai eu raison d’être allé au bout de ce que je voulais faire, seul, sans me soucier des qu’en-dira-t-on.

Est-ce que cet album est la somme des quatre premiers ?

C’est exactement ça. Il y a le côté métissé de Les jours sauvages,  le côté très intime de Les choses en face, le côté très produit de Rouge fer et de Les matins blancs et les synthés de Rouge fer.

Ta célébrité, elle est idéale, non ? On ne te reconnait pas forcément dans la rue, mais tu as un public et une énorme crédibilité dans les médias.

Comme toi, il y a des jours ou tu es satisfait de ta vie et d’autres ou tu ne l’es pas. J’ai côtoyé des artistes qui ont une grosse médiatisation, à chaque fois, le revers de la médaille est compliqué. Cela dit, plus tu es médiatisé, mieux tu peux faire ton métier parce que tu as plus de moyens.

Pourquoi as-tu créé ton label ?

Pour aller où je veux sans rendre de compte à quiconque. Si l'envie me prend d'écrire un film, d'écrire un deuxième livre, je peux m’y adonner. Je ne m’interdis plus rien. Avant, mon précédent label n’aimait pas beaucoup que je brouille les pistes.

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorCe que disent les journaux de ton nouveau disque, ça doit te faire du bien…

(Il commence à chanter : Faut pas croire ce que disent les journaux...). En fait, j’ai le syndrome de manque de confiance. Ca vient de l’enfance. J’ai été élevé dans le milieu du sport et ça ne m’a pas aidé dans mon éducation pour la musique. J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports. Dans cette activité, tu peux toujours faire mieux. J’ai fait de la boxe et du foot à haut niveau.

Du foot ? Je ne le savais pas.

C’est bizarre, personne n’en parle jamais. Entre 14 et 17 ans, j’étais en catégorie jeune en championnat national. J’ai fait des tournois internationaux contre Liverpool, La Juve etc… A 14 ans, j’ai été demandé par le centre de formation de l’AJ Auxerre. Ils m’ont envoyé une lettre demandant d’intégrer ce centre de formation qui était le plus important d’Europe. Mon père a dit non. Il était prof de sport et il s’était rencardé là-bas et des personnes lui ont dit « ce n’est pas sport études, c’est sport et sport ». Il a voulu que je passe le bac d’abord. J’ai toujours eu une espèce de regret en me disant « et si… »

Tu envisages la musique comme le sport ?

Je suis un teigneux. Quand j’avais un mec plus fort que moi en boxe, je ne me laissais pas faire. Pareil en foot. Je me battais et parfois je gagnais. En musique, si tu as quelqu’un en face que tu considères moins fort, qui fait des chansons que tu juges qualitativement moins bonnes, ça peut être quand même lui qui gagne. Pour moi, c’est dur à admettre parce que je suis un compétiteur. Quand j’entends des choses indigentes, je me dis que ce n’est pas possible de sortir ça. Mais en réalité si, parce que derrière, tu as une maison de disque qui met 500 000 euros sur la table pour le marketing. Moi, je ne peux en mettre que 10 000. J’ai en permanence quelque chose d’insatisfait par cette injustice.

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Après l'interview, le 12 mars 2021, au Parc des Buttes-Chaumont.

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09 mars 2015

Joseph d'Anvers : interview pour Les matins blancs

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Joseph d’Anvers sera demain (10 mars 2015) au Café de la Danse… Il était temps de publier sa récente interview…

Joseph d’Anvers est séparé de son label après trois disques. Il autoproduit aujourd’hui son quatrième album, Les Matins blancs, grâce notamment à la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank. Ce nouvel opus, composé essentiellement de chansons d’amour, de rupture, révèle une pop élégante, où s’invitent des "frères d’armes", tels Miossec, Dominique A ou Lescop. Avec ce quatrième volet, le chanteur s’inscrit définitivement dans cet héritage.

En résultent alors quatorze textes finement arrangés, d’une élégante facture pop-rock matinée d’arrangements de cordes.

Le 10 février dernier, Joseph d’Anvers est venu à l’agence pour sa deuxième mandorisation (voir la première ).

joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorL’argumentaire officiel de l’album :

On serait presque tenté de qualifier Les Matins blancs de concept album. Ses quatorze chansons sont autant de variations sur un même thème : ces pensées troubles qui nous envahissent au sortir d’une nuit blanche et que chassent les premières lueurs de l’aube. Pour habiller cette collection de chansons, Joseph d’Anvers a fait appel à l’équipe de rêve qui accompagne ou a accompagné Etienne Daho, Alain Bashung et Daniel Darc. Avec pour résultat une interprétation toute en retenue, qui s’arrondit ou se creuse au gré des inflexions de la voix.

Explications de textes :

L’album s’ouvre sur les somptueuses volutes de cordes de « Petite », une ritournelle douce-amère d’où s’échappent ces mots : « chaque seconde est une histoire ». Par contraste, « Surexposé » passerait presque pour guilleret, avec sa rythmique empruntée au Bashung de « Gaby ». « Avant les adieux » est une poignante ballade sur les amours défuntes. « Tremble », écrit par Dominique A, possède la grâce d’un « battement de cils ». La soul chic de « Mon ange » parle des idéaux qui s’effritent. Sur « La vie à présent », une folk song près de l’os, plane l’ombre de Neil Young. Les arpèges de « Sally » sont fébriles comme les doigts des amants le premier soir. Le voile consolateur d’une section de cordes enveloppe les étreintes éphémères de l’aube, celles que Joseph appelle « Les amours clandestines ». « Chaque nuit en son temps » monte crescendo jusqu’à sa fin en suspens, juste au bord du précipice. « Marie », avec son texte signé Lescop, emporte l’auditeur le plus endurci dans son galop romantique. « La nuit, je t’aime quand même » mêle le lyrisme de la plume de Miossec à l’une des plus poignantes mélodies de Joseph. « Les jours incandescents » sinue entre ombre et lumière, avant de s’achever dans un instrumental extatique. « Regarde les hommes tomber » referme avec l’apparente facilité d’un prélude de Satie ce « presque concept album ».

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joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorInterview :

Faire un album grâce à un site participatif, c’est confortable ?

Confortable, je ne sais pas si c’est le mot. C’est un album qui a été fait à flux tendu, même si c’est celui de mes quatre disques qui a coûté le moins cher. Je ne pense pas que cela s’entende à l’arrivée et ça, j’en suis fier.

Tu avais demandé combien ?

5500 euros. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne savais pas non plus si c’était beaucoup. En 24 heures, nous avons récolté la somme. Au bout de deux semaines, nous avions 12 345 euros.

Ça veut dire que pas mal de personnes étaient en attente d’un nouveau disque.

J’ai ressenti ça plutôt comme des mains qui se tendent au moment où tu en as besoin.

C’est compliqué de sortir un album quand on n’a plus de maison de disque ?

Avec Atmosphériques, nous nous sommes quittés d’un commun accord. J’aurais pu contractuellement rester et garder un certain confort, mais j’ai choisi de partir. L’envie n’était plus là de travailler ensemble. C’est comme quand tu quittes une femme. Tu es sûr de toi et les jours qui suivent, tu te poses des questions. Rien n’est simple dans les séparations.

Clip de "Surexposé", extrait de l'album Les matins blancs.

Tu n’as pas eu peur de devoir recommencer à zéro ?

Non, mais j’ai remarqué que dans mon entourage proche, il y a eu ceux qui m’ont tourné le dos et ceux qui m’ont tendu la main. Les internautes, pour la plupart, ont fait partie de la deuxième catégorie. Je me suis rendu compte que j’avais bien fait d’avoir été présent sur les réseaux sociaux depuis pas mal de temps. J’ai toujours essayé d’abolir la distance entre ceux qui aiment mon travail et moi. Pour le site participatif, je ne me suis donc pas positionné dans le « ça va marcher, on m’attend », mais comme un mec qui dit « merci les potes de m’aider ».

Tu es encore dans le circuit avec At(h)ome.

Oui, mais je suis arrivé dans cette structure très réactive avec un produit fini. Il n’y a que trois employés, dont les deux patrons. J’ai senti immédiatement qu’ils croyaient en mon projet. De plus, ils défendent juste cinq ou six nouveaux disques par an, mais du coup, ils les défendent bien.

Tu revendiques le fait qu’il faut acheter des CD pour que l’artiste puisse vivre de son métier.

C’est une des rares denrées qui en vingt ans n’a pas augmenté. Quand j’étais gamin, un CD coûtait cent francs, aujourd’hui, c’est quinze euros. Ça n’a pas bougé. Le fait de me retrouver sur un label 100% indépendant et d’avoir fait mon disque comme je l’ai fait, c’est du militantisme.

C’est très important de défendre les chanteurs que l’on aime.

Quand vous mettez quinze euros dans un CD, vous permettez à l’artiste de pouvoir peut-être faire un autre album après. Ce n’est ni iTunes, ni Spotify, ni Deezer qui nous rapportent de l’argent. Je peux même dire que ça ne nous rapporte rien. Si tout le monde se remet à acheter au moins un CD, ça peut changer le cours des choses. Il faut que les produits qui ne sont pas liés à  TF1 ou NRJ puissent subsister. La musique, ce n’est pas que du divertissement et ce n’est pas vain. Il faut que l’on en soit persuadé.

Si ce n’est pas que du divertissement, ça peut-être quoi d’autre ?

Du rêve, de l’évasion… ça peut être aussi une bouée de secours, quelque chose qui te fait réfléchir sur la société.

Écoute de "Petite" extrait de l'album Les matins blancs.

Pour cet album, tu as fait une centaine de chansons. C’est énorme !

Ce n’est pas énorme, cela devrait être la norme. Les gens ne le savent pas, mais pour l’album Thriller de Michaël Jackson, il y avait 900 chansons. Et dans les 900, il n’y avait pas « Billie Jean ». Il l’a ajouté au dernier moment. Je ne me compare pas à Michaël Jackson, mais tu as compris l’idée... Le seul luxe que j’avais sur cet album, c’était le temps. Je pouvais le gérer. J’ai décidé de composer une chanson par jour pendant des semaines. Il y a des chansons qui sont restées et il y en a d’autres qui ont fini au panier.

Plus on écrit des chansons, plus on s’améliore dans ce domaine ?

Ce serait dommage de ne pas évoluer quand on travaille beaucoup.

Ton écriture est plus premier degré dans ce disque… avant, il fallait gratter pour saisir tout le sens et l’essence de tes textes.

Dans mes précédents albums, j’adorais qu’il y ait des ellipses, une certaine forme de poésie, ça m’intéressait aussi que l’on ne me comprenne pas toujours. J’aimais bien que les gens fouillent un peu. Dans celui-ci, j’avais envie d’être compris plus nettement. J’ai donc décidé d’écrire des chansons comme si je m’adressais à une personne en particulier… comme des lettres. Je me suis rendu compte que la simplicité dans une chanson, c’était loin d’être évident. Je voulais pourtant de l’évidence, de l’élégance et de la simplicité.

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Est-ce l’album qui te raconte le plus ?

Je me suis recentré sans faire du nombrilisme, parce que ma vie n’est ni mieux, ni moins bien que celles des autres. J’ai essayé de voir ce qui me touche dans la vie. Quelles sont les failles qui me font vivre, rire ou pleurer ? Qu’est-ce qui en moi fait que je suis vivant ? Comment essayer de l’exprimer au mieux pour ne pas raconter ça sous la forme d’une histoire trop personnelle ? Comment écrire des chansons élégantes et intéressantes ? Tu vois, je m’en suis posé des questions. Aujourd’hui, je m’assume tel que je suis. J’ai mes travers physiques et psychologiques, mais je suis comme ça. J’essaie juste de m’améliorer. Ma musique est liée à tout ça.

As-tu l’impression de t’être déshabillé ?

Il a fallu que je trouve une certaine distance avec l’intime que je raconte. Sur la pochette, on me voit torse nu, mais on ne voit pas mon corps. C’est à l’image de tout mon album. Tout a du sens.

Avec cette façon de faire ton album, contrairement à d’habitude, tu t’es retrouvé seul face à ta création. Personne n’a pu te donner son avis. Ce n’est pas un peu perturbant ?

Tu as raison de souligner ce fait, car j’ai douté de nombreux mois. J’ai même traversé de grosses périodes de flottement. Je m’étais fixé des lignes théoriques, mais une fois qu’on est passé en studio, j’ai fait valider par tous les musiciens et mon ingé son les quinze titres choisis. Il est extrêmement difficile d’être objectif sur son propre travail et jusqu’au premier papier qui est paru sur mon disque, je n’étais sûr de rien.

Dominique A, Lescop et Miossec ont participé à ton album en t’offrant de très beaux textes.

J’avais lu que Dominique A avait bien aimé mon album Rouge Fer. Il avait dit à Marc Thonon, le patron d’Atmosphériques, qu’il aurait bien aimé faire une chanson avec moi. J’étais super content. Quand j’ai quitté Atmosphériques, j’ai appelé Dominique pour savoir si sa proposition tenait toujours. Il m’a répondu par l’affirmative. Ça m’a mis une sacrée pression. Il ne fallait pas que je me plante. La même chose pour Miossec et Lescop. Quand on reçoit leurs textes, c’est flatteur et génial, mais il faut être à la hauteur musicalement. J’avais peur que le résultat final ne leur plaise pas. Mais les trois chansons sont nées assez vite et chacun était satisfait.

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Te rends-tu compte que tu commences à compter dans le monde de la chanson française d’aujourd’hui ?

Ma condition m’empêche complètement de penser à ce genre de considération. Je ne vends jamais 500 000 disques, alors j’ai parfois l’impression que ce que je fais n’est pas bien. On m’a fait ressentir que j’étais moins important artistiquement que Charlie Winston parce que je vends dix fois moins d’albums que lui. Après, on m’a fait comprendre que j’étais moins bon que Gaëtan Roussel parce que, là encore, je vends dix fois moins d’albums que lui. J’ai fini par croire en ce que l’on me martelait. Malgré cela, je sens que le milieu est bienveillant avec moi. A part Télérama. Valérie Lehoux me descend depuis trois albums. Un jour je ne chante pas assez, l’album suivant, je chante trop. Je suis pourtant plus dans la couleur Télérama que Jeune et Jolie, il me semble. Avec des journalistes comme ça, je ne peux pas prendre la grosse tête et croire que je suis essentiel à la chanson française.

Il n’en reste pas moins que ce nouvel album est plus abordable. Il peut être celui qui t’apporte une plus forte popularité.

J’avais cette envie précise d’être plus accessible. Je me suis donc mis à écouter des artistes comme Souchon, Daho ou Aubert. Tous ces mecs qui font de la bonne et classieuse variété française, mais que je n’écoutais pas auparavant. Je voulais un peu m’imprégner de leur talent pour faire un album plus « à la française ». La difficulté était de ne pas les imiter…

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Tu fais un métier formidable. Toi et tes semblables faites rêver les gens. Tu y penses à cet aspect-là de la vie d’artiste ?

Je me force à y penser. Je suis persuadé que c’est l’art sous toutes ses formes qui sortira du marasme financier, économique et sociétal dans laquelle elle est. En amenant de la beauté dans la vie, en amenant les gens à réfléchir autrement que par eux-mêmes, à travers les œuvres et non pas à travers les brèves ou les émissions de télé en continu, on s’améliorera et on ira vers quelque chose de mieux. Ce qu’il reste d’une civilisation quand elle a disparu, c’est l’art.

Es-tu satisfait de l’artiste que tu es devenu et est-ce la destinée dont tu rêvais dans ta jeunesse ?

Non parce que le principe même du bonheur, c’est qu’il est toujours concomitant d’un malheur. Le bonheur, c’est une invention philosophique. Tu ne peux pas être foncièrement heureux, si tu n’as pas été malheureux avant. Je suis juste heureux de faire le métier que je souhaitais, mais cette vie que j’imaginais et fantasmais n’est pas à la hauteur du rêve. On ne peut jamais être à la hauteur d’un rêve. Cette vie dont j’ai rêvé, je la paye psychologiquement et financièrement, mais jamais je ne me plaindrai. Vivre de sa passion est le luxe suprême en ces temps difficiles…

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Après l'interview, le 10 février 2015.

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19 mai 2011

Joseph d'Anvers: interview pour Rouge Fer

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Joseph d’Anvers, cela fait un moment que je me disais qu’il fallait que je me retrouve en tête à tête avec lui. La sortie de Rouge Fer m’en a donné la possibilité. Nous nous sommes donné rendez-vous au Zimmer, restaurant de la place du Châtelet, le 10 mai dernier.

Avant l’interview, voici, pour se remettre dans le contexte mon article publié dans le Actu FNAC daté du mois d’avril 2011.

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Joseph d'Anvers 10.05.11 4.JPGMandor: Rouge Fer a été enregistré en deux semaines et dans des conditions particulières…

Joseph d’Anvers : Je considère cet album comme celui des plans B. Les plans que j'avais choisis au départ n'ont jamais pu se faire. J'aurais aimé travailler avec Mario Caldato Jr (producteur de Björk ou Beck) pour la production, de faire 15 jours de pré-prod à Paris avec les musiciens que j’avais choisis, puis d'aller en enregistrement à Paris et aux États-Unis. Rien ne s’est passé comme prévu. Ce sont des histoires de planning, de concours de circonstances, de gens qui sont partis du label, de musiciens indisponibles, etc. Début février 2010, je me suis retrouvé avec un plan B. Au final, je suis très content du résultat. J'avais quand même passé plusieurs mois chez moi à maquetter, à peaufiner les choses. On a arrangé ensemble toutes les maquettes. On aurait pu très bien se planter, mais au contraire, il y a eu une belle alchimie. On a rit, on a travaillé avec légèreté. Bon, il fallait tout de même que je mène la barque, j'étais donc un peu moins insouciant que les autres. On est parti dans l'idée de faire un titre par jour. On s’y est tenu.

Ce troisième album, c’est un mix des deux premiers ?

Quand j’ai fini les prises de son, je me suis vraiment dit que c’était un mélange des deux, effectivement. Dans le premier je voulais rentrer dans des gammes précises de chansons folks, un peu calmes, mais très vite la vague folk est arrivée en anglo-saxon, donc je n’ai plus voulu prendre ce chemin. Dans le second, je suis vraiment parti dans des expérimentations. Pour commencer, humaines, je suis parti au Brésil, à Los Angeles où j'ai rencontré les Beastie Boys, j’ai fait confiance à une jeune artiste, The Rodeo… Du coup, je suis allé un peu dans tous les sens. Je n’ai plus bossé avec les gens avec lesquels j’avais toujours œuvré jusqu’à présent. Attention, je suis très fier de cet album, mais dans ce troisième, j’avais envie de synthétiser les deux précédents. J’ai formé une équipe composée de personnes ayant participé aux deux albums et aux deux tournées, ce qui m’a permis d’avoir un résultat cohérent.

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Tu fais très attention aux sonorités entre la musique et les mots.

Cet album a failli être en Anglais. J'aurais pu céder aux sirènes de la mode, car j’ai plus de facilité à écrire en anglais. Je voulais vraiment me coller aux références que je citais depuis quatre ans. Je n’arrêtais pas de parler de The Kills, de Gorillaz et moi, je chantais guitare-voix en français. Ma maison de disque m’a conseillé de ne pas faire ça, afin que je garde mon identité. Mes proches aussi m’ont tenu ce même discours. Je me suis remis à l’ouvrage et j’ai pensé très fort aux leçons de Bashung. C’est l’album qui m’a donné le plus de travail au niveau de l’écriture. Les deux premiers, c’était presque de l’écriture spontanée, presque automatique… Dans celui-là, il y a la marque au fer rouge de Bashung. Il faut savoir ce que tu veux dire et après, trouver le mot juste pour le dire. Je suis parti en me disant : si 1000 personnes peuvent dire une idée de telle manière, toi tu peux le dire différemment. De manière poétique ou métaphorique, ou alors carrément très frontale. Tout ce travail sur les mots a été pour moi très délicat. J’avais envie d’y accorder une importance particulière.

Tu as la réputation d’être un des meilleurs auteurs de la nouvelle génération…

Je ne savais même pas que les chansons que j’écrivais aller figurer sur un album. Je les faisais pour moi, comme ça, dans mon coin. Le parti pris était d’écrire des chansons. Une fois le texte terminé, je relisais et s’il me plaisait, je mettais la date, le titre et je n’y touchais plus. En studio, je n’ai rien voulu toucher, je n’ai  pas triché. Le deuxième, j’ai un peu retouché quand même… Je me suis rendu compte que j’accordais beaucoup plus d’importance aux textes que j’écris pour les autres que pour les miens. Mes textes perso sont très honnêtes, jamais dans l’impudeur. En écrivant pour d’autres, j’ai compris qu’il fallait que je mette en avant un style. Je suis plus un littéraire qu’un scientifique, mais en travaillant pour d’autres, je me suis vu une espèce d’abnégation et une force de travail que je n’avais pas pour moi même. Pour Rouge Fer, je me suis imposé d’appliquer pour moi-même ce que j’accorde aux autres.

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Raconte-nous un peu ce que tu as appris d’Alain Bashung pour lequel tu as écrit "Tant de nuits" dans son ultime albumBleu Pétrole.

C’est impressionnant. Avec l’idée qu’il allait prendre les phrases telles qu’elles étaient, je l’ai vu se réapproprier mon texte. La musicalité aussi, il a fait ce qu’il a voulu, des phrases découpées d’une certaine manière, Il n’est pas parti dans la direction vers laquelle je serais parti. Bashung, il est comme les gens du cirque. Il fait le grand écart et il sourit.

Tes textes sont plutôt sombres. Tu chantes les désillusions amoureuses, les aspirations à une vie meilleure…les gens ne sont pas super bien dans leur peau dans tes chansons.

Ce que j'aime lire, c'est la littérature américaine contemporaine. J'aime les auteurs qui parlent des "beautiful loosers", les perdants magnifiques. J’aime ces histoires ordinaires de gens qui ne seront jamais des héros et qui dans la vie se battent pour quelque chose. Les gens dont la vie les emmène au bord d’un précipice dans lequel ils se jettent ou pas. Dans mon album, finalement, je ne parle que de ça. Le premier disque, je chantais des relations amoureuses, le deuxième, j’évoquais les maux de l’âme, l’addiction (la drogue, l’alcool, la vie, l’amour). Celui-là, j’ai voulu faire un constat. Ce qui me passionne, c’est la façade qu’on est tous obligés d’avoir en société. Le masque. Tous ces masques que la société nous impose, tous ces désordres qu’on a tous. On a tous connu des drames et pourtant, on continue à vivre, on continue à avoir ce masque… Pourquoi ?

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Tu as une réputation de chanteur intello. Tu aimes être considéré comme un chanteur textuel ?

Je cherche un peu ces appellations. J’aime bien que l’on prenne mes chansons au sérieux. Il n’y a pas d’humour, il n’y a pas de second degré. Dans la vie, j’aime bien me marrer et je suis plutôt optimiste. Dans mes chansons, il n'y a que la part sombre de moi-même que je suis capable d'exprimer. Je suis sensible, un écorché et cette part d’ombre, je sais qu’elle peut m'emmener très loin, donc je l’exorcise. On est sur Terre pour exprimer quelque chose et on veut tous laisser une petite trace. Moi, j’ai une petite fille, quand je ne serai plus là, elle pourra se replonger dans mes trois albums et dans le roman que j’ai écrit et pourra se dire : "Une part de mon père c’était ça !". L’éphémère me fait peur.

Dans un journal, j’ai écrit (voir plus haut) que tu n’étais pas homme à te placer là où l’on t’attend. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

C’est bien vu. Je fuis même les évidences. J’ai écrit des morceaux qui auraient pu être plus grand public, mais que je n’assumais pas complètement. Après le premier album qui avait bien marché, j’aurais pu enchaîner  avec un deuxième album du même tonneau. Je n’ai pas voulu capitaliser là-dessus. Si j’ai choisi ce métier, c’est pour prendre des risques. Dans dix ans, je veux regarder mes disques et en être fier. J’ai horreur de l’ordre, des pouvoirs, des petits chefs… Dès que quelque chose s’installe, j’essaie de fuir.

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6 jours après cet entretien, Jospeh d'Anvers (qui, ma foi, à de saines lectures) se produisait à la Maroquinerie...

Voici  "Las Végas", extrait de Rouge Fer.

Et une session acoustique d'un autre extrait: "Ma peau va te plaire".


Joseph dAnvers - Ma peau va te plaire (acoustic) par ATMOSPHERIQUES