13 août 2012
Jonathan Dassin : interview avant la sortie de son premier album

C’est rare quand je demande à un artiste dont je n’ai pas entendu l’album de venir me voir. Dans le cas de Jonathan Dassin, je n’ai écouté que deux titres, Dans le désert et Ma gueule… Mais cet artiste est un cas particulier. Il est impossible de ne pas voir en lui son père, Joe Dassin. Et pourtant il a beaucoup lutté contre cette ressemblance. Puissamment. Aujourd’hui, il a cessé de lutter. Il assume cette filiation vocale et physique. Du coup, il avance plus vite et plus honnêtement.
Les textes de son premier album, selon son dossier de presse, sont « romantiques et effrontés. Sa musique est à la frontière de la soul, du funk et de la variété. L’univers du premier album de Jonathan Dassin joue sur les contrastes, entre mélodies enjouées et textes désenchantés. Sa voix grave nous rappelle celle de son père, mais son univers bien particulier épouse la nouvelle scène française ». Jonathan Dassin est venu à « l’agence » le 19 juillet dernier. Merci à son attaché de presse, Pierre-Henri Janiec, d’avoir tenu parole... et si vite. Comme d’habitude.
Interview :
Vous avez commencé à composer à 13 ans vos premières chansons, en anglais, au sein du groupe pop Limelight.
Je faisais traduire les chansons que j’écrivais en français en langue anglaise par ma tante, Richelle Dassin, la sœur de mon père. Je trouvais que ça sonnait mieux et c’était aussi une question de facilité. Quand on chante dans une langue que l’on ne maîtrise pas, pas besoin de raconter des histoires fabuleuses ou d’être excellent dans l’écriture.
Vous avez donc changé d’avis, aujourd’hui.
Oui, puisque je ne chante plus qu’en français. Je me suis sérieusement penché sur cet aspect-là de mon travail. Pour chanter en français, il fallait que je fasse murir quelque chose qui n’était pas forcément naturel pour moi.
En 1997, à l’âge de 18 ans, vous accompagnez à la trompette et au bugle le groupe afro Nassara.
C’était une très grande expérience. A ce moment-là, je me disais que le chant n’était pas fait pour moi, mais je voulais continuer la musique. Je me suis donc mis à la trompette avec ce groupe. Avec Nassara, j’ai élargi mes horizons musicaux et multiplié les concerts. Le groupe a fait les premières parties de Manu Dibango et des Wailers, et a été la tête d’affiche d’un concert au Bataclan en 1998. Cette expérience m’a beaucoup appris. Musicalement et dans les rapports humains… c’était une grande famille.
Vous avez quitté le groupe pour pouvoir vous recentrer sur un projet personnel et chanter de nouveau.
Oui. Chanter n’a jamais été un grand problème pour moi. Ce qui a été compliqué long et fastidieux, c’est d’accepter la voix que j’avais. Il fallait que j’accepte que ma voix ressemble à celle de mon père. Pendant une grande période de ma vie, j’ai essayé de m’en éloigner. Cela m’obsédait, un peu trop d’ailleurs. Je suis baryton et je ne chantais pas dans ma tonalité. Je chantais plus ténor, alto parce que je n’assumais pas la ressemblance vocale avec Joe Dassin.
Qu’est-ce qui a fait que finalement, vous avez décidé d’assumer cette voix ?
Le temps et ma maturité ont fait leur travail. J’ai fini par réaliser que ça ne servait à rien de fuir la réalité des faits.
Quand on est le fils de Joe Dassin on a envie de crier : « écoutez-moi pour mon travail et pas parce que je suis le fils d’un chanteur populaire » ?
Je suis au début de ma carrière et je sais pertinemment que je ne passerai pas à côté de la comparaison. Je sais ce que je veux faire et je me suis toujours un peu éloigné du répertoire de mon père. Je me suis démarqué volontairement de ses chansons… je suis confiant en moi et en mes chansons. Ce que je vis en ce moment est un moment de vérité. Je travaille pour que l’on reconnaisse mon travail et je ne veux surtout pas profiter de la notoriété de mon père.
Les comparaisons avec lui, vous vous y attendez.
J’entends ça depuis que je suis enfant… j’y suis habitué.
1er clip officiel : Dans le désert.
Vous faites des chansons éloignées de la variété pure et simple. Ma gueule ou Le désert, par exemple, ne sont pas des chansons « faciles ».
J’adore la musique américaine et ma musique peut se rapprocher de la soul, du funk, parfois c’est plus « ambiance », parfois elle tire vers le reggae. J’ai finalement une palette assez large. Ça va vous étonner, mais je considère que je fais aussi de la variété.
Vous aimez qui musicalement ?
J’adore Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Prince, Ben Harper par exemple. Chez les Français, c’est Gainsbourg et Brassens.
Et les chansons de votre père, vous ont-elles influencées ?
J’ai eu une période, dans ma petite enfance, où je n’écoutais que lui. Ensuite, j’ai complètement zappé. Il avait une manière de faire de la musique et de chanter qui était unique.
Êtes-vous admiratif de ce papa que vous n’avez presque pas connu ?
Honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, je suis objectif. En progressant personnellement dans la musique, j’ai pu mieux comprendre pourquoi il était bon.
Pourquoi alors ?
Alors que beaucoup de musiciens sont à la recherche de la complexité, lui, cherchait la simplicité et l’efficacité. Un musicien n’est jamais aussi bon que quand il cherche à faire simple. C’est à ce moment que le public est touché. Moi, dans mon évolution, je tends à cela. Je me bats pour simplifier.
Un extrait de Ma gueule.
Votre album est annoncé depuis longtemps. Il tarde un peu à venir.
On vient de signer chez Wagram, il faut patienter encore un peu. J’ai beaucoup composé ces dernières années, mais j’ai du choisir parmi une douzaine de titres ceux qui allaient figurer sur mon album. Le choix fut difficile. Je ne suis pas mécontent d’avoir mis du temps à sortir ce disque, car je sais que maintenant je présente un travail mature. Nous allons retourner en studio en septembre et en octobre. Il y a des textes un peu second degré, un peu cynique aussi, voire méchant parfois. J’aime bien un peu provoquer.
Avez-vous déjà des « fans » ?
Un petit peu. J’ai aussi pas mal de fans de mon père qui observent ce que je fais et qui m’encouragent. Ça ne me dérange pas, je le comprends parfaitement.
Le souci, dans votre cas particulier, c’est qu’il y a un a priori immédiat. Le fils de Joe Dassin, qui a la même voix et la même tête, chante lui aussi. Même moi, j’ai dû freiner ce réflexe de suspicion.
Je sais bien. Il faut passer cette première étape et être curieux pour découvrir mon univers. Faire de la musique est une démarche personnelle puisque je n’ai pratiquement pas connu mon père et que ma mère ne nous a jamais incités à nous lancer dans ce domaine. Mon frère et moi, nous nous sommes débrouillés tout seuls pour aller dans cette direction.
Une chanson de Joe Dassin dédiée à son fils Jonathan. Paroles très troublantes...
A 17'30'', Joe Dassin parle de Jonathan et de son éventuel envie qu'il devienne chanteur lui aussi...
Votre frère cadet, Julien, justement, il chante aussi.
Oui, mais nous n’avons pas la même démarche musicale et je ne parle jamais à sa place.
Avez-vous peur du jugement des autres ?
Pas trop. Si c’est négatif, bien sûr, ça va me plaire moyennement, mais j’ai plutôt confiance en moi. Il le faut pour avancer.
Est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre de « je crois en ma bonne étoile » ?
Je ne me suis jamais posé cette question. Je sais que c’est ce que je veux faire tout en ayant pleine conscience que les choses peuvent très bien se passer ou pas aussi bien que je l’espère. En ce moment, je suis heureux. J’ai la possibilité d’enregistrer mes chansons, puis de les faire connaître, c’est une belle période. J’ai envie d’en découdre avec le public. J’ai hâte d’avoir son avis…
16:00 Publié dans Les coulisses du show biz, Musique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : jonathan dassin, interview




