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16 mars 2021

Carole Masseport : interview pour En équilibre

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(Photos studio : Frank Loriou)

carolemasseport2020-190.jpgIndépendante depuis toujours, Carole Masseport sort un troisième album autoproduit, En équilibre. Il est brillant, touchant et souvent émouvant. Textuellement, des chansons comme "Si elle m'aime" et "Cœur de dentelle" m'ont impressionné. Une Gainsbourg au féminin, sans le scandale (et encore...) Elle parle d’amour (qui ne rime pas forcément avec toujours), mais nous offre aussi quelques pépites sociétales dont elle ne nous avait pas habitué. Et ça lui va bien.

Le 5 mars dernier, je suis allé chez elle pour évoquer ce disque aussi intemporel que moderne. A l’issue de l’entretien, deux invités sont arrivés. Son guitariste Geoffrey Bouthors et son complice de la chanson « En équilibre » (voir plus bas), Jipé Nataf. Très belle surprise…

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Biographie officielle :

Gracile et aiguisée. Flottante et éveillée. Carole Masseport poursuit sa quête de vertige et de passion, se moque des tendances pour ne s'en remettre qu'à la spontanéité créatrice. Un autre chapitre certes, mais comme un instant suspendu, une vapeur d'écume entre deux vagues. Le précédent, A la fin de l'hiver publié en 2017, ordonnait la prise de pouvoir du sentiment amoureux et des teintes seventies de la basse. Déjà, un désir, ne pas s'inscrire dans le temps. Avec En équilibre, la jeune femme n'a pas réprimé ses velléités d'aller plus loin et livrer un album studio qui puisse donner l'illusion d'être un classique instantané et intemporel.

Dotée de formations à portes d'entrée multiples - théâtre, gymnastique artistique, danse, chant lyrique, chanson - en liberté non surveillée durant quatre ans au sein d'un power punk-rock féminin, Carole Masseport jette des ponts vers d'autres rives. Soif d'apprendre. Soif de transmettre aussi. Depuis A la fin de l'hiver et une place de finaliste au prix Moustaki, elle a notamment intégré l'équipe des contributeurs du Chantier des Francofolies de La Rochelle en tant que professeur de chant et a accompagné la naissance du premier spectacle des artistes de hip-hop Oboy et Chilla. Ce savoir-faire arrive même jusqu'aux oreilles d'Angèle. La chanteuse belge, symbole de toute une génération, l'intègre à son staff.

Le disque (argumentaire de presse) :enquilibre_cover HD.jpg

Introspective et nostalgique, Carole Masseport. Qui plonge dans les méandres de sa mémoire vive, feuilletant discrètement les pages d'un journal de bord bourrées d'instants sensoriels, d'émotions fugitives et de sentiments sensibles. Des amours, bien sûr. Celui qui réclame le droit à la seconde chance (A ma place), celui des rendez-vous manqués (On se remet de tout), celui des attentes géographiques (Rien n'y fera), celui de l'autodestruction (Cœur de dentelle), celui en forme de supplique à la mère (Si elle m'aime). Il y a là une fêlure qui ne s'avoue pas totalement, des regrets en pointillés, des maux croisés au détour d'un échec, une belle mélancolie latente à l'image du morceau d'ouverture qui s'accroche à la racine inépuisable, Barbara.

Les mélodies multiplient les courants d'air chaud, mélangent les textures organiques et électroniques, libèrent parfois des effluves cap-verdiens et africaines (Calais et son refrain attrape-cœur). Être primesautière et légère pour désamorcer le drame. Parce que Carole Masseport s'affirme aussi ici en auteure, dégagée de la question longtemps paralysante de légitimité. Elle fait notamment face aux mots pour dépeindre la saynète d'indifférence générale autour du sort réservé aux migrants (Garavan). Les chansons avancent dans l'axe d'un récit, impressionnistes, élégantes, polychromes. En clin d’œil à sa participation au stage d'Astaffort et à sa distinction  en 2016 au concours Vive la Reprise parrainé par Francis Cabrel, elle s'aventure Hors saison. Son exploration du beau.

L’équipe :

Sur ce troisième album solo, elle s'entoure d'une flopée de garçons très fréquentables : Alain Cluzeau et Dominique Ledudal à la co-réalisation, Alexis Campet aux arrangements, Jean-Jacques Nyssen à la co-composition, Albin de la Simone aux claviers, son complice scénique Geoffrey Bouthors aux guitares.

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(Photo : Frank Loriou)

Interview :

« On se remet de tout » est un constat d’échec de tout un tas de choses ?

J’ai décidé de m’arrêter de faire semblant de m’accrocher à des illusions. Dans  cette chanson, je regarde ma vie en face. J’ai eu de nombreux échecs (couple, maternité, carrière…), dont certains sont regrettables et d’autres pas si mal, en fait. Il y en a qu’il faut juste accepter parce que ça fait partie de mon parcours et que ça m’a construit. Je ne suis pas précise dans les images, parce que je préfère poétiser mes propos.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

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Tu évoques dans deux chansons, « Calais » et « Garavan », les migrants. On ne te connaissait pas dans ce genre de thème…

Garavan est la ville frontière entre Menton et la ville italienne Vintimille. C’est marrant ce nom parce que c’est vraiment la ville où il y a la gare avant la frontière.

Comment as-tu connu Garavan ?

Je descends à Menton quand je veux écrire. C’est très facile de prendre le TER pour aller en Italie. Ce que j’ai écrit dans cette chanson est vrai, même si légèrement romancé. Un jour à Garavan, je vois des militaires super armés accompagner de manière désinvolte un petit africain dans un K-way trois fois trop grand pour lui alors qu’on est en plein été. Ils l’ont remis dans le train. Du coup, arrivée à Vintimille, je l’ai suivi. Il a rejoint un groupe d’africains qui attend le moyen de passer la frontière.

C’est la première fois, il me semble, que tu traites ce genre de sujet.

C’est vrai. On peut parler de chansons engagées. Disons que si ce ne sont pas deux chansons à charge, il y a quand même un point de vue.  C’est la première fois que j’ose m’exprimer sur des sujets au-delà de moi-même. Depuis le début, j’ai besoin que ce que je raconte soit vrai, c’est pour cela que je parlais uniquement de moi. L’authenticité était là. C’est peut-être la maturité ou la vieillesse (rires), mais désormais, je sors de ce chemin-là. Je crois en mes idées. Quand quelque chose m’est insupportable, je ressens le besoin de le raconter, même si c’est avec ma douceur. Je ne suis pas une violente.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

Ce disque parle beaucoup d’amour, dont « A ma place ». Une chanson très intime.

Elle raconte le droit à exister quand on est la femme de la deuxième vie d’un homme qui a déjà eu une famille, des enfants…  Quand l’homme quitte sa famille, il est empreint d’une énorme culpabilité, mais quand on est la nouvelle compagne, on la porte aussi. Ce sont des moments pas faciles. C’est une chanson qui dit « j’ai le droit au bonheur, vous savez, je ne suis pas le monstre que vous pensez ».

Dans « Si elle m’aime », tu parles de quoi ?

Quand j’ai écrit cette chanson, il y avait un vent de sororité qui soufflait, mais j’avais surtout deux axes dans ma tête. Un axe amoureux, car je traversais une passion amoureuse avec une femme. J’évoque aussi un peu inconsciemment ma mère réclamant de l’amour à sa propre mère. Bizarrement, la première fois que j’ai fait écouter cette chanson à ma mère, j’ai compris que je m’adressais aussi à elle quand elle s’est mise à pleurer.

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Carole Masseport et son guitariste Geoffroy Bouthors.

« Rien n’y fera » est une chanson d’amour mouvante.

C’est une déambulation de quelqu’un qui attend l'être aimé, mais en bougeant. De métro en métro, elle arrive à la gare. De la gare, elle va à la mer. Elle la traverse jusqu’en Angleterre. Elle attend une personne, mais finalement sans vraiment l'attendre puisqu'elle ne cesse de bouger.

Pourquoi as-tu repris « Hors saison » de Francis Cabrel ?

Ce titre a été réarrangé par Jean-Jacques Nyssen. Elle a été conçue pour un tremplin de reprises. J’ai estimé qu’elle était juste et qu’elle s’intégrait bien dans mon album. C’est une chanson très actuelle, étant donné qu’elle évoque une ville très désertée.

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(Photo : Frank Loriou)

Comment Albin de la Simone est arrivé dans cette aventure ?

J’avais très envie de faire un album avec lui. Je lui avais envoyé mon deuxième album, A la fin de l’hiver, et comme j’avais dû être penaude, il m’a répondu qu’il ne fallait pas que je m’excuse d’écrire de bonnes chansons. Il avait notamment beaucoup apprécié « Ephémère ». Je lui ai alors dit que je révérais de faire un album avec lui. Il y a deux ans et demi, il était très pris, donc il a décliné. Au dernier moment, j’ai voulu refaire des claviers, je l’ai donc recontacté et cette fois-ci, il a accepté. Il est donc venu une journée au studio et a fait les claviers de 7 titres, le tout dans une ambiance amicale.

Et Jipé Nataf ?

Je l’adore depuis des années, mais je ne le connaissais pas vraiment. Un soir, il est venu me voir en concert et m’a beaucoup complimenté après ma prestation. Ça a fait du bien à la jeune artiste que je suis et aussi à mon ego (rires). Quand on a commencé à travailler ensemble pour ce duo, « En équilibre »,  j’étais très impressionnée par sa présence parce qu’il représente beaucoup pour moi dans la pop française. Comme Albin, humainement c’est quelqu’un de bien. Il est gentil, amical. En plus, il a les pieds bien sur terre et la tête sur les épaules.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien de la SCPP et du CNC.

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Carole Masseport et Jipé Nataf.

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Désolé, je n'ai pu m'empêcher tellement j'aime cet artiste depuis toujours.

Comment écris-tu ?

Rarement d’une traite. J’ai plein de carnets dans lesquels j’écris des débuts de chansons. Je cherche des angles sur un thème, puis je développe. Je fais plein d’essais jusqu’au moment où je suis satisfaite. Je jette aussi pas mal. Comme je ne fais pas beaucoup de disques, toutes les chansons que je mets dedans doivent être ciselées. Je veux les aimer très fort et longtemps.

C’est pour ça que ta musique est intemporelle ?

Tout à fait. Je fais en sorte que ma musique ne vieillisse pas. Je ne cherche pas la modernité à tout prix, mais j’espère que mes chansons, elles, sont modernes.

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Après l'interview, le 5 mars 2021.

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