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05 septembre 2012

Jean-Christophe Grangé : interview pour Kaïken

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Cela devient un rite. À chaque début septembre, un nouveau thriller de Jean-Christophe Grangé. À chaque nouveau thriller de Grangé, une nouvelle interview (voir celle de l’année dernière).

Jean-Christophe Grangé ne donne pas beaucoup d’entretiens, mais il me fait l’amitié de me faire confiance.Merci à lui.

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01 septembre 2011

Jean-Christophe Grangé: interview pour Le passager

De Jean-Christophe Grangé, je n’avais lu que les « classiques » : Le Vol des cigognes, Les Rivières pourpres, Le Concile de Pierre et L'Empire des loups. Et puis je m’étais arrêté là. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être avais-je lu des critiques moins enthousiastes… où simplement la vie qui fait qu’on s’intéresse à d’autres qui écrivent le même genre littéraire.

Quoiqu’il en soit, j’ai été ravi d’apprendre que Le Magazine des Espaces Culturels du mois de septembre allait consacrer sa page interview (et sa couverture) à cet auteur, à l'occasion de son nouveau roman, Le Passager.

Ainsi, le 22 août dernier, je me rends chez Albin Michel pour une interview d’une heure avec le maître du thriller français. L’homme t’observe, te jauge/juge, répond avec parcimonie au début et devient disert très rapidement. J’ose dire que la sympathie s’est installée…

Voilà ce qu’à donné cette rencontre:

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Bonus : Il y a l'interview "officielle" qui doit rentrer dans un certain nombre de signes... et puis il y a les propos que je ne me résous pas à ne pas exploiter. Souvent, ici, je vous les propose.

jean-christophe grangé,le passager,interview,le magazine des espaces culturels leclercIl y a de nombreux tiroirs dans vos romans. On ne peut pas se contenter d’une intrigue simple ?

C’est comme la peinture. Certains mettent beaucoup de choses dans leur tableau et d’autres font un monochrome. C’est à la fois votre style, votre imaginaire et votre rythme. Dans la mesure où j’écris beaucoup d’évènements assez saccadés, fatalement, qui dit évènements, dit informations, faits, éléments, donc, oui, c’est assez foisonnant.

Il est justement beaucoup question de la peinture dans ce roman. Vous comparez ces deux arts ?

Oui. Ce sont des boulots solitaires. A la fin de l’écriture d’un livre, je me sens comme un peintre qui aurait fini le matériau de son exposition. Que l’on soit peintre ou auteur, quand on a enfin trouvéson style… et bien, roule ma poule !

Dans Le Passage, vous mettez en avant des meurtres mythologiques

C’est une trame de fond qu’il y a toujours plus ou moins dans mes livres. Mon flic ou mon héros, c’est toujours une espèce de héros mythologique, c’est toujours Saint-Michel contre le dragon et le méchant, c’est le dragon. J’aime l’aspect un peu mythique, western, un peu duel. Dans ce type qui cherche son identité, qui erre d’île en île, c’est un peu Ulysse. J’aime bien l’idée que les meurtres rappellent les mythes anciens de la méditerranée. J’adore ce côté à la fois primitif et toujours présent, à la fois.

Regardez-vous les séries américaines proches de votre univers?

Pas tant que ça ! Il y a 10 ans, quand il y a eu l’émergence de ses séries, j’ai commencé à en regarder certaines que j’ai énormément appréciées. Et puis, j’ai fini par trouver que c’était beaucoup trop chronophage. Les gens sont accros, quand on regarde par DVD, 1, 2, 3 épisodes par soir, on ne fait que ça, on est complètement absorbé, aspiré par ses séries, donc, ça fait des années que je ne les regarde plus.

Vous parlez du côté addictif de ses séries, mais il y a aussi un côté addictif dans les romans de Grangé…

Il est évident que je soutiens ce même rythme-là et les mêmes ressorts dramatiques. Ce que j’écris est feuilletonesque. A chaque fois, il y a une réponse à une question, mais cette réponse apporte une nouvelle question. C’est une machine à étonner en permanence, à surprendre. Moi, c’est ma ligne. Je l’avais déjà quand je faisais du grand reportage. J’étais tenu de raconter toujours des faits surprenants qui nous emmenaient au fait suivant. Je considère que mon début dans le thriller, ça a été dans le journalisme. On voyait bien que je feuilletonnais déjà.

Vous avez une façon d’écrire reconnaissable, des automatismes… bref, des réflexes stylistiques… ça ne vous gène pas?

C’est un peu comme un musicien. J’ai été musicien, donc je sais de quoi je parle. Il vous vient des mélodies et vous retenez toujours le même style de mélodies, celles qui correspondent à votre nature profonde. Quand j’écris, c’est pareil. J’estime avoir une histoire à raconter. Quand j’ai tissé le synopsis, c’est que j’ai aussi un réseau conséquent de rebondissements. On ne se refait pas ! Quand on sait faire quelque chose, comme moi des thrillers, on peut mesurer à quel point on ne sait pas faire autre chose. Je suis un artisan qui, à force d’exercer son métier, estime le maîtriser. 

Vous avez été précurseur de ce genre littéraire en France, vous avez maintenant beaucoup de collègues.

Quand j’ai écrit mon premier roman, je pensais être dans le polar qu’on écrivait à l’époque, mais on m’a fait comprendre que j’avais tracé un nouveau sillon. Je suis content de savoir que les jeunes auteurs sont excités par le fait d’écrire ce genre de livre là.

Se revendiquent-ils de vous ?

Oui, très souvent. Ce qui ne les empêche pas de vouloir piquer ma place. Mais, bon, c’est normal.

Quand les jeunes viennent vous voir, vous vous dites que vous vieillissez?

Oui. Vous savez, je n’ai jamais eu de prix et tant mieux. Parce que le jour où on va commencer à me donner des médailles, ça va sentir le sapin (rires).

À partir de l’écriture du 4e roman, vous avez commencé à ne plus stresser dans l’écriture, à moins avoir de pression. Au 9e, ça va toujours ?

Oui, de plus en plus. D’abord, vous avez un principe de réalité qui est que vous avez toujours des idées. J’ai d’ailleurs toujours un livre d’avance. Parallèlement à ça, vous avez votre savoir-faire. Là, j’ai écrit 750 pages en un an et demi et aujourd’hui où je vous parle, j’ai déjà écrit un nouveau roman de 500 pages. Il y a un équilibre qui se fait. Vous écrivez de plus en plus vite, mais on a moins d’années devant soi. La seule chose qui me rassure le matin, c’est de me sentir bien dans mon savoir-faire. Je possède un métier artisanal. Je sais que, quand j’ai une idée, je saurai la traiter.

Écrire un scénario pour le cinéma, tel que vous l’avez fait pour Switch de Frédéric  Schoendoerfer, c’est un pas de plus dans le monde du cinéma avant de réaliser vous-même ?

Ce n’est pas une nouvelle corde à mon arc. Ce n’est pas non plus une volonté de ma part de me rapprocher du cinéma. J’ai produit le film et je me suis beaucoup plus impliqué dans ce projet. Moi, je suis romancier. J’ai toujours cette relation d’attirance et en même temps orageuse avec le cinéma, mais je ne perds jamais de vue que ce que je sais faire, ce sont les livres. A une époque, je me disais : « c’est terminé le cinéma !». J’ai arrêté de dire ça, parce que, finalement, j’étudie toutes les propositions, mais je n’oublie jamais que mon territoire reste la littérature. Quand vous êtes scénariste vous êtes un maillon du système, un boulon de la machine, rien de plus.


SWITCH : BANDE-ANNONCE HD de Frédéric... par baryla

Avec votre public, vous êtres très discrets. Vous n’aimez pas précisément aller à leur rencontre.

Je vais vous faire une réponse sincère. Il n’y a rien de plus chiants que les signatures, que les tournées de province et même la promotion. Je ne dis pas ça pour être désagréable. Quand on me dit « j’aime bien faire une signature !», d’abord c’est faux. Quand quelqu’un comme moi ou comme Nothomb signe quelque part, il y a 300 personnes qui sont là, vous ne rencontrez donc vraiment personne. Parfois, je demande le prénom de la personne qui souhaite que je signe, le temps que je baisse les yeux, j’ai déjà oublié. Ca se passe comme ça. Il ne faut pas fantasmer avec ses histoires de contact avec le public. Il y a des gens qui aiment bien parler avec leurs lecteurs, savoir ce qu’ils ont aimé, pas aimé… moi non.  Je considère que mon boulot, c’est de rester dans mon laboratoire, ça plait, tant mieux, ça ne plait pas, tant pis ! Finalement, je suis un système à sens unique. J’envoie des bouquins aux gens, je n’attends rien d’eux. Ca peut paraître violent, mais c’est vrai. En règle générale, si les auteurs jouent ce jeu, c’est qu’ils savent que ça va faire du bien à leur vente. Pour un type comme moi, faire un salon ou une séance de signature, ça n’a aucune espèce d’intérêt. Comprenez bien que je respecte mes lecteurs, sachez que je les remercie vivement d’apprécier mes livres, mais la littérature n’a pas besoin de faux semblants.

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Jean-Christophe Grangé, le 22 août 2011, dans une salle de réunion d'Albin Michel, me signant son livre, version "épreuves non corrigées".

Edit:

Quelques jours plus tard, pour "raisons personnelles", Jean-Christophe Grangé est venue à l'agence pour laquelle je travaille. Il est reparti avec mon livre...

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