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15 novembre 2017

Jean Guidoni : interview pour Légendes urbaines

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(Photo : Chloé Jacquet)

Ces derniers temps, Jean Guidoni a préféré faire revivre les poésies de Jacques Prévert et celles d'Allain Leprest (dont il m‘avait parlé dans sa mandorisation de 2014). Aujourd’hui, dix ans après La pointe Rouge (mandorisé la première fois pour cet album en 2007), il reprend la plume avec bonheur, cette fois-ci sur des musiques de son complice Didier Pascalis. Légendes urbaines est très acoustique: piano, contrebasse, guitare, et surtout très mélodieux. En toile de fond, le même univers que lors des anciennes productions, sombre et même davantage, mais avec des éclaircies. Homme de scène à la voix puissante, il ne choque plus comme autrefois, mais il impressionne d'autant plus. En tout cas, moi, il m’impressionne depuis longtemps… ce qui ne m’empêche pas de le rencontrer régulièrement.

Le 16 octobre dernier, rendez-vous au Café des Ondes pour parler notamment de ce nouveau disque.

71S8X7n02CL._SL1197_.jpgL’album par Jean Guidoni lui-même :

10 ans déjà, depuis La pointe Rouge, que je n’avais pas repris la plume.
Écrire pour soi, un exercice qui me manquait peut-être, qui me manquait sûrement.
« Écrire » parce qu’il y a des moments, des instants où cela semble évident de vouloir se balader dans de nouveaux décors à la rencontre de nouveaux mots, de notes différentes.
Écrire un nouvel album, j’en avais envie depuis longtemps, mais je n’osais pas encore coucher sur le papier les drôles d’idées qui me trottaient dans la tête…Mais le temps qui passe si vite, souvent est libérateur.
Et puis la rencontre avec un compositeur, Didier Pascalis, une nouvelle complicité qui réserve des surprises et des moments rares, une complicité tranquille qui redonne confiance.
Alors je me suis dit que le temps était venu pour moi d’assumer toutes les chansons d’un album et de vous proposer mes : Légendes Urbaines.

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IMG_7845.JPGInterview :

Tu as écrit les textes de ce nouvel album. Tu ne t’adonnes pourtant pas fréquemment à cette activité. 

Comme tu le sais, j’ai toujours aimé travailler avec des auteurs. J’ai commencé avec un auteur de génie, Pierre Philippe, et je me suis senti à ma place en n’étant qu’interprète. Je sais m’approprier les textes. Je me suis mis à écrire petit à petit, mais comme je te l’ai dit la dernière fois, je n’ai aucun ego d’auteur.

Tu sors de deux disques particuliers. Le premier avec uniquement des textes de Jacques Prévert et le second composé d’inédits d’Allain Leprest.

Même si j’ai choisi des textes qui me correspondaient le plus, Allain Leprest, c’était trop hétérosexuel. Quand Didier Pascalis m’a demandé de faire un nouvel album, je lui ai répondu que je ne me sentais pas l’envie de chercher d’autres auteurs. Je lui ai expliqué que si je revenais avec un album, autant que ce soit avec des textes à moi. Je voulais tout assumer. Je me suis mis au travail et l’inspiration est venue petit à petit. Ça m’a redonné le goût d’écrire.

On perd le goût d’écrire ?

Moi, en tout cas, je le perds facilement (rires). C’est parfois à cause de la flemme, alors il me faut impérativement une deadline. J’écris dans un but précis, celui d’enregistrer un disque. Sinon, tout seul, je n’écrirais pas particulièrement. Je vais t’avouer quelque chose. Les dernières chansons que j’ai écrites avant cet album, j’ai eu du mal à les défendre sur scène. Il fallait donc que je parvienne à écrire des chansons qui me donnent envie de les interpréter devant un public. Mission réussie.

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(Photo : Chloé Jacquet)

Quel est la difficulté précise dans l’écriture de chansons ?

C’est d’essayer de me décrire comme j’imagine que les autres me voient. Je raconte Jean Guidoni, bien sûr, mais je fais tout pour qu’il y ait un décalage un peu théâtral. J’ai besoin d’incarner mon autre moi. Il faut que je ressente l’envie de me plonger dans le texte comme si c’était l’écriture de quelqu’un d’autre.

Quand tu conçois une chanson, tu penses donc au côté théâtral de toi sur scène ?

Oui. Quand j’écris, je suis obligé de me mettre dans la peau du chanteur. Depuis le début de ma carrière, j’ai besoin de ce décalage.

Dans Légendes urbaines, j’ai la sensation de retrouver le Guidoni des débuts.

Tu as raison. J’ai essayé de retrouver l’envie, le bonheur de me replonger dans un univers qui me correspond parfaitement. D’ailleurs, sur scène, je chante toujours mes chansons du début, parce que je me sens bien dans le personnage que j’ai créé avec Pierre Philippe. Le grand bonheur avec cet auteur, c’est que ses chansons sont intemporelles. Je suis à un âge ou j’ai envie de faire des liens avec mes premières chansons. Sans doute parce qu’au fond de moi, je me dis que c’est peut-être mon dernier album et mon dernier spectacle.  Le temps passe, alors je vais dans ce sens-là. Ce disque, c’est comme si je recommençais, mais en assumant plus les choses.

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Je peux te dire quelque chose ?

Oui.

Je trouve que tu écris comme Pierre Philippe.

C’est vrai. Depuis le temps, je dois être imprégné. A l’époque de « Je marche dans la ville », c’est moi qui l’ai entraîné dans cet univers-là. Cela dit, il n’a pas fallu trop le pousser. Bref, j’ai passé une vie avec ses chansons, c’est normal que dans mon écriture, se dégage  un certain mimétisme.

"Je marche dans la ville".

"Djemila".

J’ai lu dans Télérama qu’ils considéraient que ton nouvel album était « dramatique, mais pas tragique ». Que penses-tu de cette formule ?

Je suis assez d’accord. J’ai juste un regard assez lucide sur moi et sur ce qu’il y a autour de moi. Et ce qu’il y a autour de moi n’est pas forcément à l’eau de rose.

Ton public te donne énormément d’amour depuis toujours. Cela te met dans quel état avant de monter sur scène ?

Je suis toujours ému. Récemment à la Fête de l’Huma, j’ai mis quatre minutes avant de pouvoir chanter tant je ressentais l’amour du public. Ça me fait du bien, mais c’est difficile de le garder en soi. Après mon concert, je rentre chez moi et je redeviens normal.

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(Photo : Chloé Jacquet)

Comment expliques-tu cette quasi dévotion de certains envers toi ?

Je ne l’explique pas et je ne le comprends pas. Ça reste magique. Un jour, mon amie la chanteuse Juliette m’a dit qu’il faudrait qu’un jour je commence à me sentir légitime. Je n’y parviens toujours pas aujourd’hui.

Alors que dans la chanson, Jean Guidoni est un chanteur culte.

Quelle angoisse si je commence à penser cela de moi ! En fait, je sais que j’existe, mais je ne peux pas me considérer comme quelqu’un d’important dans ce milieu, car je vis les tracas de ce métier. Rien n’est simple, c’est même parfois un peu la galère…

As-tu encore le trac ?

De plus en plus. Je dois me fragiliser. Au début de ma carrière, j’étais plus radical. Je te répète ce que je te disais tout à l’heure, je peux très bien mourir d’une crise cardiaque, alors, à chaque spectacle, j’essaie de donner le meilleur, je place donc la barre haute. C’est un combat avec soi-même et il ne faut jamais se laisser-aller.

Tu attaques La Cigale du 30 novembre de la même manière que n’importe autre quelle date ?

Je ne te le cache pas, faire la Cigale, ce n’est pas anodin. A chaque fois que je fais une salle parisienne importante,  j’aborde les choses comme si c’était la première fois, comme s’il fallait que je prouve encore ce que je vaux. J’ai l’impression de devoir reconquérir le public parisien  à chaque fois que je reviens.

Il y a des thèmes qui reviennent dans tes albums : la rue, la quête de soi-même,  les petits matins, la vie qui n’est pas facile…

Ce sont mes sujets de prédilection. J’ai du mal à chanter autre chose que les milieux interlopes, un peu irréels.

C’est marrant quand on te voit sur scène, tu es comme un taureau dans l’arène, alors que dans la vie, tu es plus dans la timidité et le doute.

Tu te rends compte, si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, ce ne serait pas cool pour mes proches. Et pour moi non plus. J’aime bien être dans le doute, ça permet de garder un peu de fraîcheur et de tenter d’évoluer.

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Tu  regrettes de ne pas être compositeur ?

Un peu, mais c’est trop tard. Concernant, les musiques de l’album, on a beaucoup parlé avec Didier Pascalis. Je lui suggère des choses. C’est tout de même un travail à deux. Ce qui me plait chez Didier, c’est qu’il a une vraie ligne mélodique. Il a composé pour que je puisse chanter facilement, car il sait toujours où je veux aller… il est très doué.

Ta voix est la même qu’avant. Elle reste impeccable.

C’est fou, pourtant je fume comme un pompier.

Tu continues à la travailler ?

Oui, mais tout seul. Pour me faire la voix, je chante sans micro mon tour de chant. D’ailleurs, je t’annonce qu’à la Cigale, la première partie, je vais la chanter sans micro. Quand le micro arrivera, du coup, ma voix prendra beaucoup d’ampleur.

Tu te trouves moderne ?

Je ne me trouve pas démodé, c’est déjà ça. Je suis intemporel.

Tu chantes des chansons parce que tu vois la vie en noir ?

Non, je ne suis pas quelqu’un de négatif. J’ai  juste l’habitude de cacher les choses pas sympas qui sont en moi dans la vraie vie pour ne pas emmerder les gens. Je ne me plains jamais, alors peut-être que mes chansons  me permettent de sortir le trop plein négatif.

Tu es satisfait de ta condition de chanteur ?

Si ça me suffisait, je m’arrêterais peut-être. Je cherche quelque chose que, maintenant, je n’obtiendrais plus. Peut-être que ce que je cherche, je l’ai déjà et que je ne l’apprécie pas ? Ce qui ne me satisfait pas, c’est l’impression d’être en compétition avec les autres. Depuis quelques années, je fuis cela. Pour moi, la musique n’est que partage et échange.

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Après l'interview, le 16 octobre 2017.

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12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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