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22 novembre 2019

Marcel et son orchestre : interview pour Hits, hits, hits, hourra!!!

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(Photo : Deborah Priem)

Depuis plus de 30 ans, l'esprit de Marcel et son Orchestre fait la différence : un rock'n'roll exutoire dans des habits de Carnaval.

J’avais reçu en 2014, le chanteur de la formation de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Franck Vandecasteele. Il était venu m’expliquer pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire. Et puis en 2017, ils sont revenus au Grand Sud de Lille. Le groupe a même repris la route en 2018 et en 2019 pour une tournée "Sans Complexe". Aujourd'hui, les Marcel sortent une super compilation

Pour évoquer (notamment) ce retour très attendu par leurs nombreux fans, le 24 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à trois membres éminents du groupe : Franck Vandecasteele (« Mouloud » chant et percussions), Jean-Baptiste Jimenez (« JB » guitare) et Pierrick Viard (« Bidingue », claviers).

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

En août 2017, après cinq ans d’absence, Marcel et son orchestre annonçait son retour pour trois dates à Lille. L’engouement du public est là, tout comme l’énergie et l’envie. S’en suivront deux tournées en 2018 et 2019 réunissant à chaque date plusieurs milliers de personnes.

Pour remercier ce public, toujours fidèle après plusieurs années d’absence, quel meilleur cadeau qu’une compilation réunissant 47 titres sur un double digipak et 26 titres sur un double vinyle ? Quoi de mieux qu’une compilation qui retracerait la discographie du groupe ? Pour ce faire, de nombreux mois ont été nécessaires pour récupérer les premiers enregistrements et les inédits oubliés.
N’aillant pas pour habitude de faire les choses à moitié, le groupe réalise ensuite un véritable travail d’orfèvre sur chacun des titres : la plupart sont remixés et certaines pépites de la discographie sont même réenregistrés. Pris dans cette dynamique positive, le groupe ira même jusqu’à composer et enregistrer un nouveau titre (« Plus c’est con, plus c’est bon » présent sur le CD2).

Après son retour sur le devant de la scène, Marcel et orchestre est désormais de retour dans les bacs avec une compilation qui illustre, son tout aussi bien que son triptyque fédérateur – « Danse, Déconne, Dénonce » - ce qu’est Marcel : un exutoire où le rire devient une arme.

Le site officiel.

La page Facebook.

La compilation est écoutable sur ces différentes plateformes.

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(Photo : Deborah Priem)

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorInterview :

Franck, je t’ai reçu en 2014 à l’annonce de l’arrêt du groupe. Qu’est-ce qui a fait que vous revenez aujourd’hui ?

Franck : Comme dans les bonnes cantines, un jour ou l’autre, tu y retournes manger. On ne s’était pas interdit de revenir, mais il fallait faire une pause pour que chacun se retrouve et fasse des choses pour lui. On a eu l’occasion de rejouer ensemble pour des fêtes d’anniversaire ou des départs de potes et on a fini par nous faire des propositions. On nous a mis un local à disposition pour répéter et c’était reparti.

Dès que vous avez annoncé votre retour sur scène, le public s’est jeté sur les réservations.

Franck : On a mis en vente les places de concerts de décembre au mois d’aout à 10h00 du matin. A 10h10, il y avait 1800 places vendues. A midi, les 4000 places étaient achetées. Il y a eu 6000 demandes de places non satisfaites. Un truc de taré.

Le teaser du Sans Complexe Tour 2019.

Dans vos chansons, vous revendiquez des faits de société avec humour. Il n’y a plus beaucoup de groupes comme le vôtre.

Franck : Je suis désolé, mais quand Christophe Maé chante « il est où le bonheur ? », il prend des risques. Sans plaisanter, ce matin, dans une  émission de radio, on a chanté « Nous n’avons plus les moyens ». Le traitement médiatique qu’il y a eu sur la crise des gilets jaunes était juste odieux. Les gens manifestent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre décemment et on les traite de beauf.

Il y a certains de vos textes qui collent encore à l’actualité d’aujourd’hui.

Franck : Le monde est pire aujourd’hui. La solution du libéralisme, c’est de dire : « Méfiez-vous, si ce n’est pas nous, c’est le chaos ! » Quelque part, c’est la confiscation du choix. Ce qu’il y a d’épouvantable là-dedans, c’est que l’on nous vend l’inéluctable. On voudrait que les gamins aient foi en l’avenir, mais on leur vend un système implacable qui ne peut pas bouger. On te dit : « il faut sauver la planète » et, en même temps, on donne le pouvoir à n’importe qui. Par exemple, on met l’extrême droite au pouvoir au Brésil. Il faut appeler un chat un chat. Ce sont les multinationales qui ont voulu que ce soit Jair Bolsonaro qui soit président du Brésil, histoire de lever le moratoire sur les terres indiennes. L’idée et de faire tous les forages possible n’importe où et aussi récupérer des métaux rares pour mettre dans nos Smartphones et nos tablettes.

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(Photo : Deborah Priem)

Ça me rappelle, dans votre album de 1998, Crâne pas, t’es chauve, la chanson « Si ça rapporte ».

Oui, mais la situation a empiré. Aujourd’hui, on a une économie qui considère que le problème, c’est l’humain, parce que ce qui coûte cher, c’est la main d’œuvre. Une économie qui n’est pas au service de l’humain, mais qui est au service du profit, ne peut pas générer des choses belles. On est carrément dans une économie qui veut se débarrasser de l’humain. On le voit avec la robotisation et l’intelligence artificielle… A moyen terme, je ne sais pas qui va rester employable.

C’est aussi valable pour le monde de la musique. Que pensez-vous des plateformes pour écouter de la musique gratuitement ?

Franck : Si c’était pour moi, je m’en branlerais. Ce qui nous est arrivé avec Marcel, c’est 100 fois au-dessus de ce à quoi on prétendait. Il y a des injustices que tu ne perçois pas forcément pour toi-même. Juste, les artistes sont les dindons de la farce. Quand on était chez Wagram, on touchait 20 centimes d’euro par album vendu. Avec les droits périphériques, Adami ou autre Sacem, ça faisait sensiblement un euro dans notre poche par album vendu. 100 albums vendus, 100 euros dans ta poche. Aujourd’hui sur les streamings, tu es rémunéré 0, 0024 centimes par titre. En clair, il faut que tu aies un million de vues pour commencer à gagner 100 balles. C’est un problème de répartition. Ces plateformes ont compris qu’il n’y avait plus à répartir. Aujourd’hui, on rémunère le contenant, mais pas le contenu.

Je me fais l’avocat du diable, mais on peut voir les choses autrement. Ces plateformes permettent de découvrir Marcel et son orchestre très facilement. Et ensuite, ça peut donner envie d’aller les voir en concert…

Franck : J’entends ce que tu dis, mais je ne suis pas d’accord. Les fournisseurs d’accès disent aux artistes : « Ne vous plaignez pas, vous êtes dans ma vitrine, donc, je vous rends attractifs. » Je réponds que si ta vitrine est attractive, c’est que nous sommes dedans. Il ne faut pas inverser les choses. Aujourd’hui, celui qui gagne du pognon, c’est le portier de la boite de nuit. On est en train d’assister à une uberisation de tout. Celui qui crée, c’est le con de l’affaire.

Jibé : C’est le même problème dans le rapport des agriculteurs avec les supermarchés.

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Vous évoquez des sujets de société, parfois graves, mais toujours avec humour. C’est le meilleur moyen de faire passer les messages…

Jibé : En tout cas, l’humour a toujours été l’angle pour aborder un sujet sérieux.

Franck : En plus, une chanson doit faire 3 minutes. En 3 minutes, tu ne peux pas faire thèse, antithèse, synthèse. Pour nous, l’humour est notre oxygène. Comme dirait l’autre, c’est le dernier rempart avant le désespoir.

Vous ne donnez jamais de leçon dans vos chansons.

Franck : Les donneurs de leçons sont pénibles. On n’est pas du tout là-dedans.

Jibé : On n’aime surtout pas enfoncer des portes ouvertes. La guerre, c’est mal, le racisme, ce n’est pas bien… on ne va jamais sur ces terrains-là.

Franck : L’engagement, ce n’est pas chercher les causes entendues. S’indigner, tout le monde sait le faire. Et une fois que tu t’es indigné, qu’as-tu à dire ? Si tu ne t’attaques pas aux causes, tu déplores simplement les effets.

J’ai un gros problème avec la chanson engagée.

Franck : Nous aussi, mais ça dépend laquelle. Dans la chanson engagée, tu mets François Béranger, Bernard Lavilliers ou Pierre Perret ? Moi, ce sont des gens qui m’ont conscientisé. Vraiment.

Pierrick : Il y a une façon de dire et de faire la chanson engagée. Souvent, comme dans un scénario de films, c’est la façon de raconter les choses qui est importante.

Franck : Je ne me pose jamais la question de savoir si une chanson est engagée ou pas, c’est juste un sujet qui s’impose à moi. Point.

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(Pendant l'interview…)

Y a-t-il des chansons innocentes ? marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandor

Non, je ne crois pas. Même dans les chansons d’amour. Dans « Je vais t’aimer », Michel Sardou chante l’amour, mais il reste Sardou. Sa façon de voir les choses, sa façon de voir la femme subsiste. Il commence sa chanson ainsi : « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade, à faire trembler les murs de Jéricho, je vais t’aimer… » Quand il chante ça, qu’est-ce qu’il dit à la gonzesse ? « Tu vas prendre cher ! ». C’est terrible. On croit que c’est une chanson d’amour, sauf que c’est d’un machisme parfait.

J’adore ! Sardou vu par Marcel et son orchestre !

Franck : Je trouve que Sardou est un des pères du rap français.

En effet, si on part du principe que c’est un clasheur.

Franck : Il a compris que pour buzzer, il faut d’abord choquer. Il a toujours utilisé la punchline qui va bien ou le mot qui dérape sur des sujets un peu glissants.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorVous revenez avec une super compilation. Comment avez-vous choisi ces 46 chansons ?

Franck : Avec Marcel, il y a au minimum 150 titres enregistrés. Franchement, l’idée d’une compil’, c’est plutôt l’idée d’une maison de disque. Ce n’est pas plus excitant que cela de réfléchir à compiler des morceaux. Ce n’est pas très créatif. En plus, on se demande à qui cela s’adresse parce que les fans ont déjà tout. Peut-être que ça s’adresse à des nouveaux qui pourraient apprécier le groupe. Il y a encore des gens qui nous découvrent.

Je crois savoir que ça a fini par vous amuser de farfouiller dans vos archives.

Franck : On a récupéré tous nos masters et en numérisant les bandes, nous nous sommes aperçus qu’il y avait plein d’inédits, des morceaux que nous avions même oublié. C’était la première fois qu’on jetait un coup d’œil dans le rétroviseur pour regarder notre histoire. On a finalement eu du plaisir à réécouter et redécouvrir certaines chansons.

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Vous saviez quels été vos hits ?

Pierrick : Tu as raison de poser cette question parce que nous n’avions pas tous les mêmes. On a hésité à enfoncer les portes ouvertes ou à mettre des morceaux plus surprenants. On a essayé de faire un bon dosage entre les hits et les raretés.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous vous moquez des autres autant que vous faites preuve d’autodérision. Dans votre nouveau single « Plus c’est con, plus c’est bon », vous ne vous épargnez pas.

Pierrick : Les seules personnes qui peuvent se moquer de nous sans que l’on se vexe, c’est bien nous.

L'inédit de cette compilation, "Plus c'est con, plus c'est bon".

Vous comprenez pourquoi le public est ravi de vous revoir ?

Jibé : On ne sait pas pourquoi les gens nous aiment bien. On a lancé une campagne Ulule et un paquet de gens ont adhéré et ont donné pas mal de sous. Comme les temps sont durs, nous savons que ce n’est pas facile de donner de l’argent.

Mais comme les temps sont durs, les gens ont besoin d’entendre et de voir des artistes qui les détendent…

Pierrick : Les chanteurs d’aujourd’hui sont souvent très tristes et sombres. Ils en ont marre de la vie et se prennent au sérieux. Cette ambiance glauque devient très standardisée. Le public a donc besoin de légèreté et de folie.

Franck : Marcel et son orchestre promènent un carnaval. On a tous les codes du carnaval, mais on n’en a pas le répertoire. Nous ne faisons pas de chansons à boire, ni de chansons grivoises. C’est quoi le carnaval ? C’est le jour des fous en même temps que l’exutoire. C’est le moment où tu vas rire de l’autorité, de l’institution et de la religion, mais dans un cadre libérateur. Le carnaval, c’est le complet lâcher prise.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorLes artistes qui font aussi rires ne sont pas souvent pris au sérieux. Cela m’agace un peu.

Franck : Dans tous les domaines artistiques, c’est le même problème. Quand tu fais une comédie, la critique va dire « ce film n’a pas d’autres prétentions que de faire rire ». Je me souviens d’un édito du dessinateur Gotlib (voir photo de gauche), un génie, dans Fluide Glacial. Il répondait à cette injonction : « mais elle est énorme cette prétention de faire rire ». Le ressort comique, c’est de la mécanique de précision. Il faut une métrique parfaite et les sonorités au bon endroit. Dans la chanson, j’ai beaucoup d’admiration pour Gotainer. C’est un maître en la matière. En bande dessinée, je suis immensément fan de Franquin. Il a changé ma vie. Dans Gaston Lagaffe, tout est là. Les considérations écologiques, les cadences infernales au travail… c’est insensé. Je considère que dans la poésie de Gaston, c’est le rebelle parfait.

Vous repassez à l’Olympia le 22 février prochain. C’est une date normale ou il y a un quelque chose en plus dans cette salle mythique ?

Franck : On a fait les quéqués la première fois que l’on a jouée dans cette salle. Je suis parti du principe que c’est plus glorieux de faire 3000 spectateurs dans la Creuse, parce que les gens font en moyenne 250 bornes pour venir au concert, que de de faire complet à l’Olympia. Nous l’avions donc abordé "branleurs". Au moment du concert, il s’est passé un truc curieux. Tu sais, nous, les Marcel, on se claque la bise, mais nous ne sommes pas des tactiles. Nous avons une vraie pudeur les uns envers les autres. Nous sommes des tendres et des affectifs, mais on ne l’exprime pas. On ne va pas se dire « je t’aime », mais on va se charrier et c’est notre façon de nous témoigner de l’affection. Eh bien, ce jour-là, avant de monter sur scène, nous nous sommes pris dans les bras. Cela n’était jamais arrivé. Pas de doute, faire l’Olympia, c’est chargé.

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Après l'interview, le 24 octobre 2019.

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15 août 2014

Mascarade : interview de JNEB pour l'EP "Rien n'à foot"

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Mascarade est un groupe autoproclamé "Hip-hop de Rockers" réunissant  JNEB ("artisan" pluridisciplinaire: musique, écriture, animation 2D) et JB (guitariste de Marcel et son orchestre). Leur "hip-hop de rockers" penche sérieusement du côté rock, voire hard et punk/rock...

J’ai lu quelque part que Mascarade était « le mariage contre nature de Trust et NTM avec comme témoins Les Inconnus et comme prêtre Lemmy Kilmister... ». Pas faux.

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorCe qui m’a attiré chez eux, c’est d’abord la qualité des textes, signés JNEB. Une vraie "plume", pleine d'humour et d'une totale autodérision. Ensuite, le son. Gratte saturée en avant, lourds riffs heavy, avec des touches electro, mais raisonnablement.

Juste avant la Coupe de Monde les deux compères de Mascarade ont sorti un Ep dédié au football et à ses travers, Rien n'à foot. Et le résultat n’est pas du tout politiquement correct. JNEB chante des chroniques décalées sur les faits et gestes des adeptes du foot.

J’ai rencontré l’artiste lillois, JNEB, en terrasse d’un bar parisien, alors qu’il était de passage dans la capitale, autant dire que j’ai rencontré un phénomène.

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Interview :

Nous sommes dans un pays où on ne peut pas mélanger les genres, or, toi, tu as plusieurs activités artistiques…

Pour Mascarade, je compose tous les titres, j’appréhende tous les instruments, je fais les arrangements et les textes. Ensuite, je réalise les clips entièrement seul. Je prends la caméra, je fais les plans, les éclairages, je joue dedans et, quand je rentre chez moi, je m’attelle au montage. Je me débrouille aussi en animation 2D. Pour le groupe, je fais aussi le boulot d’attaché de presse, je m’occupe des réseaux sociaux et des comptes. Il n’y a que le booking que je ne fais pas.

Quand as-tu commencé la musique ?

A l’âge de 14 ans. Je suis autodidacte en tout, je n’ai jamais pris un cours en rien. J’ai toujours voulu apprendre moi-même, même si j‘ai quelques amis qui m’ont donné quelques coups de main et conseils. Je viens des Ardennes, je suis originaire de Charleville-Mézières. J’ai travaillé pendant neuf ans dans un groupe de rock « hétérocklite », Guerka, avec plein de gens qui se sont succédé. Il aura fallu 35 ans pour que je trouve une sorte d’alter ego. J’ai toujours fait de la musique avec un grand M. J’aime tout. La musique du monde, le rock, le punk, le ska, la variété, la musique classique…

Clip de "L'envers du décor".

Pourtant, Mascarade est estampillé groupe de hip-hop.

Nous nous sommes autoétiquetés « hip-hop de rockers ». On s’est filé une étiquette avant qu’on nous en file une qui ne nous corresponde pas vraiment. On s’est tiré une balle dans le pied parce qu’on vient du rock. C’est pour ça qu’on s’appelle Mascarade, parce que les gens qui viennent du rock pourront se dire « c’est quoi cette mascarade ? »

Tu as évidemment fait des projets solos avant Mascarade.

Oui, en 2007, j’ai élaboré un projet qui m’a pris 4 ans. Il s’appelait Idéaux et ébats. C’était un triptyque multimédia (un film, un roman et la BO du film) qui a été diffusé jusqu’en Amérique latine et en Espagne. C’était un projet qui prônait le port du préservatif. La base, c’était religion et sexe. Un an après, je suis revenu avec un album qui s’appelait Tout n’est pas rose, en 2008, sous le pseudo de JNEB, qui est le diminutif de Benjamin, mon prénom.

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Tu es quelqu’un qui aime le « conceptuel ».

C’est ce qui m’a toujours causé du tort quelque part. Mon leitmotiv a toujours été d’être là où on ne m’attend pas.

Qu’est-ce qui t’anime ?

Créer et composer. J’aime bien être chez moi,  je suis assez casanier. Aujourd’hui, j’ai envie que ça marche un peu, c’est pour ça que je suis retourné faire un peu de scène. Et puis ça m’a resociabilisé. Je suis un peu autiste.

En 2010, tu as sorti un album qui était l’antithèse de celui de 2008.

En 2008, c’était un album très arrangé et plus chiadé. En 2010, l’album était beaucoup plus minimaliste. Même dans la composition, il y a des morceaux que j’ai écrits et composés en trente minutes. L’objectif était de composer dans l’urgence et de ne pas y revenir.

Clip de "Allumez la télé ou j'tue l'chien"

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorTa rencontre avec JB s’est passée comment ?

On se connait depuis plus de quinze ans maintenant. J’ai failli être chanteur de Marcel et son Orchestre à l’époque où ils auditionnaient des gens. Avec JB, j’avais de grandes affinités humaines et musicales.

Votre nouveau disque est sorti avant la Coupe du Monde 2014… forcément, je me suis dit que c’était un disque opportuniste. Et j’ai découvert vos clips qui étaient très second degré et intelligents, ce qui m’a donné envie d’écouter l’EP en intégralité.

C’est une bonne chose, alors. Pour moi, les clips ne doivent pas être un pâle succédané des textes. Il faut que ça donne du supplément, voire une complémentarité. Les clips servent à donner une autre vision des choses, d’appuyer ton propos et même de l’étoffer.

Quand tu chantes, on ne peut pas prendre trois mots à la volée, il faut t’écouter en intégralité, sinon, il peut se créer quelques confusions de sens.

Par rapport aux textes, si les gens ne vont pas plus loin que le premier degré, ils pourraient même envisager la possibilité que l’on soit racistes et/ou misogynes, alors que c’est exactement le contraire.

Clip de "Le football c'est violand (feat Ribéry)

Excuse-moi, je reviens sur ce que je te disais tout à l’heure. Est-ce que sortir ce disque mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandoravant la Coupe du Monde n’était pas un brin opportuniste ?

Si, c’est clair. On a voulu surfer sur le ballon, je ne te le cache pas. On s’est donné un coup de main, parce que personne ne nous a aidés. Par contre, nous n’avons pas été opportunistes complètement, sinon, nous aurions sorti juste un one-shot, un hymne pour les bleus, pas un EP avec sept titres. Notre disque n’est ni pro, ni anti foot, c’est les deux parce que les deux ouvertures nous permettaient de prendre des pans humoristiques. On en a trouvé sept.

Tu te situes où dans ce métier ?

J’ai du mal à répondre à ça. Je suis multi-instrumentiste, je compose, j’écris, je réalise, je suis cadreur, monteur, dessinateur…Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds artisan multidisciplinaire en essayant d’être là où on ne m’attend pas.

J’ai l’impression que tu as envie de foutre un gros coup de pied dans la fourmilière.

C’est un peu ça. D’ailleurs, je suis content parce que les chroniques que je lis sur nos disques vont dans ce sens. Les journalistes disent que l’on veut sortir des codes et que nous ne sommes surtout pas dans les paillettes. On est dans l’antithèse de la hype. Je vais même plus loin, je veux fournir de la contre-culture.

Clip de "J'aime bien le foot".

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorIl y a trois ans, je sais que vous avez été contacté par une grosse maison de disque et que vous n’avez pas voulu vous plier à leurs souhaits. Pourquoi ?

Parce qu’une fois dans leurs locaux, le directeur artistique se disait intéressé, mais nous reprochait de dire beaucoup de gros mots, nous expliquait qu’il y avait trop de grumeaux et que les guitares étaient trop saturées. Il nous demandait de nous calmer et de rentrer un peu dans les rangs. Je n’ai pas envie de porter une barbe, ni de chanter en anglais parce qu’en ce moment, c’est ça qui marche. Nous avons refusé. Je lui ai dit qu’il était hors de question que l’on change. Il cherchait du mainstream, alors que nous sommes alternatifs.

Tu as un avantage, tu as un métier et tu n’attends pas la musique pour vivre.

C’est ce qui fait ma force. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu faire, même si je suis rarement content de ce que je fais. Avec JB, c’est la première fois que je suis à peu près satisfait de ce que je produis. L’objectif est de me surprendre moi-même. Si ça plait aux gens, tant mieux ! Je ne te cache pas que je préfèrerais que ça plaise, sinon, je ne serais pas là avec toi pour avoir un peu plus d’expositions (rires).

La Coupe du Monde est terminée, le soufflé est retombé. Qu’advient-il de cet EP footballistique de Mascarade ?

Mais tu n’es pas sans savoir que le football existe toujours. Les différents championnats recommencent. Le foot, il y en a tout le temps.  

"Il paraitrait" en live (juillet 2014).

Vous allez continuer les concerts ?

Tant qu’on nous le demande, bien sûr. Sinon, je t’annonce que l’on a quasiment un album de bouclé. Celui-ci, on va essayer de travailler différemment. Le premier album et l’EP, on les a enregistrés dans l’urgence. Cette fois-ci, on laisse reposer des titres déjà composés il y a quelques mois. On y reviendra plus tard. Avec JB, pour le moment, on a la chance d’être prolifique et de ne pas tourner en rond. Musicalement, il y aura du reggae dance hall, du punk-rock,  du disco… des musiques comme ça. On va essayer de s’entourer un peu plus, parce que l’on sait que nous sommes arrivés à nos limites. Il faut que nous montions d’un cran. Même si je n’attends pas la musique pour vivre, j’aimerais bien que ça marche un peu.

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Avec JNEB, après l'interview, le 7 juillet 2014.