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09 août 2019

Jérôme Minière : interview pour Une clairière

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(Photo : Dan Popa)

Exilé au Québec depuis 25 ans, Jérôme Minière y a construit une belle carrière mais le revoici en France avec Une clairière, signé sur le label monté par Rémy « Chevalrex » Poncet (qui a réalisé ce nouvel album), Objet Disque. « On y retrouve la poésie rare des sons et des mots, abrupte mais lumineuse, d’un des artistes les plus attachants et singuliers de ce côté ou l’autre de l’océan », dixit sa biographie. « Perles pop entêtantes, groove foutraque ou longue balade en clair-obscur, entrer dans Une clairière va donner envie de redécouvrir toute une œuvre synthétisée ici avec brio ».

Comme le rappel très justement le site de Longueur d'Ondes, "Jérôme Minière fut l’un des premiers bedroom producers pop à travailler à la maison en mélangeant hip-hop, lo-fi, séquenceurs, boîtes à rythmes et textes intimes. En redéfinissant ainsi son espace intérieur en territoire pop, il préfigura d’une certaine façon ce qui aujourd’hui est devenu la norme, chacun depuis sa chambre peut produire des chansons."

J’ai déjà mandorisé Jérôme Minière en 2012 pour la sortie de son album Le vrai le faux, nous avions donc abordé son début de carrière et les raisons qui l’ont poussé à s’exiler au Canada… nous n’y revenons pas cette fois-ci. L’homme qui hybride la « French touch » avec la chanson a un beau et sincère discours, comme j'ai pu une nouvelle fois en juger le 9 juillet dernier.

L8M7BaeQ.jpeg.jpgMini bio (officielle) :

Originaire d’Orléans mais installé à Montréal depuis plus de 20 ans, c’est bien malgré nous que l’œuvre complètement unique de Louis Minière s’est progressivement éloignée de la France, ses albums étant très rarement distribués ici. Nous passerons sur la dizaine de très bons disques parus qui, tous à leurs manières, n’ont fait que creuser le sillon ouvert à ses débuts. Nous passerons également vite sur les prix qu’il a obtenu là-bas, notamment ses Felix (équivalents des Victoires de la musique à Québec) en 2002, 2003 ou 2013 comme « Auteur-compositeur de l’année » ou encore « Meilleur album électronique », pour nous concentrer sur son nouvel album, le premier qui sortira réellement en France depuis 1998.

Le disque (argumentaire de presse) :JeromeMiniere_UneClairière_cover.jpg

Une clairière se présente comme l’un des disques de Jérôme Minière les plus cohérents, homogènes et ramassés. On y retrouve la poésie qui a toujours traversé ses titres, ses motifs de prédilections, mais tout se déploie ici dans un clair / obscur qu’on lui aura rarement connu sur l’ensemble d’un disque. Cet album a aussi la particularité de former un diptyque avec Dans la forêt numérique, paru en décembre 2018 au Canada. Une clairière en est le versant le plus abrupt mais reste complètement lumineux. Là où les chansons de Dans la forêt numérique nous conduisaient en douceur de chemins ombragés en sommets plus solaires, Une clairière nous donne à entendre les titres les plus inquiets et émouvants que son auteur ait écrits. Comment ne pas être frappé par la force de certaines images : « J’apprivoise la mélancolie parce que je travaille pour une boîte et pas pour l’horizon» (« Vaste ») ? Le point de jonction de ces deux volets (pourtant complètement autonomes) du diptyque réside dans le morceau d’ouverture, « La vérité est une espèce menacée », présent sur les deux disques mais ici orchestré avec des cordes spectrales. Cette clairière se découvre dès lors comme le disque qui relie le plus intimement Jérôme Minière à ses origines et ses deux albums inauguraux. Le morceau de bravoure de 9 minutes 25, « La beauté », qui ouvre la face B résonne comme un véritable manifeste et nous donne sûrement une clé de lecture de l’ensemble de l’œuvre de Jérôme Minière. À travers ce souci permanent d’équilibre et de justesse, c’est un regard intime et politique sur le monde qui se révèle, qui documente plus qu’il ne commente. C’est de la place d’un auteur en plein cœur d’une époque mais également complètement à part dont il est question : la musique et l’écriture comme terrain de jeux et espace de résistance. Ce sont sûrement ses mots qui mettent le mieux en lumière ce qu’il interroge : « Aujourd’hui la beauté ça n’a pas changé, ça prend toujours l’éternité » (« La beauté »).  

Vous pouvez écouter La clairière ici et Dans la forêt numérique .

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(Photo : Dan Popa)

IMG_2864 (2).jpgInterview :

La première fois que nous nous sommes rencontrés en France, c’était en 2012. Tu n’es plus jamais revenu ici depuis. Pourquoi ?

J’ai eu un point de rupture dans ma vie à ce moment-là qui a fait que j’ai décidé de ne plus bouger du Québec. Il fallait que je sois là pour ma famille. Professionnellement, je me suis plus orienté vers la production. En 2016, j’ai quitté mon label québécois, La Tribu, avec lequel j’étais depuis 15 ans. Ensuite, j’ai réfléchi à la manière de continuer ce métier parce que je ne me sentais plus en adéquation avec l’industrie de la musique actuelle. Pendant ma réflexion, j’ai notamment été compositeur de 8 pièces de théâtre du même metteur en scène. (Note de Mandor : Sur sa fiche Wikipédia, vous pourrez constater que l’homme n’a pas chômé de 2012 à aujourd’hui).

Le théâtre a-t-il influencé ta façon d’écrire ?

Oui, c’est certain. J’ai toujours eu un souci d’éclectisme. Le théâtre a été une forme d’école qui m’a permis d’aller au-delà de mes limites. J’ai dû chanter du Kurt Weill en allemand, reprendre une pièce de Schubert, alors que je ne suis pas super à l’aise pour lire et écrire des partitions. Ça a été de sacrés défis qui ont enrichi mon univers. Ça m’a donné une conscience plus grande de mes limites et de mes qualités, si j’en ai, et de mes défauts.

Clip de "Cascades". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Finalement, tu as fait le choix de l’autoproduction.

C’est aussi un choix me permettant de gagner un peu mieux ma vie. J’ai réalisé que je pouvais devenir un vrai artisan qui contrôle plus ce qu’il fait et qui récupère l’ensemble de ses billes… même dans le monde numérique. Au Québec, il n’y a pas d’intermittence, mais par contre il y a un efficace système de bourse. Comme je suis établi là-bas depuis longtemps, j’en ai obtenu une pour écrire. Ça m’a permis de vivre pendant 6 mois sans prendre trop de contrats externes. J’ai écrit beaucoup de chansons, sans me limiter.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewC’est là qu’intervient Rémy « Chevalrex » Poncet.

Il m’a contacté pour un remix d’une de mes chansons. On a tout de suite sympathisé sur WhatsApp. L’été dernier, je lui ai dit à que j’étais en train de préparer un album, mais que j’avais trop de chansons. Je lui ai demandé s’il voulait bien écouter des morceaux pour qu’il me donne des conseils.

Il te connaissait bien ?

On doit avoir 10 ans d’écart, mais il écoutait les artistes du label Lithium quand il était ado, à la fin des années 90. Il en avait gardé des souvenirs très précis. Le travail que l’on a fait sur Une clairière, c’est la rencontre improbable de quelqu’un qui m‘avait écouté à mes débuts et qui est lui-même artiste et moi. On a créé un album à mi-chemin entre le rêve de Rémy et le mien. Il avait plus un travail d’éclairage et de choix par rapport à des choses qui étaient déjà là. Tous ses conseils étaient judicieux. Par exemple, je suis souvent dans la prolifération, mais là, il n’y a que 8 titres, c’est donc un de mes disques les plus condensés… grâce à Rémy.

Clip de "La vérité est une espèce menacée", version de l'album "Dans la forêt numérique". 

La Clairière fait résonnance à l’album québécois de l’année dernière, Dans la forêt numérique.jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interview

Je considère ces disques faisant partie d’un diptyque parce que les chansons ont été écrites au même moment. La chanson « La vérité est une espèce menacée » figure dans les deux albums, mais pas avec les mêmes arrangements.

J’aime le fait que tu casses les codes. Par exemple, plus personne ne fait de chansons de plus de 10 minutes, comme « La beauté »…

Je ne me l’étais encore jamais autorisé, mais cette fois-ci, je voulais rendre compte d’un certain présent. Le présent que je vis aujourd’hui est très paradoxal, très complexe et insaisissable. Il me fallait beaucoup de mots pour l’exprimer. Et encore une fois, Rémy a trouvé que c’était suffisamment intéressant pour qu’on l’intègre au disque. De mon côté, j’hésitais. C’est lui qui m’a permis d’oser la placer.

Clip de "La beauté". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Dans la chanson « Le beau vide », tu parles de cette facilité que nous avons à mettre notre vie en scène sur les réseaux sociaux ou sur YouTube ?

J’ai peur qu’il y ait des malentendus sur ce que je voulais exprimer. Malgré certains passages qui pourrait le faire penser, ce n’est pas une chanson qui fait la morale et qui juge. C’est comme si je réglais un compte, mais en l’écrivant, je me suis rendu compte que peut-être je me trompais. Tu sais, je ne suis pas toujours d’accord avec ce que je raconte (rires).

Audio de "Le beau vide". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewTu parles aussi des réseaux sociaux dans « Une clairière ». On est tous plus sur nos écrans que dans la vie réelle.

Aujourd’hui, il y a moins d’interactions qu’avant. Là non plus, je ne juge pas parce que je fais la même chose, mais quand même, je trouve que l’on se « machinise » à grande vitesse. Je ne sais pas bien si c’est bien ou mal, mais ça a été très très rapide. Ça fait un peu peur.

Tu écris même : « Ça faisait du bien quand on était attentif plutôt que productif, que l’on donnait du temps plutôt que des données ».

C’est marrant que tu cites cette phrase parce que c’est l’une de mes préférées (rires).

J’ai remarqué que tu emploies le « je » souvent dans tes chansons.

C’est dangereux d’utiliser le « je » parce que ça peut très vite être pris comme du nombrilisme… pourtant, je l’utilise juste pour assumer mes points de vue.

Clip de "De vives voix", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

Considères-tu faire des chansons sociétales ?

Jusqu’à un certain point oui, mais sans le vouloir. Il y a aussi un coté plus poétique ou abstrait qui se mélange.

Tu es très intéressé par les questions environnementales, mais il n’y a pas de chansons sur ce sujet dans tes disques.

J’ai essayé d’écrire sur ça, mais je tombais chaque fois dans le prêchi-prêcha. En prenant de l’âge, je suis de plus en plus méfiant par rapport au fait de faire la morale. Plus je vieillis, moins je suis dans les certitudes, je suis plutôt dans le doute.

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Pendant l'interview...

En tant qu’auteur et compositeur de chansons, aujourd’hui, es-tu sûr de ton art ?

Non. Je doute plus qu’avant. Je suis aussi plus dur et exigeant avec moi-même... moins complaisant. Je ne peux pas nier que j’ai acquis beaucoup d’expérience et un certain savoir-faire, j’ai travaillé dans plein de domaines en musique, mais le danger serait de m’assoir là-dessus. Il ne faut pas s’auto stériliser.

Après 25 ans de carrière, qu’est-ce qui te fais continuer le métier ?

J’ai désormais une patte, un style et j’ai encore des choses à proposer. Bien sûr, je ne peux pas jouer sur la nouveauté, la jeunesse, la fraîcheur, la beauté… mais je veux rester le plus honnête possible. J’ai toujours été dans la fragilité, mais aujourd’hui je l’endosse en l’assumant. Je n’ai pas honte, c’est comme ça que je suis et je vais essayer de faire quelque chose de beau avec. C’est ce que je raconte dans « Haut bas fragile » dans l’album Dans la forêt numérique.

Clip de "Haut bas fragile", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

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Avec Chevalrex et Jérôme Minière, le 9 juillet 2019.

14 juillet 2012

Jérôme Minière : interview pour "Le vrai le faux"

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(Crédit : PascalGrandmaison-FrédériqueBouchard)

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorRecevoir Jérôme Minière a été un vrai honneur/bonheur. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ce français installé au Québec depuis la fin des années 90, dont j’écoutais les disques au tout début de sa carrière (La nuit éclaire le jour qui suit est un joyau de la chanson française !).

A l'aise aussi bien avec la musique électronique que la variété française, il n'a jamais coupé les ponts avec son pays natal et a entretenu des relations amicales et artistiques avec ses homologues français : il écrit avec Dominique A et Katerine pour Françoiz Breut, compose avec Albin de la Simone (ce dernier ayant participé à l'enregistrement de « Le Vrai Le Faux ») et retrouve ses complices sur de nombreux concerts, dont une double affiche inoubliable avec Dominique A aux Francofolies de Montréal.

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorLe Vrai Le Faux sort en France le 24 septembre 2012 chez Wagram. L'occasion rêvée de fêter le retour en France de cet artiste au combien talentueux. Ce disque est le plus récent album de Jérôme Minière. Sorti il y a deux ans au Québec, le chanteur y examine les liens entre le réel et l'imaginaire à l'ère de la surconsommation, de la surinformation, du vedettariat instantané, etc...
Jérôme Minière nous offre ici un album pop à la réalisation très léchée. Les arrangements, bien pensés et les textes intelligents et pertinents se complètent à merveille.

Jérôme Minière est passé à « l’agence » le 9 juillet dernier pour parler un peu de son retour en France, de cet album et de son amour pour la fiction…

(Un merci très spécial à Pierre-Henri Janiec !)

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Interview :

Tes deux premiers albums, Monde pour n’importe qui (1996) et La nuit éclaire le jour qui suit (1998) ont reçu un très bel accueil dans ton pays, la France, puis tu es parti vivre à Montréal… ce n’est pas d’une grande logique pour commencer une carrière.

C’est l’amour d’une Québécoise qui m’a fait partir. Je n’ai rien calculé, ça s’est trouvé comme ça. J’avoue aujourd’hui que c’est une anti-carrière totale. Je me suis tiré une balle dans chaque pied. Une sorte de suicide commercial pour la France. Un artiste en développement qui habite à 6000 kilomètres, on m’a fait comprendre que ce n’était pas une super idée… Ca ma plombé sacrément.

Tu l’as regretté à un moment ?

Oui. Je te dirai que c’est, non pas une erreur de jeunesse, mais la passion de la jeunesse. Mais au final, tu sais, au Québec, je me suis construit une vraie carrière. C’est pour moi plus facile de revenir en France retenter ma chance, parce que, quelque part, je sais que je me tiens debout là-bas.

Tu as l’accent québécois aujourd’hui, c’est une curieuse sensation.

À partir du début des années 2000, j’ai eu une grosse cassure avec la France. De 2000 à 2003, je ne suis pas rentré du tout. C’est troublant pour l’identité parce que  quand je reviens en France, les gens qui ne me connaissent pas pensent que je suis suisse ou canadien… Mais, c’est la musique du quotidien. Quand tu parles à des gens qui s’expriment d’une certaine façon, tu finis par t’exprimer comme eux.

Le nouveau clip de Jérôme Minière, "Dans ton oreille".

Bon, aujourd’hui, tu reviens en France pour un album qui date déjà d’il y a deux ans.

Je travaille effectivement sur autre chose depuis, mais je vis très bien celui-ci et ça ne me dérange pas de repartir à zéro pour le défendre. D’ailleurs, pour aller plus loin dans ce paradoxe-là, dans les dix dernières années, par les hasards des circonstances, j’ai beaucoup plus joué en Allemagne qu’en France parce qu’un label m’a pris dans pas mal de leurs compilations, puis a fini par sortir mes albums et organiser une tournée.

C’est important que tu sois reconnu en France ?

Il y a ici un niveau économique que je ne peux pas me permettre de négliger. C’est le plus gros marché francophone. Et puis, l’autre niveau est sentimental. Sans faire une carrière à la Johnny, j’aimerai un peu de reconnaissance du travail que je fais de la part du pays où je suis né.

Comment se passe ton retour sur les scènes françaises ?

Ça se passe bien. Mais il faut juste que je retrouve le contact. Sans le vouloir, je porte ça comme un habit… j’ai un accent. Il faut que j’arrive, sans trop de mots, à ce que j’arrive à faire comprendre que, si je suis français, j’appartiens aussi à un autre pays.

J’ai l’impression que ton métier de chanteur, tu le prends avec beaucoup de recul et d’ironie… dans la chanson « Rien à vous dire », tu joues même au chanteur looser.

C’est comme si je racontais l’arrière-salle de ce métier, comme si je voulais démystifier ce qu’il y a derrière la scène. Ce n’est pas de la dénonciation crue, c’est plutôt humoristique et second degré. Pour moi, c’est libérateur de me moquer de moi-même en tant que chanteur.

La soirée de lancement de l'album Le vrai le faux (pleine de second degré et de recul par rapport à son métier).

Au Québec, tu te sens « en famille », artistiquement ?

Oui, tout à fait. Je trouve qu’un des trucs magnifiques qu’il y a au Québec et à Montréal en particulier, c’est que c’est une grande ville et qu’en même temps on se connait tous et il y a beaucoup de connivence entre nous. Les idées circulent vite et il n’y aucune barrière de genre.

Dans « Le vrai le faux », tu dis que l’ont ment beaucoup et que l’être humain se raconte beaucoup d’histoires…

Par nature, je pense qu’on est une espèce qui raconte des histoires facilement. Du fait du virage technologique, de la communication immédiate, je trouve que c’est encore plus fort qu’avant. Il y a aussi un virage idéologique. En pub, com et en propagande, on cherche toujours des histoires qui soient vendeuses. Cette chanson-là est un peu mystérieuse et complexe. À la fois je dénonce quelque chose et à la fois je suis convaincu que notre plus grande force, ce sont les histoires. Peut-être que ce qui nous dérange c’est quand on fait passer la fiction pour la vérité. Là, on est dans le domaine du relatif… la fiction assumée comme telle, c’est ce que je trouve de plus magnifique.

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(crédit : Shoot Studio)

Et que penses-tu des réseaux sociaux ?

J’ai l’impression qu’on voit sous nos yeux l’émergence d’une conscience globale. J’ai de plus en plus l’impression qu’on est chacun une espèce de synapse dans une conscience qui est immédiate. J’ai la sensation que l’on constitue un cerveau global de la planète.

Sur ta page Facebook, tu es très politique depuis quelques mois. Tu évoques beaucoup la situation compliquée qui règne au Québec et notamment les manifestations estudiantines.

À travers mes textes, depuis plus de 15 ans, on peut constater que je suis un auteur engagé. Engagé, mais avec un pas de côté. Je ne suis pas un porte-drapeau qui demande à ce qu’on le suive, je préfère analyser et raconter. J’étais déjà assez sensible, à l’automne dernier, à des mouvements comme les indignés, mais quand c’est arrivé un peu par surprise au Québec, de fil en aiguille, je me suis retrouvé impliqué dans leur mouvement. J’ai chanté pour les étudiants, notamment.

Prestation de Jérôme Minière suivi d'une entrevue avec Ariane Aubin-Cloutier à l'HAUSSEtie d'show présenté par la CLASSE le 22 mars 2012 au Métropolis de Montréal.

« Des pieds et des mains », c’est une chanson écolo sur la société de consommation, sur le « je-m’en-foutisme » qu’ont les gens par rapport à la planète.

Tu sais, il y a l’engagement militant avec le côté plus batailleur, moi, j’ai un engagement plus d’analyse et de questionnement en poésie.

J’ai cru comprendre que parfois, l’inspiration venait très vite ou qu’elle pouvait prendre des années selon le texte. C’est le souci du bon mot, du texte parfait, de la musique qui doit coller parfaitement au propos ?

Pour mes premiers albums en français, je travaillais vraiment comme un punk. Je faisais des chansons, je fonçais sans trop savoir ce que je faisais en en mettant le plus possible. Avec les années, il y a une histoire qui se construit, un parcours, des chansons que je laisse sur le côté, qui ne sont pas terminées, qui ne sont pas totalement abouties, ça finit par devenir des bagages. Il y a aussi le problème de la répétition. Je ne veux pas faire deux fois la même chose. Depuis 8 ans, je travaille autrement. C’est de plus en plus conscient, de plus en plus un travail de maîtrise et, je le répète, de questionnement.

Dans ce nouvel album, tu as osé reprendre « Les décors » d’Aragon sur des musiques africaines…

Ça demande un certain respect d’adapter des auteurs. Paul Eluard (« L’amoureuse ») ou Aragon (« Les décors ») par exemple. J’avais essayé des poètes comme Fernando Pesoa, mais pas sur disque. Je fonctionne en mariage spontané. C’est comme une rencontre amoureuse, si le texte que je ramène ne rencontre pas tout de suite la musique, ce n’est pas la peine d’essayer.

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Puisque tu t’intéresses aux auteurs de poésie, est-ce que tu as envisagé d’écrire un livre toi-même.

Oui. Ayant étudié le cinéma, si je ramasse tout ça sur les années, il est facile de constater que le centre de mon travail est de raconter des histoires. Je n’ai pas une grande voix, je ne suis ni Barbara, ni Jacques Brel, donc, ce qui m’a amené sur scène, c’est raconter des choses. D’année en année, mon amour de la fiction est passé du cinéma à la littérature. Je lis beaucoup de livres. Écrire un bouquin, c’est une autre affaire.  Depuis, 5 ans, ça devient une obsession. J’ai écrit pas mal de nouvelles par exemple. Combien d’années je vais mettre avant de publier un livre et est-ce que je vais y parvenir ? Je ne sais pas.

C’est un peu comme Dominique A. Il a longtemps dit ça et finalement, il vient de sortir son premier roman.

J’ai appris ça récemment. C’est drôle parce qu’il y a une connexion entre nous, qui n’est même pas volontaire. On est très différent et on n’a pas du tout le même angle, mais voilà, on sent une connexion.

Je sais que tu vas sortir bientôt au Québec un nouvel album.

Oui, il est en cuisson pour le mois de novembre prochain au Canada. Ce n’est pas la suite de celui-là. Ce n’est pas un album de chansons à proprement parlé. Dans ma carrière, tu n’es pas sans savoir que j’ai deux personnages, donc deux carrières parallèles. Je suis aussi Herry Kopter. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas ressorti.

Quelle est la différence entre Jérôme Minière et Herry Copter ?

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je suis un amoureux de la fiction. Herry Copter est pour moi une façon de mettre un pied dans la fiction et de me lancer dans des projets alternatifs. Au départ, c’était relié à la musique électronique. Mon premier Herry Copter, c’était un album instrumental ambiant avec une histoire fictionnelle. Le second, ca été un disque concept sur l’économie de marché. Le nom d’Herry Copter me permet d’avoir un angle différent de celui de Jérôme Minière, celui d’une personne morale, comme une compagnie. Cette fois-ci, ce sera  un disque electro très très libre avec trois-quatre choses que l’on pourrait assimiler à des chansons. C’est une forme de fantaisie pour moi.

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Petit plus :

Une belle version du titre Le vrai le faux.

Sur le blog Chuchotements, le blog qui fait du bruit, Jérôme Minière raconte notamment le Paris qu'il aime.