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18 septembre 2018

Faby Perier : interview pour la sortie de La renverse

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(photo Izabela Sawicka)

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorJe l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de Faby Perier en 2013, elle et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de l’interviewer. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Depuis, nous ne nous voyons pas souvent, mais nous nous apprécions mutuellement. Après une rechute de la maladie en 2014 elle a écrit le texte d’"Octobre Rose" qui a été chanté/clippé par un collectif d’artistes, dont Slimane, toujours afin de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’y ai participé aussi.

Vous pouvez voir le clip chez Mandor, ici.

Faby sort un EP, La renverse réalisé par l’excellent Vincent-Marie Bouvot accompagné du non moins talentueux Thomas Cogny.

Teaser de l'EP "La renverse".

« J’ai vécu l’enregistrement de cet EP comme un testament. Je voulais laisser quelque chose de beau, de ciselé pour ce que j’appelais « le dernier ». Graver de la plus belle des manières mes mots pour l’après » explique-t-elle.

Les prises de voix se sont faites au rythme des traitements. Et ils y sont arrivés.

« Depuis qu’il est fait, tout a changé. Je ne l’appelle plus « le dernier ». J’ai envie de continuer, de monter sur scène, de faire découvrir mon univers, d’écrire de nouvelles chansons, de rencontrer les gens, de vivre même si c’est vivre avec. »

Le 6 septembre dernier, je suis allé chez elle pour un nouvel entretien… qui ne sera pas non plus le dernier.

Argumentaire officiel par Faby Perier :faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandor

La Renverse, c’est le début d’une histoire. Celle qui commence aujourd’hui, mon vivre avec.

Avec le cancer. La vie, l’espoir, la liberté, l’amour, le bonheur sont les combats que je mène tous les jours. Pour moi. Pour elles. Pour eux. Pour vous, peut-être.

Ma vie est jalonnée de ce que la plupart des gens appelle des « malheurs ». J’ai appris dès mon plus jeune âge à renverser ces situations compliquées, parfois dures, souvent douloureuses pour trouver l’envie de continuer et la force d’avancer. Je me suis nourrie de mots pour apprendre à aimer la vie et comprendre son sens. Je les utilise aujourd’hui pour témoigner de mes combats face aux épreuves physiques, morales et sociétales que j’ai traversées.

Je sais désormais que je suis une femme forte, ouverte au monde, à l’indestructible espoir. Tout peut arriver, on peut toujours se reconstruire. C’est cela la Renverse

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorInterview :

C’est ton cinquième disque et pour la première fois, c’est un EP

Pour moi, ce disque est un peu le premier… comme si je reprenais tout à zéro. Les arrangements des autres albums ne me conviennent plus. Ils faisaient très années 80, très variété et j’avais envie d’un autre son. Plus moderne et plus proche de ce que j’écoute moi-même. Quand on enregistrait les albums précédents, j’entendais bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas en adéquation avec ce que je souhaitais. En live, je n’avais d’ailleurs pas du tout le même son que sur mes disques. C’était plus pop, plus electro, plus rock.

Bravo,  parce que tu as là un son très moderne !

Un disque réussi, c’est une alchimie. Quand j’ai rencontré Vincent-Marie Bouvot, ça a tilté tout de suite. On s’est compris immédiatement. Il m’a juste demandé quel était mon univers  musical, quel artiste et quel son j’aimais et ce vers quoi je voulais aller. J’ai proposé des choses et avec Thomas Cogny, ils ont fait le tri et arrangé tout ça. Je suis très fière du résultat. Grace à eux, j’ai l’impression d’avoir enfin une légitimité dans ce métier.

Vincent-Marie Bouvot, quand même, c’est la classe.

Je ne te le fais pas dire. Au début, il ne devait « que » réaliser, mais il m’a composé aussi une chanson. Quand il travaille, il porte toujours une blouse blanche, on a l’impression que c’est un chimiste. Non, d’ailleurs, c’est un chimiste. Un magicien même.

Un alchimiste ?

Oui, en tout cas, un sacré perfectionniste. Il passe beaucoup de temps à trouver le bon son. Il tripatouille ses machines jusqu’à ce qu’il le trouve.  Et il le trouve.

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Faby Perier avec Thomas Cogny et Vincent-Marie Bouvot.

J’aimerais que tu m’en dises plus sur la chanson « Mademoiselle », au son très gainsbourien. Je crois savoir que tu évoques ta grand-mère.

Ce son est assumé. On est entrés dans le studio avec cette envie-là. Quand Vincent m’a fait écouter son synthé au son incroyable, j’en ai eu des frissons. C’était exactement ce que je voulais. Quant au texte, on peut ne pas comprendre de quoi ça parle à  la première écoute. Il faut un peu décortiquer.

Raconte, alors.

J’ai été adopté. Ma mère aussi. Elle a été recueillie par une femme qui était directrice de pouponnière. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle y a caché des enfants juifs. Cette femme s’appelait mademoiselle Blin. Je me souviens que j’allais la voir le mercredi et que je la trouvais incroyable. C’était une femme qui travaillait, à cette époque, ça,  déjà, c’était rare. Elle était un mélange d’élégance et de poigne… et aussi de courage. Je tenais vraiment à lui rendre hommage. Aujourd’hui, elle à la fois un exemple et  mon ange gardien.

Clip de "Mademoiselle".

Dans tes chansons, tu laisses toujours planer une part de mystère.

J’aime bien ça parce que cela permet à ceux qui écoutent de se les approprier. Ne pas dévoiler tout permet aussi de chercher, de se renseigner, de lire… On a tous une histoire différente, mais on peut se retrouver dans des mots et des actes si on laisse un peu d’espace à l’imagination. 

Es-tu maitre de ce que tu écris ?

Pas du tout. Je pars d’une idée et souvent, je me retrouve ailleurs. Je trouve cela magique.

Dans « L’européen »,  tu évoques un homme qui rêve de quitter son pays pour rejoindre un pays européen.

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas de frontières. Je viens de la DDASS et j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue.  Dans « L’européen », j’avais donc envie de rappeler qu’on est tous parfois au bord du gouffre et que si on ouvre les frontières ou qu’on ouvre une porte pour parler au voisin, il y a peut-être une possibilité d’entrevoir un peu d’espoir… ou d’en donner.

Il parait qu’une ville t’a demandé de ne pas chanter cette chanson, car elle trouvait qu’elle faisait trop référence aux immigrants.

Politiquement, ça ne les convenait pas. J’ai trouvé cela démentiel. Je t’avoue que je l’ai chanté quand même et elle est finalement bien passée. Ce  n’est pas une chanson politique.

« Les mots qui frappent » parlent de la violence conjugale.

C’est une histoire vécue par moi. On croit que la violence conjugale n’existe que dans les couples hétéros. Il existe aussi dans les couples homos puisque j’en ai été victime. La violence existe au féminin, je voulais donc lever le tabou sur ça.

Dans  « Est-ce que tout est écrit ? », on ne sait pas à qui tu parles.

C’est une chanson sur la magie de la rencontre sur internet. Est-ce une rencontre amoureuse ou artistique, je laisse planer le doute.

Et « Chien perdu sans collier », c’est aussi une histoire de rencontre.

J’ai récupéré le chien d’une amie qui était en fin de vie. C’est un chien qui a été martyrisé, qui a souffert et je me suis demandé comment un animal se reconstruisait. J’ai voulu faire un parallèle avec un marginal que la difficulté de la vie a amené dans la rue. Est-ce qu’il ne suffit pas de croiser la bonne personne qui va te tendre la main pour avoir de nouveau envie de vivre et de se battre… et qu’un destin puisse resurgir. Et Chien perdu sans collier fait aussi référence au livre de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier que j’ai lu étant jeune et que j’ai beaucoup  aimé.

Nouvelle version de "Ce matin-là" (audio).

« Ce matin-là » est ton plus grand succès. Pourquoi l’as-tu ressorti dans une nouvelle version ?

J’ai juste fait sauter un couplet. Cette chanson est le fil conducteur de ma carrière.

Si ton cancer n’avait pas fait une rechute l’année dernière, l’aurais-tu rechanté ?

Ce n’est pas lié. Pour moi, cette chanson est un hymne à la vie pleine d’espoir. Je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans cette chanson qui raconte le jour où on apprend qu’on a un cancer. Ce n’est pas un sujet tabou. J’ai un cancer chronique. Toute ma vie, je vais me battre contre lui, c’est comme ça. Je ne veux pas faire de mon cancer mon étendard, mais je veux l’assumer. Il n’y a pas de honte.

Ça fait 10 ans que tu en parles et que tu le chantes.

C’est parce que c’est aussi un booster. Il y a dix ans, j’étais chanteuse dans les pianos-bars. C’est bien le cancer qui fait que je suis sorti du tiroir. J’ai profité de mon malheur pour vivre et profiter un peu. C’est paradoxal, je sais bien.

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Faby Perier et Thomas Cogny.

Il y a un duo avec Thomas Cogny, « Les sans voix ».

C’était rigolo parce que Thomas n’est pas du tout chanteur. Il a fallu que je le motive un peu pour qu’il accepte parce qu’au départ,  il ne l’était pas du tout. Au final, je trouve que ça le fait bien. Cette  chanson a été écrite au moment des histoires de François Fillon. On sentait qu’on se foutait de la gueule du peuple. Je ne parle même pas des « sans dent » de François Hollande. J’ai donc choisi de parler des sans-voix. On vote, mais on ne sait pas vraiment pour qui. Aujourd’hui, on vote contre plus que pour. Je dis dans cette chanson que, nous, les sans-voix, mine de rien, on fait beaucoup de choses dans la vie.

J’évite toujours de demander le pourquoi du comment du titre d’un album. Mais toi, étant donné ton histoire, je suis sûr qu’il y a une sacrée raison.

La renverse, c’est ce moment de latence entre les deux marées, la haute et la basse. C’est un moment d’accalmie. Un moment où l’on se pose et on l’on se dit que tout est encore possible. La renverse a un double sens qui ne t’aura pas échappé. C’est un bouleversement à chaque fois de se battre contre la maladie, mais on peut renverser la situation. Enfin, de manière plus anecdotique,  Vincent-Marie Bouvot  est un navigateur. On a beaucoup parlé navigation, de voile etc… J’ai donc aussi fait référence à ça.

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(photo Izabela Sawicka)

La photo de ton disque est superbe, mais bien choc.

Il y a 4 ans lors de ma deuxième rechute, cette photo a été faite pour une association, SKIN,  qui a choisi d’accompagner les gens malades par le biais d’une œuvre artistique. Je trouvais que c’était important de faire quelque chose pour que le regard sur les femmes malades change. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité à mettre cette photo parce qu’on me reproche souvent d’utiliser mon cancer et c’est Vincent qui m’a dit qu’elle était sublime et qu’il fallait y aller à fond puisque je suis dedans. La  mer et  le ciel sont violents sur cette photo,  mais je trouve qu’elle est aussi pleine d’espoir.

Je crois savoir que cette photo est dans le cabinet du professeur qui te suit à l’hôpital franco-britannique.

Ce grand professeur m’expliquait que lors de l’annonce d’un cancer à un patient, il détourne les yeux de cette photo. Lorsqu’ils ont commencé les traitements, ils la regardent de nouveau. Ils sentent qu’il y a de l’espoir. C’est important qu’une image puisse aider et délier la parole.

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Pendant l'interview...

As-tu des concerts prévus ?

Je vais faire la première partie de Liane Foly le 9 novembre à Dreux et tout  l’été 2019, il y a plusieurs premières parties d’elle qui sont prévus. Je maintiens le cap sur ces dates. J’espère être en forme à ce moment-là.

Ça te fait du bien au moral ce disque ?

Ce qui me fait du bien au moral, ce sont les réactions des gens qui l’ont écouté. J’ai déjà eu des articles et des retours très positifs.

Michel Kemper  de « Nos enchanteurs » a dit de ce disque : « Certes, vous pouvez acheter ce disque par compassion, certes. Reste que c’est par adhésion artistique que vous le repasserez souvent sur votre platine, play et replay. Parce que c’est un beau disque, au son impeccable (enregistré au Studio Unreal World de Deuil-la-Barre, réalisé par Vincent-Marie Bouvot, mixé par David Cook) : sept titres seulement mais qui vont à l’essentiel dans un art abouti, un vrai plaisir d’écoute. » Mazette.

Tu ne peux pas t’imaginer combien cela m’a touché.

On peut trouver ton disque où ?

Sur mon site internet et toutes les plateformes de téléchargement.

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A la fin de l'interview, le 6 septembre 2018.

09 août 2014

Guillaume Jan : interview pour Traîne-savane, vingt jours avec David Livingstone

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(© Gwenn Dubourthoumieu) 

Cela faisait des années que mes amis Bertrand Guillot et François Perrin me demandaient si je connaissais Guillaume Jan, sous le prétexte que nous avions transité tous les deux, un moment, en Guyane. Moi, six ans, lui, un peu moins. Mais bref, je ne connaissais pas cet écrivain que l’on me qualifiait d’« aventurier » ou, au minimum, de « voyageur ». Et donc, un jour, j’ai reçu de sa part Le Cartographe. J’avais parcouru avec passion ce livre de Guillaume Jan, mais comme il était sorti il y avait un moment, j’avais reporté la mandorisation au prochain roman.

Trois ans plus tard, Traîne-Savane est arrivé (publié, lui aussi, dans la très séduisante maison d'édition Intervalles). Joie. L’occasion était belle, le 8 juillet dernier, de le recevoir à l’agence.

J’adore ce genre de type « bourlingueur » avec l’air de ne pas y toucher. À 41 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane (voilà donc ce qu’il faisait là-bas !) et, d’après ce que j’ai lu sur le site de Nova Planet.com, « a essayé d’apprendre la boxe à Cuba ou fut éjecté à coups de pied aux fesses d'un camp d'entraînement pour enfants soldats en Côte d'Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo (sujet de son premier livre. Qui s'est beaucoup promené en Europe de l’Est. »

Traîne-Savane, est le récit de deux déclarations d’amour à l’Afrique. D’abord la sienne, au fil d’un périple épique qui va l'amener à se marier au Congo, chez les Pygmées, avec une Kinoise rencontrée lors d’un précédent reportage. En parallèle, il retrace l’histoire du Docteur Livingstone, cet explorateur victorien qui cherchait les sources du Nil et s’engageait dans la jungle de manière aléatoire, tout en rêvant à l’émancipation du peuple noir. Un livre exaltant, passionnant et superbement écrit. Chapeau bas !

guillaume jan,traîne-savane,interview mandor4e de couverture :

Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée : Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... » En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

L’auteur :guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011). Le 23 avril 2014 : Traîne-Savane figure parmi les finalistes du Prix Nicolas Bouvier 2014.

Quelques critiques :

Jean-Claude Perrier (Livres Hebdo) : « Un roman hélicoïdal, plein d’humour et de fraternité... par l’un des plus brillants écrivains de son genre et de sa génération. »

David Fontaine (Le Canard enchaîné) : « Éclairé par des descriptions souvent enchanteresses, émaillé de scènes drôles qui résument si justement le pays, un récit qui est à la démesure du Congo. »

Julien Blanc-Gras (Magazine A/R) : « Ce livre musarde sur les chemins de la passion et éclaire ce Congo déglingué et envoûtant, drôle et désespérant. Le tout est porté par une plume tendre et ciselée, précise sans être précieuse, dénuée de misérabilisme comme de condescendance. Ce n’est pas un ouvrage sur l’Afrique terni par les habituels clichés du genre. C’est une pépite polie en Afrique par quelqu’un qui lui a donné son cœur. »

François Perrin (TGV Magazine) : « Deux retours pour un aller simple. Deux histoires d’aventures contrariées et de cœurs offerts, nattées, ici, l’une à l’autre dans une alternance de chapitres d’une tendresse revendiquée. »

Grégoire Delacourt : « Dans un style à la fois riche et simple, Guillaume Jan nous embarque dans sa quête. On en ressort plus fort, émerveillé d’avoir essayé d’attraper, le temps d’un livre, un peu de l’ivresse du voyage, de cette troublante nostalgie qui nous fait regretter une époque que l’on n’a pas connue, un peu de cette passion, enfin, qui anime l’écrivain-voyageur. »

Grégoire Leménager (Le Nouvel Observateur) : « Le récit de cette noce insolite aurait suffi à faire un livre sympathique, d’autant que son auteur a l’humour qu’il faut... Mais son Traîne-Savane est aussi une terrible photo du Congo postcolonial... C’est enfin... l’épopée grandiose et pathétique de David Livingstone, le "missionnaire aux semelles de vent" qui arpenta le continent noir en zigzags avec l’espoir d’abolir l’esclavage. Un Don Quichotte en bras de chemise comme on en croise chez Patrick Deville. »

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorInterview :

Tous tes voyages se transforment quasiment en livre…

Comme je suis journaliste, la plupart de mes voyages, je les ai faits pour bosser. Mes premiers, ils ne se transformaient pas en livre, mais en reportage écrit pour des magazines.

Tu fais un peu comme Julien Blanc-Gras, finalement (voir sa dernière mandorisation ici) ?

Il a commencé plus tôt que moi. On aime tous les deux voyager, écrire et on n’en revient toujours pas de pouvoir concilier les deux en même temps. Être payé pour le faire et sortir des livres, c’est aussi inattendu que jubilatoire. Le problème des livres, c’est qu’il faut trouver le temps de les écrire.

Vous n’écrivez pas tout à fait de la même façon, Julien et toi. Lui s’amuse un peu plus de ses « aventures ». On est plus dans l’anecdotique.

Julien a un point de vue assez ironique, mais ce qui est impressionnant chez lui, c’est qu’il sait le faire avec douceur. J’aimerais bien faire ça, mais, pour le moment,  j’en suis incapable. J’ai plutôt tendance à avoir tout de suite beaucoup d’empathie envers les gens avec lesquels je traîne.

J’ai quand même l’impression que tu ne t’embarques pas dans des aventures qui ne t’intéressent pas, encore moins avec des gens que tu ne « sens » pas.

Absolument. Du coup, j’ai du mal à avoir de la moquerie parce que je vais vers des gens qui m’attirent. Je ne m’étais jamais formulé la chose comme ça, mais c’est vrai, j’ai tendance à faire uniquement ce qui me plait. Bon, ce n’est pas totalement vrai parce que pour gagner ma  vie, je fais des choses qui ne me plaisent pas forcément. Cela dit, après réflexion,  pas tant que ça. Là, je sors d’un hiver où j’ai galéré financièrement, mais visiblement, j’ai préféré galérer financièrement plutôt que de faire des boulots qui ne me plaisaient pas. C’est risqué parce que j’ai une fille et j’ai l’honneur de t’annoncer que Belange est de nouveau enceinte. Bon, autant te dire que maintenant, c’est fini la rigolade !

Tu parles de Belange. C’est elle l’héroïne de Traîne-Savane puisque tu racontes ton mariage avec elle dans la forêt congolaise, chez les pygmées. C’est un livre d’amour pour ta femme et pour le Congo. Pourquoi avoir pris la décision de vous marier là, alors que ce n’était pas prévu à la base.

À l’origine, je suis parti pour les Inrockuptibles faire un reportage sur un orchestre symphonique à Kinshasa et je suis rentré marié. Le trajet dans la forêt était si compliqué, il y avait tellement d’obstacles à surmonter qu’on a estimé que ça devenait de plus en plus absurde d’aller simplement saluer les pygmées, les prendre en photo et repartir. Il fallait que l’on justifie notre arrivée d’une manière forte et originale. On était deux jeunes gens qui s’aimaient et, comme je le dis dans le livre, je crois que je ne sais pas faire grand-chose d’autre que d’aimer. On n’a donc pas su faire autre chose qu’une preuve d’amour.

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Guillaume Jan et Belange... et un militaire congolais.

Il y a beaucoup de détails passionnants sur le Congo dans ton livre. Quand tu voyages, prends-tu des notes systématiquement ?

Oui,  parce que depuis que je suis journaliste, j’ai pris ce travers. Et puis le Congo est tellement riche en histoires et en anecdotes que je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des notes. Certaines choses écrites dans le livre n’ont pas été trouvées sur cette route là, mais elles ont été vécues ou vues à d’autres moments. J’ai voulu les insérer parce que c’était très représentatif de l’inventivité, de l’énergie et de la créativité du Congo.

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorTraîne-Savane raconte une deuxième histoire, celle de David Livingstone. Je me suis rendu compte en lisant ton livre que je ne connaissais rien de sa vie.

Comme la plupart des Français. Même moi, je le connaissais mal. Stanley en a fait un héros de la recherche des sources du Nil quand il est rentré de sa rencontre avec Livingstone. À la mort de Livingstone, pas mal de missionnaires ont utilisé sa biographie pour en faire un modèle de l’homme blanc victorieux. Ils ont gommé tout ce qui ne leur convenait pas chez lui dans sa biographie. J’ai l’impression que c’est cette image qui a perduré. Mais, en vrai, comme tout le monde, il avait une face sombre. Il était plein de contradictions.

Du coup, tu as découvert sa vraie face de quelle manière ?

Lors d’un précédent voyage en Afrique, j’étais parti avec une vraie biographie de Livingstone. Je lisais des choses que j’avais du mal à croire, donc j’ai fait quelques recherches plus sérieuses pour découvrir qu’effectivement, il était sans doute mal à l’aise avec la vie. Il n’était bien qu’en Afrique. Il ne savait pas trouver sa place avec les autres blancs, par contre il a su assez bien la trouver avec les indigènes. En fait, il est admirable, mais pas pour les choses auxquelles on pense.

Il avait notamment de gros soucis relationnels avec sa famille proche.

Sa femme meurt alcoolique, il n’a pas vu ses enfants grandir… on ne peut pas dire qu’il était un mari et un père exemplaire.

Tu ne le rends pas très sympathique quand même.guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Je ne voulais pas le rendre antipathique, mais je ne voulais pas faire une biographie où je l’admirais trop. J’ai essayé d’être entre la critique négative et le respect. Je croyais y parvenir à 50 – 50. Toi, tu as l’impression qu’il n’était qu’antipathique ?

Il a été très dur avec sa famille et avec les gens avec lesquels il partait explorer.

Oui, c’est ça. Sinon, il était assez lunaire. Mais, tu sais, il était très dur avec lui aussi. Les blancs qui l’accompagnaient dans ses explorations ne courraient pas derrière la gloire, comme Livingstone. Ils n’avaient pas envie d’endurer les mêmes choses, ils se sont donc parfois révoltés pour le ramener à une certaine réalité. Livingstone, c’était un perfectionniste à l’extrême.

Revenons à toi. Comment as-tu fait le parallèle entre ta vie et celle de Livingstone ?

C’était une lubie. Il n’y a pas de raison précise, si ce n’est qu’on a donné notre cœur à l’Afrique et que nous sommes un peu des Don Quichotte. Si j’ai mis Livingstone dans mon histoire, c’est que j’avais peur d’ennuyer tout le monde en ne parlant que de moi. Je me disais que si la vie de Livingstone me passionnait, elle pouvait passionner d’autres personnes. 

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En quoi es-tu un Don Quichotte ?

Je suis un idéaliste. Encore à 41 ans, j’ai une certaine forme de naïveté et je suis prêt à continuer à faire beaucoup de choses inutiles du moment que cela m’intéresse.

Et Livingstone ?

Livingstone résistait contre la pensée de son époque. Lui, par exemple, il a cru qu’il pouvait s’opposer à la traite négrière. De son vivant il n’a pas fait grand-chose, mais il a posé des fondations énormes, notamment pour la suppression de cette traite.

Dans tous tes livres, tu racontes ta vie, tes aventures. Est-ce pour laisser une trace écrite de ton passage sur Terre ?

Je pense que dans 200 ans, ce que j’ai écrit n’existera plus. Je crois que je ne sais pas faire autrement et comme ça me plait d’écrire, je le fais. Pour Traîne-Savane, je me suis beaucoup amusé à l’écrire. Je crois que ce qui m’a permis de tenir un rythme assez soutenu, c’est que j’ai alterné un chapitre sur deux mon aventure personnelle et la vie de Livingstone. J’ai écrit dans l’ordre du livre. J’arrivais plus ou moins à tenir le rythme d’une semaine par chapitre. Une semaine je parlais de moi, une semaine je parlais de Livingstone.

Il occupe encore ta pensée ?

Oui. J’ai passé deux mois à enquêter avant l’écriture du livre, parce que je voulais être sûr qu’il y ait de la matière. En cours d’écriture, j’ai continué à apprendre beaucoup de choses. J’ai vraiment appris à l’aimer ce Livingstone.

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De gauche à droite : François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet, Julien Blanc-Gras et Guillaume Jan. (© Marie Planeille).

Tu as beaucoup de potes écrivains, Julien Blanc-Gras, François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet (voir photo ci-dessus), qui forment d’ailleurs une nouvelle école d’écriture, je trouve. Je ne parle même pas de mon idole, Philippe Jaenada, que tu fréquentes aussi. Ils ont lu le livre, j’imagine. Cela te met-il une pression de côtoyer de si brillants auteurs ?

Cette question tombe à point nommé parce que je viens de lire les nouveaux livres de Bertrand Guillot, Sous les couvertures, et de Richard Gaitet, Découvrez Mykonos hors saison, et je les trouve réellement exceptionnels. Le livre de François Perrin, Bois sans soif, m’a aussi épaté. Philippe Jaenada et Julien Blanc-Gras, c’est déjà un cran au-dessus parce que, non seulement on aime leurs livres, mais ils ont une reconnaissance médiatique et populaire qui n’est plus à prouver. Je n’en reviens pas d’avoir ses amis que j’aime en tant qu’amis, mais que j’admire de plus en plus en tant qu’écrivains. Leurs œuvres me placent la barre très haute. C’est une super émulation en fait. Je suis convaincu que l’on va garder cette amitié et que l’on va continuer à s’entraîner les uns les autres à aller vers le mieux.

As-tu une ambition littéraire ?

Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir en vivre, étant donné que c’est beaucoup de travail. J’aimerais bien pouvoir rendre à ma famille le temps que je passe à écrire en leur permettant d’avoir une vie normale. Encore une fois, je préfère aimer ce que je fais qu’avoir du succès, que les choses soient claires. Sinon, ma vraie ambition littéraire est affligeante de banalité : faire passer un bon moment à ceux qui me lisent.

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Avec Guillaume Jan, à l'issue de l'interview, le 8 juillet 2014.

07 septembre 2013

Anastasia : Interview pour Beau parleur

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J’ai reçu le disque d’une dénommée Anastasia, Beau parleur, et j’ai beaucoup aimé. La voix, tirant un peu vers les graves, le propos plutôt masculin, insolent et sexy. Guitare et voix sont les instruments principaux qu'elle utilise pour nous plonger dans son univers qui allie jazz et airs d'antan, groove et blues, soul et ambiance tropicale... Son disque est sacrément abouti, mature et cohérent.

Le lendemain, je vous jure que c’est vrai, j’ai reçu l’album d’un groupe que je ne connaissais pas, Les Dessous de la Vie, La libido du linving room. J’écoute et j’ai un sentiment curieux. La voix me rappelle celle de la jeune chanteuse de la veille. Normal, c’est elle. Les deux disques sont sortis en même temps et les deux attachées de presse de chaque opus me les ont envoyés sans se concerter.

La mandorisation s’imposait donc. Ainsi fut fait, le 9 juillet dernier. Une forte personnalité la jeune femme. Je me suis dit que je n’étais pas à l’abri d’être en face d’une future grande de la chanson française.

Biographie officielle d’Anastasia :

Quand on entend Anastasia chanter on l’imagine bien flâner dans les clubs de jazz, et fredonner des airs d’antan. Bluesy et souriante, cette jeune artiste à la veine urbaine, possède sa propre vitalité, son propre groove, ainsi qu’un son authentique, roots à souhait.anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Elle contacte Batlik en 2011 en lui envoyant quelques titres. Début 2012, elle enregistre son 1er album « Beau parleur » au studio de la Cuve à Aubervilliers, dans les locaux d’A Brûle Pourpoint. Coté scène, elle assure les premières parties de Batlik, Fred Métayer, Karpatt, Berry ou Tété. « Beau parleur » est sorti le 25 mars 2013, en co-production avec le propre label d’Anastasia, Budhi’s prod.

On tient là une vraie nature, un feu bouillonnant, une personnalité qui en impose. Ces premiers titres guitare voix la placent entre Brésil et Jamaïque, les deux tropiques où la guitare est reine. Merveilleuse petite tache de son, sa musique et sa gouaille s’unissent pour offrir une musique évocatrice, une simplicité, des mots et une poésie en couleur instantanée.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorBiographie officielle des Dessous de la Vie :

Pétillants de fraîcheur, Les Dessous de la Vie exultent sur la scène indépendante et, au passage, remportent plusieurs prix de la chanson Française. Le quintet bien trempé exalte la poésie des chansons intimistes qui virevoltent du swing au jazz musette, du hip hop au jazz manouche. Les intrépides complices incarnent leurs mélodies qui nous accrochent et nous entraînent hardiment dans La libido du living-room. Autoproduit, ce premier album dévoile les dessous de la vie sentimentale avec une subtile énergie.

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Interview :

Contrairement à ce que l’on pourrait éventuellement penser, tu n’es pas une débutante…

Avant les dessous de la vie, j’étais dans un groupe avec Gaël, qui est l’auteur compositeur des Dessous de la vie et l’auteur compositeur de mon album. On avait un groupe de punk, ska, reggae.

Musicalement, j’ai la sensation que tu t’es essayé à tout?

J’étais au conservatoire à Mulhouse, je faisais du piano classique. C’était en parallèle à toutes mes études. J’ai eu quelques bases pédagogiques pour apprendre à chanter, mais je n’ai jamais pris de cours de chant officiel.

Tu as pratiqué « l’autoditasme urbain » dis-tu. As-tu beaucoup appris dans la rue ?

La guitare, l’accordéon et le chant… j’ai appris tout ça en allant jouer avec des potes dans la rue. J’habitais à côté d’une zup. Il y a des rappeurs qui venaient, qui posaient… 

"J'aimerais" aux Francofolies 2013

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTon parcours est étonnant. Tu as fait un Master en musicologie, puis un Master de Sciences-Po en politique et gestion de la culture.

Je voulais comprendre comment développer un projet culturel. Et mes parents ne me lâchaient pas. Ils voulaient que j’aie des diplômes. Quand j’ai eu mes diplômes, je me suis mis la tête dans les projets et je n’en suis plus sortie.

Tu écoutais quoi dans ta prime jeunesse ?

Tu sais, depuis quelques années, je me suis plus focalisée sur la musique black comme Erykah Badu, Krystle Warren, Robert Glasper… Quand j’avais entre 13 et 16 ans, je n’écoutais que de la chanson française. Aujourd’hui, j’aime beaucoup Batlik, mais aussi Bazbaz, Sandra Nkaké. Mais comme mon père écoutait beaucoup de jazz, de jazz fusion, ça fait partie également de ma culture musicale.

Tes parents ne voulaient pas que tu deviennes musicienne?

Non parce que mon père était un super pianiste de jazz et organiste. Il aurait rêvé faire ça de sa vie, mais il n’a pas réussi.  Du coup mes parents étaient flippés que je ne parvienne pas à ce que j’avais pour ambition d’entreprendre.

Comment ils voient les choses pour toi aujourd’hui ?

Maintenant, ils sont super fiers. Ils sont là à presque à tous mes concerts et ils aiment beaucoup ce que je fais. Au début, ma mère, quand je lui faisais écouter une chanson, elle me disait qu’elle trouvait cela triste. Elle me conseillait de chanter des chansons plus légères et plus gaies. Mon père, lui, depuis le début, a toujours aimé. Dans le prochain album, on fera sans doute un morceau ensemble.

" Je Vole ", pour Strasbourg Acoustik. Session tournée au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg.  Février 2013.

Avoir fait des études de musicologie t’apporte quoi, concrètement ?anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Ça m’apporte une méthodologie dans mes compositions, dans la manière de travailler ma musique, de l’apprendre, de l’analyser aussi. Quand j’écoute un artiste que j’adore, je repique des petites choses. Je sais les prendre et les comprendre.

Paradoxalement, est-ce que ça n’empêche pas la spontanéité pendant la création ?

Non, parce qu’au niveau guitare et chant, je suis complètement autodidacte donc, forcément, j’oublie la méthodologie. Je réfléchis un peu quand je fais les chœurs ou les harmonisations, mais au niveau de la composition et de ma façon de chanter, c’est assez libre, instinctif et spontané.

Comment est né le groupe Les dessous de la vie ?

J’ai rencontré Gaël Muller à Mulhouse. On a commencé à faire ce premier groupe donc je viens de te parler. Quand le projet s’est effondré, on s’est retrouvé, moi avec l’accordéon et lui avec sa guitare. Il a commencé à composer des chansons françaises du type La Rue Kétanou, les Tètes Raides, Négresses Vertes et tout ça. Une amie nous a inscrits à un tremplin à Mulhouse et on a remporté la deuxième place. Ça nous a mis en confiance. On a commencé notre répertoire et très vite, nous avons été visibles dans le réseau des musiques actuelles en Alsace. Petit à petit, on nous a proposé des scènes. Petit à petit on a eu envie de rajouter d’autres musiciens. Ensuite, il y a des professionnels qui se sont un peu intéressés à nous. On fait de la scène avec Les dessous de la vie depuis 2009, mais depuis 2010, on le fait de manière professionnelle.

Teaser de la sortie de l'album La Libido du living room du groupe Les dessous de la vie.

C’est un groupe de jazz, un peu musette, mais aussi un peu hip-hop. L’accordéon que tuanastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor utilises dans le groupe, tu l’oublies sur ton disque perso.

J’avais la tête dans Les dessous de la vie pendant très longtemps. J’étais vraiment dans le truc accordéon-voix. Quand j’ai terminé mes études, j’avais une plage de temps qui me permettait de développer ce projet guitare-voix que je traîne depuis que j’ai 14 ans. C’est seulement en 2011 que j’ai demandé à Gaël à m’aider à construire mon répertoire en lui parlant de ma vie, en lui racontant mes petites histoires à moi. Et puis, on se fréquente depuis 10 ans, donc il me connait très bien.

Tu ne te sentais pas prête à écrire seule ?

Gaël a une plume que j’aime énormément et qui me correspond parfaitement. Mais ça va venir. Je pense que dans mon deuxième album, il y aura des chansons à moi. Mais, je crois que j’aime bien interpréter.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTu as contacté Batlik en 2011. Comment la rencontre s’est-elle déroulée ?

Je ne le connaissais pas personnellement. Je ne savais pas comment il était. Juste qu’il avait beaucoup de caractère. Mais, moi, j’ai plein d’amis avec des mauvais caractères et moi aussi, d’ailleurs, je n’ai pas un caractère facile. Finalement, ça s’est passé plutôt normalement.

Tu devais faire combien de titres avec lui ?

J’avais préparé 5, 6 titres. On les a réalisés rapidement et comme on avait encore du temps, il m’a proposé de faire les suivantes. 11 en tout. Je suis rentrée à Strasbourg, quelques jours après, il m’a appelée pour me dire qu’il aimait vraiment bien mes chansons et qu’il était prêt à m’aider plus encore. A l’époque, je voulais sortir un EP, mais je n’avais pas prévu de budget pour. Sans Batlik, j’en aurais sorti que 500 exemplaires et je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai fait grâce à lui. On m’a ouvert plus de portes grâce à son nom et à sa bonne réputation. Il ne faut pas se le cacher, Batlik m’a aussi créé de la légitimité.


France ô Folies : ANASTASIA - Mulhouse par franceo

Tu joues beaucoup avec les mots dans tes textes.

J’aime bien les jeux de mots. J’aime bien les oppositions, les extrêmes et la dichotomie. J’aime bien jouer avec cet effet un peu schizophrénique.

C’est quoi tes chansons finalement ?

Ce sont des visions masculines chantées dans la bouche d’une fille. Je suis dans un cycle un peu bizarre où c’est moi qui demande à mon auteur compositeur des histoires de filles. Il les imagine en tant que mec et c’est une bouche de fille qui les rechante. Ce sont des choses personnelles sur l’amour, la confiance, la vie de couple… C’est assez sexy, ce ne sont pas des chansons de petite midinette qui raconte sa vie, en tout cas.

C’est même souvent insolent.

Je m’en fous, je dis ce que je pense et ça me va super bien parce que je suis comme ça dans la vie.

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Après l'interview...

Pour finir, voici la chronique sur le disque d'Anastasia d'une des rares consœurs que j'apprécie dans le métier, Stéphanie Berrebi du magazine FrancoFans. Une vraie passionnée. Comme il y en a peu.

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27 février 2012

Bertrand Guillot : interview pour "Le métro est un sport collectif"

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Troisième mandorisation pour Bertrand Guillot (voir et, les deux premières). Son nouveau livre, Le métro est un sport collectif, m’a charmé par son écriture et par l'originalité du sujet. Ce n'était pas gagné d'avance. Du coup, je l’ai chroniqué dans le Addiction, le mag (daté du mois de février 2012). Puis nous nous sommes vus le 10 février 2012 pour une séance photo dans le métro (vous noterez l’originalité saisissante de l’idée), puis pour une interview.

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bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandorInterview:

Sur le papier, des moments de vies dans le métro... bon, il y a plus sexy. Et pourtant, on se laisse happer par tes tranches de vies.

Très souvent, je notais ce qu’il m’arrivait et ce que je voyais dans le métro. La toute première fois, c’était il y a pas mal d’années. Je venais juste d’ouvrir un blog, Prix de Flore 2006. J’y avais écrit une longue nouvelle et après, je ne savais plus quoi écrire. Un jour je rentre du boulot, j’avais passé une sale journée, et dans le métro, sur le rebord de la poubelle, il y avait le journal L’Équipe qui avait été posé là. Ce devait être un type qui l’avait lu et qui avait dû se dire qu’il allait faire plaisir à quelqu’un. En rentrant, je lui ai rendu hommage sur mon blog. Du coup, j’ai écrit de temps en temps des chroniques sur le métro. Elles avaient toutes en commun d’évoquer des petits riens. Mais un petit rien dans un endroit comme le métro ou la promiscuité inégalée et où chacun est dans sa bulle, dès qu’il se passe quelque chose, ça prend des proportions énormes… et ça peut changer le cours d’une journée ou son état d’esprit.

Pour ce recueil, tu  as ressorti des anciens textes ou tout est inédit ?

Il y a une petite moitié d’histoires qui était déjà écrite et que j’ai retravaillée pour le livre. L’autre moitié est constituée de notes éparses récentes que j’ai reconstituées.

Quand tu as décidé d’écrire cet ouvrage, ton acuité, dans le métro, s’est-elle renforcée ?

Pas vraiment. Comme souvent, quand on veut trouver quelque chose, ça ne vient pas. Pendant 3 semaines, j’allais dans le métro en me demandant s’il allait se passer quelque chose que je pourrais utiliser. J’ai arrêté d’attendre les choses, et finalement, d’autres évènements sont arrivés.

Teaser "Le métro est un sport collectif".

Je me disais en te lisant que ceux qui ne te connaissent pas vont savoir qui tu es. Ce livre permet de lire en toi, si je peux dire. Tu te montres sous toutes tes facettes.

Je me suis concentré sur le lien a donner entre chaque chronique. C’est à chaque fois mon ressenti et je n’ai pas cherché à donner une image de moi particulière. Le jeu est sans filtre.

Dans ces chroniques, tu es observateur, mais aussi acteur.

C’est lié à l’écriture. Quand j’écris une histoire, si je ne suis que spectateur/narrateur, l’histoire aura moins de force que si je m’implique aussi dedans. La dynamique que je lui donne va lui apporter aussi un angle, ce n’est pas juste une description plate de quelque chose qui s’est passé. J’avais des chroniques qui manquaient de dynamisme, elles ne sont pas dans le livre. L’idée c’était que le lecteur voyage dans le métro avec moi sans s’ennuyer.

Dans deux-trois chroniques, tu parles d’ions, d’énergie, d’ondes qui pourraient presque influencer quelques situations…

Qu’est-ce qui va faire que dans un wagon, dans la même situation, d’un jour à l’autre, les gens vont être plus ou moins énervés ou plus ou moins souriants ? Je pense vraiment que c’est une question d’ondes avec lesquels on arrive. Quand j’ai pris conscience de ça, je me suis rendu compte que quand je rentrais dans le métro, j’arrivais avec mes ondes positives ou négatives.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot aime les jeunes filles qui lisent (son livre... ou pas).

Ce que j’aime bien, c’est que tu ne te donnes pas le beau rôle. Tu es parfois couard.

Notamment à Paris, je suis persuadé qu’on aime bien se faire des nœuds au ventre pour rien. Tu peux avoir 3 personnes qui regardent la même scène en se disant qu’il faudrait qu’ils interviennent… ils ne le font pas. Quelque part, ces 3 personnes se font du mal. Toutes les fois où on n’agit pas dans une situation, alors qu’on devrait faire quelque chose, quelque part on dépense de l’énergie négative. Ce n’est pas juste une neutralité. On se laisse bouffer par plein de trucs que l’on ne dit pas.

Je suis le prototype même du mec qui s’isole dans le métro, qui ne communique pas du tout, alors que dans la vie, je suis un communicant. Du coup, tu m’as fait culpabiliser parce que j’ai l’impression que toi, tu essaies de « vivre » le métro.

Je vais te déculpabiliser. D’abord, je ne fais pas une chronique à chaque fois que je prends le métro. La plupart du temps, je suis avec un bouquin ou mon journal et il ne se passe rien. Et parfois, je suis le nez au vent, et je regarde. Ça m’amuse d’essayer d’imaginer ce que font les gens. Et j’adore choper des conversations. Même toi, si tu es isolé avec tes écouteurs et ton bouquin, s’il se passe quelque chose, tu es quand même un peu aux aguets, non.

Je t’assure que pas toujours. Bref, ce livre m’a vraiment beaucoup enthousiasmé. Je t’ai envoyé un SMS dès la fin de ma lecture. J’ai aimé ton style et la façon dont tu racontes les histoires avec humanité, poésie et humour…

Merci, ça m’a touché, j’ai gardé ton message.  J’ai écrit ce livre pour faire sourire les lecteurs, pour les détendre. Peut-être aussi pour les faire réfléchir.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot n'aime pas les connards qui écoutent de la musique trop fort!

Tu prends du plaisir à aller dans le métro ?

Pour moi, c’est assez neutre, c’est juste mon moyen de transport. Je prends très peu le bus, je déteste le taxi. Je sais que dans le métro, je peux lire tranquillement et regarder les gens.

Pourquoi le métro est-il un sport collectif ?

J’ai cherché plein de titres et je n’en ai trouvé aucun de satisfaisant. Je pense qu’il y a une référence subliminale et inconsciente à La sociologie est un sport de combat. Mon livre n’est pas un livre de sociologie. Quoique. Quelques fragments.

(Merci à Eva Gomez, la jeune fille qui lit le livre de Bertrand Guillot sur la photo...)

11 septembre 2011

Interview de Mandor sur RGB (pas tout à fait en direct).

rgb,interview mandor,françois alquier,philippe raimbault,marie-laure bigand« Les Mots Migrateurs », qu’est-ce que c’est ?

Une ligne de force, une émission de radio, une association loi 1901, … et une maison d’Édition associative en Val-d’Oise.

Attardons-nous sur l’émission de radio diffusée sur RGB le 1er mardi de chaque mois de 22h à 23h30 et rediffusée le mercredi de 14h30 à 16h (puis à écouter pendant deux mois sur le site de l’association Les Mots Migrateurs)

Dans cette émission littéraire animée avec brio (et beaucoup de justesse) par Philippe Raimbault et Marie-Laure Bigand, il y a une première partie qui évoque textes de chanson, nouvelles, pièces de théâtre, conférences, articles de presse, essais, romans, bandes dessinées, poésies, airs d'opéra, correspondances, contes, mots d’arts, et autres écrits...

Dans la seconde, il y a un invité pour parler d’un livre. Mardi dernier, c’était donc moi.

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C’est Marie-Laure Bigand (romancière et surtout amie) qui m’a fait rencontrer Philippe Raimbault au dernier Salon du Livre de Paris. Je me souviens qu’elle m’avait proposé d’être leur invité, mais elle a ajouté. « Quand Philippe aura lu le livre et seulement s’il l’a apprécié ! ». Je n’étais guère optimiste. Philippe Raimbault est un poète qui écrit depuis 20 ans des poèmes à multiples niveaux de lecture, sous le nom de V. Gabralga. J’ai toujours l’impression que les « intellectuels » ne seront pas touchés par les écrits d’un type qui écrit ses aventures professionnalo-personnelles dans un livre.

A tort.

rgb,interview mandor,françois alquier,philippe raimbault,marie-laure bigandPhilippe Raimbault a tout fait pour que je puisse participer à cette émission. Dans un premier temps, il était question que je me rende à Cergy-Pontoise en semaine dans les locaux même de la station, puis se rendant compte que mon emploi du temps était ce qu’il était, il s’est proposé de venir à ma rencontre, dans le 10e arrondissement de Paris. Je n’ai pas refusé. Effectivement, ce gain de temps énorme m’arrangeait considérablement.

Le 2 septembre dernier, Philippe Raimbault et Marie-Laure Bigand m’ont rejoint à l’agence pour laquelle je travaille. Puis, nous nous sommes installés dans un café à proximité. Un café qui habituellement est calme.

Habituellement…

Percolateur et bouteilles entrechoquées ont orné cette belle interview (dans laquelle on remarque que je suis très à l’aise pour parler de mon livre et de moi… #ironie#).

Merci encore à Marie-Laure et Philippe...

Pour écouter cette demi-heure de discussion, il faut cliquer ici !