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19 avril 2013

Florent Mothe : interview pour son premier album Rock In Chair

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Florent Mothe vient de sortir son premier album, Rock In Chair, après l’aventure Mozart, l’opéra rock. Je l’ai rencontré pour Le magazine des loisirs culturels Auchan daté d’avril-mai 2013.

Florent Mothe est le chanteur de variété française qui monte. Son album, à peine sorti, se vend déjà très bien. Chez Warner, on se frotte les mains…

La voix unique de Florent Mothe se démarque de ce que l’on peut entendre habituellement en variété française. Les titres, tous en français, sonnent parfois comme de la pop britannique.

Jérôme Attal, Dove Attia, Ycare et Vincent Baguian (tous mandorisés) sont quelques-uns des auteurs présents sur ce disque.

Le chanteur est venu à l’agence le 15 mars dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeune homme est extrêmement poli, sympathique et avenant.

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Le clip de "Je ne sais pas"

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Petit rappel : le premier grand succès de Florent Mothe, "L'assasymphonie", tiré de Mozart, l'opéra rock.

22 février 2013

Jean Teulé : interview pour Fleur de tonnerre

jean teulé, fleur de tonnerre, interview  le magzine des loisirs culturels auchan, mandor

J’avais rencontré la première fois Jean Teulé dans les années 90 lorsque j’officiais à RFO Guyane. Lui était venu faire un reportage pour je ne sais quelle émission, sur un endroit qui s’appelle Pompidou-Papaïchton et sur le dernier bagnard encore vivant à l’époque, à Saint-Laurent du Maroni. Nous nous sommes côtoyés, le temps de son séjour guyanais. C’est avec plaisir que je suis allé lui rendre visite, près de 20 ans (et quelques best-sellers) plus tard, dans le bureau où il écrit tous ses livres. Le 4 février dernier, Jean Teulé me reçoit (comme si le temps n’était pas passé) pour parler de son nouveau livre, Fleur de tonnerre.

Voici donc le fruit de notre entretien, en version courte pour Le magazine des loisirs culturels Auchan daté du mois de février/mars 2013. La suite de l’entretien suivra…

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jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorInterview, version mandorienne...

Hélène Jégado n’avait pas de cœur ?

Si, mais le personnage qu’elle croyait être, lui, non. Elle pouvait donc tuer, même des gens qu’elle aimait beaucoup. Et ça lui faisait de la peine.

Elle est schizophrène, mais vous ne l’indiquez pas clairement.

Je le fais comprendre. Dans la vie, on essaie tous de sauver sa peau comme on peut. La seule solution qu’elle a trouvée pour dominer son angoisse liée à son enfance, c’est de devenir l’angoisse.

Vous, c’est en écrivant des livres comme celui-ci.

Exactement. Et moi à chaque livre je me dis que j’arrête d’écrire des choses monstrueuses. Et je n’y parviens pas. Vous vous rendez-compte que mon livre le plus optimiste, c’est « Le magasin des suicides », ça vous donne une idée du niveau (rires).

Les villageois ont réagi plus vite que les médecins pour soupçonner Hélène…

Au début de sa carrière de tueuse, on faisait très peu d’autopsies. C’était une période où il y avait des fulgurances de choléra. Hélène s’occupait de ses victimes jusqu’au bout, elle ne volait pas, donc c’était difficile de la soupçonner. La plupart du temps, dans la famille où elle se trouvait, elle avait buté tout le monde, donc, il n’y avait personne pour la payer. Bon, en plus, les médecins au 19e siècle en Basse Bretagne, ce n’était pas des cadors. Souvent, les serials killers ont de la chance, sinon, ils ne seraient pas des serials killers.

On connait chez vous le souci que vous avez de la réalité historique. Avez-vous fait des recherches sérieuses sur les légendes bretonnes ?jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandor

Évidemment, je ne veux pas être « piégeable » par les Bretons. C’est un pays fou la Bretagne. C’est pour ça que j’ai mis en exergue une phrase d’un breton, Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique en 1805 : « Chaque pays a sa folie. La Bretagne les a toutes ». Comme ça, avant même que le livre commence, l’affaire est réglée.

Vous mettez toujours un peu d’humour dans vos livres. On voit dans celui-ci des perruquiers normands constamment présents et vivants des aventures rocambolesques.

Ça m’amusait de mettre en parallèle les perruquiers qui à chaque fois qu’il leur arrive une mésaventure bretonne pestent contre cette région, mais qui au fur et à mesure que l’histoire avance deviennent plus bretons que les bretons. Ils se sont fait eux-mêmes avaler par la Bretagne.

Ça déplombe l’ambiance du coup.

Je voulais aussi éviter d’être trop répétitif. Quand on raconte la vie d’un tueur en série comme Hélène Jégado, c’est compliqué. C’est quand même l’histoire d’une nana qui arrive chez des gens, elle fait à manger et les gens meurent. Elle change de maison, elle fait à manger, les gens meurent. 37 fois… À chaque fois, il a fallu que je trouve un angle différent et un contre point  pour raconter les scènes.

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Hélène Jégado.

Si on ne sait pas que c’est une histoire vraie, on peut se dire que ce n’est pas très crédible comme histoire.

C’est un lieu commun de dire que la réalité dépasse la fiction, mais c’est vrai. Qui peut inventer un personnage comme ça ? Non, franchement, la réalité est plus balaise que la fiction.

Votre carrière devient absolument incroyable. Tous les livres que vous sortez sont adaptés immédiatement au cinéma.

Au cinéma, au théâtre ou en bande dessinée. Le Montespan qui est sorti en bande dessinée, le premier tome de  Je, François Villon, Le magasin des suicides va bientôt sortir en BD et aussi Charly 9 qui est en train d’être dessiné. Au prochain Festival d’Avignon, j’ai trois romans qui vont être joués en pièce de théâtre. Je crois que ça n’est jamais arrivé à un auteur français.

jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorJe sais que vous n’aimez pas analyser ce qui vous arrive, mais c’est quand même un cas rare.

Moi, je me dis que peut-être tout va s’arrêter avec Fleur de Tonnerre. Les gens vont peut-être détester ce livre ou s’en foutre. Mon éditeur, ça le fait marrer quand je dis ça. Pas moi. Rien n’est jamais acquis.

Vous êtes toujours dans le doute ?

Fleur de Tonnerre m’a rendu malade. À force de raconter des gens qui se tiennent le ventre et qui crèvent, au fur et à mesure que j’écrivais le livre, je commençais à avoir de plus en plus mal au ventre. Je me disais que la nana qui bute tout le monde, elle est en train de buter aussi le mec qui raconte l’histoire. Je suis allé voir un proctologue qui m’a fait une coloscopie et il m’a dit que je n’avais strictement rien. Il m’a dit  que 80% des maux de ventre sont des mots de tête. Je lui ai raconté le livre que j’écrivais et sur l’ordonnance il m’a juste écrit « l’empoisonneuse doit disparaître ».

C’est dingue ce que vous me racontez !

Quand j’écrivais Mangez le si vous voulez, l’histoire d’un type qui se fait massacrer tout le temps. J’avais mal partout, aux os. Je suis allé chez le chiropracteur. Quand j’ai écrit Darling, je l’ai terminé sous anti anxiolytique. Ce qui fait que je me dis que, maintenant, il va falloir que je fasse bien gaffe au sujet de mon prochain livre. Selon ce que j’écris, je change de médecin.

Pourquoi n’essayez-vous pas d’écrire un roman positif et amusant ?

C’est ce que me demande Miou (la comédienne Miou Miou qui partage sa vie). Elle me dit :« T’as pas entendu parler du Père Noël ? Tu raconterais l’histoire d’un monsieur, il aurait un traineau et il donnerait des cadeaux aux enfants… » À chaque fois je me dis que le prochain livre sera un livre comme ça. Je m’installe devant mon clavier et, très vite, ça se barre dans un truc un peu sanglant. Quand je dis que c’est la faute de ma mère, elle n’aime pas, mais je suis sûr que c’est vrai. Elle m’a traumatisé.

Tous vos héros dans votre œuvre ne lâchent jamais rien.

Le point commun c’est que tous mes héros sont seuls contre tous et ils ne lâchent pas, en effet.

Un écrivain écrit-il nécessairement des livres qui lui ressemblent ?jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandor

Je me dis : un pommier fait des pommes. Il ne se demande pas s’il va faire des poires ou du raisin. Moi, j’ai l’impression d’être un pommier. Voilà, c’est le type de pomme que je fais… un peu empoisonnée.

Vous êtes déjà sur le prochain livre ?

Non et je ne sais pas de quoi il va parler. Chaque livre, je l’écris comme si c’était le dernier en me disant « là, je balance tout ! » De plus, je n’ai jamais trouvé une idée de livres. À chaque fois, c’est un hasard. Ça me fout les mains moites ça. Je me dis que le hasard a été là tout le temps… et s’il ne vient plus le hasard ?

Est-ce que vous profitez de ce succès ?

Je ne m’en rends pas beaucoup compte parce que je sors très peu. Je ne vais dans les soirées littéraires, je n’ai aucun copain écrivain, je ne les connais pratiquement pas. De 10h à 19h, tous les jours je suis dans ce bureau où nous sommes là. Samedi, dimanche, pas de vacances tant que le livre n’est pas terminé. Si, en fait, je dis des bêtises. Je m’en rends compte quand je reçois mes droits d’auteurs. Là, je comprends qu’il y a eu du monde. 

Vous vous rendez-compte que vous comptez dans le milieu des Lettres françaises ?

Oui, ça commence à rentrer dans ma tête, mais c’est parce que c’est mon éditeur qui me le dit. Encore une fois, je m’attends toujours à ce que tout ça s’arrête brutalement. Je ne suis peut-être qu’une source. Une source, à un moment, ça se tarit. À chaque livre, je me demande si la dernière goutte est sortie.

Vous êtes fatigué à la fin de l’écriture d’un roman ?

Je suis claqué. Quand j’ai fini un livre, je suis exsangue. Après, pendant 5, 6 mois, je n’écris plus une ligne.

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Bonus: Le cas d'Hélène Jegado, "En votre âme et conscience". La reconstitution du procès d'Hélène Jegado à la cour d'assises d'Ille et Vilaine, à Rennes, le 6 Décembre 1851. (Archives de l'Ina 24/01/1967)

12 février 2012

Alain Mabanckou : interview pour "Le sanglot de l'homme noir"

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Le 23 janvier dernier, je suis allé à la rencontre d’Alain Mabanckou dans un restaurant des Halles. Il s’agissait pour moi de l’interviewer à propos de son nouvel essai : Le sanglot de l’homme noir pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan. L'homme est souriant, inspire la sympathie immédiate et la conversation sincère et profonde...

Voici la version de l’interview publiée. Elle est suivie de la version intégrale pour « Les chroniques de Mandor ».

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Pour ceux qui auraient l'outrecuidance de considérer qu'il faut une loupe pour lire l'intro, le revoici en version lisible. De rien!

(Le nouveau livre d’Alain Mabanckou est un essai polémique virulent sur la condition de l’homme noir en France. Après avoir étudié en France, l’auteur congolais a choisi d'enseigner la littérature francophone aux USA. Grâce à cette confluence des trois cultures, il sait que l'identité d'un homme ne tient ni à sa terre natale ni à son sang, mais résulte de son choix personnel. Rencontre avec Alain Mabouckou.)

Interview:

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Voici la  suite de cette conversation... et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Alain Mabanckou n'a pas la langue/plume dans sa poche.

Vous regrettez que l’homme de couleur qui, au lieu de s’occuper de son présent, s’égare dans les méandres d’un passé cerné sous l’angle de la légende, du mythe et surtout de la « nostalgie ».

Il y a ceux qui vont vous vendre l’Afrique ancienne. Ils vont dire : « A l’époque, c’était bien, il n’y avait pas les blancs. Tout était calme, à la rigueur, les enfants pouvaient jouer avec les lions, on pouvait promener le serpent. On vendra toujours une Afrique mythique, une Afrique mystique. Tout est faux. Nous avons connu des royaumes qui se faisaient la guerre, nous avons connu des empires, des conquêtes, l’esclavagisme fait par des noirs sur des autres noirs. Il y a des périodes belliqueuses dont on ne parle jamais. On veut fonder l’identité sur une Afrique mythique et je dis à mon enfant que ce n’est pas possible.

Vous dites aussi à Boris que la pire des intolérances est celle des êtres qui lui ressemblent, c'est à dire celle de ceux qui ont la même couleur que lui. Avez-vous voulu lui déclencher un électrochoc ?

Je lui ai raconté aussi des choses personnelles qui ne sont pas dans le livre. La première injustice raciale que j’ai eue en Europe venait d’un noir des Antilles. Je n’avais pas de sous à l’époque, j’ai triché dans le métro. J’étais poursuivi par 3 personnes, deux blancs et un noir. C’est le noir qui ne m’a pas lâché, qui m’a traité de tous les noms. Comme il était antillais, il m’a dit que c’était les africains qui faisaient honte à notre race.

Ce que vous voudriez savoir, si j’ai bien compris votre livre, c’est la part de responsabilité que vous avez en tant qu’africain dans les fléaux qui ont frappé votre continent.

Tout à fait. J’endosse une certaine charge de responsabilités, mais ma façon de pouvoir me soulager ou peut-être changer de vie, c’est de construire un présent qui viendrait équilibrer les choses et qui démontrerait que l'on s’est trompé dans "le noir dans l’histoire". C’est quelqu’un qui est debout et qui peut marcher et non, qui a les jambes coupées par les colons.

C’est un dur combat d’essayer de convaincre ?

Oui, je pense. Tout Africain est fier d’être africain, est fier de son continent, est fier de ses traditions, de ce fait, un Africain n’aime pas entendre quelqu’un qui dit des vérités sur l’Afrique. On aime entendre des discours consensuels. Il est temps d’écouter un nouveau discours qui va à rebrousse-poil.

Vous dites aussi que « derrière ces idéologies communautaires de façade, c’est indirectement un appel à la pitié pour le nègre qui est lancé ». Pourquoi le salut du nègre n’est-il, ni dans la commisération, ni dans l’aide ?

On a toujours l’impression que l’Africain, c’est quelqu’un qui a la main tendue. Je ne veux pas rentrer dans la logique de l’identité de la pitié. Moi je refuse ces aides qui sont détournées et qui ne font que prolonger l’asservissement de l’Africain.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière, ça vous plait ?

C’est un livre que j’ai écrit avec mes tripes. Un livre qui reste dans le droit fil d’autres de mes livres, comme « Black Bazar » où se trouvaient des questions de racisme intra-communautaire. Ce livre est à cheval entre le récit personnel et la réflexion dans les idées.

Vous expliquez que l’immigration est deux fois et demie inférieure à ce qu’elle est dans les autres pays européens depuis les années 90. En outre, une majorité d’immigrés en France sont issus de l’Europe et non d’autres continents.

Quand on parle de l’immigration en France, on a l’impression qu’il y a plus de noirs immigrés qu’ailleurs. Non, il y a plus d’immigrés de races blanches à l’intérieur. L’immigration d’Afrique noire n’est pas celle qui pose le plus de problèmes. C’est en général une immigration très intellectuelle de personnes venues faire des études. Il y a en France des non-dits au sujet de l’immigration qui font que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire. Ca ferait tomber les pans de l’idéologie qui se trouvent en France.

Vous dites aussi que ni la droite, ni la gauche n’a le monopole du cœur. Vous rappelez aussi que les premiers charters datent de la présidence de François Mitterrand. Dites-moi, vous êtes sarkoziste ?

Pas du tout, mais il faut qu’on arrête de penser que la gauche est forcément l’endroit qui a le plus le cœur porté vers les damnés de la Terre. « La France ne peut pas héberger toute la misère du monde »… c’est Michel Rocard qui a prononcé ses paroles. La gauche à flirté avec les idées nationalistes au moment où le Front National commençait  à monter. La question de l’immigration est une question qui devient tellement idéologique que n’importe quelle partie, de gauche ou de droite, utilise cette question pour avoir les voix de Lepen.

alain mabanckou,le sanglot de l'homme noir,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorÊtes-vous déçu par la France ?

Ce n’est pas le terme exact. Je suis très amer. La mémoire française est très courte. Soit-disant, nous sommes dans une ère qui va très vite. On a oublié qui sont ces gens qui ne leur ressemblent pas. On a oublié cette hospitalité. Nous, on était dans notre pays, les gens sont venus, ils exploitent les matières premières, on leur a donné le pétrole, les usines, les administrations, les asservissements, malgré cela, dans la majorité des pays africains, il n’y a pas eu d’hostilité envers la race blanche. Quand il y a eu la guerre civile dans mon pays, au Congo Brazzaville, les gens se battaient entre eux, personne n’a jamais touché un seul cheveu des Français. On savait que ce n’était pas leur histoire. L’ingratitude persiste parce qu’on n’a pas enseigné assez la vraie histoire de France aux petits Français.

Ce livre est dur pour les noirs, mais aussi pour les français en général.

Quand je décortique la question de l’immigration, quand j’évoque Eric Zemmour et Robert Ménard, quand je parle de l’article 1 de la constitution française… je ne ménage personne. Il ne faut plus se voiler la face.

A la fin de votre livre, vous expliquez pourquoi vous écrivez : "on écrit parce que « quelque chose ne tourne pas rond », parce qu’on voudrait déplacer les montagnes ou faire passer un éléphant dans le chas d’une aiguille. L’écriture devient alors à la fois un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l’horizon."

On n’est pas forcé d’écrire. On peut vivre sans écrire. Mais le problème, c’est que l’écrivain, c’est celui qui est tourmenté par le besoin absolu d’écrire. Non seulement, je ne peux pas ne pas écrire, mais je peux tout abandonner pour écrire. Même si je ne vends plus que deux exemplaires, que plus personne ne me lit, je resterai toute ma vie écrivain. Au moins, j’aurai une quiétude intérieure. L’écriture est d’ailleurs une thérapie intérieure. Elle me permet tous les jours de réinventer mon humanisme, elle me permet de chercher les portes qui ouvrent vers la générosité, vers la rencontre des peuples, vers la rencontre d’autres cultures. Le désir  d’écrire est fondamental et quand ce désir est matérialisé, c’est extraordinaire !

Etre écrivain, est-ce que c’est être guerrier ?

Peut-être pas, mais ce n’est pas anodin, l’acte d’écrire pour dire. L’écrivain, c’est quand même quelqu’un qui décide de transmettre, de mettre en public ses idées, parfois à ses risques et périls.

Ce qu’il y a de bien chez vous, c’est que vous êtes un intellectuel accessible ?

Je pense que ce sont certains écrivains qui ont détourné le sens d’intellectuel. L’intellectuel, c’est quelqu’un qui réfléchit à une société pour, peut-être, proposer des pistes au peuple. Un intellectuel ne doit pas vivre dans sa tour d’ivoire et ne parler qu’à une certaine élite. Moi, je suis plutôt porté vers le peuple, parce que tous mes romans sont écrits dans les bas-fonds de la population. Mes personnages sont toujours des marginaux.  « Verre cassé », c’est un soulard, « African Psycho » c’est un petit serial killer, « Black Bazar » c’est quelqu’un qui erre dans le quartier de Château-Rouge…

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C’est quoi le bonheur d’un écrivain ?

C’est de faire lire des gens qui ne sont pas censés faire partie du pourcentage de lecteurs.

Utiliser un langage simple pour exprimer des idées un peu compliquées, c’est facile ?

Quand j’écris un roman, je souhaite qu’on se laisse porter par ce que nous disent les personnages. Ils donnent le ton d’un roman. L’écrivain doit trouver la voix. Un roman commence quand on a l’impression d’entendre la voix d’un personnage… l’écrivain essaye de retranscrire cette voix. Je crois qu’un roman doit ressembler à la vie.

Il y a aussi de nombreux dialogues, souvent croustillants.

Dans un roman, le dialogue, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Le dialogue demande à l’écrivain d’être comme un scénariste ou un metteur en scène. On doit imaginer une conversation entre deux personnages, mais pour coucher cette conversation dans la page, il faut que l’auteur s’efface, qu’il ne vienne pas empiéter pour que les personnages se parlent. Pour moi, un des romans les plus réussis des années 90 à aujourd’hui,  sur le dialogue, c’est certainement « Hygiène de l’assassin » d’Amélie Nothomb. Aux Etats-Unis, quand je fais un cours de littérature pour parler des dialogues, j’utilise les romans et je mets en avant celui-là particulièrement.

Vous avez deux activités imposantes, écrivain et professeur. C’est complémentaire ?

Oui, c’est complémentaire, d’autant plus que j’enseigne la littérature. Je reste un peu dans le même domaine. Je parle des livres que j’aime, j’essaie de donner envie à mes étudiants le goût de la littérature. Quant à l’écriture, c’est le côté solitaire, certes, mais c’est paradoxal parce qu’avant d’être seul pour écrire, j’ai besoin d’être dans le monde…

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Alain Mabanckou et Pia Petersen (qui était à nos côtés lors de l'interview), le 23 janvier 2012, lisent un livre passionnant, au Père Tranquille à Paris.
http://www.alainmabanckou.net/
http://piapetersen.net/