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14 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Pierre Lapointe

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Les Francofolies de La Rochelle ont accueilli hier Pierre Lapointe (déjà mandorisé là) au Grand Théâtre de la Coursive hier soir pour son spectacle Les sciences du cœur. Il y parle d’amour, de désamour de beauté et de tristesse. Des textes qui vont droit au cœur et à l’âme, qui nous entraînent dans son univers, sans artifice, sensible et sans pudeur. Une prestation imprégnée d’humanité, de tendresse, de sourires et de rires. Une musique qui nous prend à bras le corps en symbiose avec les mots et les images ; une performance à cœur ouvert, à hauteur d’homme, bien et beau dans sa peau. Une soirée pleine d’émotion (même si je n’aurais pas été contre le fait d'écouter aussi quelques chansons moins tristes).

Ce matin, il m’a livré notamment son sentiment sur ce concert.

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francofolies de la rochelle,pierre lapointe,interview,mandorInterview :

Ton concert d’hier soir au Grand Théâtre - La Coursive était complet. Tout le monde a apprécié.

C’est parce que c’est un spectacle vivant (rires). Je préconise une espèce de sincérité. Même si elle est un peu fausse, parce que sur scène, c’est toujours faux dans le sens où c’est un espace qui est contrôlé et pas naturel. La scène, ce n’est pas la vraie vie pour moi. Dans ce contexte-là, c’est important de réussir à créer des moments vrais. Ça passe par l’acceptation de la spontanéité des éléments. Parfois, je perds ma concentration, mais je joue avec ça. Je me dis que les gens savent que le spectacle est construit. Je suis pro, mais je ne suis pas un robot, alors j’aime bien être naturel dans un spectacle très construit au millimètre près, mais malléable et vivant.

Tu parles entre les chansons et c’est souvent hilarant. Mais j’ai remarqué que tu le fais de moins en moins.

J’ai décidé de parler un peu moins sur ce spectacle-là, mais de parler à des moments très précis. Je me suis moins étalé que d’habitude.

Clip de "La science du cœur".

Je trouve gonflé qu’il n’y ait que des chansons tristes.

L’humour que je fais dans mes interventions parlées est là pour rééquilibrer, me redonner de l’énergie et pour faire respirer les gens. Sur ce disque-là, j’avais décidé de faire un clin d’œil à la grande tradition de la chanson française et francophone. Cette chanson-là, elle est souvent triste et mélancolique. Je n’ai aucun problème avec ça, je trouve ça beau et je l’assume depuis longtemps.

On a l’impression que tu peux tout te permettre, tout expérimenter.

Quand on est artiste, il faut se donner le droit d’être libre. Je me le suis donné. J’ai toujours ouvert un peu plus les valves en m’arrangeant pour que le public comprenne de projet en projet jusqu’où je suis prêt à aller. Il n’y a pas tant de métiers dans le monde où on peut être aussi libre. Ce que je déplore un peu chez la plupart des artistes en ce moment, c’est qu’ils n’ont pas le souhait de briser les frontières, qu’elles soient visuelles ou sonores. Camille le fait, mais elle est presque une exception.

Clip de "Sais-tu vraiment qui tu es".

En France, tu as du mal à obtenir le même succès qu’au Québec.

J’arrive en France avec des projets qui ne sont pas forcément tous faciles à vendre. J’estime que je suis en train de monter un répertoire et une œuvre et que l’on pourra les juger quand je ne serai plus de ce monde. Au Québec, j’ai une certaine notoriété qui s’est installée. D’ailleurs, je pense que c’est un accident que je sois une star comme ça. Avec mon disque La science du cœur, je fais partie des 5 artistes canadiens qui ont été numéro un au Billboard canadien. Je suis le seul canadien francophone depuis Céline Dion, les autres sont Shania Twain, The Weeknd, Arcade Fire et Drake. Moi, je fais l’éloge de la grande tradition de la chanson française avec des sonorités empruntées à la musique contemporaine. Je suis hyper content, mais je le répète, c’est pour moi un accident.

Que représentent les Francos pour toi ?

J’ai eu la chance de vivre de beaux moments ici. A chaque fois, je reçois un accueil généreux de la part du public et des organisateurs. Ce sont aussi des surprises constantes. Je tombe sur des amis à chaque fois que je reviens et ça me fait un bien fou.

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Après l'interview ce matin en salle de presse.

Francofolies de La Rochelle : interview de Voyou

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(Photo : Pierre-Emmanuel Testard)

À tout juste 28 ans, Thibaud Vanhooland, alias Voyou, a le vent en poupe et de beaux jours musicaux devant lui. Découvert via Elephanz, Pegase ou encore Rhum for Pauline, le jeune chanteur se lance en solo & nous révèle son univers éléctro-pop légèrement mélancolique à travers son premier EP, On s’emmène avec toi. Lumineuses et joliment bricolées, ses mélodies ont le chic de vous faire du bien et de rester en tête. Touché.

Je l’ai rencontré cet après-midi au lendemain de ces deux prestations aux Francofolies.

francofolies de la rochelle,interview,voyouBiographie officielle :

Voyou, on l’a découvert sur scène, seul avec sa guitare, ses machines et sa trompette, son instrument de cœur qu’il volait déjà à son père dès 3 ans. Et d’emblée, le sourire enfantin et la drôle de dégaine de ce jeune homme de 28 ans imposent un artiste au charisme hors-norme. C’est qu’il y a du Jacques Tati dans sa douce folie et ce corps un peu trop grand, pas toujours adapté au monde, mais qui s’en imprègne pour prendre son envol et virevolter avec aisance sur scène.

Portant un regard malicieux sur les vicissitudes de son époque, Voyou met la compassion et l’amitié au cœur de sa musique. Avec des mots simples et poétiques et une complète absence de cynisme, il nous raconte des histoires d’aujourd’hui. Des histoires d’amour et d’ennui, d’ailleurs et d’ici.

« Et roulez, roulez pourvu que jamais rien ne vous arrête...» : c’est tout ce qu’on souhaite à Voyou et à sa musique lumineuse et bienveillante car elle résonne déjà comme une évidence rassurante. Et si la vérité sort de la bouche des enfants, elle sort aussi de celles des voyous.

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francofolies de la rochelle,interview,voyouInterview :

Tu es déjà venu aux Francos avec Elephanz et tu as participé aux Chantiers des Francos, il y a 5 ans.

Oui, j’étais avec Feu ! Chatterton à l’époque où ils n’avaient sorti qu’un morceau sur YouTube. J’y suis retourné l’année dernière faire des showcases. Cette année, je suis passé au Théâtre Verdière et sur la grande scène, je n’en reviens pas.

Tu te rends compte qu’il se passe quelque chose autour de toi, en ce moment.

Oui, mais j’essaie de rester distant par rapport à ça. Il est difficile de rester naturel. C’est bizarre d’être si sollicité autour de quelque chose que l'on a créé dans sa chambre. C’est appréciable, mais ça peut être dangereux si on se laisse aller aux tourbillons des médias. Il faut être lucide.

Clip de "Tout seul sur ton tandem".

J’aime le fait que tu avoues apprécier les « vieux » chanteurs comme William Sheller ou Michel francofolies de la rochelle,interview,voyouFugain.

J’ai dénigré cette chanson française quand j’étais plus jeune, mais je me rends compte que je m’en suis écarté pour mieux y revenir et pour mieux la comprendre.

Tu fais de la musique pop avec des textes dignes d’intérêt, c’est rare.

Je ne suis pas contre l’idée de faire des textes qui soient ésotériques, un peu moins ancrés dans le réalisme.

Je sais que tu aimes Fishbach, Bagarre, Grand Blanc. Ce sont des artistes qui t’ont permis de penser qu’une musique pop pouvait intégrer des textes intéressants.

C’est drôle, tu n’as cité que des groupes de mon label.

Je ne l’ai pas fait exprès.

Il y a aussi Flavien Berger et La femme qui sont importants pour moi. Ces artistes ont amené un son et des textures très modernes, pas toujours faciles d’accès, et ils ont intégré des paroles en français. Ils déconstruisent complètement les codes de la variété française. Ça fait du bien à tout le monde parce que ça renouvelle le paysage musical francophone. Voir Eddy de Pretto, Juliette Armanet, Radio Elvis ou Fishbach aux Victoires de la Musique, nous les artistes de la nouvelle génération, on se dit qu’il se passe quelque chose.

Son nouveau titre, "Papillon".

francofolies de la rochelle,interview,voyouJ’ai lu que tu faisais « de la pop electronique avec zéro cynisme et beaucoup de tendresse ». Ça te convient comme définition ?

Tout à fait. Le cynisme est à la mode aujourd’hui. Le rap a pris une place super importante dans la scène française. Ce genre musical à une manière de parler beaucoup plus violente, dure, terne, froide, du coup, il y a plein de chanteurs qui font de la pop, mais qui puisent là-dedans. Moi, je suis quelqu’un d’assez heureux dans ma vie, je n’ai donc pas envie de mentir sur ce que je suis ou ressens, ni sur le point de vue que j’ai sur les choses. Les artistes doivent être là aussi pour montrer qu’il y a des choses qui vont bien, contrairement à ce que l’on voit à la télé.

Es-tu optimiste sur l’avenir de la chanson française ?

Oui, carrément. Là, nous sommes dans une phase qui est très prolifique. Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la musique ouvre beaucoup de portes, du  coup, l’univers du possible s’agrandit, je trouve ça rassurant.

Tu revendiques le fait de ne pas raconter tes propres histoires.

Je ne considère pas que ma vie est si intéressante qu’elle mérite que je la raconte. Nos histoires personnelles ressemblent aux histoires personnelles des autres personnes. Elles ont toutes une substance commune et je préfère raconter cette substance  plutôt que raconter les détails qui font que mon histoire est différente de celle des autres.

Comment as-tu vécu ces Francofolies ?

C’est fou, sur la scène Jean-Louis Foulquier, je me suis retrouvé catapulté devant 15 000 personnes. J’ai juste eu l’impression que je viens de courir derrière un tram, que je l’ai loupé, et que j’attends celui d’après. C’est l’aboutissement de deux ans de travail avec le Chantier des Francos.

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Pendant l'interview...

Francofolies de La Rochelle : interview de Dimoné

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(Photo : Marc Ginot)

Un univers élégant, poétique et rageur, voilà ce que le jeune groupe rock Kursed apporte aux chansons subtiles de Dimoné (mandorisés là en 2015 et là en 2017), ce dandy du sud (un de mes artistes français préférés) que les Francofolies de La Rochelle accueillent. Un voyage introspectif qu’il ne s’agirait pas de manquer.

Tout à l’heure, Dimoné et le gang Kursed se produiront au Chapitô des Francos et demain sur la scène du port. Deux voyages introspectifs électriques à pas de manquer. Interview entre deux répétions.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorDimoné & Kursed par Dimoné :

Le voilà mon gang, Kursed, un groupe, rock, quatre garçons, d’une maturité rare qui jurerait presque du haut de leurs vingt ans. Electrique, toiles noires et cuirs patinés, des adorateurs de mythes sans compte à rendre à Œdipe. Et puis me voilà, moi, rendu pile au milieu, passager en mes chansons pudiquement pas sages. Elles, tendues sur cet isthme de l’existence après 5 disques à les jouer sur scène en duo avec Jean-Christophe Sirven que je vous invite à suivre sur L'Affaire Sirven. Elles, que j’ai déshabillé jusqu’à l’os, amené parfois jusqu’à la limite, et même relooké pour une Carte Noire. Il est venu le temps de me calciner à cette prédiction, à cet inéluctable appel de la tribu, avec mon pédigrée de chanteur nourri d’intranquillité. Ce sera avec Kursed et leur son donnera la couleur à mes nouvelles chansons, sur scène et sur un prochain album à paraître en 2018. 

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(Photo : Christine Cousin)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorInterview :

Pourquoi t’es-tu associé au groupe Kursed ?

Avec Jean-Christophe Sirven, on avait pas mal tourné. Nous nous étions enfermés dans une précarité devenue confortable. Notre musique était devenue une recette. Je voulais changer ma façon d’envisager et de jouer la musique. Ce satané confort est pernicieux…

Qui sont les Kursed ?

Ce sont des musiciens de chez moi, de Montpellier, qui sont dans la lignée des White Stripes, Queens of the Stone Age, The Blanck Angels... C’est un groupe déjà constitué et je les ai vus plusieurs fois en concert. A un moment, j’ai compris que je voulais ce groupe de luxe derrière moi. Ils ont une acuité que je n’ai pas et ils m’ont donné envie de faire un assaut électrique avec tout ce que je revendique et qui me fonde dans la culture rock et punk. J’avais aussi de revisiter mes 50 ans, peut-être revisiter un fantasme de jeunesse. Faire de la chanson électrifiée à 3 guitares.

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(Photo : Christine Cousin)

J’ai eu la chance d’entendre trois chansons de ce nouveau projet.

Les textes que tu as entendus sont composés de beaucoup d’ellipses dans le sens, dans les mots qui ne sont pas dits. Musicalement, avec les Kursed, il y a beaucoup de liberté. Jean-Christophe me suivait plus, eux me réapprennent à compter, alors qu’ils sont plus jeunes que moi, les cons.

Tu avais besoin de ça ?

Je pense. J’avais envie de me réveiller de nouveau, de changer de rituel, de ne plus penser à ce qui m’attendais. Avec eux, justement, je ne sais pas ce qui m’attend. J’avais besoin de me repositionner pour reprendre du plaisir à refaire le circuit de la scène, des interviews, du  monde musical de la francophonie. J’ai aussi le désir de surprendre tout le monde.

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(Photo : Dany Lapointe)

Tu t’es lassé de ce que tu faisais ?

J’ai envie d’être le premier sur la brèche. Je me dis que j’ai des carences, donc je travaille. Physiquement, il faut que je m’implique.

Pourquoi les Kursed ont accepté ce projet avec toi ?

Il faudrait que tu leur poses la question, mais, à mon avis, pour le challenge. Et peut-être pour les mêmes raisons que les miennes. Ils ont du talent. Ils ont le sens du son et savent jouer de la musique. Ils sont aussi beaucoup dans la référence, peut-être avaient-ils envie de mettre des mots français dans leur musique et que quelqu’un comme moi les convenaient ? J’espère que notre jolie drague va rendre leur public et le mien curieux.

Tu as l’impression de repartir à zéro ?

J’ai quelques années de métier derrière moi, le fameux zéro n’existe plus. Tu continues ta route, c’est tout. Mes 50 ans ont remué beaucoup de choses en  moi, même dans ma vie personnelle. Tout ce qu’il se passe dans mon existence du moment à du sens. 

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(Photo : Mandor)

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(Photo : Christine Cousin)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorAux Francos, tu as passé deux jours avec une chorale adulte. Qu’as-tu fait avec elle ?

Emilie Yakich, des Chantiers des Francos, m’a fait cette proposition d’animer une chorale adulte. On a pioché dans la programmation des artistes de la nouvelle scène, on a rendu un hommage à Higelin et on a puisé dans notre répertoire à nous. On se produit ce soir au Chapitô des Francos à 20h30 et demain à 14h50 sur la scène du port.

Tu as une relation particulière avec les  Francos ?

J’ai fait beaucoup de choses avec eux et je viens souvent. Je ne fais pas que la vedette ici. Je laisse des traces de sel sur mes T-shirts. J’anime des chorales, des ateliers d’écriture et j’interviens dans différents Chantiers. Pour moi, c’est primordial d’avoir des instants latéraux.

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Après l'interview, le 14 juillet 2017.

13 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Clara Luciani

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

Clara Luciani, avec sa plume délicate et sa voix grave, en a déjà séduit plus d’un. Ancienne membre du groupe La Femme, elle a été entendue en featuring sur Cyborg, le dernier album de Nekfeu, et aperçue en première partie de Benjamin Biolay et des Insus. La scène, tout comme le studio, n’a donc pas de secret pour elle. Ce soir, dans le cadre des Francofolies de La Rochelle, elle se produit au Grand Théâtre de la coursive. Rencontre quelques heures avant sa prestation.

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorArgumentaire officiel de l’album Sainte-Victoire :

Jeune. Brune. Voix grave et assurée. Auteure compositrice d'un premier album dont les dix chansons perforent le cœur comme autant de flèches embrasées. Elle a pleuré mais la vie continue. Désormais c'est elle qui mènera l'offensive et dansera jusqu'au bout de la nuit. Son premier EP Monstre d’Amour auréolé de tant de louanges était un indice. Ce premier album en est la preuve. Clara Luciani a un don pour l'écriture, celui de transposer le récit personnel en une valeur universelle. Une écriture qui possède la patine des chanteuses passionnelles avec lesquelles elle a grandi, de Françoise Hardy à Lana Del Rey en passant par Barbara, Blondie ou Nico. Si elle se défend d'être une femme de son époque, elle est pourtant une femme d'aujourd'hui. Après s'être, un temps, glissée dans les pas de ses ainés, Clara Luciani est désormais en marche pour marquer de son empreinte la nouvelle pop française. Une Sainte-Victoire.

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorInterview :

C’est ta première fois aux Francos ?

Non, j’ai fait mes premières Francos à l’âge de 19 ans avec La Femme. Je chantais au sein du groupe. L’année dernière, j’ai joué sur une petite scène qui s’appelle La Guinguette. C’est donc  ma troisième fois.

Cette année a été celle de la consécration pour toi. Tu as pris le temps d’apprécier ?

Ça fait 6 ans que je suis à Paris et que j’essaie de faire ma place dans la musique. J’ai participé à plein de projets, j’ai fait plein de petits boulots en espérant ce que je vis aujourd’hui. J’apprécie au compte-goutte  tout ce qu’il m’arrive.

Soudain, les choses se sont emballées.

C’est vrai, mais j’attendais tellement ça que j’ai su recevoir ces cadeaux-là. Je ne suis pas du tout blasée.

Clip de "La grenade".

Ton premier EP  était un peu larmoyant, sombre et mélancolique. Ton album, Sainte-Victoire, lui, estfrancofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor plus ouvert.

Oui, en effet. Il est plus solaire, plus optimiste. J’ai quand même l’impression que les deux disques sont complémentaires. Les deux ont un point commun, ils sont autobiographiques.

Tu as un Olympia en tant que « vedette » le 12 avril 2019. C’est une forme de consécration ?

C’est hyper excitant pour moi. J’ai fait 7 ou 8 premières parties à l’Olympia, ça fait beaucoup. J’ai en fait trois de Bernard Lavilliers, une de Juliette Armanet l’année dernière, une d’HollySiz… J’espérais tellement que les lettres rouges soient à mon nom sur la devanture. Me dire que cette chose-là va se réaliser m’émeut. J’ai appris avec le temps que monter sur scène c’est jouer de la musique, du verbe jouer. Ce doit être quelque chose de léger. Avant j’appréhendais la musique avec beaucoup de gravité, aujourd’hui, j’ai compris que sur scène, on avait le droit aussi de s’amuser.

Ça te laisse le temps d’écrire de nouvelles chansons.

Exactement. Là, je suis en plein travail. Je fais le tri dans les textes que j’ai déjà sur mon téléphone en démo. Ça va être un vrai challenge, mais j’ai hâte.

Clip de "La baie".

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorHollySiz et Juliette Armanet, ce sont des amies ?

Oui, nous nous côtoyons. Ce sont des femmes que j’admire et que j’aime beaucoup. Elles ont eu la délicatesse de m’inviter à leur Olympia pour me soutenir et m’encourager, j’ai trouvé ça hyper chic. C’est formidable qu’il y ait des chanteuses, des femmes, solidaires entre elles. C’est important.

Ce que tu fais aujourd’hui est clair-obscur.

Il y a deux forces qui se bataillent en moi. Je suis toujours entre le rire ou les larmes, entre le chaud et le froid, entre le clair et l’obscur, entre le léger et le grave. Cette complexité, cette dualité, je crois qu’elle est propre à la nature humaine.

On sent beaucoup de sincérité dans ton album.

J’espère parce que je suis incapable de faire autre chose que ça. Je n’ai pas souhaité prendre un pseudo parce que les chansons étaient trop moi.

"Les fleurs" en live. 

"Eddy" en live.

Tu as hâte de créer de nouvelles chansons ?francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor

Si j’ai hâte de chanter de nouvelles chansons, je suis loin d’être lassée de celles-ci. Les chansons « Les fleurs », « La dernière fois », « Drôle d’époque », je les ai écrites trois mois avant de sortir l’album, donc elles sont neuves dans mon esprit.

Françoise Hardy est pour toi la grande figure féminine de la chanson française. Pourquoi ?

Je l’aime beaucoup et j’ai eu la joie de la rencontrer dernièrement. Elle est incroyable. Ce qui m’a le plus touché quand je l’ai découverte, c’est sa façon de chanter très droite, très pure, sans chichis. Sa voix est comme une flèche qui traverse très bien le temps. Elle n’a jamais essayé de chanter selon les modes. C’est une ligne directrice que je tente de suivre.

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La Rochelle, cet après-midi.

Francofolies de La Rochelle : interview de Suzane

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(Photo : Pierre & Florent)

@jupercute.jpgSon nom d'artiste, Suzane, elle l’a emprunté à sa grand-mère maternelle, mais lui a retiré un "n", pour l'esthétique (et sans doute pour qu’on la retrouve plus vite sur Internet). Elle ne compte à son actif que deux titres : « L'Insatisfait » et « La Flemme ». Mais, ces deux titres lui ont permis de vite se faire remarquer par les professionnels. Cette année, elle a déjà joué à l'Olympia et sera sur la grande scène des Francos ce soir. Lors du changement de plateau entre les rappeurs Bigflo & Oli et Lorenzo, Suzane montrera l'étendue de son talent aussi bien musical que chorégraphique.

Rencontre matinale pour parler des Francos et de ses chansons.

Biographie officielle :

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IMG_4704.JPGInterview :

Tu t’es produite sur la petite scène du port hier. Ça s’est bien passé ?

Oui, les gens étaient très réceptifs, curieux et accueillants. Je ne pensais pas être si vite programmé dans ce festival. Je me voyais là, éventuellement, mais dans quelques années. Je trouve ça impressionnant d’être ici.

Tu mélanges de la musique electro avec de la chanson.

C’est dur de définir des mots sur sa musique. J’aime bien dire que je fais de la chanson à texte sur fond d’electro. C’est le texte qui doit sortir en premier, ensuite la musique trouve sa place. J’ai essayé de trouver un mélange subtil entre les deux.

Clip de "Insatisfait".

Ta bio indique que tu as écrit tes textes lorsque tu étais serveuse dans un restaurant. C’est vrai ?

L’envie d’écrire est arrivée à ce moment-là, donc j’écoutais beaucoup les conversations des gens qui étaient dans le restaurant. Je me suis nourrie de toutes leurs histoires. C’est un lieu  où on voit l’être humain tel qu’il est. Dans sa façon de se comporter, de se tenir, de s’exprimer. Ces gens ne voient pas la serveuse…mais la serveuse, elle, entend tout. Elle devient même une espèce d’éponge. Ma première chanson « L’insatisfait », c’est parce que j’en ai vu beaucoup et que, moi-même, je peux être insatisfaite. Dans cette chanson, j’ai mélangé mes insatisfactions à moi et celles des proches ou celles d’inconnues.

On ne s’improvise pas chanteuse et musicienne. Tu as pris des cours ?

J’ai découvert la musique d’abord par le corps. J’ai fait de la danse de 5 à 18 ans. Entre temps, j’ai pris des cours de chant, mais juste pour m’amuser. Quant à la musique, j’ai aussi pris quelques cours, mais pas  beaucoup. Je suis un peu naïve dans ma façon de faire, parce que je ne suis pas une grande musicienne. Je fais de la musique simple que j’ai envie d’entendre.

Clip de "La flemme". 

Il y a eu des artistes qui t’on inspiré ?

J’ai écouté tellement de choses que je ne sais même plus par qui je suis influencée. Je peux quand même dire que des artistes comme Brel, Piaf, Barbara, Renaud ont beaucoup compté pour moi. Je les ai écoutés toute ma vie. C’est sur le tard que j’ai écouté de l’electro comme Daft Punk ou Justice. Actuellement, j’écoute beaucoup Orelsan. J’aime sa façon de manier les mots. Il m’inspire beaucoup dans sa façon de raconter les choses de façon très réaliste.

Et Piaf ?

J’aime aussi beaucoup sa façon de chanter. J’ai beaucoup chanté sa chanson « L’accordéoniste » dans la rue.

En regardant tes clips et en écoutant ta musique, j’ai pensé aussi à Stromae.

Il a influencé toute une jeune génération. C’est un immense artiste que j’ai aussi beaucoup écouté. Il est possible qu’inconsciemment, il m’ait influencé. Si on pouvait comparer ma musique à la sienne, j’en serais très flattée.

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Droit dans les yeux. 

De quoi parleras-tu dans ton album à venir ?

Des moments de vie, d’histoires de vie, du quotidien… Je n’écris jamais sur des personnages qui ne sont pas liés à moi. J’ai un troisième titre qui arrive à la rentrée et qui s’appelle « Suzane » où je raconte mon histoire. Chaque personnage est lié aux émotions que je peux ressentir.

Es-tu confiante pour l’avenir ?

C’est dur d’être confiante. J’ai même peur. Mais plus on a peur, plus on a envie.

Tu te produis ce soir sur la grande scène Jean-Louis Foulquier pour deux chansons. Tu as le trac ?

Ça va être un grand moment, mais j’ai ultra peur. J’ai peur surtout de m’évanouir au dernier moment. Chanter devant 14 000 personnes, ce n’est pas tous les jours !

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Après l'interview, ce matin.

Francofolies de La Rochelle : interview Chaton

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francofolies de la rochelle,interview,chaton,siméo,mandorJ’ai connu Chaton quand il ne s’appelait pas encore ainsi. Il a longtemps travaillé dans la musique sous le nom de Siméo, puis comme compositeur et producteur pour des gros noms de la variété (Jenifer, Yannick Noah, Amel Bent, Natasha St-Pier….). Ensuite, la débandade. Problèmes de santé, déceptions professionnelles, crise de panique. Il a ressenti le besoin de refaire des choses pour lui. Il a décidé de travailler des sons et de hanter des textes pour raconter sa vie, ses rêves, ses désillusions, son mal-être et sa solitude, sans se mentir. Des chansons très personnelles, autobiographiques, mais qu’il est parvenu à rendre universelles. Possible est un disque réunissant des tranches de vies douces-amères et indolentes, chantées à l’autotune sur fond dub. C’est simple, insolite et curieusement cohérent. De la chanson française de qualité autotunée sur une prod dub, personne ne l’avait fait avant. Chapeau l’artiste ! Chaton s'est produit aujourd'hui sur la scène du port… l'occasion d'une rencontre pour évoquer les Francos et son album.

francofolies de la rochelle,interview,chaton,siméo,mandorInterview :

C’est ta première venue aux Francos ?

Oui, et c’est curieux. Même en tant que professionnel de la musique, auteur et compositeur, c’est la première fois que je viens. Je crois que c’était le seul festival où je ne suis jamais allé et je ne sais pas pourquoi. Le fait de venir ici directement en tant qu’interprète, ça a une petite magie en fait. Je n’ai  pas souillé ma venue ici avec d’autres choses, d’autres souvenirs… je suis complètement pur des Francos.

Tu as fait un concert tout à l’heure sur la scène du port. Il s’est bien passé ?

L’accueil a été génial. Je vais faire un autre concert au Chapitô des Francos. Il fait beau, l’ambiance est belle, on mange bien, on voit des concerts très intéressants, on rencontre plein de copains parce que tout le métier est là. Je suis heureux.

Clip de "Poésies".

J’ai lu quelque part que tu es le chainon manquant entre Souchon en PNL.

C’est un compliment, je les adore. Je suis même extrêmement fans des deux. Ça me va donc très bien.

Tes textes sont terribles de tristesse, de doutes, d'errance, de désenchantement, de grisaille urbaine, d'honnêteté. Ils sont parfois impudiques, mais je sais que tu l’assumes parfaitement.

C’est parce que j’ai écrit les chansons de cet album sans savoir qu’elles sortiraient un jour, du coup, je n’ai eu aucun frein. Je les ai écrites vraiment pour moi, je suis donc absolument impudique dedans. Le paradoxe aujourd’hui, c’est que, du coup, en interview, je n’aime pas expliquer mes chansons parce que je suis timide et pudique en vrai. Et puis, j’estime que tout est dit dans mes textes. Ce que je raconte est clair, premier degré et autobiographique. Qu’ajouter de plus ?

Tu abats les cloisons entre le hip hop, l’electro, la chanson et le dub.

Ce sont toutes les musiques de j’aime. Je fais partie de cette génération où on a moins de cloisons entre les musiques parce qu’on peut la consommer plus facilement avec internet, parce qu’il y a moins de cases et de castes et enfin  parce que le monde est de plus en plus ouvert.

Clip de "J'attends en bas".

Tu aimes beaucoup les punchlines, mais sous anxiolytiques.

C’est ma culture hip hop… et les anxiolytiques, c’est ceux que je prends le soir.

Le succès de ton album t’a étonné ?

Complètement. J’ai fait ce disque dans ma chambre, aujourd’hui, je suis aux Francofolies même pas  un an après l’avoir fini. Je l’ai mixé et enregistré tout seul, je me suis écouté à 100%, j’ai été honnête avec ce que j’avais envie de dire. Le fait qu’il y ait des gens qui l’apprécient ou qui le détestent, bref, qui ont un avis là-dessus, je trouve ça complètement incroyable.

Tu as passé 10 ans à travailler avec d’autres artistes dans le domaine de la variété, tu connais tous les tralalalas de ce métier, aujourd’hui, tu te retrouves de l’autre côté, ça t’amuse tout ça ?

Je connais la majeure partie des acteurs de ce métier. Ils savent d’où je viens, ils savent pourquoi je suis là aujourd’hui, je pense qu’il y a une forme de respect.

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Cet après-midi, à La Rochelle, après l'interview…

12 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : Interview de Chevalrex

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(Photo : Matthieu Zazzo)

francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandorAprès un premier album, Catapulte, à tirage réduit (200 exemplaires), et un second en 2016, Futurisme, qui l’a fait un peu plus remarqué, voici le troisième album de Chevalrex, Anti Slogan. Il poursuit sa quête d’une musique fantasmée entre chanson minimale, symphonie de poche, vignette sixties, collage sonore. Dans Télérama, Valérie Lehoux dit de lui : « Si discret soit-il, Chevalrex mérite qu’on lui donne les moyens de se faire entendre. Une sorte d’Yves Simon des temps nouveaux, qui aurait gagné du souffle à côtoyer Georges Delerue ou François de Roubaix. Et dont les chansons, même traversées de doutes et de heurts, prennent le parti de l’existence. » Pas mieux.

Aux Francofolies, Chevalrex a fait un carton. L’occasion de le rencontrer aujourd’hui.

Argumentaire de presse officiel : francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandor

Rémy Poncet, l’homme derrière Chevalrex, s’est d’abord fait connaître par son album Catapulte, un album lo-fi fait maison. Il rejoint ensuite Vietnam pour Futurisme, un second album auquel Télérama attribue la note maximale de 4 clés : «Ses chansons naviguent entre pop symphonique et chanson fine, confidences et lyrisme», Chevalrex “s’inscrit dans le fil d’une chanson française porteuse de sens”. Libération, Les Inrocks ou France Inter s’enthousiasment eux aussi pour cet «authentique génie» et parlent de «symphonie de poche». Avec Anti slogan, il n’est plus question de «musique de poche», l’ambition va bien au-delà, et Chevalrex s’entoure cette fois ci d’un groupe mais aussi d’un véritable orchestre de cordes pour propulser sa musique dans une toute autre dimension lumineuse, intime et raffinée.

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francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandorInterview :

J’ai l’impression que cet album Anti slogan est l’album qui t’a révélé à plus de médias et à un public plus large.

Le premier disque que j’ai sorti, Catapulte, je l’ai sorti seul sur ma propre structure. Il n’y a eu aucune promo, ni aucune existence à part mon propre réseau. Le deuxième disque, Futurisme, c’était un peu la même chose, même si je l’ai sorti sur le même label que le nouveau. Je continuais à travailler comme graphiste à côté de ce que je faisais en musique, bref, je travaillais un peu en dilettante. Pour Anti slogan, j’ai décidé de faire les choses sérieusement. Je me suis consacré à l’écriture et à la musique avec d’autres musiciens. J’ai fait un pas pour essayer de vivre de mes chansons.

Les médias, toujours aussi originaux, disent que tu es la nouvelle révélation pop. Comment le prends-tu ?

Même si je ne suis pas dupe, c’est plaisant. Je n’ai eu aucune mauvaise critique sur ce troisième album. Ceux qui n’ont pas aimé n’en ont pas parlé. Avant Chevalrex, j’écrivais déjà des chansons, je jouais dans des groupes, mais toujours hors du cercle médiatique. Sur Futurisme, je commençais à avoir de discrets retours et déjà, ça me faisait plaisir. Ça m’a même incité à tenter la chose plus loin encore. Du coup, j’y suis allé à fond.

Clip de "L'adversaire".

Tu écris des textes que l’on pourrait qualifier de « littéraire ». Lors de l’enregistrement de ton disque, tu lisais Simone de Beauvoir. Je crois savoir que cela t’a influencé.

J’ai commencé à écrire ce disque lors de l’été 2016 et, effectivement, je lisais les œuvres autobiographiques de Simone de Beauvoir. Comme elle, j’ai toujours évoqué dans mes textes ces histoires d’émancipations, de liberté, de la famille et des rapports sociaux. Je me sens très proche de sa pensée, cela a donc dû m’influencer. Pour moi, elle a été une caution intellectuelle. Je me suis dit : « Ok ! C’est ça qu’il faut faire ! »

C’est pour ça que dans tes textes, il y a du sens profond.

Chacun peut trouver le sens qu’il veut dans mes textes. C’est vraiment une histoire de perception. Je n’ai surtout pas la prétention d’affirmer que mes chansons ont un sens profond. J’essaie d’y mettre ce qui vibre chez moi, ce qui m’intéresse.

Clip officiel de "Bonjour, c'est moi".

On dit de tes textes qu’ils sont intimes. Le sont-ils vraiment ?

C’est un jeu. Il y a beaucoup de textes qui parlent de moi et d’autres pas du tout. J’aime bien les auteurs qui travaillent autour de l’autofiction. Je m’implique dans la narration, mais ce n’est pas forcément moi. Il y a aussi des choses inconscientes qui jaillissent de moi…

Nous sommes aux Francofolies, ça te fait quelque chose de t’y produire ?

Il y a quelque chose de symbolique de jouer ici. C’est une sorte de validation de la grande famille de la chanson française. Je me dis que c’est possible d’exister en restant sur son écriture.

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : interview de Foé

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Foé est l’une des grandes révélations de la chanson de cette année. Cette année, aux Francofolies, il s’est produit sur différentes scènes. Ce samedi 14 juillet, à 17h00, à la maison des Francofolies, les Francofolies de La Rochelle et les éditions Raoul Breton vont remettre le Prix Félix Leclerc dont il est le lauréat 2018.

Je l’ai rencontré cet après-midi.

29541719_527403484326917_8399696509303127369_n.jpgBiographie officielle :

Chad Boccara, producteur et manager, tombe sur une de ses vidéos postées sur YouTube. Curiosité immédiate et sensation de tomber sur une pépite en or massif. Il prend le jeune toulousain sous son aile. Avant cette rencontre déterminante, Foé embrasse un itinéraire musical plutôt commun: cours de piano à domicile de l'âge de huit à quinze ans, apprentissage de la guitare dans une MJC de quartier, groupe de lycée tendance rock alternatif et dans lequel il écrit en anglais. A la maison, beaucoup de musique classique. Lui carbure plutôt à AC/DC, Red Hot Chili Peppers, Alt-J, Stupeflip et rap américain. Très peu, ou plutôt quasiment pas, de chansons françaises. Il exprime rapidement un désir tenace d'évasion sonore. Ni vitesse ni précipitation. De toute façon, les parents exigent qu'il décroche un diplôme. Chose faite l'an dernier avec l'obtention d'un DUT génie mécanique et productique, spécialité aérospatiale.

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IMG_4681.JPGInterview :

2018 est un peu ton année.

Oui, j’avoue, il se passe beaucoup de choses pour moi cette année. Tout est allé très rapidement, il parait que c’est assez rare dans le métier, à ce point-là.

Le fait d’être aux Francos représente quelque chose pour toi ?

J’ai d’abord fait les Chantiers des Francos pour apprendre notamment la gestuelle et la présence scénique. Aujourd’hui, me retrouver sur des scènes officielles des Francofolies est symboliquement très fort.

Clip de "Bouquet de pleurs".

Tu es comparé à des grands de la chanson alors qu’à la base, dans ta jeunesse, tu écoutais surtout du classique.

J’ai appris le piano et beaucoup écouté Rachmaninov ou Bach. J’ai commencé la musique au conservatoire. Ensuite je me suis mis au piano, vers mes 8 ans. Plus tard, j’ai aimé le hard rock. Je n’avais quasiment pas de connaissance en matière de chanson française. C’est aujourd’hui que j’en écoute beaucoup. J’en avais un peu  marre de ne pas connaître l’œuvre de ceux avec lesquels on me comparait. Un jour, j’ai commis une énorme bourde sur une grande radio, j’ai parlé de Léo Ferrer. Là, je me suis dit qu’il y avait urgence à parfaire mes connaissances (rires).

Tu es jeune, te laisse-t-on libre de tes choix artistiques ?

Complètement. Je vais vers la musique que j’ai envie de faire et d’entendre. 

Ton album est très diversifié. Il y a autant de ballades que de chansons electro-pop rythmés, mais il en ressort tout de même beaucoup de mélancolie.

Oui, je dois l’être un peu, mais je ne m’en rends pas bien compte. Ces chansons ont quelques  années maintenant. Je ne sais pas si je vais continuer sur cette trace-là ou si je vais explorer d’autres terrains. C’est encore trop tôt pour savoir.

Clip de "Mommy".

Tu as eu le temps d’aller voir d’autres artistes ici ?

C’est un peu compliqué. On m’emmène à droite à gauche et je n’ai pas vraiment le temps de me poser pour voir mes collègues. Je le regrette un peu, mais je ne suis pas ici pour ça, donc, je ne me plains pas.

Tu es de Toulouse, tu habites toujours là-bas, chez tes parents. Pourquoi ?

Ça me permet de garder les pieds sur terre. Quand je ne suis pas en représentation à la télé, à la radio ou sur scène, je redeviens l’enfant de mes parents. Je ne peux donc pas péter les plombs. 

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : Les siestes acoustiques de Bastien Lallemant

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Dans le cadre des Francofolies de La Rochelle 2018, les tours de La Rochelle accueillent Bastien BANDEAU BASTIEN LALLEMANT.pngLallemant (mandorisé làcompositeur-interprète, à la tour Saint-Nicolas pour des siestes acoustiques !

Comme l’indique le dossier de presse, « derrière les siestes, il y a une volonté simple : celle de proposer un spectacle sous le signe de l’imprévu et qui soit aussi divertissant pour le public que pour les artistes. Pour garder leur spontanéité, les siestes sont uniquement répétées le jour-même, dans les heures précédant l’ouverture des portes. Le répertoire est composé aussi bien d’originaux que de reprises, de duos que de collaborations. »

C’est ainsi que Bastien Lallemant conçoit ses Siestes Acoustiques que la Tour Saint Nicolas accueillera le 12, le 13 et le 14 juillet. Et surprise plus que délicieuse, une sieste acoustique Francos Juniors sera organisée le 13 juillet !

IMG_4675.JPGInterview :

C’est quoi une sieste acoustique ?

Il y a des matelas, des coussins, nous sommes allongés le plus confortablement possible, comme à la maison. Il n’y a pas de sono, juste des musiciens qui pendant une heure vont faire se croiser des chansons qui vont se suivre sans qu’il y ait d’applaudissements entre elles. Ce n’est pas un spectacle, mais un moment de détente absolue. On peut dormir ou ne pas dormir, regarder ou ne pas regarder... et se laisser aller. Ça se passe dans l’économie, le silence et la douceur. La douceur est le mot qui correspond le mieux à l’exercice.

C’est la première fois que tu viens aux Francos avec les siestes acoustiques ?

Oui. Je suis content, car ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée, ce sont eux qui m’ont invité. Les siestes acoustiques voyagent dans un certain nombre de festivals, mais principalement les festivals littéraires, parce que ces siestes sont montées en mettant en relation musiciens et auteurs.

Etre ici, qu’est-ce que ça t’apporte ?

C’est l’occasion de travailler avec des gens qui sont ici plus souvent que moi, comme Albin de la Simone, Pascal Parisot, Emily Loizeau, Pierre Lapointe et Gaël Faure

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Une sieste acoustique...

Tu es l’artisan de ses siestes, tu es donc celui qui choisit les artistes.IMG_4672.JPG

Je tiens à ça, même si je suis très ouvert. J’invite des amis, des amis de mes amis. Tout ceci se fait naturellement. Il y a ici des artistes présents à ces Francos que j’aurais aimé intégrer, mais les horaires ne correspondaient pas.

Comment expliques-tu le succès de tes siestes ?

C’est un projet qui ne s’épuisent pas parce qu’il se renouvelle continuellement. Le public apprécie, car ce n’est jamais le même répertoire. Tu peux venir 10 fois, 10 fois, ce ne sera pas la même sieste.

Tu y puises quoi ?

Beaucoup de choses. C’est un laboratoire de musique. Connaître la mécanique des autres artistes est passionnant. Entendre des voix comme celles de Camélia Jordana ou Vanessa Paradis te susurrer aux oreilles des chansons, c’est une inexpérience qu’on n’oublie pas.

Informations pratiques :

Le 12 juillet à 16h30
Le 13 juillet à 10h30 (Francos juniors) et 16h30
Le 14 juillet à 16h30
Tour Saint-Nicolas
Tarif : 15 euros (10 euros pour les Siestes Francos Juniors)
Réservations : Ici

08 juillet 2018

Arman Méliès : interview pour Echappées Belles volume 1

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorDire que Vertigone m’avait bouleversé est un euphémisme (voir ici). J’aime Arman Méliès (mandorisé aussi ) parce qu’il me touche, que sa voix m’impressionne et qu’il prend un malin plaisir à dérouter son public en prenant constamment des directions différentes, donc en prenant des risques. Ne pas se répéter, aller de l’avant, tel a toujours été l’objectif d’Arman Méliès depuis son premier album.

Mélancolique et inspiré, plus cinématique que jamais, il nous  revient avec un hommage à la nouvelle scène féminine française. Cette première Échappée Belle est constitué de quatre reprises de Maissiat, Blondino, Fishbach et Juliette Armanet et de deux inédits pour vingt minutes de musique enregistrée dans son home studio et mixée par Pierre Antoine. De très bonnes chansons retravaillées à sa façon, tant et si bien qu’on a l’impression que ces titres lui appartiennent. L’intensité de son interprétation ajoutée à l’instrumentation sophistiquée me laisse pantois d’admiration. Il ne faut pas hésiter à s’immerger dans cet univers, d’écouter et de  réécouter pour tirer de cet EP toutes les richesses qu’il contient.

Le 13 juin dernier, Arman Méliès m’a donné rendez-vous dans un bar près de chez lui pour évoquer ce premier volume de ces Echappées Belles (à écouter là).

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorInterview :

Cet EP a surpris tout le monde. Peut-on dire que c’est un disque entre-deux ?

Oui, un autre « vrai » arrive début 2019. Il est déjà totalement écrit et arrangé, mais il y a encore beaucoup de travail d’enregistrement. Echappées Belles est plus récréatif, même si je l’ai fait sérieusement et avec le cœur.

Cela dit, même si tu n’interprètes que des reprises, on a l’impression que ce sont tes propres chansons tant tu as su intégrer ton univers.

Une des gageures était de se réapproprier ses chansons qui sont déjà très fortes. Si je les ai choisies, ce n’est pas un hasard. Ce sont des chansons qui sont importantes et intimes pour moi et dont certaines me suivent depuis deux ans. C’est bien beau de se dire « j’adore cette chanson, je vais la reprendre parce que j’ai l’idée d’un EP de reprises qui serait une sorte de chemin de traverse par rapport à mon parcours initial », mais en fait, il faut trouver l’angle pour la reprendre sans la dénaturer, sans la rendre moins bonne que l’originale et se la réapproprier. J’ai voulu habiter ses chansons de manières différentes. C’est plaisant de donner un nouvel habit à des chansons qui existent dans un format bien défini. J’ai beaucoup de respect pour ces chansons et ces chanteuses, il ne fallait donc pas que je me loupe.

Cet EP s’est fait très rapidement.

C’est une idée qui me trottait depuis quelques temps, mais j’hésitais car j’étais pris par pas mal d’autres choses. Quand je me suis décidé en mars de cette année, j’ai tout enregistré en avril. J’étais seul à la barre, c’est moi qui enregistrais et qui jouais tous les instruments hormis le saxophone. Il n’y avait pas d’histoire de planning à caler et de studio à trouver.

Le premier morceau que tu as repris est « Bleu » de Mondino.

Oui, et c’est ce qui m’a donné de faire cet EP. C’est un morceau que je jouais seul pour mon  propre plaisir. En l’enregistrant, j’ai été surpris de devoir m’y reprendre à plusieurs fois. Je me suis rendu compte que ce qui marchait en guitare-voix pour moi, ne fonctionnait plus une fois posé sur bande. Il y avait des nuances harmoniques que je n’avais pas saisies. Le phrasé que Blondino utilise sur le titre nécessite que la rythmique générale du morceau soit en accord avec ce phrasé. J’avais essayé de m’en détacher un peu, j’ai dû faire machine arrière.

Clip de la chanson de Maissiat, "Le départ".

Tu as eu peur de décevoir les interprètes originaux ?

C’était la principale pression. Le fil conducteur était que je puisse faire en sorte d’amener ma patte et ma singularité dans les morceaux sans trop les bousculer. Je ne voulais pas heurter les chanteuses. Quand on est très attaché à une chanson et à son interprétation, quand on l’a écrite, quand on l’enregistre, quand on tourne avec, si quelqu’un en fait n’importe quoi, je sais que cela peut être blessant.

Tu les as toutes contactées avant d’enregistrer les titres ?

Oui. Je leur ai évidemment demandé la permission. Pas pour des histoires de droit parce qu’on est libre de reprendre des chansons, mais par correction.

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Tu as bien éduqué ton public, il a l’habitude des changements d’Arman Méliès. Il prend ce que tu lui proposes.

Oui, j’ai cette chance d’avoir un public très fidèle et qui aime bien mes contre-pieds professionnels.

Toutes ces chanteuses connaissaient ton univers ?

Celle que je connaissais le moins, c’était Fishbach, mais elle a enregistré son album avec Antoine Gaillet qui est la personne avec laquelle j’ai enregistré tous mes disques. Ca rapproche. Même si on ne se connait pas, il y a un univers commun et des références communes.

Elles ont toutes accepté facilement ?

Oui. Tout le monde a considéré l’idée bonne et avait hâte d’écouter ce que ça allait donner.

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Juliette Armanet et Arman Méliès dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale" sur France Inter.

arman méliès,echappées belles,interview,mandorTu as choisi trois chanteuses un peu pop electro, sauf Juliette Armanet. Et bien ça marche quand même ! Ça a été difficile de la reprendre ?

Non. C’est parfois plus compliqué quand l’esthétique musicale est proche de la mienne. Le risque est de faire presque la même chose en moins bien.

C’était compliqué de choisir parmi toute cette nouvelle génération de chanteuses ?

Pas tant que ça parce qu’au moment où je me suis dit que j’allais faire ce disque de reprises, j’en avais plein en tête. Il fallait juste que je trouve des chansons qui me plaisent, qu’elles soient adaptables par moi seul dans un studio et que l’ensemble musical soit cohérent. Les chansons choisies se sont imposées assez vite, même s’il y avait d’autres chansons que j’avais très envie de reprendre.

Elles seront sur le volume 2 alors ?

Peut-être, mais ce n’est pas certain. Je ne sais pas encore si le volume 2 sera des reprises de jeunes femmes.

Tu as prouvé que des chansons que l’on croyait féminines pouvaient devenir masculines.

C’était aussi ce que je voulais montrer. C’est dans l’air du temps de donner sa vraie place à la femme dans la société, parce que dans énormément de domaine elle est sous représentée. Si on reconnait du talent à ces jeunes femmes, c’est qu’elles sont merveilleuses. Point barre. Et je vais être très sincère, pour moi, l’avenir de la chanson française, ce sont elles. C’est ce qui se fait de mieux actuellement, c’est aussi pour cela que j’ai voulu les reprendre.

Tu te sens concerné par les #MeToo, #BalanceTonPorc et par la libération de la parole des femmes ?

En tant qu’homme, c’est toujours  un peu délicat de se positionner par rapport à ce discours. On peut vite être taxé d’opportuniste. Dire qu’on a toujours soutenu la condition féminine est très facile à dire, alors que l’on peut se comporter comme un goujat chez soi ou dans son métier. Pourtant la parole masculine a aussi sa place dans ces revendications féministes. Je ne me sentais pas de faire de long discours, mais reprendre ces chansons est aussi un geste féministe, même si j’ai mis de côté la thématique féministe dans le choix des chansons.

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Pendant l'interview...

Chaque homme à sa part de féminité, as-tu fait ressortir la tienne ?

J’ai surtout l’impression de l’avoir sorti depuis longtemps sur d’autres disques et certaines interprétations. Sur cet EP, il n’y avait pas la volonté de chercher une part de féminité en moi. Le challenge de faire honneur à ces chansons était déjà suffisant pour moi.

C’est un disque autoproduit ?

Oui, j’ai monté mon propre label, Royal Bourbon. Il est destiné à sortir tous les projets parallèles que j’ai dans les tiroirs ou des projets de gens qui me sont proches et que j’aime beaucoup qui ne nécessitent pas l’armada promotionnelle habituelle qu’une sortie nationale exige. On va essayer de sortir à chaque fois des objets singuliers et beaux pour les amoureux du disque physique.

Il y a une imagerie Arman Méliès sur les visuels des albums et dans les clips… très mystérieux.

Pour moi, tout est lié. Dans mes textes, je prends un malin plaisir à ne pas tout divulguer. Je laisse des pistes pour que chacun puisse se faire son interprétation, du coup, les visuels et les clips peuvent aussi aider à une meilleure compréhension ou à ajouter des possibilités et de l’imaginaire.

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Le 13 juin 2018, après l'interview.