21 mai 2013

Mandor mandorisé (par Thierry Cadet)

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Il y a quelques semaines…

Thierry Cadet : Mais, pourquoi tu n’as jamais été mandorisé toi ?

Moi : Ben, je ne vais pas m’auto-interviewer quand même… et puis, tu sais, égocentriquement parlant,  je suis déjà allé très loin, je ne vais peut-être pas ajouter une dernière couche.

Thierry Cadet : Si. Tu parles souvent de toi, mais pas vraiment. Ce serait bien que tu te dévoiles réellement. Que je prenne ta place de Mandor, que tu ailles t’installer sur le canapé et que j’essaie d’aller plus loin, de découvrir des trucs que tu n’as jamais racontés sur ta vie.

Moi : Bon, si tu y tiens. L’exercice peut-être amusant. Même si j’émets quelques bémols sur l’intérêt de la chose pour les lecteurs de ce blog.

Thierry Cadet : Tu passes ton temps à parler des autres pour parler de toi. Cette fois-ci, sois moins faux-cul, vas y carrément.

Moi : Thierry, tu es dur avec moi.

Evidemment, j'ai exagéré la teneur exacte de cette conversation, mais en substance, c’est à peu près ça.

Thierry Cadet est un ami. Il est aussi journaliste (Horscène),  animateur (Melody 90 sur la chaîne Melody), chanteur, cofondateur du Prix Georges Moustaki et membre du jury (comme moi) du Pic d’Or. Il a été lui-même mandorisé (le serpent qui se mord la queue, donc).

Je le sais sensible, clairvoyant, malin et profond, je n’ai pu résister à sa proposition, même si j’ai bien conscience que s’adonner à ce genre d’exercice sur son propre blog est un peu fort le café. Mais, le café fort est ma drogue.

(Tous les liens de cette chronique aboutissent sur ce blog).

621567_10151199120943674_1613103305_o.jpgInterview:

Ça m'intéresse de rencontrer l'homme plus que le journaliste. Tu déshabilles les autres, mais on n'en sait finalement très peu sur toi François, d'où es-tu originaire ?

Je suis né à Lyon en 1967. J'y suis resté jusqu'à l'âge de 2 ans, c'est dire si je connais bien cette ville (sourire). En fait, je suis fils d'un médecin militaire spécialisé dans la médecine tropicale, j'ai donc bougé tous les deux ans, et très vite j'ai habité dans les pays chauds, Martinique, Guadeloupe, Afrique au Gabon... et finalement j'ai connu très peu la Métropole. Je ne suis arrivé ici qu'à l'âge de17 ans. Ensuite j'en ai eu ma dose des pays chauds et j'avais surtout une envie effrénée de culture française. Je m'y suis mis sur le tard, et j'ai tout dévoré. Pour la littérature et la chanson française en tout cas.

Dans quelle ville française as-tu atterri à l'âge de 17 ans ?

Alors là pareil, j'ai beaucoup bougé. C'est probablement dû au fait que mon père ait beaucoup bougé avec moi petit (sourire). J'ai commencé par Montpellier, puis Strasbourg, Limoges…

Te considères-tu comme un homme sans attache ?

J'ai des attaches mouvantes (sourire). Autant professionnellement que dans le domaine privé. Je n'ai pas tellement de racines, c'est vrai.

Que faisait ta maman ?

Elle était femme au foyer, mais elle est décédée quand j'avais 15 ans (ému). Je ne vais pas te mentir. Elle est morte d’une cirrhose ou de tristesse, je n’ai jamais vraiment su. Je mène depuis des mois une enquête longue et peu joyeuse autour de sa vie afin d'écrire un livre dans laquelle la petite histoire rejoint la grande.

Écoutiez-vous beaucoup de musique à la maison ?

À la maison, beaucoup de musique française. Ma mère adorait Salvatore Adamo, Julien Clerc, Charles Dumont, Joe Dassin, Richard Cocciante, ou Eva une chanteuse allemande qui reprenait des chansons de Barbara, Anne Sylvestre et Marlene Dietrich... Mon père, lui, n'écoutait pas beaucoup de musique. Il écoutait ce qu'écoutait ma mère.

Selon toi, d'où vient ta passion pour la musique ?

Ma passion provient des problèmes familiaux que j'avais. Ces derniers m'ont permis de m'évader dans la musique, et surtout la radio. Je m'y suis enfoui.

img356.jpgEnfouir ou fuir ?

Un peu des deux certainement (sourire). J'avais une passion pour la radio. J'écoutais les hit-parades, les émissions qui recevaient les artistes, c'est devenu très tôt mon univers finalement. J’étais fan de Jean-Loup Lafon (photo à gauche) ou de François Diwo sur Europe 1.

Auprès de quel chanteur t'évadais-tu étant petit ?

Daniel Balavoine en 77/78. J'étais un vrai fan (sourire). Et puis Souchon, Cabrel, Jonasz, beaucoup de chanson française, très peu de variété internationale. Je peux en écouter, mais sans plus.

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Daniel Balavoine (1984)

Et quand on te demande de chroniquer des disques internationaux ?

J'écoute, j'ai bien sûr une culture, mais je me sens spécialisé dans la chanson française. Cela dit je suis très ouvert, et je suis obligé de l'être puisque mon boulot m'y incite. Mais chez moi, quand j'écoute un disque, ma démarche est d'aller chercher un disque français. Toujours.

Par quelle activité as-tu débuté ?

Par la radio, à Kourou en Guyane française. Mon père avait été muté là-bas. J'avais 15 ans, ma mère venait de mourir. On était en 1982, j'écoutais toujours beaucoup la radio, et je venais de gagner un jeu à la con. Je suis donc allé chercher mon lot, et j'ai demandé "y'a pas une place pour moi ?". Le Directeur m'a dit "si, si, tu peux faire le hit-parade". J'étais nul à chier, j'avais une voix de merde (rires) ! Mais j'ai fait mes armes comme ça, de 82 à 84, bénévolement. Et puis après, je suis arrivé à Montpellier, j'avais 17 ans. J'ai travaillé sur plusieurs radios, mais payé cette fois.

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RFM 90 Kourou (1983)

Radio + par exemple ?

Non, ça c'était en Guyane, à Kourou. Tu ne comprends rien à ma carrière, hein? Je t'avoue, moi non plus parfois (sourire). Bref, je suis revenu quelques années plus tard une seconde fois de 1988 à 1992.

Tu as déclaré "je n'écris pas sur les gens que je n'aime pas humainement." Mais comment fais-tu lorsque tu dois écrire sur des gens que tu n'as jamais rencontrés ?

(Rires) Alors ça, j'ai dû le dire pour mon blog Les chroniques de Mandor, où j'invite qui je veux. En revanche, pour les journaux ou pour "CD'Aujourd'hui", même si je n'aime pas la personne, je le fais quand même. C'est mon travail (sourire). Mais je ne déclinerai pas en version longue pour mon blog si je n'aime pas la personne. Quelquefois ça me coûte, parce que si je n'aime pas la personne, mais que j'aime bien le disque, ça me fait chier. Mais c'est rare.

As-tu été agréablement surpris par un artiste dont tu n'aimais pas l'univers justement ?

Oui, c'est arrivé, même si à priori je n'irais pas vers quelqu'un que je n'aime pas. Cela dit, le cas s'est très peu trouvé. Je suis curieux, je vais voir et je juge par moi-même.

pascal-obispo_2845_w250.jpgEt l'inverse ? Être déçu par un artiste alors que tu aimes ce qu'il fait ?

Oui, Pascal Obispo. Il a été exécrable avec moi, alors que je venais en ami. Je trouve qu’il est l’un des meilleurs mélodistes français. Je le pense toujours. Pendant une interview, au sortir des Victoires de la Musique, c'était un lundi, la cérémonie avait eu lieu le samedi précédent, et il l'avait eu cette Victoire, enfin. Tout naturellement, j'ai débuté l'interview avec ça. "J'en ai marre qu'on me parle de ça, c'est pas très original, question suivante" m'a-t-il rétorqué. Au bout de trois ou quatre réponses de cette nature-là, je me suis levé et je suis parti. L'attachée de presse m'a rattrapé, je suis revenu, je me suis rassis, mais l'interview était nulle, évidemment. Il avait tout cassé. Suite à ça, j'ai fait un article dans le magazine de Virgin, dans lequel j'expliquais qu'il reniflait le cul des gens avant de se livrer (sourire). J'ai été banni de Sony pendant cinq mois, à cause de lui. Et puis un jour, comme je traînais dans des journaux qui étaient tirés à 200 000 exemplaires, ils ont fini par dire "OK, il peut revenir chez Sony".

Bravo...

Je n’en tire pas gloriole, cette histoire m’emmerde. Je le répète, j’aime cet artiste très créatif. Bon après, ça s’est arrangé. Obispo m'a invité dans son studio perso pour la sortie des albums suivants et je l’ai interviewé de nouveau. Ce n’est pas très chaleureux quand je le vois, mais chacun fait son travail.

Tu as rencontré Balavoine avant qu'il nous quitte, Goldman avant "Génération Goldman", Calogero avec des cheveux, Céline Dion avec sa dentition originale...

Et avec sa nouvelle dentition (rires) !

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Céline Dion (1986)

Te considères-tu comme un privilégié, une espèce de vétéran finalement ?

Oui. Mais c'est le temps qui fait ça. Ça te met aussi le nez dans le caca, ça sous entend que tu es vieux (rires). C'est surtout quand tu discutes avec des gens plus jeunes qui font le même métier que toi que tu t'en rends compte... (sourire). Dès que je parle des années 80, là je vois la différence, je comprends qu'on ne fait pas partie de la même génération. Ce qui m'a surpris avec le film "Stars 80" par exemple, c'est qu'il célèbre des gens devenus cultes, que j'ai vécu ces années-là, et que certains, comme Mader, étaient même des potes. J'avais déjà vu tout ça, mais en version originale (sourire). J'ai vécu la grande époque, et ça m'a fait quelque chose. Je ne me vois pas vieillir. Tu le sais aussi bien que moi, on fait un métier dans lequel on ne se voit pas vieillir. Je suis dans un cycle où je m'aperçois que les jeunes animateurs ou journalistes sont impressionnés par mon parcours. Alors, c'est bien, parce que ça satisfait mon ego, mais en même temps, ça fout un coup (sourire).

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Jean-Pierre Mader à l'Ile Royale en Guyane Française (1988)

Quelle a été ta rencontre la plus émouvante ?

Françoise Hardy, récemment. Alors que je ne l'aime pas spécialement en tant qu'artiste. Même si je la respecte, je n'écoute jamais Françoise Hardy. C'était chez elle il y a quelques mois, je devais l'interviewer une demi-heure, et ça a finalement duré une heure et demie. Elle ne voulait plus que je parte. Elle m'a confié des choses très émouvantes, et notamment qu'elle a conscience qu'elle est plus à la fin de sa vie qu'au début, et il s'est passé quelque chose immédiatement. Contre toute attente d'ailleurs, car on m'avait dit que Françoise Hardy n'était pas facile. Elle a été hyper adorable.

Comme quoi les "on-dit"...

Après, je pense que c'est dû aussi à mon comportement. Une interview c'est toujours un échange. Si le journaliste est con, l'artiste sera con. Mais c'est un très beau souvenir... Françoise Hardy c'est un monument quand même, mes parents l'écoutaient quand j'étais jeune, et toi tu es là, tu la vois un peu diminuée, ça te fait quelque chose. Je suis ressorti avec presque les larmes aux yeux. Elle m'a beaucoup touché, alors qu'à la base je ne suis pas du tout attaché à cette personne. Je ne sais pas si tu as lu son dernier livre L'amour fou qui est sorti chez Albin Michel ?

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Françoise Hardy (2013)

Non, j'ai lu son livre précédent Le désespoir des singes... et autres bagatelles.

Tu as lu sa biographie, mais là c'est un roman sur l'amour.

Avec un parallèle sur son couple...

Bien sûr. Mais c'est énorme, alors qu'il est censé être là pour les fans, ce livre m'a bouleversé. Et je le lui ai dit. Donc ça l'a touchée que ça m'ait touché, du coup c'était fort (sourire).

Ne serait-ce pas ta part de féminité qui parle à ce moment-là ?

C'est sûr. J'en ai une que je revendique d'ailleurs. Je vais te dire sinon, ce qui me touche c'est de rencontrer des gens que ma mère aimait. J'ai donc délibérément interviewé Alain Barrière, c'était l'un des chanteurs préférés de ma mère, Salvatore Adamo, Julien Clerc. Et j'ai l'impression que ma mère est là, avec moi. C'est comme un hommage à ma mère (ému).

Charles Dumont pas encore ?

Pas encore (sourire). Je ne suis pas fan de ce qu'il fait, et puis l'occasion ne s'est pas encore présentée. Mais si elle se présentait, je le ferais.

Tu as déclaré ne jamais dire du mal ou te moquer des artistes, ce que tu ne fais pas d'ailleurs, mis à part sur Facebook où là tu te lâches souvent...

(Sourire) Oui, mais tu remarqueras que je tempère toujours. Je ne juge pas les artistes, mais je juge le projet, ce qui n'a rien à voir ; comme le contesté "Génération Goldman" par exemple (sourire). Oui là, c'est vrai que j'aime bien tacler le projet, mais M. Pokora c'est quelqu'un que j'aime beaucoup humainement. Je n'ai pas envie de le casser. J'ai 45 ans, M. Pokora ne fait pas de la musique pour moi... et surtout là, il y a l'humain derrière, qui est adorable. Et je le respecte. Mais voilà, après je trouve que c'est mauvais comme concept. Cela dit, tu peux creuser, tu ne trouveras jamais quelque chose de méchant dans ce que j’écris en public, jamais. Je serais même plus à défendre certains ou certaines, comme Nolwenn Leroy ou Céline Dion, dont je parle sur mon mur parce que je les ai rencontrées. Tu as malheureusement toujours des connards qui attaquent direct dans les commentaires.

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Être indirectement associé à ces commentaires ne te pose pas de problème ?

Non, parce que déjà si quelqu'un part en couilles, je réagis et je lui demande de se calmer en message privé. Je suis très vigilant sur les commentaires. Mais je vais te dire, j'ai été déçu par quelques amis à cause de ça (sourire). Peu, mais quand même. J'adore Facebook, comme tu as pu le constater, parce qu'on peut très vite cerner les gens, j'en suis persuadé, c'est très facile. Ce qui est horrible d'ailleurs, car parfois tu vois des gens tels qu'ils sont, alors que tu étais loin de te les imaginer comme ça. C'est fascinant. Toi, ton Facebook est à ton image par exemple.

C'est à dire ?

Tu parles de musique, de cul, on sent le mec passionné quoi ! (Rires)  C'est vrai que moi je suis un peu plus consensuel. J'ai la réputation du mec super gentil, presque béni-oui-oui (sourire). J’en suis parfaitement conscient. Hors je ne suis tellement pas ça !

Et professionnellement, que t'apporte Facebook ?

C'est très utile pour la communication, la promotion. Et puis ça a augmenté considérablement ma réputation, parce que tout d'un coup tu montres ce que tu fais. Ce n'est pas innocent si quand je rencontre un artiste, je me prends en photo avec et je la publie (sourire).

4204268109.JPGTu as déclaré que le seul dont tu t'autoriserais à te moquer, c'est toi. Si tu devais te moquer de toi là, qu'est-ce que tu me dirais ?

Je me moquerais de mon côté midinette que j'assume complètement d'ailleurs, sinon je ne ferais pas ce que je ferais. Je me moquerais de mon côté showbiz (sourire). Je sais très bien que me prendre en photo avec Adamo (photo à gauche en 2013) ou M Pokora participe à la réputation que j'ai du mec qui se fait prendre en photo avec n'importe quel artiste, sans discernement, toutes générations et tous genres confondus. 

Il y a un côté fan aussi..

Oui, il y a un côté fan (sourire). Mais c'est ce qui me permet d'être enthousiaste dans mon boulot ! Pourquoi j'aime réaliser n'importe quelle interview ? Parce que j'aime l'humain, j'adore être en contact avec des artistes. Ces gens-là font rêver les autres, mais me font rêver aussi. Et avoir l'opportunité de passer une demi-heure en tête à tête avec ces gens-là, je sais ô combien que c'est un privilège. Tous les jours je le sais. Mais quand je les rencontre, je ne suis absolument pas dans une position de fan. Je reste professionnel, je suis là pour faire parler leur âme. Mais après oui, je leur demande la photo (sourire). J'ai ces deux côtés-là.

Que réponds-tu aux détracteurs qui vont dire que les photos ou les commentaires que tu postes sur Facebook sont souvent too much ?

J'en ai rien à foutre d'être too much. Et il faut savoir que pour pouvoir faire ça, il faut déjà avoir du recul sur soi-même, car je sais bien que tout ce que je fais n'est pas formidable (sourire) ! Il faut donc faire preuve d'autodérision. En même temps, je sais très bien que les mecs, ça les fait marrer de me voir avec Céline Dion ancienne formule. Et puis je vais te dire, aujourd'hui je n'en ai pas tant que ça qui le pensent, les mauvais amis je les ai déjà éliminés... Mais je t'avoue que oui, parfois c'est hyper trop, j'en fais beaucoup (sourire). Mais qu'est-ce que ça va changer que les gens me critiquent ou pas ? Et surtout, je pars du principe que sur Facebook, tu peux paramétrer pour ne plus voir mes statuts. Si les gens restent, c'est leur problème.

Es-tu sur Twitter ?

Oui, mais je n'y vais jamais (sourire). Je n'ai pas le réflexe, et surtout 140 signes c'est très peu pour ce que j'ai à y dire. Je suis tellement accroc à Facebook, que ça m'empêche de l'être à Twitter.

Pour en revenir aux photos, y'a-t-il une photo que tu as regretté de ne pas avoir prise ?

Mais plein ! Parce que c'est parfois difficile, compliqué quand tu as quinze personnes autour de toi, ça dépend du contexte. Parfois tu es ridicule à vouloir prendre une photo. J'ai donc eu des gros loupés, que je n'ai plus en tête évidemment.

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Céline Dion (2013)

Ont-ils tous accepté ou as-tu essuyé des refus ?

Je n'ai jamais eu de refus. Et puis à partir du moment où Céline Dion a accepté, plus personne ne peut me refuser (rires). Par contre, on me demande souvent quelle en sera l'utilisation, je réponds bien sûr que c'est pour moi et que ça n'ira nulle par. Bon, ça finit 5 minutes après sur Facebook (sourire).

2011-02-23_14-01-19_info854_mandor.jpgParle-moi un peu de ton livre Les chroniques de Mandor...

C'est un livre de cinquante chroniques tirées de mon blog. Je n'ai fait qu'en retravailler certaines, et en ajouter deux ou trois qui ne sont pas sur Internet. Et puis surtout j'en ai inclus quelques-unes de très personnelles, parce qu'à un moment donné sur mon blog, je racontais un peu ma vie. Ce qui est lié à mon passé familial, et au pourquoi du comment je passe ma vie à rencontrer des artistes. Du coup, on ne parle pratiquement que de mes chroniques intimes, et très peu de celles qui concernent les artistes. En tout ças, ce livre m'a fait vivre pas mal de trucs sympas et, surtout, je me suis retrouvé de l'autre côté de la barrière.

As-tu conscience de faire rêver toi aussi ?

Oui, enfin, n'exagérons rien. Ce n'est pas moi qui fait rêver, c'est mon métier qui veut ça. (sourire).

Donneras-tu une suite à ton livre ?

Oui, je ferais bien un tome 2. Où rééditer celui-ci, mais en version arrangée et complétée parce que depuis la sortie du tome 1, j'ai interviewé beaucoup d'autres artistes importants. Avis à mes amis éditeurs. Sinon, comme je te le disais, je suis en train d'écrire un "roman" sur mon histoire familiale, finalement universelle. Ma mère est le fruit d'une relation sexuelle entre un soldat autrichien et sa mère, une femme de ménage qui travaillait dans un hôtel, à Vichy, lors de la seconde guerre mondiale. Cette femme a abandonnée ma mère à sa naissance et l'a "donné" à la patronne de l'hôtel.

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Goldman à l'Ile Royale en Guyane Française (1989)

D'où provient ce nom, Mandor ?

En fait, je suis fan de Goldman. Goldman = Man d'or. Sinon, pour être plus précis encore, j'ai écrit un roman dans les années 2000, qui n'a jamais été édité, et le nom du personnage de mon livre était déjà Mandor. Au moment d'ouvrir mon blog, il y avait mon manuscrit sur ma table, et c'est là que j'ai eu l'idée.

Pourrais-tu sortir ce bouquin aujourd'hui ?

Franchement il n'était pas très bon (dubitatif)... mais en le retravaillant peut-être.

Ce que peu de gens savent, c'est que tu as fait de la télévision aussi ?

Oui, j'ai commencé la télévision en 1988 à RFO Guyane, pendant quatre ans. J'étais quasiment le seul blanc à l'antenne, et donc assez connu en Guyane à cette époque (sourire). J'allais faire mes courses, j'avais des magazines de télé à la caisse avec ma photo en couverture (sourire). C'était de très belles années. Je faisais de la télé tous les soirs dans un pays que j'adorais, j'étais très bien payé, célèbre et reconnu à ma juste valeur pour une fois.

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Le TV Magazine d'avant mon départ de Guyane en 1992.

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Pourquoi, pour une fois ? Penses-tu ne pas être reconnu comme tu le devrais ?

Oui, clairement. Je pense que je suis un des journalistes qui a rencontré le plus de personnalités, mais le moins connu de France (sourire). Il y a un décalage énorme entre mon travail et ma notoriété. Je suis reconnu par mes pairs dans le métier, dans le milieu de la chanson française, mais le public ne me connait pas. Je n'ai jamais su me vendre pour aller plus loin dans ma carrière. Je suis trop dans l'empathie et l'honnêteté, ça ne marche pas tout à fait comme ça quand on veut faire de la télé ou de la radio à grande échelle. Je ne peux pas marcher sur les autres pour faire mon trou. Du coup, je suis là où je suis, mais en pouvant me regarder dans la glace.

2671633880.jpgCela dit, tu es sollicité par des tremplins afin de participer au jury, récemment le Prix Georges Moustaki, le Pic d'Or de Tarbes...

Le Pic d'Or a été très intéressant pour moi, au-delà de devoir voir les artistes qui n'avaient reçu aucun prix après leur prestation, et devoir leur expliquer pourquoi on avait fait tel ou tel choix, ça je n'aime pas, mais je me fais violence, j'ai fait mon marché là-bas. Ça m'a permis de rencontrer plein de gens et de les inviter ensuite. Manon Tanguy, Chloé Laum, Laetiket, Donoré, Tomislav, Pierrot Panse... On s'y est connu toi et moi aussi, c'est intéressant humainement (sourire). Je pense que toute opportunité est bonne à prendre quand tu sais que tu vas découvrir des gens. Après, c'est vrai que ça me flatte qu'on me le demande, je me dis que quelque part je suis crédible, reconnu par mes pairs. Tu vois, ça fait deux fois que j'utilise cette expression, ça doit m"obséder. Quand je me suis retrouvé au sein du jury du Prix Georges Moustaki, dans lequel il y a beaucoup de gens de magazines que je lis depuis longtemps, ça m'a fait plaisir. Et puis on se retrouve entre passionnés, c'est intéressant. Même si je pense être l'antithèse de tous les gens que j'ai vus au Prix Moustaki.

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Quelques membres du Prix Georges Moustaki.

Pour quelle raison ?

Parce qu'à l'inverse de "Platine", "Longueur d'ondes" ou "FrancoFans" qui sont indépendants, je travaille pour des magazines qui sont payés par des maisons d'édition ou des maisons de disque. Si tu veux, on peut considérer que je me prostitue. Je fais presque de la publicité par rapport aux autres magazines sus-cités qui vont, eux, choisir les artistes qu'ils mettent en avant. Dans mon travail, je dois toujours être positif. C'est-à-dire que si je n'aime pas, alors je ferai un article en citant juste ce qu'on retrouve dans le disque. Si j'aime, alors là je serai beaucoup plus enthousiaste afin qu'on voie la différence. Je ne peux pas du tout dire que ce n'est pas bien ou que je n'aime pas, parce que ce sont des magazines de magasins et que le but est que les gens achètent. On est dans le magasin, on feuillette le magazine.. Tiens ! On parle de "Génération Goldman",  je vais l'acheter. Par exemple, "Génération Goldman" je n'ai pas dit que c'était bien, j'ai juste dit ce qu'il y avait dedans (sourire). D'où mon envie de continuer le blog de Mandor, parce que là je peux écrire ce que je veux.

Tu es quelqu'un de très occupé, et pourtant tu trouves encore le moyen d'être un bon papa, mais comment fais-tu (sourire) ?

C'est simple, je sors très peu le soir. C'est bizarre d'ailleurs parce que quand tu interviewes des chanteurs, alors ils pensent que tu dois ensuite les suivre en concert régulièrement, comme une espèce de service après-vente. Je ne peux pas. Certains ne le comprennent d'ailleurs pas. Certains attachés de presse non plus : "Quoi ? Mais tu nous as défendus, tu as dit que t'aimais bien, et tu ne viens pas ?...". Si je les suivais tous en concert, tous les jours, je ne m'en sortirais plus. J'ai une vie privée aussi, ma vie professionnelle s'arrête à 19h, je rentre chez moi et je m'occupe de ma petite fille. Qui a par ailleurs une maladie génétique, la maladie de Crouzon, alors tu imagines bien que j'ai envie d'être présent et que j'ai quelques priorités.

Quel regard porte ta fille sur tes activités ?

Au début elle ne comprenait pas, mais maintenant ça l'amuse. Elle suit ce que je fais, et puis je la fais participer de temps en temps. Mais ça m'inquiète un peu, parce que maintenant elle devient très showbiz (rires). Elle regarde les variétés à la télévision par exemple.

680338_10151316312838674_1304958733_o.jpgAttention, elle va finir par vouloir faire ce métier elle aussi (sourire)...

Ça ne me dérangerait pas. Mais tu vois par exemple, elle regarde les CD'Aujourd'hui que je fais parce qu'il y a mon nom à la fin... C'est mignon. Je lui ai permis de venir sur une interview, que j'ai demandé pour elle, pour lui faire plaisir, parce qu'elle était fan d'un duo d'humoriste qui passait chez Ruquier dans "On ne demande qu'à en rire" : Garnier et Santou. J'ai été très touché de voir ses yeux qui brillent quand elle a vu papa interviewer ses deux idoles du moment. C'est facile à faire tu sais, et quel plaisir ça procure ! J'étais très ému. Je l’ai emmené assister à une interview d’Olivia Ruiz aussi.

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Pour finir, as-tu des regrets ?

Mon seul regret est de ne pas encore être à la bonne place. Par rapport à tout ce que j'ai fait, je ne suis pas encore à la place idéale. Mais attention ce n'est pas une frustration, je suis très heureux dans mes activités. Je suis très occupé et quand on est très occupé, on ne peut pas être dans la frustration. Alors peut-être que je suis dans cette suractivité pour ne pas penser aussi, ça c'est autre chose (sourire)... 

18 mai 2013

Laurent Lamarca : interview pour Nouvelle Fraîche

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(Photo : Julien Bourgeois)

Laurent Lamarca séduit, attire. Une tête d’écorché vif et un charisme émanant un naturel, une exactitude, une vérité dans les expressions, dans les gestes et dans les attitudes. Des textes d’un réalisme troublant et un côté voyou a faire chavirer le cœur des filles. Je l’ai rencontré le 5 décembre 2012. Oui, vous avez bien lu. Il y a plus de 5 mois. Nous avions convenu avec son attaché de presse que l’interview serait publiée quand l'album le sera en physique. Je ne crois pas qu’il le soit encore, alors je décide de mettre en ligne cette mini interview. Mini interview parce qu'en 5 mois, beaucoup de propos deviennent obsolètes. Dommage...

Biographie officielle (mais largement écourtée et quelque peu modifié. Du coup, ce n'est plus la biographie officielle, mais, bon... on ne va pas chipoter) :

Laurent Lamarca propose un premier disque, façonné en home studio avec son plus fidèle acolyte Victor. Laurent Lamarca, c’est une enfance heureuse en banlieue lyonnaise, passée à construire des cabanes, s'émerveiller devant les oiseaux, apprendre la clarinette. Des après-midis dans le garage de son père musicien, transformé en home studio: c'est là que retentirent les notes de son premier groupe, formé avec cousines et sœurs. Laurent Lamarca a vécu une adolescence placée sous le signe de la musique, partagée entre les groupes de rock à guitares héritées de Noir Désir et les projets trip-hop.

293642_355940034504026_1094673388_n.jpgUn jour, un éditeur parisien lui propose d'écrire des chansons pour les autres. Laurent accepte le défi et prend le chemin de la capitale. Très vite, il décide de revenir à un projet personnel et de chanter sous son propre nom.

Il travaille avec l'auteure Helene Pince, collaboratrice de Bertrand Burgalat ou Luce. Pour soigner les arrangements, il convie son ancien acolyte Victor. Au mix, il fait appel à l'omniprésent Julien Delfaud (Revolver, Keren Ann, Phoenix). De ces rencontres naîtront Nouvelle Fraîche, un premier disque à l'écriture sensible et au vaste champ musical, qui apparait comme le trait d'union entre les projets passés du monsieur. On y passe du folk, à la chanson, de la pop à des ambiances électroniques. Si le jeune homme respire la joie, ses textes souvent bouleversent.

Le clip de "J'ai laissé derrière moi" (une chanson qui me parle terriblement).

Laurent-Lamarca.jpgInterview :

Tu as vécu dans une ambiance familiale musicale.

Mon père est musicien. Ma mère aussi, d’ailleurs. Elle joue de l’accordéon. Bref, ils sont de très gros amateurs de musique. Depuis que je suis gamin, il y a des bœufs à la maison. Mes parents étaient un peu des hippies. Les gens arrivaient sans prévenir à la maison, ils fumaient des joints, jouaient de la gratte. J’ai été élevé dans ce genre de contexte.

En ce moment, tu vis le rêve de ton père…

C’est exactement ça. Mon père est sicilien et son parcours est bizarre. Il a fait beaucoup de rock , il y a très longtemps, puis il est devenu fan de Laurent Voulzy, ensuite, il a joué de l’electro acoustique, puis de la chanson, puis de la country. Là, en ce moment, il a monté un groupe de punk.

Clip de "Kleptomane".

Au départ, tu as joué dans pas mal de groupes, à Lyon.

Oui, ça ne fait que 3 ans que je suis à Paris. J’ai joué dans des groupes comme Musicale Partition, un groupe de variété sous influence Voulzy,  XX Mariani, groupe de rock sombre et fougueux, bref, plein de choses différentes,  pas toutes de très bon gout d’ailleurs. A Lyon, j’ai eu l’impression d’être arrivé un peu au bout de la chose. XX Mariani, groupe sur lequel j’étais à fond à l’époque, a splitté un peu de la douleur. D’un coup, je me suis retrouvé sans rien et je suis monté à Paris parce que j’ai eu un plan pour pouvoir faire des chansons pour d’autres artistes.

Qui ça ?

Camélia Jordana, Luce, Ycare, par exemple. Ça m’a fait pas mal bosser et ça m’a fait du bien.

Ca donne confiance en ses talents d’auteurs, je suppose.

J’étais dans une période hyper angoissée. Ça faisait tellement longtemps que je voulais vivre de la musique, tellement longtemps que j’avais besoin d’un peu de reconnaissance, tellement longtemps que je me posais des questions sur mon intérêt à rester dans ce milieu. Travailler pour d’autres, ça m’a soulagé de cette angoisse-là.

"Taxi", version acoustique pour Le Transistor.com.

Beaucoup de gens du métier ont découvert ta voix sur les maquettes que tu enregistrais pour les autres…

Tout le monde m’entendait chanter. Mes potes, mon éditeur, des maisons de disque… et tout le monde trouvaient ma voix intéressante. De fil en aiguille, ils m’incitaient tous à travailler sérieusement pour moi. Écrire des chansons qui me correspondaient.

Du coup, ça t’a fait repartir à zéro.

C’est exactement ça. Mais, j’ai mis trois mois à me retrouver. J’ai finalement pioché dans toutes les influences que j’ai eues : rock, electro, variété…

Il est d’ailleurs impossible de dire de quel genre est ton album Nouvelle fraîche. Et j’adore le grain de ta voix.

Merci. Je trouve que je n’ai pas une grande voix et j’ai toujours été complexé par mon chant. Le seul axe que je tiens dans ce disque, ce sont les textes. Moi, je suis vraiment dans la chanson. Il me faut un texte et ensuite je fais la musique. La musique est vraiment au service du texte. Je prends un texte et je définis quels accords ou suite d’accords fonctionnent le mieux par rapport à lui. Tel style musical, telle sonorité, ça va bien coller avec, ça va bien le mettre en valeur, soit d’une manière illustrative, mais aussi sensitive… Bref, tout tourne autour des mots.

"Little Rimbaud" en acoustique pour La Bande Sonore.com à l'Atelier 154 à Paris 11e.

Les textes sont écrits pour la plupart par Hélène Pince.

Avec Hélène, on travaille d’une manière que j’adore. Elle m’envoie des textes. C’est la friche totale. Récemment, elle a battu son record. Elle m’a fait parvenir un texte qui faisait 9 pages. Je réduis, je découpe, je prends ici et là, ce que j’estime le meilleur. J’ai de la matière.

La scène est l’endroit où tu te sens le mieux…

Je n’arrête pas d’en faire. Pour mes propres concerts ou en première partie de pas mal d’artistes. La scène, c’est ce que je préfère. Tu joues devant des gens, tu te marres, tu fais parfois pleurer, il y a une relation forte qui s’instaure entre le public et toi. Si j’ai des chansons qui ne sont pas forcément très drôles, j’aime bien faire un peu d’humour entre les chansons. Je veux communiquer avec le public comme je pourrais communiquer avec des amis.

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Et si vous voulez participer à son prochain clip, c'est le moment où jamais...

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16 mai 2013

Olivier Norek : interview pour Code 93

olivier norek,code 93,interview,mandor

Les policiers sont souvent de formidables auteurs de polars. Olivier Norek, capitaine de police dans la Seine-Saint-Denis, qui publie son premier roman, Code 93, en est un parfait exemple. Une vraie plongée dans les manipulations criminelles dans les milieux de la politique et de la finance. Rencontre à l’agence (le 23 avril dernier) avec un romancier-policier qui veut réconcilier les lecteurs avec les "vrais flics". Voici l’interview publiée dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013). Puis, vous lirez l’intretien complet. Je lui fais parler de sa vie de flic... et vous découvrirez un homme courageux qui n’a pas la langue dans sa poche.

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olivier norek,code 93,interview,mandorBonus mandorien :

Tout est vrai dans ce livre?

85% de vrai et 15% de romance, je vous répète. Un type qui achète un polar que veut-il ? Que ça lui pète à la gueule, qu’il y ait des rebondissements, du « page turner » et du « cliffhanger ». J’ai réalisé que j’avais tout ça dans les doigts. Je ne sais pas d’où ça me vient, mais j’ai compris ce genre de mécanisme assez naturellement.

Victor Coste à parfois de l’empathie pour un homme qu’il arrête. Vous-même, vous en avez eu aussi?

L’empathie, c’est la compréhension du geste, pas l’excuse du geste. C’est le seul trajet qu’on n’a le droit de faire vers cette personne-là. Le comprendre, pas l’excuser. Après, si on est trop dans l’excuse, c’est qu’on est trop dans l’enquête et il faut laisser la place à quelqu’un d’autre.  Moi, je travaille à la victime. Uniquement. Arrêter un criminel, c’est une conséquence de ça.

Ce qui vous intéresse, ce n’est pas de réprimer, mais de protéger.

Protéger, c’est mon but, réprimer, c’est une conséquence de ce but. Je ne suis pas un fan des grands criminels. Je ne connais pas ces beaux mecs, ces beaux voyous dont on parle et que l’on magnifie à la télé. Ils ne m’intéressent pas. Je n’ai pas cette excitation de la petite bourgeoisie parisienne de fréquenter un voyou… ça ne me passionne pas du tout.

Michel Neyret, par exemple, a employé des méthodes peu orthodoxes, mais efficaces pour obtenir les résultats extraordinaires qu’il a eus à Lyon…olivier norek,code 93,interview,mandor

La seule chose que je dis par rapport à cette affaire, c’est que Michel Neyret est un fusible. J’adore voir un type qui bosse depuis 20 ans à l’antigang lyonnais, qui a des résultats que personne n’a eus auparavant, tomber tout seul avec sa Légion d’honneur sur le revers de la veste. C’est amusant parce que je sais que toute son équipe est au courant, que sa hiérarchie sait comment il travaillait depuis toujours, tout comme le préfet et le ministre au-dessus du préfet… on sait que parfois, ça peut déraper, ça peut déborder un peu trop loin, mais pourtant, le résultat est là. Dès que ça a commencé à sentir un peu le souffre, on l’a fait exploser, mais tout seul. C’est le concept du fusible qui marche très très bien dans la police et qui marche aussi très très bien en politique.

Vous, vous avez été à la limite ?

(Gros éclat de rire). Mais, bien sûr et je vais vous le dire. Il m’est arrivé d’avoir des montagnes d’herbes sur la table, des piles d’argent, mais je me mets vite des gardes fous. Je me souviens d’un pakistanais qui arrive un jour au boulot et qui me demande de l’aider. Il avait un sac Décathlon énorme. Il fuyait la mafia pakistanaise et son sac était rempli de billet. Comme il lui en manquait, il savait qu’il allait se faire buter par elle. J’ai demandé à 5 personnes de me rejoindre dans mon bureau pour que l’on compte l’argent tous ensemble. Il n’y a pas la tentation, mais il y a le risque. Quand on signe le contrat de ce métier, on sait qu’à un moment donné, on va se retrouver seul dans une pièce avec de l’argent. Si on n’est pas capable de ne pas céder à la tentation, il faut changer de métier tout de suite. Flic, c’est un sacerdoce.

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Être flic dans le 93, c’est différent qu’être flic tout court.

Je ne crache pas du tout sur les flics de province, mais en un an de 93, vous avez vu ce que vous verrez en 5 ans en province. C’est un apprentissage accéléré.

Le flic, c’est une équipe, en fait. D’ailleurs votre livre en témoigne.

Le flic solitaire, ça n’existe pas, qu’on se le dise une fois pour toutes. Il a besoin de son équipe et sans son équipe, il n’est rien du tout. Et je rappelle qu’une enquête, c’est H24. Quand certains vont dormir, l’équipe de nuit reprend l’enquête.

Un flic ne rentre pas à 18h chez lui…

Flic en PJ, c’est en moyenne, 10 à 14h par jour, payé 8 d’ailleurs. Il y a quelques années, on nous a expliqué qu’à cause de la crise, on n’allait plus nous payer nos heures supplémentaires. On a continué à travailler 10 à 14h par jour. Flic, ce n’est pas un job, c’est un métier. Comme grand reporter, médecin, chirurgien, infirmier, enseignant. Ce sont des métiers où, même si on en prend plein la gueule, même si on nous enlève de l’argent, même si on nous enlève une voiture ou deux équipiers dans notre groupe, on va continuer. On va continuer parce que ce n’est pas que pour nous. Sur notre bureau, il y a toujours cette satanée procédure de viol, cette satanée procédure d’homicide et il y a toujours un mec dangereux dehors. Quelque part, on a une mission.

Ça implique donc une vie famille chaotique ou inexistante.

Je suis un très mauvais interlocuteur sur ce sujet, parce que je suis un éternel célibataire. C’est un choix de vie. En vrai, si j’en juge la vie de mes collègues, beaucoup sont mariés. C’est donc jouable. Mais, il faut prendre en compte la difficulté du boulot et ne pas espérer que son compagnon ou sa compagne flic ait des horaires normaux et même raisonnables. Il faut comprendre les difficultés et les obligations d’un policier. C’est 10 à 14 heures de boulot par jour, on bosse un week-end par mois, on bosse à Noël, on bosse au Nouvel an, on bosse lors des anniversaires, on bosse de nuit, on bosse très tôt le matin (la loi fait qu’on peut interpeller à partir de 6 heures du matin)… Pour résumer, ce sont des vies de famille compliquées, mais des vies de famille possibles.

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Il y a un truc auquel je pense souvent. C’est comment un flic peut ou doit annoncer une mort à un proche? Je trouve ça horrible.

Ce n’est pas ma peine, ce n’est pas mes proches. La peine, elle est à eux. Si  je leur prends, je leur vole.

Il y a une technique d’annonce ?

Oui. Elle est simple. Aller au plus vite. Je sonne. Ce n’est pas ma peine, ce ne sont pas mes proches. La porte s’ouvre. Je dis : « Bonjour monsieur. Je vais vous demander de réunir tous les adultes au salon, j’ai une nouvelle à vous annoncer. Les enfants peuvent rester dans leur chambre ». Une fois qu’ils sont là, je dis : « J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Votre fils est mort ». J’ajoute toujours une indication sur les circonstances pour que l’imaginaire des gens présents ne parte pas dans tous les sens.

Est-ce qu’insidieusement, vous n’êtes pas marqué par ce dont vous êtes le témoin ?

Bien sûr que si. Après, je m’en défends. Je suis construit de tout ce sordide que j’ai vu. Mon quotidien, c’est le pire de l’homme. Je passe mon temps à arrêter des violeurs, des kidnappeurs, des assassins.

L’autre, c’est qui pour vous ?

Quand l’autre c’est l’auteur, je vois le mal. Et quand l’autre c’est la victime, je vois l’effet du mal. Alors, évidemment, l’autre, il en prend un sacré coup dans la gueule avec moi. Au bout d’un moment, on a les épaules un peu plus lourdes et j’ai une vision des autres qui est un peu plus méfiante. Du coup, j’ai besoin d’une famille et des amis hyper stables.

Par exemple, quand vous êtes arrivé à l’agence, je vous ai vu observer les alentours et les gens qu’on a croisés dans le couloir.  

Bon, je pars du principe qu’on est tout le temps en jugement. C’est vrai que j’ai moins confiance. Personne n’est tout blanc, ça n’existe pas. Je ne peux pas faire confiance à quelqu’un à 100%. J’ai 3 amis que je connais depuis 20 ans. C’est très bien. Pas besoin de plus.

Vous lâchez prise parfois ?

Ça devient un réflexe qui n’est pas vraiment contrôlable. Je suis incapable d’aller à un rendez-vous sans avoir 20 minutes d’avance. Je regarde le lieu, je regarde comment c’est…

Vous l’avez fait aujourd’hui ?

Ça fait 20 minutes que je suis dans votre courette.

Vous vous êtes mis dans un coin. Un endroit où il ne peut y avoir personne derrière vous.

Je suis toujours dos à un mur ou dans un coin. C’est comme ça. Ce sont des réflexes conditionnés que je ne peux plus enlever. Il faut que je voie ce qu’il se passe autour de moi.

Là, je vous fais parler. Vous aussi vous faites un travail de psy quand vous interrogez les gens ?

Oui. C’est obligatoire. Je suis spécialisé dans les agressions sexuelles et dans les enlèvements. Dans le groupe auquel j’appartiens, qu’on appelle la SER (Section Enquêtes et Recherches), il faut avoir une bonne de dose de psychologie parce qu’en face de vous, je le répète, personne n’est tout blanc ou tout noir. L’auteur a peut-être ses raisons et la victime a peut-être provoqué ce qui lui ait arrivé. Il faut faire attention à tout ça, sinon on va tête baissée dans un mur. On va prendre fait et partie pour la victime, alors qu’elle y est peut-être pour quelque chose.

Vous prenez des risques en vous mettant en avant, en répondant à des journalistes ?

Qui sait ? Il n'en reste pas moins que j’ai envoyé ce livre à ma hiérarchie et qu'elle m’a laissé tout à fait tranquille. J’ai été même surpris d’avoir autant les mains libres.

Vous vous êtes mis en disponibilité pendant un an.

Je vise à manier assez bien l’écriture pour qu’à un moment donné, je puisse réussir à faire les deux. Flic et écrivain. J’ai écrit ce premier, je me lance sur le deuxième et pour le troisième, je vais essayer de réintégrer la police. Je compte réintégrer la police parce que ça me bouffe à l’intérieur de moi. Je commence à devenir frustré. J’ai envie de remettre les mains dans la boue. Tout ce qui m’énervait il y a 6 mois, ces planques interminables et ces filatures qui ne mènent jamais à rien, elles me manquent maintenant franchement.

olivier norek,code 93,interview,mandorLes médias, qui font souvent des raccourcis faciles, disent de vous que vous êtes le nouveau Olivier Marchal. Que pensez-vous de lui ? Est-ce que vous avez l’impression de faire le même métier ?

Le raccourci vient du fait que nous sommes tous les deux flics. On écrit des bouquins et lui il fait des films. En utilisant la vie de la police, on a réussi à s’en sortir. Ce qui nous différencie, c’est l’époque. Lui, il a travaillé dans une police que je n’ai pas connue et il a travaillé sans carapace, sans protection, les nerfs à vif et il s’est tout pris tout en pleine gueule.

Vous êtes confiant sur la destinée de ce premier roman ?

C’est un énième polar. Dans le monde, il y en a 1800 qui sortent par an. Personne ne m’attend, personne ne sait qui je suis.  La seule chose qu’on sait, c’est que la couverture est belle et que j’ai une bonne petite gueule pour la vendre.  Ce livre peut marcher parce qu’il est honnête. J’ai décidé d’être honnête sur le métier, sur les flics, mais aussi à la fois sur les enquêtes et à la fois sur moi-même.

Il est vrai que vous n’avez pas la gueule de l’emploi. Vous avez une tête de comédien.

Ça m’a beaucoup aidé dans mes enquêtes sur le terrain. On ne se méfie pas de moi, en filature par exemple.

Pour finir sur une note musicale, parlez-moi de la « Franche Touche ».

J’ai toujours eu un côté artistique, un côté assez sensible qui m’a valu pas mal de bonnes vannes dans le milieu policier. Avec ce groupe, j’ai fait des concerts, des Technivals et des boites de nuit. Un jour, j’ai changé d’art et je me suis mis à l’écriture. J’ai trouvé mon autre voie.

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Le 23 avril 2013 à l'issue de l'entretien.

15 mai 2013

Manu : interview pour La dernière étoile

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La voix de Manu m’est familière depuis des années puisque je l’ai beaucoup écouté dans les années 90, alors qu’elle était la chanteuse du groupe Dolly (groupe rock majeur qui n’a pourtant pas aujourd’hui la reconnaissance qu’il mérite). Du coup, quand il y a 5 ans, son premier album Rendez-vous, est sorti, j’ai suivi l’évènement de près. Puis deux après, quand son DVD live est sorti, Rendez-vous à l'Elysée Montmartre, aussi (mandorisation ici). Manu sort ces jours-ci un deuxième album solo, La dernière étoile. Un passage à l’agence s’est donc imposé le 20 mars dernier pour évoquer ce disque intense, lumineux et profond.

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Emmanuelle Monet, “Manu”, c’est avant tout l’ex-chanteuse du groupe culte Dolly, un groupe largement présent dans la petite galaxie du rock français des années 1990, un groupe ayant à son actif quatre albums vendus à plus de 370 000 exemplaires et qui après dix ans de succès (on se rappelle tous de leur plus gros tube sorti en 1997 « Je n' veux pas rester sage ») s’est tragiquement interrompu par la mort du bassiste Micka en mai 2005. S'ensuivront deux années d'écriture pour Manu, en mode exutoire, ses chansons les plus personnelles, qu'elle décidera finalement de coucher sur disque avec l'aide précieuse de Nikko, son ex-compère et guitariste de Dolly, ainsi que Ben et Nirox. Ce premier album solo Rendez-Vous réalisé et mixé par Jean-François Delort et Nikko sortira le 29 septembre 2008. Un disque écoulé à plus de 10 000 exemplaires, capable d’aligner avec une facilité presque insolente des mélodies qu’on pourrait écouter jusqu’à l’usure, une sincérité parfois troublante, mais non dénuée de poésie. Manu partira alors en tournée dans toute la France, tournée qui s'achèvera en novembre 2009 par un Rendez-Vous à l'Élysée Montmartre, cd/dvd Live sorti en 2010. Après quelques dates en 2011, Manu compose à nouveau. Ce deuxième album, ce nouveau rendez-vous très attendu, s'intitule La Dernière Étoile. Réalisé par Nikko et mixé par Clive Martin, il est sorti le mois dernier.

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Manu avec son "band" : Shanka, Manu, Nirox, Ben.

Interview :

Vous retravaillez avec  les mêmes personnes que pour votre premier album solo Rendez-vous, dont Nikko.

Je le considère comme mon binôme. On se comprend sans se parler, je peux lui demander des choses  que peu de personnes comprendraient. C’est important de trouver la personne avec qui on peut travailler facilement. Je suis fan de ce qu’il fait, donc pour arranger et sublimer mes petits morceaux, je pense à lui directement.

Vous avez participé un peu plus à la réalisation de ce deuxième album, il me semble…

Nikko m’a incité à le faire seule parce qu’il n’était pas disponible au départ, il était en tournée avec Eiffel. Au départ, créer tout seule ne m’amusait pas. J’aime bien le partage dans la musique. Par obligation, j’ai dû me plier à cela, mais au final, ça m’a plu. Je suis rentrée dans les détails, j’ai fait mes petites programmations moi-même, ce que je n’avais jamais fait jusqu’à présent. Ensuite, il a revu tout ça avec ma base. J’étais rassurée dans le sens où je savais qu’il ne laisserait rien passer de médiocre.

Cet amour du partage vient aussi du fait que vous avez toujours été très entourée.

Je viens d’une expérience de groupe. Mon école s’est faite à plusieurs. Aujourd’hui, il est certain que je peaufine davantage ce que je fais. Je ne me contente pas d’acoustique/ chant, je vais chercher plus loin. 


MANU Clip "Que fais tu ?" Tekini Records (2013) par ManuOfficialTv

Rendez-vous était décrit comme un album « exutoire » après la mort tragique de Micka. Est-ce que l’album, La dernière étoile, peut être considéré comme plus serein ?

Oui, parce que je vais beaucoup mieux. Et puis, j’ai arrêté de me regarder le nombril. Pour certaines chansons, j’étais plus dans l’observation. Je prenais beaucoup de notes, donc j’avais de la matière à l’avance. Ça m’a servi pour des chansons comme « J’attends l’heure » ou « Le paradis ». Les textes sont venus assez spontanément avec la mélodie.

Je reviens sur le fait que vous vous regardiez le nombril. Vous considérez que le premier album solo était trop auto centré ?

Depuis Dolly, la plupart des thèmes que j’aborde sont toujours liés à ce que je vis et ce que je ressens.

Comme tous les autres artistes qui chantent leurs propres chansons.

Oui, mais c’est bien de se faire l’interprète de ce que l’on observe. Au bout d’un moment, moi-même, je me saoulais. J’avais l’impression de tourner en rond. Bon, en même temps, c’est aussi pour cela qu’avec mon public, on partageait les mêmes émotions. Mes doutes et mes questionnements, on les retrouve chez beaucoup de gens et eux-mêmes s’approprient les chansons par rapport à ce qu’ils vivent. Mais, j’avais quand même envie de m’ouvrir un peu et d’observer ce qu’il se passe autour de nous.

(Vous me connaissez, je suis hyper corporate... voici donc le CD'Aujourd'hui (que je n'ai pas fait) consacré à Manu).

Dans le disque, il n’y a pas beaucoup de musiciens.

Nikko a fait la quasi-totalité des instruments. Il a laissé des parties de batteries à Nirox et Ben est venu faire quelques guitares quand même. On a gardé des bouts de basse à moi et une ou deux de mes guitares.

Il y a des chansons sur la vieillesse, le temps qui passe, la jalousie, l’amour et la mort… des thèmes récurrents ?

« Que fais-tu », la chanson sur la femme qui attend son homme à la maison, ça m’a fait marrer de la faire parce que le thème de la jalousie est un thème récurrent chez moi, notamment dans les deux premiers Dolly. Aujourd’hui, je me suis assagi, je contrôle la situation, il a donc fallu que je me remette dans la peau de quelqu’un de jaloux. Je pense ne plus avoir ce problème-là.

"Je pars avant", session Noir et Blanc de Radio Néo (avec Nirox, Ben et Shanka).

Il y a deux textes de France Cartigny.

C’est une très bonne amie. Je lui ai confié deux textes parce que je n’arrivais pas bien à les faire. Je bloquais un peu. Je suis fan de ce qu’elle fait, alors j’avais toute confiance en elle.

Il y a pas mal de chansons encore un peu sombres, mais la lumière apparaît plus. C’est un album d’espoir finalement.

Je voulais qu’il soit moins plombant et plus lumineux que le premier. Il est la somme de ce que je suis en ce moment. Mon écriture correspond toujours à mon état d’esprit et mon moral du moment. Ce disque s’appelle La dernière étoile, parce qu’il réconcilie le désabusement et l’espoir.

Là, je me dirige vers un gros cliché, je le sais. Puisque tu vas mieux, ça a été plus compliqué d’écrire ?

Il est indéniable qu’on a beaucoup plus de matière quand on n’est pas bien. On peut se regarder le nombril aisément, puisqu’on est malheureux. Alors, je peux dire qu’effectivement, le processus d’écriture a été plus long. Mais, c’est aussi agréable d’écrire quand on va bien, il m’a fallu juste un déclic. Le déclic de prendre des notes par exemple. Avant, j’attendais d’avoir la musique et la mélodie. C’est ça qui m’inspirait les mots. Maintenant, je fais de la musique pour aller avec un texte. C’est une autre façon de travailler.

Vu ce que rapporte la musique actuellement, pourquoi continues-tu à faire des disques ?

Parce que je suis passionnée. Ce qui m’intéresse, c’est de progresser, d’avancer, pas de devenir riche. Je suis très lucide sur ce métier.

"Talk (about)" en live acoustique du Cargo (avec Nikko et Matt).

Je trouve qu’au bout du deuxième disque, on reconnait une « touche » Manu. Il y a une vraie continuité entre les deux albums.

J’espère. Trouver une couleur et une cohérence, c’est un peu l’objectif quand on crée.

Tu aimes bien travailler vite sur les chansons.

Oui, parce que sinon, on se perd. Je peux passer plusieurs jours sur un texte, mais si c’est plusieurs semaines, j’abandonne. Quand ça vient tout de suite, c’est tellement magique. Je travaille beaucoup à l’instinct, mais Nikko est mon garde fou qui protège tout ça.

La dernière étoile est-il un album rock ?

Oui, complètement. Même s’il y a de la pop aussi et un petit côté folk « bluegrass », le folk des Bayous, le folk poisseux (rires).

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13 mai 2013

Féfé : interview pour Le charme des premiers jours

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(Photo Jean-Marc Lubrano)

Féfé sort son très attendu deuxième album solo, Le Charme des premiers jours, la semaine prochaine (le 20 mai).  Le 22 avril dernier, je suis allé à sa rencontre dans son QG, un bar nommé Le Bidule. Avant de lire son interview, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013).

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féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Cet album a été fait un peu à l’instinct. C’est la sensation qu’il donne à son écoute en tout cas.

Pour le premier album, je m’étais posé beaucoup de questions avant de faire chaque titre. C’était très difficile pour moi parce que je sortais d’un groupe. J’apprenais de nouveaux instruments et une nouvelle manière de faire des chansons. Pour celui-ci, je ne savais pas du tout où j’allais aller. Il n’y avait rien de prémédité. Juste je voulais plus de rap et plus de chansons. Y arriver à tel point qu’on ne sache plus différencier l’un de l’autre.

Je trouve que cet album est plus chanté que rapé.

Ma sœur me dit exactement le contraire. Chacun y trouve ce qu’il y trouve. Les notes sont mélangées aux flows, aux mélodies, aux chants... Je suis ravi qu’on me dise tout et son contraire. C’est ma victoire.

L’évadé du rap, ça vous convient comme appellation ?

On me voit un peu comme un électron libre. Je suis un peu fou-fou. Incontrôlable musicalement. Depuis toujours, je suis dans ma bulle. Quand j’étais dans Saïan Supa Crew, j’étais un peu plus réservé, aujourd’hui, je m’exprime complètement. Je vais là où j’ai envie d’aller sans plus me poser de questions. Je fais de la manière la plus pure et la plus simple possible.

Dans le premier titre de l’album, « Le chant d’une étoile », vous expliquez que vous allez mettre un coup de pied dans la fourmilière musicale et que vous allez casser les codes.

Je n’aime pas la panoplie, j’essaie de tout casser. Dans cet album, j’ai enfin accepté d’être musicien. Je ne suis pas un grand guitariste, mais j’ai mon doigté, la manière de faire les choses. Je fais des chansons avec tous les outils qui sont les miens et de mon époque. J’ai commencé avec le rap, j’utilise donc le sample et les autres techniques liées à ce genre, mais j’utilise aussi aujourd’hui  la composition pure. J’essaie plein de choses. Bref, je sors des limites que je m’imposais moi-même sans raison.

"Parodie" (audio).

Qu’est-ce que c’est votre culture musicale de départ ?

Elle vient de mon père. Il écoutait beaucoup tout ce qui est Motown, Stax, beaucoup de Fela, parce qu’on est du Nigeria, mais aussi du Nougaro, du Hallyday, de la country, comme Kenny Rogers. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne sentent pas de frontière dans ma musique, mais ça vient de toutes ces années à écouter beaucoup de choses variées.

Le succès de votre premier disque aide à se sentir à l’aise avec le deuxième.

Il m’a même complètement libéré. Pour le premier, je me suis jeté dans le vide et beaucoup de monde s’est intéressé à mon travail, même des gens du milieu « urbain ». J’ai constaté que plus tu es toi, plus les gens le voient, et plus les gens t’acceptent.

Dans « La somme », vous dévoilez le Féfé papounet. Vous dites à vos enfants, « je ne suis pas parfait, mais je fais et donne le maximum pour vous ».

Je dis aussi, « ce que je vous lègue, ce ne sont pas des leçons, c’est la somme de ce que j’ai moi-même vécu, positif ou négatif et après faites en ce que vous voulez ».

Dans « Cause toujours », vous évoquez aussi la condition de l’artiste aujourd’hui.  Elle est plus difficile qu’avant…

En ce moment, en effet, c’est très compliqué. On vend moins de disques, les concerts, ça va encore, mais on sent aussi une petite baisse de fréquentation. Il faut s’accrocher. Je me demande quelle est la finalité de tout ça pour un artiste. C’est là où on va voir ceux qui font vraiment ce métier par passion et ceux qui veulent juste encaisser des chèques.

Le clip de "Le charme des premiers jours".

féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCet album s’appelle Le charme des premiers jours, c’est aussi le premier single. Vous parlez de la difficulté d’aimer une personne du début à très longtemps après avec la même puissance.

J’ai écrit cette chanson parce qu’autour de moi, il y avait des couples qui avaient l’air solide et qui se sont séparés. Ça m’a ramené à mon propre couple. Il y a des hauts et des bas comme dans tous les couples. Parfois, quand il y a du mou, on se demande pourquoi l’autre l’aime… il faut se battre, il n’y a jamais rien d’acquis. Au début, c’est toujours magique, il faut se battre pour que cela le reste toujours.

Dans « Ailleurs », on est en Jamaïque.

C’est du pur reggae. C’est la seule chanson dans laquelle j’ai moins cherché à mélanger les genres. Je dis dans cette chanson qu’il faut arrêter de chercher cet éternel Eden, arrêter de croire que l’herbe est plus verte à côté.

Dans « 3 Words », vous dites que vous n’avez pas de cause à brandir.

Je n’ai pas envie de rentrer dans le cliché du mec qui émet ses opinions tel un gourou dont il faut prendre le discours comme argent comptant. Je ne suis pas là non plus pour représenter telle cause ou telle cause. Je ne me sens pas assez grandiloquent pour ça. J’évoque juste des prises de tête d’un mec banal.

C’est une façon de dire « laissez-moi à ma place ! »

Ne me montez pas plus haut que je ne le suis, mais ne me descendez pas non plus. Laissez-moi à ma place, oui, c’est la bonne formule.

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Vous n’aimez pas la starification extrême de l’artiste?

Je déteste ça. En concert, par exemple, je descends dans le public pour casser l’éventuelle barrière qu’il y a entre nous. C’est une façon de dire : « Il y a de la lumière, vous me voyez, je suis exactement comme vous, sauf que moi, mon kiff, c’est faire de la musique ». En ce moment, on starifie tout et n’importe qui.  C’est symptomatique de l’époque.

J’ai l’impression qu’un artiste grandit/vieillit moins vite qu’un autre…

Personnellement, j’ai toujours cette part en moi d’enfance. Je grandis beaucoup moins vite que les gens de mon entourage. Même mes enfants me disent que je suis un gamin. Plus je grandis, moins je sais. Pourtant, j’en apprends de plus en plus…

Vous êtes fier de ce deuxième album ?

Pour quelques instants musicaux ou quelques phrases. Mais, je ne me fais pas encore rêver. Je vise des choses inatteignables pour continuer à être sur la brèche  et me pousser encore plus en avant.

La musique c’est toute votre vie ?

Oui, et en même temps, ce n’est rien. Pour moi, la musique c’est tout, et ce n’est rien du tout. Juste, quand j’arrive à divertir les gens et que les gens sont heureux, ça me rend heureux. Il faut relativiser ce métier…

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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (audio).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.

11 mai 2013

Maxime Le Forestier : interview pour Le cadeau

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maxime le forestier,le cadeau,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorAprès Higelin, le mois dernier, Le magazine des espaces culturels Leclerc m’a offert de nouveau  l’opportunité de d'interviewer une autre personnalité importante/primordiale de la chanson française. J’ai rencontré Maxime Le Forestier le 3 avril dernier dans un hôtel parisien pour un entretien de 45 minutes à l’occasion de la sortie de son album Le cadeau. Il défendra ses nouvelles chansons très bientôt sur scène, notamment au Casino de Paris pour trois soirs, les jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 septembre prochains. Sa grande tournée démarrera dans la foulée et occupera le chanteur jusqu'en mars 2014.

On m’avait dit qu’il n’était pas toujours évident à interroger. Un peu chafouin parfois. Je suis tombé sur un jour « avec ». Souriant et même très sympathique. Ce fut un régal. Un cadeau, finalement !

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Le p'tit air.

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maxime le forestier,le cadeau,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorPetit bonus mandorien :

Parlons de quelques chansons de ce nouvel album. Dans « La bête curieuse », vous expliquez que les gens ont besoin de rumeurs, d’infos en permanence.

Chacun d’entre nous a, à l’intérieur de lui, un bout de tentacule de la bête curieuse qui nous pousse à consommer de l’info. La bête curieuse, c’est la force qui me pousse à allumer la radio le matin dès que j’ai un œil ouvert, alors que je pourrai attendre une heure et deux jours ou huit jours. C’est la bête curieuse que nous sommes qui provoque tout ce dont on accuse les médias. Si on fait des feuilletons médiatiques autour de personnages comme Strauss-Kahn, c’est bien parce que les gens achètent. C’est à la fois un cercle vicieux et parfois vertueux. C’est pas mal parfois d’être informé. L’information, c’est une mission sacrée, mais c’est aussi un commerce avec les lois du commerce. On ne va pas mettre en Une d’un magazine un truc qui n’intéresse personne…

Je ne vous voyais pas comme ça.

Je suis un vrai bouffeur d’infos. Si je n’avais pas été impliqué, je n’aurais jamais écrit cette chanson-là.

Dans « Le caillou », vous parlez de notre belle planète.

J’ai voulu faire un zoom resserré et élargir de nouveau le focus. Partir de la planète, arriver jusqu’aux gens et des gens, arriver jusqu’au caillou qu’il y a dans la chaussure d’une femme et puis on relance le caillou et ce caillou, il va redevenir une planète un jour où l’autre.

Dans la chanson « Le cadeau », vous ne vous épargnez pas.

Quand je dis que je ne suis pas un cadeau, ça veut dire que je ne suis pas quelqu’un de fréquentable. Dans la chanson, je précise aussi que je n’ai pas les caractéristiques du cadeau. Je ne suis pas emballé, on ne peut pas m’offrir, on ne peut pas m’échanger. Mais, c’est une chanson de faux cul pour que l’on me dise « mais si… » (rires).

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Vous ne cessez de travailler. Il y a eu la tournée (dont le Casino de Paris), le disque La maison bleue qui rend hommage à vos 40 ans de carrière, les disques consacrés à Brassens, la comédie musicale « Les gladiateurs »,  les Nuits de Champagne, un concert unique  avec le conservatoire de Boulogne (mais une année scolaire de préparation), les Enfoirés… Il y a un moment où vous faites une pause ?

C’est impossible pour moi d’enchaîner une tournée qui termine un cycle et la semaine d’après, commencer  à écrire un nouvel album. Je suis incapable de procéder ainsi. J’ai plusieurs solutions. Il y a les projets intermédiaires que vous venez de citer. C’est comme ça que j’ai fait les Brassens en deux fois deux ans, mais c’est quand même un souffle entre deux albums. Et puis, pour ne pas perdre la main, j’ai écrit aussi pour quelques artistes, comme Julien Clerc, Céline Dion, Amel Bent…

Vous avez repris Brassens, on vous reprend… c’est bien la preuve qu’une chanson est vivante.

J’adore écouter une chanson connue repeinte. On peut repeindre de la même couleur, à peu près ce que j’avais fait sur les Brassens, et on peut les repeindre de couleurs complètement différentes, flashy, ancienne, patinée. Une chanson qui résiste à ça, ça veut dire que sa structure est solide.

Voir quelqu’un dans la rue fredonner une chanson de vous, même une ancienne comme « Mon frère », « Parachutiste » ou « San Francisco », ça vous touche toujours ?

Oui, toujours. Le peintre qui peint dans la rue en me chantant, ça m’émeut… mais aussi parfois, c’est un peu particulier. Mon dentiste siffle toujours en travaillant, sauf que quand il travaille sur moi, ce sont mes chansons qu’il siffle, c’est un peu gênant.

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10 mai 2013

Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

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(© www.enzo-capaccio.com)

Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).

41stOQFc8+L._SL500_.jpg4e de couverture :

Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée. 
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.

Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.

L'auteur :

Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.

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Interview :

Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.

Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.

Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?

La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

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Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.

Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.

Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?

J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard  Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc…  Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.

Et vous êtes allé très loin…

De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.

Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.

Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.

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(© www.enzo-capaccio.com)

Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?

Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.

Il y a des scènes extrêmement  violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?

Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.

Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.

Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.

Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !

J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.

codex_lethalis_03.jpgA la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.

Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.

La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…

Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…

Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.

C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.

Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?

Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.

Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.

J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.

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06 mai 2013

Olivier Bas : interview "les équipements audio qui traversent ma vie"

olivier bas,interview,mon quotidien avec butRécemment, je vous disais qu’en presse écrite, outre Le magazine des espaces culturels Leclerc et Le magazine des loisirs culturels Auchan, je collaborais désormais aussi au magazine Contact (le journal des adhérents de la FNAC).

Aujourd'hui, je publie une interview réalisée pour le nouveau magazine des magasins But, intitulé Mon quotidien avec But. C’est l’agence dans laquelle je travaille qui le conçoit.

On m’a demandé d'y participer, mais exceptionnellement. Il s'agissait d'interviewer Olivier Bas, mon rédac-chef  de CD’Aujourd’hui et le nouveau juré de la précédente saison de La Nouvelle Star (il récidive d’ailleurs pour la prochaine). J’ai accepté, malgré le fait que je l’avais déjà mandorisé en janvier dernier. Pourquoi ? Parce que les questions que j’avais à lui poser avaient un angle précis et inédit par rapport à mon travail habituel.

Bref, cette interview dans ce journal est un « one shot » et je vous le propose.

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Avec Olivier Bas, le 4 avril 2013 dans un bar parisien, après l'interview.

02 mai 2013

Bernard Pivot : interview pour Les Tweets sont des chats

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Depuis plus d’un an, Bernard Pivot démontre brillamment que Twitter n’a rien à voir avec l’âge. Fort de près de 112 000 abonnés, il est devenu au gré de ses humeurs, de ses lectures, de ses voyages, de ses discussions, un orfèvre du message en 140 signes.

Les Tweets sont des chats (qui sort le 2 mai prochain chez Albin Michel) réunit ses tweets préférés, érudits, polémiques, mélancoliques ou malicieux. Ce florilège thématique témoigne du passage de la curiosité à la pratique. Pour le nouveau site des Espaces Culturels Leclerc, je suis allé à sa rencontre, chez lui, le 26 avril dernier (lire l’interview version courte, ici). Je ne vous cache pas qu’interroger l’un des intervieweurs que j’ai le plus regardé/étudié et dont j’ai souvent décortiqué la méthode, ça m’a un peu ému. Mais son accueil bienveillant a fait tomber les petites angoisses.

Et j’ai passé une bonne heure avec le maître.

Dans son canapé, en le regardant me répondre, j’avais l’impression d’être devant une télé en 3D, la chaleur humaine en plus.

bernard pivot,les tweets sont des chats,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview : 

Vous racontez que dans les années 60, le rédacteur en chef du Figaro Littéraire, Maurice Noël, vous avait déjà appris à faire court : des informations en 2 ou 3 lignes, des échos en 4 ou 5, des billets en 10. L’école de la concision, vous l’avez finalement toujours connue.

J’étais le dernier arrivé, j’avais 24 ans, donc le petit boulot, c’était pour moi. Je devais faire le plus court possible et Maurice Noël me faisait venir dans son bureau pour me dire que tel ou tel mot était inutile. J’ai gardé de cet apprentissage le goût de faire court. Quand je me suis initié à Twitter, ça m’a rappelé ce que je faisais il y a 50 ans au Figaro Littéraire. J’ai eu une sorte de nostalgie du jeune journaliste que j’étais.

Toute votre vie, finalement, a été une course à l’essentiel. Quand vous receviez des écrivains, je vous ai vu plein de fois devoir synthétiser les propos des uns et des autres, leur couper la parole dès qu’ils étaient trop longs…

Vous avez raison. J’ai passé ma vie à ça. Journaliste, c’est à la fois une école de la vitesse, parce qu’il faut toujours rendre son papier à l’heure, une école de la précision et une école de la clarté.

J’ai suivi votre arrivée sur Twitter. Il y a eu une effervescence de la part des twittos et bernard pivot,les tweets sont des chats,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandordes médias. Une sorte d’évènement improbable enfin réalisé.

Il y a des gens qui n’y croyaient pas. Vous l’avez vu, sans doute, il y a marqué bernardpivot1, parce que, quand je me suis inscrit, il y avait déjà un Bernard Pivot. Un type avait usurpé mon identité. La machine a donc mis un 1. En tout cas, l’incrédulité des gens sur le fait que c’était bien moi m’a beaucoup amusé. C’est Bernard Lehut d’RTL , qui a twitté plusieurs fois pour confirmer que c’était bien moi derrière ce compte.

Pourquoi les gens étaient-ils sceptiques, selon vous ?

Je pense que c’est parce que j’ai fait des émissions littéraires et que toute ma vie j’ai lu des livres, donc je ne pouvais pas apprécier cette forme de communication très retreinte, très maigre, très brève.

Sur Twitter, évidemment, vous respectez la langue française.

Quand je me suis inscrit là, ce n’était pas pour écrire en abrégé et ne pas respecter l’orthographe. Il fallait que j’écrive comme dans un journal. On n’abrège pas dans un journal et on fait attention à ne pas faire de fautes.

Vous avez mis du temps à arriver sur Twitter, mais aujourd’hui, vous aimez beaucoup et vous êtes très actif.

Je suis abonné à 65 personnes et c’est déjà plus que je ne peux en lire. Je lis tout ce qu’ils racontent chaque jour. Ce sont des sites de libraires, des journaux littéraires, des confrères journalistes, des écrivains et puis des sites sur le football par exemple.

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(Photo : Eric Garault pour Lire)

Tout ce que vous écrivez amène à réfléchir les twittos qui vous suivent. C’est souvent amusant, ludique, instructif…

Les tweets, ce n’est pas pour raconter ce que je fais dans la journée. J’exprime des choses que je n’ai pas l’habitude d’exprimer ailleurs. Je m’interroge sur les sentiments, les idées, les remarques, les bizarreries, les paradoxes de la vie. Plus le message paraît facile, plus il est populaire, plus il faut se montrer rigoureux avec lui. Il ne faut pas que je commette des fautes d’orthographe, sinon, c’est un tollé général. Ça m’est arrivé une fois et j’en ai entendu parler…

Est-ce avec ce réseau social que vous vous livrez le plus ?

Oui, bien sûr, je me révèle plus qu’à l’accoutumée. On ne peut pas dire que ce soit un autoportrait complet de moi, mais il y a des signes, des morceaux de moi qui passent à travers Twitter. Je suis parfois dans des réflexions personnelles, des maximes qui expriment mes pensées profondes. D’autres fois, c’est juste le plaisir du mot, du bon mot, de la provocation, du paradoxe…

Combien écrivez-vous de tweets par jour ?

J’en fais entre 4 et 6 le matin, sauf le samedi et le dimanche. Je tweete le matin, au petit déjeuner et ensuite, je vaque à mes occupations.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure-là ? Il y a eu un déclic ?

Oui, c’était le lendemain de Noël 2011. J’avais été très interloqué par la facilité dont les révolutions arabes ont jeté dehors les despotes. Je ne comprenais pas le système de rassemblements très rapides qu’avaient les manifestants pour se réunir. J’ai donc demandé à un de mes gendres de m’expliquer comment ça se passait. Il m’a montré les fonctionnements de Facebook, puis de Twitter. Et c’est Twitter qui m’a plu grâce à cette obligation de faire court. J’aime la concision, la netteté, la contrainte d’exprimer un sentiment, de faire passer une idée ou de relater un souvenir ou un fait en moins de 140 signes. C’est à la fois amusant et un exercice d’esprit et de style.

Par contre, vous n’êtes pas sur Facebook.

Ça ne me plait pas du tout. C’est très personnel. On agrège des gens qui vous connaissent. Ça n’a rien à voir avec Twitter.

Pourquoi ce livre ?

Ce sont mes abonnés qui en ont eu l’idée. Beaucoup m’ont demandé si j’allais les publier dans un recueil. Et mon éditeur, ayant appris l’espèce de  réputation que j’avais sur Twitter, ma demandé si ça m’intéressait de le faire assez rapidement. J’ai fait un choix de tweets et il a été très séduit.

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Vous racontez en préambule dans le livre que l’on vous pose beaucoup de questions pour des problèmes de conjugaison, d’orthographe, de construction de phrases, de syntaxe, d’acceptation des mots. Vous répondez ou ça vous gonfle un peu ?

Je ne peux pas répondre à tout, mais dans la mesure du possible, je tente quand même quand je sais. Parfois, je ne sais pas.

Twitter nous relie les uns aux autres facilement.

Oui, c’est une forme de convivialité silencieuse qui ne se manifeste que par l’écrit. Je ne dis pas que les gens de Twitter forment une famille, mais forment une sorte de vaste communauté internationale. Twitter ouvre des portes situées à 10 000 kilomètres, mais souvent, elle n’ouvre pas la porte du voisin. Je remarque que dans ma famille, personne ne suit mes tweets, par contre récemment, je suis allé à Bilbao, puis à Montréal, et à chaque fois, plein de gens inconnus de moi me disaient qu’ils me suivaient. C’est une communauté vagabonde aux frontières très imprécises, aux désirs fluctuants et très différents les uns des autres.

Ça vous rajeunit d’être sur ce réseau ?

Oui. Je dis souvent que ça me donne 10 ans de moins. C’est ma jouvence de l’Abbé Soury. C’est un mode de communication très vif. D’ailleurs, souvent les twitteurs sont des jeunes et des gens très dynamiques, c’est donc paradoxal que ce soit un homme de plus de 70 ans qui publient le premier recueil de tweets.

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Avec Bernard Pivot, à l'issue de l'interview, chez lui, le 26 avril 2013.