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11 octobre 2019

Pierre Lapointe : interview pour Pour déjouer l'ennui

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(Photo : John Londono)

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienLe travail de Pierre Lapointe oscille entre la culture d’avant-garde et la culture populaire. Il est un des auteurs-compositeurs francophones et un des générateurs des projets les plus éclatés de la scène culturelle de sa génération. Je le mandorise régulièrement depuis 2006. Il a même été l’un de mes tout premiers invités pour ce blog. Sinon, pour l’album PUNKT, c’est ici et cet été pour sa venue aux Francofolies de la Rochelle, c’est là.

Il sort son prochain album, Pour déjouer l’ennui, le 18 octobre. Pierre Lapointe y exprime encore une fois son amour pour la chanson française. En plus des titres réalisés avec Albin de La Simone (mandorisé plusieurs fois), l'album a été créé en collaboration avec quelques-uns de ses amis à la composition et à l'écriture ; Daniel Bélanger (mon chanteur québécois préféré mandorisé ici), Philippe B, Hubert Lenoir et son frère Julien Chiasson, Amélie Mandeville, Félix Dyotte et Clara Luciani (mandorisée ici).

Il m’a reçu au Centre Culturel Canadien de Paris juste avant sa soirée de lancement, le 25 septembre dernier pour évoquer ce nouveau disque et pour parler d’amour et de mort. Une interview avec Pierre Lapointe est toujours un grand moment.

(Après l’interview, quelques photos de la soirée de lancement avec notamment Albin de la Simone et Clara Luciani, mais également Sylvie Vartan et les photographes/peintres Pierre et Gilles).

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(Hèctor Abela)

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienInterview :

J’ai lu dans la bio que « le but de ce disque était de créer un album de chansons s’inspirant des grands classiques ». C’est une sacrée gageure !

Depuis le début de ma carrière, mon obsession est d’essayer de créer des objets qui vont bien vieillir, c’est ce que je veux dire par « grands classiques ». Je veux m’assurer de faire des chansons juste assez actuelles et pas assez à la mode pour qu’elles restent intemporelles.

Tu as écrit tes trois derniers disques en même temps, celui avec les Beaux Sans-Cœur, le très rock décalé, Ton corps est déjà froid, La Science du cœur et celui-ci Pour déjouer l’ennui.

Je les ai conçus en deux mois et j’ai enregistré les trois en six mois. Dans ces albums, j’ai essayé de trouver la racine de ce qui fait qu’on a l’impression d’avoir entendu une chanson toujours, alors qu’elle est totalement nouvelle. Ça passe par beaucoup de collaborations.

C’est quoi pour toi la notion de « classique » dans la musique ?

C’est ce qui a passé l’étape du temps.

Tu as choisi Albin de la Simone pour réaliser Pour déjouer l’ennui. Vous vous rejoignez musicalement sur quoi ?

Nos goûts se rejoignent sur des albums jazz et sur une certaine chanson française qui nous attire beaucoup.

Le clip de "Tatouage".

Je sais qu’Albin de la Simone est quelqu’un de minutieux et d’exigeant. Un peu comme toi ?

Non, lui, il l’est nettement plus. Il a une formation de musicien. Moi, je me suis toujours donné le chapeau de l’imposteur et ça a toujours fait mon affaire. Comme ça, ce sont les autres qui décident. Ça permet de teinter mon travail et de ne pas trop me répéter. Albin est plus radical que moi et il a une forme de snobisme vis-à-vis de la chanson qui m’intéresse fortement. C’est très bien parce qu’ensemble, un équilibre très intéressant s’est créé.

Il en résulte un disque tout doux.

Tout doux et gentil. J’avais envie de faire un album de berceuse pour petits enfants devenus grands. J’emploi le mot berceuse parce qu’on n’a pas besoin de réfléchir en écoutant ces chansons. On peut juste se laisser bercer par elles. C’est aussi une façon d’exprimer ma volonté de simplicité absolue. Ce sont des chansons tellement douces qu’elles me réparent et qu’elles me font du bien.

Tu as écrit ces nouvelles chansons seulement pour te faire du bien ou aussi pour le public ?

Quand je me parle, je parle à tout le monde. Si une chanson ne marche pas sur moi, elle ne marchera pas sur le public. Mon premier public test, c’est moi. Si je suis ému et emballé par quelque chose, je risque d’exciter les gens sur ces points-là.

Clip de "Qu'est-ce qu'on y peut?" (en duo avec Clara Luciani).

Ta façon d’interpréter est également toute douce.

C’est rare que je chante avec si peu d’attention (rires).

La musique des chansons de Pour déjouer l’ennui est simple, alors qu’on t’a connu aussi très expérimental, comme avec l’album PUNKT. Ça te choque si je te dis ça ?

Pas du tout parce que Pour déjouer l’ennui a été pensé plus simple. Quand on a fait l’enregistrement, Albin, les musiciens et moi, on a créé les arrangements en live. On n’a pas trop réfléchi et l’album s’est fait assez rapidement.

C’est difficile de faire simple, il parait.

La simplicité est facile quand elle s’impose d’elle-même. On a tiré aucune des chansons vers un côté où elle ne voulait pas aller. Les chansons ont une personnalité à elle. C’est comme les bébés dans le ventre de leur maman, ils ont déjà leur sens de l’humour ou leur côté colérique… tout est là déjà. Ça va juste s’exacerber avec les années. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’elle existe déjà. Je ne peux pas voir où je vais la chercher. C’est la chanson qui décide s’il y a un refrain ou deux refrains, s’il y a un couplet… le thème, la mélodie… la chanson décide tout, je suis juste le mouvement. Quand je te disais que je suis le premier public test, c’est-à-dire que je me laisse porter par mes premières impressions.

Tu parles de plus en plus uniquement d’amour. C’est le cas dans Les sciences du cœur et dans Pour pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadiendéjouer l’ennui.

J’ai toujours parlé d’amour, dès le premier disque. C’était une volonté d’exister dans les yeux de l’autre. Pour moi, il y a deux sentiments humains qui génèrent tous les autres : le besoin d’amour et l’angoisse face à la mort. Ce sont deux sujets qui m’obsèdent et dont je parle tout le temps. Je sais que je ne me renouvellerai pas.

Ton public ne te reproche pas de ne parler que de ça ?

Si. Mais de quoi parler d’autre ? Tout est ramené à ces deux sentiments-là.

Tu as peur de la mort ?

Je n’ai pas peur de la mort du tout. Je la nomme et je l’ai apprivoisé très jeune. J’ai fait la paix avec elle. Le sujet pop par excellence, avant l’amour, c’est la mort. On ne fait que penser à ça tout le temps parce qu’elle est toujours là autour de nous.

Tu as fait la paix avec la mort ? Explique-moi, car je ne comprends pas.

Si je crée autant, si mes projets faits avec des humains doux et créatifs sont aussi sereins, c’est parce que j’ai fait la paix avec la mort. Je lui ai dit qu’elle pouvait venir me chercher quand elle le souhaiterait. Je suis en paix avec ce que je suis et avec ce que je fais. La première fois que j’ai réalisé un disque, je l’ai mis sur la table et j’ai dit à mes parents : « à partir de maintenant, je peux mourir, j’ai laissé une trace ».

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienAvant cela, tu avais peur de la mort ?

Je ne sais pas, mais je me disais qu’il ne fallait pas que je parte parce que j’avais trop de choses à dire. Si la mort vient me chercher demain matin, je n’aurais pas de regrets sur ma vie et mes choix.

Ce que tu me racontes m’explique pourquoi tu fais tant de choses. Cette suractivité provient de ta volonté de laisser le plus de traces possibles.

Totalement. Le pire, c’est que je trouve ma vie longue.

Avec tous tes projets, tu parviens à t’ennuyer ?

J’ai la maladie de l’ennui.

Excuse-moi d’insister, mais comment peux-tu trouver le temps de t’ennuyer entre les musiques de films, le Cirque du soleil et tes autres projets ?

Ça parait beaucoup aux yeux de tous, mais dans tous mes projets, il y a des collaborations. Je ne suis pas seul… Et moi, je produis très vite. Cet été, pour le Cirque du Soleil, j’ai créé l’histoire, j’ai fait la direction artistique et la mise en scène, mais ça ne m’a pas pris tant de temps que cela. Quand j’accepte un projet, c’est que je suis au beau moment dans ma vie pour l’accepter et que je n’aurai pas besoin de travailler beaucoup parce je suis rapide.

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La première mise en scène de Pierre Lapointe pour le Cirque du Soleil à Monaco, cet été. 

Tu n’es donc jamais épuisé ?

J’ai commencé à être bien le jour où j’ai mené trois ou quatre projets en même temps. Là, j’ai trouvé mon rythme. Je me sens bien depuis PUNKT parce que c’est à partir de cette période que j’ai produit plus que jamais. Cela dit je trouve souvent affolant que ça ne bouge pas autour de moi aussi vite que moi.

Tu es sur-actif au premier degré donc.

Oui et la conséquence de mon expansion à surproduire, c’est que mon corps flanche d’un coup. Je tombe malade et je ne peux rien faire. Cet empressement, cette hyperconscience nait d’une sensibilité un peu anormale. Cette sensibilité-là me donne des pouvoirs créatifs et le pouvoir de provoquer des émotions chez les gens que ce soit sur scène ou sur disque.

Tu as toujours eu cette sensibilité-là ?

Quand j’étais enfant et que ma mère voulait que je fasse quelque chose, je lui disais « je le ferai pas ». Si elle insistait, en l’espace de 15 minutes, je tombais malade. Je faisais de la fièvre au point de rentrer à l’hôpital. Avec les années, j’ai appris à jouer avec ça. J’ai aussi appris à comprendre que quand mon corps part en vrille, il fallait que je m’assoie et que je ne fasse plus rien. Dans ces cas-là, j’annule tout.

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Tu as trouvé ton rythme ?

Je crois. J‘ai surtout appris à accepter qu’il y ait des rythmes qui arrivent et s’imposent. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas fait le 10e de ce que je veux faire.

J’ai l’impression que tu peux tout faire artistiquement.

C’est faux. Par exemple, je ne peux ni lire, ni écrire la musique. En fait, les projets ne sont que des prétextes pour créer des rencontres et travailler avec des gens que j’aime. C’est la rencontre humaine qui motive tout, sinon, ça ne m’intéresse pas.

Voici maintenant quelques clichés de la soirée de lancement au Canada Café du Centre Culturel Canadien de Paris.

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La soirée débute avec un showcase de cinq chansons interprétées sans micro (géniale idée) par Pierre Lapointe accompagné par le réalisateur de l'album Albin de la Simone et un guitariste.

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Mais qui regardent le trio avec intérêt? Clara Luciani (qui participe à l'album Pour déjouer l'ennui) et Sylvie Vartan (la guest d'honneur de la soirée)...

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Albin de la Simone a poussé la chansonnette avec Pierre Lapointe. Et c'était beau.

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Et une magistrale imitation de Gilbert Bécaud par Pierre Lapointe (c'est faux!) #seulslesvraissavent

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Après le showcase, séance photo. Sylvie, Clara et Pierre.

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Clara et les chics types.

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Toujours à s'incruster le Mandor… (mais quand même, Sylvie Vartan et Albin de la Simone, quoi!)

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Les photographes/peintres cultes Pierre et Gilles avec Sylvie Vartan et Pierre Lapointe.

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Allez! A la bonne votre!

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Et n'oubliez pas...

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10 octobre 2019

Yoanna : interview pour 2e sexe

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© "by Lu"

yoanna,2e sexe,interview,mandor« Yoanna c’est du vrai, de l’authentique, de la sincérité de la sensibilité, et une grand gueule pour défendre ses idées. Elle prend la parole comme toujours, elle a des choses à dire, sur elle, sur nous, sur les politiques, sur la société, sur les sentiments, sur la solitude, sur la mort, sur la vie en somme. Elle a des yeux aiguisés comme des couteaux lorsqu’elle regarde ses contemporains. »

J’ai interviewé Yoanna une première fois en 2007 (putain, 12 ans déjà !), puis j’ai récidivé en 2015 et, le moins que l’on puisse dire/lire, c’est qu’elle ne m’a jamais laissé indifférent. Sa personnalité sans filtre, ses chansons coups de gueule, ses fêlures et ses engagements m’ont toujours fasciné. Yoanna se dit plus chanteuse «concernée» qu’«engagée», il n’en reste pas moins que cette artiste suisse reste une des artistes les plus importantes de la chanson francophone.

Le 28 septembre dernier, à l'occasion de la sortie de son troisième album, 2e sexe (que vous pouvez écouter là), nous nous sommes retrouvés dans une brasserie de la place de la Nation pour une troisième mandorisation. Peut-être la plus forte et sincère. Elle y dévoile des pans de sa vie dont elle n’avait jamais parlé officiellement… 

Biographie officielle (légèrement écourtée)  © "by Lu":yoanna,2e sexe,interview,mandor

Un uppercut. En 2009, avec son album Moi Bordel où elle abordait d’emblée des thèmes aussi casse-gueule que l’inceste ou l’avortement, Yoanna, 23 ans à l’époque, débarquait avec tumulte dans le paysage de la chanson francophone, l’accordéon en bandoulière. Son instrument fétiche qui l’accompagne sur les planches musicales depuis qu’elle a quitté sa Suisse natale à 16 ans, dans des bistrots d’abord, puis sur des scènes de moins en moins confidentielles, le succès de Moi Bordel aidant.

Déjà, lorsqu’elle écrit ses premiers textes à 18 ans, c’est avec son piano à bretelles que cette auteure-compositeure-interprète pose ses mélodies sur des mots où la colère affleure en permanence. La musique a eu un effet « libérateur » après une adolescence plus que chahutée. C’est toujours le cas aujourd’hui. Même si au fil des années et des albums (Un peu brisée en 2012, Princesse en 2015 et 2e sexe cet automne), son écriture, très « instinctive» au départ, «presqu’animale», a évolué. Idem dans la composition: après avoir débuté « un peu à l’ancienne », en écrivant ses textes avant de les mettre en musique, aujourd’hui elle trafique des sons à l’ordi, des boucles de percus, crée des ambiances et une atmosphère musicale. Côté textes, Yoanna continue à suivre le sillon qu’elle creuse depuis plus de 15 ans : un peu apaisée mais surtout pas assagie, elle est toujours prête à lever la plume et le poing face aux petites et grandes médiocrités de ce monde, qu’il s’agisse des femmes qu’on abaisse et qu’on harcèle, de l’environnement déglingué, du pouvoir de l’argent, de la course à la rentabilité... Et toujours, aussi, ce besoin viscéral de s’affranchir des conventions, d’affirmer sa liberté d’être et de faire, un moteur essentiel pour elle qui a toujours veillé sur son indépendance artistique en auto-produisant tous ses disques. Après l’album Princesse, en 2015, elle entre dans une phase de remise en question.

L’aventure Marre Mots, une escapade dans le monde de la chanson pour enfants, lui en donne l’occasion. Yoanna enchaîne quelque 200 concerts en deux ans. Une période durant laquelle elle laisse de côté l’écriture en solo. Manque de temps, d’énergie, d’inspiration. Le mouvement #metoo joue le rôle de l’étincelle qui rallume définitivement la mèche, toujours prête à s’enflammer chez Yoanna, qui n’a pas attendu la libération de la parole des femmes pour balancer la sienne sans détours. Un franc-chanter à retrouver et à écouter d’urgence sur son dernier album, 2e sexe.

yoanna,2e sexe,interview,mandorL’album :

On retrouve Yoanna en guerrière sur la pochette de son dernier opus, 2e sexe. Cette auteure-compositrice interprète n'a rien perdu de son franc-chanter : sur des arrangements à la tonalité très urbaine, Yoanna livre 12 titres comme autant de combats, évoquant tour à tour la place de la femme, la domination masculine, la décomposition de la planète, la course à la rentabilité…

Pour accompagner ces textes sur lesquels sa voix grave joue en permanence sur les alternances de rythmes et de mélodies, Yoanna s’est appuyée sur son instrument fétiche et compagnon de composition depuis toujours, l’accordéon. Dans ce nouvel opus il est à la fois omniprésent et méconnaissable tant ses sonorités ont été assaisonnées et modulées. Signalons la présence du batteur Mathieu Goust, co-compositeur de cet album réalisé, une nouvelle fois, sous la houlette de Fred «Brain» Monestier.

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© "by Lu"

yoanna,2e sexe,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel opus tu as une vraie chanson politique, « En marche ». C’est la première fois que tu te permets ce genre d’incursion…

Je l’avais déjà fait avec « Le roi » dans l’album Princesse en 2015. Le roi, c’était Sarkozy. Ce qui m’a étonné avec le président que l’on a aujourd’hui, c’est qu’il a été banquier. Moi qui ai grandi à Genève, j’ai approché le monde de la banque et je te prie de croire qu’il est particulier. Pas franchement pour le peuple quoi ! Avec « En Marche » j’ai souhaité écrire un pamphlet à l’ironie grinçante contre la notion de rentabilité et l’asservissement au travail.

Il parait que tu as été l’objet de beaucoup de critiques sur les réseaux sociaux, à cause de cette chanson.

Je me suis fait démonter tu veux dire ! Je n’ai jamais été insultée de la sorte. On m’a dit notamment que des gens comme moi, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, on les aurait buttés. Je me suis pris des trucs bien violents. Je ne sais pas comment j’ai pu déclencher ce bashing. Je suis certain que si ça avait été un mec qui avait chanté « En marche », il n’aurait pas eu autant de messages virulents.

Clip de "En marche".

On retrouve dans ce disque, tes thèmes chers, à commencer par la condition des femmes. Tu n’as pasyoanna,2e sexe,interview,mandor attendu #metoo pour affirmer ton féminisme. © "by Lu"

J’ai toujours parlé des femmes à travers le regard d’une femme. Avant, je ne me rendais pas compte à quel point c’était mon sujet principal, aujourd’hui si. Dans mon premier album, Moi bordel, j’avais écrit de manière instinctive, animale et impulsive. Je n’intellectualisais pas du tout ce que je faisais. Il n’y avait aucune réflexion. Grace à mon spectacle pour enfants, Marre mots, j’ai pris beaucoup de recul. Je n’avais plus d’urgence à être productive et enregistrer de nouvelles chansons. J’ai donc pu réfléchir à mon répertoire. J’en ai profité pour réécouter tout ce que j’avais fait avant. J’ai beaucoup lu également.

Tu ne lisais pas beaucoup avant ?

Si, mais je ne faisais pas le lien entre l’écriture et la lecture. Là, je me suis nourri de mes lectures en en ayant conscience.

Crois-tu que la réflexion sur son propre travail vient avec l’âge qui avance ?

Effectivement, je crois que prendre de l’âge rend un peu plus sage et serein. On prend conscience de la longueur et de la valeur de la vie. Mais, c’est surtout que je suis mieux dans ma peau. Je suis donc plus ouverte sur ce qui m’entoure, je suis moins centrée sur moi.

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© "by Lu"

Quand tu me parles, là, je te sens « adoucie », mais il n’en est rien dans tes textes. 2e sexe est un disque de combat où résonnent «des refrains sur fond de rébellion au creux de [tes] mains », comme tu le chantes sur « Ni Dieu ni maître », un autoportrait.

Une chanson n’est jamais violente, c’est la vie et les situations qui sont violentes. Tu me parles de combat. C’est quand les gens ne sont pas combatifs que ça m’étonne. Comment les artistes qui ne racontent pas de combats peuvent-ils considérer que leurs chansons ont de l’intérêt ? Je vais te dire la vérité. Il y a au moins 80% des chansons qui me font chier. Il faut avoir sacrément confiance en soi pour se dire que ses petits déboires amoureux intéressent le reste du monde (rires). On s’en tape en fait !

Quand je dis que je te trouve adoucie, ça t’énerve ?

Ce truc de la douceur, j’en ai de plus en plus en moi. Avant, je considérais que la douceur était un signe de faiblesse. Je ne voulais pas que ça se voit. Là-dessus, j’ai avancé.

Tu étais dans l’attaque pour ne pas que l’on t’attaque ?

Oui. C’est un peu ça. Aujourd’hui, j’attaque si vraiment j’entends de la merde. Mais là aussi, il faut que j’arrête, parce que souvent ça ne sert à rien.

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© "by Lu"

Tu es maman de trois enfants. Il parait que tu as essayé d’écrire sur la grossesse, mais que tu n’y es pas parvenue.

Ce n’est pas que je n’y suis pas parvenue, mais c’est que j’ai gardé le texte pour moi. Ce beau, magique et positif moment est intime, je ne vois pas ce que ça peut apporter aux gens.

Du coup, dans « Fondement », tu as écrit sur l’instinct maternel. Mais à ta façon, en pulvérisant façon puzzle la théorie que l’on inculque aux femmes sur ce sujet.

C’est une grosse saloperie de construction sociale de merde. Il faut que les femmes se déculpabilisent de tout ça. Il faut qu’on arrête de nous aliéner à ce point-là ! Ce que je raconte est positif. Ce qui est violent ce sont les tabous, les non-dits, ce qui est violent, c’est de se sentir sale, de se sentir coupable, de se sentir merdique. Combien de fois je me suis embrouillée avec des gens sur ce sujet. Tout le monde pense que la femme a un truc en plus avec les bébés. Une femme ne sait pas mieux changer les couches d’un enfant qu’un homme, une femme n’entend pas plus un enfant quand il pleure la nuit qu’un homme, une femme ne fait pas de meilleures purées qu’un homme. C’est vraiment de la connerie.

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© "by Lu"

J’ai remarqué que dans certaines chansons, au début, tu dis le contraire de ce que tu penses, ensuite, tu reviens sur les bons rails.

Oui, j’adore faire ça.

Tu procèdes ainsi également dans « Pour une femme ». Je trouve que c’est une chanson anti homme. L’homme n’est qu’un prédateur pour la femme ?

Je chante les injonctions faites aux femmes de rentrer dans un cadre bien genré et bien rangé. Dans cette chanson, on est sur les féminicides. On est sur le fait de se faire massacrer physiquement par quelqu’un qui est plus fort qu’une femme.

Tu as déjà été victime de ça ?

Je me suis déjà battue avec des mecs. A un moment, je cherchais ce truc-là. J’étais parfois une vraie teigne. J’ai fait payer à mes amoureux ce que d’autres mecs m’avaient fait vivre avant. Du coup, je cherchais le conflit constamment. A chaque fois que nous en sommes arrivés aux mains, j’ai perdu. Depuis le début, tout le rapport hommes/femmes s’est construit comme ça. Le rapport dominant/dominé est parfaitement injuste.

Quid de d’éducation là-dedans ?

Tu as raison. On sait tout ça depuis longtemps, mais on continue à inscrire nos gamines à la danse classique plutôt qu’à des cours de boxe. Pourquoi ? Peut-être parce qu’on a envie de continuer ce schéma-là ?

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© "by Lu"

Aujourd’hui, les hommes ont changé. Ils sont devenus plus respectueux et sensibilisés à la cause féminine, non ?

Que tu es naïf François ! Il y a des choses qui évoluent, mais pas beaucoup. Tu as rencontré des femmes, elles t’ont raconté leur vie… tu vois bien qu’elles ont toutes eu des parcours pas faciles à cause de certains hommes…

Dans tes concerts, les hommes doivent se sentir un peu bousculés.

Tant mieux. Après, chacun se démerde avec sa conscience. Un jour, ma copine chanteuse Flow interprétait lors d’un concert, une chanson sur le viol. Elle sortait les statistiques. Elle estimait que dans une salle de 350 spectateurs, tant de femmes s’étaient fait violer. Ca m’avait hyper choqué. Comme c’était mon cas, j’ai eu l’impression qu’une grosse poursuite m’avait visé et que tout le monde me voyait. Après réflexion, je me suis dit que s’il y avait des femmes violées dans la salle, il devait y avoir aussi des violeurs. C’est pareil lors de mes concerts, désormais, j’y pense.

Dans la chanson « 2e sexe », tu convoques une grande figure du féminisme, Simone Beauvoir.

Pour raconter la violence physique et morale dans le couple.

Clip de "Balance".

Quand tu écris « Pour une femme » ou « Balance », tu penses plus aux femmes qu’aux hommes ?

Ce qui m’a le plus choquée c’est à quel point on ne croit pas la parole des femmes, à quel point elle est remise en question, tout de suite, tout le temps, partout, y compris par nous, entre meufs. Sinon, pour répondre à ta question, je parle aux hommes. Non, en fait, je parle à tout le monde. Mais ne te trompe pas. J’adore les mecs. Je ne dis pas « tous les mecs sont des salauds ! » C’est la société qui ne va pas sur le rapport hommes/femmes dont nous parlions tout à l’heure. On est tous plus ou moins victimes. Personnellement, je me suis fait violer par quelqu’un de proche à l’âge de 6 ans. Je pense que celui qui a fait ça doit être autant malheureux que moi, j’imagine. Je n’ai plus de rapport avec lui, c’était un pauvre gars finalement.

Ta famille est au courant ?

Oui, mais ça a pris du temps et tout le monde ne le sait pas.

A 6 ans ! C’est immonde !

Oui, et ça m’est arrivée une deuxième fois à 13 ans avec un prof. Après, quand on me dit que mes chansons sont violentes, je réponds ce que je t’ai déjà dit… non, c’est la vie qui l’est.

En écoutant ton premier album, on avait compris que tu avais vécu des trucs durs, mais tu n’avais jamais dit exactement quoi.

Je parlais de ce qui me sensibilisait et me touchait. Comme une Keny Arkana écrit des textes sur l’injustice sociale, une Casey sur le racisme… parce qu’on chante ce qu’on a vécu et ce qui nous a blessé. Moi, je suis parti au combat avec mes chansons (rires).

Tu vas parler du viol sur tous tes disques ?

Je ne sais pas. Et pourquoi pas ? C’est important. Déjà, sur ce disque, je parle de plein d’autres choses.

C’est vrai. Tu parles « écologie » dans deux chansons.yoanna,2e sexe,interview,mandor

Je raconte mon effroi et ma rage face à une planète qui se décompose sous nos yeux. Dans « Plastique », imaginé après la lecture d’un article sur le 6e continent, j’évoque cette mer de déchets égarée dans le Pacifique. Dans « La nuit s’est échappée », premier titre que j’ai écrit, je dénonce autant la loi du pognon que le flingage en règle des forêts et des espèces animales. Vraiment, j’accuse le pognon d’être à l’origine du massacre de la planète. Les gens qui massacrent la Terre le savent et s’en foutent tant que ça ramène du fric.

Dans « Laissez-moi », tu réaffirmes ton indépendance et ta liberté. Ta liberté d’être et de faire.

Je dis en substance « foutez-nous la paix ! » Si on a envie de rouler dans notre bagnole sans ceinture, on roule dans notre bagnole sans ceinture. Si on a envie de puer sous les bras, d’être mal habillé et d’avoir une sale gueule, on a le droit. Lâchez-nous ! Aujourd’hui, on ne peut plus rien faire, c’est insupportable !

yoanna,2e sexe,interview,mandor« Sorcière » est la seule chanson non contemporaine.

Je défends la singularité des femmes, surtout quand elle dérange l’omnipotence masculine et les normes établies. « Sorcière » est un morceau qui fait référence au livre Sorcières de l’essayiste suisse Mona Chollet. Pour l’auteure, la sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Elle répond à des questions du type : Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante (puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées), la femme sans enfant (puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité) et la femme âgée (devenue, et restée depuis, un objet d’horreur). Par contre, quand tu dis que ce n’est pas une chanson contemporaine, je ne suis pas d’accord.

On ne brûle plus les femmes prétendues sorcières sur un bûcher.

Non, dans certains pays on les massacre à coups de couteau devant leur gosse sur un bout de trottoir ou on les lapide. Tout ça parce que ce sont des femmes.

Musicalement, ton disque sonne plus moderne. yoanna,2e sexe,interview,mandor

Parce que je ne travaille plus avec les mêmes personnes. De disque en disque, je mets de plus en plus de moi. Aujourd’hui, ce que je fais est plus proche de mes goûts personnels. J’écoute beaucoup de hip hop par exemple.

Tu as raison, ça s’entend.

J’ai essayé de réduire le décalage entre ce que je faisais et ce que j’aimais. J’avais l’impression d’aimer une sorte de musique et de faire des choses aux antipodes, du coup, je n’aimais pas ce que je faisais. Là, j’ai fait les textes, les musiques, toutes les préproductions, ensuite j’ai travaillé avec mon binôme, Mathieu Goust… ça change tout. C’est un musicien hyper talentueux et hyper humble. Je le découvre de date en date.

Je te sens bien moralement.

Je me sens hyper bien entouré, ce qui n’a pas toujours été le cas. Pour ce disque, tout a été cool. Nous nous sommes fendus la gueule du début à la fin et n’avions aucune pression. Ça change tout.

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Mathieu Goust et Yoanna au théâtre Thénardier de Montreuil © "by Lu"

07 octobre 2019

Patrice Mercier : interview pour Mélodies Chroniques

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Mais c'est quoi une Goguette?
- Tu prends une chanson...
- Ouais...
- Tu enlèves les paroles...
- Ouais...
- Tu y mets tes paroles....
- Ouais...
- Et tu la chantes!
- Ah, mais c'est une goguette!!!
...
- Ben ouais

patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorPatrice Mercier est devenu ces dernières années un as de la goguette, il est même une référence ultime de ce genre musical. Avant d’en savoir plus sur ses Mélodies chroniques, un rappel de qui est cet homme qui passe sa vie à faire sourire (voire rire aux éclats) le public.

Auteur, chanteur, guitariste et comédien, il a commencé par l'improvisation théâtrale. Le répertoire classique (La Nuit des Rois, l'Opéra de Quat'Sous...), le jeune public (Pierre Gripari), le spectacle de rue (Sotteville-les-Rouen,  Châlon, Aurillac...) ont également jalonné un parcours éclectique. Pendant 10 ans, il est auteur et comédien de l'émission Action Discrète sur Canal +. De quoi aiguiser son sens critique sur les sujets d'actualité. Depuis quelques années, et fort de toutes ces expériences, il remonte sur scène, où il renoue avec ses premières amours : la chanson.

Teaser du spectacle Mélodies Chroniques.

Aujourd’hui, Patrice Mercier s'est lancé un défi : renouer avec la tradition des chansonniers pour proposer patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorun véritable journal chanté sur des airs connus. « Les Mélodies Chroniques de Patrice Mercier nous parlent de questions de société, dont la gravité n'excluent ni le plaisir, ni la légèreté. Un spectacle ingénieusement mis à chaque fois au diapason de l'actualité la plus récente. Un spectacle qui, à sa façon, participe au débat. »

Ecriture, chant : Patrice Mercier
Piano : Missonne
Mise en scène : Xavier Lacouture

Le 23 septembre dernier, nous avons déjeuné ensemble dans une brasserie de la capitale. Entre deux bouchées, Patrice Mercier a répondu à quelques questions.

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patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorInterview :

Beaucoup te connaissent grâce à Action Discrète sur Canal +, mais tu as commencé la musique bien avant cette aventure télévisuelle.

J’ai commencé l’improvisation théâtrale en 1998 avec des personnes dont certaines faisaient un peu de musique. Personnellement, j’avais une guitare chez moi qui datait du lycée. J’ai commencé à écrire quelques chansons qui ont eu un peu de succès auprès de mes potes. Du coup, on a tenté de monter un groupe, La Fabrique.

C’était déjà des chansons humoristiques ?

Disons qu’il y a toujours eu un peu de sourire et de lueur d’ironie dans l’œil. Les sujets abordés n’étaient pas liés à l’actualité, mais sur le monde intérieur : les émotions, le rapport à la vie, l’amour, en tout cas des histoires plus intimes que mon répertoire d’aujourd’hui. Je n’ai jamais eu une période noire ou très sérieuse dans mes écrits, l’aspect fantaisiste n’est jamais loin.

Ce groupe a existé jusqu’à quand ?

Jusqu’en 2003. Ça se passait bien, mais j’étais jeune et sans entourage professionnel. Nous avons arrêté tout en restant bons amis.

Ensuite tu es rentré dans le terrorisme audio-visuel avec Action Discrète sur Canal +.

L’expérience a duré en hebdomadaire de 2005 à 2012. C’est une grosse tranche de vie. Outre des caméras cachées détonantes, tous les cinq, nous avons aussi fait des parodies de chansons que l’on pourrait aussi appeler des goguettes. A chaque fois qu’il était question d’écrire des chansons, je faisais partie de ceux qui s’y collaient. En y réfléchissant, je trouve mon parcours cohérent. Il y a un lien constant.

En 2014, le Gangsta Rap d'Action Discrète a rendu une petite visite à Patrick Balkany… (avec un vrai duo Patrice Mercier-Patrice Balkany).

Parallèlement, tu as continué à travailler en écriture avec Claude Lemesle.

Partant du principe que rien n’est jamais acquis, je suis un partisan du travail. Ces ateliers sont très riches parce qu’ils te permettent d’avoir un angle sur quelque chose dont tu voulais parler depuis longtemps. Ils débloquent souvent les situations.

Après Action Discrète, tu t’es mis directement à la goguette ?

J’ai tellement travaillé sur l’actualité avec Action Discrète que c’est devenu un point de levier de ma création personnelle. J’ai été très nourri de cette expérience. Très vite, j’ai rencontré le principe des goguettes au Limonaire. J’ai commencé à m’y adonner début 2015. Depuis que je fais ça, je compose plus facilement parce que j’ai mis mes pas dans ceux de géants.

Dans ces goguettes, tu écris sur des sujets de société plutôt que sur l’actualité.

Chanter que François de Rugy mange du homard, franchement, je n’en ai rien à foutre. Aujourd'hui,  c'est de Rugy, demain ce sera un autre. Je préfère parler du système en soi. Par contre, si il arrivait qu'un homard mange de Rugy, là, je fais une goguette. 

Une Mélodie Chronique pour aborder le sujet délicat de l'euthanasie. Patrice Mercier est pour. "Je l'aide à mourir" sur l'air de "Je l'aime à mourir" de Francis Cabrel.

patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorUne goguette est une chanson toujours engagée?

C’est un vecteur puissant pour parler d’un sujet et être entendu. Avec tout ce que j’ai écrit se dessine une sensibilité, un positionnement. C’est une forme de militantisme, mais pas exacerbée. Je ne choisis pas les thèmes par hasard.

Peut-on dire que tu n’es pas exactement de droite ?

On peut le dire.

Avec une goguette, n’y a-t-il pas un danger de faire la morale ?

Il y a un danger, mais ça ne m’arrive pas. Dans le travail d’écriture et dans la réflexion, je parviens à ne pas franchir cette limite. J’essaie d’aller au fond des choses et d’avoir un angle de réflexion qui apporte quelque chose. Je ne veux pas non plus hurler avec les loups. Ce sont deux travers dans lesquels je ne veux absolument pas tomber.

Une Mélodie chronique sur le phénomène des tornades et autres cyclones, qui sévissent de plus en plus… "Le beau cyclone" sur l'air de "La bicyclette" de Pierre Barouh interprété par Yves Montand.

Quand tu abordes un sujet, je sais que tu te renseignes beaucoup afin de ne pas raconter n’importe patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorquoi.

Je lis sur ce dont je parle : des livres, des reportages, des résumés d’études… Pour qu’une goguette soit irréprochable, il faut enquêter sérieusement. Je tiens à préciser que les gens se marrent beaucoup, même avec des sujets sérieux. C’est là toute la difficulté de l’exercice.

Justement, considères-tu que Mélodies Chroniques est un spectacle humoristique ?

Non. J’ai parfois envie de dire au public : « mais vous vous rendez compte sur quoi vous riez ? » Il y a dans le spectacle des moments mélancoliques. Quand je joue « Les trépassantes » sur l’air de « Les passantes » de Georges Brassens, il est difficile de faire de l’humour parce que j’évoque les violences conjugales. Je ne me sens pas humoriste, mais c’est dans ma nature d’avoir un certain recul ironique.

Mélodies chroniques, c’est plus un spectacle musical qu’un tour de chant ?

Oui, parce qu’il y a une mise en scène de Xavier Lacouture. Il y a un rapport avec Missone qui m’accompagne au piano. C’est écrit, court, punchy et naturel. Il y a aussi un moment dédié au courrier des lecteurs. J’y réponds avec des extraits de chansons, seul à la guitare. Evidemment, toujours sur le même principe de mes textes sur des musiques connues. A ce moment, je me permets plus de liberté.

Le 05 septembre 2019, l'association L214 a lancé un appel à mobilisation contre l'élevage intensif.  Voilà une mélodie chronique qui fait écho au sujet. "Ce jambon-là" (sur l'air de "Ces gens-là" de Jacques Brel).

patrice mercier,mélodies chroniques,goguettes,interview,mandorOù peut-on acheter le disque ?

A la sortie des concerts et sur le site de Les instants volés (ne vous gênez pas, c’est ici que cela se passe !) C’est le site de l’association qui produit le spectacle.

A part Mélodies Chroniques, j’ai l’impression que tu restes sur tous les fronts.

Je continue les stages d’écriture de Claude Lemesle. Je commence à avoir suffisamment de chansons personnelles pour songer à les présenter prochainement sur scène. J’ai aussi un projet qui s’appelle Les cousins jumeaux que je n’ai joué que trois fois. Des cousins jumeaux, c'est rare ! Alors quand les 3 sont disponibles à la même date, c'est à ne pas manquer... Il y a Fabrice Mercier, en lever de rideau. Il exécute littéralement une œuvre de guitare classique. Patrick Mercier, en première partie, partage des chansons originales, paroles et musique. Enfin, le clou du spectacle, Patrice Mercier, présente ses mélodies chroniques, c'est à dire des chansons fameuses du répertoire dont il a réécrit les paroles, pour aborder des sujets de société... Le concept est très con, surtout le passage d’un artiste à l’autre puisque je joue les trois rôles. J’aimerais vraiment reprendre ce concept.

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04 octobre 2019

Théophile : interview pour son futur premier EP

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(Photos : Morgan Roudaut)

ob_9c25cc_theophile-morganroudaut-0975c.jpgThéophile sort son premier EP aujourd'hui (vous pouvez l'écouter là). A seulement 26 ans, ce jeune homme originaire d'Angers va beaucoup faire parler de lui. Il a sorti coup sur coup, quatre clips, "Face Caché", "Andy", "Laisse-moi" et "Pars" (publié également aujourd'hui). Sa voix profonde et ses textes ciselés me touchent beaucoup… et je suis certain que je ne vais pas être le seul à apprécier ce nouveau venu dans la pop/chanson française. Naissance d’un futur grand.

Le 3 juillet dernier, en terrasse devant deux citronnades, nous avons fait connaissance... et ce jeune artiste m’a beaucoup plu humainement et intellectuellement.

Mini biographie (officielle) :
Le projet solo de Théophile a séduit d’emblée : textes à l’ambitieuse poésie, sens de la mélodie qui vous reste en tête, production exigeante et décomplexée.  
Aussitôt, il a enchaîné les premières parties d’Arthur H, Gaël Faye, Ibeyi, Gauvain Sers ou Juliette, les scènes aux Francofolies et d’autres festivals...
Il retisse le lien entre la guitare et la poésie de l’instant, sans doute parce qu’il a vécu successivement plusieurs passions fondatrices : la guitare classique assez longtemps pour se dégoûter des leçons de musique, puis les poèmes adolescents avant de naviguer dans Bashung, Thiéfaine… et Logic Audio – dans cet ordre-là. Aujourd’hui, le voici initiateur d’une nouvelle mue de la pop francophone.

Son premier EP:Copie de EP_Theopile_1440x1440RGB_300DPI.jpg
Théophile se voit en « compositeur de chanson française aux sonorités nouvelles ». On imagine volontiers Brassens avec une MPC.
Son EP révèle à la fois son souci du sentiment juste, son aspiration à l’envol pop et l’acidité de son regard sur la société. Avec un lyrisme contenu à la Dominique A ou à la Bertrand Belin, des arrangements panoramiques à la Woodkid et une production travaillée avec Nino Vella (notamment quart de Babel), Théophile se dévoile, aussi profond dans l’introspection qu’acéré dans son regard sur l’époque.
 Un chanteur militant ? Pas exactement, mais il aurait choisi un métier d’engagement et d’attention aux autres s’il n’avait pas été musicien. Après tout, il a grandi à Rablay-sur-Layon, où un solide réseau associatif a piloté la mue culturelle et écologique du village. Ses chansons ressemblent à ses convictions : rien n’est jamais seulement noir ou blanc, tout est affaire de nuances, de petits pas patients vers la vérité, de compréhension profonde de l’humain. On a rarement l’occasion d’entendre un chanteur qui écoute autant autour de lui.

Ils en parlent déjà :

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Elle (26 avril 2019)

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(Photo : Morgan Roudaut)

IMG_2660.jpgInterview :

A 6 ans, directement, on t’a mis une guitare entre les mains.

Oui, mais j’ai toujours voulu faire de la musique. A la base, j’avais choisi le violon, ma mère a préféré que je joue de la guitare. Je m’y suis donc mis jusqu’à l’adolescence, période pendant laquelle j’ai fait une pause parce que j’avais autre chose en tête. J’ai recommencé à faire des chansons à 15 ans.

Avant de te lancer en solo, tu as monté un duo acoustique, Gram Astram, avec Hugo Séchet.

C’était une expérience très intéressante commencée au lycée et qui a duré 6 ans. On a joué dans plein de bars et cafés associatifs. C’est ce duo qui m’a lancé dans la musique.

Pourquoi vous êtes-vous séparés ?

Hugo est parti étudier dans une école de cinéma sur Nantes, nous n’avions donc plus trop le temps de nous voir… et puis, je pense qu’on avait fait le tour du projet. Il a monté le sien. On se suit toujours, mais chacun de notre côté.

Ce que vous faisiez à deux ne correspondait plus à tes ambitions?

J’avais surtout besoin de me construire seul.

Clip de "Laisse moi", réalisé par Baptiste Chevalier.

Tu as fait une école de son à Nantes. théophile,ep,interview,mandor

J’aime la musique, mais j’aime aussi la technique. Aujourd’hui, je suis technicien son.

Très vite, tu as su que tu allais faire ce métier ?

Je ne sais pas encore totalement si « chanteur » va être mon métier, car je continue aujourd’hui à faire de la technique. Pour le moment, je cumule ces deux activités. Je sens que les choses évoluent pour moi dans la musique, mais très doucement, alors je reste prudent. Ce qui est certain, c’est que je voulais prendre mon temps pour sortir un premier EP qui soit présentable de A à Z.

théophile,ep,interview,mandorTu as travaillé sur cet EP avec l’excellent réalisateur Nino Vella.

Nous sommes de la même région. On a commencé à travailler ensemble à Cholet, puis il a déménagé à Paris… on continue ici. Il a une oreille et une sensibilité hors du commun. Tous les deux, nous sommes tellement sur la même longueur d’onde qu’on est capable de faire une chanson par jour. C’est ce qu’il s’est passé avec les chansons de l’EP.

J’ai vu dans la bio qui te concerne que tu aimes Bashung. Il y a deux chansons dans laquelle tu dis le mot « Bijou », « Andy » et « Face cachée ». Clin d’œil à « Bijou bijou » ?

Bien joué, c’est la première fois que l’on me fait cette remarque, mais c’est vrai. C’était conscient dans « Andy », pas dans « Face cachée ».

Chez les français, tu aimes qui ?

J’écoute vraiment de tout. Ce sont surtout les paroles qui me touchent. Brel, Brassens, Thiéfaine étaient exceptionnels. Mais, au niveau du son, je suis très inspiré par ce qui est moderne. Je tente de mélanger les beaux textes et la musique d’aujourd’hui.

Clip officiel de "Pars".

Tu as beaucoup aimé Noir Désir, aussi. théophile,ep,interview,mandor

Je les ai beaucoup écouté, en effet. Très souvent, on me disait que ma voix et ma façon d’écrire étaient proches de celles de Bertrand Cantat. J’ai gommé cela, je crois. Il est difficile d’extirper de soi ses influences, mais c’est possible. Je crois que ce que je fais aujourd’hui me ressemble.

Tes textes sont poétiques, mais parfaitement compréhensibles.

Je ne veux pas écrire de textes trop hermétiques. Quand j’écoute une chanson, j’aime bien qu’elle soit poétique, mais il faut également que je comprenne le sens sans être obligé de l’écouter 50 fois. Après, cela n’empêche pas que l’on puisse y ajouter des doubles ou triples sens.

C’est amusant de penser à un sujet et de le rendre poétique pour en faire une chanson ?

C’est ce que j’adore faire. Cela donne une toute autre dimension à ce que l’on vit ou aux sentiments qu’on a envie de transmettre à quelqu’un. J’ai fait une chanson pour mon frère intitulée « Oiseau » et je lui dis des choses que je lui ai déjà dites, mais avec une toute autre ampleur. L’émotion est décuplée.

Enregistré en condition live, dans le hall de la salle 'La Vapeur' en novembre 2018.

théophile,ep,interview,mandorTu t’es fait connaître grâce à tes trois clips.

C’est comme ça que l’on procède aujourd’hui. La vidéo est très importante. Les gens regardent la vidéo avant d’aller écouter un titre… si la vidéo est mauvaise, ça donne une mauvaise connotation.

C’est quoi ta musique ?

De la pop un peu electro chantée en français.

Il y a de l’émotion dans ce que tu fais et un sens prononcé de la mélodie.

J’essaie de caler les bons mots sur la bonne mélodie.

Clip de "Face cachée" réalisé par Simon Junot-Pixel Procced.

Dans « Face cachée », tu parles de poète maudit. Tu ne te sens pas ainsi ?

Pas du tout. Pas déjà en tout cas (rires). Dans cette chanson, je veux dire que tout le monde porte un masque.

Tes chansons sont au départ assez noires, mais finissent avec de l’espoir.

Je n’écris pas pour me plaindre et faire des constats de choses qui me rendent tristes. J’essaie d’emmener une lueur d’espoir, voire une solution. Dans la vie, je suis très positif. Avant, j’étais assez torturé, maintenant, je le suis moins, même si je continue à me poser beaucoup de questions.

Tu te connais mieux, peut-être ?

C’est exactement ça. A la vingtaine, nous sommes toujours face à des paradoxes. Nous sommes tiraillés par plein de choses. On a des convictions qu’on ne peut pas toujours assumer… Quand on prend de l’âge, on prend du recul sur tout ça. On apprend à se connaître et on fait ce que l’on a envie de faire. Depuis deux ans, je suis devenu plus positif.

Clip de "Andy" réalisé par Hugo Séchet.

Parlons de la chanson « Andy ». Lors d’un concert dans la maison d’arrêt d’Angers organisé par théophile,ep,interview,mandorl’association Le Genepi, tu as eu l’occasion de jouer et de discuter avec des résidents pendant 2h, sans la présence de gardien. Andy a été le plus à l’aise pour parler de ses conditions de détention, de sa réalité face aux incarcérations. (Photo de droite : Richard Vella)

Ce moment était riche et touchant, or, j’écris sur les sentiments que j’éprouve à un moment donné. Cette rencontre devait être racontée par mon moyen de prédilection, la musique. J’ai vécu ce moment avec Hugo, du coup, il a fait le clip. J’ai posé plein de questions à Andy. « Est-ce que les conditions de détentions sont comme dans les films ? » par exemple. Le milieu carcéral est tellement mystérieux pour moi. Ce qui est fou, c’est qu’il s’était rangé depuis 7 ans et avait même créé une famille… mais il a été rattrapé par une histoire antérieure.

Tu lui dis dans la chanson que tu vas l’aider à « s’évader »… par l’esprit évidemment. Pour toi, les personnes emprisonnées ne sont pas que des prisonniers.

Quand on me demande « qui est Andy ? », je ne réponds pas que c’est un prisonnier. Son statut n’est pas « prisonnier », c’est un homme avant tout, qui a fait des conneries, et qui est détenu dans une prison. La nuance est importante.

Il sait qu’il y a une chanson sur lui ?

Je ne crois pas. Si jamais il l’entend et qu’il me contacte, j’en serai heureux, mais je ne ferai rien de mon côté pour qu’il le sache.

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Le 24 juin 2019, en  première partie de Vanessa Paradis, à l'Olympia. (Photo : Sébastien Hoog).

théophile,ep,interview,mandorJe sens que le côté humain est important chez toi. Tu ne joues pas à l’artiste.

Je n’aime pas le décalage entre artistes et les autres corps de ce métier. Tout le monde doit être au même niveau. On se parle tous de la même façon.

Ce genre de discours, on le tient quand on n’est pas encore très connu. Le succès peut faire changer de comportement un artiste. Depuis 30 ans que je fais ce métier, je l’ai vu 1000 fois.

Ça dépend aussi du milieu dans lequel tu évolues. Je n’habite pas Paris et je ne fréquente pas d’autres musiciens. Je ne suis pas du tout showbiz. Quand je suis chez moi, sur Angers et Tours, je ne parle quasiment jamais de musique. Je ne traine qu’avec des éducateurs spécialisés.

Pourquoi avec des éducateurs spécialisés ?

Parce que ma copine l’est et que si je n’avais pas été musicien, je l’aurais été aussi.

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Pendant l'interview...

Tu fais aussi de la technique, ça doit te faire relativiser.

Oui, parce que je connais tous les rouages du métier. Je n’ai pas l’impression qu’un jour, je prendrai la grosse tête. Tu me le diras si tu trouves que si (rires).

Pour toi, l’évolution de ta carrière est encore un peu abstraite ?

On se projette et on a toujours des rêves, mais moi je vis vraiment le truc au jour le jour pour le moment. Je suis très heureux comme je suis aujourd’hui. Si ça évolue, c’est génial, mais je n’ai pas d’aspiration particulière. Je n’ai pas un profond désir de devenir une star. Je pense que si on a ce profond désir, on peut changer et devenir mauvais.

Tu te fais du bien quand tu écris ?

Bien sûr. C’est classique ce que je vais te dire, mais l’écriture est une thérapie. Tu sors les mots de ta tête et ça te fait évoluer.

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Le 3 juillet 2019, après l'interview, au Sylon de Montmartre.

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03 octobre 2019

David Desreumaux : interview pour la revue Hexagone

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(Autoportrait de David Desreumaux)

david desreumaux,hexagone,interview,mandorHexagone est une revue dirigée par David Desreumaux (rédacteur en chef) et sa compagne Flavie Girbal (directrice de la publication). Depuis 3 ans, ils nous enchantent avec cette revue luxueuse dans le fond et dans la forme. Personnellement, j’ai un grand respect pour ces personnes et leur équipe rédactionnelle. Ils effectuent un boulot dingue et hyper qualitatif.

J’avais reçu David Desreumaux il y a 3 ans pour une première mandorisation lors du lancement du « mook » (lire ici). Je récidive cette fois-ci, ayant appris récemment en lisant l’édito d’Hexagone, que la revue traversait quelques bourrasques financières mettant en péril sa viabilité d’ici un an.

Il ne faut pas qu’Hexagone meurt, comme sont morts Paroles et Musique, Chorus ou autre Serge. Aujourd'hui, la chanson française ne possède plus que FrancoFans et Hexagone (même s’il existe d’autres magazines, ils sont largement plus confidentiels) pour relayer et mettre en avant ce qu’il se fait de mieux dans ce genre musical.

Le 26 septembre dernier David Desreumaux m’a donné rendez-vous dans un lieu mythique de la chanson française, Les Trois Baudets. Salle parisienne idéale pour évoquer la situation de la revue et sa nouvelle formule qui vient de voir le jour dans le numéro 13 (datée des mois de septembre-octobre et novembre 2019).

Le site officiel d'Hexagone.

La page facebook d'Hexagone.

Et LE PLUS IMPORTANT, pour s'abonner, c'est ici

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(Photo : David Desreumaux)

La revue (expliquée par ses concepteurs en 2016) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorL’interview :

En lisant l’édito du dernier Hexagone. On ne peut pas dire que les nouvelles financières soient rassurantes…

Il existe effectivement une inquiétude quant à la pérennité de la revue. Depuis son lancement, nous désirons apporter aux lecteurs une qualité d’ouvrage qui voisine avec le beau livre, fondée sur un contenu entièrement original et exclusif – textes, dessins et photos. Les nombreux retours obtenus (lecteurs, abonnés ou professionnels) laissent à penser que nous atteignons notre objectif, mais force est de constater que nous comptabilisons beaucoup plus de likes sur Facebook que d’abonnés, que nous recevons beaucoup plus de sollicitations d’articles que de demandes d’achats d’espaces publicitaires. Dans mon édito je mets en parallèle nos sources de revenus, les abonnements d’un côté et les annonceurs de l’autre. On note un fléchissement des deux côtés. On ne perd pas vraiment d’abonnés, mais surtout, il faut en gagner. En revanche, on perd des annonceurs. Notre travail est salué, la qualité de l’objet est mise en avant et élevée au rang d’exemple, mais les retombées ne suivent pas.

D’après ce que j’ai compris, le gros problème à Hexagone, c’est que vous êtes peu nombreux et qu’il faudrait que vous le soyez plus.

On a des postes clefs à créer, à la fois en communication et en administratif, mais nous n’en avons pas les moyens. Depuis le début de l’aventure Hexagone, en matière de communication et d’administratif (comptabilité, logistique, prospection, régie publicitaire, abonnements, publipostage, envois de numéros, animation des réseaux, site internet, etc.) c’est Flavie et moi qui faisons tout. Et comme nous faisons tout, nous le faisons mal parce qu’on manque de temps et que nous sommes fatigués. Surchargés de boulot, nous ne parvenons pas à aller chercher les abonnés potentiels qui existent pourtant bel et bien, nous en sommes convaincus. Ne serait-ce que dans les médiathèques, les salles, etc. Une revue comme Hexagone aurait là toute sa place, et malheureusement nous n’y sommes que fort peu présents, peu représentés, par déficit de prospection probablement. Dans n’importe entreprise, la com est un poste majeur. Si on ne travaille pas la com, on meurt. Ce n’est pas plus compliqué que cela et je le sais.

On parle là de créations d’emplois, pas juste trouver quelqu’un pour filer un coup de main.

Ce n’est pas envisageable de filer les clefs de l’association à quelqu’un qui ne peut travailler qu’une heure par jour pour nous. On a une ambition professionnelle, nous souhaitons donc engager des professionnels. Nous sommes obligés aujourd’hui de mettre en place une vraie stratégie. Je veux en priorité que cette revue soit lue par le maximum de lecteurs. Il faut parvenir à les toucher pour les emmener vers nous. Où se trouvent nos éventuels abonnés ? Où aller les chercher ? Je ne sais pas. La seule chose dont je suis convaincu, c’est qu’ils existent. J’espère que nous sommes plus de 2000 en France à être passionnés par la chanson française.

Vous tirez à 1000 exemplaires pour le moment.

Oui, et nous avons 700 abonnés. Il nous en faudrait 1000 de plus. Je précise que dans l’édition, on paye cher pour les 1000 premiers exemplaires, mais beaucoup moins si on en tire 1000 de plus. Avec 1000 abonnés supplémentaires, cela nous apporterait une vraie soupape. Il nous est impératif de franchir un palier supplémentaire pour survivre au-delà du numéro 16 (à l’été 2020). C’est l’objectif que nous nous fixons pour l’année à venir, faute de quoi nous disparaîtrons, site et revue. Plus que jamais nous avons besoin de toutes les bouches pour continuer à nous faire connaître et de toutes les oreilles pour que cet appel soit entendu.

Tu es le seul salarié de l’association ?

Oui. Je touche le smic minimum, ce qui permet à l’association de payer peu de charges.

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(Flavie Girbal, la directrice de publication d'Hexagone par David Desreumaux)

Flavie et toi m’avez toujours impressionné pour le travail que vous fournissez depuis plus de 3 ans avec Hexagone, version papier. Vous devez être crevés, non ?

Le boulot administratif que j’ai décrit plus avant doit représenter 70% du temps à passer pour la revue. Les 30% restants, on peut enfin penser aux photos et aux articles… Le fait de nous occuper de tout cela, de multiplier les casquettes, nous bouffe une énergie incroyable. Nous sommes lucides face à ça, physiquement, nous ne pourrons pas tenir longtemps à ce rythme.

La presse papier est en pleine galère depuis quelques années et la chanson française ne marche pas super bien non plus. Tu as bien choisi tes activités dis donc !

Je sais, c’est notre côté pervers, on en remet une couche (rires). Avec cette revue, je sais bien que l’on s’inscrit dans un marché de niche. Nous sommes toujours vivants parce que, depuis le début, j’ai fait en sorte d’avancer avec beaucoup de prudence. On a réduit les dépenses au minimum. C’est pour ça aussi qu’avec Flavie, on est parfois au bord de la rupture. On l’a choisi de faire cette revue, on savait à quel point ce serait difficile et je ne le regrette pas, mais ça va jusqu’à mettre sous pli les revues, porter les cartons, envoyer nous-mêmes les exemplaires à la Poste… Je tiens à souligner que Flavie, qui passe déjà ses journées au collège puisqu’elle est prof, travaille plus que moi pour la revue, et n’exerce pas les tâches les plus drôles. Elle fait un boulot phénoménal sur la partie administrative, dont les abonnements et la comptabilité. La maquette, c’est elle intégralement. La retranscription des entretiens, c’est le plus souvent Flavie aussi. Si elle est davantage dans l’ombre que moi, elle abat cependant un travail inimaginable.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorJe sais aussi que vous faites très attention à l’aspect écologique dans votre travail

Tirage raisonné, impression réalisée en France à partir d’encres écologiques, exemplaires mis sous pli dans des emballages écologiques également, et à partir de papier recyclé pour tous les envois qui partent de la rédaction. Cela représente un coût mais, comme dirait l’autre, nous n’avons qu’une seule planète. Alors respectons-la.

Je rappelle que tu écris dans la revue et que tu fais la majeure partie de photos. Tu pourrais choisir entre les deux ?

Si je devais faire un choix, ce serait simple. Je n’aurais aucun mal à lâcher l’écriture. J’aime ça, mais ma fonction de rédacteur en chef réclamerait que je récupère du temps pour organiser la revue. Pour être franc, j’aimerais ne garder que la photo. Je tiens beaucoup à cette activité et je ne veux pas céder là-dessus. Je me sens plus photographe que rédacteur.

Flavie et toi avez reçu en 2017 le Prix Jacques Douai. Il est décerné chaque année, depuis 2007, à un artiste, une personnalité ou une structure qui, par son action ou son œuvre artistique, fait vivre la chanson francophone, le répertoire et les idéaux que Jacques Douai a portés toute sa vie : célébration de l'art de la chanson, respect et souci d'élévation du public, émancipation par la culture et l'éducation populaire. C’est un sacré hommage !

Ca encourage. On se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien et que la revue n’est pas passée inaperçue auprès des gens du métier.

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Quelques rédacteurs avec le "chef" : Patrick Engel, Mad, Stéphane Pistre, Philippe Kapp, Nitthila Elhisaï et David Desreumaux. (Photo Perrine Rebeyrole)

Pour ce 13e numéro, vous avez une nouvelle maquette. Pourquoi ?

Ce n’était pas indispensable car nous étions contents de la précédente, mais cela faisait 3 ans que l’on tournait avec le même type de couverture et la même maquette. Partant du principe que la chanson et la revue ne sont pas un musée, on a décidé de varier l’image. On ne veut surtout pas s’enfermer.

Même avant la revue, déjà sur le site Hexagone, tu as toujours montré que la chanson française n’était pas l’art ringard que l’on voudrait nous faire croire.

La chanson est tellement polymorphe… il y a de tout. Il y a effectivement des choses ringardes, mais il y a beaucoup de choses novatrices. Et la chanson traditionnelle n’est pas moins bonne que la chanson plus moderne. Avec Hexagone, on se veut le miroir de cette pluralité dans un écrin digne d’elle. La chanson est tellement belle qu’il faut essayer de lui rendre la pareille.

La police d’écriture a changé aussi.

On a renforcé la lisibilité parce que plusieurs personnes nous avaient informées qu’elles avaient du mal à lire, nous avons donc pris ça en considération. Signalons également qu’il y a un peu plus d’air dans les pages.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorEt pour la première fois, vous avez fait un dossier sur un chanteur décédé, en l’occurrence Allain Leprest.

Depuis le début, je ne me l’étais pas autorisé par rapport à cette notion de spectacle vivant. Cela dit, ça fait longtemps que je voulais faire quelque chose sur Allain Leprest. Quand je croisais Didier Pascalis, son dernier producteur, nous en parlions, mais on se disait qu’il fallait qu’il y ait une actu. Le disque Leprest en symphonique avec Clarika, Cyril Mokaiesh, Romain Didier et Sanseverino en est une belle. Après, il a fallu trouver le bon angle pour ne pas répéter les bios et autres dossiers déjà existants. On a donc essayé de voir, huit ans après sa mort, ce qu’il nous reste de Leprest et comment son œuvre est-elle rattrapée par le temps et par les artistes. Il demeure aujourd’hui un phare pour plusieurs générations d’artistes. Nous sommes allés à la rencontre de certains d’entre eux – plus un journaliste et un universitaire – pour prendre le pouls de cet après. Est-ce qu’il se passe quelque chose après Leprest ? Didier Pascalis, Clarika, Romain Didier, Sanseverino, Cyril Mokaiesh, Marion Cousineau, Loïc Lantoine, Stéphane Hirschi et Patrice Demailly se penchent sur la question. Près de soixante pages sur et autour d’Allain Leprest, dont un entretien inédit réalisé en 2002, illustré en grande partie par les peintures et dessins d’Allain que Didier Pascalis a eu la gentillesse de nous confier pour l’occasion. On a pris le prétexte d’un artiste mort pour le ramener dans le vivant.

Ce que j’aime bien aussi dans Hexagone, c’est que vous êtes capable de faire des portraits d’artistes très confidentiels, parfois que je ne connais même pas (comme ce mois-ci, Jean Dubois par exemple).

J’aime bien mettre les gens connus sur le même pied d’égalité que les moins connus. Faire huit pages sur Jean Dubois me parait normal. Il est connu de beaucoup d’amateurs de la chanson. Pour moi, c’est quelqu’un d’important. Il a écrit des chansons magnifiques qui gagnent à être connues.

C’est quoi pour toi une belle chanson ?

« Belle », je ne sais pas, c’est subjectif, on aime autant de chansons différentes que l’on porte d’humeurs différentes. Mais, pour qu’une chanson me plaise, elle doit m’apprendre et m’apporter quelque chose dans le sens où elle m’aura « déplacé » le temps de son écoute. Que je sortirai différent de cette écoute. Que ce soit de la variété, du rock, du slam, du rap, de la chanson littéraire ou traditionnelle, ce qui importe, c’est ce que la chanson véhicule comme idée, comme émotion et comme forme d’humanité. Il faut qu’une chanson nourrisse et soit signifiante. Sans pour autant être complexe. Les chansons en apparence les plus simples sont souvent les plus belles. Mais c’est tout un art d’y parvenir.

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Pendant l'interview, aux Trois Baudets, le 26 septembre 2019.

01 octobre 2019

Batlik : interview pour L'art de la défaite

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© Pierrick Guidou

batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandor« Il a mis 3 ans à arriver et dure 40 minutes. Il se découpe en 10 et se déguste par les oreilles. » C’est ainsi que Batlik présente son nouveau disque, L’art de la défaite, sur sa page Facebook. Sobre présentation comparativement à la profondeur et à la beauté de ce disque qui pourrait/devrait devenir un standard de la chanson française. Comme l’indique le site de FIP, « accompagné par sa guitare, une batterie, une basse, des cuivres et des chœurs, il livre 10 titres poétiques et farouches inspirés par les écrits du philosophe, poète, écrivain roumain, nihiliste et cynique, Emil Cioran, avec qui il partage une certaine idée de l'indépendance artistique. » Aphorismes déroutants de vérité, poésie caustique et humour noir… Que c’est bon d’entendre des textes de ce calibre-là !

Voici donc la troisième mandorisation de l’artiste (la première ici en 2015 pour son album Mauvais sentiments et la deuxième là en 2016 pour son album XI Lieux). Elle a été réalisée le 19 septembre dernier en terrasse d’un bar de la capitale.

Son site officiel.

Pour écouter l'album, L'art de la défaite.

Argumentaire de presse (officiel) :batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandor

La carrière de Batlik s'écrit en 3 actes : une fausse route, une erreur de lecture et un malentendu.

La fausse route, c’est celle du morceau de pastèque qui, un soir d'octobre 2003, vient obstruer les voies respiratoires de son grand père alors qu'ils sont tous les deux en voyage en Algérie. Batlik s’empare des derniers mots du défunt, « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur », et se reconvertit en musicien.

L’erreur de lecture a lieu quelques mois plus tard, lorsque Batlik demande la transcription du mot pastèque en arabe. Il ne lit pas Batikh comme il aurait fallu mais Batlik, et s’en fait un nom pour la scène.

Le malentendu, quant à lui, se dissipe en 2016 lorsqu’il tombe nez à nez avec les derniers   mots de son aïeul, dans un livre d'Emil Cioran. C’est en prenant conscience que la phrase qu’il poursuit depuis 13 ans est celle d’un philosophe du siècle dernier, qu’il écrit, compose et produit L’Art de la défaite.

À prendre le risque de donner un tel nom à un album, on peut y laisser des plumes.

Ce disque a été celui de toutes les catastrophes, de tous les ratés, une succession systématique de coups du sort. Tous ces ratés, sans exception, ont fini par se transformer en magistrales embellies, avec l’art musical pour outil. Batlik nous confirme que, quelle que soit la raison pour laquelle on s'entête à faire quelque chose, plus on le fait, mieux on le fait.

batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandorLe disque :

L'art de la défaite est le 12ème album de Batlik. On y retrouve les signes distinctifs de toujours : textes, mélodies et riffs hypnotiques, groove et voix nonchalamment appliquée. Il convoque basse, batterie, chœur et cuivres pour soutenir les 10 titres de cet opus, tous inspirés du philosophe, poète et écrivain Emil Cioran.

Le morceau « L’Art de la défaite » résonne comme la vision en miroir d’une des nombreuses citations de Cioran : « Rater sa vie, c’est accéder à la poésie, sans le support du talent ».

Le rapport du compositeur, auteur et producteur indépendant avec le milieu musical n’est pas sans évoquer celui de l’écrivain, philosophe et poète avec le milieu de la littérature.

L’indépendance artistique et structurelle du chanteur n’a jamais rien eu à voir avec une quelconque quête de liberté, mais depuis toujours avec une volonté de retranchement.

Batlik nous livre un hommage lumineux, à l’orchestration riche et savoureuse. Magistralement mixées par Jean Lamoot, ces 10 chansons sont autant d’échappées, de perspectives et de tentatives de sublimer les mornes contingences du temps en ondes poétiques.

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© Pierrick Guidou

batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandorInterview :

C’est ton 12e album. Nicolas Jules m’a confié récemment qu’au dixième disque, peut-être qu’il estimera que sa « carrière » ressemblera à quelque chose. Tu en penses quoi ?

Ce qui est vrai dans sa déclaration, c’est que plus il y a de chansons, plus il y a de disques, plus il y a de tableaux, plus il y a de livres, quelque chose apparait et plus ce quelque chose est détaillé.

Tu travailles beaucoup pour construire ton œuvre ?

Le rapport que j’ai au travail n’est pas un rapport artistique. C’est un rapport d’assiduité et de contraintes. Il s’agit de s’y mettre. J’ai une vision très floue du travail d’un artiste. Non, en fait, je n’en ai pas vraiment. Au fond, je pense qu’il vaut mieux ne pas avoir de vision. Ne pas cesser de se mettre à l’ouvrage sans trop savoir à quoi correspond ce travail… j’ai l’impression que ça peut davantage faire parler de soi.

Tu as été soutenu par le programme 365 de l'Adami (dispositif d'accompagnement global d’un an batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandordédié à un artiste identifié sur la scène musicale), c’est ce qui t’a permis de prendre ton temps pour concevoir et enregistrer ce disque ?

Dans mon label, à brûle pourpoint, j’étais obligé de sortir un disque par an pour salarier mon personnel et pour faire en sorte que le label s’élargisse. On a l’impression que l’indépendance est une forme de liberté, mais pour moi, c’était devenu l’inverse. Avec l’argent de l’Adami, j’ai eu du renfort et un sacré filet de sécurité… et je n’ai plus été dans l’urgence.

Avant de savoir que tu allais recevoir cet argent, tu m'as confié que tu souhaitais sortir un album à peu de frais.

Oui, c’est ça. J’ai remercié gentiment tous les gens qui travaillaient avec moi au niveau artistique et dans le label (note de Mandor : sauf Benjamin Vairon qui est resté à la batterie). Au lieu d’avoir du personnel, j’ai fait appel à des structures extérieures pour gérer notamment l’administratif. J’avais dans l’idée de ne pas sortir cet album sur Internet, j’hésitais même à le distribuer. Je voulais juste qu’il existe en vinyle.

Mais la donne a changé avec l’Adami.

De tout petit, cet album finalement a été fait avec des moyens plus importants que d’habitude.

C’est dur de se séparer de ses collaborateurs ?

C’était dur de travailler avec eux avant. J’étais à la fois l’ami, le collègue et le patron. Relationnellement parlant, ça a toujours été d’une complexité que je ne suis jamais parvenu à résoudre. C’est comme dans un couple, on se connait tellement que chacun peut faire du mal à l’autre.

Changer son équipe, c’est repartir à zéro ?

Oui, mais pas seulement. J’ai travaillé avec des personnes que je ne connaissais pas et qui ne me connaissaient pas. J’ai retrouvé le désir du début de la part des nouveaux musiciens et de moi-même.

Le fait que l’album soit plus lumineux que les précédents provient aussi de cette notion de désir et de plaisir retrouvés.

Oui, certainement. Il y a une joie et un enthousiasme dans ce disque que je n’avais jamais connu avant.

batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandorJean Lamoot a réalisé ce disque. Quel est son apport précis ?

Je n’avais jamais travaillé avec un ingénieur du son « haut de gamme » par crainte de service minimum de sa part parce que je ne suis pas très connu. Avec Jean Lamoot, j’ai été de surprise en surprise parce qu’il a participé à cet enthousiasme général de travailler ensemble. J’ai senti tout de suite que ce que je faisais artistiquement lui plaisait. Il me proposait des mixages avant que je n’ai le temps de lui demander. Il n’a cessé d’inventer de nouvelles choses. J’ai été bluffé par la qualité de son travail et de son rendement impressionnant.

Est-ce qu’il t’a permis de lâcher prise réellement ?

Non, parce que mon angoisse est trop importante, mais elle a été mise à l’amende. Il a tellement été bon que mon angoisse allait se recoucher dans le panier… comme un chien qui a fait une bêtise.

J’ai lu dans la bio que ce disque a été celui de toutes les catastrophes. Lesquelles par exemple ?

D’abord, me séparer des gens n’a pas été de tout repos. Ensuite, je m’étais fait une espèce de mythologie par rapport à la raison pour laquelle je faisais de la musique qui avait un rapport avec une phrase qui avait été prononcé par mon grand-père peu avant qu’il ne meurt : « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur ». J’expliquais ainsi que je savais pourquoi je faisais de la musique. Sauf que quelques temps avant de commencer l’écriture de ce disque-là, je tombe nez à nez sur cette phrase dans un livre de Cioran. J’ai vécu cette découverte comme une catastrophe parce que ce que je pensais être quelque chose de personnel ne l’était pas. Ce sur quoi je m’étais construit un imaginaire pendant des années n’avait plus aucune valeur. C’est ce que je raconte dans la chanson « Avalanches ». Je me suis senti nu. Non, plus que nu, squelettique.

Clip de "Avalanches". 

C’était donc une catastrophe symbolique.

Cette phrase que je considérais faire partie de ma famille et de mon histoire n’était en fait qu’une phrase d’un inconnu. J'ai vécu cela comme une vraie dépersonnalisation. Moi qui pensais avoir construit quelque chose de valide, de sûr, avec des fondations saines… tout s’est écroulé en une phrase. Je me suis dit que, puisqu’il en était ainsi, j’allais faire un disque comme on fait une promenade sur les champs, un jour de pluie.

C’est amusant que tu parles de promenades. Il y a une chanson qui s’appelle ainsi. Je crois savoir que c’est un intérêt que tu partages avec Cioran… l’amour de la promenade.

Dans « Promenades ». On partage ce plaisir de se perdre, ce plaisir de découvrir vers quoi mène la promenade.

Peux-tu me donner l’exemple d’une catastrophe non symbolique liée à ce disque ?

J’ai enregistré cet album dans le studio que j’utilise depuis 15 ans. De nouveaux voisins sont arrivés et le jour où j’ai pris la décision de commencer l’enregistrement, les marteaux-piqueurs ont retenti. Ils refaisaient tout l’appartement. J’ai donc enregistré ce disque de nuit en tremblant de peur que les marteaux retentissent de nouveau. Il y a mille prises qui ont été fichus.

Je crois savoir aussi que tu avais mis pas mal d’argent sur un premier clip.

Oui, et ça a été une catastrophe. Le réalisateur et la boite de prod m’ont fait un clip sur « Avalanches » d’une tristesse insondable. Quand on l’a vu la première fois, au prix où il nous avait coûté, nous étions dégoutés.

Du coup, vous ne l’avez jamais publié ?

Non. Quelques jours après, je croise à un voisin, Florian Jeandel, qui me demande si je vais bien. Devant un verre, je lui explique la situation. Il me répond qu’il est lui-même réalisateur. De fil en aiguille, il a refait le clip et c’est devenu un ami.

Session acoustique de "Les éléphants blancs". Trompette : Nicolas Bruche. Saxophone : Blandine Puechavy

batlik,l'art de la défaite,cioran,interview,mandorJe trouve quelques similitudes entre Cioran et toi.

Au-delà de son œuvre, je me suis plongé dans les ouvrages qui ont été écrits sur lui. Des biographies et des livres d’entretiens. Je me suis senti très vite très proche de cet homme autant par ses aphorismes que par son placement vis-à-vis de la philosophie et des autres philosophes. Je me suis trouvé mille points communs avec lui. J’ai fini par me sentir plus proche de Cioran que de mon grand-père, des gens de ma famille et des proches autour de moi.

Il avait du mal à supporter ses congénères. C’est un point commun avec toi ?

Oui. Je crois que tout le monde a du mal avec ses congénères. Ce qui est fort chez Cioran, c’est qu’il le formule d’une telle façon que tu ne peux pas lui en vouloir. Quand on explique qu’on a du mal à avoir de l’intérêt pour l’autre, c’est perçu comme quelque chose de violent et critiquable. Cioran arrive à expliquer cet état d’une manière complètement neutre… presque belle et très intelligente.

Qu’est-ce qui t’as influencé chez Cioran pour cet album ?

Les thèmes. Chaque chanson évoque une thématique abordée par Cioran. Dans « Brasse coulée », c’est un rapport à la philosophie. Comment vivre avec philosophie la vie qui va être compliqué à vivre ?

Il y a des chansons d’amour, comme « Garde fou ».

Cioran met toujours en balance l’extrême et l’extrême inverse. « Garde fou » présente à la fois l’horreur et l’extase d’un couple.

« Madeleine » rebondit sur l’amour qu’avait Cioran pour la nostalgie

Il disait qu’il avait quitté son village d’enfance très tôt et qu’il se souvenait très nettement de ce moment qui avait interrompu sa vie. En gros le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est une chanson sur l’élan et l’enthousiasme de la jeunesse qui viennent se briser brutalement à un moment.

« Réplique » est un texte sur la conversation.

Cette chanson raconte l’inutilité et la vacuité d’une conversation. Cioran n’aimait pas converser avec ses amis. Il pensait que dès que quelqu’un allait donner son avis, ou exprimer une idée, il allait se tromper. Je me suis approprié cette idée parce qu’à chaque fois que j’ai une discussion, j’en retiens un sentiment de culpabilité par rapport à ce que j’ai affirmé. Mon erreur me rend coupable.

Clip de "L'art de la défaite".

La chanson « L’art de la défaite » a un rapport direct avec une phrase de Cioran.

« Rater sa vie, c’est accéder à la poésie sans le support du talent ». Ce morceau est l’histoire de cet aphorisme. C’est un texte sur la défaite, sur un demi-tour, sur un rendez-vous qui n’a pas eu lieu. C’est une construction de la défaite.

« Outrage » est le seul morceau qui n’a rien à voir avec Cioran.

Ce qui fait de ce titre là une défaite par rapport à la thématique principal de l’album. Je crois qu’il n’y a pas un seul de mes albums qui échappe à ce thème : la vengeance. Je n’arrive pas à ne pas en parler. Là, c’est la vengeance du règne animal sur le règne humain, de l’instinct sur la pensée…

Tu as écrit ce disque facilement ?

Oui, contrairement à d’habitude. Je voulais profiter de cette facilité d’écriture toute neuve que je découvrais sans m’inscrire dans un discours qui était censé m’appartenir. C’est agréable d’écrire sur un thème imposé. Je ne me suis jamais aussi peu appliqué à écrire. Sur mes 11 disques précédents, je me suis pris la tête de manière infernale. J’avoue que l’écriture de ce nouveau disque m’a dépassé.

Au départ, l’idéologie de Cioran faisait froid dans le dos, non?

Ses tout premiers écrits roumains étaient des écrits en faveur du fascisme. Il s’en est mordu les doigts toute sa vie. J’ai même lu une thèse sur lui qui expliquait que toute l’œuvre de Cioran venait de cette honte d’avoir écrit ses livres-là. Toute sa vie, il a tenté de se racheter.

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Après l'interview, le 19 septembre 2019. 

© Marie Britsch (photo sélectionnée et "filtrée" par Batlik)

Ce qu'en dit le journal Libération sous la jolie plume de Patrice Demailly:

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Et ce mois-ci, qui est le premier du classement francophone du réseau Quota (composé de 19 radios dans toute la France)?

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29 septembre 2019

El Gato Negro : interview pour Ouvre la porte

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(Photo : Elliot Broué)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandorEl Gato Negro a parcouru le monde pour s’en faire un ami. Il revient aujourd’hui avec un deuxième album (en partenariat avec AMNESTY INTERNATIONAL et LA CIMADE) enregistré entre Toulouse, Bogota, Mazunte et Ouagadougou. El Gato Negro nous propose 12 titres naviguant entre français et espagnol pour un mix pop sub tropical, « où le sable brûlant du pacifique se mélange au Macadam coloré de l’Afrique ».
Le 25 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés dans son QG, un bar proche de son appartement, pour évoquer l’album et son concert au New Morning le 9 octobre prochain. Souriant, mais un peu fatigué (il travaille déjà sur de nouvelles chansons), l’artiste s’est prêté au jeu de l’interview pour la seconde fois en 4 mois d’intervalle. (Je vous dis tout… la première a disparu de mon iPhone de manière très mystérieuse après une mise à jour « forcée »).

Argumentaire de presse :

EL GATO NEGRO, Prince chat couronné de plumes, revient faire ses griffes en France en 2019. Nourri de 15 années de voyages dans toute l’Amérique du sud. En immersion profonde dans les cumbia, salsa, paso, cha cha et boléro. Il rencontre des frères et sœurs de musique (La Yegros, Calypso Rose, Oxmo Puccino...). Avec un premier album, Cumbia Libre, vendu à 10 000 exemplaires, le combo tropical a enflammé le public français et européen. Escale après escale, 2018 a attiré l’oiseau-chat migrateur vers la francophonie, du Québec à Paris jusqu’au Burkina Faso. Créant un pont parfait avec son Amérique latine. El Gato Negro est fier de rentrer au pays, nous présenter son 2e album, Ouvre la porte, paru le 19 avril 2019.

Le disque :el gato negro,ouvre la porte,interview,mandor

De nouveaux décors et personnages rencontrés, qui inspirent de nouveaux pas et des sons plus urbains. El Gato Negro forme aujourd’hui une nouvelle équipe en quintet. Pour nous faire remuer sur ce macadam multicolore, avec la vitalité d’un mix papaye/citron limé (« Bendita primavera »). La clave cubaine rythme toujours l’ensemble en battements de coeur (« Toca y toca », « La tierra de mis abuelos »). Les cuivres encore présents sur cet album, laissent place aux claviers et machines en live. Un mariage à Ouagadougou entre la Cumbia et le Soukouss. Une fusion originale créée avec le nouveau guitariste et co-compositeur Etienne Choquet. Aux harmonies du balafon de Seydou Diabaté Kanazoé. De la voix de Kandy Gura (Oumou Sangaré). Les batteries de Cyril Atef (-M-, Bumcello) sur l’album. Le tout équilibré par le mastering du sorcier Alex Gopher (Lomepal, Flavien Berger, Eddy de Pretto, Christine and the Queen…).

Vous pouvez écoutez l'album ici.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Quelques retours médias :
« Un pur régal. » L'HUMANITÉ
« Un cocktail rafraichissant. » LE MONDE
« Chat sauvage échappé des toits de Toulouse. » TÉLÉRAMA

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(Photo : Elliot Broué)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandor(Photo de gauche, après la deuxième interview, le 25 septembre 2019)

Interview :

Tu es parti de nombreuses années t’exiler en Amérique du Sud. Pourquoi ?

A la base, c’était une fuite. J’avais besoin de partir à la recherche de chaleur humaine. A 18 ans, j’ai donc quitté la France et son ciel gris pour le Brésil. Tout seul, sans connaître un mot de portugais. Je suis revenu 10 ans plus tard.

Et tu es revenu différent ?

Je suis arrivé tellement chargé de soleil, de sourires et de bonnes énergies, ça a contaminé tout de suite les gens qui en avaient besoin. Tu sais, j’étais un sacré polisson quand j’étais plus jeune. Je peux même dire que j’ai fait beaucoup de bêtises. Je suis revenu pas mal assagi. Mon exil m’a permis de mieux me connaitre et surtout, ça a ouvert des choses dans ma tête et dans mon cœur. L’ailleurs m’a donné envie de plus croire en l’homme. Je suis aujourd’hui plus positif sur l’être humain.

C’est aussi pour cela que tes musiques sont enjouées, non ?

Même si j’évoque des sujets parfois un peu durs, je continue à cultiver cette joie de vivre. Je veux être celui qui donne de la joie à son entourage et, pourquoi pas, au public.

Parfois, celui qui tient ce rôle est un clown triste.

C’est exact. En tout cas, sur scène et dans les disques, je souhaite que les gens se lâchent et oublient leurs problèmes.

Clip de "Ouvre la porte", réalisé par Cédric Gleyal - Uriprod
En partenariat avec Amnesty International, La Cimade et France Info.

Parlons du premier single, « Ouvre la porte ». C’est un titre écrit suite à la rencontre avec Amnesty International et avec Claire, accompagnatrice juridique à la Cimade auprès des personnes menacées d'expulsion. Ça a été l'occasion de mettre en avant l'histoire de Kouamé, un des deux protagonistes du clip.

Kouamé avait 14 ans quand ses parents ont été assassinés sous ses yeux par des miliciens politiques. Il a fui son pays, dans l’Ouest de l’Afrique, a traversé des déserts, survécu à la traversée de la Méditerranée, affronté la peur, la faim, la violence des passeurs, connu l’enfer de l’exode. Il lui aura fallu trois ans pour rejoindre la France. L’administration a failli le renvoyer. Il a voulu mourir. L’écriture lui a sauvé la vie. Dans Revenu des ténèbres (XO Editions), qu’il dédie à tous les migrants morts en mer, il témoigne de son destin extraordinaire et raconte le calvaire d’un migrant comme il en existe des milliers d’autres. « Ouvre la porte » témoigne de l'invisible, de ce que l'on ne nous dit pas, l'enfermement des enfants, le défaut de soins, les violences, les humiliations, les violations des droits fondamentaux infligées à des personnes qui ont pour seul tort de ne pas avoir la bonne situation administrative, le bon papier. Et de l'indifférence de notre justice...

Plus anecdotiquement, c’est la première fois que tu chantais en Français.

Ça fait longtemps que j’écris dans notre langue, mais par timidité, je ne faisais rien écouter. Avec « Ouvre la porte », j’ai assumé parce qu’il y a des choses importantes qui sont dites.

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(Photo : Elliot Broué)

Ce n’est pas la chanson la plus représentative de ce deuxième album.

C’est la dernière que j’ai composée… elle est peut-être plus représentative de ce que sera mon prochain disque. J’ai toujours peur de m’enfermer dans un style, donc je laisse la porte ouverte à plein d’autres influences.

Comme tu fais de la musique festive et ensoleillée, est-ce que la volonté de chanter des textes en français qui racontent des choses profondes, c’est pour rechercher de la crédibilité en tant qu’auteur.

Cette question est intéressante. Tu as raison, quand tu as l’étiquette « musique soleil », c’est difficile d’en accoler une autre, notamment celle d’auteur. Maintenant que j’ai bien fait marrer tout le monde, désormais, je veux montrer d’autres facettes de ma création. Je sais que ma sensibilité me donne la capacité d’émouvoir les gens, il va falloir que je le prouve avec des textes qui viennent de l’intérieur. Ce qui ne m’empêchera pas de continuer aussi à faire de la musique comme aujourd’hui. Bref, je ne m’interdis rien dans mon évolution.

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El Gato Negro par Mandor, le 25 septembre 2019.

La langue française est sacrée pour toi ?

Oui, et c’est pour cela que j’ai eu peur d’y toucher pendant très longtemps.

Tu travailles déjà de nouvelles chansons. Tu comptes ressortir un album rapidement ?

J’aime bien prendre mon temps pour faire les choses, donc je commence tôt pour sortir quelque chose dans deux, trois ans.

Au fond, c’est quoi ta musique ?

J’ai appelé ça de la pop sub tropical… mais je me moque de l’étiquette qu’on veut bien me coller.

Clip de "Bendita Primavera". Réalisation: Cedric Gleyal / Uriprod www.uriprod.com.

"Bendita Primavera" est un hymne au printemps, le retour de la lumière nous fait tous renaitre, on laisse les peines derrière nous et on étreint de nouveau le ciel inondé de soleil. C'est la saison des possibles, c'est l'été qui pointe à l'horizon, c'est l'ombre qui divise la terre entre chaleur et paix, c'est l'heure de danser et d'offrir son amour au plus beau des sourire.

Ton album est très original et ne ressemble à rien d’autres. Hormis peut-être le titre « Guitare de plage » où tu as la même voix et le même flow qu’MC Solaar.

« Bouge de là » était ma première cassette deux titres. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Comme quoi, il y a des choses qui ressortent involontairement plus tard.

C’est impossible de se « dégager » des influences des gens qu’on a beaucoup écouté ?

Je ne cherche pas à m’en détacher, au contraire. Parfois, je pense inventer et je me rends compte que c’est quelque chose qui est en moi depuis longtemps et qui ne demandaient qu’à sortir.

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(Photo : Fab' Le Guern)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandorPourquoi fais-tu de la musique ?

C’est une thérapie. Quand j’écoute les informations ou que je vois la misère dans les rues d’ici ou d’ailleurs, ce sont des choses qui me chargent. J’ai du mal à porter ce que j’emmagasine tous les jours, alors il faut que ça sorte. Plus généralement, il était essentiel que j’arrive à trouver la façon de me canaliser. Je voulais faire quelque chose de bien avec cette colère et cette hyperactivité qui étaient en moi. C’est une façon de me soigner et de soigner les autres.

Tu es quelqu’un de très sensible ?

Très. Trop. Quand j’écris une chanson, cela peut être très douloureux parce que ça remue beaucoup de choses. Ecrire provoque en moi autant de jubilation que de douleur.

Cet été, tu as fait 25 concerts.

Nous avons été très bien reçus partout. J’avais hâte d’interpréter toutes ces nouvelles chansons sur scène. Je peux te dire que j’ai profité de chaque instant et que j’ai très envie de repartir sur la route. Mon travail prend sens sur scène. Je ne connais rien de mieux que cette transe, cette décharge d’adrénaline. Une vraie drogue !

Parlons de ton concert du 9 octobre au New Morning à Paris. C’est une date importante ?

Personne ne joue très souvent à Paris, alors, à chaque fois, c’est un peu sacré. Evidemment, comme il aura des professionnels du monde de la musique, des journalistes et des gens de radio, ça ne me laisse pas indifférent. J’ai vraiment envie d’honorer le New Morning. J’ai vu tellement de concerts dans cette salle. Et puis, ma grand-mère allait danser là-bas au début des années 80 quand c’était un club de jazz.

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Pendant la première interview...

Vous jouerez un mélange de tes deux disques ?

Oui, mais plus du deuxième évidemment. On aura aussi un ou deux morceaux inédits. J’aime prendre des risques et me mettre en danger.

Tu sais que tu fais le plus beau métier du monde ?

Je fais le plus beau métier du monde quand je suis sur scène. Mais derrière, il y a beaucoup de travail très dur. Pour moi, émotionnellement, c’est compliqué. En tant qu’artiste entrepreneur, je mets toute ma personne dans ce projet, alors je peux vite être déçu de certaines injustices. Pourquoi je ne passe pas en playlist sur telle radio par exemple… Je suis très bien entouré, mais j’aimerais l’être encore plus.

Quels sont tes projets à court terme ?

On part en tournée au Burkina Faso et au Mali en janvier et février sur le festival « Rendez-vous chez nous ». J’en suis très heureux car j’ai un rapport particulier avec l’Afrique. Un rapport très fort, très intense.

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Après la première interview le 14 mai 2019.

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24 septembre 2019

Arthur Ely : interview pour son premier album En 3 lettres

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(Photos : Sabine Villiard)

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorIl n’y a même pas un an, j’ai découvert un EP, Standard, interprété par un jeune artiste dont je ne savais absolument rien. Arthur Ely rappait aussi bien qu’il chantait. Ses titres mélangeaient avec pas mal de fulgurances rap, rock, chanson et electro discret. Du hip hop moderne et diablement efficace. "Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte". Je l’avais donc mandorisé. Depuis cette première rencontre, les choses se sont accélérées. Remarqué par de nombreux professionnels, il a reçu quelques prix et accumulé les concerts. Et aujourd’hui, il sort son premier album, En 3 lettres (que vous pouvez écouter ici).

Le 18 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Ground Control (sous un soleil étincelant) pour faire le point sur sa jeune carrière. Arthur Ely, je ne le lâche pas… j’ai l’étrange sensation qu’il va devenir un futur grand !

Biographie officielle (légèrement écourtée):

Arthur Ely incarne le parfait reflet de cette jeunesse curieuse jonglant en un clic du hip-hop à la chanson en passant par l’électronique ou le rock.

Repéré fin 2018 avec son premier EP Standard, ce jeune homme charismatique de 23 ans affirme dans ses nouveaux sons une personnalité hors norme, mi-chanteur, mi-rappeur. Ses textes à la mélancolie poisseuse, sont toujours sauvés de la dépression fatale par un humour ravageur. Comme l’expression sauvage d’un parcours sinueux.

Jusqu’à quinze ans, sa vie tourne quasi exclusivement autour du tennis avant qu’un grave accident mette finarthue ely,en 3 lettres,interview,mandor à ses velléités de professionnalisme. Pas le genre à faire les choses à moitié, Arthur se met alors frénétiquement à la guitare qu’il “ponce pendant deux ans”. Strasbourgeois d’origine, après son bac, il s’envole pour Paris, afin d’obtenir une licence de médiation culturelle, certes, mais avant tout bien décidé à devenir un musicien à plein temps. Le soir après la fac, Ely tourne dans les bars où il présente déjà ses propres compositions.

C’est en côtoyant le producteur Jacques, roi de la bricole électronique de haut vol, strasbourgeois tout comme lui, qu’Arthur devient un adepte des machines, sans pour autant délaisser la six cordes que l’on retrouve, électrifiée ou pas, sur nombre de ses compositions. Un moment clé où il se met aussi à écouter du rap, lui qui a été bercé plutôt par le rock ou la soul. La base est désormais là qui donne naissance à l’EP Standard, carte de visite fulgurante certes, mais également un peu confuse, car comme il le reconnaît volontiers maintenant, Ely avait confondu le “bien faire” et le “trop faire”. Ce qui n’est absolument pas le cas avec ces nouveaux titres lâchés comme un triptyque démarré en juin avec le premier volet “En 3 lettres”.

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

En constant aller-retour entre noirceur et humour, ces morceaux, parfois ténébreusement jouissifs, témoignent magnifiquement de la porosité actuelle entre rap et chanson. On est impressionné par la puissance de cette voix (“Soleil”) et la pétulance du flow (l’éruptif “Mayday”).

Des qualités vocales parfaites pour les mélodies sensibles de ces véritables chansons dont le secret réside peut-être dans le mode de composition où Arthur, à la différence des rappeurs qui se penchent d’abord sur les textes et pensent ensuite aux musiques, démarre souvent les morceaux à la guitare en ayant en tête seulement quelques ébauches de phrases. Les paroles justement. Il y a bien sûr de l’ego-trip mais avec un recul salvateur (l’émouvant “Seul à ma fête”), où Arthur surfe les vagues à l’âme, comme un ado grandi trop vite sous les coups de boutoir d’une vie intranquille (“Plus j’avance ”). Là encore sa singularité foudroie qu’il évoque Nietzsche au détour de “Mayday” ou sa passion pour la peinture au fil de l’émouvant “Libre”.

La démonstration éclairante de l’humanité d’un jeune adulte d’ores et déjà affirmé artistiquement, mais non sans failles. Où qu’il soit son papa disparu brusquement alors qu’Arthur avait dix-sept ans, et dont la figure tutélaire plane discrètement dans les thèmes de ses chansons, peut être fier de son fils qui propulse un nom inscrit maintenant “en trois lettres” d’or.

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(Photo : 2L2T)

arthue ely,en 3 lettres,interview,mandorInterview :

Il s’est passé beaucoup de choses depuis notre première rencontre il y a neuf mois. Cet été, par exemple, aux Francofolies de la Rochelle, tu as remporté le prix Coup de cœur du Club Francos.

C’est une des meilleures choses qui me soit arrivée cette année, tant au niveau humain que professionnel. Grace aux Chantiers, j’ai appris beaucoup. Je suis content de la manière dont j’envisage la scène désormais. L’équipe est formidable et je leur en suis reconnaissant. Les gens des chantiers ont soutenu et aidé mon projet avec humanité… ils font désormais un peu partie de ma famille.

Tu as appris quoi ?

Par exemple, j’ai compris que je pouvais être aussi puissant et fort sur scène quand je ne bouge pas. J’avais tendance à libérer beaucoup d’énergie, donc de m’exciter et aller dans tous les sens. Je voulais trop occuper la scène. Ca jouait sur mon souffle, sur ma voix et sur mon jeu. On m’a fait comprendre que même en restant droit comme un piquet derrière ma guitare, je pouvais transmettre autant. Ce qui ne m’empêche pas de beaucoup bouger le morceau suivant. En fait, j’ai appris le contraste.

"Panorama" (live au DSXL).

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Quand tu as joué aux Francos devant 15 000 personnes, qu’as-tu ressenti ?

J’étais super stressé dans la journée. C’est amusant parce que c’était tellement surréaliste que, quelques heures avant le concert, j’ai commencé à me calmer. Je suis rentré dans une sorte d’état d’hypnose sans le vouloir. Même quand je suis monté sur scène, un calme intérieur s’était installé. Une fois devant le public, je me suis demandé à qui j’allais m’adresser. Dans une salle de 200 personnes, c’est concret, tu vois les têtes, mais je ne pensais pas que devant 15 000, tu le pouvais aussi. A chaque seconde je regardais donc quelqu’un d’autre dans le public.

On se sent Dieu ?

Quand tu joues devant 15 000 personnes, surtout la première fois, tu transcendes le petit humain que tu es. Tu te sens donc supérieur à ta propre condition humaine. Si je me sens divin pendant le concert, après, je redescends vite.

Il faut être fort pour passer de ces deux états en quelques secondes ?

Ce n’est pas évident. Quand je suis sur scène, je passe par des tas d’émotions différentes. J’ai parfois envie de pleurer, de rire… ce sont des moments ou ta vie s’intensifie. Quand tu sors de ça, tu as l’impression d’être une bête de foire. En fait pour ne pas être trop perturbé, il faut être bien entouré et réfléchir à ce qu’il t’arrive. C’est facile de partir en vrille parce que la matière première d’un artiste, c’est l’émotion. Vendre ses émotions, ça ne va pas de soi.

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La notoriété, tu penses que tu l’as vivra bien ?

Ça fait partie du taf. Aux Francos, j’ai croisé Matthieu Chédid. Ca fait au moins 20 ans qu’il est immensément connu et il reste dans une relation hyper simple avec les gens. Il ne se prend pas la tête. Il discute avec tout le monde d’égal à égal. J’aimerais être comme ça.

Ton album, En 3 lettres, comporte quelques solos de guitare bien rock.

Je viens de là. J’ai commencé par le rock dur, puis j’ai eu une grosse phase jazz, ensuite, j’ai écouté de la chanson et enfin du rap. Ce que j’aime bien avec cet album, c’est que je me suis senti libre de passer d’un registre à l’autre. D’une chanson comme « Soleil » qui commence en ballade guitare-voix, puis qui a un gros passage instrumental, en l’occurrence un solo de guitare, je passe à une chanson comme « Mayday » qui est un rap punk un peu burlesque. C’était une manière de digérer toutes les influences que j’ai eu. Il n’y a pas de problème à passer d’un style à l’autre, ce qui compte, c’est d’être pertinent et de savoir où tu veux aller… et mettre tes tripes. Le fil conducteur du disque c’est ma voix et ce que je raconte.

Clip de "Libre".

Je t’ai entendu sur France Inter chanter « La vie ne m’apprend rien » de Daniel Balavoine (écouter ici à partir de 46'). C’était pour prouver qu’un rappeur a aussi une belle voix ?

Cette question, je ne me la pose pas. Elle me passe par-dessus la tête (rires). Pour moi, le rap est juste une modalité de chant qui permet de mettre plus de mots en moins de temps. C’est aussi une question de flow, de rythmique. Mais je me considère comme un chanteur, le rap est une façon de chanter moderne.

En tout cas, tu t’es complètement réapproprié la chanson de Balavoine. Bravo !

L’idée était de la chanter à ma façon. Je n’allais pas tenter de l’imiter. D’abord, c’est impossible et il n’y a pas grand intérêt à cela. Par contre, les paroles de cette chanson me parlaient beaucoup. Elle n’est pas aux antipodes de « Plus j’avance ». Je raconte que l’on s’attend à devenir plus sage en grandissant, or, on peut devenir de plus en plus paumé.

"Plus j'avance" (live au DSXL).

Dans « Plus j’avance », on a l’impression que tu n’es pas certain d’être sur le bon chemin.

Je me suis rendu compte que dans toutes les chansons que j’ai écrit cet hiver, je parle des désillusions à la sortie de l’adolescence. Je sens donc que je ne suis plus un ado et que je deviens un jeune homme. Je remarque aussi que beaucoup de fantasmes sur lesquels je me suis construit ces quatre dernières années ont disparu. Peut-être que je ne serai plus jamais aussi fort qu’entre mes 17 et mes 22 ans. C’est paradoxal. Sur plein de sujets, je suis beaucoup plus dans le doute qu’avant. Il en ressort beaucoup de noirceur dans mes chansons puisque je raconte des châteaux qui s’effondrent.

Mais il y a aussi de l’humour dans tes textes.

J’aime les grands écarts. Ça m’intéresse de rire, même si je suis au fond du trou. Les hommes sont des machines à dramatiser leurs petites situations, donc je préfère en jouer avec humour et ironie. Il n’y a en tout cas jamais de pathos dans mes chansons.

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Pendant l'interview...

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Article dans le journal Libération.

Lors de notre première mandorisation, tu m’avais dit que tu savais que la gloire allait arriver. Je dois dire qu’effectivement, le métier commence à beaucoup parler de toi. Pas encore le grand public, mais je suis assez optimiste te concernant pour dire que ça ne devrait pas tarder.

Aujourd’hui, je me rends compte que le concept de gloire s’est un peu transformé. C’était une coque vide sur laquelle je me construisais pendant toute mon adolescence. Maintenant qu’il y a des échos sur ma personne, je me rends compte que je ne sais plus ce que ça veut dire le concept de gloire. Ce qui m’intéresse c’est juste de trouver un public pour pouvoir toucher les gens et pour continuer à être libre. Libre dans les émotions que j’ai envie de transmettre. Pour le moment, j’ai conscience que malgré les articles qui sortent ou les passages en radio, je ne suis pas du tout connu.

Clip de "Le temps".

C’est encore important pour quelqu’un de ta génération de sortir un premier album ?

Aujourd’hui, même si pour les médias ça reste quelque chose d’important, pour les artistes de ma génération, la notion d’album est assez perturbée. Dans le rap, on sort un premier album, alors qu’il y a déjà cinq mixtapes sortis. Un mixtape, c’est déjà presque un album. Qu’est-ce qu’un album ? Les choses sont un peu floues pour nous. En tout cas, la sortie de ce disque me permet de rencontrer les médias et de me présenter frontalement. C’est une carte de visite géante.

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Après l'interview (sous le soleil exactement), le 18 septembre 2019.

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20 septembre 2019

Fabien Martin : interview pour aMour(s).

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(Photos : Mike Ibrahim)

fabien martin,amours,studio little,interview,mandorJe l’ai déjà affirmé dans ma précédente mandorisation de Fabien Martin, pour moi, "cet artiste est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif" (woaw! J'adore m'auto-citer).

Avec aMour(s)., qui sort aujourd’hui (et que vous pouvez écouter là), Fabien Martin explore/dissèque la vie de couple de manière chirurgicale. A l’écoute de ces chansons, on se demande comment il a fait pour si bien comprendre les rouages de cette délicate et impitoyable machine qu'est le couple. Il est très fort.

J’ai voulu en savoir plus sur cet album « concept » qui fera réfléchir tout être humain normalement constitué sur les affres de l'amour. Ainsi, Fabien m’a reçu le 29 août dernier dans son propre studio d’enregistrement, Studio LITTLE.

Argumentaire officiel légèrement écourté (par Arnaud de Vaubicourt) :fabien martin,amours,studio little,interview,mandor

Il a fallu sept jours pour la création du Monde, faut-il sept ans pour défaire l’amour ?
Parler de concept album pour aMour(s), serait un peu cliché, mais on ne va pas se mentir : un bon album est souvent un concept en soi. Une idée qui hante. Une ambiance qui enveloppe tellement son créateur que la nécessité de la mettre en sons et en textes devient impérieuse, viscérale, vitale.

Après deux albums et un EP 7 titres, Fabien Martin raconte ici chronologiquement sept années d’une histoire d’amour, des vibrations passionnelles des débuts à l’amertume et la noirceur des sentiments qui s’étiolent. Au milieu, il y a l’amour. La vie, son quotidien, ses aléas et sa chienlit, ses joies, les bonnes idées, les mauvais projets. Inexorablement. Est-ce son histoire ? Peut-être… Peut-être pas. C’est en tous cas l’histoire de tout un chacun.
Sept ans, sept sentiments qui glissent sur le toboggan d’une liaison amoureuse. Fabien Martin, lorsqu’il n’est pas entouré des instruments et des micros de son studio d’enregistrement, caresse l’espoir d’y voir plus clair dans ce qui fait le lien entre deux êtres. Une histoire d’amour est-elle vouée à l’échec ? Est-elle un chèque en bois ou en blanc que l’on signe avec le sang du cœur de l’autre ? D’une voix chaude et malicieuse bercée par des arrangements subtils entre chanson et pop, il tente d’esquisser une réponse. Ou plutôt des réponses.

fabien martin,amours,studio little,interview,mandor®Armande Chollat-Namy

Tout comme les saisons d’une série palpitante (Fabien Martin évoque 24h Chrono avec délectation), la vie se découpe, elle fait son cinéma. Il y a les nœuds dramatiques, les climax, le dénouement… Le revirement de situation parfois, lorsque ce qu’on aimait tant chez l’autre se mue en une nébuleuse monstrueuse que l’on aimerait vaincre. L’auteur-compositeur-interprète se fait le narrateur de ces tranches de vie. Il image parfaitement les chemins de traverse des émotions dans le couple. Entre les rythmiques entêtantes de « Middle of Nowhere » et les ritournelles pop savoureuses de « Nina Myers », il créé des respirations grâce à quelques intermèdes tirés de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, mais aussi en nous offrant des instants très personnels qu’on imagine enregistrés sur un smartphone.

aMour(s) n’arbore pas de grand A et préfère l’amour avec un grand M. Ce nouvel opus est un album photos musical ouvert sur les affres des cœurs et des chairs, pas vraiment mélancolique mais réaliste, pas défaitiste mais pragmatique, sans oublier d’être un peu optimiste…
Tout comme ce qui est écrit entre les lignes en littérature, on entend dans aMour(s) le son salvateur d’un clin d’œil amoureux qui ose encore y croire.

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(Photo : Mike Ibrahim)

fabien martin,amours,studio little,interview,mandorInterview:

Pourquoi dans le titre de l’album, le a de amour est écrit en minuscule alors que le M est en majuscule ?

Selon toi ?

Peut-être que c’est parce que l’amour avec un grand A, ça n’existe pas ?

Peut-être. Et parce que je préfère croire à l’amour avec un grand Aime. J’insiste sur l’amour à l’instant présent, moins sur le mythe de l’amour avec un grand A. Dans ce disque, je décortique un amour véritable, tel qu’il est : très terrien et très charnel.

Et pourquoi un s à la fin d’amour ?

Quand tu es en couple avec quelqu’un depuis plusieurs années, tu l’aimes obligatoirement de manières différentes avec le temps qui passe. Le fait d’accepter de reconnaître que l’amour n’a pas la même saveur au début qu’au bout de quelques années aide à traverser sa vie de couple le mieux possible.

Clip officiel de "Pomme Love".

Dans « Nina Myers », tu chantes qu’un couple c’est deux agents doubles en eaux troubles.

Cette chanson est très intime. Je ne peux pas tout dévoiler parce que ça fait partie de ma vie très très personnelle. J’ai écrit cette chanson à un moment donné où j’ai rencontré une femme dont je suis tombé amoureux. En même temps, je regardais la série 24, et c’était un peu comme un miroir. Les espions, les agents secrets, ont souvent une double vie. C’est tout ce que je peux en dire (rires).

Les chansons sont dans l’ordre chronologique de leur création. Donc, les premières sont très positives et peu à peu, place aux doutes.

Cet album sort aujourd’hui, mais aucune chanson n’est vraiment nouvelle. J’ai remarqué que j’avais plusieurs chansons d’amour depuis 2007 et que selon les années, les sentiments et le regard étaient différents. Considérant qu’elles racontaient une histoire, j’ai décidé de les réunir.

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(Photo : Mike Ibrahim)

La jalousie et la peur commencent à arriver à la troisième chanson, « La conquête spatiale ».

C’est le début des doutes, alors qu’avant on ne pose aucune question.

Ce disque parle-t-il uniquement de ton couple ?

Là, on rentre dans l’intime. Dans tout album ou toute œuvre littéraire, il y a une part de réalité et une part de fiction. Tout ne correspond pas forcément à ma vie. Je projette mes craintes, mais aussi certainement celles des autres.

Dans « Nuages », le ciel commence à s’obscurcir.

Des petites brumes commencent à poindre, en effet. On ne s’y attend pas. C’est comme en montagne, il fait beau, il y a du soleil, puis soudain, les averses arrivent. Et tu ne peux pas faire grand-chose, juste constater. L’amour est peut-être une dépression météorologique.

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(Photo : Mike Ibrahim)

Dans « Middle of Nowhere », c’est carrément la fin des illusions…

Avant, on était dans des doutes, des nuages, mais là, on commence à avoir la boule au ventre. Une des choses étranges dans une relation, c’est la distance qui peut prendre place entre deux êtres. Il n’y a parfois même plus d’intimité. Les rancœurs, les blessures qu’on a subies et pas su verbaliser, ça crée de la distance verbale, humaine, intime et charnelle. C’est le moment où dans le lit, on commence à se tourner le dos et où chacun a besoin de retrouver son espace à soi. Comment en quelques années et sans s’en rendre compte, tu peux passer d’une relation à deux très intime, très fusionnelle, où tu fais l’amour sept fois par semaine, à une vie où tu as l’impression de te retrouver au milieu d’une sorte de PME familiale, avec femme, enfants, dans laquelle tu gères les emplois du temps, les entrées financières, les dépenses, voire les tensions humaines ? On ne te le dit pas au départ, mais le scénario est le même pour tout le monde.

Ton disque peut aussi rassurer. Les gens peuvent se dire : « Je ne suis donc pas le seul à vivre ça ! »

C’est sûr que c’est universel. En même temps, certains pourraient aussi se dire : « Moi, ça ne m’arrivera pas. Je ne laisserai pas la place au train train quotidien.» Personne n’y échappe. Finalement, le véritable amour est peut-être quand on commence à s’aimer malgré le fait que ce ne soit plus si facile.

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(Photo : Mandor)

Ce disque n’a pas une vision très positive de l’amour, non ?

La fin, avec « L’amour serait presque parfait », est ouverte, je trouve. Cette chanson m’a été inspirée par le film de Clint Eastwood, Sur la route de Madison. Une histoire d’amour magnifique qui s’arrête avant d’avoir commencé.

Quelle belle idée d’avoir intégré plusieurs intermèdes tirés de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, lus par ta compagne, Caroline Santini, et par toi.

Elle est comédienne dans la vie. Je l’ai prise à la fois pour cette raison et pour l’aspect symbolique de la chose, toujours par volonté de mêler ma réalité à l’invention. Je me suis dit que j’avais des chansons qui racontent mes sentiments, mon intimité, mais j’avais besoin de quelque chose d’un peu théorique, qui ne soit pas écrit par moi. Au début, j’avais choisi des extraits d’un livre de Roland Barthes Fragments du discours amoureux. J’ai attendu les droits pendant un an et je ne les ai jamais eus. Ça m’a déprimé parce que je ne savais pas quoi faire. Ce disque a mis du temps à sortir à cause de cela.

Un jour, tu as entendu à la radio la pièce de théâtre, Scènes de la vie conjugale.

Ca a débloqué la situation. J’ai su que ça allait me donner une distance, un autre regard sur l’amour et une complexité que je n’aurais pas pu amener. J’ai demandé les droits et je les ai eus rapidement. J’ai relu le livre et je suis allé voir la pièce qui se jouait au Théâtre de l’Œuvre. Aujourd’hui, je suis hyper content que les ayants droits de Barthes m’aient refusé les droits de Fragments du discours amoureux.

Intermède de la Vie Conjugale II (par Caroline Santini et Fabien Martin).

Pourquoi as-tu choisi le thème de l’amour ?

J’avais envie de raconter une histoire du début à la fin. Il se trouve que c’est une histoire d’amour. Je n’ai pas réfléchi, c’est venu comme ça. J’essaie toujours de ne pas être dans le mental, mais dans l’intuition le plus possible. Ce disque m’a ouvert les yeux sur certaines choses et me met en paix avec moi-même.

Quand on écrit sur son couple, quand les chansons ne sont plus positives, ce n’est pas gênant pour la principale intéressée, ta compagne ?

Si, un peu. Elle m’a dit en écoutant les dites chansons « Eh bien, c’est gai ! » Je lui ai répondu que ça ne parlait pas que de nous (rires). Non, franchement, elle ne l’a pas mal pris.

Ce disque coréalisé avec Jules Jaconelli est très pop, très moderne dans sa réalisation.

Je suis un amoureux du son. Même quand je fais du piano voix, il faut que ce soit dans une modernité exemplaire. J’avais l’habitude de réaliser mes chansons seul, mais pour ce disque, j’avais besoin de sang frais, j’ai donc laissé de la place à Jules. Je suis à la base des arrangements, mais il a épuré, construit, déconstruit, reconstruit… Hormis deux batteurs, Tanguy Truhé et Cyril Tronchet, Jules et moi avons joué tous les instruments. On a passé deux trois jours par morceaux. En un mois, l’album était fait. Après, Jean-Baptiste Deucher de Dominat Studio a mixé et Simon Capony a masterisé.

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(Photo : Mandor)

Quelle sera la thématique de ton prochain disque ?

Surement sur la mort et la difficulté d’exister. Le disque est quasiment fait. Je l’ai écrit en six mois, en attendant que aMour(s). sorte. Ce seront des histoires qui ne me concerneront absolument pas. Autre originalité, il y a aura beaucoup de chansons ou je me mets à la place d’une femme, opprimée ou délaissée…

L’amour, la mort, c’est la base ?

La vie s’articule autour de ça en tout cas. Sans amour il n’y a pas de vie et sans mort la vie n’a pas la même saveur. Sans la mort, on ne peut ni avoir un instinct de vie, ni un instinct d’urgence. Personnellement, j’ai un problème, j’ai l’impression que je ne vais jamais mourir, j’ai donc moins cet instinct d’urgence que d’autres malheureusement. En fait, je sais que je vais mourir un jour, mais je n’arrive pas à l’intégrer.

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Pendant l'interview… 

Ne finissons pas cette mandorisation sur ce sujet. Revenons à ton disque. Es-tu satisfait de lui ?

Oui, je suis très content, car j’ai l’impression d’avoir enlevé tout le superflu. Il est court, épuré, condensé, ramassé… je suis allé à l’essentiel il me semble. Et je me suis livré comme je pouvais. Et surtout, il est libre. Il y a une chanson de 6 minutes, d’autres de 40 secondes, des sons qui viennent de mon salon enregistrés sur un mini-cassette à l’époque. J’ai fait ce que je voulais faire.

Depuis quatre ans, dans ton Studio Little, tu réalises, tu arranges, tu mixes beaucoup pour d’autres artistes. Crois-tu que ça influence ton son d’aujourd’hui ?

J’adore me mettre au service des autres et avoir une vision. J’aime rencontrer d’autres gens, d’autres manières de travailler… J’apprends énormément, psychologiquement et musicalement. J’entends les qualités et les défauts de ce que font les autres et de ce que je fais moi, beaucoup plus vite qu’avant. Cela dit, ça ne change ni ma façon d’écrire, ni mon son et ni qui je suis. On ne peut pas faire autre chose que ce que l’on est. On n’est pas là pour fabriquer artificiellement, on est là pour sortir ce qu’il y a en soi. Et il faut le faire le mieux possible.

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Le 29 août 2019, après l'interview au Studio LITTLE.

(Photo : retardateur de l'iPhone 6 de Mandor)

18 septembre 2019

Rilès : interview pour Welcome To The Jungle

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Originaire de Rouen, Rilès est un auteur, compositeur et interprète âgé de 22 ans. Après l'obtention de son bac S avec mention, il décide de s'inscrire en fac d'anglais et grâce à la bourse du mérite il monte son propre studio d'enregistrement.

Il apprend dès lors les techniques d'ingénierie du son et de mastering afin de tout faire par lui-même (de l'écriture jusqu'au rendu final). «Do it yourself» comme leitmotiv, il écrit, réalise et monte tous ses clips. À la frontière du rap, du R&B et de la pop, sa musique rencontre autant ses influences américaines (Kanye West, Chance the Rapper, Russ..) que des sonorités issues de ses origines Kabyles et de ses années de Capoeira.

Après son challenge RILÈSUNDAYZ, durant lequel 52 morceaux sont sortis chaque semaine de septembre 2016 à septembre 2017 et une tournée sold out à travers la France, l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, le Maroc et la Tunisie, Rilès vient de sortir son premier album (déjà classé 4e dans les meilleures ventes de disques en France la semaine dernière), toujours dans sa chambre, mais accompagné par Capitol pour la France, Polydor pour le UK et Republic Records pour les USA.

Pour le magazine de la FNAC, Contact, j’ai réalisé une mini interview téléphonique. Voici ce qui a été publié, puis vous pourrez lire la version complète.

Pour découvrir l’album Welcome To The Jungle, c’est ici.

Sa page Facebook.

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Clip de "Myself N The Sea".

L'interview intégrale:

Comment s’est passé l’enregistrement ?

Bien, même si tout ne s’est pas passé comme prévu. De plus, j’ai tendance à tout finir au dernier moment. Ça fait deux ans que je suis sur cet album et j’ai rendu les masters physiques du CD avant-hier. Je suis toujours à la recherche de la perfection, donc je ne suis jamais totalement satisfait du résultat. A un moment, il faut lâcher la bête, mais pour moi, c’est extrêmement difficile. Dans l’album, j’ai fait en sorte que toutes les tracks soient reliées pour que tout ait un sens. Je veux qu’il y ait une cohérence dans mon projet. Chaque titre peut s’écouter indépendamment, mais dans le disque, ça s’inscrit dans une globalité.

Tu es très exigeant avec toi-même. C’est ce qui a retardé la sortie du disque ?

Depuis le début, je suis en effet très exigeant avec moi-même. Je considère tout le temps que je peux mieux faire. Aujourd’hui, j’ai une période de succès et une certaine visibilité, mais ça ne m’empêche pas d’être obnubilé par comment je pourrais faire mieux les choses. J’ai en permanence cette recherche d’amélioration d’image, de son, de moi-même avec mon exigence. Si on se rend compte qu’on ne peut plus s’améliorer, ni évoluer, il n’y a plus aucune raison de vivre.

Tu as commencé à chanter en anglais parce que tu ne voulais pas que tes parents comprennent les paroles.

A l’époque, je ne me projetais pas dans le futur. Je suis obligé de constater que ma décision de chanter en anglais pour ne pas être compris de mes proches m’a fait accélérer la carrière aux Etats-Unis. C’était vraiment pour me cacher et par pudeur…

Clip de "Against The Clock".

Ton disque Welcome to the jungle est la continuité de ce que l’on connait de toi dans les clips où il y a une évolution musicale ?

Les gens m’ont connu organiquement. C’était moi, ma chambre et le monde. Ce que je raconte dans le disque raconte l’histoire d’un gamin innocent qui fait de la musique dans sa chambre, qui ne connait rien au business de l’industrie du disque et qui finit par y rentrer. Bienvenue dans la jungle ! Il y voit une cité d’or, mais il se rend vite compte que ce n’est pas exactement ce qu’il imaginait. La jungle est beaucoup plus dangereuse que prévu. Au début, c’est l’espoir, la joie, la détermination, puis très vite, il doit se mettre en mode survie.

Tu as déjà une tournée des Zénith prévue pour cette fin d’année. Toi qui est surtout connu pour ton temps passé en studio, quelle importance à la scène pour toi ?

J’ai commencé la scène dans la rue dans des endroits très rustiques, puis j’ai fait la tournée des SMAC. C’est là que j’ai commencé à prendre goût aux concerts. Quand tu racontes des histoires, tu peux le faire de manière auditive, mais tu peux aussi le faire à la manière d’un spectacle. Là, tu guides beaucoup plus le spectateur vers une certaine dimension. La même chanson sur disque ou sur scène n’aura ni le même impact, ni la même sensibilité… On ne propose pas forcément la même émotion sur disque que sur scène. Mon show sera à l’américaine. Il y aura de la danse, parfois qui se rapprochera du combat, du gros son et des lumières de folie.

Clip de "Pesetas".

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