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12 décembre 2019

Sèbe : interview de présentation.

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(@Anne-Laure Etienne)

@Anne-Laure Etienne.jpgSèbe est mon vrai coup de cœur du moment. Je l’ai découvert au Pic d’Or 2019, puis je suis allé le voir récemment en concert à la Dame de Canton. Cet auteur compositeur interprète allie tout ce que j’aime dans la chanson dite « traditionnelle ». La poésie, l’humour, l’autodérision, le second degré et les histoires de looser qui vit des amours un peu ratées (que nous avons tous connus) de Sèbe donnent un répertoire absolument pas « traditionnel », du coup. C’est là sa force et son originalité.

Seul avec sa guitare, on le regarde et on l’écoute chanter avec ravissement (c’est vraiment le mot). Il émeut autant qu’il fait sourire, voire rire. Comme Souchon, c’est un subversif « mine de rien ».

Sèbe est finaliste du concours Centrakor - Loft Music Sud Radio. Pour voter pour lui, c’est ici que cela se passe.

Le 28 novembre dernier, il m’a rejoint dans une brasserie de la Gare du Nord. A la fin de l’interview, j’ai ressenti la furieuse envie qu’il devienne mon pote. Ce gars-là, il te met dans sa poche naturellement en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (expression française non utilisée depuis 1975.)

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(@Vincent Assie)

Autobiographie de Sèbe (où je constate que nous sommes frères de second degré ):79419681_2575928459319967_8640402407643152384_n.jpg

Sèbe est un chanteur monoglotte dont la poésie flirte parfois avec le punk. Il est considéré par ses pairs comme le nouveau «diamant brut» de la scène francophone, tant par sa beauté, ses qualités humaines indéniables, et son talent prodigieux (à la limite du concevable) qui le situent au point de rencontre entre l’impossible et l’inouï. L’écriture de Sèbe est ciselée comme du bon persil. On y aborde les thèmes (jusqu’alors inexplorés) de la rupture amoureuse, de l’engagement politique, du paraître et de la violence au sein de nos sociétés normatives. Un spectacle « tendre comme la caresse d’un rayon de soleil » et « frais comme une douce brise d’été » diront certains... Avec son âme en bandoulière, épaulé par ses deux fidèles compères : brio et entrain, Sèbe, est la véritable figure de proue de la “Villeurbanne Touch”, mouvement alliant précarité et absence de beat electro. Il illumine depuis quelques mois la périphérie lyonnaise de sa célèbre “noirceur festive”. Bête de scène incontestable, Sèbe est un gagneur. Sa “win” est évidente, naturelle et sans chichi. Il Alexander Roth-Grisard (2).jpgcommence la guitare au stade fœtal. Plutôt à l’aise, il améliore instantanément un à un, les riffs de Jimmy Hendrix et de Kurt Cobain, les détrônant dans la foulée, et faisant d’eux des artistes de seconde zone. Sèbe a su faire preuve d’humilité ces derniers temps en acceptant les premières parties d’artistes émergents tels que Sanseverino (SMAC les Abattoirs), Oldelaf (Radiant Bellevue), La Rue Ketanou, Barcella (Festival “Changez d’Air”), et en foulant la scène du Festival Les Chants de Mars. Sèbe terminera, en mai dernier, finaliste du Pic dOr 2019 avec deux récompenses (Coup de cœur du magazine Francofans, et le prix du Big Bag Festival). En parallèle, il a irradié la tournée du Mégaphone Tour 2019 et sera mis en lumière cette saison par le TrainThéâtre lors de la soirée Talents SACEM /Chantier des Francofolies. Bon nombre de professionnels pensent déjà qu’il va « tuer le game ».

Merci, je vous aime, bisous.

Ayant remporté le coup de cœur du magazine  FrancoFans lors de l'édition 2019 du Pic d'Or, Sèbe a donc été chroniqué par la membre du jury et journaliste du bimestriel indé de la scène francophone. 

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IMG_5232 (2).jpgInterview :

Dans ta famille, quelqu’un t’a poussé à jouer de la musique ?

Pas vraiment, mais j’avais un cousin rockeur. Il était au Conservatoire et jouait parallèlement dans des groupes de rock assez violents pour l’époque. Il avait une guitare Strat rouge dans sa chambre, ça me fascinait. Je bidouillais des trucs avec elle, puis j’ai demandé à mes parents de m’acheter une guitare.

Tu as fait deux années de guitare classique au Conservatoire, toi aussi.

J’ai arrêté car je ne supportais pas le côté tyrannique des cours. J’avais l’impression de perdre mon temps et je n’avais aucun plaisir à jouer. Je ne m’en rendais pas compte à l’école, mais ça m’a tout de même donné une conscience du son, du touché, de comment faire sonner les cordes correctement.

Je crois savoir qu’après ça, tu as bossé chez toi, à l’oreille.

Oui, c’est là que j’ai commencé à m’éclater. J’ai eu des groupes de punk. On faisait des reprises et je proposais aussi des chansons originales de piètres qualités. Je me souviens d’un titre « Le monde est bad, la planète est crade, mieux vaut crever ». Aujourd’hui, j’essaie de faire plus attention aux textes (rires).

"Valérie Subutex", session au Studio Lancy Road à Genève.

Tu as eu combien de groupes ?

Huit, je crois. Je jouais dans des bars. J’ai été aussi guitariste accompagnant pour des chanteuses telles que Buridane. J’ai fait une tournée de belles salles avec elle, dont le Casino de Paris.

Tu as fait partie d’un groupe qui a eu sa petite réputation, Charlie Tango.

La formule de base était un duo, mais quand j’avais du budget, il y avait tout un groupe derrière moi. On a fait un EP qui a pas mal marché dans la région. C’était un projet qui pouvait se rapprocher de Luke ou Damien Saez. Nous avons eu des touches dans les maisons de disque, mais ça ne s’est pas fait. Chez Wagram, on avait presque le stylo en main pour signer le contrat… et le label a fermé. Finalement, on a arrêté car nous avions plus la même énergie. Et puis, pour être sincère, ma copine s’est installée en Chine et c’était  simple : soit j’arrêtais tout pour la rejoindre, soit l’histoire était finie. J’ai arrêté tout… et elle a fini par me demander de ne pas venir.

C’est ce que tu racontes dans une de tes chansons, "In Fine".

Cette histoire m’a nourri. Les disques post-ruptures des artistes que j’apprécie sont souvent les plus magnifiques. Ça doit débloquer des choses intérieures dans l’écriture, peut-être un certain lâcher-prise. Donc, finalement, malgré ma peine, ça m’a aussi beaucoup stimulé. Je suis parti en guitare voix. Pas d’effets sur les guitares, juste du bois, de l’acier, un chant et une écriture. En fait, je me suis épanoui comme jamais musicalement et artistiquement. Je pose désormais mon rythme et je fais ce que je veux sur scène. Ces deux dernières années, je ne cesse de kiffer.

Live à la maison de "In Fine". Vidéo : Nicolas Dormont.

As-tu une ambition dans la chanson ?

Celle de ne pas être trop plombant.

Tu es fou, c’est tout le contraire !

Je l’étais avant. Aujourd’hui, quand j’ai des soucis et que je veux les exprimer, j’essaie de trouver des formules pour se marrer. Malgré la vie difficile, je calibre mes chansons de manière à ce qu’elles soient un peu légères quand même.

Sèbe, c’est un personnage ou c’est toi et rien que toi ?

C’est une vraie question. Il y a des chansons où je suis très premier degré, notamment mes ballades un peu romantiques, et d’autres avec lesquelles j’ai envie de m’amuser. Mes chansons dans lesquelles j’aborde des problématiques sociales sont très cyniques et très second degré. Mais globalement, le personnage maladroit et pataud que j’incarne sur scène me ressemble beaucoup, mais j’accentue certains traits. Je vais d’ailleurs amplifier le côté drôle et mordant.

"En apparence", version culinaire. 

Tu as un côté décalé, un peu hors cadre, comme Sophie Le Cam. Ça fait du bien parce que j’en ai marre d’entendre toujours les mêmes chansons « à l’ancienne ». Je trouve que vous êtes deux artistes qu’on devrait mettre nettement en avant.

Merci. Je suis d’accord avec toi, il y a dans la chanson françaises beaucoup « d’héritiers ». Nous sommes jeunes, c’est à nous de créer un nouveau chemin. Attention ! Je ne dis pas que je révolutionne les choses, je fais les mêmes accords que tout le monde, mais j’essaie d’aborder l’écriture différemment. J’essaie juste d’apporter ma touche perso à la chanson.

Tu écris souvent ?

Pratiquement tous les jours. Ce qui m’éclate, c’est le cynisme avec de l’intelligence dedans, parce que ça me fait marrer. J’aime bien racler dans le bas-fond de l’humanité avec une touche d’humour. J’ai encore un peu de mal à y aller complètement… il faudrait que je place mon curseur plus haut. Je suis fan de l’auteur de bande dessinée, Fabcaro. C’est très absurde, mais il y a du cynisme et une noirceur dans le fond. Tout ce que j’aime. Je vais être clair, tout ce qu’il fait en BD, c’est ce que j’aimerais faire en chanson. 

(Découvrir l'univers de Fabcaro, ).

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Live à la maison de "Korben-Dallas". Vidéo : Nicolas Dormont.

Qu’est ce qui t’inspire ?

Le cynisme justement. La violence dans les rapports humains aussi. Quand j’écris sur ça, je fais attention à comment le public pourrait recevoir le texte. Je ne veux pas l’agresser, mais plutôt le faire réfléchir tout en l’amusant. C’est difficile d’expliquer, mais je crois que ça se rapproche de ça.

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Pendant l'interview...

Tu aimes Didier Super ?

Tu fais bien d’en parler, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est un vrai personnage qui ne perd jamais le fil, même en interview, il va au bout de sa démarche. Il est d’une intelligence rare. Je connais son régisseur. Il m’a dit qu’il est adorable, qu’il ne se paye pas plus que les autres et qu’il place tout le monde au même niveau. C’est un mec qui vit son truc en étant profondément humaniste. J’ai d’ailleurs remarqué que ce sont souvent les plus misanthropes qui sont les plus humanistes.

Musicalement, même si tu joues des morceaux « pas très énervés », on sent que tu as écouté beaucoup de punk dans ta jeunesse.

C’est totalement vrai. Ça m’a procuré une certaine facilité à faire des refrains. Dans les musiques punks, et aussi dans la pop, il y a un sens du refrain exceptionnel et super efficace.

Reprise de la chanson d'Alain Souchon, "Rien ne vaut le vie". Vidéo : Nicolas Dormont.

Tu t’implique humainement dans les chansons. Quand je parle de toi, je résume en disant que tu es un petit Souchon, encore plus drôle.

C’est le plus joli compliment que l’on puisse me faire. Il y a tout chez Souchon. Des textes poétiques simples, tendres et d’une redoutable efficacité. Avec lui, nous sommes connectés avec le cœur et avec les tripes. J’aime quand on ne me considère pas juste comme un chanteur drôle, parce que c’est dur de sortir de ça et surtout, je ne suis pas que ça. J’assume de la même façon mes ballades tendres ou romantiques.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

Ses futurs concerts (cliquez sur la photo pour mieux voir... ou prenez une loupe!)

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09 décembre 2019

Louis Ville : interview pour Eponyme

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(@Quévin Noguès)

louis ville,eponyme,interview,mandor,balandras éditionsJe peux le dire avec certitude, Louis Ville est l’un des meilleurs songwriter français. Il totalise 20 ans de carrière impeccable, mais reste mésestimé. Pourquoi ? Mystère. Vraiment, grand mystère.

Dans ce nouvel album, Eponyme, il poursuit sa quête, celle de comprendre l'Humain à travers ses parts d'ombres et de lumières. Pour ceux qui ne connaissent pas Louis Ville, découvrez le en lisant les trois mandorisations que je lui ai consacrées. La première en 2012 pour la sortie de la nouvelle édition de Cinémas, Deluxe Édition, la deuxième en 2017 pour son précédent album Le bal des fous (J’y évoque notamment son passé artistique et son rapport à la musique et aux textes…) et enfin la troisième en 2019 pour son EP, Et puis demain (à lire aussi car j’y aborde quelques chansons qui figurent sur Eponyme.)

Le 7 novembre dernier, c'est dans une brasserie de la Gare de l'Est que nous nous sommes posés pour une nouvelle conversation.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter ce nouvel album.

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louis ville,eponyme,interview,mandor,balandras éditionsInterview :

Ton éditeur, Laurent Balandras, m’as dit qu’il te considérait comme le Tom Waits français. Tu es d’accord ?

Je ne fais pas du pur blues, c’est un peu de la pop.

Ah bon ? La dominante est pourtant assez blues chez toi.

Dans pop, j’entends « populaire ». Ma musique n’est pas élitiste. Elle est abordable à tous.

Il y a eu une période comme ça, quand même, non ?

C’était plus au niveau des textes. Je n’avais pas trouvé le langage simplifié dont j’avais envie. Ou alors peut-être que je voulais faire trop à la manière de. En fait, tu ne connais jamais ton cheminement intellectuel quand tu écris tes textes. Par contre, ce qui m’est apparu évident depuis deux albums, c’est qu’il fallait que je simplifie au maximum le discours et que j’essaie de trouver les images les plus fortes pour qu’elles parlent à tout le monde. Je ne veux plus de sectarisme du langage dans mes chansons.

Oui, tu fais bien parce que sinon, on s’adresse à un public parfois un peu sectaire.

Ceux qui sont très amoureux et pointilleux de la langue sont souvent déconnectés de tas d’autres langages, qui sont pourtant en français. J’adore les mots, j’adore la langue, mais je ne fais pas partie de ce genre de personnes qui ont une opinion intellectuelle tranchée. Si on est trop sectaire, on se coupe de nouvelles formes d’expression d’aujourd’hui.

Tu veux décloisonner la chanson ?

Je n’ai jamais voulu la cloisonner en tout cas. Quand je me suis vu rentrer dans un cloisonnement, je me suis très vite repris parce que ce n’est pas moi. Je n’ai jamais supporté la moindre forme de sectarisme.

Extrait du nouvel album "EPONYME" (Balandras Editions). Sur une idée d'Yvanna Zoia.
Chorégraphe, danseur : Eliot Joecool. Avec Margot Barnaud, la fille du train. Images : Pierre Goupillon. Réalisation : Pierre et Eliot Goupillon. Merci PANDRAVOX pour les images volées.

Est-ce que ce disque est celui qui est le plus ouvert depuis tes débuts ?

Comme je viens de te le dire, il est plus abordable, parce que j’ai simplifié le discours au maximum.

Dans tes chansons, tu t’es toujours glissé dans la peau de personnages. Moins dans Eponyme.

Disons qu’il y a trois chansons où c’est vraiment moi. Quand je déclare mon admiration/amour pour une certaine personne, dans « Qu’est-ce qu’elle me trouve ? » et la chanson pour mon père, « Et l’étoile »… mais j’essaie de ne pas me placer tout le temps au centre de l’histoire. L’histoire, je la veux universelle.

C’est un album dans lequel tu dis beaucoup de choses. Est-ce que tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir raconter la prochaine fois ?

Non, parce que dans cet album, je n’ai pas pu tout mettre. Dans ma tête, il se passe plein de choses et il va falloir que je les couche bientôt.

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Tu viens d’avoir un article dans Télérama et trois clés. Enfin !

C’est bien. Ça me permet une visibilité et de travailler plus facilement. Je suis reconnaissant envers Valérie Lehoux, pour cela. Peut-être qu’un jour, je te recevrai dans une Cadillac (rires).

Avant de te connaître, j’avais l’impression que tu étais quelqu’un de sombre et ténébreux, alors que dans la vie, tu es quelqu’un de solaire, comme en témoigne la pochette de ton nouveau disque.

Beaucoup de gens croient que je passe mes nuits à picoler du Whisky (rire). Personnellement, quand je rencontre des gens qui ont des univers hyper sombres, je constate que ce sont des gens hyper déconneurs et joyeux. Ça s’explique. Ils se débarrassent de tous leurs démons dans leurs supports, romans ou chansons. Et inversement, les gens drôles sur scène ne le sont pas forcément dans la vie. Chacun sa thérapie.

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Louis Ville sur scène...

Ecrire vaut un psy?

Ça vaut 1000 psys, d’une part d’écrire et d’autre part de monter sur scène.

Tu m’as toujours dit que tu avais une vie banale et que tu étais heureux depuis quelques années. Comment trouves-tu tes thèmes de chansons alors ?

L’humain et la bêtise humaine sont autour de moi. Je n’ai pas besoin de vivre des choses dramatiques pour les voir et pour être dans une forme d’empathie afin d’en parler.

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Pendant l'interview...

Tu aimes ce nouveau disque ?

Sur 8 albums, c’est le 3e disque que je commence à apprécier, après Cinémas et Le bal des fous.

As-tu l’impression de progresser ?

Non. Je ne sais pas ce que ça veut dire progresser. Il me semble que j’avance et que j’évolue.

Bonne nouvelle ! Tu sors une intégrale de ton œuvre.

Mon éditeur, Laurent Balandras veut sortir une intégrale de mes disques, en effet. On va y ajouter un disque live inédit. On rentre en résidence pour répéter les 26, 27 et 28 janvier 2020 à la Souris Verte avec un nouveau musicien qui nous rejoint, le contrebassiste, bassiste, Benjamin Cahen (frère de Laura Cahen). On enregistrera ensuite ce fameux live en partenariat avec La Souris Verte, Balandras éditions et le département des Vosges. L’intégrale devrait sortir fin 2021.

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Après l'interview, le 7 novembre 2019.

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Pub dans FrancoFans (avec le petit mot de Mandor…)

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04 décembre 2019

Gérald Genty : interview pour l'album Là-haut

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorGérald Genty, ça faisait un moment que je l’écoutais, l’observais, l’appréciais. Mais sans jamais l’avoir rencontré. J’ai toujours été impressionné par sa maîtrise de la musique (au large spectre), ses mélodies imparables et sa capacité à trouver des arrangements limpides. Genty est un multi-instrumentiste chevronné, toujours à la recherche du son parfait. S’il aime les calembours, c’est surtout un adepte de la paronomase (figure de style qui consiste à employer dans une même phrase des mots dont le son est à peu près semblable, mais le sens différent). Il excelle en la matière. Bref, le type est doué. Et trop injustement méconnu du grand public. 

Gérald Genty sera au Zèbre de Belleville le 17 janvier 2020 (avec Julien Carton). Pour les places, c'est ici.

Pour parler de son nouvel album, Là-Haut, nous nous sommes retrouvés le 21 novembre en terrasse d'une brasserie de la Gare du Nord pour une première mandorisation…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle

Pour écouter son disque

Argumentaire de presse (légèrement raccourcie et remanié) :gérald genty,là-haut,interview,mandor

Voilà, il l’a fait. Ce disque sur la fin, la disparition, celui auquel il songeait lorsque l’urgence de capter les voix fragiles de ses deux jeunes fils l’avait finalement incité à aller au bout du format court avec l’album Hippopopopopopopopopopopotame.

Les précédents disques de Gérald Genty comportaient toujours une ou deux de ces chansons courtes, mais aussi une ou deux plus sérieuses : l’envie d’aller au bout de ces deux formes explique pourquoi arrive maintenant Là-haut, qu’on peut qualifier de concept-album. L’artiste reconnaît qu’il réfléchit désormais « un peu en terme d’œuvre globale » et qu’un disque comme celui-là aurait manqué à sa discographie. Dans Là-haut « il y a encore pas mal de calembours mais ils sont presque invisibles » explique Gérald, « le jeu de mot, lorsque l’on le recouvre de mélancolie, qu’on le baigne dans le drame, il a tendance à disparaitre, il s’efface »...

gérald genty,là-haut,interview,mandorSa voix sur le début de « La Station » évoque Dominique A mais ce n’est pas son inspiration première, loin s’en faut (il aime surtout l’album La Musique). Parmi les artistes qu’il admire figurent surtout Raymond Devos, Bertrand Belin, ou encore Mathieu Boogaerts dont le premier album Super avait durablement marqué Gérald dans son envie de gaîté, de légèreté. Cela a pris le temps, mais Là-haut c’est un peu son Michel. Voire son Tchao pantin.

Si la question de la postérité présente en filigrane de ses deux premiers albums n’est plus vraiment le souci d’un Gérald Genty déjà content d’avoir un public fidèle, il englobe dans la thématique de son nouveau disque la disparition... des radars, de l’actualité, de l’esprit des gens.

S’il est bien trop tôt pour deviner quelle sera la trajectoire de ce nouvel aéronef musical, avouons qu’en guise de calembour, ce serait un joli pied de nez de faire qu’un disque sur la disparition soit finalement un album qui restera.

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorInterview :

Là-haut est un disque qui évoque la mort ou la disparition. C’est fini le Gérald Genty aux thèmes plus légers ?

Le disque devait s’appelait Dix End, dix chansons sur la fin, mais je n’ai reçu aucune adhésion sur ce titre-là, à part chez les artistes. Tu sais, j’ai toujours eu dans chaque album des chansons un peu tristes, en tout cas qui n’avaient pas vocation à faire rire… mais elles étaient noyées au milieu de chansons un peu plus déjantées. Dans la globalité des disques, souvent avec des pochettes marrantes, on oubliait ces chansons-là.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui a une sacrée plume et qui sait en jouer. Je t’ai toujours trouvé beaucoup de sensibilité. Je ne t’ai jamais considéré comme un chanteur « rigolo » à l’instar d’un Oldelaf, que j’apprécie aussi beaucoup au demeurant.

En tout cas, je n’écoute jamais les chanteurs drôles. Pour ma part, je préfère être rigolo, mais sans faire gaffe. Et je vais te dire la vérité, ce que je préfère dans les chansons, c’est la musique. C’est de jouer de la musique. C’est ça que j’aime explorer et c’est ça qui m’éclate. Quant aux textes, j’ai la sensation qu’ils viennent presque tout seul.

D’ailleurs, tu dis souvent que tu ne te considères pas comme un chanteur à textes.

Parce que j’ai l’impression que, quand on est un chanteur à textes, la musique est derrière. Je ne veux pas que les gens se disent : « Concentrons-nous sur ce que le chanteur dit, c’est ça le plus important ! »

Tu travailles dans ton propre studio ?

Oui, habituellement, je fais tout chez moi. Mais pour cet album, j’ai été épaulé par Julien Carton au piano qui m’accompagne désormais sur scène, et Carol Teillard d’Eyry à la batterie. Ainsi j’ai rompu avec ma façon de travailler en petite séquence, en copier / coller, chaque instrument jouant ici du début à la fin. Je précise aussi que c’est Thomas De Fraguier qui est aux manettes.

"Pour les parents que nous sommes ou serons peut-être et pour les enfants que nous resterons, voici "planeur"! Un clip participatif réalisé avec des bouts d'vous, des bouts d'choux et pas mal de bouts d'ficelle !"

« Planeur » est une chanson magnifique qui parle de la disparition du père et des enfants qui quittentgérald genty,là-haut,interview,mandor le nid un jour…

Je rassure tout le monde, mon père est encore vivant. Mes enfants ont 6 et 8 ans, mais je ne suis pas pressé qu’ils partent faire leur vie. Ça me fait un peu peur de me dire que peut-être, le meilleur est passé. Cette chanson explique qu’il faut essayer d’en profiter malgré le côté éphémère de la chose.

Es-tu devenu plus mélancolique et inquiet depuis que tu as des enfants ?

Je ne pense pas. Je ne sais pas si ça se perçoit dans ma discographie, mais c’est plus tout ce qui touche à l’hôpital qui me fait peur. Cette angoisse, je l’ai casé dans la chanson « Rien ». Ça parle de mon frère qui a eu un truc assez sérieux qui le menaçait vitalement. A Ajaccio, la clinique est au bord d’une plage. On attendait des résultats d’examens en se baladant sur la plage en question. Il y avait un décalage entre ce que l’on pouvait ressentir sur le moment et la pression des résultats à venir. Toute cette beauté devant nous ne servait à rien s’ils n’étaient pas bons. Ils étaient bons.

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(@Michaël Foucault)

gérald genty,là-haut,interview,mandor« Le fil » et « La station » parlent des NDE (« Near Death Experiences »).

Ce sont deux chansons liées. C’est un sujet que je trouve fascinant. J’ai été assez marqué par L’experience interdite de Joël Schumacher, par l’accident de son malheureux homonyme l’ex-pilote Michaël, ou par le livre Le test de Stéphane Allix.

Dans « Le métier qui sort », tu évoques la difficulté d’être un artiste non « mainstream » aujourd’hui. Tu te sens comment dans « le métier » justement ?

L’important pour moi, c’est que d’année en année, je parvienne à continuer à faire de la scène et des disques. Comme je n’ai jamais eu de grands succès, c’est plus facile pour moi d’en rigoler dans des chansons. Je fais beaucoup de dates solos et je dors souvent chez l’habitant. C’est amusant parce que, sur chaque album, je fais une chanson sur « qu’est-ce que ça va être la célébrité ? »

Dans « Le facteur », tu t’es inspiré de l’histoire d’une écrivaine du Nouveau Mexique retrouvée chez elle des mois après son décès.

Je me suis dit que si ça pouvait arriver à une auteure qui a reçu des prix littéraires, ça pouvait aussi arriver à un chanteur. Quand je la joue sur scène, je dis au public que j’imagine que c’est ma propre histoire.

Tu crains la mort ?

Oui, mais ce n’est pas une obsession. Je te le répète, je crains l’hôpital. Le souci, c’est que je ne me surveille pas, du coup. Je ne surveille rien de moi. Je devrais faire des prises de sang et je ne le fais jamais. A 45 ans, je crois qu’il faut faire attention à son corps. Surtout que je mange énormément de Petit Ecolier. J’essaie de faire gaffe, mais c’est pour moi une drogue dure. Je peux m’enfiler deux paquets par jour quand je suis en tournée.

Clip de "MH370".

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu as eu un oncle marin qui a sombré dans l’Océan Indien quand tu avais 6 ans. Ce souvenir a été réveillé par la mystérieuse disparition du vol MH370. Tu en as fait une chanson, « MH370 », mais cette fois l’issue de cette superbe chanson est plus heureuse.

Quand il y a eu cette catastrophe –là, je me souviens m’être dit que je préférais que l’on ne retrouve rien et que tout était encore possible.

Tu es tennisman, classé 4/6, et dans cet album, tu as rendu hommage à Roger Federer, dans « Fais des rêves ».

Le jeu de mot est tellement énorme que j’ai dû aller vérifier que cela n’avait pas déjà été maintes fois utilisé. J’ai composé cette chanson après sa victoire surprise à l’open d’Australie en 2017, alors qu’on le disait fini. A la fin de la chanson le gamin qui joue contre lui, c’est moi... Fondamentalement, échanger des balles avec lui est mon rêve absolu. Entre ça et jouer à l’Accord Hôtel Arena et taper la balle avec Federer, je choisis sans hésiter la deuxième proposition. Je ne sais pas comment faire. Il est très sympa, mais quasiment inabordable à cause de son entourage.

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(@Allain Huchet)

Ton frère, dont nous parlions tout à l’heure, est garde forestier en Corse, mais aussi musicien.

Oui, il m’a donné plusieurs chansons, dont « Tu n’es pas » qui est sur l’album Nul si pas découvert en 2009. Dans ce nouveau disque, je lui ai pris le premier couplet d’une chanson qu’il avait faite pour lui et il figure désormais dans « Planeur ». Il est chanteur depuis plus longtemps que moi. C’était lui le musicien de la famille. Moi, j’étais le tennisman. C’est curieux cette situation. Là, j’ai bientôt trois dates à Montpellier, il va me rejoindre. Je vais le faire monter sur scène.

Je sais que tu aimes beaucoup ton frère.

A l'adolescence, j'étais un peu plus éloigné de lui, mais quand j’ai découvert ses chansons sur des cassettes, ça m’a foutu une claque.

C’est ça qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Peut-être. J’étais bassiste et je faisais des reprises des Pixies. C’est vraiment quand je suis tombé sur ses chansons que je me suis dit que la chanson, c’était pas mal.

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(@Carolyn Caro)

Tu as l’impression d’appartenir à une famille dans la chanson, celle de Mathieu Boogaerts par exemple.

Mathieu Boogaerts, c’est vraiment quelqu’un qui a compté pour moi. Son album Super en 1996, a été une claque. Je me souviens d’avoir été au Virgin Megastore de Bordeaux et d’avoir écouté ce disque sans être convaincu. A l’époque, j’étais dans le rock indépendant. Dans la nuit, mon cerveau travaille, je retourne écouter et paf ! J’adore ! Je deviens raide dingue de ce disque.

Il t’a influencé dans tes premiers disques ?

Il était tellement important pour moi qu’il a fallu que je m’en sépare complètement, que je ne l’écoute plus du tout pendant des années. Il m’influençait trop. Quand j’ai sorti mon premier album chez Wagram, ils ont mis le paquet. J’ai eu des pubs sur Canal Plus, j’avais des clips qui tournaient sur M6. Complètement matraqués partout, les fans de Mathieu Boogaerts qui sont tombés sur moi ont considéré que j’étais un connard de plagieur. En plus, je lisais tout. J’allais sur les forums qui lui étaient consacrés. Je m’en prenais plein la gueule. Je me suis bien fait du mal.

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Pendant l'interview.

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu fais une carte blanche en avril 2020 avec lui.

C’est un fan à moi qui me propose cette carte blanche chaque année. C’est très compliqué de construire une carte blanche. La dernière fois, j’avais Vincent Baguian et Emmanuel Donzella. Là, j’ai choisi Mathieu Boogaerts. Puisqu’il est aussi batteur, je vais lui demander de faire mon set avec lui à la batterie. Evidemment, il va aussi chanter.

En ce moment, tu es en première partie du groupe Archimède.

C’est marrant comment cela s’est produit. Parfois, je tape mon nom dans Google pour voir s’il se dit des choses sur moi. Un jour, je suis tombé sur un article concernant Archimède dans lequel ils disaient que je faisais partie des artistes qu’ils appréciaient beaucoup. Je les ai contactés pour les remercier et ils m’ont proposé des dates.

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Après l'interview, le 21 novembre 2019.

30 novembre 2019

Mélodie Lauret : interview pour son premier EP 23h28

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(Photo : Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorJ’ai découvert Mélodie Lauret, lors du MaMA (festival et convention destinés aux professionnels de la musique) de cette année. Elle jouait au Cuba Café le 18 octobre dernier. J’étais mal placé et je ne voyais pas grand-chose, hormis une artiste qui me paraissait jeune, mais diablement douée. Textuellement, je me souviens avoir été impressionné. Des chansons d'amour, mais bien plus que cela.

Quelques jours plus tard, pour en avoir le cœur net, je suis allé découvrir quelques morceaux sur une plateforme de téléchargement (je sais, c’est pas bien). Et j’ai compris qu’il y avait un sacré quelque chose incitatif à surveiller cette Mélodie Lauret.

Et magie de la vie, je reçois une proposition d’interview de la part de sa maison de disque pour la sortie de son premier EP (le 29 novembre 2019), 23H28. Que j’accepte immédiatement. L’artiste m’intrigue. Je lui trouve quelque chose d’à part. Une précocité hors du commun. Ensuite, je lis son argumentaire de presse qui mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorprécise, « c’est à l’âge de 5 ans que Mélodie a compris qu’elle était à part. Que sa vie ne pourrait se passer ailleurs que sur scène. Aussi, depuis ses 15 ans, un Baccalauréat prématurément décroché, elle enchaîne conservatoire de théâtre, comédie musicale, écriture, composition, scène, studio. Aucune discipline ne semble l’effrayer. Aucune émotion qui ne soit source d’inspiration. Elle raconte à seulement 20 ans de manière intime et dense l’amour charnel, parle sans complexe de sexualité, de son identité queer, mais sans voyeurisme, et avec au cœur de son art l’universalité du sentiment amoureux… »

Bref, j’allais faire la connaissance d’un phénomène. Ce qui fut fait le 21 novembre dernier dans un salon de thé de la capitale. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorMélanie Lauret par le chanteur Chaton :

Rares sont ces artistes capables en quelques mots de déloger votre cœur pour vous le rendre changé quelques chansons plus tard. Chargé aussi. Incapable de savoir si c’est ce timbre tellement particulier ou l’histoire qu’il vient de vous raconter qui vous a bouleversé. Ecouter Mélodie Lauret, c’est comme si une galaxie qui vous était jusqu’alors étrangère prenait votre être tout entier dans ses bras. Vous rendant aussi unique et singulier que l’est cette artiste précocement géniale. Ils sont d’ailleurs si rares, ces artistes, ceux qui semblent depuis quelques mois ouvrir la brèche d’un nouveau paradigme musical et créatif qu’on en oublierait presque que c’est sans doute ça au fond, un artiste. Un artiste entier. Complet. Une personne qui se livre à un point qu’il vous laisse à la fois rassuré et déchiré par une même chanson.

Car Mélodie, du bout de la voix jusqu’à celui des ongles, semble en pleine conscience. De son temps, de celui qui passe, de celui dont elle ne veut jamais gâcher la moindre seconde. A la ville comme à la scène, l’amour semble absolu, passionné, ultime. La vision est tranchante. Les mots sont choisis comme peu d’auteurs savent les choisir. Et l’interprétation d’une pureté inouïe. Qu’elle n’ait que 19 ans est un détail. Une promesse sublime certes, mais un détail. Car cet amour-là, cette fougue insensée qui détruit pour mieux reconstruire, qui use, brûle, cette fougue n’a aucun âge. Aucun genre. Aucune règle. Si ce n’est celle de ne pas mentir, jamais… 

Mélodie Lauret sur :
Facebook :
https://www.facebook.com/melodie.song.1
Instagram :
https://www.instagram.com/meslolos/

Elle sera aux Déchargeurs les 18 et 19 décembre 2019. Pour prendre vos places, c'est là!

Pour écouter l'EP, 23h28, c'est ici!

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(Photo Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorInterview :

J’ai été très étonné d’apprendre que vous n’aviez que 5 ans quand vous avez su que vouliez devenir une artiste.

Non seulement je savais, mais je n’ai absolument pas changé d’avis. Ca fait tellement partie de moi que je ne suis plus étonnée de cela.

Vous avez commencé par le théâtre.

D’après mes souvenirs, quand j’étais petite, j’ai suivi une copine qui voulait faire un cours d’essai. J’ai donc moi-même participé et j’y suis restée. Mais je ne voulais déjà pas que l’on m’impose des choses que je trouvais ridicule. Un jour, pour la première pièce que j’ai joué, on m’a demandé de mettre un nez de souris. J’ai refusé catégoriquement parce que je considérais que je pouvais être une petite souris sans mettre un nez de souris (rire). Pour autant, je n’ai plus jamais lâché le théâtre parce que je ne pouvais plus m’en passer.

C’était un refuge ?

Oui, surtout pendant mon adolescence. J’avais beaucoup de mal à aller à l’école. Je faisais une phobie scolaire. En 4e, j’avais une réelle peur panique. J’ai été déscolarisée pendant un an. J’ai repris en 3e pour passer un brevet et aller au lycée. Les seules interactions que j’avais à l’époque étaient un prof qui venait une fois par semaine me donner des cours de math et mes cours de théâtre. Le théâtre était le seul endroit où je pouvais aller et voir du monde. Il était hors de question que je rate un cours. C’était un endroit dans lequel je me réfugiais et dans lequel j’existais vraiment parce que je jouais des personnages et je portais les mots d’autres gens. J’avais soif des mots, tout simplement. J’avais l’envie d’être bavarde.

L’envie d’être bavarde ?

Oui. Dans la vie, j’étais hyper timide, je n’avais pas d’amis. J’en avais seulement sur internet. Je parlais beaucoup sur les forums… J’ai pris l’habitude d’écrire en discutant avec les gens sur internet. Au théâtre, sur scène, je n’avais pas peur de parler parce que je n’étais pas moi. Quand je joue Phèdre, je parle avec des mots qui ne m’appartiennent pas et qui ne sont même pas ceux de mon époque.

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(Photo Sarah Balhadere) 

Dans la musique, vous êtes moins un personnage.

Vous avez raison, c’est beaucoup plus moi. Je parle de moi dans mes chansons, donc je ne me cache plus derrière quelqu’un d’autre. Sur scène, pour le moment, j’ai moins d’aisance pour chanter que quand je suis sur scène pour exprimer les mots des autres.

Dans tout ça, je crois comprendre que c’est l’écriture qui vous intéresse. Vous avez même dit « je chante pour écrire ».

J’ai dit ça ?

Oui, il me semble.

Non, mais c’est bien comme phrase. Je vais préciser. Je ne chante pas pour écrire, mais pour vivre. Mes émotions et mes histoires existent. Elles viennent de mon cerveau et à différentes choses liées à lui qui les rendent trop fortes et qui me font rentrer dans un spleen immense. Ces émotions sont trop fortes pour les gens, pour moi et pour la société dans laquelle on est. Mon moyen de les mettre un peu en cage, c’est de les écrire sous une forme poétique. Ainsi, elles existent différemment et je les tiens à distance.

Comment écrivez-vous ?

Ça commence souvent par une phrase poétique qui me vient en tête. De là découle des choses. Il m’arrive aussi de savoir que je veux que ma phrase se termine par un mot en particulier. A partir de ce moment-là, j’articule les choses autour. Dans « 23h28 », j’avais en tête le mot bourrasque, il fallait impérativement que je place ce mot.

Clip de "23h28", réalisé par Guillaume Genetet.

Vos chansons racontent votre histoire, mais en version romancée, c’est ça ?

Oui, on peut dire ça. Mais je n’ai pas cherché à les rendre universelles. Je suis égoïste quand j’écris une chanson. Je ne pense pas aux autres. Au début, elles n’avaient pas vocation à devenir publiques. Pas à ce point en tout cas. Je ne me dis jamais : « Est-ce que ça va plaire aux gens ? », sinon, je ferais de la pop commerciale. Ce serait même plus simple. Mais je ne sais pas mentir sur ce que j’ai envie de faire. Même ma mère m’a demandé pourquoi je ne faisais pas une chanson joyeuse, une chanson qui fasse danser. C’est simplement parce que je n’y arrive pas. Ce n’est pas mon essence.

Qu’aimez-vous dans les mots ?

C’est le fait de pouvoir les assembler de manière maligne pour que ce soit joli. Quand j’ai une phrase qui sonne bien dans mon esprit, je suis surexcitée. Je suis beaucoup plus émue par le fait de lire une jolie phrase que de voir un joli paysage. Une phrase finement écrite me rend dans une très grande joie.

Dans la chanson française, vous appréciez Barbara. C’est celle qui vous touche le plus ?

Je ne peux pas répondre à cela parce que je n’ai pas tout écouté. Je ne supporte pas l’idée de me dire que telle ou telle chose est ce que je préfère parce que je sais qu’il y a des choses que je ne connais pas encore. Quant à Barbara, j’aime profondément cette artiste, mais j’aime aussi son identité autant visuelle qu’artistique. Elle a des chansons merveilleuses. Après, il y a des artistes contemporains qui m’inspirent aussi énormément. Raphaële Lanadère, Babx… Quand j’avais 8 ans, j’étais follement fan de Camélia Jordana (qui fait partie du giron de Babx). C’est un peu elle qui m’a donné envie de chanter.

Clip de "Quand j'entends les gens", réalisé par Guillaume Genetet. 

Ce qui me fascine chez vous, c’est votre précocité. Là, je constate que depuis le début de l’interview, vous n’avez pas le discours d’une jeune femme de 20 ans.

Je suis précoce diagnostiquée. Je ne le dis pas habituellement parce que cela a une connotation très pédante. Il y a 1000 mots pour dire ça dont surdouée, précoce, zèbre, haut potentiel. Je n’aime pas en parler parce que je sais aussi que les gens ne savent pas ce que cela provoque chez quelqu’un. Personnellement, ça m’a provoqué plus de problèmes que de joies dans ma vie. En même temps, je sais que mon inspiration et mon hyper sensibilité viennent de là. Mais, il y a beaucoup de choses qui me portent encore préjudice... dont une anxiété immense.

Vous ne vous sentez pas à votre place avec des gens de votre âge, je présume.

J’ai toujours été attirée par ceux qui étaient plus vieux que moi. Quand j’avais 12 ans, j’avais des amis de 26 ans et c’était normal pour moi. Aujourd’hui, je me vois mal être entourée de personnes de 20 ans. J’aurais l’impression qu’il y a une vie qui nous sépare. C’est le propre de la précocité, il y a un décalage immense et c’est ce décalage qui est compliqué à vivre. Je n’ai pas forcément envie que l’on me regarde comme celle qui est en avance sur tout et comme celle qui est décalée.

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Vous avez écrit une pièce de théâtre il y a deux ans, "J'irai danser tes 20 ans". C’est un exercice autrement plus compliqué qu’une chanson, non ?

Oui, assurément. Je n’ai pas vraiment choisi d’écrire cette pièce. A 18 ans, pour mon anniversaire, ma mère m’a offert la location d’une salle de théâtre, le Mélo d'Amélie. Elle m’a dit d’en faire ce que je voulais. C’était merveilleux parce que tout ce que je voulais, c’était d’être sur scène. Ce cadeau est bien la preuve que ma mère me connait on ne peut mieux. Du coup, puisqu’il fallait que je fasse quelque chose de cette scène, j’ai écrit une pièce en un temps très réduit, puis j’ai fait la mise en scène, cherché des décors… et enfin, on l’a joué. Pour aller plus loin dans ma réponse, la difficulté a été de mettre en scène mes émotions. Dans les chansons, c’est facile, il n’y a pas besoin d’explications. Dans les chansons, mes émotions sont sans filtre et on les prend comme elles sont.

Interview de Céline Héranval au sujet de la pièce de Mélodie Lauret.  

Je reviens à votre précocité. Votre projet musical et votre personnalité sont, à mon avis, bien parti pour vous emmener vers le succès. Qui dit succès dit centre d’attention et obligation d’affronter beaucoup de personnes. Comment pensez-vous vivre cela ?

La différence avec la vraie vie, c’est qu’il y a un cadre. Là, nous nous parlons, mais je sais qu’il y a un enjeu professionnel. Nous nous sommes donné rendez-vous pour parler précisément d’une chose et je le sais en avance. Dans les rapports sociaux de la vraie vie, ce qui me fait peur, c’est qu’il n’y a aucun cadre. Quand je bois un verre avec des amis, je gère beaucoup moins bien. Au début je me forçais à aimer ce genre de moment et d’ambiance. Je me forçais à exister pleinement dans cette circonstance. Un jour, j’ai compris que mon écoute suffisait pour exister. Je n’avais pas besoin de parler… Ma seule présence est une existence et c’est suffisant. En tout cas, j’ai accepté que cela suffise.

Ça doit être fatiguant de vivre ainsi…

En général, les gens sont fatigués physiquement quand ils ont eu une dure journée et qu’ils ont traversé des choses compliquées. Moi, j’ai une fatigue émotionnelle qui est constante parce qu’il n’y a rien qui n’est pas fatiguant, parce qu’il n’y a rien qui est vécu à un stade normal. Chez moi, même une joie est une joie fatigante. L’euphorie comme la tristesse peuvent devenir une solitude. Tout est décuplé et changeant en moi à une vitesse phénoménale.

Là, vous pouvez changer dans quelques secondes ?

Oui. Avec vous, je vais très bien, mais il se peut que dans deux secondes je sorte parce que j’ai vu une lumière qui ne m’a pas plu et que cela me mette dans un état immensément triste. Il y a quelque chose de très mouvant en moi et je ne sais jamais à quoi m’attendre.

Clip de "Minuit quelque part", réalisé par Guillaume Genetet. 

Parlons de vos chansons. A l’exception d’une, « Minuit quelque part », ce ne sont que des chansons d’amour…

Et c’est la seule que je n’ai pas écrite. Si je n’écris que sur l’amour, c’est parce que c’est un des sujets qui m’anime le plus. Je trouve qu’il est sans limite et sans fin.

Ce sont des amours féminines.

Parce que c’est ce que je suis, et c’est parce que c’est le seul amour que je connais. Par contre, je ne veux pas que l’on pense que c’est un acte de revendication quelconque. J’écris des chansons d’amour, c’est tout. Si des gens osent me dire un jour qu’ils se sentent exclus parce que je parle d’amour de femmes, je trouverais ça totalement stupide. Je suis une femme lesbienne et j’écoute des chansons d’amour d’hommes qui parlent à des femmes… ça ne me gêne pas. Par contre, si des femmes lesbiennes se sentent concernées par mes chansons, j’en suis ravie. 

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Pendant l'interview...

Si je peux me permettre, votre position est importante en 2019. C’est bien qu’il y ait cette visibilité-là.

J’aimerais juste que les amours entre deux personnes du même sexe soient normalisés. J’ai envie que les amours homosexuels ne soient même plus un sujet. A la limite, ce qui est militant, c’est de rendre tout ça banal.

Est-ce que les choses évoluent ?

Elles ont l’air d’évoluer bien, mais ça ne suffira jamais. L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie n’existent pas que dans la violence physique ou verbale. Vous, en tant qu’homme blanc hétéro, vous ne pouvez pas avoir la même vision et la même intériorité que moi ou que d’autres parce qu’il y a des choses minimes qui sont extrêmement violentes pour nous. Par exemple, jusqu’à il y a deux mois, si on tapait le mot « lesbienne » sur Google, on ne tombait que sur du porno. C’est extrêmement violent. Il n’y a pas que les agressions dans la rue qui nous touchent, c’est aussi ces « petites » choses qui sont loin d’être anodines.

Vous-mêmes, vous êtes victime de remarque dans la rue ?

Quand je marche main dans la main avec ma copine, il n’y a tout simplement pas un jour où je n’ai pas de réactions négatives. Beaucoup ont, à notre endroit, des regards et des paroles terriblement déplacés. Quand un couple hétérosexuel se roule des pelles sur le quai d’une gare ça ne choque personne. Du coup tenir la main d’une femme quand on est une femme, ça devient un acte militant.

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Après l'interview, le 21 novembre 2019.

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26 novembre 2019

Isabelle Piana : interview pour Seule La Nuit-Solo la Notte.

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme l’indique l’argumentaire de presse, "c'est lors d'un séjour en Grèce que la speakerine d’RTL, Isabelle Piana, découvre l'étonnante voix de la chanteuse Italienne Stefy Gamboni.

A travers les réseaux sociaux, les deux artistes font connaissance et partagent leur passion pour le même univers musical. Cela les conduit, rapidement, en studio pour donner cet album duo Seule la Nuit - Solo la Notte. Il ne restait donc plus qu'à se retrouver sur scène... Ce qui sera le cas pour deux concerts exceptionnels, les 4 et 5 décembre prochain, dans le cadre des Soirées Musicales "AkJeudi" des Rendez-Vous d'Ailleurs, le nouveau Théâtre-seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,isabelle piana,stefy gamboni,papik,nerio poggiCabaret tendance de l'Est Parisien. En attendant, bien-sûr, d'autres dates dans leurs pays respectifs…"

Le disque est à écouter sur toutes les plateformes musicales.

Symboliquement, j’ai donné rendez-vous à Isabelle Piana le 5 novembre dernier chez Savy, un bistrot situé rue Bayard, en face des anciens locaux d’RTL. C’est là que nous nous étions connus à la fin des années 90 (voir photo à droite… j’ai été notamment monsieur météo de cette station pendant un an).

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiInterview :

Quand je travaillais avec toi à RTL, tu ne m’avais jamais dit que tu chantais.

(Rires). J’ai le droit d’avoir mon jardin secret. J’ai arrêté de chanter, il y a plus de 30 ans, quand je suis arrivée à Paris pour travailler à RTL. Mais en 1987, avec une équipe toulousaine, j’ai failli sortir un single. Ça ne s’est pas fait parce que j’ai été obligée de quitter la région. Radio France Toulouse avait fermé et il fallait bien que je continue à bosser, donc je suis partie à Paris. J’ai été très frustrée pendant longtemps par ce projet avorté.

Mais tu as fait de la musique dans ta jeunesse ?

J’ai fait du piano et maman en jouait aussi beaucoup. J’ai baigné dans la musique classique, jazz…

Raconte-moi ta rencontre avec Stefy Gambony. J’ai bien compris que la première fois que tu as isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggientendu sa voix, c’était à travers un poste de radio sur une plage en Grèce…

C’était en juillet de l’année dernière. J’entends en effet une musique qui me charme vraiment. C’est jazzy, un peu bossa, ça fleure bon le Brésil. Bref, mon univers. Un son bien rond et très joli. Grâce à Shazam, je télécharge l’album Cocktail Mina de Papik. J’écoute tous les artistes présents sur le disque et je tombe en extase sur la voix de Stefy, que je ne connaissais pas. J’ai appris par la suite qu’elle chantait depuis 30 ans dans sa région, à Ostia, au sud de Rome. Elle fait deux trois concerts pas semaine. Elle vit de ce métier. Elle a une très belle réputation. Il fallait que je rentre en contact avec elle. J’ai fini par la trouver sur Facebook.

Et tu te lies d’amitié avec elle.

Il y a eu un feeling immédiat entre nous. Nous avons à peu près le même âge et les mêmes goûts musicaux. Très vite, je lui propose de reprendre ensemble la chanson « Parole, parole », en version bossa, chantée en français et en italien, avec la collaboration de Papik. Il n’y a jamais eu une version féminine de cette chanson. Je trouvais que c’était intéressant de le faire. Elle me répond qu’elle lui va poser la question, puis qu’elle reviendra vers moi.

Elle finit par te faire rencontrer le fameux Papik.

Je suis venu en Italie après les fêtes de Noël. Stefy ne voulait même pas que je lui envoie des maquettes avec ma voix dessus. J’ai trouvé ça à la fois fou, simple et naturel. Ils savaient juste que je faisais de la radio et que j’avais fait un peu de musique avant, rien de plus.

"Parole, parole" (version audio).

En janvier dernier, tu rentres donc en studio pour enregistrer juste « Parole, parole ».

Oui. Et là, on remarque immédiatement que nos deux voix matchent parfaitement. Ensuite, je rentre à Paris, je fais écouter ça à mon directeur d’RTL, Christopher Baldelli. Il me regarde du coin de l’œil et il me dit : « J’adore ! » On va le passer cet été. J’étais comme une folle. Une gamine de 4 ans. Comme c’est un titre estival, RTL l’a diffusé pendant l’été, mais bien avant, il y a eu une première diffusion dans l'émission "Laissez-vous tenter". 

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme « Parole, parole » a été bien accueilli, tu as décidé qu’il ne fallait pas en rester là.

Je ne voulais pas laisser seul ce pauvre petit single. J’ai décidé de produire l’album avec mes propres sous. J’appelle Stefy. Elle considère que c’est de la folie, mais elle accepte. Je fais de même avec Nerio Poggi, le vrai nom de Papik, et cela l’intéresse aussi. C’était parti. Je choisis toutes les chansons. Je lui annonce que l’on va faire des reprises, des adaptations, mais que je veux aussi au moins une nouveauté. Il m’a proposé « Solo la notte », une chanson uniquement en italien. J’ai insisté pour que la chanson soit franco-italienne. Avec l’accord du créateur de cette chanson, Daniele Bengi Benati (voir photo au début de cette question), j’ai donc intégré des paroles en français ayant un rapport avec l’histoire italienne originale. Nerio, quant à lui, a réalisé tous les arrangements de l’album… c’est le meilleur.

"Seule la nuit Solo la notte" (version audio).

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiVous avez enregistré le disque en combien de temps ?

En une semaine. On a beaucoup travaillé.

Comme tu as des origines italiennes, j’imagine que c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de chansons italiennes.

C’est aussi une manière de rendre hommage à mes parents qui ne sont plus là. Ils seraient comme des fous en entendant ce disque. Ce sont des chansons qu’ils aimaient beaucoup. Ce projet est quelque chose de fort et je regrette qu’ils ne soient plus là. J’y pense tous les jours…

C’est un disque élégant, glamour, jazzy et même un peu sexy. Le disque idéal pour passer la soirée avec la personne qu’on aime.

Tu as tout à fait raison. Tu bois un verre, bien accompagné, ce sera le début d’une bonne soirée, je pense.

Il y aura une suite à cet album ?

Je n’en sais rien. Ce disque existe et c’est déjà ça.

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Et il y a deux concerts qui se profilent à l’horizon.

Oui, les 4 et 5 décembre, au théâtre cabaret Les Rendez-Vous d’Ailleurs.

Tu as le trac ?

Je suis complétement flippée, tu veux dire. Ça fait 30 ans que je ne suis pas retournée sur une scène devant un public. Je suis très excitée par la perspective de ces concerts.

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Pendant l'interview...

(Photo : Cléo Marie)

Mais sur RTL, tu parles dans des émissions où il y a un public.

Quand je fais mes pubs dans les émissions en public, comme chez Stéphane Bern par exemple, ça n’a rien à voir. Je me contente de parler. Tandis que sur scène (et dans le disque), je chante en deux langues. Ce n’est pas du tout le même exercice.

Ça te rend heureuse de monter sur scène ?

Je suis sur mon nuage. J’en rêvais depuis très longtemps. Et puis, je t’avoue que j’aimerais que ça puisse permettre à Stefy de se faire repérer en France. Elle a une voix tellement exceptionnelle.

Ça te rend heureuse et ce disque peut rendre des gens heureux.

C’est aussi très important pour moi. Je trouve que ce sont des musiques qui rendent heureux quand on les écoute. Les mélodies italiennes sont à tomber.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019. 

(Photo : Cléo Marie)

24 novembre 2019

Marlène Rodriguez : interview pour Histoire de C

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorAuteure, compositrice et interprète, Marlène Rodriguez vient de sortir son premier album Histoire de C (disponible depuis le 25 octobre). « Un album naturel, non prémédité, non formaté, non « ciblé » pour un public ou un autre, dont le ton, la diversité se sont imposés d’eux-mêmes, au fur et à mesure, une suite d’évidences, une harmonie. » explique l’argumentaire de presse. Un très bel album de variété, au sens propre du terme et dans le sens qu’il est très varié. Il pourrait même devenir populaire.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Instagram.

Et pour écouter son premier disque, Histoire de C, c’est ici.

Le 5 novembre dernier, j’ai rencontré cette nouvelle artiste dans les bureaux de Music Media Consulting (qui s’occupe de sa promotion).

Argumentaire de presse :marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Depuis toujours elle avait chanté, voulu chanter avant tout, mais plutôt ses chansons que celles des autres … et ce n'était pas venu.

Et tout d'un coup, en juin 2016, le besoin s’est imposé, presqu’inexplicable: une soudaine envolée magique de textes et de mélodies est sortie d’elle, dix, bientôt quinze chansons en quelques semaines, un signal fort.
Pas question d’en faire abstraction, comme si elles n'existaient pas, n'avaient aucun sens, aucune raison d’être. Le moment, son moment, était venu, elle le savait.

Peu après, le hasard (en l’occurrence le tennis), la providence mettent sur sa route un complice expérimenté, JP Domboy (conseiller en communication, agent artistique et musicien) qui est immédiatement séduit par le projet ; il contacte et convainc facilement ses amis musiciens/réalisateurs/arrangeurs Celmar Engel et JJ Cramier de se joindre à l’aventure. La décision est prise d’enregistrer sans tarder quelques titres, en auto-production histoire d’avancer vite et de maîtriser, rester libre.

Été/automne 2017: journées en studio pour enregistrer les trois premiers titres (« Comment », « L’Arrêté » et « La Septième »). Dans la foulée est réalisé un premier clip sur sa chanson « Comment »… Un premier show-case au Réservoir, à Paris, le 11 juin 2018; excitant et si convaincant que Marlène prend la décision d’enregistrer sept autres chansons pour constituer son premier album. 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorLe disque :

Les textes traitent presque tous d’histoires de Cœur, des relations amoureuses, de couple, si complexes, différentes, belles ou difficiles: abandon, fusion, séparation, amour fou ou foutu, parfois unilatéral, la désinvolture masculine, le plaisir du partage, l’espoir du retour, la fameuse et cruciale septième année du couple (habilement entremêlée ici à la septième note de la gamme de do, le Si). Elle évoque aussi les gens qui ont choisi de ne plus continuer à vivre.

Une dizaine de titres multicolores (rock, blues, zouk, rumba, valse, reggae, ballade,…) sur ses textes très personnels, soignés et marqués d’un vrai style, la participation de musiciennes/ciens rares et formidables : guitaristes, claviers, cuivres, choristes, bassistes, violoncelliste, percussionniste, accordéoniste, musiciens / ingésons / réalisateurs comme Fred Jaillard ou Sergio Tomassi... qui ont travaillé avec Jean-Jacques Goldman, Barbara, Thomas Dutronc, Carla Bruni, Charles Aznavour, Kassav, Michel Berger, Richard Gotainer

Le 31 décembre 2018 Marlène Rodriguez a mis officiellement un terme à son activité dans la finance pour enfin réaliser, sans filet, pleinement son rêve, sa certitude de toujours: être une chanteuse auteure/compositrice à 100%.

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorInterview :

Tu viens de la finance internationale où tu occupais des postes à responsabilité entre Londres et Paris.

Si la musique ne m’était pas tombée dessus, j’avais une carrière toute tracée. Je suis restée dans ce milieu une dizaine d’années et puis j’ai tout arrêté pour la musique.

Revenons en arrière. Dans ta jeunesse, tu as fait de la danse classique, de la chorale, du chant classique, de la flûte traversière au conservatoire de ta ville (Clamart, 92)… Toi et la musique, ce n’est donc pas une rencontre subite ?

Pas d u tout. A un moment, à la suite de toutes ces études de musique au Conservatoire, s’est posée la question de me professionnaliser ou pas. J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont donné le goût de l’effort et du travail. Ma prof de flûte, par exemple, a été quelqu’un de fondamental dans ma vie. Elle m’a construite avec cette phrase : « La vitesse se travaille lentement. » Dans n’importe quel domaine, on a envie de réussir vite, alors que c’est en prenant son temps, en ayant de la patience, de l’écoute et du travail que les choses arrivent.

Tes parents ont été derrière toi pour faire de la musique ?

Oui. Ma maman était particulièrement assidue. Elle répétait beaucoup avec moi. C’était drôle parce que quand je répétais la flute, alors qu’elle ne lisait pas le solfège, elle repérait tout de même les erreurs que je pouvais faire dans une partition. Elle me faisait reprendre, reprendre, jusqu’à ce que l’erreur s’efface. Elle avait l’oreille musicale ou alors, à force d’écouter mes répétitions, elle savait que je ne faisais pas la même chose que précédemment.

J’ai bien compris que tu as eu une maman et des professeurs qui t’ont donné le goût de l’effort, mais aimais-tu les examens de Conservatoire pour passer d’une classe à l’autre?

J’en ai passé pour la danse, pour la flute et plus tard pour le chant. Il fallait « prouver » qu’on était assez bon pour être accepté au niveau supérieur. Je ressentais du stress parce qu’il y avait un enjeu social. En tout cas, curieusement, ça m’a donné ce goût d’être exposée.

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(@Sally)

Un beau jour de 2016, tout ce que tu as gardé en toi pendant des années est sorti soudainement. Onmarlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor peut expliquer l’écriture de tes premières chansons ainsi ?

C’était une gestation. Quelque chose d’écrit dans l’ADN. Pendant deux ans, entre 2016 et 2018, j’ai beaucoup été dans l’écriture et la composition. C’était surprenant pour moi parce que, quand vous avez attendu quelque chose toute la vie et que vous avez la conviction absolue que ça va arriver, le jour où ça arrive, on a du mal à réaliser. J’ai conscience de la chance incroyable que cette conviction se soit réalisée.

C’était de l’écriture automatique ?

Oui. C’est comme si mon cerveau se mettait sur off pour laisser la place à la création. J’utilisais le logiciel Evernote sur mon téléphone. J’écrivais les paroles et j’enregistrais ma voix presque en même temps que les paroles sortaient. Quand je rentrais le soir chez moi, j’écrivais, je maquettais sur mon piano et je chantais avec mon micro. J’extrayais ça en MP3 et j’écoutais sans savoir si c’était bien où pas. Mais au fond, c’est comme tout dans la vie. Est-ce que l’on se trompe vraiment en étant dans l’action ? Surtout quand l’action est menée par quelque chose qui est plus fort que vous.

Tu as compris tes textes immédiatement ?

Tu as raison de me poser cette question. Je n’ai pas toujours tout compris. En tout cas, beaucoup de choses étaient obscures pour moi, et parfois même, elles le sont restées. Il y a une inconscience profonde dans la conception de ces titres. En tout cas, j’ai remarqué que quand je chantais ces chansons, cela provoquait un défoulement d’émotions à l’intérieur de moi.

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(@Sally)

Pendant ces deux années, entre 2016 et 2018, tu menais de front ton activité dans la finance internationale et ta création artistique. Est-ce que l’on continue à bien faire son boulot rémunérateur principal ?

Tu mets le doigt sur le point qui m’a préoccupé très vite. En mai 2018, j’ai annoncé à mes équipes que je ne pouvais plus faire les deux. Je leur ai dit que j’étais prête à sauter dans l’océan. Ils m’ont répondu très gentiment qu’ils allaient voir comment ils allaient aménager mon temps pour que je puisse faire les deux. Il y avait vraiment de la bienveillance dans cette démarche. Ils étaient très soutenants dans ce projet. Mais, à cette époque, ils ne savaient pas que cela faisait déjà deux ans que je menais ceux deux vies en même temps. En règle générale, j’ai du mal à faire les choses à moitié, je suis plutôt du genre à les faire à 300%. Là, je sentais que je pouvais devenir un peu moins bonne et moins énergique dans la finance. Je l’ai quitté 6 mois plus tard, le temps de trouver quelqu’un pour me remplacer.

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorTa rencontre avec Jean-Pierre Domboy (photo de gauche) est importante dans ton histoire musicale, puisque c’est lui qui a fait la direction artistique de ton disque.

Mon papa et lui sont dans le même club de tennis. Un soir, il voit Jean-Pierre avec Véronique Sanson dans une émission. Quelques semaines après, c’est-à-dire six mois après que j’ai commencée à écrire, ils se voient au club. Papa lui demande ce qu’il faisait dans la vie avant. Il lui explique ensuite que sa fille écrit des chansons et qu’elle a attendu ça depuis toujours. Jean-Pierre lui répond que se lancer dans la musique est hyper compliqué. Il n’était pas du tout dans l’objectif de remettre un pied dans la musique, mais il demande à mon père que je lui envoie mes maquettes. Au moins, il me dira vraiment ce qu’il en pense. Je lui ai envoyé une dizaine de chansons. Nous nous sommes rencontrés en mars 2017 et tout s’est enchainé parce qu’il a aimé. Aujourd’hui, à cause de moi, il a de nouveau les deux pieds dans ce milieu-là (rires).

Tu viens de parler de Véronique Sanson. Je crois savoir que c’est une chanteuse que tu aimes marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorbeaucoup.

C’est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup écouté. J’étais présente lors de son 70e anniversaire qu’elle a fêté au Palais des Sports. Jean-Pierre a pu avoir des places et nous l’avons rencontré à l’issue du concert (voir photo à droite). Quand elle parle ou quand elle chante, je me sens concernée par ce qu’elle raconte. Il y a beaucoup d’artistes que j’apprécie, mais elle, c’est différent. J’ai l’impression de vivre les choses avec elle. Cette sensibilité qu’elle arrive à partager, ça m’a toujours beaucoup touché.

Qu’est-ce qui fait qu’à 15 ans, on envoie des lettres à Jean-Jacques Goldman (ma relation avec lui expliquée ici) ?

C’est à cause de sa tournée « Chansons pour les pieds ». Je l’ai vu une première fois au Zénith de Paris. J’ai tellement été emportée par son spectacle, j’ai senti une telle communion avec les gens, que j’ai voulu y retourner. Deux jours après, c’est ce que j’ai fait. J’ai ressenti le besoin de lui écrire. Je ne me souviens plus de ce que je lui ai raconté, mais ça faisait six pages. Un an plus tard, chez mes parents, je reçois une petite lettre qui venait de Chamonix. Il me conseillait de poursuivre mes études, de trouver un groupe, de commencer à chanter dans les mariages ou dans quelques fêtes de la musique. Il m’a dit que le chemin était long, mais merveilleux. C’est fou, Goldman répond toujours à ceux qui lui écrivent.

Clip de "Comment". 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorRevenons à ton album. Musicalement, aucune chanson ne ressemble à une autre.

Les idées qui ont été mises en place sont venues très naturellement. On ne s’est pas dit « on va faire différent ». L’inspiration a été très variée, donc les chansons le sont aussi. C’est un album multicolore qu’on ne peut pas mettre dans une case. Enfin, si. Je pense qu’on peut quand même le mettre dans la case chanson française, pop à textes.

Tu chantes l’amour, mais qui ne finit pas toujours bien. Parfois tu utilises des mots en rapport avec la musique. Par exemple dans « L’arrêté », tu chantes : Sur une portée en quelques lignes, et en deux temps, trois mesures, ont résonné fortissimo de longs silences.

C’est exact. Il y a des parallèles qui se sont faites de manière extrêmement inconsciente. J’ai eu une formation musicale qui a duré très longtemps, de 5 ans à 18 ans, il y a donc des chansons dans lesquelles se retrouvent des mots qui ont rapport avec la technique musicale. C’est bizarre quand la technicité se met au service de l’émotion, sans qu’on y pense plus.

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Pendant l'interview...

Tes musiciens sont des grands. J’imagine que tu mesures ta chance de les avoir eus. marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Ce sont de grands musiciens, je le sais, mais ce sont surtout des personnes qui ont une sensibilité incroyable. Ils ont mis leur talent au service de la mienne et de mes chansons. On ne se connaissait pas, mais en studio, il y a quelque chose qui s’est passé entre nous. Devant eux, j’ai donné ce que je suis. J’ai été complètement transparente, je n’ai pas essayé d’être quelqu’un d’autre. Ils ont apprécié, je crois.

Le titre de l’album s’appelle Histoires de C. Tu joues un peu sur l’ambiguïté là. 

La limite est fine sur le C (rires). Au milieu de tous ses titres, il y a une phrase que j’ai écrite qui était : « Parce que tout commence souvent par une histoire de cœur ». Cette phrase est très représentative de ma vie. Mes rencontres dans ma vie amoureuse ou professionnelle ont été conduites par le cœur. C’est comme cela que je suis mon chemin. Je m’étais toujours dit que si je sortais un album un jour, je l’appellerai Histoire de C.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019.

23 novembre 2019

Cléo Marie : interview pour l'EP La Cadence

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(@Nacera Laamari)

Quel beau projet que celui de la chanteuse, bassiste et guitariste Cléo Marie. Il réunit poésie, mélodie, humour (très second degré) et délicatesse. La Cadence est un premier EP de 5 titres enchanteurs aux textes intimes, étranges et espiègles, le tout sur des mélodies ciselées et particulièrement efficaces. 

Il ne faudra pas la louper le 18 décembre prochain sur la scène du très bel auditorium de la cité internationale des arts. Elle y présentera ce premier EP... Et bien plus encore. La billetterie de l'évènement est ici.

Son site officiel.

Sa page Facebook officiel.

Sa page Instagram

Pour écouter l'EP, La Cadence.

J’ai rencontré Cléo Marie, le 5 novembre dernier, dans une brasserie proche des Champs-Elysées.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

La cadence, si elle évoque la progression rythmique de sons ou de mouvements, revêt une notion bien particulière pour Cléo Marie. Artiste puissante et gracile à la fois, ses multiples visages se déclinent au gré de mélodies tour à tour subtiles et brutes. La Cadence, titre du premier EP de la musicienne, est tout cela à la fois : un univers où Cléo rencontre Marie, et vice versa. Un recueil de chansons à textes portées par une voix espiègle à la singulière particularité, où les mélodies à la guitare et à la basse forment une berceuse qui aurait été composée pour des adultes…

Habitée, inspirée et animée par une théâtralité évanescente, Cléo Marie tricote ses textes poétiques en usant de métaphores douces-amères emmenées par un tempo pop entrainant (« La Cigarette »). Qui est Cléo ? Qui est Marie ? Une bicéphalie créatrice se développe sur « Les Fleurs », où l’ambiance se fait intimiste et inquiétante, grâce à cette plume mystérieuse et ces arrangements riches et entêtants, mêlant synthés et électronique.

C’est aussi dans ses balades que la chanteuse, bassiste et guitariste déploie une mélancolie qui ne semble cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorparadoxalement jamais renoncer à un renouveau, une renaissance, comme sur le titre éponyme « La Cadence », que l’on peut écouter autant comme une comptine que comme une confession à cœur ouvert. Sur scène, Cléo Marie a l’élégance d’introduire ses chansons avec une généreuse dose d’humour. Un second degré qui crée de véritables respirations entre ses titres profonds.

Seule à la réalisation de cette œuvre très personnelle, Cléo Marie a elle-même enregistré les basses, guitares, voix et programmations de cet EP qui ne vous quitte plus dès lors que vous avez baissé la garde. Se laisser happer par cette grâce, se prendre au jeu mélodique de sa voix captivante : voilà la bonne attitude à adopter devant cette Cadence douce et prenante. « L’amour, je n’y crois pas », susurre Cléo Marie avec malice. A l’écoute de son premier EP, on a tout simplement encore envie d’y croire pour elle.

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(@Nacera Laamari)

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorInterview :

Cléo Marie est plus une entité composée de deux personnes que toi toute seule, si j’ai bien compris.

Dans l’imaginaire de ce projet-là, il y a deux entités. Je m’appelle réellement Cléo et mon deuxième prénom est Marie. Cléo, c’est moi. La nana musicienne qui écrit ses chansons dans sa chambre et Marie, c’est une forme d’inspiration. Cela pourrait être une vraie femme qui m’inspire dans les sujets de mes chansons, mais c’est aussi cette chose difficilement identifiable qui tu traverses quand tu écris.

On appelle ça l’inspiration, non ?

C’est exactement ça. Ça touche beaucoup de gens qui créent. Quand je suis à la maison, je sens le moment où ça va arriver. Soudain, je ressens le besoin de sortir ce qui s’impose en moi avec le style d’écriture qui m’est propre. Je me demande toujours si cette émotion fulgurante m’appartient complètement.

Peut-on parler d’écriture automatique ?

C’est quand même souvent le fruit d’un minimum de réflexion, mais une réflexion qui est différée. Je vais être touchée par un sujet, je vais ensuite me renseigner sur ce sujet et ensuite l’inspiration fait son chemin. En tout cas, ma façon d’écrire est très viscérale, mais empreinte de douceur.

Dans quel état tu dois être pour écrire ?

Principalement quand je suis dans des états émotionnels un peu forts, que ce soit négatifs ou positifs.

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(@Mehdi Demaked)

A la base, tu es connue pour être une bassiste émérite.

J’ai bossé pour des spectacles et des artistes en tant que bassiste, en effet. Je gratouille aussi la guitare depuis quelques années, mais je m’en sers uniquement pour moi. Dans mes concerts, j’alterne ces deux instruments.

Cléo Marie est ton premier projet en tant que chanteuse. Qu’est-ce qui t’a poussé à te mettre un peu plus en avant ?

J’ai commencé à écrire des chansons avec des mélodies dans la tête sans me dire que j’allais les chanter moi-même. C’était ma catharsis et ça m’a fait un bien fou. Je me suis sentie apaisée. A un moment, je me suis dit que j’allais chanter ses textes moi-même tant ils étaient intimes. A partir de là, j’ai développé le chant et l’interprétation en prenant des cours. Je n’ai pas l’ambition ou la prétention de devenir une grande chanteuse à voix, mais j’ai eu envie, pour mon épanouissement personnel artistique, de développer ça en un projet officiel.

Tu as employé le mot catharsis. C’est un mot fort.

Ecrire ce que je ressens m’évite peut-être de passer par la case "brûler des maisons ou tuer des bébés chats (rires).

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(@Dan Piper)

Tu gères toute seule ce projet ?

Complètement. J’ai le contrôle sur tout, de mon image à ce que je vais raconter dans mes textes et entre mes morceaux.

On ne se connait pas, mais tu me sembles humble et discrète. Tu arrives facilement à te mettre en avant ?

Je me cache souvent derrière une petite dose d’humour. Selon les contextes, je peux être assez intimidée, mais je me suis rendu compte qu’en lead, seule, j’ose quand même pas mal de choses. Là, tout repose sur moi, mais ma démarche est tellement sincère que finalement, je me sens légitime. J’ai de vraies choses à raconter qui sont complètement moi.

Tu continues à accompagner des gens ?

Oui. J’aime continuer à être derrière. Les bassistes ont la réputation d’avoir un tempérament assez discret. Bref, j’aime bien faire les deux, mais comme je viens de te le dire, je me sens plus épanouie maintenant que j’ai ce projet.

Tous tes textes parlent de toi. Ce que j’aime, c’est que tu poétises tes histoires. Rien n’est clair, mais tout est compréhensible.

Comme ce sont des émotions qui me traversent, ce n’est pas forcément ultra claire et limpide. Quand j’ai fini d’écrire, je me rends compte qu’il peut y avoir plusieurs interprétations de mes textes. Les émotions ne m’appartenant pas, ce que j’écris devient malgré moi universel.

Clip de "Les fleurs" réalisé par Sébastien Angel. Lumières: Jean-Luc Chanonat. Image: Alice Gelmi et Sébastien Angel.

Dans « Les fleurs », par exemple, je n’ai pas su déceler de quoi tu parlais exactement.

C’est la chanson la plus compliquée pour moi à raconter. Je dirais que c’est une femme qui peut développer des relations avec les gens de manière complètement candide et bienveillante, sans forcément se poser la question de l’attachement et de l’engagement… sauf que les personnes qu’elle rencontre ne sont pas dans la même optique.

La chanson la plus claire est « Nathan ». Tu parles d’un homme qui est avec une femme, qui a un enfant avec elle, mais qui est homosexuel.

Il a construit sa vie avec une femme qu’il aime et on ne sait pas s’il va finir par assumer son homosexualité. Pour être heureux, il faudrait qu’il l’assume…

J’aime beaucoup « Berceuse de comptoir ». Dans cette chanson, tu es l’alcool.

Je me positionne du côté de la substance addictive. Je suis l’alcool qui parle à cette femme alcoolique, c’est un peu le serpent dans Le livre de la jungle. J’interprète cette chanson comme une comptine pour enfant, avec beaucoup de douceur. Dans l’alcool, il y a de la douceur, c’est apaisant. Cette chanson peut-être aussi un discours amoureux.

Clip de "La cigarette", réalisé par Marc Lahore. Conception marionnette / Comédienne : Eve Bigontina.
Maquillage : Sarah Pariset. Accessoires : Sarah Pariset / Alexis Hayere.

Après l’alcool, tu évoques aussi « La cigarette ». De manière imagée, tu racontes la fin d’un amour… un amour qui se consume ?

Tu peux le voir comme ça. Pour moi, la protagoniste de « La cigarette », je l'ai imaginé comme une vieille dame qui perd la mémoire. Tout lui échappe, ses souvenirs et son corps qui commence à décroitre… C’est assez violent. Parfois, on me dit que la cigarette, c’est aussi le temps qui passe…

« La cadence », c’est une chanson sur l’amour pas encore trouvé et l’espoir qu’on le trouvera un jour?

Là encore, on peut voir de deux manières différentes cette chanson. Ton option ou l’amour qui est toujours présent. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la cadence et de l’amour.

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(@Alice Gelmi)

Tu ne « genres » pas les chansons et les personnes dans cet EP. Pourquoi ?

Je ne me suis pas dit « il ne faut pas genrer ». Peut-être qu’on peut penser que dans les chansons d’amour, je me positionne comme un homme parce que j’aime les femmes. Quand une femme fait une chanson d’amour sur quelqu’un qui lui a fait du mal, tout le monde pense que c’est un mec, mais non, une femme aussi peut faire du mal à une autre femme.

Il se dégage de ce disque un climat mélancolique. Ca reflète ta personnalité ?

Oui, je suis comme ça. En tout cas, ça reflète mon état d’esprit émotionnel au moment où j’ai écrit ces chansons. J’ai un coté mélancolique, mais si tu écoutes bien, dans toutes les chansons, il y a l’espoir toujours présent. Je crois vraiment en la beauté de l’être humain, en la douceur de l’humanité et de la nature. Je crois aussi en la résilience.

Et ce second degré que l’on retrouve dans tes textes, il te ressemble ?

Je ne suis pas souvent premier degré, en effet.

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Pendant l'interview…

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor(@Thomas Guerigen) Pourquoi sortir un disque aujourd’hui ?

Quand on veut sortir un EP aujourd’hui, je crois que chaque artiste se demande à quoi bon. Mais au fond, c’est le meilleur moyen de présenter ce que l’on est capable de faire. J’ai une vingtaine de chansons sous le coude qui sont en construction, donc, j’ai un projet d’album. Comme pour l’EP, j’ai quasiment tout fait seule, chez moi. Là, j’aimerais bien travailler avec un arrangeur, cela me permettrait de bosser uniquement sur les textes et les mélodies. Ce qui est bien dans le fait d’avoir travaillé seule, c’est que j’ai commencé à trouver une couleur. Ce sera donc plus facile pour un arrangeur de comprendre ce que je veux par la suite.

Tu as un tourneur ?

Non, tu fais bien d’en parler. Ça m’aiderait beaucoup d’en avoir un. J’ai envie de tourner dans le réseau « chanson française », dans des scènes un peu intimistes pour des gens qui viennent écouter du texte. Sur scène, je suis seule avec ma guitare et ma basse et un kick electro qui me permet de rajouter un peu de rythmique sur certains morceaux un peu plus enlevés. Mais je ne veux pas m’enfermer dans la métrique. Je veux pouvoir, aux grès des émotions, faire des ralentis ou des grosses nuances.

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Après l'interview, Chez Savy, le 5 novembre 2019.

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Et n'oubliez pas...

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22 novembre 2019

Marcel et son orchestre : interview pour Hits, hits, hits, hourra!!!

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(Photo : Deborah Priem)

Depuis plus de 30 ans, l'esprit de Marcel et son Orchestre fait la différence : un rock'n'roll exutoire dans des habits de Carnaval.

J’avais reçu en 2014, le chanteur de la formation de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Franck Vandecasteele. Il était venu m’expliquer pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire. Et puis en 2017, ils sont revenus au Grand Sud de Lille. Le groupe a même repris la route en 2018 et en 2019 pour une tournée "Sans Complexe". Aujourd'hui, les Marcel sortent une super compilation

Pour évoquer (notamment) ce retour très attendu par leurs nombreux fans, le 24 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à trois membres éminents du groupe : Franck Vandecasteele (« Mouloud » chant et percussions), Jean-Baptiste Jimenez (« JB » guitare) et Pierrick Viard (« Bidingue », claviers).

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

En août 2017, après cinq ans d’absence, Marcel et son orchestre annonçait son retour pour trois dates à Lille. L’engouement du public est là, tout comme l’énergie et l’envie. S’en suivront deux tournées en 2018 et 2019 réunissant à chaque date plusieurs milliers de personnes.

Pour remercier ce public, toujours fidèle après plusieurs années d’absence, quel meilleur cadeau qu’une compilation réunissant 47 titres sur un double digipak et 26 titres sur un double vinyle ? Quoi de mieux qu’une compilation qui retracerait la discographie du groupe ? Pour ce faire, de nombreux mois ont été nécessaires pour récupérer les premiers enregistrements et les inédits oubliés.
N’aillant pas pour habitude de faire les choses à moitié, le groupe réalise ensuite un véritable travail d’orfèvre sur chacun des titres : la plupart sont remixés et certaines pépites de la discographie sont même réenregistrés. Pris dans cette dynamique positive, le groupe ira même jusqu’à composer et enregistrer un nouveau titre (« Plus c’est con, plus c’est bon » présent sur le CD2).

Après son retour sur le devant de la scène, Marcel et orchestre est désormais de retour dans les bacs avec une compilation qui illustre, son tout aussi bien que son triptyque fédérateur – « Danse, Déconne, Dénonce » - ce qu’est Marcel : un exutoire où le rire devient une arme.

Le site officiel.

La page Facebook.

La compilation est écoutable sur ces différentes plateformes.

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(Photo : Deborah Priem)

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorInterview :

Franck, je t’ai reçu en 2014 à l’annonce de l’arrêt du groupe. Qu’est-ce qui a fait que vous revenez aujourd’hui ?

Franck : Comme dans les bonnes cantines, un jour ou l’autre, tu y retournes manger. On ne s’était pas interdit de revenir, mais il fallait faire une pause pour que chacun se retrouve et fasse des choses pour lui. On a eu l’occasion de rejouer ensemble pour des fêtes d’anniversaire ou des départs de potes et on a fini par nous faire des propositions. On nous a mis un local à disposition pour répéter et c’était reparti.

Dès que vous avez annoncé votre retour sur scène, le public s’est jeté sur les réservations.

Franck : On a mis en vente les places de concerts de décembre au mois d’aout à 10h00 du matin. A 10h10, il y avait 1800 places vendues. A midi, les 4000 places étaient achetées. Il y a eu 6000 demandes de places non satisfaites. Un truc de taré.

Le teaser du Sans Complexe Tour 2019.

Dans vos chansons, vous revendiquez des faits de société avec humour. Il n’y a plus beaucoup de groupes comme le vôtre.

Franck : Je suis désolé, mais quand Christophe Maé chante « il est où le bonheur ? », il prend des risques. Sans plaisanter, ce matin, dans une  émission de radio, on a chanté « Nous n’avons plus les moyens ». Le traitement médiatique qu’il y a eu sur la crise des gilets jaunes était juste odieux. Les gens manifestent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre décemment et on les traite de beauf.

Il y a certains de vos textes qui collent encore à l’actualité d’aujourd’hui.

Franck : Le monde est pire aujourd’hui. La solution du libéralisme, c’est de dire : « Méfiez-vous, si ce n’est pas nous, c’est le chaos ! » Quelque part, c’est la confiscation du choix. Ce qu’il y a d’épouvantable là-dedans, c’est que l’on nous vend l’inéluctable. On voudrait que les gamins aient foi en l’avenir, mais on leur vend un système implacable qui ne peut pas bouger. On te dit : « il faut sauver la planète » et, en même temps, on donne le pouvoir à n’importe qui. Par exemple, on met l’extrême droite au pouvoir au Brésil. Il faut appeler un chat un chat. Ce sont les multinationales qui ont voulu que ce soit Jair Bolsonaro qui soit président du Brésil, histoire de lever le moratoire sur les terres indiennes. L’idée et de faire tous les forages possible n’importe où et aussi récupérer des métaux rares pour mettre dans nos Smartphones et nos tablettes.

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(Photo : Deborah Priem)

Ça me rappelle, dans votre album de 1998, Crâne pas, t’es chauve, la chanson « Si ça rapporte ».

Oui, mais la situation a empiré. Aujourd’hui, on a une économie qui considère que le problème, c’est l’humain, parce que ce qui coûte cher, c’est la main d’œuvre. Une économie qui n’est pas au service de l’humain, mais qui est au service du profit, ne peut pas générer des choses belles. On est carrément dans une économie qui veut se débarrasser de l’humain. On le voit avec la robotisation et l’intelligence artificielle… A moyen terme, je ne sais pas qui va rester employable.

C’est aussi valable pour le monde de la musique. Que pensez-vous des plateformes pour écouter de la musique gratuitement ?

Franck : Si c’était pour moi, je m’en branlerais. Ce qui nous est arrivé avec Marcel, c’est 100 fois au-dessus de ce à quoi on prétendait. Il y a des injustices que tu ne perçois pas forcément pour toi-même. Juste, les artistes sont les dindons de la farce. Quand on était chez Wagram, on touchait 20 centimes d’euro par album vendu. Avec les droits périphériques, Adami ou autre Sacem, ça faisait sensiblement un euro dans notre poche par album vendu. 100 albums vendus, 100 euros dans ta poche. Aujourd’hui sur les streamings, tu es rémunéré 0, 0024 centimes par titre. En clair, il faut que tu aies un million de vues pour commencer à gagner 100 balles. C’est un problème de répartition. Ces plateformes ont compris qu’il n’y avait plus à répartir. Aujourd’hui, on rémunère le contenant, mais pas le contenu.

Je me fais l’avocat du diable, mais on peut voir les choses autrement. Ces plateformes permettent de découvrir Marcel et son orchestre très facilement. Et ensuite, ça peut donner envie d’aller les voir en concert…

Franck : J’entends ce que tu dis, mais je ne suis pas d’accord. Les fournisseurs d’accès disent aux artistes : « Ne vous plaignez pas, vous êtes dans ma vitrine, donc, je vous rends attractifs. » Je réponds que si ta vitrine est attractive, c’est que nous sommes dedans. Il ne faut pas inverser les choses. Aujourd’hui, celui qui gagne du pognon, c’est le portier de la boite de nuit. On est en train d’assister à une uberisation de tout. Celui qui crée, c’est le con de l’affaire.

Jibé : C’est le même problème dans le rapport des agriculteurs avec les supermarchés.

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Vous évoquez des sujets de société, parfois graves, mais toujours avec humour. C’est le meilleur moyen de faire passer les messages…

Jibé : En tout cas, l’humour a toujours été l’angle pour aborder un sujet sérieux.

Franck : En plus, une chanson doit faire 3 minutes. En 3 minutes, tu ne peux pas faire thèse, antithèse, synthèse. Pour nous, l’humour est notre oxygène. Comme dirait l’autre, c’est le dernier rempart avant le désespoir.

Vous ne donnez jamais de leçon dans vos chansons.

Franck : Les donneurs de leçons sont pénibles. On n’est pas du tout là-dedans.

Jibé : On n’aime surtout pas enfoncer des portes ouvertes. La guerre, c’est mal, le racisme, ce n’est pas bien… on ne va jamais sur ces terrains-là.

Franck : L’engagement, ce n’est pas chercher les causes entendues. S’indigner, tout le monde sait le faire. Et une fois que tu t’es indigné, qu’as-tu à dire ? Si tu ne t’attaques pas aux causes, tu déplores simplement les effets.

J’ai un gros problème avec la chanson engagée.

Franck : Nous aussi, mais ça dépend laquelle. Dans la chanson engagée, tu mets François Béranger, Bernard Lavilliers ou Pierre Perret ? Moi, ce sont des gens qui m’ont conscientisé. Vraiment.

Pierrick : Il y a une façon de dire et de faire la chanson engagée. Souvent, comme dans un scénario de films, c’est la façon de raconter les choses qui est importante.

Franck : Je ne me pose jamais la question de savoir si une chanson est engagée ou pas, c’est juste un sujet qui s’impose à moi. Point.

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(Pendant l'interview…)

Y a-t-il des chansons innocentes ? marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandor

Non, je ne crois pas. Même dans les chansons d’amour. Dans « Je vais t’aimer », Michel Sardou chante l’amour, mais il reste Sardou. Sa façon de voir les choses, sa façon de voir la femme subsiste. Il commence sa chanson ainsi : « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade, à faire trembler les murs de Jéricho, je vais t’aimer… » Quand il chante ça, qu’est-ce qu’il dit à la gonzesse ? « Tu vas prendre cher ! ». C’est terrible. On croit que c’est une chanson d’amour, sauf que c’est d’un machisme parfait.

J’adore ! Sardou vu par Marcel et son orchestre !

Franck : Je trouve que Sardou est un des pères du rap français.

En effet, si on part du principe que c’est un clasheur.

Franck : Il a compris que pour buzzer, il faut d’abord choquer. Il a toujours utilisé la punchline qui va bien ou le mot qui dérape sur des sujets un peu glissants.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorVous revenez avec une super compilation. Comment avez-vous choisi ces 46 chansons ?

Franck : Avec Marcel, il y a au minimum 150 titres enregistrés. Franchement, l’idée d’une compil’, c’est plutôt l’idée d’une maison de disque. Ce n’est pas plus excitant que cela de réfléchir à compiler des morceaux. Ce n’est pas très créatif. En plus, on se demande à qui cela s’adresse parce que les fans ont déjà tout. Peut-être que ça s’adresse à des nouveaux qui pourraient apprécier le groupe. Il y a encore des gens qui nous découvrent.

Je crois savoir que ça a fini par vous amuser de farfouiller dans vos archives.

Franck : On a récupéré tous nos masters et en numérisant les bandes, nous nous sommes aperçus qu’il y avait plein d’inédits, des morceaux que nous avions même oublié. C’était la première fois qu’on jetait un coup d’œil dans le rétroviseur pour regarder notre histoire. On a finalement eu du plaisir à réécouter et redécouvrir certaines chansons.

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Vous saviez quels été vos hits ?

Pierrick : Tu as raison de poser cette question parce que nous n’avions pas tous les mêmes. On a hésité à enfoncer les portes ouvertes ou à mettre des morceaux plus surprenants. On a essayé de faire un bon dosage entre les hits et les raretés.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous vous moquez des autres autant que vous faites preuve d’autodérision. Dans votre nouveau single « Plus c’est con, plus c’est bon », vous ne vous épargnez pas.

Pierrick : Les seules personnes qui peuvent se moquer de nous sans que l’on se vexe, c’est bien nous.

L'inédit de cette compilation, "Plus c'est con, plus c'est bon".

Vous comprenez pourquoi le public est ravi de vous revoir ?

Jibé : On ne sait pas pourquoi les gens nous aiment bien. On a lancé une campagne Ulule et un paquet de gens ont adhéré et ont donné pas mal de sous. Comme les temps sont durs, nous savons que ce n’est pas facile de donner de l’argent.

Mais comme les temps sont durs, les gens ont besoin d’entendre et de voir des artistes qui les détendent…

Pierrick : Les chanteurs d’aujourd’hui sont souvent très tristes et sombres. Ils en ont marre de la vie et se prennent au sérieux. Cette ambiance glauque devient très standardisée. Le public a donc besoin de légèreté et de folie.

Franck : Marcel et son orchestre promènent un carnaval. On a tous les codes du carnaval, mais on n’en a pas le répertoire. Nous ne faisons pas de chansons à boire, ni de chansons grivoises. C’est quoi le carnaval ? C’est le jour des fous en même temps que l’exutoire. C’est le moment où tu vas rire de l’autorité, de l’institution et de la religion, mais dans un cadre libérateur. Le carnaval, c’est le complet lâcher prise.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorLes artistes qui font aussi rires ne sont pas souvent pris au sérieux. Cela m’agace un peu.

Franck : Dans tous les domaines artistiques, c’est le même problème. Quand tu fais une comédie, la critique va dire « ce film n’a pas d’autres prétentions que de faire rire ». Je me souviens d’un édito du dessinateur Gotlib (voir photo de gauche), un génie, dans Fluide Glacial. Il répondait à cette injonction : « mais elle est énorme cette prétention de faire rire ». Le ressort comique, c’est de la mécanique de précision. Il faut une métrique parfaite et les sonorités au bon endroit. Dans la chanson, j’ai beaucoup d’admiration pour Gotainer. C’est un maître en la matière. En bande dessinée, je suis immensément fan de Franquin. Il a changé ma vie. Dans Gaston Lagaffe, tout est là. Les considérations écologiques, les cadences infernales au travail… c’est insensé. Je considère que dans la poésie de Gaston, c’est le rebelle parfait.

Vous repassez à l’Olympia le 22 février prochain. C’est une date normale ou il y a un quelque chose en plus dans cette salle mythique ?

Franck : On a fait les quéqués la première fois que l’on a jouée dans cette salle. Je suis parti du principe que c’est plus glorieux de faire 3000 spectateurs dans la Creuse, parce que les gens font en moyenne 250 bornes pour venir au concert, que de de faire complet à l’Olympia. Nous l’avions donc abordé "branleurs". Au moment du concert, il s’est passé un truc curieux. Tu sais, nous, les Marcel, on se claque la bise, mais nous ne sommes pas des tactiles. Nous avons une vraie pudeur les uns envers les autres. Nous sommes des tendres et des affectifs, mais on ne l’exprime pas. On ne va pas se dire « je t’aime », mais on va se charrier et c’est notre façon de nous témoigner de l’affection. Eh bien, ce jour-là, avant de monter sur scène, nous nous sommes pris dans les bras. Cela n’était jamais arrivé. Pas de doute, faire l’Olympia, c’est chargé.

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Après l'interview, le 24 octobre 2019.

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17 novembre 2019

Mathieu Saïkaly : interview pour Quatre murs blancs

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(Photos : Aline Deschamps)

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorDans le deuxième album de Mathieu Saïkaly, Quatre murs blancs, « l’artiste questionne la place des illusions dans une vie et dans les relations, la recherche de la vérité, la confrontation avec les autres et avec soi-même. Un peu à la manière de tableaux. Son écriture est influencée par le courant impressionniste. Le plus important pour lui est de saisir la subtilité d’une émotion, d’une pensée ou d’une situation, plutôt que de raconter une histoire avec un début, un milieu, une fin. » Voilà ce qu’on apprend du dossier de presse. Le site indiemusic a poussé encore plus loin l’analyse : « L’histoire sous-jacente de Quatre murs blancs est celle d’un isolement volontaire. Celui, concret, de l’artiste face au doute, aux repères de plus en plus indéfinis de la communication grâce à l’art, pouvant rapidement conduire au déséquilibre moral. Mais plus que tout, celui, intérieur, de la solitude propice à la création, tandis que l’on s’éloigne du genre humain pour mieux se confronter à ses propres capacités. » Pas mieux.

L’album (que vous pouvez écouter ici) m’a transporté du début à la fin et m’a fait me questionner sur ma propre existence.

Le 21 octobre, j’ai donné rendez-vous à ce jeune homme qui m’intrigue depuis longtemps et je n’ai pas été déçu du voyage. Il a été souvent intérieur, donc pas toujours facile à décrypter. C’est aussi le charme de mon métier...

Sa page Facebook.

Biographie officielle :mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandor

Mathieu Saïkaly est né le 8 mars 1993 à Avon (77) d’un père libanais et d’une mère française née de parents italiens. Il passe sa jeunesse en région parisienne mais aussi en Chine lors de l’adolescence, avant de revenir en Île-de-France.

C’est à 9 ans qu’il commence la guitare. Dès 2010, Mathieu Saïkaly lance sa chaîne YouTube, MathPlup (cette chaîne aujourd’hui compte plus de 30 000 abonnés). Il y poste des reprises, des compositions et quelques expérimentations musicales.

En 2013, après une licence d’anglais, il décide de « prendre un an pour la musique », en parallèle il continue de prendre des cours d’Art Dramatique au conservatoire du 20e arrondissement.

Sur les conseils de ses amis, il décide de s’inscrire à la Nouvelle Star. Il remporte l’émission en février 2014 et signe chez Polydor / Universal.

D’août 2014 à juin 2015, il participe et conçoit avec l’écrivain Nicolas Rey une chronique hebdomadaire de 10 minutes sur France Inter dans l'émission de Pascale Clark, A'live sous le nom Les Garçons Manqués. Nicolas lit des extraits de textes, de lui-même ou de différents auteurs, et Mathieu Saïkaly chante des extraits de chansons : ils alternent à la manière d’un ping-pong.

En juillet 2016, Mathieu Saïkaly incarne un petit rôle dans le film, Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand, sorti en Février 2018.

D’octobre 2014 à février 2017, Les Garçons Manqués interprètent un premier spectacle intitulé Et vivre était sublime. Ce spectacle remporte le Prix du public Avignon Off 2015 dans la catégorie « conte, poésie, lecture ».
Depuis mars 2017, ils jouent un deuxième spectacle des Garçons Manqués, Des Nouvelles De l’Amour.

Il sort son premier album en août 2015 intitulé A Million Particles qui cumule aujourd’hui plus de 4 millions d’écoutes sur Spotify.

En 2016, il quitte Polydor pour fonder son propre label Double Oxalis afin d’enregistrer son nouvel album Quatre Murs Blancs (L’autre Distribution / Idol).

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel):

Quatre murs blancs est un parcours d’indépendant pour Mathieu Saïkaly. À 23 ans, un an après la sortie de son premier album chez Polydor / Universal, le jeune parisien prend la décision de poursuivre son aventure sur son propre label, Double Oxalis, seul garant de son intégrité artistique. De cet engagement personnel lui vient en composant, l’idée d’un album en deux phases : le premier chapitre sera en français, le second en anglais.

Touche-à-tout insatiable aperçu à la radio, au théâtre (Les garçons manqués avec Nicolas Rey), à la télévision et au cinéma, le doux poète Saïkaly aime à peindre les émotions parfois complexes de l’humain à travers ses propres spectres. Ses douze titres qui touchent aux émotions universelles, traversées de joie, de peur, de doute et de courage en sont la preuve. Transpercé par la question universelle de l’amour autant que par la quête d’une vérité essentielle, Saïkaly se met à nu dans cet exercice courageux et salutaire, à l’instar de sa pochette le dévoilant de dos, au milieu d’une pièce minimaliste, apaisante et minérale.

Ce second album traduit une renaissance, un retour à l'essentiel, la promesse d’un voyage et d’une ouverture non plus vers soi mais au monde. Avec Quatre murs blancs, Saïkaly va de l’avant et vogue vers son futur. Un projet entier, empreint de poésie, de douceur, de sagesse et d’une quête de vérité enfin comblée.

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(Photo : Aline Deschamps)

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorInterview :

Quitter un gros label pour monter le sien plus « discret », c’est un sacré risque, non ?

Au début, il y a le plaisir de l’idée, mais quand tu commences à mettre les mains dans le cambouis, c’est là que tu mesures l’ampleur du projet. C’est du travail qui ne comprend plus uniquement la musique. Il y a aussi beaucoup d’administratifs. De plus, j’ai beaucoup investi dans le label. Je n’ai fait que ça d’ailleurs. Dans 6 mois, je te dirai si j’ai bien fait ou pas (rires).

Ton label s’appelle Double Oxalis. Après quelques recherches, j’ai découvert qu’un Oxalis est une plante qui ressemble à un trèfle. C’est pour te porter bonheur ?

Je ne l’ai pas fait exprès, mais c’est peut-être inconscient.

Ces dernières années, est-ce que l’on peut dire que tu as un peu ramé ?

En 2016, ça a été un peu chaotique chez Polydor. Quand Vincent Bolloré a repris la tête de Vivendi, (Universal appartient à ce grand groupe), il y a eu de nombreux changements d’équipes. Mon directeur artistique, grâce à qui j’avais pu faire mon premier album, a été licencié à ce moment-là. Il était pourtant formidable. Pendant un an, pour moi, ça a été marécageux. Je ne savais plus pourquoi j’étais là. A un moment, on a décidé d’arrêter parce que je ne faisais plus partie de leur « politique ». Même s’il n’y avait pas de problèmes majeurs entre nous, nos états d’esprits n’étaient pas très compatibles.

Clip de "Jeux d'ombres", extrait de l'album Quatre murs blancs

Qu’est ce qui fait l’originalité de tes chansons ?

J’essaie de rester sincère au maximum. Je recherche et explore sans cesse. Je ne reste jamais dans quelque chose qui a déjà été fait. Je ne veux mettre aucune barrière. Juste, je mets à plat ce que je ressens et je construis autour de ça.

Tu veux donc que ça parte toujours de quelque chose qui soit véridique.

Oui, il faut que l’émotion que j’avais à la base ne soit pas amoindrie par le processus de construction de la chanson jusqu’à son aboutissement. Dans ce chemin, il y a plein de pièges dans lequel tu peux tomber. Le passage en studio en est un. J’essaie de conserver l’émotion le plus possible.

Pour cela, il faut savoir s’entourer ?

Il faut bien choisir son entourage professionnel. C’est très important d’avoir une pleine confiance envers les gens avec lesquels tu travailles. Leurs propositions peuvent déclencher quelque chose en moi qui me fasse réfléchir.

Clip de "Je ne me souviens de rien", extrait de l'album Quatre murs blancs

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorIl y a deux visages chez Saïkali ?

J’ai différentes faces dans mon expression artistique. Comme mon projet avec l’écrivain Nicolas Rey, Les Garçons Manqués, le prouve. Je fais des reprises très joyeuses et spontanées et parfois très profondes et intimes. Je prends beaucoup de plaisir à explorer ces deux aspects-là de ma personnalité.

Dans ton disque Quatre murs blancs, c’est la deuxième face qui est mise en avant.

Dans ma vie, il y a eu différents drames qui se sont enchaînés, donc, mes textes ont été largement influencés par ce que je vivais.

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Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly, Les Garçons Manqués. 

Ce disque est une renaissance ?

Renaissance est le mot juste. C’est vraiment ça. J’ai aperçu un horizon et j’ai décidé de m’en approcher au maximum. Avant je parlais de tout sans vraiment synthétiser ce que je voulais dire. Ca partait dans tous les sens. Dans ce disque, en termes de musique et de texte, j’ai eu moins peur de me montrer et j’ai su comment m’abandonner. Du coup, c’est moi à 100%.

Les chansons ont été écrites de 2016 à fin 2017. Tu es déjà passé à autre chose dans ta tête ?

Je t’avoue que je ne suis plus du tout dans le même état d’esprit, mais c’est facile de me remettre dedans pour la scène ou la promo. Dès que j’en reparle, l’histoire revient et je ne fais pas semblant.

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorTu t’es mis à nu, non seulement dans tes textes, mais aussi sur la pochette. Ce n’est pas innocent.

J’avais cette image de moi en tête depuis longtemps et j’ai fini par assumer le truc. Je suis nu et je propose de me mettre à nu dans mes textes. Ça se tient. Dans ce nouveau disque, je m’interroge sur ce qu’est la nature d’une vérité. Quelle la profondeur d’une vérité ? Comment cette profondeur s’exprime ? Peut-elle être pure ? Peut-on détacher la vérité des illusions ? Les zones d’ombres que l’on a en soi, peuvent-elles devenir pures ? J’évoque le cœur humain avec toutes ses contradictions et ses paradoxes.

Ta musique et tes textes sont exigeants, mais abordables. C’est rare.

J’espère même qu’ils sont populaires. S’il y a une vraie recherche, je t’assure qu’on n’a pas besoin d’avoir une culture incroyable pour écouter mes chansons. J’ai fait en sorte de toucher au cœur et à l’âme.

Ta voix n’est pas forcément mise en avant. Elle est presque au même niveau que la musique.

C’est volontaire. En France, culturellement, la voix est mise en avant. Dans la musicalité que j’ai explorée, je voulais qu’elles ne soient pas ensemble. Je ne veux pas que l’on s’attache spécialement aux paroles, mais à l’ensemble de la musique. Quand la compréhension n’est pas directe, c’est l’émotion qui ressort avant tout.

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Pendant l'interview...

Tu chantes en français, en anglais et parfois dans les deux langues dans la même chanson.

Je ne suis pas allé chercher les mêmes émotions en anglais qu’en français. Ce sont deux chapitres différents.

Tu parles anglais depuis l’âge de 6 ans.

Mon père est libanais. Ses frères et sœurs sont allés aux Etats-Unis au moment de la guerre, du coup, je parle en anglais à mes cousins qui sont nés là-bas. C’est aussi une langue que j’ai étudié à la fac. La littérature, je l’ai abordé en lisant des livres en anglais. J’ai une passion absolue pour cette langue.

Clip de "Mama oh I swear", extrait de l'album Quatre murs blancs

Mais tu as lu aussi des classiques en français ? mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandor (Photo à droite : José Cañavate Comellas)

Oui, évidemment. J’ai lu Camus, Céline, Albert Cohen en français.

Comme Bertrand Belin ou Dominique A, tu n’as pas envie d’écrire un roman ?

C’est marrant que tu me parles de ça, parce que j’en ai parlé récemment à Nicolas Rey. J’ai écrit une nouvelle. C’est quelque chose qui m’intéresse à fond, mais je n’ose pas m’y plonger complètement. Avec une chanson, il faut exprimer beaucoup avec peu de mots, et avec un livre, tu peux passer quatre pages sur un détail. C’est l’exact opposé. J’adore, mais je ne sais pas si j’en serais capable. Il m’arrive d’écrire sans contrainte d’espace, mais il faut que j’y travaille encore.

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Après l'interview, le 21 octobre 2019.

10 novembre 2019

I Muvrini : interview de Jean-François Bernardini pour Portu in core

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(Photo : Gypsy Flores)

i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandorI Muvrini est un groupe corse fondé par Alain et Jean-François Bernardini à la fin des années 70. Il oscille entre chants traditionnels corses, musique du monde et variété. Véritable référence de la musique corse, le groupe s'est produit sur les plus grandes scènes françaises - de l'Olympia à Bercy en passant par le Trianon - et comptabilise huit disques d'or et deux Victoires de la Musique.

I Muvrini revient avec un nouvel album, Portu in core (Columbia - Sony Music) : un album pour chanter dans la tempête, accorder les consciences, élever les voix. Le leader du groupe, Jean-François Bernardini (déjà mandorisé ici en 2012), sort parallément un livre, L’autre enquête Corse, le trauma Corsica-France (éditions L'aube). L’occasion était belle de se rencontrer une nouvelle fois. C’est ce que nous avons fait le 23 octobre dernier dans une salle de sa maison de disque, Sony. Dans cette interview, il est question notamment de création, de violence et de non-violence… et de la musique d’aujourd’hui.

Vous pouvez écouter le disque Porto in core, par exemple ici.

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(Photo : Philippe Dutoit)

Argumentaire de presse : i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandor

Avoir le peuple dans la voix, le chant d’un ruisseau, le port d’attache, la flamme et la force des vivants. Entre urgence et espoir, I Muvrini nous proposent leur nouvel album Portu in core (port d’attache).

Ainsi, ils annoncent la couleur: l’âme arc-en-ciel. Chanter dans la tempête. Accorder les consciences. Elever les voix. Debout les cœurs. Notre maison, la Terre brûle : mieux vaut ne pas en parler? - Alors chantons.

Dans le son de leurs langues, I Muvrini interrogent, bousculent, et se frottent au réel. Ni donneurs de leçons, ni prophètes du désespoir, ils donnent du sens en réinventant leur musique et leur rôle d’artiste.

Il y a ainsi des horizons que les chansons ont l’audace d’ouvrir, pour dialoguer à l’oreille du monde. Le raffinement et l'insolence poétiques d’I Muvrini viennent claquer à nos fenêtres, danser sous nos yeux, attiser nos courages. Comme le chant des baleines, qui s’entendent et se comprennent d’un bout de la planète à l’autre, rien n’est plus universel que ce grain de singularité que les mouflons de Corsica sculptent dans une musique entre Terre, Mer et Ciel.

Ce nouvel album est rock, poétique, electro, pop, blues, chanson, musique du monde, corse… I Muvrini refusent de « chanter en rond ».

Mais surtout, entre port d’attache et planète, ils chantent: pour que change le goût et le cap du monde. Ils nous invitent à faire le cercle dans un nouveau village. Un paese novu.

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(Photo : Philippe Dutoit)

i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandorInterview :

Portu In Core est le 17e album studio. Ça commence à devenir une sacrée œuvre !

Nous sommes assez prolifiques. Nous sortons un album par an ou un tous les deux ans. Nous avons une capacité à nous renouveler et à créer qui est un signe de bonne santé.

Vos thèmes sont souvent les mêmes : les droits de l’homme, l’écologie, l’humanité… Est-ce facile de se renouveler quand on a autant d’albums à son actif ?

Un album, c’est un voyage. Etre artiste, c’est voyager dans le temps. Parfois, c’est la tempête, parfois il fait nuit, parfois il fait sombre, parfois il y a de l’espoir. Ce qui est clair, c’est que tout ce qui est autour de nous se renouvelle, forcément, nous nous renouvelons nous aussi. Dans notre itinéraire, s’il y a une force, c’est cette capacité à réinventer. Il suffit de se connecter au monde tel qu’il nous interroge aujourd’hui.

Est-ce que votre curiosité est parfois altérée ?

Non, elle n’est jamais en berne. Si c’était le cas, cette aventure I Muvrini n’aurait pas le droit d’exister. Notre curiosité n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. On n’a jamais été aussi juste dans notre capacité à mêler notre musique aux problématiques du monde et aux sonx de l’époque. Nous avons un public de plus en plus large qui perçoit notre musique, nos engagements, nos implications, nos volontés d’être transformant dans le monde tel qu’il est.

Clip de "En 2043" extrait de l'album Portu in core.

Transformer le monde, est-ce le rôle principal d’un artiste ?

Oui. Un artiste n’a pas de recette, il a un guide. Et le guide, c’est sa sensibilité. Avec sa sensibilité, il est comme un mineur dans le tunnel. Il a une lampe sur le front et il avance avec ça. Nous, nous avons cette lumière intérieure.

I Muvrini arrive toujours à avoir un son moderne. Comment faites-vous ?

En studio, nous sommes en perpétuel recherches de sons, de timbres, de mélodies et de rythmiques. Le travail en studio nous enthousiasme tellement qu’il pourrait presque nous suffire. C’est un travail exaltant de trouver les ingrédients pour que cela sonne le mieux possible. On est dans une quête de mixages métissés. Nous n’avons pas peur des sons d’aujourd’hui. Les loops électroniques nous séduisent comme peut nous séduire une voix d’un berger. Il y a différentes ondes et vibrations qui nous parviennent, nous les utilisons. C’est notre façon d’être moderne aujourd’hui.

Depuis le début de l’interview, vous dites « nous » et jamais « je », alors que vous êtes le maitre d’œuvre principal.

Pour moi « nous » n’est pas un élément de langage. Je sais très bien qu’un groupe n’existe que parce qu’il y a une confiance, une énergie qui circule, des talents qui s’additionnent… c’est ça qui fait notre force. Après, c’est comme dans un organe humain. Si je vous demande ce qu’il y a de plus important entre le cœur et les poumons, vous répondez quoi ? Je fais ma part, mais si le cœur ne bat pas, ça dysfonctionne. J’emmène le premier jet, mais si le premier jet est tout seul, il est bien orphelin. On donne tous le maximum de ce que l’on peut donner. Mon travail de capitaine de cordée, je le fais plus intensément que jamais, avec plus de conscience que jamais, grâce à tous les membres du groupe. On est tous là au service d’un projet, l’aventure I Muvrini… et c’est aventure est plus forte que nous.

Tournée 2019.

En 17 albums, le monde a changé en pire. Faire de la musique peut-il l’embellir et changer des choses ?

Si j’avais le sentiment de faire de la musique uniquement décorative, je resterais chez moi cueillir des olives ou apprendre des chansons aux enfants. Le monde a une phase d’ombre, mais il a aussi un visage qui est enchanteur et fantastique. C’est celui-là que nous cultivons. Comment on trouve le passage de la ligne entre la fragilité en la force ? C’est ce que nous cherchons. Beaucoup ont le sentiment que tout s’écroule, je préfère avoir le sentiment que tout est possible.

Sur quel progrès les êtres humains devraient se pencher ?

C’est un progrès éthique. Il y a une possibilité de célébrer la noblesse, les valeurs, la nature profonde de l’être humain. On essaie de nous faire croire que l’homme est violent par nature et qu’il est égoïste. Ce n’est pas vrai. C’est contre nature. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent que l’être humain est un être de compassion, d’altruisme, d’empathie, de partage et d’égalité. C’est ça notre nature, mais nous en sommes détournés en permanence.

Vous voulez dire qu’on veut nous « désempathiser » ?

C’est exactement ça. On nous demande de nous occuper que de soi. Il faut devenir un tueur pour être le premier. C’est un monde qui à l’arrogance de nous refaire l’âme, c’est-à-dire de malmener ce que nous avons d’essentiel. A nous de résister. Je suis prêt à vendre mon âme, mais pas à n’importe qui, ni à n’importe quoi.

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(Photo : Pierre Michelangeli)

Est-ce que plus on est engagé, moins on est artiste ?

Je me dis toujours que si le livre que tu veux lire n’existe pas, il faut l'écrire soi-même. Mais, on me dit souvent de m’occuper de ma carrière plutôt que de m’engager humainement pour différentes causes. Pourtant, I Muvrini a un devoir : être sur scène avec le peuple, nourrir, porter le pain pour le cœur et l’âme. Je sais que les vents sont souvent contraires, mais je peux vous dire qu’en vivant de l’intérieur ce que nous vivons, tant au niveau de la scène, qu’au niveau des centaines de conférences sur la non-violence que je peux donner avec l’ONG Umani, il y a des chantiers d’espoir incroyables. Ce qui est beau, c’est que même quand l’être humain à une âme abîmée, il est très facile de le transformer. Encore faut-il prendre le temps d’aller semer dans ce jardin-là, celui du bien commun. La plus grande qualité de l’âme humaine, c’est qu’elle a une grande capacité à se transformer pour le positif qui est insoupçonnable.

Je reviens à cette notion d’être artiste. Les artistes ont-ils une mission ? Si oui, laquelle ?

Est-ce que notre mission n’est pas de donner la meilleure nourriture à chacun ? C’est sur scène, mais c’est aussi en dehors de la scène. Il ne faut pas se contenter de donner son opinion sur le monde, ça chacun peut le faire, il faut aussi incarner quelque chose. Aller ensemencer la non-violence dans les collèges, les lycées, les universités, les prisons et auprès du grand public, c’est important. Qui investit dans la non-violence alors que c’est le paradigme de l’avenir ? Nous sommes dans un monde où la violence nous intoxique au quotidien. Violence verbale, comportementale, mentale. Cela nous prépare une société dont personne n’a envie. Je le répète, la violence nous met hors de notre nature. Hors de notre équipement de base biologique. La violence est une violation de notre nature, mais nous sommes tous intoxiqués. Il faut faire ce travail de detox et dire « tu as le droit à mieux ! »

Est-ce que le problème n’est pas que la violence est devenue télégénique ?

Si. Vous appuyez sur le bon point. La violence est partout. Dans les médias, dans les films, dans les jeux vidéo, dans la publicité. Si, aujourd’hui, j’avais agressé une grand-mère dans Paris, je serais à la une dès ce soir. Par contre, je sors un album et un livre et je ne vais pas être à la une. Avec la vulgarité, le mal et la violence, vous trouvez une place incroyable sur la médiasphère. Si la violence était aussi efficace pour renverser la justice et le mensonge, je ne crois pas qu’elle aurait toute cette publicité. Par contre, elle est très efficace pour enterrer les vraies causes, pour tuer les causes nobles, pour abîmer les hommes, donc pour nous vouer à l’échec. C’est pour ça qu’il faut se vacciner de ce poison.

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Parce que vous ne vous contentez pas de l’a chanter, quand I Muvrini évoque la non-violence sur scène, du coup, les gens comprennent de quoi vous parlez.

C’est tout à fait ça. La non-violence est nos semailles quotidiennes. Depuis 2011, j’ai donné plus de 450 conférences. Je vous assure, quand je rentre chez moi, je suis milliardaire. C’est comme si j’avais reçu un disque d’or.

Qu’est-ce que cela vous apporte, à vous, Jean-François Bernardini ?

C’est exaltant. Une conférence dans un lycée où il y a 500 élèves qui écoutent, ne touchent pas à leur portable pendant deux heures, débattent et réagissent à cette problématique, c’est quelque chose qui me bouleverse. C’est là que l’on comprend qu’il faut juste expliquer des choses et donner la parole à ces gamins.

Paradoxalement, j’ai remarqué que la non-violence ne fait pas l’objet de chansons spécifiques dans votre répertoire ?

Parce qu’elle est transversale à tous les autres thèmes. Non-violence et écologie, non-violence et économie, non-violence et amour, non-violence et empathie. C’est partout. L’Homme est extrêmement violent avec la planète, avec les animaux, avec la façon dont il communique… pour que l’on change de paradigme, il suffit juste que l’on dise oui à notre nature.

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Pendant l'interview...

L’artiste répond avec quoi aux problèmes du monde ?

Pas avec des armes, ni avec des slogans. Il répond avec de la beauté. Comment transformer ce négatif, comment l’éclairer et lui donner du sens ? Chaque artiste devrait se poser cette question. La pathogénèse (désigne le ou les processus responsable(s) du déclenchement et du développement d'une maladie donnée. On l'utilise aussi pour désigner les évènements ayant conduit à l'apparition d'une maladie et le déroulement de cette dernière), on nous l’a vend tous les jours, mais la salutogenèse (liée au « sens de la cohérence ». Une personne « cohérente » perçoit les événements comme compréhensibles, maîtrisables et significatifs), on ne nous en parle pas. Nous, nous disons qu’elle peut exister. Qu’est-ce qui font les conditions de la bonne santé de quelqu’un ? Comprendre ton monde, savoir que tu peux le transformer et savoir que ce que tu fais à un sens.

Que pensez-vous de la musique d’aujourd’hui ?

Nous sommes passés de la case « musique » à la case « divertissement ». Plus il y a de vide et de superficiel et mieux ça va. Tout le monde se réfugient dans la sphère privée et racontent sa petite histoire d’amour. Est-ce que ça suffit au peuple ? Je suis sûr que non. Il cherche autre chose, une vraie nourriture. Celle qui te met debout et qui éclaire.

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Après l'interview, le 23 octobre 2019, dans les locaux de Sony.

Sinon, Jean-François Bernardini vient de sortir un livre...

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