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23 octobre 2018

Bancal Chéri : interview pour leur premier album

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De gauche à droite : Nicolas Jules, Imbert Imbert, Roland Bourbon et Dimoné.

(Photo : Marc Ginot)

Bancal Chéri, c’est une créature à quatre têtes. Un projet dans lequel sont réunis Dimoné (mandorisé , et ), Nicolas Jules, Imbert Imbert (mandorisé et ) et Roland Bourbon ne peut être que démentiel, foutraque, poétique, divin et essentiel. De ce côté-là, nous sommes servis. Je ne pouvais pas ne pas recevoir ici ce groupe. J’ai d’abord interviewé Dimoné le 5 septembre dernier et Nicolas Jules et Imbert Imbert, plus récemment, lors de leur passage au Pan Piper le 5 octobre 2018. Dans l’interview, j’ai fait comme s’ils étaient tous les trois ensembles pour une meilleure cohésion. Roland Bourbon était excusé.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri unit jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui (mandorisé ), Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier (mandorisée ici), Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Le disque (par Patrice Demailly) : bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental. Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer, Dutronc, de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks, de rendre hommage à un maître du rythm and blues, d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent. Il y a aussi des fulgurances, une pensée libertaire, les méandres sentimentaux d’un membre du groupe, une poésie à la fois joueuse et régressive. Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen, bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent. Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.

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(Photo : Marc Ginot)

Ibancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertnterview (photo à gauche : Anne Baraquin):

C’est facile de trouver sa place dans un groupe avec 4 grandes personnalités ?

Dimoné : Oui, parce que l’on se respecte vraiment beaucoup. Il n’y a aucun critère de jugement sur ce que propose l’autre. S’il le propose, c’est que c’est bien. C’est tout. Nous avons nos propres histoires par ailleurs, celle-ci, c’est du plus plus. Réussir à avoir 15 ans à nos âges, ce n’est pas facile, alors nous le vivons comme un privilège. On a constitué un groupe comme chacun de nous l’avait fait à son adolescence. Très rock.

Imbert Imbert : C’est comme si nous nous étions mis d’accord pour partir en vacances ensemble.

Nicolas Jules : Nous sommes des adolescents attardés en colonie de vacances. Je suis d’accord avec Dimoné, on fait des choses différentes, mais on a une idée commune qui est très liée avec l’énergie. Une énergie physique. Le corps est important pour nous quatre.

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Avec Nicolas Jules et Imbert Imbert.

Il a fallu créer une cohésion ?

Nicolas Jules : Au départ, on a essayé d’écrire ensemble avec l’idée de mélanger nos univers et ça n’a pas du tout marché. Nous sommes rentrés chez nous et sommes revenus avec nos propres chansons. Finalement, c’est ce que l’on sait faire de mieux. Après, on ne s’est pas demandé comment on allait être cohérent, cela s’est fait naturellement. On s’est fait confiance.

Imbert Imbert : C’est ça le point commun que l’on a : la confiance que l’on a les uns envers les autres.

Nicolas Jules : Chacun venait avec ses chansons, mais nous faisions les arrangements ensemble. On a enregistré 15 chansons en 5 jours, on n’avait pas trop le temps de discuter.

Imbert Imbert : La première semaine, nous nous sommes retrouvés en pleine canicule dans les Landes. Il faisait si chaud que l’on a enregistré très à l’arrache. 

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Avec Dimoné.

Il ne manquerait pas une fille dans votre groupe ?

Dimoné : Si… ça pourrait nous tempérer. Nous mettons du rouge à lèvres pour pallier à cela (sourire). En vrai, on est juste quatre larrons avec un coté enfantin, puéril. Comme on pense à la mort et à nos vies tout le temps, ensemble, nous avons des grands moments où tout cela n’existe plus. On est juste dans le plaisir. C’est la grande bouffe.

Nicolas Jules : Oui, on est content de se retrouver avant, pendant ou après la scène. L’idée, c’est d’en retirer le maximum de plaisir.

"Les épaules".

Je ne sais pas si je me trompe, mais Roland Bourbon parait encore plus barré que vous trois.

Dimoné : C’est celui de nous quatre qui nous incite à nous exciter encore plus. Il n’est pas là pour nous calmer. Il nous trouve toujours trop sages, trop charmeurs… il nous dit qu’il faut faire chier, bousculer tout le monde, surtout le public.

Imbert Imbert : Oui, l’idée de bousculer et de surprendre est impérative. Quand les gens sont déboussolés, ça nous plait.

Nicolas Jules : Nous ne sommes pas fait pour jouer ensemble, c’est ça qui est drôle. Nous sommes ancrés initialement dans la solitude et nous avons le point commun de ne pas être dirigés. Il n’y a aucun chef d’orchestre dans Bancal Chéri. On s’aime beaucoup humainement, mais on s’aime beaucoup aussi artistiquement.

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bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertIl y a une folie en chacun de vous.

Nicolas Jules : J’ai un peu de mal avec le mot folie, parce que la folie est quelque chose qui existe. Par respect pour les gens qui souffrent de ce problème, j’évite cette dénomination. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie d’être sage.

Imbert Imbert : (Il chante) « La sagesse, c’est de ne pas être sage, et la folie, c’est de ne pas être fou… » C’est une de mes dernières chansons.

Dimoné, dans « Les tampons de ouate », tu incites les jeunes à dépasser les bornes.

Dimoné : C’est exactement ça ! Ma cinquantaine me fait avoir des sursauts de jeunesse et des ambitions de jeune. J’avais envie de faire mon petit réac à leur endroit en disant, « mettez fort le son », « dépassez la marge », « dépassez les bornes », « décapotez-vous »… Il y a une arrogance de ma part à leur dire ça.

"Qu'est ce que tu dis".

Vous ne chantez pas le quotidien dans ce disque. bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Imbert Imbert : La vie, c’est souvent un peu triste. On a envie que ce soit une fête.

Nicolas Jules : Parfois, on ressent chez les gens une espèce de folie qui est en fait juste une envie de liberté, de récréation et de fête. La folie, c’est de ne pas se plier à l’ordre établi. Il y a un côté libertaire dans ce que l’on fait.

C’est une aventure qui peut durer ?

Nicolas Jules : Oui, à ce niveau-là, on ne peut rien prévoir. On n’en parle jamais entre nous.

Imbert Imbert : Si. En fait, on  réfléchit à un deuxième album. De temps en temps le sujet est lancé.

Nicolas Jules : Il n’y a aucune pression car on ne vit pas avec ce projet. Bancal Chéri, c’est un bonus, un cadeau.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Les chansons que vous avez écrites pour Bancal Chéri auraient pu figurer sur vos albums persos ?

Imbert Imbert : Non, là, j’ai lâché les chiens. J’étais moins dans la perfection. Avec Bancal Chéri, je suis plus dans la spontanéité. Je me permets l’erreur dans l’écriture. Je m’aperçois que c’est très beau l’erreur dans l’écriture, le truc mal terminé. Mais, au final, je trouve ce disque parfait. C’est tout à fait paradoxal.

Nicolas Jules : Les rencontres humaines, ce que l’on vit, ce que l’on écoute, ce que l’on découvre, influencent les chansons que nous créons. J’ai envie d’évoluer, de progresser et de changer en même temps.

Quand vous êtes Bancal Chéri, vous êtes les mêmes que dans vos carrières respectives?

Nicolas Jules : Oui, exactement.

Imbert Imbert : Oui, mais là, nous sommes nourris des énergies des autres.

Nicolas Jules : On parle souvent de la schizophrénie des chanteurs, nous ne sommes pas de vrais schizophrènes. On est les mêmes dans tous les projets que nous avons. Les rendus sont différents, c’est tout.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Je crois que tu n’aimes pas le mot carrière Dimoné.

Dimoné : Dans carrière, il y a le mot carie. Il y a donc une notion de soin. Nous, on n’a pas envie de soigner notre carrière. Là, je prends une posture parce qu’au fond, je sais bien que tous les quatre, on fait une carrière… sans trop savoir laquelle d’ailleurs.

Quand vous rentrez sur scène vous vous sentez comment ?

Imbert Imbert : Il faut quand même avoir la sensation d’être le roi du monde à un moment donné. Il faut donc resserrer les énergies.

Nicolas Jules : J’ai l’impression de vivre un peu en stand-by, comme une lumière éteinte qui ne s’allume que sur scène. Sur scène, j’ai la parole. Avec les mots, le corps et ma guitare.

Dimoné : Un artiste donne une présence à ses tourments. Il ne doit pas abandonner les gens qui te permettent d’être dans ce grand « tous ensemble », même quand il ne va pas bien. Un artiste ne doit pas fuir le public. Il peut fuir ses responsabilités, mais pas sa condition humaine à tous les postes.

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(Photo : Marc Ginot).

Il faut avoir un peu d’ego pour faire ce métier ?

Imbert Imbert : Ce n’est pas l’ego qui doit dominer, mais la confiance en soi.

Que vous a apporté Bancal Chéri ?

Nicolas Jules : De l’amitié.

20 juillet 2016

Imbert Imbert : interview pour Viande d'amour

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(Photo : Thibaut Derien)

Viande d'amour, le quatrième album d’Imbert Imbert est, de loin, je trouve, son meilleur album. Imbert Imbert a su s’entourer pour échapper à la solitude qui finissait par le faire, je trouve encore, tourner un peu en rond (mais avec un sacré talent tout de même). Ainsi, son acolyte de scène Stephen Harrison (contrebasse, banjo), Grégoire Gensse échappé du Cirque Plume (piano, trompette, chant, guimbarde vietnamienne) et le batteur Denis Charolles (Arthur H et Brigitte Fontaine) ont participé à cette aventure discographique. L’énergie n’est pas feinte, on est proche d’un concert live.
J’applaudis un changement notable dans l’œuvre d’Imbert Imbert. S’il poursuit sa contemplation du déclin de la société et que l’on est souvent proche de l’abîme, il parvient avec brio à se raccrocher aux petits bonheurs de l'existence, voire à nous insuffler quelques notes d’espoir. Oui, oui, vous ne rêvez pas, je parle bien d’Imbert Imbert (mandorisé il y a 9 ans)

Le 1er juin, Imbert Imbert est venu  à ma rencontre à Webedia… ça tombe bien, j’avais beaucoup de choses à lui demander.

500x500.jpgViande d’amour par Imbert Imbert :

La viande, ou ce qu'il reste d'un corps quand on lui retire la vie. L'amour, ou ce qu'il reste de vie quand on lui retire un corps. La viande, ou le muscle de la mort. Et de l'amour aussi. Les mots sont des amis inconnus. Ils ne sont ni tout à fait de mon avis ni tout à fait opposés, ils se livrent avec bienveillance et me surprennent. Je n'ai pas d'arme contre eux. Parfois ils me font un peu mal mais ils le font avec tellement d'innocence que je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont mignons tout plein. Ils ont la liberté désordonnée des enfants. Dieu que le désordre est beau ! Diable ! Mais que dire de la liberté ! J'écris ce que je ne sais pas dire. Je donne aux mots la charge de tout ce que je ne sais pas que je suis. Je me divertis de moi-même. Je me confonds à l'homme, à l'humain, celui qui n'est pas une part de I'humanité mais I'humanité elle-même. J'ai les salauds en moi, j'ai les sages et les fous, j'ai les vivants, j'ai les morts, j'ai la matière, j'ai le néant, j'ai l'infini. Putain que c'est bon ! Viande d'Amour, qu’avec la musique qui m'anime, les mots qui se précisent, les chansons qui s'écrivent, la matière se dilue dans le mystère de la vie, les corps se fondent aux âmes et la chair se fait sentimentale. Pour illustrer cette sensibilité crue, j’ai voulu enregistrer cet album de la plus simple des manières, quelques jours de studio seulement, pour prendre le son d'un moment qui passe, avec ses erreurs, ses imprécisions, ses fragilités, pourvu que se perçoive la puissance de ces musiciens qui ne sont que des hommes. Et quels hommes ! Grégoire Gensse, au piano, est un musicien total, compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, il a la jeunesse bouillonnante. Denis Charolles, à la batterie, est également compositeur, arrangeur, il a la folie fondatrice. Stephen Harrison, à la contrebasse et au banjo, qui m'accompagne sur scène, a un groove inégalable. Tous trois ont ce point en commun : ils jouent avec leur cœur, leur corps, leur viande... d'Amour s'il-vous-plait !

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 (Photo : Thibaut Derien  #sur scène dans une minute – Imbert Ibert avec Stephen Harrison) 


13315728_10153940009484270_166655288463675738_n.jpgInterview :

Sur la pochette de ton nouveau disque (signé Thibaut Derien), on te voit replié sur toi-même. Y a-t-il un message caché ?

Dans la vie, je ne suis pas replié sur moi-même, mais j’ai tendance à la solitude. La plupart des personnes qui écrivent, en général, font un travail d’introspection, au moins à un moment donné. Le travail de l’instrument ou de l’écriture, c’est complètement solitaire.

Un artiste est seul pour créer et très entouré pour jouer sa musique sur scène. Schizophrénie mon amour ?

Tu as raison, il y a sans doute un peu de schizophrénie chez un artiste, je ne m’étais jamais posé cette question. Je passe beaucoup de temps à être seul et j’aime ça. L’introspection que je fais est  une passion. Je réfléchis en permanence sur la vie.

C’est là que tu trouves les sujets de tes chansons.

Peut-être, je ne me rends pas bien compte. En fait, je crois que je fais toujours la même chanson, mais avec un angle de vue différent à chaque fois.

Clip non officiel de "Le cancer des gens soumis", version 2015.

Moi, j’ai écouté l’album de quelqu’un qui n’est pas content de la société dans laquelle il vit et qui, a 12360100_10153594292164270_3209989306479785765_n.jpg
priori, n’aime pas ce que sont les gens. Dans « Le cancer des gens soumis », par exemple, tu vas très loin pour dénoncer la connerie humaine.

J’ai écrit cette chanson après les élections où le FN a fait un score impressionnant. J’étais une fois de plus affligé. Je crois que les gens sont autant vilains que profondément bons. On a tous des choses noires en nous, après on le contrôle plus ou moins bien. Il y a des moments où ils ne contrôlent plus.  Nous avons tous une sale bête en nous.

Tu fais quoi, toi, pour lutter contre cette sale bête ?

Je travaille beaucoup. Je fais en sorte que la sale bête laisse plus de place à la gentille bête.

La chanson est donc un bon moyen pour l’extirper de toi ?

En tout cas, créer des chansons, c’est du bon temps que je prends pour soigner les belles choses que j’ai en moi.

Clip de "A la gorge du temps".

(Photo ci dessous, Stéphane Mommey.)

stephane Mommey.jpgParfois, tes textes sont au premier degré, parfois, il faut un peu plus gratter pour comprendre.

Il y a des moments où les choses que je veux dire sont plus claires dans ma tête que d’autres moments. J’essaie de mettre des mots sur le grand mystère de la vie, mais de temps en temps, ce sont les mots qui me les expliquent. La poésie, ça sert à ça. Je ne comprends pas forcément les choses consciemment.

12 jours de répétitions et 4 jours d’enregistrement studio pour un album joué quasiment live, c’est la première fois que tu procèdes ainsi ?

Oui. On a joué live et c’est une superbe expérience. On entend bien que ce sont des hommes qui sont en train de jouer de la musique… et pas des machines. C’est vivant !

C’était bien de travailler dans l’urgence ?

C’était un plaisir, mais si on avait eu 4 jours de plus, on n’aurait pas dit non (rires).

Parfois, vous êtes parti en free jazz, comme dans « L’ado le sent ».

Oui, je me suis régalé à jouer cette chanson. Je ne pense pas que ce soit celle qui va le plus marquer le grand public (rires). Au départ, j’ai écrit d’abord la ligne de basse, puis la chanson ensuite. Denis Charolle a préféré partir avec de la batterie. Cela a modifié la structure du titre, mais c’était génial. Contrairement à mes trois précédents que j’avais hyper contrôlés, dans cet album, j’avais envie de faire participer les gens. Bien sûr, je suis arrivé avec mes chansons finies, mais ouvertes à toutes possibilités. Ce disque est habité par ces musiciens-là. De plus Grégoire Gensse, le pianiste, est mort depuis. Je suis content d’entendre sa marque puissante.

Tu n’as pas eu peur de trop t’éloigner musicalement de ce que tu faisais avant, au risque de dérouter ton public ?

Non, parce que j’avais une totale confiance en mes musiciens. Le risque, en musique, de toute manière, il est permanent.

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(Photo : Sylvie Bosc)

C’est le quatrième album en 11 ans de carrière.

J’en sors un tous les trois ans. C’est un bon rythme. Pendant les trois ans de battement entre deux albums, c’est une course. La scène, mes autres projets, la création… un artiste n’arrête jamais en fait.

Ensuite, il faut se poser un peu pour écrire de nouvelles chansons.

Oui, c’est un sacré boulot de faire un disque. Ecrire des chansons qui m’aillent, c’est difficile. J’essaie d’écrire en permanence, mais je peux revenir sans cesse sur l’une et y passer trois ans. Une chanson, c’est vivant. On peut ne jamais s’arrêter de l’écrire.

Le titre de ton album, Viande d’amour, est un peu déroutant.

J’ai mis un mot censé ne pas être beau avec un autre mot censé l’être, c’est le Yin en le Yang. C’est un peu la panoplie d’Imbert Imbert. J’écris souvent ainsi sans vraiment le vouloir. Je mets des choses laides dans des textes que j’espère beaux. J’ai envie de faire ressortir les reliefs.

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Pendant l'interview...

Il y a dix ans, j’étais venu te voir au Zèbre de Belleville et tu parlais pas mal entre les chansons. Tub784d3666d6c22ac2d84a0b185de85db.jpg lançais des messages politiques. Je me souviens que tu avais dit : « Si des gens votent Sarkozy, je ne les retiens pas », ou un truc comme ça. Ça m’avait choqué.

Je me souviens avoir dit ça, mais je ne le ferai plus. Aujourd’hui, j’ai changé. Que ceux qui votent Sarkozy viennent me voir, nous allons parler. J’ai plus envie de ça maintenant. Je dis pareil pour les gens qui votent Marine Lepen. Je préfère le dialogue à la fermeture d’esprit.

Tu as changé, dis donc.

Je suis devenu plus tolérant aujourd’hui.

Tu ne t’es quand même pas adouci ?

(Rires) Je ne sais pas.

1654324_10153463636749270_3159288802590093263_n.jpgQuand on vieillit, on devient plus sage ?

Je ne sais pas si c’est de la sagesse. J’ai envie de pardonner aux humains. J’ai envie de les soigner plutôt que de leur mettre des tartes.

Un artiste, ça peut être un médicament, en effet.

La poésie, c’est prendre soin des autres.

Dans tes chansons, avant cet album, je te trouvais un peu trop radical, alors que dans Viande d’amour, l’espoir est là.

Je m’applique depuis 37 ans à vivre et je crois que je commence à apprendre à y arriver un peu mieux. Je fais des progrès tous les jours.

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Après l'interview, le 1er juin 2016.

05 octobre 2007

Imbert Imbert... le tendre révolté!

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-Bonjour ! Nous nous sommes déjà rencontrés.

Je regarde Imbert Imbert dubitatif.

-Non, je t’ai déjà vu sur scène en première partie de quelqu'un, mais je ne sais même plus de qui ni dans quelle salle.

-Je m’en souviens parfaitement. C’était à la Maroquinerie , il y a deux ans. Je faisais la première partie de Bertrand Louis.

-… Euh… Ah oui ! C’est ça. Tout a fait !

2fd610b80bb192abe61c1a69bff1e87c.jpgEn ce vendredi 28 septembre (la semaine dernière, donc), je reste stoïque devant le Zèbre de Belleville (il y joue le soir même). Je me demande comment il a pu savoir que c’était cette soirée là. Puis il ajoute.

-Tu es venue me voir après ma prestation. C’était dans le couloir, près des toilettes. Nous étions presque dans le noir et tu m’as dit que tu avais beaucoup apprécié ma prestation… tu m’as aussi promis que quand j’aurai un « vrai » disque, tu viendrais m’interviewer. Et tu es là aujourd’hui.

Plus il avance dans sa phrase, puis je me rappelle, en effet, avoir tenu de tels propos. Je me fais vieux, je perds la mémoire… Il est vrai que j’adore aller applaudir les chanteurs qui « débutent », dans des petites salles et aller les encourager après. On croit que ce n’est pas important mais force est de constater que certains s’en souviennent.

Ça me fait plaisir d’ailleurs.

b9984a1a97a2035c55e9f62f20582086.jpgJ’ai reçu le disque d’Imbert Imbert, Débat de boue, il y a six mois (il est sorti le 26 mai dernier). J’ai pris une grosse claque en l’écoutant.

(Ça m’a fait le même effet qu’en écoutant Yves Jamait la première fois.)

L’homme est seul avec sa contrebasse. Il chante avec un esprit résolument rock et poétique (ce qui n’est pas paradoxal) des textes graves, tristes, tendres, désenchantés et surtout révoltés.

Ce type a déglingué mon petit cœur fragile.

Pas entendu une telle personnalité depuis… fiou ! Depuis longtemps !

(À part peut-être Yves Jamait… je vous en ai déjà parlé ?)

Ses chansons remuent les tripes et ne laissent personne indifférents. A commencer par le petit monde de la chanson française qui observe de loin ce nouveau venu.

Enfin, nouveau venu, c’est beaucoup dire. Après m’avoir emmené dans sa loge, en débouchant des bières, il me raconte son passé bien fourni de musicien.

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-Je viens de Montpellier. Je suis monté à Paris il y 6 ans pour ne faire que de la musique. J’ai été embauché très vite dans le groupe Jim Murple Memorial (rock steady, ska, rythm’n’blues) J’ai tourné pendant un an puis j’ai enchaîné directement avec Derien pendant 3 ans. En même temps, je composais mes petites chansons de mon côté.

Il oublie de me préciser qu’il a aussi joué dans un trio de free-jazz, le groupe Split.

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La contrebasse comme instrument principal s’est naturellement imposé à lui et grand bien nous fasse.

-Quand j’aurai 50 ans, peut-être que j’aurais un orchestre classique symphonique… on ne sait jamais. En 05d6a9297e0f133aaf556cd75e81381a.jpgattendant, je suis heureux de faire découvrir cet instrument plutôt rare dans la chanson française. Je pense jouer sur scène ainsi encore pendant un moment.

Sauf qu’il n’est pas improbable qu’une multinationale le repère et lui donne plus de moyens pour enregistrer … non, je dis ça parce qu’Imbert Imbert et l’artiste français qui a reçu le plus de récompenses cette année.

-Bravos du public et Bravos des professionnels à Montauban Alors Chante ! 2007

-Lauréat Fnac Indétendance Printemps de Bourges 2007.

-1er prix Le Mans Cité Chanson 2007.

-Prix du club des Entreprises Francofolies de La Rochelle 2007.

Beau palmarès !

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Pendant l’interview (presque en public, car son tourneur, son attaché de presse, son éclairagiste…etc. sont assis à côté de nous pour écouter, voire même participer !), j’apprends qu’il a écouté Renaud en boucle de 7 à 12 ans (il lui en reste quelques résidus), qu’au départ il voulait jouer de la musique « à la limite de l’inaccessible », qu’il se sent révolutionnaire dans l’âme, qu’il s’inquiète pour les générations futures, qu’il a du mal à comprendre ceux qui ont voté Sarkozy (il en fait une chanson), qu’il est heureux malgré le mal de vivre qu’il chante…
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J’ai la curieuse sensation en l’écoutant et en l’observant, que je suis devant un futur grand monsieur de la chanson. Un futur incontournable. Un qui va marquer les esprits…

Quasi sûr de ne pas me tromper.

Là nous sommes derrière le bar du Zèbre de Belleville. Lui au champagne, moi avec ma pauvre bière...
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À vous de voir ou plutôt d’écouter… sur son MySpace. Il y a 3 titres.

Précision: Imbert Imbert n'est pas Pascal Obispo.

Je dis ça, je dis rien.

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