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05 janvier 2014

Henri Loevenbruck : interview pour Le Mystère Fulcanelli

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(Photo : Didier Cohen)

Comme l’année dernière, ma première mandorisation de l’année est consacrée à l’écrivain, chanteur, musicien, motard… et bien plus encore, Henri Loevenbruck. Je le rencontre une nouvelle fois (nos chemins se sont souvent croisés) à l’occasion de la sortie de son exaltant et prenant roman Le mystère Fulcanelli. Dans ma précédente mandorisation du monsieur, nous n’avions pas hésité à évoquer, sans langue de bois, tous les aspects de ses vies professionnelles. Je ne vous convie pas là à un bis repetita, mais à la poursuite d’une conversation laissée de côté il y a un an et qui s’est poursuivie le 2 décembre dernier. Henri Loevenbruck et moi avons toujours beaucoup de choses à nous dire…

henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandorAvant-propos :

Ce livre est un roman. Une fiction, qui fait avant tout la part belle à l'imaginaire.
Toutefois...

D'abord, l'affaire Fulcanelli - comme on pourrait l'appeler - est bien réelle, et la plupart des événements et des protagonistes que vous rencontrerez dans cette aventure le sont donc aussi. Tout ce qui concerne l'identité de Fulcanelli est authentique et vérifiable. Si vous désirez en découvrir davantage sur ce passionnant sujet, vous pouvez vous rendre sur le site Internet que nous avons créé à cette occasion, et sur lequel se trouvent photos, films et copies de nombreux documents : www.mystere-fulcanelli.com
Ensuite, ce roman est le résultat d'une enquête longue de plusieurs années, qui a débouché sur des découvertes inédites et très étonnantes au sujet de ce qui reste la plus grande énigme de l'ésotérisme moderne. Nous espérons qu'il ouvrira la voie à de nouvelles recherches, afin de confirmer, ou non, ce qui est ici avancé...

Propos de l’auteur :

En 1926 et 1930 paraissaient deux des plus mystérieux livres du vingtième siècle : Le Mystère des cathédrales et Les Demeures philosophales. Publiés sous l'étrange pseudonyme de Fulcanelli, ils sont devenus, avec le temps, les deux plus gros best-sellers de l'alchimie moderne. Ces ouvrages étonnants et le mystère qui entoure leur auteur m'ont fasciné toute ma vie et j'ai toujours su qu'un jour j'écrirais un roman sur le mystère Fulcanelli. Pourquoi ces livres avaient-ils eu, avec les années, autant de succès ? Quel incroyable secret révélaient-ils ? Qui était Fulcanelli, et pourquoi voulait-on à tout prix cacher son identité ? Quand je me suis enfin décidé à rédiger ce roman, troisième aventure du personnage Ari Mackenzie (héros du Rasoir d'Ockham), j'étais loin d'imaginer jusqu'où m'emmènerait la longue et passionnante enquête qui a alors commencé.

Documentaire réalisé par Henri Loevenbruck au sujet de l'enquête qui a permis la rédaction du Mystère Fulcanelli.

Trois années de recherches, de rencontres, de lectures, à fouiner dans les bibliothèques, à éplucher de vieilles revues, les journaux de l'époque, les registres d'état civil dans des mairies des quatre coins de France, des centaines de lieux à visiter, et, au bout du compte, une découverte, pour le moins inattendue. Une découverte qui, je l'espère, vous fascinera comme elle m'a fasciné.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est un auteur de romans de fiction et de fantasy. Il est également musicien auteur-compositeur-interprète. Sa trilogie de La Moïra (publiée entre 2001 et 2003) a été un succès avec 300 000 exemplaires vendus. Il est membre de la Ligue de l'imaginaire, collectif d'auteurs dont Maxime Chattam, Bernard Werber ou Franck Tilliez sont membres.

henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandorInterview :

Dans le petit film que tu proposes à tes lecteurs, tu expliques en préambule que tu as découvert l’univers de l’Alchimie par Le mystère des Cathédrales de Fulcanelli, mais que très vite le mystère de l’identité de l’auteur t’a fasciné.

Non, c’est ça qui intéresse le plus les gens. Moi, c’est le contenu des livres de Fulcanelli qui me passionne. Maintenant, il y a un aspect ludique passionnant à rechercher l’identité de Fulcanelli. Pour moi, c’est « le masque de fer » du XXe siècle. Du coup, j’ai davantage axé mon livre sur l’identité de ce personnage mystérieux que sur ce qu’il raconte dans son ouvrage. J’ai quand même l’espoir que cela suscite assez la curiosité de mes lecteurs pour qu’ils s’intéressent aussi à ses écrits en profondeur. Ces textes sont difficiles d’accès, mais ils sont magnifiques. À moins d’être un fondu d’alchimie, il y a des passages incompréhensibles. C’est l'un des derniers textes romantiques de la littérature.

L’homme qui se cachait derrière Fulcanelli était-il un bon auteur ?

Sans conteste ! Sur le fond, c’est un peu particulier. Dans la partie qui est la plus accessible, il ne dit pas grand-chose de nouveau. C’est plus un type qui fait une très bonne synthèse de choses qui ont déjà été dites. L’idée selon laquelle la construction et la symbolique des cathédrales ne véhiculent pas qu’un message religieux, mais aussi un message hermétique mystique et ésotérique, cela faisait déjà deux siècles qu’il y avait beaucoup de textes sur ce sujet. Victor Hugo le disait déjà par exemple. C’est plus sur la forme qu’il est étonnant. Pour ce genre de livre, la langue est vraiment belle.

Lis-tu ce genre d’ouvrages depuis longtemps ?henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandor

La vraie histoire, c’est celle que j’ai racontée dans le livre. Quand Ari narre comment il a découvert Fulcanelli, c’est ce qui m’est arrivé. Pendant mes études en hypokhâgne, je lisais un livre de la collection Aventures et Mystère chez J’ai Lu dans un square. Un truc à la con sur les templiers. Soudain, un jardinier vient vers moi avec son râteau et sa besace et me dit que ce que je lis, c’est n’importe quoi. Il m’affirme que si je veux vraiment m’intéresser à l’ésotérisme, il faut que je lise un livre particulier. Et il sort de son sac Le mystère des cathédrales en éditions Pauvert. Il me le tend en me demandant de lui ramener la semaine suivante. J’ai halluciné, mais je l’ai lu le soir même. J’ai trouvé la façon dont on m’a suggéré de lire ce livre très « romantique » en soi.

Fulcanelli n’a écrit que deux livres, Le mystère des Cathédrales  (1926) et Les demeures philosophales (1930). Sont-ils importants ?

Les demeures philosophales est la suite du Mystère des Cathédrales. Au lieu de s’attarder sur quatre bâtiments religieux, il en aborde beaucoup plus, pas forcément les plus connus. La démarche est la même. Il analyse la symbolique hermétique de construction. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que certains des bâtiments dont il parle n’existent plus aujourd’hui. Dans Les demeures philosophales, livre beaucoup plus sombre et pessimiste que Le mystère des cathédrales, Fulcanelli s’attriste beaucoup plus de la disparition progressive des traces du passé.

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Pourquoi as-tu écrit ce livre seulement aujourd’hui, alors que tu as lu Le mystère des Cathédrales à l’âge de 19 ans ?

Un jour, j’ai fait travailler une généalogiste sur une famille qui est dans l’entourage supposée de Fulcanelli, la famille Fontaine-Solar, dont je parle dans le livre, parce que le nom est très étonnant. Fontaine-Solar, Fulcanelli… j’y ai trouvé des accointances. La généalogiste fait un énorme travail et elle m’annonce qu’elle ne trouve rien de ce côté-là. En revanche, elle me signale deux types qui réunissent beaucoup de points laissant supposer qu’ils pourraient être Fulcanelli. Je regarde ça de plus près et j’en trouve un dont je pense qu’il est le mystérieux écrivain alchimiste. En enquêtant sur lui, je tombe sur une série de coïncidences qui laissent très peu de place au doute. Je ne sais pas si j’ai bon, mais ce que je sais, c’est que depuis un siècle que les gens cherchent à savoir qui est Fulcanelli, il n’y en a aucun autre qui réponde à tous les critères.

Je ne donne pas le nom de cette personne ici, mais Henri Loevenbruck dévoile son identité à la fin de son livre.

Il y a beaucoup de spécialistes qui se sont penchés sur cette question et beaucoup de noms ont été suggérés comme par exemple, Eugène Cancelier et son illustrateur Julien Champagne, Camille Flammarion, François Jollivet-Castelot, René Schwaller de Lubicz, Jules Violle, Paul Decoeur... Mais rien du tout sur ta découverte à toi. Comment expliques-tu que toi, simple auteur, tu détiendrais la vérité?

J’ai eu un coup de bol énorme. Je n’ai pas enquêté avec un regard de spécialiste, mais à travers un regard de flic. J’ai été beaucoup plus cartésien que les autres. Tous ceux qui ont écrit sur Fulcanelli et le mystère de son identité sont tous des férus d’ésotérisme, voire des ésotéristes, voire des alchimistes, mais jamais des universitaires.

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Reçois-tu du courrier de la part de spécialistes qui ne sont pas d’accord avec toi ?

La plupart me disent que mon hypothèse ne tient pas la route parce qu’un homme qui fait le métier que j’ai expliqué dans le livre ne ferait pas ça. Au contraire, moi, je pense que c’est fort probable. Un type comme Flammarion ou un alchimiste revendiqué, au bout d’un moment, il aurait avoué.

Le milieu ésotérique dont tu parles dans le livre existe-t-il vraiment encore aujourd’hui ?

Oui, il y a encore des sociétés secrètes, mais j’ai accentué leurs traits dans le livre. Ce qui est particulier avec le milieu de l’alchimie c’est qu’il y a beaucoup moins de tradition de la transmission du savoir en alchimie. Contrairement à une image assez populaire que l’on a, et qui vient des Compagnons du Devoir et des sociétés secrètes qui tournent autour de ces thématiques-là comme la Maçonnerie, un alchimiste est solitaire. Il n’a pas d’apprenti dans son laboratoire. C’est un travail très individuel, du coup les gens sont très fermés dans ce milieu. Pour mon enquête, je me suis fait pas mal claquer la porte au nez. J’ai dû appeler une bonne vingtaine de vrais alchimistes, des gens dont je sais qu’ils ont un atelier chez eux et qu’ils continuent à faire des travaux. Il y en a qu'un qui a accepté que je vienne le voir chez lui. Les autres disent non et raccrochent immédiatement.

Ces alchimistes font quoi d’autre pour gagner leur vie ?

Il y a de tout. Il y a notamment un boulanger et un électricien… ce sont des gens qui font ça le week-end au lieu de s’adonner à des activités plus banales.

henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandorIls cherchent toujours le secret de la pierre philosophale ?

Ils recherchent le secret de la matière. L’idée que depuis une matière pauvre on puisse faire une matière noble. Ça va du cliché du plomb changé en or jusqu’à l’Homme, c'est-à-dire améliorer l’Homme physiquement. 

Que penses-tu de ces gens-là, toi ?

J’ai un regard plutôt poétique et spirituel sur l’alchimie. Je n’adhère pas à l’aspect pratique, sauf qu’il n’est pas si farfelu que cela. Ça fait un siècle qu’on avance à grands pas sur la transformation de la matière. Maintenant, les techniques utilisées aujourd’hui par les alchimistes me paraissent complètement désuètes. Moi, c’est l’aspect romantique qui me plait là dedans. Ce sont plus les personnages, la vie de ces gens et le moteur de leur quête qui me fascinent. Ce sont des chemins qui mènent à une érudition assez belle.

Ton livre se lit très clairement. Comment as-tu procédé pour transformer ton enquête enhenri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandor roman ?

Ça a été l’enfer total. La solution m’est venue avec les cahiers Moleskine du flic. J’étais obligé de résumer à mes lecteurs un siècle de recherche, mais je ne pouvais pas l’insérer dans le récit.

Donc, tu as inclus ces cahiers dans lesquels tu racontes la vie de tous les Fulcanisables.

C’est quand j’ai trouvé cette astuce-là que j’ai compris que mon roman était faisable. Mais c’était très dur de simplifier. C’est la première fois que mon héros Ari Mackenzie enquêtait sur un vrai mystère historique compliqué, qui a eu réellement lieu et sur lequel il y a eu déjà beaucoup d’écrits. C’était pour moi un grand défi.

As-tu connu des moments de découragements ?

Je n’ai jamais été découragé, mais j’ai vraiment mis beaucoup de temps à trouver la solution idéale pour que ce livre ne soit pas indigeste.

Tu ne baisses jamais les bras ?

Non. Depuis l’âge de 25 ans, je me suis fait la promesse de ne plus jamais commencer un livre sans le finir. Entre 15 et 25 ans, j’ai commencé une centaine de romans que je n’ai jamais fini et aujourd’hui, je ne veux plus que ça m’arrive. C’est pour ça que j’ai toujours deux livres d’avance. Quand j’écris un livre, je ne travaille pas sur le prochain, mais encore celui d’après.

henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandorOn a parlé de société secrète tout à l’heure… La Ligue de l’Imaginaire dont tu fais partie, est-ce une société secrète ?

Non, c’est plutôt une société discrète. C’est un collectif d’auteurs au sein duquel l’amitié joue énormément. Cela implique le fait qu’on ne sera jamais cinquante. Au départ, nous étions cinq, aujourd’hui, nous sommes onze. On sera peut-être un peu plus, mais pas beaucoup, parce qu’on a peur que ça vire mal. Il y a beaucoup de gens qui nous reprochent d’être une société un peu fermée. On a juste envie d’être entre potes.

Vous avez créé cette ligue pour quoi ?

Il y a eu une époque où il y avait un vrai conflit entre le polar noir et politisé et le thriller. Nous nous en sommes pris plein la gueule sur des questions politiques qui n’étaient pas du tout légitimes. A priori, à l’époque, plus maintenant, un auteur de polar estimait que si tu écrivais des  thrillers, tu étais un mec de droite, voire d’extrême droite, ce qui est ridicule. Dans la Ligue de l’Imaginaire, on va de l’extrême gauche à la droite, mais pas du tout extrême droite. Les auteurs de polars ne comprenaient pas pourquoi, nous, auteurs de thrillers, on se plaignait du silence médiatique qu’il y avait, et qu’il y a encore, autour de nos livres. Un silence qui est démesuré par rapport au boulot que l’on fournit. Dans la Ligue, il y a de très gros best-sellers et des auteurs qui vendent très peu de livres. Notre combat n’est pas sur la vente des livres, mais sur la place médiatique de l’imaginaire.

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Quelques membres de La Ligue de l'Imaginaire: Franck Thilliez, Erik Wietzel, Maxime Chattam, Bernard Werber, Laurent Scalese, Olivier Descosse, Henri Loevenbruck et Eric Giacometti.

Es-tu concerné par le silence des médias ?

Le mystère Fulcanelli est sorti il y a deux mois, j’ai eu juste un papier dans la presse nationale, alors que pour L’apothicaire, qui était moins un livre de genre, mais un roman historique, j’ai eu des papiers partout. Des journalistes répondent aux attachées de presse qu’ils ne font jamais les thrillers.

Mais, par exemple Pierre Lemaitre, qui faisait de la littérature de genre, il vient d’avoir le Goncourt 2013. C’est encourageant pour l’avenir, non ?

C’est une super bonne nouvelle, au détail près qu’il a le Goncourt quand il passe à une couverture blanche. C’est très révélateur.

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Dans Le Mystère Fulcanelli, il y a une chose qui ne m’a pas échappé, c’est la défense des petits libraires.

C’est un combat qui me tient à cœur. L’année dernière, j’ai fait une tournée des libraires en moto. J’ai effectué le même trajet que les Compagnons du Devoir au moyen âge. C’était extraordinaire, mais il faudrait que l’on soit 10 à le faire et en permanence. Il faudrait même que ce soit des auteurs plus connus que moi comme Amélie Nothomb et Guillaume Musso qui prennent ce genre d’initiative.

Ça a été un coup d’épée dans l’eau ?

Pas du tout. D’un point de vue psychologique, ça a fait du bien aux libraires que l’on a rencontrés. Ils se sont rendu compte qu’il y avait des gens qui pensaient à eux. La Ligue de l’Imaginaire est elle aussi beaucoup intervenue dans la défense des librairies Chapitre.

Pourquoi en as-tu parlé dans ton roman ?

Je travaillais sur Le mystère Fulcanelli pendant cette « tournée », c’était donc au centre de mes préoccupations. Et mon héroïne Lola, qui est présente depuis le premier Ari Mackenzie,  est une libraire… je ne pouvais pas ne pas parler des difficultés que cette corporation traverse.

henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandorTon prochain livre ne ressemble à rien de ce que tu as fait jusqu’à aujourd’hui, m’as-tu confié tout à l’heure en off.

C’est un roman d’aventures doublé d’un roman initiatique. C’est l’histoire de cinq ados qui sont dans des situations difficiles et qui pètent les plombs. Ils quittent leur lycée et leur famille et traversent le pays à moto pendant trois ans. Ça commence très bien, puis ça se complique. C’est un livre sur l’amitié et surtout, sur la quête de la liberté. Il va s’appeler Nous rêvions juste de liberté.

Toi, tu es un assoiffé de liberté.

On est dans un monde où nos libertés se réduisent de plus en plus. Il se règlemente de plus en plus. Et moi, je suis terrifié par les règlements.

Tu dois être malheureux, alors…

À l’école déjà, je n’étais pas heureux de l’encadrement, même si parfois un prof provoquait une étincelle en me laissant un espace de liberté. Je m’y engouffrais immédiatement. Mon premier groupe de rock, c’est grâce à mon lycée que j’ai pu le faire. Le directeur m’avait promis que si j’avais la moyenne à la fin de l’année, il allait me filer l’auditorium pour que je fasse un concert dedans. Aujourd’hui, je suis un peu malheureux parce que les obligations d’adulte me pèsent vraiment. Je ne supporte pas de répondre aux courriers administratifs, par exemple.

Du coup, tu te plonges dans tes mondes imaginaires ou tu fais de la moto.

Tu as raison. Je suis un mec qui m’enfuie en permanence.

Tu organises bientôt un festival de musique et de motos à Gérardmer.

Oui, c’est un gros festival qui s’appelle le Showtime Festival de Gérardmer. La première édition aura lieu du 23 au 25 mai 2014. Au programme, de belles motos, de belles voitures, du bon son (dont notre guest star, Johnny Gallagher).

Et Sérum… la première saison à cartonné. Quand arrive la seconde ?henri loevenbruck,le mystère fulcanelli,interview,mandor

Avec Fabrice Mazza, nous sommes en train de bosser dessus. Il va probablement y avoir un spin off entre la saison 1 et la saison 2 pour faire patienter les gens, parce qu’on a beaucoup plus de boulot que l’on pensait pour conclure la saison 2. On ne veut pas qu’il y ait la moindre frustration parce que toutes les intrigues n’ont pas été bouclées. Du coup, ça va nous demander encore un an… c’est un problème, car je suis harcelé tous les jours sur le sujet.

Abordons la chanson maintenant. La dernière fois que je t’ai mandorisé, tu te lançais sérieusement avec la sortie d’un EP.

J’ai un peu arrêté mes chansons à moi. Je me suis un peu fatigué à faire ce métier le plus professionnellement possible et je n’avais plus trop de temps à y consacrer. Mais par hasard, et pour le plaisir, je suis rentré dans un groupe de rock, The Road to Freedom, dans lequel je découvre le plaisir de ne pas être le leader. Je suis juste clavier et c’est génial. C’est la première fois de ma vie que je ne suis pas le leader d’un groupe et c’est un vrai bonheur.

Ça t’apporte quoi ?

Ça m’apporte de jouer devant un public devant lequel je n’aurais jamais joué avec mes propres chansons. En juillet, on a fait un concert devant plus de 6000 personnes.

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Le public sait-il qu’il y a un auteur qui joue dans le groupe ?

Non, pas vraiment. J’aime bien que les gens me rencontrent juste parce que je suis musicien. C’est plutôt agréable.

Finalement, un écrivain, c’est solitaire, mais ça a besoin de voir du monde…

Tu sais, j’ai fait ton métier avant d’être écrivain. J’avais donc une vie dans laquelle je rencontrais des gens tous les jours. Je faisais comme toi, je passais mon temps à faire des interviews. Avant encore, j’étais prof, donc j’étais toujours confronté à des élèves. Depuis que je suis devenu écrivain à plein temps, je ressens un vrai besoin de nourrir ma vie sociale. Surtout que j’aime les gens… Je suis content d’avoir des enfants et des amis. Je ne suis pas du tout un solitaire.

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02 janvier 2012

Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

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henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewLa première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewPrésentation de l'éditeur:

« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï.  Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewInterview :

7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?

Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.

Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?

Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit  un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.

Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?

Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.

Vous procédez comme un cadavre exquis?

Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.

Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?

D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…

On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.

Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.

Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…

L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?

Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewOui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.

Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.

Donc, le huis clos est un défi pour toi.

Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».

J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewroman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.

Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.

Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?

Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.

Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?

Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.

Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.

Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.

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C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?

Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewTu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.

Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.

Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?

D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.

Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…

Où as-tu le plus de succès ?

Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.

En France, te sens-tu bien considéré ?

Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.

Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?

Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.

Tu gagnes bien ta vie ?

Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).

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J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?

Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.

A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?

Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

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Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.

Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…

Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.

Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?

J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.

J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewtrop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

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Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?

Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewParlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.

J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.

Que t’apporte la chanson ?

Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…

"Les enfants de la Terre".

"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)

Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...

Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.

Ainsi, la boucle se boucle...

En quelque sorte.

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Après l'interview...

Une dernière page de pub avec de se quitter...

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25 janvier 2008

Soirée Henri Loevenbruck au 24!

Une soirée a été organisé pour fêter la sortie du nouveau thriller d'Henri Loevenbruck: Le rasoir d'Ockham.

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Et merci à l'auteur qui s'est rendu disponible toute la soirée, avec chaleur, humour et humanité.
Pour dédicacer ses livres, poser avec les forces en présences, répondre à des questions parfois avinées, parfois intéressantes....
Donc, voici un port-folio.
Hier soir, au 24.
Evidemment, comme Henri Loevenbruck évoque dans son livre, "une secte sanguinaire sortie du passé", il m'a semblé évident, en tant que président, d'inviter quelques membres de la FAPM (ceux qui n'étaient pas en mission).
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De gauche à droite: un égocentrique, Henri Loevenbruck, Magwann, Ludo FJ et Benoît Luciani.
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Ici, Ludo FJ qui confond un livre et une femme. A gauche, éventuellement la raison de sa confusion...
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De gauche à droite: Hervé Resse (qui s'est fait assaillir dès son arrivée... et présenté comme "un des plus grands blogueurs français". Je ne sais pas, "un des plus grands", mais "des plus jubilatoires", ça oui!), une perruque brune, Henri Loevenbruck et Florian Pohl.
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Le Fanta a été apprécié par tous!
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Trinquage en règle avec l'auteur et celui qu'on appelle OK Cowboy!
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Oui, il y avait plein de jeunesse à cette soirée... voici les étudiant du 3eme cycle Marketing et Commerce sur Internet (2008 Léonard de Vinci)
Les forces vives de demain.
Pfff...
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Quand les étudiantes de cette école m'ont demandé de poser avec elles, j'ai évidemment, décliné fermement cette invitation!
(Vous me connaissez... je n'aime ni les jeunes filles, ni les photos!)
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Là, toujours les étudiants, mais avec en guest (au premier plan, à gauche), Yaël Hirsh, rédactrice en chef d'"en 3 mots"...
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Avec Henri Loevenbruck (qui n'en a pas du tout marre de poser), mes amis Juju le pigiste et Frédéric Cognard.
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J'ai aussi invité mes deux collègues de Zik Addict: A droite, Marie Cartier, la "chef" et à gauche, donc, Marine Caillault, "l'esclave"...
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Henri Loevenbruck parle musique avec Marie...
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Fin de soirée:
Henri: Mais, on a combien de photos ensemble?
Mandor: Oh! Pas beaucoup. 154, à peu près...
Henri: Ah...
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Bon, sinon, faut pas déconner non plus! J'ai renvoyé manu militari les 3 Fapmiens faire dodo. Ils ont de longues journées devant eux... pas question de faire la foire toute la nuit.
Ici, Magwann (petite insolente), Ludo (qui s'est assoupi sous sa capuche) et Benoît tentaient de localiser un autre Fapmien: 4largo, de retour provisoire dans la capitale.
Je crois qu'ils y sont parvenus. Moi, je suis rentré chez moi, préparer les ordres des prochaines missions.
Sinon, petite précision pour les bienveillants qui pourraient débouler ici:
Oui, cette note à la couleur d'un publi-reportage.
Je ne fonctionne que comme ça.
Au coup de coeur!
Oui, je sais parfaitement que je n'ai pas écrit un mot sur le livre.
Non, ça ne veut pas dire que je n'ai pas aimé.
Je ne l'ai pas totalement terminé, d'ailleurs.
Ca veut juste dire que je prépare un pod-cast avec l'auteur et que, donc, nous y reviendrons dans quelques jours.
(Et je te salue Wrath, si tu passes par là!).
EDIT quelques jours plus tard:
Voici des billets concoctés par des invités. Et c'est gentil de leur part...