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30 juin 2017

Broken Back : interview pour son premier album

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broken back,interview,grain de sel,mandorLe phénomène Broken Back s'est emparé de la scène indie française, mêlant folk et électro avec brio. Mais qui est Jérôme Fagnet, l'homme qui se cache derrière ce nom au succès grandissant ?
Il y a 4 ans, alors étudiant dans une école de commerce à Lille, un déplacement vertébral l'oblige à une longue convalescence, près de sa famille. C'est à cette occasion que le jeune homme saisit une guitare et apprend à en jouer seul, en autodidacte. Tout est parti de là. Un mal pour un bien.

À l'été 2015, il fait sensation avec son premier EP, qui compile pas moins de 3 tubes : « Happiest Man on Earth », « Halcyon Birds » et « Young Souls ». Une musique qu'il décrit comme de "l'indie-folk électro dansante", et dont il assure toutes les étapes, de l'écriture à la production, en passant par la composition. Son premier album éponyme est une pépite. Aujourd’hui, Broken Back est le souffle d’air frais qui éclairci le ciel musical français.

Je l'ai rencontré, le 13 mai dernier, dans l'espace réservé aux artistes lors du Festival Grain de Sel de Castelsarrasin.

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Interview : broken back,interview,grain de sel,mandor

Ce n’est pas péjoratif, mais tu es vraiment un artiste « génération internet ». Ça te gêne que je te dise ça ?

Non, parce que c’est la pure réalité. Tout a commencé pour moi avec le streaming sur You Tube, Deezer, Souncloud, Spotify… A la base, la musique est une passion. Pour moi, devenir chanteur, c’était comme devenir astronaute, ça ne pouvait être qu’un rêve. Je n’envisageais pas cela comme une carrière possible. Finalement, l’engouement des internautes pour le projet et le nombre de vues, m’ont décidé à embrasser cette carrière. J’ai profité de cette opportunité pour me lancer et profiter de cette aventure qui dure depuis 4 ans maintenant.

Que tu deviennes musicien, je le comprends, mais on ne s’improvise pas « chanteur » comme ça. Tu as pris des cours ?

Non, je travaille tout seul ma voix. Le chant, c’est un instrument que j’ai découvert en jouant de la guitare.

Un instrument ?

Oui parce que je l’envisage d’un point de vue technique. Le chant me fait beaucoup penser à un violon. On ne chante pas automatiquement juste. La voix évolue. On la maitrise au fur et à mesure. On peut finir par lui faire prendre les formes et les couleurs que l’on souhaite. On peut travailler à l’infini sa technique. Je commence tout juste à m’approprier la mienne. Je la façonne et j’essaie de la perfectionner.

Tbroken back,interview,grain de sel,mandora voix est-elle influencée par ce que tu  as beaucoup écouté ?

Oui. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais énormément Cat Stevens. Il m’a influencé dans ma manière de chanter et de poser ma voix. Cette nonchalance dans la prononciation, j’adore !

Tu fais de la folk electro. En electro, quelles sont tes influences ?

Aucune. Je n’écoute pas beaucoup d’electro. La question des influences dans ma musique est moins pertinente puisque je fais de la musique contemporaine. Une influence doit avoir le temps de faire son chemin dans le subconscient d’une personne. Ce qu’il se passe en electro en trop récent pour que je sois habité par tel ou tel artiste de ce type. J’ai un univers créatif dans lequel j’évolue en cohésion avec mon temps.

Dans ta musique, on retrouve des influences cubaines à la Buena Vista Social Club.

Il y a beaucoup de percussions cubaines dans mes chansons. J’aime mélanger la world à la rigidité et la froideur de l’electro. Je veux apporter de l’aspérité et de l’organique dans ma musique.

Clip de "Halcyon Birds".

Tu es auteur, compositeur et interprète. Tu fais tout quoi !

J’aime chaque partie du processus de création. Je veux maitriser l’ensemble, de la production à l’aspect scénique et graphique du projet. M’occuper de tout me permet d’être complètement sincère et d’obtenir quelque chose qui relève de l’ADN. Mon album, c’est  mon bébé. C’est un accouchement de sortir un disque. C’est un voyage introspectif et un épanouissement artistique.

C’est toi qui conçois les visuels de Broken Back ?

Oui, j’ai appris le graphisme dans une école et j’ai monté mon agence de communication. Aujourd’hui, l’aspect graphique dans ma carrière est très présent et c’est moi qui le gère.

Tes textes sont graves, mais ta musique plus légère… ça permet de mieux faire passer les messages ?

C’est le reflet de ce que je suis. Le moment de composition était pour moi, le moment de convalescence. C’est pour ça que j’ai appelé cet album « Broken Back », « dos cassé ». Je vivais des choses pas agréables du tout, mais j’avais la volonté de rester très optimiste.Ca donne ce mélange un peu aigre-doux. Ça crée un paradoxe sur l’album. La mélancolie et la nostalgie sur de la musique qui donne envie de bouger, c’est rare.

Clip de "Happiest Man on Earth".

Maintenant que tu vas mieux et que tout se passe bien, n’as-tu pas peur d’être moins inspiré ?broken back,interview,grain de sel,mandor

Je suis passé par cette réflexion-là. Je me rends compte naturellement que l’inspiration est partout, dans tout ce que l’on voit et ce que l’on vit. Au niveau de l’écriture, ce qui m’excite, c’est de raconter des histoires… pas forcément autobiographiques. En ce moment, je suis en train de mesurer le potentiel d’épanouissement artistique qui s’offre à moi. Je le vois plus comme un terrain de jeu, sachant que j’ai une communauté qui me suit et me soutient.

Sais-tu pourquoi tu as une importante communauté?

C’est là qu’arrive la notion du travail.  Ca fait quatre ans que je fais des chansons et que je les partage gratuitement en ligne. Je suis en tournée depuis deux ans. J’ai fait plus de 150 dates. A chaque concert, il y a de plus en plus de monde. Sans fausse modestie, je suis vraiment très surpris. Une communauté ce n’est pas une entité qui arrive et qui disparait. Avec le temps, il y a quelque chose qui se passe avec toutes ses personnes.

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broken back,interview,grain de sel,mandorOn se sent Dieu quand on est sur scène devant une foule ?

Il y a des artistes qui ont besoin de créer un personnage. Cela leur permet de prendre du recul sur ce qu’ils font et représentent. Enfiler un costume à quelque chose de protecteur. Il y a aussi des artistes comme moi qui n’ont pas envie d’incarner un personnage. Je souhaite rester moi-même à 100%. Il y a beaucoup d’interactions avec le public. Si je me sentais Dieu, ça ne marcherait pas du tout.

Tu arrives à garder la tête froide ?

Il est impératif d’avoir du recul sur les évènements, sinon, tu peux vite te laisser griser par la notoriété. L’homme n’est pas un animal célèbre. Personne ne sait gérer ça. La notoriété peut être désarçonnant. Je suis très « famille », je suis beaucoup avec mes proches, je n’ai rien changé sur mes habitudes de vie. Mon objectif principal, c’est l’épanouissement artistique. Le jour où je ne m’épanouirai plus, j’arrêterai.

En tout cas, ça fait du bien d’interviewer un artiste simple comme toi.

Je crois que le concept de star est mort. Il n’y a plus que des gens qui sont passionnés et qui travaillent dur, il me semble.

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Pendant l'interview le 13 mai dernier à Castelsarrasin.

"Halcyon birds" aux Victoires de la Musique 2017.

11 juin 2017

Igit : interview pour l'album Jouons

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Rappeler qu’Igit a été repéré grâce à l'émission The Voice saison 3 en 2014, n’est pas lui faire injure. Venant de la scène française, non pas « underground », mais peu médiatisée, cette mise en avant télévisuelle (et musicale) lui a certainement fait gagner du temps en ce qui concerne la visibilité. Nous avons été nombreux à apprécier Igit dès sa première apparition. Un timbre rauque, une identité vocale immédiate et une sympathie naturelle. Après un premier EP, Les Voiles, arrive l’album, Jouons. Il pousse encore plus loin son songwriting et l'immisce naturellement dans de nouvelles sonorités où folk, blues et electro offrent un écrin inédit à sa voix si particulière. Il chante les enfers de ses amours mortes ou en sursis avec une énergie contagieuse. On pense un peu à Stromae (oui, oui), Brel (houlà ! Comme j’y vais !), Bashung Igit, jouons, interview, grain de sel, mandormême… des influences assumées mais jamais copiées.

Le 13 juin 2017, Igit sera en concert à Paris, à La Nouvelle Seine.

J’ai rencontré ce génial auteur compositeur interprète le 13 mai dernier, dans l'espace réservé aux artistes lors du Festival Grain de Sel de Castelsarrasin.

Argumentaire officiel :

La voix est chaude, elle prend par la main. La mélodie est indélébile, sans attendre, elle ne quitte plus le cour de celui qui l'écoute. Pop, folk, électro, peu importe, Igit trace sa route loin des clichés, en toute liberté. Jouons, c'est le regard d'un songwriter élégant et aérien qui a tout écrit et qui préfère, à la peur qui dévore tout ces derniers temps, la poésie qui élève, celle qui refuse d'abdiquer. 13 titres dont un duo exceptionnel avec Catherine Deneuve.

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Nous sommes dans un festival. C’est différent d’un concert « normal » ?

D’habitude, je tourne en groupe et là, ce soir, pour la première fois, je joue seul sur scène. J’aurai pas mal de trucs avec moi, un lecteur vinyle, un toy piano, des diapositives… J’appréhende. Pour moi, c’est un peu quitte ou double parce que je raconte une histoire de A à Z et dans les festivals, les gens se déplacent, c’est donc un peu une mise en danger.

Tu t’es fait connaître par l’émission The Voice. Une notoriété si soudaine est-elle un handicap ou un avantage ?

Il y a quelques mois, je t’aurais dit que ce n’est que du positif parce que ça m’a permis de trouver très vite un entourage professionnel. J’ai désormais un tourneur, j’ai signé en édition, par ricochet, j’ai trouvé un manager, une maison de disque… je vis de ce métier aujourd’hui grâce à cette émission que je ne connaissais pas avant d’avoir été contacté par la production. J’ai habité à l’étranger lors des deux premières saisons de The Voice, je n’avais donc pas compris la folie que cela représentait. C’est plus difficile depuis que j’ai sorti un disque qui n’est pas dans les codes « grand public ». Il y a des chansons dites « populaires », mais aussi des chansons plus « indés ». Je sens qu’il y a un gros a priori envers moi dans les médias. Je revendique le côté auteur et j’ai l’impression qu’on ne me prend pas tout à fait au sérieux. De plus, The Voice représente TF1, du coup, les autres chaines sont, pour le moins, distantes avec moi. Ça m’ennuie, surtout pour les gens avec qui je travaille.

Le clip de "Joie".

Une notoriété soudaine, c’est déstabilisant ?

Ça devient déstabilisant quand tu surestimes ta notoriété. Moi, je n’ai pas changé et je n’ai rien changé à mes habitudes. Je continue à sortir beaucoup, à prendre le métro, à être disponible.

On te reconnait dans la rue ?

Souvent, on ne me calcule pas. Quand je chante, j’ai un look particulier et je porte un chapeau. Bien sûr qu’il y a des gens qui me reconnaissent, mais je ne suis pas une rock star. Pendant The Voice, quand je me promenais, les gens me situaient à peu près, mais ne savaient pas vraiment qui j’étais. Je me suis rendu compte souvent qu’ils ne connaissaient pas mon nom, qu’ils pensaient que je sortais de La Nouvelle Star… ça relativise les choses.

Clip de "Encre Marine".

S’imposer dans ce milieu s’apparente à un combat, non ?

C’est un combat avec soi-même parce que l’on essaie de faire les choses le mieux possible. Ce serait une erreur d’envisager ce métier comme un combat. J’estime que la réussite réside dans le fait d’arriver à combiner ses envies et d’être bien avec soi-même. Il n’y a aucune violence dans ce métier… c’est juste de la musique. Par contre, ce que je peux t’avouer, c’est que parfois, c’est décourageant et qu’il faut s’accrocher comme un dingue pour ne pas baisser les bras.

Le public, il faut aller le chercher, non ?

Oui, mais pas au forceps. Les gens t’écoutent quand tu ne chantes pas fort. Si tu essaies de crier plus fort que tout le monde, ça ne marche pas, tu rentres dans un espèce de conflit et les gens ne vont pas te suivre.

Duo avec Catherine Deneuve, "Noir er blanc".

Tu as le trac avant de monter sur scène ?

Oui, tout le temps, c’est terrible ! C’est parfois même extrêmement désagréable. Je suis d’une nature à douter. Il suffit que je saisisse un regard un peu ennuyé, ça me déstabilise complètement. J’essaie de me concentrer sur les gens qui ont l’air intéressé par le propos. On peut être sur  scène et être quelqu’un de timide, ce n’est pas incompatible. C‘est le paradoxe des artistes. Nous ressentons le besoin impérieux de nous dévoiler dans des chansons et de nous montrer devant des tas de gens qu’on ne connait pas, alors que la plupart d’entre nous sommes pudiques et timides.

A part le fait que tu ne chantes plus en anglais, ton album est la continuité musicale de tes EP précédents.

Ça me fait plaisir que tu dises ça parce que plein de gens m’ont dit le contraire. Il  y a une volonté de délivrer des messages aux gens qui m’écoutent, d’écrire des chansons plus profondes qu’elles en ont l’air. J’aime bien l’idée qu’on ne se méfie pas de mes textes.

Clip de "Des conséquences".

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Après l'interview, le 13 mai 2017.