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02 mars 2021

Gilles Paris : interview pour Certains cœurs lâchent pour trois fois rien

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles Paris 21 (c) Didier Gaillard-Hohlweg.jpgGilles Paris est l’auteur de huit romans qui ont tous connu un succès critique. Son best-seller Autobiographie d’une courgette a fait l’objet d’un film césarisé et multirécompensé en 2016. Je connais Gilles depuis les années 2000, lui étant attaché de presse et moi journaliste (parfois) littéraire, nous avons « travaillé » ensemble. Puis, je l’ai interviewé pour des livres qu’il a écrit (mandorisation là en 2012, en 2014, en 2017 et en 2018)… enfin, nous sommes devenus deux personnes qui aimons bien nous croiser. Souvent.

En lisant Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, récit dans lequel il raconte notamment huit dépressions (et tellement plus que cela), je me suis fait la réflexion qu’on ne connait jamais bien les gens que l’on fréquente. Ce livre est une leçon pour moi. Il faut ouvrir un peu plus les yeux devant nos amis… ils peuvent faire illusion, donner le change. Je n’ai strictement rien vu de la mélancolie de Gilles Paris et je m’en veux. Il me fallait donc lui en parler.

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« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l'auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. « Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles PARIS 1 (c) Celine NIESZAWER.jpgInterview (c) Celine Nieszaer):

Huit dépressions en trente ans de vie. A raison de huit mois par dépression au minimum, ça commence à faire beaucoup d’années de ta vie. Et comme deux dépressions ne se ressemblent pas, ça devient compliqué. Alors que je te voyais souvent, je n’ai rien remarqué de ta mélancolie. Cette mélancolie, qui, expliques-tu, prend toute la place.

Même mon amie d’enfance, Véronique, que je cite dans le livre, n’a rien vu. Quand elle a lu les premiers articles sur le livre, elle est tombée de sa chaise. C’est vrai que j’ai toujours été discret par rapport à ça, non pas parce que j’en avais honte, mais c’est délicat d’annoncer que l’on a cette maladie. Parfois, j’ai été obligé de l’annoncer à mes employeurs de l’époque parce qu’il m’est arrivé d’être hospitalisé un an. Ça se remarque quand tu es censé travailler tous les jours. Pendant certaines dépressions, j’ai continué à travailler comme si de rien n’était. Tant que tu ne dis pas aux gens que tu ne vas pas bien, pourquoi le devineraient-ils ? Cette une maladie que l’on peut cacher sur son visage. J’évitais juste de ne pas prendre un verre d’eau ou un café parce qu’à cause des tremblements, j’en aurais été incapable.

C’est à cause des antidépresseurs ?

Je prenais le plus vieil antidépresseur qui existait. Il m’a sauvé, mais il a le défaut d’avoir beaucoup d’effets secondaires. D’abord, il met trois semaines à rentrer dans le sang, il fait trembler, suer, transpirer, il ralenti ton cerveau et il fait prendre beaucoup de poids.

Ton livre m’a fait toucher du doigt que l’on ne fait pas gaffe aux gens que l’on connait…

Encore une fois, comment veux-tu comprendre que derrière un sourire de clown, tout se déglingue sérieusement ? Donner le change, faire semblant, ce n’est pas très compliqué.

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Tu as compris très vite à quel point les médecins étaient importants.

Quand on ne va pas bien, il faut parler avec un médecin. Ils sont là pour ça. C’est leur métier. Ce n’est pas le métier de ton mari ou de ta femme, ni de tes meilleurs amis. Eux, ils font ce qu’ils peuvent. Chacun donne ce qu’il veut dans la vie, donc, il ne faut pas leur demander trop non plus parce qu’ils ont, eux aussi, leurs soucis quotidiens, leurs pressions…etc. Ta dépression ne fait qu’augmenter leurs problèmes. Par élégance ou par soucis de ne pas peser sur les uns et sur les autres, j’ai décidé de plus me lâcher avec mes médecins ou avec les patients des hôpitaux qu’avec mes proches.

Quand tu parles des médecins, tu évoques des psychanalystes?

Des psychanalystes, des psychologues et des psychiatres. Ce sont trois métiers différents. J’ai fréquenté les trois.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Tu écris dans ton récit que tu es à l’aise avec les psychanalystes. Notamment avec un certain M.

Ce n’était pas un ami, parce qu’on n’est jamais ami avec son psychanalyste, mais on s’est quand même vus pendant 25 ans. Pas 25 ans bout à bout, mais quand même… Il y a eu des moments où j’avais besoin de liberté et besoin de ne plus le voir. Pendant les séances, on parle beaucoup de soi. Cela finit par lasser. En tout cas, nous avions une belle relation ensemble. Elle était égale. C’était un homme qui faisait attention à ce que j’étais et à ce que je devenais. Il m’a repris à chaque fois que je voulais revenir vers lui. Ce qui est joli, c’est que, lorsque j’ai fait ma première dédicace pour ce livre chez Gallimard, boulevard Raspail, dont il est client régulier, il m’a laissé un très beau mot dans lequel il avait l’air de valider tout ce que j’avais dit sur lui dans mon livre. Ça m’a beaucoup touché.

Tu as fréquenté des tas d’établissements psychiatriques, souvent et longtemps, tu me l’as dit tout à l’heure. Dans ton récit, tu écris sur ces établissements : « Je n’ai été vivant que sur la forme, jamais sur le fond ». Ça veut dire que tu n’existais pas ?

Il y a quelque chose de cela. On existe, évidemment, mais on est dans un autre univers. La plupart des hôpitaux et des établissements psychiatriques ont des très hauts murs. Tu te sens protégé. Je me souviens que lorsque j’avais mes premières permissions pour rentrer chez moi, j’étais comme une sorte de visiteur. Je ne me sentais pas chez moi. Je n’avais qu’une envie, rentrer chez moi, mais chez moi, c’était à l’hôpital. J’étais coupé du monde. Je ne suivais plus du tout l’actualité. Dans cet isolement, je me sentais épargné et protégé.

Tu écris même: « Je suis incapable d’ouvrir un magazine. J’attrape la douleur d’autrui comme la gale. La détresse me fend et s’enfonce en moi comme une épée. »

Cette hypersensibilité est une des raisons pour lesquelles j’ai eu toutes ces dépressions. Des gens comme moi ont une fêlure et j’étais là pour la soigner, comme les autres patients. Ça nous empêche tous de dépasser certaines choses. Par exemple, quand je regardais le journal télévisé, les mauvaises nouvelles qui étaient annoncées étaient décuplées, démesurées, amplifiées d’une façon épouvantable. Par exemple, la peur devenait panique.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

C’est curieux parce qu’à une époque où la parole se libère, la dépression reste encore un sujet tabou.

Oui. Pourtant je rappelle qu’il y a une personne sur sept qui souffre de la dépression. 3 millions en France et 300 millions dans le monde.

Tu racontes que tu as fait des tentatives de suicide. Médicaments à forte dose et Whisky. Tu ajoutes : « Défier la mort est une comédie dangereuse ». Pourquoi  une comédie ?

Je n’avais pas vraiment envie d’en finir, j’avais surtout envie d’autre chose. Plus exactement, j’avais envie qu’il se passe quelque chose dans ma vie que je trouvais trop triste et trop monotone. Pour moi, une tentative de suicide était un énorme appel à l’aide. C’était très bien orchestré. Je laissais la porte de mon appartement ouverte, je prévenais mon mari, Laurent, ou une amie, et je savais qu’on me retrouverait et qu’on appellerait les secours et que j’irais directement dans un hôpital psychiatrique. C’était absurde, mais je n’y pouvais rien.

La dernière fois, tu t’es réveillé d’une tentative de suicide avec à tes côtés un médecin qui t’a parlé.

Il m’a dit très gentiment : «  A dose équivalente, un autre patient aurait pu y rester. Certains cœurs lâchent pour trois fois rien »… d’où le titre. Cette phrase a raisonné en moi comme un gong puissant. Elle a eu un effet catharsis. On a beau calculer sa tentative de suicide, on peut tout de même y rester à cause de l’absorption des médicaments. C’est très inconscient comme geste, car le danger est là. Pour moi, réussir un suicide, c’est de rester vivant. J’aime profondément la vie, c’est ça le paradoxe de l’histoire

Tu as publié huit livres, dont tu dis que chacun est  une réponse à la violence de ton père. Violence gp2.jpgphysique et verbale. Je me suis demandé laquelle de ces deux violences laissait le plus de traces en soi. S’entendre dire, « tu ne vaux rien, tu ne feras rien de ta vie, tu es une merde » ou recevoir des beignes ?

Je crois que c’est la première, parce que ces phrases ont raisonné longtemps en moi comme un échec. J’avais beau regarder par-dessus mon épaule, de voir la vie qui était la mienne se dérouler sur un tapis, avec des moments et des rencontres formidables, des livres qui ont bien fonctionné, des succès dans mon métier d’attaché de presse, chaque fois que je vivais un échec, même petit, j’en revenais aux phrases de mon père et je me disais : « Il a raison, je ne suis qu’une merde ». Ça a été très dur de me débarrasser de ça, mais j’ai enfin fini par y parvenir au bout de 25 ans de travail avec un psychanalyste.

C’était beaucoup plus douloureux intérieurement que les coups que tu as reçu.

Mon père était un homme colérique et, souvent, les gens qui se mettent en colère se mettent en colère pour des raisons qui ne sont pas celles qu’ils imaginent. Mon père a été abandonné par le sien. Il a reproduit un schéma. Je me suis pardonné beaucoup de choses et j’ai pu ainsi/aussi lui pardonner.

gp.jpgPenses-tu qu’avec les succès de tes livres, ton père a été fier de toi ?

Je le pense parce que je sais qu’à un moment donné, quand je l’ai revu après la parution de mon premier roman, il avait collecté les articles de presse dans un album. Il aimait bien l’idée que ma sœur, Geneviève, qui est chanteuse et écrivain, et moi, soyons des artistes. Par le passé, mon père avait tenté de chanter. C’est curieux, il avait une certaine fierté mélangée à une indifférence envers nous. Nous ne nous sommes pas vus à deux reprises pendant 15 ans… ça fait presque 30 ans d’absence dans une vie. C’est beaucoup.

Ce n’est pas dans le livre cette histoire d’album. Ca dit pourtant des choses.

Tu as raison. Je ne l’ai pas écrit parce que je n’y ai pas pensé. La lettre d’ouverture est une lettre que j’ai écrite il y quatre ans maintenant. C’est une lettre qui m’a permis de sortir de ma dernière dépression. C’est un ami photographe, celui de la photo sur le bandeau de la couverture du livre, qui m’a poussé à écrire à mon père, même si je ne lui envoyais pas la lettre. Une fois que j’ai su que j’allais écrire un livre sur tout ça, j’ai retravaillé cette lettre littérairement.

Je connais ta pudeur Gilles. Quand on se voit, tu ne dis jamais rien sur toi. Tout à coup, tu lâches tout. Ta vie sexuelle notamment. On passe du non-savoir à : « on sait tout de ta vie »… ou de tes vies d’ailleurs. Le grand écart, quoi !

(Rires) En écrivant ce livre, j’ai eu l’impression que j’étais nu au milieu de la foule, mais en même temps, c’était comme  si les gens ne faisaient pas vraiment attention à moi. C’était juste moi qui me sentait mieux dans la foule. Je n’ai pas cherché à choquer le lecteur, mais je crois que c’était important qu’il ait tous les éléments en main… et encore, je n’ai pas tout raconté.

Quelqu’un d’aussi pudique que toi qui se livre autant, ça touche au cœur. Je t’ai envoyé un sms Photo Gilles copie.jpgquand j’ai fini ton livre pour te dire combien j’étais avec toi et fier de te connaître. Je sais que beaucoup d’amis à toi ont fait la même chose…

J’ai toujours eu un rapport énorme à l’amour et à l’affection que les gens me portent, alors j’ai évidemment était très touché de tous ces messages amicaux. Je ne peux pas m’empêcher d’aimer beaucoup de gens dans ma vie. Je suis comme ça. Je tiens aussi à souligner l’importance de mon mari Laurent. Il m’a aidé à traverser toutes ces épreuves. Il venait me voir presque tous les jours dans les hôpitaux où j’étais. Je le sentais souvent démuni. Il me demandait quand j’allais rentrer à la maison. Il voulait dire : « C’est quoi la maison sans toi ? ». Ça a provoqué parfois des choses terribles. Moi, je me disais : « Mais qu’est-ce que j’ai qui ne va pas qui fait autant souffrir les gens que j’aime ». On a traversé dans notre couple des moments difficiles, mais il a été très patient. Laurent a dégusté. Il ne faut pas croire que c’est rigolo tous les jours de retrouver le soir son mari dans un état de tristesse infinie. Il m’a boosté par moments, il m’a engueulé par d’autres, il a été très gentil, attentif et généreux par d’autres encore.

Tu dis que tu as donné régulièrement ton sperme pour plusieurs cabinets de gynécologie pendant 12 ans et, donc, fait naître des centaines d’enfants… Voilà quelque chose qu’on ne savait pas de toi.

Il faut replacer ça dans le contexte. J’avais 18 ans. J’ai fait toutes sortes de petits métiers qui me faisaient gagner de l’argent. J’avais déjà mon premier appartement, il fallait bien payer le loyer et assurer les sorties du week-end. Oui, j’ai donné mon sperme, j’étais payé 350 francs à chaque fois, mais j’ai aussi testé des médicaments qui n’étaient pas encore lancés sur le marché et j’ai travaillé en usine.

9782259200073_1_75.jpgOn apprend que tu connaissais des gens comme Christophe de Rocancourt et surtout Françoise Sagan et sa compagne Ingrid avec lesquelles tu as fait les 400 coups. Tu as fait partie de sa cour.

J’étais l’attaché de presse du livre de Françoise, Derrière l’épaule, j’ai donc passé beaucoup de temps avec elle. J’étais fan d’elle au sens littéral du terme, alors quand j’ai su que j’allais défendre un de ses livres, ça m’a rendu vraiment heureux. Nous nous sommes plutôt bien entendus, donc on a fait beaucoup de choses ensemble. J’ai même habité chez elle, mais c’est là que je me suis rendu compte  que ce n’était plus possible pour mon équilibre. Comme je le raconte dans mon récit, ça m’a conduit vers une des dépressions que j’ai connue.

Tu as écrit : « Quand on s’assoit face à son psychanalyste pendant plus de 20 ans, rien n’est comparable au bonheur d’écrire. L’écriture ne bouscule pas comme l’analyse. » Plus loin : « L’écriture n’est pas une thérapie pour moi, elle est  ma vie, en dehors de la dépression ».

Pendant les dépressions, je n’ai pas pu écrire. J’ai essayé, mais il faut que je sois bien pour écrire. Tout ce que j’écrivais était stérile et pas bon. Beaucoup d’écrivains ont besoin de la souffrance pour écrire, moi, c’est le contraire. Puisque l’écriture pour moi est une forme de bonheur et de bien-être, il faut que je sois bien dans ma tête.

Je comprends mieux cette phrase dans ton livre : « Ecrire parfois, c’est faire l’amour. L’emballement. L’excitation. »

Quand ton roman prend un virage auquel tu ne t’attendais pas, c’est jouissif. C’est comme si ça libérait des endorphines. C’est comme une jouissance que tu aurais après avoir fait l’amour.

Parfois, dans tes romans, tu as écrit l’inverse de ce que tu as vécu. Et cela t’a libéré. « La fiction a pris le pas sur la réalité et mon imaginaire s’est nourri de la vie de mes personnages. »

Il est toujours question de la distance dans l’écriture. Je n’aurais jamais pu écrire ce livre en étant tout juste sorti d’une dépression. Il m’a fallu du temps avant de l’écrire, d’ailleurs je l’ai écrit très facilement et sans aucun problème. Dans mes romans, je prenais de la distance avec ce qui me heurtait, me faisait du mal, en inversant les rôles ou les personnages.

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Tu dis que « le monde de l’édition est très conservateur, et par extension très hypocrite. Je me suis toujours senti en marge ». Tu ne vas pas te faire que des copains avec de telles déclarations…

Je l’ai souvent dit, ce n’est pas un secret. Tout ce qui est conservateur est toujours un peu hypocrite. Dans le monde de l’édition, on n’échappe pas à ça. J’ai 35 ans dans ce milieu et oui, je me suis senti en marge, mais j’ai fait tout ce qu’il fallait pour me sentir ainsi. En n’allant pas dans les cocktails ou dans les prix littéraires et en créant une forme de distance avec les gens qui travaillent dans ce milieu. Dans la vie, je n’ai jamais cherché à plaire à tout le monde. On m’a raconté une anecdote à propos de Patrick Besson. Il rencontre dans une soirée un journaliste qui avait écrit un papier terrible sur un de ses livres. Besson va droit vers lui en lui serrant la main et lui dit : « Merci infiniment pour ce que vous dites sur moi. » Il a profondément raison et j’aurais ce genre d’attitude dans la vie par rapport à mes ennemis ou aux gens qui ne m’aiment pas. Il ne faut pas leur donner de l’importance. Ils n’en ont pas. Les gens qui ont de l’importance, ce sont ceux qui vous aiment, qui vous soutiennent  et qui sont à vos côtés. Bref, je n’ai pas l’impression de balancer quand je dis que le milieu est conservateur et donc hypocrite, car c’est simplement la vérité.

Cela dit,  je sais que tu adores ton métier d’attaché de presse.

Je n’ai pas du tout l’intention de l’arrêter alors que je pourrais aujourd’hui parce que mes livres me rapportent suffisamment d’argent. Je ne le fais pas parce que c’est une forme d’équilibre qui me convient très bien et j’ai encore beaucoup d’éditeurs qui me font confiance. Je veux travailler le plus tard possible tant que la santé sera là.

Tu t’es occupé de très nombreux auteurs et tu n’es ami qu’avec cinq au maximum. Je sais que tu n’es pas fasciné par les écrivains, ni par la célébrité.

C’est bien que tu le rappelles. Je suis juste fasciné par les vivants, par les gens qui ont en eux la capacité de s’émerveiller par rapport à la vie et d’être généreux et humain. C’est eux qui me fascinent. Des vivants, il n’y en pas beaucoup chez les auteurs. Ceux que je connais, je les ai gardés comme amis. C’est le cas notamment de Nathalie Rheims, Janine Boissard ou Olivier Poivre d’Arvor. Ils ne sont pas nombreux, je t’assure.

Ton livre est sous-titré, « De l’ombre vers la lumière ».  Je me suis demandé pourquoi, puis, je suis tombé sur cette phrase : « Toute ma solitude, enfant et adolescent, m’a permis de trouver à l’extérieur des personnes qui m’ont, elles aussi, élevé, mais cette fois-ci vers la lumière. Je leur dois d’être un homme heureux aujourd’hui. Même les gens normaux ont droit au bonheur. »

Aller vers la lumière, c’est ce à quoi on rêve tous. Personne, à priori, ne souhaite aller vers les ténèbres. Parce que j’ai fait une analyse très longue, j’ai aujourd’hui tendance à vouloir m’élever plutôt qu’à vouloir me rabaisser. C’est essentiel d’aller vers la lumière.

C’est amusant cette  réflexion parce qu’en 2018, tu as écrit un recueil de nouvelles qui s’intitule La lumière est à moi et en 2019 un livre jeunesse qui s’appelle Inventer les couleurs.

Le mot lumière est assez présent dans mes livres parce que j’y crois beaucoup. Tu sais, s’élever, ce n’est pas s’élever seul. C’est emporter les autres avec soi.

Je vais te poser une question nulle. Tu écris dans ce récit : « Une épidémie aurait traversé la planète, je n’en aurais rien su ». Tu as écrit ça avant la pandémie ?

Oui (rires). Personne ne l’a remarqué à part toi. C’est exactement ce que je pensais à l’époque quand j’étais dans les hôpitaux. Mais c’était bien avant le Covid, évidemment.

En écrivant ce livre, tu n’as pas eu peur que cela te ramène à des choses qui auraient pu te refaire tomber en dépression.

Pas moi, mais mes proches, dont Laurent, oui. Cette malédiction de la dépression s’est arrêtée. Mais pour me protéger, quelque que soit mon emploi du temps, je m’octroie toujours dans la journée une dose de légèreté et de bien-être.

26 octobre 2018

Gilles Paris : Interview pour La lumière est à moi et autres nouvelles

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans la lignée de son roman devenu culte, Autobiographie d'une courgette (Plon, 2002), adapté au cinéma en 2016 et récompensé par deux césars, Gilles Paris signe chez Gallimard (dans la collection « Haute enfance » dirigée par Colline Faure-Poirée) le recueil de nouvelles, La lumière est à moi. Une fois de plus, la plupart de ses personnages sont entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Comme souvent chez Gilles Paris, ses histoires sont habitées par la perte et le manque d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une sœur. C’est beau, poignant, émouvant parfois noir... même si la lumière n’est jamais loin.

Avec ce recueil, est organisé une exposition (photographies : Didier Gaillard-Hohlweg/textes : Gilles Paris). "Des paysages saisis dans la fugacité, cet 1/125s entre ombres et lumières, comme une ouverture vers le champs des possibles, espace-temps où tout se décide. Issus de la chambre-noire, des portraits rouges, incarnations des émotions interdites. celles des personnages de Gilles Paris dans son nouvel opus La lumière est à moi.
Des extraits de textes qui ponctuent le parcours, donnant vie au tout."

Teaser de l'exposition La lumière est à moi.

J’apprécie beaucoup humainement Gilles Paris. Ses romans aussi. Ce n’est pas pour rien que je l’ai mandorisé déjà trois fois (là en 2012, là en 2014 et là en 2017). Je pense pouvoir affirmer qu’on aime bien notre rendez-vous « interview » à chaque sortie d’un de ses livres. Pour ce recueil de nouvelles, il s’est tenu le 10 octobre dernier dans le salon jaune de sa nouvelle maison d’édition, Gallimard.

4e de couverture : Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune... Les hérosgilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d'enfance déchue, le   désir de s'échapper, happés par l'espoir d'une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l'océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l'heure où les paysages s'incendient en fin de journée.

L’auteur : Gilles Paris travaille dans le milieu de l’édition depuis plus de 30 ans. Il a publié 5 romans, parmi lesquels Autobiographie d’un Courgette dont l’adaptation cinématographique en octobre 2016, sélectionnée aux Oscars, a reçu 20 prix dans le monde entier et deux Césars.

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

Igilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnterview :

Tu viens de sortir un recueil de 19 nouvelles. En fait, tu as commencé l’écriture par ce genre-là.

J’en écris depuis l’âge de 12 ans. Chaque fois que j’ai signé un contrat dans une maison d’édition,  j’ai demandé si, après, je pouvais sortir un recueil de nouvelles et tous m’ont répondu non. A commencer par mon premier éditeur, Jean-Marc Roberts, qui m’a confirmé que mes nouvelles étaient superbes, qu’il y avait une atmosphère, mais qu’il préférait que j’en étire une pour en faire un roman. Il en résulte que mes deux premières nouvelles « Papa et maman sont morts » et « Icare et Camille » sont devenus mes deux premiers romans. « Icare et Camille » a été débaptisé pour devenir « Autobiographie d’une courgette ». Les éditeurs ont toujours été frileux pour publier des nouvelles, car les recueils se vendent moins bien que les romans.

La belle histoire c’est que tu as été contacté par Gallimard quand tu étais en pleine promotion de Le vertige des falaises l’année dernière.

Ils ont adoré Autobiographie d’une courgette et L’été des lucioles et ils m’ont demandé si j’accepterais d’écrire un recueil de nouvelles. Pour moi, c’était le rêve total qui se réalisait.

C’est agréable d’être demandé ?

Ça n’arrive pas souvent  parce que le milieu de l’édition est un milieu très conservateur, très hypocrite, à quelques exceptions près. Il faut vraiment trouver les bonnes personnes pour avoir une confiance mutuelle. Aujourd’hui, beaucoup d’éditeurs, pour des raisons économiques compréhensibles, font moins de paris et s’enthousiasment beaucoup plus pour des succès colossaux. Il faut faire son petit bonhomme de chemin au milieu de tout ça, ce qui n’est jamais évident. On demande davantage aux auteurs aujourd’hui qu’on ne le faisait il y a 30 ou 40  ans.

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Gilles Paris dans le salon jaune de chez Gallimard.

Il y a quelque chose qui m’interpelle sur le fait de te demander de rallonger tes nouvelles. Une gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnouvelle se suffit à elle-même. Tout y est dit, normalement. Tu n’as pas l’impression de faire du remplissage ?

Non, vraiment pas. Papa et maman sont morts, par exemple, était une longue nouvelle, voire un très court roman si j’y réfléchis. Dans mon recueil La lumière est à moi, les deux nouvelles qui font l’ouverture,  « Les pins parasols »  et « Anton-Les pins parasols », je pourrais tout à fait aller bien au-delà de ce que j’ai écrit. Ce sont deux nouvelles qui se déroulent sur près de 40 ans, je me sentirai très bien le transformer en roman.

Quel plaisir prends-tu à écrire ?

J’aime prendre le lecteur et l’emmener dans une histoire forte, passionnante, passionnelle ou l’amour et l’enfance sont très présents. J’aime l’emmener vers quelque chose qui soit de l’ordre de la lumière et du vivant. Le vivant étant quelque chose qui nous fait battre le cœur et qui nous fait avancer dans la vie.

Dans ce recueil de nouvelles, tu t’es beaucoup intéressé aux étymologies des prénoms.

L’étymologie est intéressante parce qu’elle définit le prénom. Il parait que mon prénom, Gilles, vient d’un vieux nom allemand qui veut dire otage. C’est intéressant d’apprendre ça (rires).

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"Il y a une brisure nette entre les pierres, en bas de l’avenue. Les pavés écorchés semblent suspendus au-dessus de la flaque d’eau, où se reflètent les feuilles des arbres, en ombres noires et mobiles. Une herbe humide et résistante pousse entre les pierres. J’y vois comme une promesse." 
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardL’ombre et la lumière sont dans tous tes romans.

Les deux vont ensemble. On ne peut pas traverser une vie guilleret, léger, insouciant, à moins d’avoir un pois chiche dans la tête. La vie n’est pas comme ça. On traverse tous des épreuves qui peuvent nous affaiblir, mais si nous les affrontons, les supportons et les dépassons, ça nous rend plus grands et forts. Et ça nous emmène justement vers la lumière. 

Une des nouvelles qui m’a le plus touché dans ton recueil, c’est « La petite dernière ». L’histoire d’une petite peste qui fait ce qu’elle veut car ses parents, les élèves et le professeur à l’école, lui passent tout… il y a évidemment une triste raison à cela.

Elle a semé la terreur partout et tout le monde se tait. La chute de l’histoire est encore plus terrible que ce que l’on pouvait imaginer. Dans « Incendie » aussi, il y a une petite peste qui accuse son professeur de l’avoir violé… sauf que.

Sauf que ce n’est pas possible. Et pour cause. Bref, on ne dira rien de plus, mais bravo parce que tu nous retournes toujours à la fin de chaque nouvelle.

Quand je trouve ce qui va faire le sel de ma nouvelle, je suis entre la jubilation et la jouissance. Ecrire, c’est comme faire l’amour. Tu peux écrire machinalement, mais quand ton texte prend une sorte de relief, comme une envolée lyrique, tu ressens presque une excitation.

Je crois savoir que tu n’es jamais totalement satisfait de ce que tu écris.

C’est parce que je me dis toujours que je peux faire encore mieux. Parce que je doute perpétuellement de moi, cela m’incite à beaucoup travailler mes textes.

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"Thomas, photographe, venu pour ces montagnes roses, ce ciel qu’il dépeint d’un bleu insolent, ces gens aussi rêches que la pierre, ce vide abyssal, ce rien loin du monde. Il m’a demandé si j’accepterais d’être photographiée par lui. J’ai haussé les épaules. Une insouciance pareille n’a pas sa place dans mon monde." 
Gilles Paris « Sur le toit du monde » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

On voyage beaucoup dans ton livre. gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard

Oui. A Nice, aux Etats-Unis et en Italie notamment. Je trouvais intéressant de montrer différents décors,  différents lieux. Je voulais montrer que les sentiments et les émotions  restent les mêmes où que l’on soit.

Dans ton recueil, il y a des histoires racontées par des enfants, ça chez toi, c’est systématique, mais il y a aussi, pour la première fois, des histoires racontées par des adultes.

Les nouvelles « adultes », je les ai écrites spécifiquement pour Gallimard. Elles sont sorties de moi entre juillet et octobre dernier. Il y a quelques nouvelles « enfants » qui étaient déjà écrites depuis quelques années. On a convenu avec la directrice de la collection « Haute enfance », Colline Faure-Poirée, de faire une sorte d’alternance entre les adultes et les enfants, ce qui a donné une forme de respiration, de souffle. Malgré tout, chez les adultes qui racontent, l’enfance et l’adolescence sont primordiales. Soit, ils ont vécu quelque chose pendant cette période qui ne cesse de décrire leur destinée, soit ils sont observés par un neveu, une nièce, un fils ou une fille comme un personnage presque de fiction.

Tu vas finir par l’écrire ton roman dans le registre adulte ?

Oui, ce sera le prochain roman sur lequel je travaille depuis un an. C’est un gros livre, touffu, complexe, avec beaucoup de personnages, qui va me demander encore deux ans de travail. Il sera bien sûr question de l’enfance et de l’adolescence. Ça, je ne pourrai jamais l’enlever.

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"On fait du mal sans le vouloir. On sauve des vies, on en perd d’autres. On apprend à nuancer, à ne plus s’emporter autant. C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes."
Gilles Paris « Les pins parasols » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans ton recueil, j’ai trouvé une définition sur le fait d’être adulte exprimé par ton personnage Anton : « C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes. »

Je fais mienne cette phrase. Quand je dis additionner les petites lâchetés, je veux parler des petits coups bas que l’on fait dont on ne parle jamais parce que l’on en est pas très fier. Ils s’additionnent les uns après les autres et en même temps, ça nous aide à grandir parce que l’on est passé à autre chose. Personne n’a été le meilleur amant, le meilleur ami, la meilleure relation possible… je parle aussi de cette petite satisfaction que l’on peut avoir de soi-même qui est un peu agaçante. Mais, il faut bien l’avouer, l’autosatisfaction, nous aide aussi à grandir.

Tu refuses d’être adulte ?

Non, parce qu’on est obligé de l’être. J’ai un appartement, je paye un loyer, des impôts… Etre adulte, c’est ça aussi malheureusement. Mais l’année prochaine, j’ai 60 ans… je n’ai pas l’impression de les avoir. Dans ma tête, j’en ai toujours 30 ans. Bref, je n’ai pas le sentiment de n’être qu’un adulte.

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Le vernissage de l'exposition "La lumière est à moi" le 2 octobre à la galerie 55 Bellechasse.

Parlons de cette histoire de photo  avec Didier Gaillard-Hohlweg. Il y a une exposition parallèlement gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardà la sortie de ton livre.

Je suis très attiré par la photographie depuis longtemps et je connais le travail de Didier depuis un an et demi. J’ai vu la plupart des reportages qu’il a faits. Il a travaillé longtemps dans le domaine de la mode, ensuite comme la mode ne lui plaisait pas, il est allé couvrir des pays en conflit, en Serbie, en Bosnie, en Israël… Au lieu de photographier les gens, il a photographié les lieux. Les murs criblés de balles, des affiches de propagandes déchirées, des traces de mémoires de ce qu’il reste finalement. Il a aussi beaucoup travaillé sur la seconde guerre mondiale et ses lieux de mémoires qui existent notamment en Allemagne et en Argentine. A un moment donné, j’ai vu un reportage qu’il avait fait en Uruguay, à Colonia, et  je lui ai demandé de me passer 5 photos. Je les ai regardé un quart d’heure chez moi et j’ai inventé une histoire autour.

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"Je viens d’arriver à Colonia del Sacramento. Je suis restée longtemps sous la douche, les yeux fermés, appuyée contre le carrelage frais. Je sors de l’hôtel et marche au hasard dans cette ville d’Uruguay où j’ai vécu autrefois."
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

Comment se présente cette exposition ?

Il y a des photos de paysages prisent par exemple à Malte, en Urugay, en Bretagne, en Argentine… L’idée, c’était que l’on accorde nos émotions. Le texte que l’on a mis sous chaque photo résonne sur l’émotion propre à elle. On a choisi 100 phrases tirées de mon recueil, on en a gardé 16. Lors du vernissage à la galerie 55 Bellechasse à Paris, nous étions contents, car les visiteurs regardaient autant les photos que les textes qui correspondaient. Il y avait une totale adéquation.

Tu as un deuxième livre en préparation pour ton éditrice Colline Faure-Poirée.

On a signé pour deux livres. Ce recueil de nouvelles et un livre jeunesse illustré, Inventez les couleurs, qui sortira en mars 2019 au moment du Salon du livre de Paris.

As-tu le sentiment de construire une œuvre ?

Non. De par mon métier d’attaché de presse, j’ai défendu de grands écrivains depuis 35 ans, donc je sais rester à ma place. J’estime qu’une œuvre, c’est quand tu as publié au moins 50 livres.

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Après l'interview, le 10 octobre 2018, dans les jardins de chez Gallimard.

06 juin 2017

Gilles Paris : interview pour Le vertige des falaises

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorCeci est la quatrième mandorisation de Gilles Paris, (la première en 2012, pour évoquer son livre Le pays des kangourous, la seconde en 2013 pour la réédition d'Autobiographie d’une courgette (qui a connu une autre vie artistique phénoménale depuis) et en 2014 pour son roman L’été des Lucioles). Gilles Paris est une figure incontournable du milieu littéraire depuis de nombreuses années. Il n’est pas seulement auteur, il est également l’un des attachés de presse les plus importants de France. On ne compte plus les écrivains qu’il défend.

Pour en savoir plus sur Gilles Paris, lisez l'excellent article du Parisien, paru récemment.

Je lui suis fidèle parce que, même si nous ne sommes pas des amis proches, nous avons des liens suffisamment forts pour que je sois très attaché à lui et à son œuvre. Elle (son œuvre) me touche profondément. Les secrets de familles, l’enfance un peu cabossée... ne me laissent pas indifférent…

Le 11 avril 2017, pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017), j’ai interviewé Gilles Paris une nouvelle fois, à l’agence. Voici ce que j’en ai retenu pour le consumer… et ensuite, je vous propose, comme souvent, un bonus mandorien.

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien :

Le succès mondial de l’adaptation cinématographique d’Autobiographie d’une courgette est-il un conte de fées ?

Oui, dans lequel il y a eu des montagnes russes. J’ai vécu des émotions fortes. Autobiographie d’une courgette, il faut le rappeler, est mon deuxième roman. Il est paru en  2002, c’est à dire il y a 15 ans. Il a déjà eu en 2007, une adaptation à la télévision  pour France 3 (sous le titre C’est mieux la vie quand on est grand), réalisé par Luc Béraud, produit par Pascale Breugnot, avec Daniel Russo qui jouait le gendarme.

Mais l’aventure du film d’animation réalisé par Claude Barras est tout à fait incroyable.

Tu peux le dire ! Je l’ai suivi de près et de loin. Je regardais un peu ce qui se disait, mais pas tout. Cette aventure incroyable m’a rendu très heureux. Nous sommes allés jusqu’à deux César, une nomination aux Oscars et à peu près 20 prix dans le monde entier. Mais pour moi, la plus importante des victoires est celle du public. Il y a eu plus de 800 000 entrées en France et  le DVD qui vient de sortir se vend très bien. C’est un peu le succès de David contre Goliath. Je rappelle que c’est un film d’auteur avec un budget correct, mais modeste par rapport aux productions américaines. Il s’est pourtant hissé vers les plus hautes sphères. Je remercie encore Claude Barras d’avoir su garder l’esprit du livre.

As-tu suivi l’élaboration de ce film d’animation ?

Non. J’ai suivi tout ça comme un fan. Je regardais les teasers, les premières images, je lisais les articles paraissant sur le projet… je n’étais pas encore en contact avec la production à ce moment-là.

La première fois que tu t’es assis pour voir le résultat final, il s’est passé quoi dans ta tête ? gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Tout ce que j’avais vu et lu au préalable m’avait rassuré. Mais c’est toujours un peu étrange de voir un film tiré d’un de ses livres. C’était une projection faite pour les partenaires du film, en avril dernier. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil, mais à la fin, les réactions étaient tellement bonnes que j’ai été rassuré. Depuis,  j’ai vu le film une vingtaine de fois et à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Par exemple, j’ai remarqué qu’une de mes héroïnes, Camille, lisait Kafka, que la grenadine était rose… des détails comme ça.

Peut-on être ému par une histoire qu’on a écrit soi-même finalement ?

Pas vraiment par l’histoire, mais par le contexte, par ce que ce film a véhiculé dans ma vie. J’étais très ému à cette projection et encore plus à Cannes. Cannes, c’était la première projection publique payante. C’était une très grande salle et nous étions tous réunis. Quand le film s’est terminé, il s’est passé quelque chose de très inattendue : des applaudissements pendant 20 minutes. C’est très long 20 minutes ! J’avais ce sentiment étrange de me dire que si je n’avais pas écrit ce livre, dans cette salle, ce serait d’autres gens, une autre histoire, un autre livre, un autre film. Tatiana de Rosnay m’a raconté qu’elle a eu le même sentiment quand elle a vu pour la première fois Elle s’appelait Sarah en projection.

T’es-tu expliqué l’émotion qu’a suscitée ce film ?

Non. On explique plus les échecs que les réussites. Si on connaissait le secret d’une réussite, on ne ferait que ça. Dans le cas du film, le bouche à oreille a été très important.

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Pendant l'interview...

Ce succès a-t-il changé ta vie ?

Ma vie s’est améliorée. Depuis toujours,  je suis quelqu’un qui n’a pas une super grande confiance en lui, mais le succès de la courgette m’a un peu galvanisé et m’a indéniablement apporté du bien-être.

Il y a quelques années, je te demandais si le fait d’être écrivain toi-même n’était pas un problème pour être attaché de presse d’autres écrivains. Aujourd’hui, tu es plus connu que beaucoup d’entre eux…

En ce moment, j’ai la chance d’avoir des auteurs qui sont extrêmement heureux pour moi et qui m’envoient régulièrement des textos et des messages d’affection. Je reste quelqu’un d’extrêmement discret.

Je peux en témoigner, tu n’as absolument pas changé.

Je ne changerai jamais tu sais. Quand on est heureux, que la réussite est là, il ne faut jamais oublier qu’il y a toujours quelqu’un pour te rappeler de descendre les poubelles.

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Après l'interview, le 11 avril 2017.

20 mai 2014

Gilles Paris : interview pour L'été des lucioles

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(® David Ignaszewski)

Comme je l’ai expliqué lors de la première mandorisation de Gilles Paris, en tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur cette personne incontournable du milieu littéraire. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels ou même rendez-vous avec un auteur. Gilles Paris écrivain, c'est un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Dans chacun de ses romans, il fait parler un enfant de neuf ans. Ce n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière les propos d’un bambin… mine de rien.

Notre relation a d’abord été professionnelle, puis elle est devenue amicale au fil du temps. J’ai décidé de défendre chacun de ses nouveaux romans (la précédente mandorisation), parce qu’à chaque fois, ma part d’enfance est touchée en plein cœur.

Le 26 mars dernier, Gilles Paris est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer L’été des lucioles, son premier livre aux éditions Héloïse d'Ormesson.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor4e de couverture :

Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar, ses mamans, adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.

En vacances à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, Victor partira à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte en compagnie de Gaspard. L’été sera placé sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux villas qui bordent le rivage, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que de leur ouvrir la porte des jardins enchantés.

Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

L’auteur :

Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorInterview :

Je reçois un Gilles Paris qui écrit un livre à la limite du fantastique.

J’avais envie de quelque chose de différent. J’ai peur de me dire un jour qu’on pourrait se lasser que je rentre dans la peau d’un enfant de 9 ans.  Du coup, j’essaie à chaque fois de surprendre, avec des histoires qui sont très différentes les unes des autres, avec des univers qui changent, des narrateurs qui ne se ressemblent pas, même si, en 20 ans, il y a une passerelle entre mes quatre romans.

C’est une langue dans laquelle tu te sens bien ?

Je ne te cache pas que j’ai envie d’y rester. Je trouve que l’époque dans laquelle on vit au quotidien est difficile pour beaucoup de gens, j’avais donc envie d’un livre « bulle », une espèce de parenthèse dans laquelle on puisse s’enfermer le temps d’une lecture. Pour moi, ça l’a été le temps de l’écriture. Ça m’a fait un bien fou. J’ai eu l’impression de m’isoler totalement du monde extérieur qui me paraissait rude. Après avoir traité des thèmes comme la dépression et les maisons d’accueils, je voulais souffler un peu de tout ça. Je souhaitais aller vers quelque chose de plus lumineux. Tous mes romans ont une empreinte à la fois grave et légère. Pour une fois, je voulais qu’avec L’été des lucioles, ce soit plus léger que grave et qu’il y ait plus de lumière que d’ombre.

Il y a la trame habituelle des conflits parentaux et de la séparation.

Des parents qui se séparent et divorcent, c’est d’une banalité totale aujourd’hui dans les familles, mais on ne se rend pas compte ce que cela peut faire sur des enfants, qu’ils soient petits, adolescents ou majeurs. Des parents qui se séparent, c’est comme une vision de l’amour qui se scinde en deux. D’une manière ou d’une autre, même si c’est très banal, l’enfant en ressent quelque chose de très fort.

C’est un roman très moderne. Le petit Victor qui passe ses vacances à Cap Martin les gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorpasse avec ses deux mamans.

J’ai écrit ce roman bien avant que les lois soient votées et qu’on en parle autant. Je rappelle qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, il essaie simplement de comprendre. Il a complètement intégré ses deux mamans comme un soleil dans un ciel bleu. C’est naturel, point final.

Non seulement il accepte sa deuxième « maman », mais, même, il l’adore parce qu’elle s’occupe bien de sa vraie maman, Claire.

Il fallait qu’un adulte veille sur leur mère. Il se trouve que c’est Pilar. De plus, cette dernière fait attention à Victor, mais aussi à sa sœur Alicia. Il lui retourne cet amour qu’elle lui prodigue.

Mine de rien, c’est un livre aussi sur la tolérance.

Dans mes romans, je ne veux jamais imposer quoi que ce soit, rien asséner, ni glisser des messages subliminaux. Laissons-nous le choix de choisir ou d’accepter ce qu’on a envie de faire ou de ne pas faire !

Tu es comme tes narrateurs. Tu as beaucoup de mal à juger les gens.

Je suis comme tout le monde, j’ai des aprioris, mais je suis toujours prêt à trouver des circonstances atténuantes à tout le monde. Mais derrière ces narrateurs de 9 ans, je m’abrite. Je suis très pudique et je me dévoile personnellement très peu. Ça me permet de parler de choses assez importantes et qui me touchent, mais avec la distance nécessaire.

Et plutôt dans un sens positif.

Dans la vie, je suis comme ça. Je ne suis pas rancunier par exemple, mais je n’oublie rien. C’est très rare que je me fâche et que j’en veuille à quelqu’un. Je trouve des excuses aux gens et je passe à autre chose.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorIl y a un peu de magie dans ton roman.

Victor dit à la fin : « la vie sans magie, c’est juste la vie ». Moi, je trouve qu’il faut ajouter de la magie à la vie. On a chacun une manière très précise d’en mettre. Qu’elle soit fantastique ou qu’elle ne le soit pas, qu’elle soit imaginaire ou qu’elle ne le soit pas. Ce qui arrive à Victor à un moment donné va être extra ordinaire. C’était assez difficile, mais à la fin du livre, je voulais qu’on puisse s’imaginer brièvement qu’au fond, tout cela était de l’ordre du possible.

Victor est un petit garçon courageux.

Il est courageux et pétochard à la fois. Par rapport à Justine, la fille qu’il aime depuis deux étés, il n’a jamais osé lui parler, encore moins lui déclarer sa flamme. Et par ailleurs, il est le plus futé et plus malin que tous mes narrateurs réunis, puisqu’il écrit lui-même le roman qui s’appelle L’été des lucioles. Il a une observation de la vie très différente qu’avait Simon dans Au pays des kangourous ou qu’avait Icare dans Autobiographie d’une courgette. Il absorbe les leçons de la vie en se servant des interrogations et des réponses qu’il se donne à lui-même.

Sa mère est libraire. Elle passe sa vie à lire des romans, c’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il écrit ?

Oui, ainsi il veut que sa mère le tienne entre ses mains. Écrire, c’est aussi l’idée de passer encore plus de temps avec sa mère qu’il adore.

Tout cela est bien symbolique.

Oui, mais toujours avec des points de suspension. La symbolique est aussi dans les papillons qui hantent le roman et qui sont le symbole de la métamorphose. Dans le roman, tous les personnages vont se transformer plus ou moins discrètement.

Que représentent pour toi les lucioles ?gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor

Ça représente quelque chose de magique. Elles rejoignent mes thèmes principaux. Une luciole c’est une lumière dans la nuit. On retombe sur l’ombre et la lumière. Il y a quelque chose derrière l’animal d’un peu magique… cette petite lumière qui scintille dans la nuit.

Dans tous tes livres, il y a toujours un peu d’espoir, mais dans celui-là, un peu plus. Est-ce que Gilles Paris va mieux ?

Je ne sais pas si je vais mieux. Quand j’écris, je ne suis plus tout à fait moi. Je ne pense à rien d’autre que mon narrateur. Je deviens lui. C’est un exercice difficile, périlleux et excitant d’entrer dans la peau d’un enfant de 9 ans pendant toute l’écriture d’un roman.

Ton public s’élargit de livre en livre, je trouve.

Peut-être parce que j’écris plus et que je laisse passer moins de temps entre deux livres. C’est compliqué quand tu as publié quatre romans en vingt ans de fidéliser un lectorat. Là, je travaille déjà sur le suivant. Mon rythme d’écriture s’accélère sensiblement. J’espère le publier en janvier 2016.

Il parlera de quoi ?

Mon nouveau héros de 9 ans s’appelle Maxime. C’est un garçon qui va régulièrement faire des lectures dans une maison de retraite. Il égaie la vie des personnes âgées. L’action se passe entièrement à Paris. Je ne t’en dis pas plus.

Le père de Victor s’appelle François. Tu m’as dit que c’était en mon « hommage ». C’est vrai ?

Je te promets que c’est toi. Tu sais, depuis longtemps, en fait, mes romans sont truffés de remerciements à des gens que j’aime. Il y a plusieurs manières de remercier les gens qu’on apprécie pour toutes sortes de raisons. Écrire une note à la fin du livre et remercier les gens, ce que je fais depuis deux livres, ou utiliser des noms et des prénoms des gens que j’aime pour mes personnages. J’ai beaucoup d’affection et d’amitié pour toi depuis notre premier entretien. Évidemment que tu n’es pas la caractéristique du personnage, mais c’était une façon de te remercier.

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 Le 26 mars 2014, après l'interview.

23 avril 2012

Gilles Paris : interview pour "Au pays des kangourous"

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En tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur Gilles Paris. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels, argumentaires ou même rendez-vous avec un auteur. Il a toujours été efficace, je dois dire. Mais s’il sait « vendre » les auteurs pour lesquels il travaille, il sait aussi les protéger. Je me souviens d’un "savon" reçu lorsque j’ai raconté sur ce blog une tranche de vie d’un de ses auteurs qu’il ne fallait pas préciser… et il avait raison.

Je connaissais sa double vie d’auteur, mais uniquement de réputation. Je n’avais rien lu de lui. Je savais par contre qu’à chaque fois, le public était au rendez-vous. Alors, j’ai voulu « juger » par moi-même ce qu’était exactement un Gilles Paris écrivain. Un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Faire parler un enfant de neuf ans n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière ses propos… mine de rien.

Gilles Paris est venu à « l’agence », mercredi dernier (le 18 avril 2012). Curieusement, après des années de conversations téléphoniques, c’était la première fois que nous nous voyions « en vrai ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorPrésentation de l'éditeur :

« Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. » Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n’en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l’accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d’affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé. L’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l’hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide. Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité que l’on croyait indicible.

L’auteur :

Gilles Paris est auteur de deux romans, Papa et maman sont morts (Le Seuil, 1991) et Autobiographie d’une courgette (Plon, 2002). Il travaille dans le monde de l’édition.

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gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorInterview :

Les gens du « milieu » te connaissent comme un attaché de presse indépendant et incontournable. Un des plus prisés de « la place ».

J’ai une nature indépendante. Ça m’a toujours joué des tours dans les maisons d’édition dans lesquelles j’ai travaillé. Je suis resté 10 ans chez Plon, 7 ans chez Lattès et je suis passé dans d’autres maisons. J’aime bien faire mon propre chemin. J’aime bien choisir mes axes et mes angles pour lancer un livre. Je n’aime pas trop que l’on me dise ce que je dois faire. Depuis toujours, quand je lis un livre, j’ai une lecture un peu déformée à cause de mon métier et je pense tout de suite à ce que je vais en faire. Quel angle vais-je prendre pour lancer le livre ? Quels journalistes vais-je contacter ? Vers quelles émissions vais-je aller ? Donc, tout ça fait que ça m’a incité à monter ma propre boite.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que tu m’as proposé la semaine dernière deux livres : l’autobiographie de Dominique Cantien et la bio de Michel berger par Yves Bigot. C’est bien vu !

Tu sais, il y a un truc que je déteste faire dans mon métier, c’est ce qu’on appelle « la liste de topage ». C’est la liste des journalistes à qui je vais envoyer tel où tel livre. Moi, ça me prend entre deux et trois heures pour en faire une. C’est très complexe parce qu’aucune liste ne va se ressembler, puisqu’aucun livre, à priori, ne ressemble à l’autre. Il faut choisir dans l’idéal le journaliste susceptible d’être intéressé. Parfois, il y en a plusieurs sur un support, parfois, il n’y en a qu’un seul. Il faut bien connaître les journalistes, leurs goûts, leur approche du livre et malgré cela, on peut se tromper. Rien n’est jamais acquis. Quand on fait un bon service de presse, une partie du lancement est fait.

Faut-il être fin psychologue pour être un bon attaché de presse ?

Il faut surtout être très patient. Il faut savoir entendre le « non », quitte à revenir après d’une autre manière. Quand j’ai un refus dans un support, j’essaie d’avoir une seconde chance pour l’auteur et d’avoir un autre journaliste susceptible d’aimer le livre et de le défendre au sein de la rédaction. Tu le sais, un journaliste qui aime un livre est beaucoup plus légitime au sein de sa rédaction s’il le défend avec passion que le meilleur des attachés de presse. Je fais vraiment beaucoup attention aux pigistes et à tout « le périphérique » de ses médias… j’ai souvent remarqué que ça fonctionnait bien ainsi.

Quand j’ai reçu ton livre, tu te souviens que je t’ai demandé, naïvement certes, si tu étais ton propre attaché de presse.

Évidemment que je ne le suis pas. Il y a une règle que j’essaie d’appliquer  au sujet de mon livre et qui n’est pas toujours facile : si on ne m’en parle pas, je n’en parle pas. Je trouve que c’est la moindre des choses. Après, j’avoue, quand on est dans la peau d’un auteur, c’est difficile de parler 15 fois à un journaliste qui ne répond pas à votre propre attachée de presse de votre propre livre.

Toi qui connais par cœur les arcanes de ce métier, est ce que ça te permet d’imaginer la destinée de ton livre?

On ne peut jamais imaginer quoi que ce soit. Il y a un facteur de travail, de fond, de stratégie, mot que je n’aime pas beaucoup, et de réflexion dans le lancement d’un livre. Après le goût des uns et des autres, c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. La chance que j’ai eue, c’est que mon éditrice, Stéphanie Chevrier, a eu le livre deux mois avant sa parution. Nous avons donc eu l’opportunité de faire un gros service de presse pour les libraires. J’ai eu pas mal de retours positifs, bien avant que la promotion en elle-même commence. Ça m’a aidé à approcher cette période de manière sereine. Je suis quelqu’un de tourmenté, d’angoissé. J’essaie de ne pas trop le montrer, mais je suis comme n’importe quel auteur au moment d’un lancement. J’appréhende le regard que les lecteurs porteront sur mon univers.

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Mais, à ce que j’en sais, tu as eu un accueil magnifique.

Je suis extrêmement content de ce qui s’est passé. Ça a été formidable du côté des libraires, de la presse et des médias en général. J’ai découvert aussi quelque chose qui m’a absolument bluffé, c’est le rôle d’internet et des blogs littéraires aujourd’hui. J’ai lu une enquête il n’y a pas très longtemps qui a été mise en ligne sur Livres Hebdo. Ils ont demandé à un panel de gens ce qui les incitait le plus à acheter un livre. 49% d’entre ont répondu : les blogs littéraires. La presse littéraire, par exemple, ne représentait que 4%. C’est quand même assez édifiant. Au moment d’Autobiographie  d’une courgette, les blogs littéraires n’étaient pas aussi florissants. Ce que j’aime, c’est leur franchise, leur droiture, leur honnêteté. Ils aiment, ils le disent, ils n’aiment pas, ils le disent aussi. C’est un regard neuf.

Bon, parlons du livre justement. Tu dis souvent que tu ne sais pas écrire comme un adulte. Là, c’est un enfant de 9 ans qui raconte la dépression de son père…

Je te promets que je ne sais pas écrire autrement que par le prisme du regard d’un enfant de 9 ans. Revenons à la chronologie des choses. J’ai écrit des nouvelles entre l’âge de 12 et 16 ans et déjà, à 12 ans, j’écrivais comme un enfant de 9 ans. C’est venu comme ça et c’est toujours resté comme ça. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi. Je n’ai jamais écrit comme un adulte. Bien sûr, je sais faire des lettres ou des dossiers de presse, mais en littérature, écrire comme un enfant de 9 ans, ça me colle à la peau.

Un psychanalyste se régalerait, non ?

J’ai au moins un point commun avec les trois narrateurs qui engendrent mes trois romans. Peut-être que, comme eux, j’aime bien porter un regard sur la société qui m’entoure sans vraiment la juger. Je suis une sorte d’observateur, de spectateur, mais qui ne porte pas vraiment de jugement, ni sur une situation, ni sur les gens. Je me suis toujours senti légèrement en dehors du monde dans lequel je vis.

Cela permet d’avoir plus de distance sur les sujets que tu abordes, souvent grave.

À 53 ans, bien sûr que l’on se rend compte que raconter un roman avec le point de vue d’un enfant de 9 ans, c’est évidemment la distance, c’est dédramatiser le sujet puisque le langage de l’enfant est à la fois très imagé et fait montre d’une curiosité insatisfaite.

Le petit Simon du Pays des Kangourous  n’a rien à voir avec le Jean Jean de Papa et gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandormaman sont morts.

20 ans se sont écoulés entre les deux livres et les générations changent, c’est quelque chose qu’il faut beaucoup travailler. J’ai donc beaucoup observé les enfants de mes meilleurs amis. Et pour les mots, je fais attention en permanence que ce soit bien le langage d’un enfant de 9 ans d’aujourd’hui et qu’ils soient bien prononçables par lui.

Paradoxalement, dans ton roman, il y a une jeune autiste, Lily, qui a le même âge que Simon, mais qui dit toujours la vérité et qui parle comme une adulte.

Dans mes romans, j’aime bien perturber le petit narrateur par une enfant de son âge. Je voulais que ce soit quelqu’un de malade qui lui parle de la maladie. Je suis allé dans une librairie, j’ai fait le tour des rayons pour voir quelle maladie pouvait m’intéresser et je suis tombé sur le rayon de l’autisme. Il y a beaucoup de témoignages et de documents sur le sujet. J’ai lu un livre de Judy et  Sean Barron Moi, l’enfant autiste, paru chez Plon, et il m’a bouleversé. Bouleversé en tant que lecteur et bouleversé en tant que romancier. Je me suis rendu compte qu’il y a une certaine partie de l’autisme qui  est absolument fascinante. Certains enfants autistes ont une intelligence presque adulte, en même temps, ils évitent les flaques d’eau pour ne pas s’y enfoncer, ils touchent la nourriture avant de la manger, ils passent leur temps à allumer et éteindre la lumière pour voir si rien ne change… quand j’ai refermé ce livre, j’avais compris que la petite fille du livre serait autiste.

On ne voit pas le mot autisme dans le roman…

C’est volontaire parce que cette petite Lily, pour moi, elle n’existe pas réellement dans le roman, mais elle n’est pas le fruit non plus de l’imagination de Simon. C’est un ange gardien, quelqu’un qui fait attention à lui, qui le protège parce que son père est malade et sa mère est absente. En même temps, c’est quelqu’un qui ne s’intéresse qu’aux malades pour les soigner… et parfois même contre l’avis des médecins. Ce qui m’intéressait, c’est qu’on ne sache rien d’elle. D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle là ? Je ne réponds pas à ces questions. Juste, elle fait du bien à Simon et à son père.

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorDu coup, on retrouve un peu l’atmosphère des films de M. Night Shyamalan, comme Sixième sens par exemple.

J’ai pensé aux films de ce réalisateur quand j’ai créé Lily. Je voulais insérer dans mon roman « réel » un personnage « fantastique », ça donne une dimension onirique. Il fallait que ce soit le plus subtil possible pour que l’on ait un doute. Que l’on y croit alors qu’elle n’existe pas.

Il y a une forte place laissée à l’imagination dans ton livre. Par exemple, Simon, quand il ferme les yeux, il réinvente son monde.

J’ai deux sœurs. Dont une d’un second mariage, de mon père. Donc, moi, je n’étais pas un enfant unique. Par contre, à l’école, j’avais autour de moi des copains qui l’étaient. J’étais fasciné par eux parce qu’ils avaient une facilité déconcertante à inventer des jeux pour jouer avec eux-mêmes. J’estimais que Simon devait avoir un truc à lui vraiment perso. Il a cet art, ce don, de s’inventer des rêves vivants, c'est-à-dire de les convoquer. Ce sont des rêves parfois oniriques, parfois psychanalytiques, parfois prémonitoires. Pour moi, les rêves de Simon, c’est sa part adulte. C’est ce qui va l’aider à grandir.

Tu as connu toi-même la dépression. Trois dépressions graves, toutes suivies d’hospitalisations.

J’ai même été à Sainte-Anne assez longtemps.

Ce livre était-il aussi une forme de suite de thérapie ?

Non, la thérapie, je l’ai faite avec des médecins et des médicaments. Aujourd’hui, je me suis complètement sorti de cette maladie.

En France, c’est un sujet tabou dans la société d’aujourd’hui...

Alors que la France est le pays champion en Europe de la consommation d’antidépresseurs… mais c’est aussi un sujet anxiogène. Ça met les gens très mal à l’aise de manière générale. Je voulais essayer, à travers Lily et à travers le père de Simon, de faire en sorte que les gens en aient moins peur, qu’ils aient une vision moindre du mal, de cette douleur morale surtout, que représente cette maladie. Si ce livre peut aider les gens à comprendre ce dont a souffert leur fils, leur fille ou quelqu’un de proche autour d’eux, alors j’aurais gagné une partie de ce que je souhaitais faire avec ce roman.

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Vitrine aux Deux Magots.

Ce que j’aime dans ce livre, c’est qu’il est très émouvant, mais il n’y a pas de pathos… la frontière est difficile à ne pas franchir.

À des moments difficiles de ma vie, quand je me confiais à des gens que j’aimais, je ne pouvais pas m’empêcher, de conclure ma conversation en faisait une pirouette finale qui dédramatisait tout ce que je venais de raconter. Je n’aime pas rester sur quelque chose de profond. Quand je dis une chose sincère, je rajoute toujours une connerie après.

Au pays des kangourous vient d'obtenir le prix Cœur de France 2012. Ce prix récompense un auteur accessible au plus grand nombre. Ça rassure de recevoir un prix ?

Évidemment, oui. Je vais te dire très franchement, j’avais des amis dans le jury, notamment Janine Boissard. Mais, ce qui m’a fait plaisir, c’est que je me suis retrouvé en ballotage avec un autre auteur et la personne qui a donné sa double voix et qui m’a permis d’avoir le prix, c’est Madeleine Chapsal. Une auteure que je n’avais jamais rencontrée dans ma vie et qui ne me connaissait pas du tout avant d’avoir lu mon livre.

(Le Prix Cœur de France est attribué tous les ans pendant la fête du livre "Lire à Limoges".  Les membres du jury sont :  Madeleine Chapsal (présidente), Marie-Paule Barruche (adjointe au maire de Limoges), Janine BoissardRégine Deforges, Eve Ruggieri, Sonya Rykiel, Eric Portais et Gonzague Saint Bris. Le jury 2012 a désigné Gilles Paris pour "Au royaume des kangourous".)

Tu connais tous les travers des auteurs, puisque tu les fréquentes au quotidien…

C’est aussi les miens, François. (Rires)

C’est ce que j’allais te demander, as-tu les mêmes soucis que les gens que tu défends ?

Je pense que je n’harcèle pas mon attachée de presse. Je ne suis pas parfait. J’ai des défauts comme tout le monde et je suis certain d’avoir commis des impairs, mais j’essaye d’être discret et de me réfréner. Mes livres ont beaucoup d’importance pour moi et bien sûr que si, un jour, je ne peux faire que ça, je le ferai. Je fais un métier que j’aime et vis-à-vis des auteurs que je défends, je ne peux pas me comporter comme n’importe qui.  Je m’évertue à ne pas froisser un auteur pour lequel je travaille en même temps que mon livre sort. Ce sont des auteurs que j’aime et certains sont fragiles.

Ton premier livre date de 1991. Tu écris un livre tous les dix ans. C’est peu.

Quand j’étais chez Plon, une année, les Américains étaient à l’honneur du Salon du livre de Paris. Il y avait une auteure de nouvelles, Jayne Anne Phillips, qui écrit elle aussi un livre tous les dix ans. Les journalistes lui demandaient tous pourquoi. Elle a répondu : « Parce que c’est le temps qu’il me faut, non seulement pour vivre avec mon histoire, pour vivre avec mes personnages, les oublier, les reprendre et au final, écrire un livre dans des temps assez rapides ». Il y a longtemps, quand j’étais journaliste, j’ai rencontré un écrivain vénitien qui m’avait dit : « Pour le commun des mortels, une page blanche, c’est juste une largeur et une longueur, pour un écrivain, c’est surtout une profondeur. C’est dans la profondeur de la page qu’il va chercher son histoire et ses personnages ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorMais, toi, quelle est ta vraie raison ?

Pour Autobiographie d’une courgette, il m’a fallu pas loin de 3 ans pour bien ingérer le milieu des maisons d’accueil et pour mener à bien une enquête sérieuse. Pour Au Pays des kangourous, j’ai pris tout ce temps parce qu’il fallait que je sois complètement sorti de la dépression, que j’en sois complètement guéri pour pouvoir en parler de manière légère. Ma dernière dépression remonte à 8 ans, tu sais…

Tu vas garder ce rythme ?

Non, je vais essayer d’en écrire un tous les deux ans. J’en ai un qui est prévu pour janvier 2014… si tout va bien.

Tu vas tenter d’écrire comme un adulte.

C’est déjà fait. Ce roman s’appelle Les amis de Paul. Pour être franc avec toi, il n’a pas accroché les éditeurs à qui je l’ai fait lire. Ça m’a conforté dans l’idée que ce n’était pas mon univers.

Tu ne retenteras pas, du coup ?

Je ne sais pas. Je ne dis jamais jamais.

Es-tu fasciné par ce métier d’écrivain ?

Non. En tout cas, je n’ai pas de fascination pour les écrivains. Je les aime, j’aime lire certains de leur livre. Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est leur écrit. Mon métier est de protéger mes auteurs et de les vendre dans les médias le mieux possible, mais j’ai une distance très forte avec eux.

Tu choisis que des gens que tu aimes bien ? Bon, tu ne peux pas me dire le contraire…

Mais je vais te répondre très honnêtement. 80% du temps, j’accepte d’être l’attaché de presse de gens que j’apprécie parce que j’ai la chance de pouvoir choisir. De temps en temps, il m’arrive d’accepter des budgets parce que j’ai une boite à faire tourner. J’ai des salaires, des charges… cela étant presque toutes les semaines, je refuse un budget. Si j’en refuse un, c’est que j’en ai forcément un plus intéressant qui va arriver. Mon agence marche bien, on essaye donc d’avoir une tenue et une rigueur dans le choix des auteurs et des livres.

Comment tu expliques que ça marche bien ?

Le métier de la communication n’est pas encore un métier en crise. Tous les auteurs ont besoin d’un attaché de presse pour les représenter.

Tu t’occupes aussi de leur image ?gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandor

Oui, mais je suis très discret là-dessus. Ça peut être interprété comme du marketing pilonné. Je fais très attention à certains auteurs, à ne pas leur faire faire des émissions qui peuvent les desservir, comme je fais attention à faire faire des émissions à des auteurs qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent et qui peuvent leur donner une meilleure image.

Envoyer un auteur chez Ruquier, c’est un peu casse-gueule, non ?

On en discute beaucoup avec mes auteurs. Pour ce qui est non fiction, c’est important de passer chez Ruquier. Pour les essais, les livres polémiques par exemple. Mais, j’ai des auteurs qui se sont faits super dézingués et c’est dur à vivre.

Selon toi, quelle est l’émission qui fait vendre le plus de livres ?

Je dirais, d’une manière générale, la chronique de Gérard Collard dans Le magazine de la santé. On ne se connait pas très bien, mais il a ce que beaucoup de gens n’ont plus. Ce n’est même plus de l’enthousiasme, ça frôle la folie. Quand il aime un livre, il ne comprend pas que le livre ne marche pas, donc il va faire tout ce qu’il peut, lui, pour que ce livre marche. Pour Christine Orban, pendant 5 semaines de suite, il en a fait son coup de cœur sur LCI. J’aime cette espèce de détermination implacable qu’il a à aider les auteurs. Très souvent, il créer des ruptures de stock. Sinon, il y a aussi l’émission de François Busnel, La grande librairie

Merci à toi pour ta franchise. Je te rends à tes auteurs.

Merci à toi.

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