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07 avril 2009

Le premier roman d'Emmanuelle Urien!

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Emmanuelle Urien, je l’ai rencontré .

Je n’avais rien lu d’elle.

Alors qu’elle a écrit plusieurs livres.

9782070123568.jpgL’auteure m’a envoyé son premier et tout récent roman Tu devrais voir quelqu’un (Gallimard). Entre temps, je l’ai recroisé au dernier Salon du Livre de Paris (j’ai d’ailleurs encore une note en retard sur le sujet, mademoiselle Agnès A!) et nous avons passé un bon moment ensemble.

Je viens de le terminer.

Le livre.

L’histoire de Sarah Zimmerman. Une jeune femme qui rêve d’exister. Exister et le sentir. « En être persuadée. »

 

« On dit de Sarah qu’elle est jolie, intelligente. Elle a de l’humour, et quelques fantaisies tout à fait séduisantes. Une fille discrète et sympathique, capable de réparties rares, mais brillantes… elle a cette retenue et ce retrait en soi qui attisent la curiosité, qui séduisent plus que les attitudes ou des paroles… »

La femme idéale n’est pas loin.

 

Sarah écrit. Pas qu’à ses moments perdus. « Il faudrait aussi raconter les nuits blanches qui s’étiolent en petits matins gris, la carbone des crayons qui tache les vêtements et les mains, qui s’étalent jusqu’à son visage quand elle se frotte les yeux, doublement cernés, fatigue et mine de plomb. »

 

Sarah a une meilleure amie formidable. « Épouse généreuse, équilibrée et belle. »

Sarah a un unique amant formidable (aussi), prêt à quitter sa femme pour elle. C’est Sarah qui ne le souhaite pas. Rôles inversés.

 

Ne croyez pas que Sarah soit gentille. « Sarah est douce et brutale, surprenante et prévisible, ferme et hésitante, drôle et tragique. Sarah est un pays inexploré, une terre à conquérir. »

 

Et puis un jour, Sarah a un nouvel homme dans sa vie.

Janvier ne la quitte plus.

Du tout.

Étrange personnage peu disert dont je ne peux rien dévoiler ici.

Juste qu’il représente le début de la fin.

Amour, trahison, perte d’identité, manipulation, folie, violence…

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Avec Manu Causse lors d'une séance de lecture en musique...

En reposant le livre, je me suis juste demandé comment Emmanuelle Urien était parvenue à me balader avec autant d’aisance, sans que je ne me sois aperçu de rien.

Quoi ?

Parce que c'est une bonne auteur(e) !

Ah oui, c’est ça !

 

Ce livre d’Urien, ce n’est pas rien.

Bien au contraire.

(Rappelez-moi juste, si nous nous croisons un jour en vrai, de travailler un peu plus mes conclusions de notes. Merci à vous !)

 

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(Toutes les photos ont été prises par bibi au Salon du Livre de Paris le 15 mars dernier.)
(Merci à Luc-Michel Fouassier qui est à l'origine de cette belle rencontre.)
(Merci à Emmanuelle Urien d'avoir accepté toutes ces photos. Je sais son horreur des clichés d'elle...)

22 janvier 2009

Philippe Labro... la comédie humaine d'aujourd'hui!

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Romancier, journaliste, cinéaste, parolier, actuel vice-président de la chaîne Direct 8… Depuis toujours, malgré toutes ses activités, Philippe Labro trouve le temps d’écrire des romans. Son 19e livre, Les Gens, est une fresque pleine de regards et d’humour sur notre époque.
Il m’a reçu le 16 décembre dernier.
Il y a plus d’un mois.
Philippe Labro m’a demandé l’embargo jusqu’à mi-janvier. J’ai accepté.
Les gens sort le 29 janvier.

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Nous avons parlé également de sa condition d'écrivain et de son point de vue sur les blogs...

Mandor : Longtemps on vous a reproché de parler trop de vous, d’écrire des livres très autobiographiques. Ce n’est pas du tout le cas dans celui-ci…

Philippe Labro : Un écrivain ne doit pas se répéter de livres en livres. J’ai bouclé un cycle de romans autobiographiques, même s’ils étaient « de fiction ». J’y parlais, en effet, de ma jeunesse, de mon métier, de l’Amérique, de ma maladie… c’est fini tout ça. C’est derrière moi. J’ai écrit cette fois-ci une véritable comédie humaine. Les gens se déroulent aujourd’hui à Paris et aux États-Unis. Il y a des univers qui au départ sont parallèles et qui finissent par se croiser. J’ai voulu changer définitivement et radicalement de mon style habituel… Je veux qu’on admette que je suis simplement un romancier et non un type qui se contente de raconter sa vie.

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Mandor : C’est un livre sur le manque d’amour, la solitude avec, en arrière-fond, la société du spectacle.

Philippe Labro : Je me suis beaucoup servi de mes carnets de notes. Je prends constamment des notes depuis l’âge de 15 ans. J’inscris des phrases, des citations, des blagues, des expressions... Le personnage principal du livre, c’est une jeune femme, Maria, une étonnante orpheline polono-américaine, dont la traversée, la saga, l’itinéraire forment la colonne vertébrale du récit. À travers elle et les autres personnages principaux, Caroline, une jeune « working girl » française d’aujourd’hui, Marcus Marcus un producteur de télé, j’ai voulu portraiturer l’univers dans lequel on vit, le monde de l’apparence et la recherche permanente de la reconnaissance. Mes personnages sont cependant tendres, émouvants, pathétiques. Ils sont juste en manque d’amour.

Mandor : En lisant votre livre, j’ai pensé à une chanson de Souchon qui évoque la solitude dans la multitude…

Philippe Labro : Vous avez parfaitement raison. Certains de mes personnages connaissent le succès, la notoriété, mais sont seuls. Ils ont tous vécu une rupture. Ils tentent avec difficulté de se diriger vers la recherche de l’amour, d’un compagnon, d’un complice, d’un ami ou d’un collaborateur. J’ai voulu que ce livre soit construit comme un film. Au début, on voit des séquences parallèles qui nous incitent à nous demander où vont tous ces gens-là. A un moment, on va s’apercevoir qu’il y a quelque chose qui va les réunir.

Mandor
: Dans ces trois destins, finalement, chaque lecteur peut s’y retrouver.

Philippe Labro
: Quand j’ai écrit ce roman, j’ai essayé de faire en sorte que tout le monde soit intéressé par mes protagonistes et leur histoire. Mon obsession est de tenir le lecteur par l’épaule, qu’il veuille tourner les pages et qu’il se demande sans cesse ce qu’il va se passer.

Mandor : Vos personnages sont loin d’être mièvres et faibles. Limite extrême.

Philippe Labro : Je n’ai pas voulu raconter la vie de gens banals et classiques. Moi, par exemple, j’aime Maria. Elle a une espèce de don médiumnique qui fait qu’à l’âge de 17 ans elle juge mieux que vous et moi les êtres humains. Elle voit la vérité. Elle est tellement belle qu’elle a vite compris qu’il fallait qu’elle dissimule sa beauté, sinon elle rendait toutes les autres femmes jalouses et tous les hommes amoureux d’elle. Ce genre de femme parfaite, évidemment, est très rare. C’est aussi ça écrire un roman. Donner aux lecteurs le sens de l’évasion et du rêve en rencontrant des personnages qui n’existent pas. Caroline, elle, est une fille honnête, qui croit en certaines vertus et valeurs, qui a beaucoup de mal à accepter l’idée qu’on parle de sexe comme on parle des voitures. À cause de cela et surtout parce qu’elle s’est fait plaquer sinistrement, elle a du mal à tomber amoureuse d’un homme ou à tomber dans les bras d’un homme alors que la plupart de ses contemporaines font l’amour comme on prend le thé, le matin au petit déjeuner. Quant à Marcus Marcus, le producteur de télévision, bien sûr, il a l’air d’un méchant, mais en fait, il est pathétique, il est malheureux, il se cherche. Il ne s’aime pas, il sait qu’il n’est pas aimé, alors il essaie de se réfugier dans la célébrité et la gloire… Je souhaite que quand les lecteurs lisent les gens, ils les voient.

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Mandor : Malgré leur force apparente, vos héros sont faillibles en bien des points.

Philippe Labro : Ils sont comme vous et moi. Ils sont capables de rompre, de trahir, de tromper… je les ai faits malléables aussi, parce que les événements transforment les gens. La phrase centrale de mon livre est une phrase de Balzac que j’ai mis en exergue au début : « Rien dans ce monde n’est d’un seul bloc, tout est mosaïque ». Ma vision de la vie, c’est ça… une mosaïque.

Mandor : Vous critiquez beaucoup le monde de la télévision et des médias en général.

Philippe Labro : Je me suis permis de jeter un regard lucide et d’ailleurs auto critique parce que j’appartiens à ce monde, pour le démystifier un peu. Il n’est pas le sujet central du livre, loin de là, mais je continue à le traverser. Je me juge donc, moi-même. Je suis parfois aussi victime d’erreurs et de comportements. Comme la pub, le cinéma, la mode, le journalisme, ce sont des univers où il y a des créatifs. Les héros de mon roman sont donc des âmes sensibles, fragiles, mais ce sont aussi des gens porteurs de grandes ambitions et de beaucoup de vanités et d’orgueil. Ce sont des personnages intéressants qui ne sont pas dans la norme.

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Mandor : Vous portez ce livre depuis longtemps ?

Philippe Labro
: J’avais très envie de créer un vrai courant dans lequel on voit plusieurs bateaux sur les mêmes rivières qui s’en vont on ne sait où… J’avais envie d’un peu d’ambition dans ma vision du monde.

Mandor
: Y a-t-il une morale dans votre livre ?

Philippe Labro
: J’explique que dans la vie, à un moment donné, il faut se trouver sa ligne de conduite et essayer de s’y tenir. Je dis aussi que nous vivons dans un mode chaotique, pour lequel désormais, il y a très peu de repères, de phares, de points fixes et qu’il vaut mieux le trouver en soi ou dans l’amour des autres. Pour trouver de l’amour, il faut en donner. Si vous n’en donnez pas, vous êtes foutu.

Mandor : Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie ?

Philippe Labro : Pour moi, ce n’est jamais douloureux d’écrire. C’est difficile, mais pas douloureux. Je pense qu’on ne peut pas identifier comme une douleur ce qui est une chance. C’est une chance de pouvoir écrire, de savoir écrire et d’aimer écrire.

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Mandor : Vous avez des doutes quand vous écrivez ?

Philippe Labro: La vérité c’est que je suis marié depuis 35 ans avec une femme géniale, intelligente, fine, qui m’aime et qui a un très bon jugement dans la lecture. De temps en temps, en cours d’écriture, je lui parle du roman. Je ne lui montre rien quand j’écris, je lui montre quand c’est fini. Si on commence à montrer ce qu’on écrit pendant la phase d’écriture, là, on tombe dans d’interminables discussions qui ne font que renforcer vos doutes. À un moment donné, il faut accepter ses propres doutes et ne pas s’occuper de celui des autres sinon, on est foutu. Françoise lit une fois que le manuscrit est fini, que je l’ai bien nettoyé, peigné et là, les réflexions qu’elle me fait sont primordiales. Elle a un regard vierge et le regard vierge de ceux qui vous entourent et qui vous aiment est capital, parce qu’ils voient tout de suite ce qui ne va pas. C’est mon 19e livre et j’ai compris que le jugement des autres à une valeur.

Mandor : Vous êtes dans quel état d’esprit avant de sortir un livre ? Un peu d’appréhension, de trac ?

Philippe Labro
: Le trac non, je suis devenu un « routier », comme on dit. Je suis dans la non-quiétude et l’interrogation. Mais, c’est un peu comme quand on lance un bateau sur la mer, il y a un moment donné où il navigue. Mais, vous n’êtes pas maître des vents, ni des marées, ni des courants, ni du temps. Le livre est écrit, ça va sortir, bon… adieu vat ! Je suis fataliste désormais et je suis beaucoup moins préoccupé par la réaction des professionnels et des critiques, je me préoccupe surtout de savoir si les lecteurs de mes livres précédents vont adhérés à celui-ci. Ça, c’est ma vraie question.

Mandor : Le rôle de l’interviewer interviewé, vous l’aimez bien ?

Philippe Labro : Votre question est très judicieuse parce que, justement, en rencontrant des journalistes qui vous interrogent sur votre livre, vous découvrez vous même ce que pensent les autres et surtout des points de vue que je n’avais pas imaginés moi même. Je ne cache pas que j’éprouve un certain plaisir à rencontrer des confrères qui m’interrogent après que j’ai moi-même interrogé beaucoup de gens. Ca m’intéresse de vous rencontrer parce que, ça me rend très humble. Vous vous rendez compte que vous n’êtes pas le seul. La veille, vous avez vu quelqu’un d’autre qui a fait des choses formidables… il faut situer les choses, j’ai fait un livre, basta ! Ce n’est pas non plus, la fin du monde…

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Mandor : Vous allez consacrer beaucoup de temps à la promotion de ce livre. C’est un exercice qui vous intéresse et que vous aimez ?

Philippe Labro : Il faut être honnête avec soi-même. Un écrivain est un peu narcissique. Ce n’est pas qu’il s’aime, mais il s’écoute, il se regarde beaucoup. D’ailleurs, si il ne se regardait pas, il ne pourrait pas écrire parce qu’on va chercher en soi ce qu’on met souvent, dans les autres personnages. Ce n’est pas épuisant, vous savez. Je me refuse à jouer au type blasé, lassé, qui accepte parce qu’il faut bien remplir la formalité de l’interview… non, il faut admettre et aimer dialoguer.

Mandor
: Vous vous moquez un peu des blogs dans Les gens.

Philippe Labro : Il y a blog et blog. Il y a des bons et des mauvais sites. Je ne critique pas, c’est une forme moderne de communication que l’on ne peut pas refuser. Moi, je n’ai jamais pris le temps de faire un blog parce que je pense que ça occupe beaucoup. J’en parlais récemment à un de mes copains, Pierre Assouline, qui a un très beau et bon blog littéraire. Il me disait que ça lui prenait 5 heures par jour. Moi, je ne peux pas. Peut-être changerais-je d’idée un jour…