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03 juillet 2018

Les 46e Rencontres d'Astaffort : reportage en plein coeur de l'évènement

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IMG_3439.JPGAstaffort, une localité de 2000 habitants, aux confins du Lot-et-Garonne et du Gers. Un petit village tranquille, dont personne ne parlerait s’il n’y avait l’enfant du pays… Francis Cabrel (mandorisé en 2015 et en 2012) y est né et il continue d’y vivre une bonne partie de l’année. Et surtout, il a décidé de faire du cadre de son enfance un lieu de rencontre autour de la chanson.

Il a créé les Rencontres d’Astaffort  il y a près de 25 ans pour répondre à un sentiment de solitude artistique exprimé par beaucoup d’artistes. Elles sont soutenues par de grands noms, parrains des sessions, comme Alain Souchon, Nolwenn Leroy, Maxime Le Forestier, Grand Corps Malade, Jeanne Cherhal, Julien Doré, Vianney, Renan Luce, Emily Loizeau, ...

Sont passés par là près de 800 artistes dont Emmanuel Moire, Vincent Baguian, Laurent Lamarca, Oldelaf, Gaël Faure, Benoît Dorémus, Vincha, Luciole, Emilie Marsh, S Petit Nico, Pierre-Dominique Burgaud, Ours, Lisa Leblanc, Jérôme Attal, Klo Pelgag, Lisa Portelli, Louis Delort, Valentin Marceau, Guillaume Cantillon, Ben Ricour... 

Anne-Claire Galesne, l’attachée de presse des Rencontres d’Astaffort m’a proposé de m’immerger rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortpendant deux jours au Centre des Ecritures de la Chanson à Astaffort pour que je comprenne le mode de fonctionnement de l'association. J’ai accepté avec plaisir de venir lors des 46e Rencontres, dont le parrain était Christophe Maé, tant je me sens en adéquation avec le travail de Voix du Sud (j'avais déjà établi une première approche en 2015). Depuis des années, je défends la chanson qu’eux tentent d’élever au plus haut. Il y a une logique à ce que j’aille à la rencontre d’Astaffort.

Dans cette longue chronique mandorienne, j'ai tenté d'expliquer le mieux possible ce que j'ai vu pendant deux jours, mais à ma façon, c'est à dire à travers toute une série d'interviews. 

Commençons avec "la direction".

Tout d'abord, Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud. 

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Quelle est la priorité de Voix du Sud ?

C’est défendre la chanson francophone qu'elle soit pop, slam, rap, rock, electro, mais également la chanson en langue régionale. On a fait des stages en occitan, alsacien, breton, corse et catalan. On s’aperçoit qu’en termes d’écriture, il y a les mêmes problématiques d’une langue à l’autre.

Que fait concrètement Voix du Sud ?

On permet aux jeunes auteurs, compositeurs, interprètes d’avoir une réflexion sur l’acte de création, de mener de nouvelles méthodologies et de porter un nouveau regard sur leurs habitudes de travail.

Vous les faites sortir de leur confort ?

Oui et parfois, il y a de vrais révélations. Je pense notamment à Emilie Marsh qui a laissé sa guitare sèche pour prendre sa guitare électrique suite à son passage à Astaffort. Quand on voit actuellement où elle en est,  je pense que ça a été le bon choix et la bonne impulsion. Elle est passée du jazz et de la chanson traditionnelle a du bon rock. Elle est revenue à sa source et je pense qu’aujourd’hui, elle en est très heureuse.

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Les artistes sortent de leur solitude.

Effectivement, les artistes créent de façon isolée. Ici, il y a beaucoup de familles de création qui se mettent en place. Par exemple le duo Jacques et Jacques joué par Laurent Lamarca et Vincha et les Bodie, réunissant les chanteuses Joko, Cécile Hercule et Emilie Marsh.

Au centre des écritures de la chanson Voix du Sud, il n’y a pas que les rencontres…

Les Rencontres font partie d’un grand chapitre qui s’appelle « les formations professionnelles » qui est complété par des stages, « les labos ». En fait ce sont les Rencontres d’Astaffort sur trois jours et non sur dix. Ce sont des stages plus spécifiques pour les artistes indépendants. On a cinq stages par an.

Il y a aussi des stages autour de la structuration professionnelle.

Ça s’appelle « Labo chanson n°2 ». Sur trois jours, on donne tous les repères nécessaires sur l’évolution de l’économie actuelle et sur les grands acteurs des différentes filières de la musique, scène et disque. On évoque les questions de stratégie et de rétroplanning. On a mis en place depuis deux ans un stage long autour de la structuration professionnelle ou l’auto-management avec le Studio des Variétés. 

Il y a aussi « Les rencontres répertoires ». Qu’est-ce que c’est ?

Ce sont des stages de 6 jours. On accueille trois équipes artistiques avec un cahier des charges très particulier parce qu’ils doivent venir en équipe réduite, au maximum quatre personnes. Ils viennent travailler leur répertoire. C’est une étape avant l’enregistrement et le travail scénique. On s’interroge sur le fond du projet avec un auteur, un compositeur-réalisateur. Il s’agit de mieux déterminer la direction artistique, revoir les textes, revoir la musique, simplifier, épurer, éluder et rendre plus efficace.

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Pascal Bagnara, l'un des invités d'Yvan Coujious sur Sud Radio, pour une émission spéciale consacrée aux 46e Rencontres d'Astaffort.

Il y a aussi le stage « L’écriture à la carte ».

C’est une sorte de résidence d’écriture encadrée. Il y a des apports théoriques. Il y a trois auteurs qui viennent et qui travaillent avec un formateur en écriture. Ça peut être Jean Fauque, Jérôme Attal ou Pierre-Yves Lebert.

Avec  Xavier Lacouture, vous allez mettre en fin d’année un stage autour des déclencheurs d’écriture.

C’est un stage qu’il fait actuellement à Paris et à l’étranger. Il veut le faire ici et nous, on est ravis car nous sommes dans la même démarche pédagogique.  

Il y a une quinzaine de stages cette année.

Oui, et n’oublions pas le grand volet qui s’appelle « L’action éducative et culturelle ».

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Francis Cabrel, Philippe Prohom, le coach scénique et les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort.

C’est quoi la philosophie de Voix du Sud ?

C’est la transmission, la bienveillance et l’entraide. Francis Cabrel a voulu répondre aux demandes qui lui ont été faites et apporter des éléments de réponses concrètes aux jeunes artistes. La « mission » est d’aider et accompagner les jeunes artistes dans un univers qui n’est pas si simple et qui est même de plus en plus dur. On permet aussi de redynamiser et redonner confiance à certains artistes.

Tu as dû en voir passer.

On voit à peu près 130 artistes par an et ça fait 12 ans que je suis là.

Pour résumer:

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Témoignage de Jean Bonnefon, président de Voix du Sud.

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Vous êtes président depuis quand ?

Depuis dix ans. On est une belle équipe composé d’un beau conseil d’administration avec, évidemment, Francis Cabrel qui est président d’honneur et puis des gens qui représentent la Sacem, des organismes qui travaillent avec nous, des Astaffortais, des artistes, des administratifs… Ce CA est composé de gens qui connaissent chacun un morceau du métier et qui peuvent donner leur avis sur tel ou tel aspect des choses, voir des conseils aux jeunes artistes qui viennent ici.

En dix ans, avez-vous vu une évolution chez les artistes ?

Oui, mais je préfère que l’on se projette au début des Rencontres. Il y a 25 ans, il y avait des demandes spontanées d’artistes très amateurs, donc ce n’était pas le même niveau qu’aujourd’hui, même si, dans le lot, il y avait tout de même des pépites comme Vincent Baguian ou Emmanuel Moire. Aujourd’hui, le niveau général est donc plus élevé parce que ce sont des artistes déjà engagés dans le métier. On peut même dire que ce sont de jeunes professionnels. Désormais, il est rarissime qu’aux rencontres d’Astaffort, les artistes n’aient pas déjà été signés, qu’ils ne soient pas chez un éditeur ou qu’ils n’aient pas fait un ou deux albums. La seule chose qu’on ne peut pas mesurer techniquement, c’est la personnalité, l’originalité, la force que doivent avoir ces jeunes artistes pour faire une grande carrière.

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Francis Cabrel, Jean Bonnefon, Pascal Bagnara, des encadrants et les stagiaires de cette 46e édition.

Arrivez-vous à détecter très vite la pépite d’un groupe de stagiaires ?

C’est très compliqué. Sur ce stage, j’ai vu quelques personnalités qui semblent émergentes, mais on ne peut jamais rien prévoir pour l’avenir. C’est très mystérieux ce qui va faire le succès ou non d’un artiste, même pour ceux qui ont ce fameux petit supplément d’âme. En revanche, il y en a dont on sait qu’ils n’iront pas au sommet.

C’est le rôle des Rencontres d’Astaffort de leur dire ?

Non, on ne veut décourager personne, ce n’est pas le but. L’intérêt est qu’ils repartent plus forts que lorsqu’ils sont arrivés.

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Jean Bonnefon et Francis Cabrel en introduction du concert de Clôture des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

On peut dire que Voix du Sud, ça roule ?

Oui, ça roule, mais ça ne roule pas tout seul. Il y a un savoir-faire et une expérience. Il y a ici sept personnes qui travaillent à temps plein. Ce n’est pas rien pour une association qui défend la chanson. On ne peut pas laisser disparaitre cette chanson française bouffée par le marché américain. C’est une des obsessions de Francis Cabrel. Il est le premier à considérer qu’il est trop programmé en radio, il demande à ce que l’on programme un peu plus les jeunes.

Richard Seff (auteur et membre du conseil d’administration de Voix du Sud) :

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortVous êtes à Voix du Sud depuis le début de l’aventure.

Un jour, Francis Cabrel m’explique qu’il a reçu une subvention pour rénover l’école du village et qu’il souhaite créer un centre d’écriture de chansons. Il aimerait que des gens qui écrivent des textes et des musiques et qui chantent, sortent de leur isolement et se rencontrent pour travailler ensemble. En 1994, j’ai monté les Rencontres d’Astaffort avec lui. Il m’a demandé d’animer la première Rencontre. Il a fallu ensuite trouver le bon modèle d’organisation. Finalement, j’ai fait ça pendant une dizaine d’années.

C’était un véritable challenge.

Oui, parce que nous partions de rien. Dès le départ, le concept était trouvé. Il fallait faire exister des chansons, qu’elles soient jouées et chantées sur scène avec un public. Une chanson n’existe que si elle est écoutée. Ça a marché beaucoup plus qu’on aurait pu l’espérer. La formule a un peu évolué, mais pas énormément.

Vous êtes rentré ensuite dans l’association Voix du Sud.

En arrêtant l’animation des Rencontres, je ne voulais pas me couper de tout ça. Aujourd’hui, je fais partie du conseil d’administration et je suis vice-président de Voix du Sud. 

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Les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

Trouvez-vous les artistes de plus en plus aboutis au fil des années qui passent?

Oui, un peu. La façon de travailler aujourd’hui est très différente. Quand on a démarré, c’était encore des gens qui venaient avec leur guitare. Aujourd’hui, la nouvelle génération est beaucoup plus habituée à travailler seul avec des machines, à savoir déjà faire des arrangements. Ils sont, pour la plupart, polymorphes et s’adaptent à tout plus facilement. Aujourd’hui, leurs influences musicales sont beaucoup plus larges, ça donne beaucoup plus d’éclectismes. Ce qui n’a pas changé, c’est qu’ils trouvent ici des ressources qu’ils ne soupçonnaient pas chez eux. Il faut être à la hauteur, trouver sa place et ne pas décevoir.

La chanson française se porte-t-elle bien ?

Elle ne se porte pas trop mal. Il y a quand même chaque année des artistes qui sortent et il y a une scène assez vivante, mais le contexte n’est pas favorable pour les développements de carrière. On a des utilisateurs de musique plutôt que des mélomanes. On peut aimer un titre, deux titres et se séparer de l’artiste très vite. Avant, on s’attachait à un artiste, on le suivait d’album en album. On lui laissait le temps. Aujourd’hui, on consomme très vite. Pour exister, certains artistes sortent des singles presque tous les mois, c’est valable surtout pour la musique urbaine. Il y a aussi les problèmes des nouveaux supports de diffusion, le streaming notamment, ou la rémunération des artistes ou des créateurs est minimale. Seule la scène marche bien. Ce que je peux dire, c’est que le vrai talent existe toujours dans une situation économique compliquée.

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Les stagiaires dans "La cour de création".

Beaucoup d’artistes passés par là affirment que les Rencontres d’Astaffort constitue une étape importante de leur carrière, de leur vie. Elles les ont nourris, stimulés, ont  souvent permis de rencontrer des alter-égo artistiques et de développer de nouvelles méthodologies de travail.

Les artistes qui ont participé à des séminaires d’écritures relèvent tous la singularité et la richesse particulière des Rencontres qui leur ont apporté des éléments qu’ils n’ont trouvés nulle part ailleurs. Nombreuses chansons nées à Astaffort figurent sur des albums. Ils le disent “il y a un avant et un après Astaffort”.

Voici quelques témoignages d’élèves de cette  promotion.

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Christophe Briz et Favo:

Vous avez ceci de particulier d’être vous-même enseignants en musique.

Favo : Depuis quatre ans, je mène notamment des ateliers d’écriture et de conception de chansons avec des jeunes. On voit tous les éléments du processus de création musicale.

Christophe : Ca fait une dizaine d’années que je suis dans l’enseignement. Depuis quatre ans, j’enseigne la technique vocale (voix parlée ou voix chantée) en formations ou en cours particuliers. J’accompagne aussi des artistes qui souhaitent avoir des conseils d’arrangements ou des conseils sur la construction de leurs morceaux.

Pourquoi, vous qui enseignez, venez vous dans un endroit où l’on enseigne ?

Christophe : Lors de ses Rencontres, je viens juste en tant que compositeur. J’avais envie de sortir de mon petit studio tranquille où je suis toujours seul. J’ai ressenti le besoin de rencontrer du  monde, d’échanger et de partager. L’enseignement, c’est une partie de mon travail, mais je fais aussi de la musique et je suis dans une dynamique où j’ai envie de donner plus de place à la création musicale et peut-être moins à l’enseignement. Je viens donc pour me tester, me mettre un peu en danger. Il y a un rythme de travail qui est très rapide. On doit composer une chanson en une journée, avec des gens que l’on ne connait pas. C’est intéressant et enrichissant à vivre.

Favo : J’ai dit à mes petits jeunes que j’étais content d’aller à un endroit où l’encadrant ne sera pas moi. J’avais hâte de vivre leur expérience à eux. Je savais que j’allais apprendre des autres. J’ai beaucoup apprécié les intervenants que l’on a eus, car ils m’ont proposés d’autres visions sur des choses que je savais déjà, mais exprimées autrement. Et puis, franchement, ça fait réviser les acquis. Rencontrer d’autres artistes est aussi important. Ce groupe-là était généreux d’empathie et d’entraide… Il y a eu parfois des moments difficiles, mais il y a eu de jolies issues. On a su gérer les problématiques avec recul et bienveillance.

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Favo et Christophe Briz avec Nicolas Gemus (à l'after musical du concert de clôture).

Se faire enseigner quand on est enseignant, ça ne pose pas de problèmes ?

Favo : Ma casquette  d’enseignant, je l’ai laissé chez moi. On était tous à l’écoute des uns et des autres. En tant qu’artistes, il faut oser partager ce que l’on croit savoir, écouter l’autre et construire ensemble.

Christophe : Ce n’est pas parce qu’on enseigne que l’on sait absolument tout, qu’on a forcément raison et qu’on ne peut pas progresser nous aussi. Si on vient ici, c’est que nous sommes prêts à faire évoluer notre propre vision.

Vous allez partir d’ici en sachant que vous allez faire évoluer votre méthode d’enseignement ?

Favo : Oui, je vais renouveler pas mal de choses surtout dans les ateliers d’accompagnement pour les textes. On nous a fait travailler les Haïkus (petits poèmes japonais extrêmement brefs visant à dire et célébrer l'évanescence des choses), ça permet d’aller à l’essentiel. Je ne connaissais pas cette méthode. On nous a fait travailler sur la pertinence du propos, la pertinence mélodique et la pertinence de l’attitude scénique. Même si je ne vais pas changer ma façon d’enseigner, ça m’a permis de monter mon niveau d’exigence.

Christophe : On a vu en un temps très courts des outils très efficaces pour l’aspect interprétation et l’aspect scénique. Je vais essayer de me les approprier et les utiliser.

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Arthedone (Alexandre Gonzales) et M.E.S.S (Christophe Rymland) :

Que saviez-vous des rencontres d’Astaffort ?

M.E.S.S : J’avais identifié ça comme un lieu de travail autour de la chanson française. Je ne connaissais pas le contenu exact du stage avant d’y mettre les pieds, je savais juste qu’on allait devoir travailler entre auteurs, compositeurs et interprètes. Le leitmotiv d’ici c’est de rompre la solitude artistique, ça me convenait très bien.

Arthedone : Je trouvais ça intéressant de faire sonner la langue française dans des styles de musique où on ne l’entend pas toujours. C’est ce que je m’efforce de faire en tout cas. Le patron ici, Francis Cabrel, a fait sonner la musique américaine depuis 40 ans. En cela il est précurseur et j’aimerais suivre son exemple.

Toi, il me semble que ce n’est pas ta première visite à Astaffort.

Arthedone : J’ai déjà fait des labos. Les Rencontres, c’était la voie logique après. Je découvre qu’il y a des auteurs qui sont de vraies machines de guerre. Ils sont capables d’écrire ou de composer des chansons hyper vite. Ca pulse, c’est hyper créatif, c’est génial. Je passe des jours extraordinaires.

M.E.S.S : Moi aussi, j’ai vécu comme un challenge le fait d’écrire des textes seul où à plusieurs dans une durée hyper courte. Quand tu es chez toi, tu as toujours le temps d’arranger tes chansons et au final, elles n’avancent pas. Là, il faut speeder, trancher, percuter donc, tu t’aperçois que tu peux aller au-delà de ce que tu pensais pouvoir faire en temps normal. Outre le fait que ça m’a ouvert bien des portes musicales que je ne pratiquais pas, j’ai écrit quatre textes en quatre jours. Ça ne m’est jamais arrivé.

Arthedone : Avec les autres, tu découvres tes points forts. Pour les textes, j’ai toujours  besoin d’avoir du temps et du  recul. J’essaie de trouver des « punchlines », des approches verbales on pourrait dire en français. Quatre textes en quatre jours, je n’aurais pas été capable, par contre côté musique et mélodie, je me sens beaucoup plus de facilité. J’ai appris que c’était très agréable de collaborer avec d’autres artistes et ça, je ne le savais pas. Il y a beaucoup d’entraides entre nous.

Faut-il enfermer son ego à double tour dans l’armoire ?

Arthedone : Je ne dirais pas ça comme ça. Il faut juste accepter que quelqu’un regarde par-dessus ton épaule, accepter aussi de ne pas avoir peur de tenter des choses, même si on nous dit que c’est pourri. Nous avions deux  intervenants pour l’écriture des textes, Olivier Daguerre et Jérôme Attal. Ils étaient francs, directs et nous disaient la vérité sans nous ménager sur nos textes, on n’est pas forcément habitués à s’entendre dire des choses, mais c’est essentiel pour avancer. On n’a pas de temps à perdre en fioritures ici. Les Rencontres d’Astaffort, c’est un mélange de bienveillance et d’exigence.

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Sarah Johnson et Emji :

Vous deux, vous n’êtes pas du tout dans le même registre de chansons. C’est agréable de se confronter à d’autres univers ?

Emji : Ça donne des idées et de l’air. On est trop centrés sur nos projets, sur la façon que l’on a de faire des chansons. On est venus pour mélanger les univers, les idées. On fait des connaissances, comme avec Sarah. Elle va faire ma première partie, du coup.

Sarah : C’est enrichissant parce que j’apprends à travers les autres. Emji à une maîtrise vocale que je n’ai pas. Dans la chanson humoristique, je n’ose me rendre vers ce terrain vocal là.

Emji : Ici, on nous a dit de sortir de notre zone de confort. Il y a des moments où je me suis dit : « Ah ouais, tiens ! Seule, je n’aurais pas fait comme ça et je suis très contente du résultat. » Ici, je suis venue travailler surtout l’écriture. J’avais envie d’emmener mes textes ailleurs. Ce qui est drôle, c’est que j’ai revu Jérôme Attal. C’est lui qui avait écrit mon single, « Toboggan » en sortant gagnante de La Nouvelle Star en 2015. On n’avait pas eu l’occasion de se revoir et de travailler ensemble depuis. C’était une bonne surprise. Bref, ici, on prend le temps de creuser, creuser, creuser… chose que je fais pas quand je suis seule parce que je n’ai pas d’impératif de temps. Je n’ai pas de boss derrière qui me demande de lui rendre un texte pour le soir.

Sarah : Perso, j’ai vraiment l’impression d’être sortie de cette fameuse zone de confort. On m’a conseillé de faire deux projets, un en anglais et un où je pourrais exploiter mon côté humour. Ça tombe bien, c’était la direction que je voulais prendre puisque la chanson humoristique me parle plus, en tout cas, en ce moment.

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Emji, Sarah Johnson en mode pause avec d'autres stagiaires et Christian Alazard.

Tu es venue chercher quoi ici ?

Sarah : Comme je suis aussi humoriste, j’ai plus l’habitude de travailler avec d’autres humoristes. Là, je me confronte à d’autres chanteurs, auteurs et musiciens et ça me fait un bien fou d’entendre d’autres registres que le mien.

Emji : En plus, il y a des personnalités très fortes, très authentiques et il se passe quelque chose de magique entre nous.

Sarah : Par exemple, j’ai travaillé avec Gurvan Nantel qui est auteur et qui était plus branché émotion. On a fait une chanson « Y’a pas de gomme » qui n’a pas été gardée, mais dans laquelle on a réussi à mêler nos deux univers. J’ai apporté des touches d’humour et lui sa poésie.

Allez-vous partir d’Astaffort différentes ?

Emji : Je vais changer ma manière d’aborder mes chansons, même si je vais garder mes « mauvaises » habitudes. Il faudrait que je refasse les Rencontres tous les mois, ça me permettrait de grimper rapidement des paliers supplémentaires. Sans plaisanter, je vais repartir avec de nouvelles perspectives. Je suis venue m’ouvrir un petit peu, notamment mes méninges qui étaient un peu rouillés ou même parfois bloqués. Je vais repartir pas changée, mais débloquée.

Sarah : Je suis totalement d’accord avec Emji. Je sais que j’ai pris conscience de mes propres limites. J’avais des trucs à travailler que je ne voulais pas forcément voir. En écriture, Jérôme Attal ne m’a pas épargné. Il est très exigeant, mais aussi bienveillant. Il sait nous repousser dans nos limites. Il ne se contente pas d’une simple phrase qui sonne. Ce n’est pas ça l’important. Lui, il veut la meilleure phrase possible pour avoir un meilleur texte possible. Je me demande si je n’aurais pas besoin d’un Jérôme Attal tout le temps derrière mon épaule. Quand tu passes à Astaffort, il y a obligatoirement une volonté d’évoluer.

C’est quoi pour toi les Rencontres d’Astaffort ?

Sarah : Une colonie de vacances… sans les vacances.

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Michel Robichaud et Nicolas Gemus :

Vous êtes les deux québécois de cette session. Que pensez-vous de ce stage ?

Nicolas : J’ai fait beaucoup de stages d’écriture, mais celui-là est particulier. J’ai vécu  une belle expérience de groupe, nous étions merveilleusement encadrés et tout était très professionnel.

Michel : En venant ici, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne m’étais pas renseigné précisément. Je m’étais dit que je verrais sur place. La seule chose que j’ai faite, c’est d’appeler Antoine Lachance qui y était passé. Il m’a répondu que c’était la meilleure expérience en création de groupe qu’il a vécu. Je suis donc arrivé ici en toute confiance.

Vous deux, vous jouez de la folk et vous donnez beaucoup d’importance à vos mots.

Michel : Sans faire totalement la même musique, c’est vrai qu’il y a beaucoup de ressemblances dans nos répertoires respectifs et dans notre façon de travailler.

Nicolas : D’ailleurs, ici, on a créé une chanson ensemble, « On se tient ».

Vous vous êtes bien intégrés avec les français ?

Michel : Ça fait sept fois que je viens en France et à chaque fois, mon équipe et moi sommes accueillis pas en rois, mais presque. J’ai l’impression que dès qu’on est québécois, on a une immunité et un point de plus.

Nicolas : On fait rire les français avec notre accent et nos mots qui parfois ne veulent pas dire la même chose qu’en France.

Votre passage ici va-t-il changer quelque chose dans votre façon d’écrire ou composer ?

Nicolas : Je pense que mon style était déjà forgé. Je ne suis pas venu pour changer de style, mais pour vivre une expérience, rencontrer des gens. Par contre, j’ai appris à travailler dans l’urgence, alors que je suis plutôt à prendre mon temps. Le fait d’être poussé au pied du mur, d’être stimulé, d’être bien encadré, m’a fait voir que j’étais capable de rapidité et d’écrire des choses plus viscérales.

Michel : J’ai trouvé intéressant de voir les méthodes des autres stagiaires. On est obligés de partager dès le départ nos premières idées alors qu’elles ne sont pas finies, ça donne un coup. Il faut toujours reprendre, accepter les compromis, les idées de l’autre… les trois premiers jours, ça m’a demandé beaucoup de concentration et de lâcher prise.

Nicolas : Moi, je ne croyais pas en la création de groupe. J’ai eu tort. J’ai découvert que cela peut donner de très jolis résultats. Ça a été très enrichissant. Ici, c’est très intense cérébralement, mais aussi émotivement. On vit beaucoup de chose dans un minimum de temps…

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Roxanne Arnal et Michel Ghuzel (Beauty & The beast) :

Musicalement, dans votre duo, il y a un peu de jazz, de la country, du blues, de la pop et de la chanson française. Qu’êtes-vous venus rechercher ici ?

Roxanne : J’ai appris l’écriture à travers Michel. Quand le duo s’est créé j’avais 16 ans. Je n’avais pas encore de personnalité. J’avais besoin d’un autre regard sur mon travail que celui de Michel, de me mêler à plein de personnalités et, du coup, de m’émanciper dans l’écriture.

Michel : Je me suis dit que ça pouvait être sympa de voir comment les autres font pour exprimer des sentiments, des idées à travers des chansons... Quand je lis des textes de Léonard Cohen, Bob Dylan ou des auteurs français, je me rends compte que leur manière d’écrire exprime des choses très profondes avec extrêmement peu de mots. Ca a un impact terrible. Je suis venu ici pour voir si je pouvais m’approcher de cette façon d’écrire.

Avez-vous appris ce que vous souhaitiez ?

Roxanne : J’ai eu beaucoup de mal à m’affirmer. Je suis arrivée pas sûre de moi du tout et très timide. J’ai réussi peu à peu à me placer comme compositrice, donc, j’ai fini par être plus à l’aise. Ici, on travaille à trois cerveaux dans la contrainte du temps. On n’a pas le choix et ça nous met dans une incroyable énergie. Ce qui est génial, c’est qu’on a tous nos faiblesses, alors les stagiaires s’entraident beaucoup.

Michel : Le fait de travailler à plusieurs, ça m’a montré que ça pouvait servir à aller plus vite. On est parfois coincé sur un mot, une phrase que l’on trouve géniale, or c’est justement cette phrase qu’il faudrait virer pour continuer à avancer. On nous met le nez sur les écueils à éviter.

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Roxane Arnal et Michel Robichaud, dans la cour de création.

Jérôme Attal et Olivier Daguerre vous ont donc beaucoup aidé ?

Michel : Oui, même si nous n’étions pas toujours d’accord avec eux. C’est plus dans la philosophie d’aborder la chanson et de la construire qu’ils nous ont aidé. Le style d’écriture n’est pas le propos de ce stage. Il faut juste réussir des chansons en commun dans un temps limité.

Roxanne : Ce qui est fou, c’est que les encadrants n’hésitent pas à rester jusqu’à tard le soir, voire la nuit pour nous aider, nous motiver. Ils ne nous abandonnent jamais. Il n’y a qu’ici que l’on voit cela.

Michel : On doit terminer une chanson, ils restent avec nous jusqu’à ce qu’elle soit terminée.

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Ned et Bérénice Andréa :

Ici, c’est dix jours complétement fou. Vous avez-vécu la chose ainsi ?

Bérénice : Ce sont des conditions d’urgence très stimulantes et très fructueuses. Une chanson par jour, c’est de la folie.

Ned : Je n’avais pas conscience que ça allait être aussi intense. Je savais que nous allions apprendre des choses, mais je ne pensais pas qu’on allait devoir les mettre en pratique immédiatement. Quand on fait un texte, il arrive que l’on s’y reprenne à vingt fois, pareil pour les accords…

Pourquoi vous êtes-vous inscrite à ce stage ?

Ned : Je ne suis dans la musique que depuis quatre ans, j’avais besoin de ressentir de la légitimité. Je voulais savoir si avec d’autres professionnels, j’allais me sentir en décalage. Aujourd’hui, je suis rassurée sur ce que je suis. Je suis aussi venue pour l’écriture. J’avais besoin d’évoluer et, du coup, je pense avoir acquis pas mal de choses dont je vais pouvoir me resservir par la suite.

Bérénice : Moi, je m’attendais à ça parce que j’avais participé au Labo. Sur trois jours, c’est déjà très intense, donc je savais parfaitement que nous serions rincés à l’issue de ces dix jours. Je suis venue à ces Rencontres pour me challenger. J’aime le fait de me confronter aux univers des autres et de voir ce qui sort d’un mix de trois univers différents.

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Ned et Bérénice Andréa accompagnées des autres stagiaires, en pleine "effervescence".

Qu’avez-vous acquis principalement ici ?

Bérénice : De la rapidité, moins d’hésitation. Je suis sûre que je ne passerai plus trois mois sur une chanson.

Ned : Moi, c’est l’inverse. J’ai tendance à aller trop vite. Je travaille sur un album. J’avais huit chansons sur dix et là, je suis en train de me dire qu’il y en a trois qui vont dégager. J’ai compris des choses ici que je ne savais pas. Je vais rectifier certaines erreurs. Il est clair que je vais avoir une grosse remise en question personnelle.

Bérénice : Je te rejoins sur un point. Ici, on nous a appris à ne pas avoir peur de jeter.

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Jyzzel et Gurvan Nantel :

En arrivant ici, vous aviez des envies de connaissances spécifiques ?

Jyzzel : J’avais eu une première approche avec Voix du Sud en Alsace, mais c’était un stage en langue régionale. J’avais envie de récidiver, mais en langue française. J’ai un projet d’album, donc j’espérais trouver d’autres ressources en moi, d’entendre d’autres sons de cloche et perfectionner ma manière d’écrire et de composer. Ça a été le cas. Je suis dans un groupe génial avec des personnalités et des univers parfois à l’opposé du mien. C’est riche, car ça permet d’explorer beaucoup de choses.

Gurvan, tu es là uniquement comme auteur.

Gurvan : Ça fait quelques années que j’écris, parfois avec des jolis noms dans la musique comme Christian Vié, Rick Allison et même avec Jérôme Attal. Mais, je me suis rendu compte que j’écrivais toujours dans le même style. Je suis venu ici pour essayer d’emprunter d’autres chemins, voire changer complètement d’orientation musicale.

Jyzzel : Ici, on est déstabilisés, mais dans le bon sens. Au début, c’est dur. On doute, on ne se sent pas légitime, mais au final, on comprend que l’on a sacrément avancé.

Gurvan : En ce dernier jour, moi, je n’ai pas encore assez de recul pour mesurer le chemin parcouru durant ces Rencontres. J’ai besoin de laisser passer un peu de temps. Je ferai le bilan dans quelques jours.

Jyzzel : Je me rends compte qu’il y a des choses à améliorer dans mon écriture. J’aimerais être beaucoup plus efficace, comme me l’a appris ici Jérôme Attal. Moi, j’ai tendance à être trop « poétique » ou utiliser trop de métaphores.

Toi qui es auteur Gurvan, tu as envie d’écrire pour un des stagiaires ?

Gurvan : Je vais essayer d’écrire une chanson pour chaque stagiaire de cette promotion.

Ce matin, j’ai assisté à la répétition du spectacle de ce soir. J’ai vu Philippe Prohom vous coacher scéniquement… ça vous apporte beaucoup ?

Jyzzel : Ce travail-là est même impératif. Philippe nous bouscule en nous faisant faire des choses improbables tout en chantant. On est obligés de chercher dans ses tripes et de donner le maximum. On ne pense plus à son texte et à la musique, il faut être dans l’émotion. Ça fait du bien de se lâcher et de dédramatiser le truc.

Gurvan : Sa phrase, c’est « retenir l’intention de la chanson ». Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce que nous fait faire Philippe soude énormément le groupe. 

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Yves Bertrand (La Deryves) :

Quelle est la raison de ta présence aux Rencontres d’Astaffort ?

J’étais venu au Labo il y a deux ans. J’avais beaucoup apprécié, mais ce qui m’avait le plus touché, c’était le module vocal sur la racine de la voix qui avait été proposé par Christian Alazard. J’ai appris beaucoup avec lui. Il nous a demandé de chanter des chansons a cappella devant les autres stagiaires qui doivent dire ce qu’ils en pensent après. Christian, lui, m’a dit que je chantais très bien, mais que ce n’était pas moi l’interprète. Il m’a demandé si j’avais fait du bal. J’ai répondu par l’affirmative. En fait, il m’a fait prendre conscience que je chantais beaucoup par mimétisme. Je reprenais la façon de chanter d’autres artistes. Il m’a aidé à trouver mon interprétation personnelle avec ma vraie voix.

Travailler avec les autres, c’est compliqué ?

Oui. J’écris et compose vraiment seul, ce n’est pas du tout une évidence. Je veux vraiment apprendre ça. C’est amusant parce que, l’autre jour, Francis Cabrel est venu manger à notre table et je lui ai dit que c’était difficile pour moi de partager les idées, de faire des concessions et de mettre mon ego de côté. Il m’a répondu que ce que nous faisions ici, il en serait incapable. C’est drôle parce que la raison d’être de cette école c’est l’échange et le partage.

Quinze stagiaires, quinze personnalités différentes, tu  as géré ça comment ?

Le mieux possible. On a bien vécu ce moment, mais je ne sais pas si je recommencerai tout de suite. La semaine prochaine, je prendrai un moment pour faire un debrief de ce que j’ai vécu là, pour l’instant, je suis encore trop dedans.

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Les « Astagiaires » sont aidés par des intervenants musiciens ou paroliers. J’ai rencontré tous ceux de cette 46e édition. Pour la première fois tous s'expriment sur leur rôle précis et donnent leur vision de leur travail en tant qu'enseignant. 

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Jérôme Attal en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Jérôme Attal et Olivier Daguerre, intervenants en écriture :

Avez-vous été stagiaire aux Rencontres d’Astaffort ?

Jérôme : Deux fois. J’ai vécu des moments magiques là-bas, de création. Des moments inoubliables. Une émulation saine, créatrice, un travail d’équipe. Tout ce qui me plait dans la musique.

Olivier : J’ai participé aux rencontres d’Astaffort en 2005 en tant qu’élève.

Comment et pourquoi êtes-vous devenus encadrant ?

Jérôme : J’ai reçu un appel de Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud, qui m’a demandé de rejoindre l’équipe des intervenants. J’ai accepté dans l’idée d’essayer de créer pour les stagiaires les conditions d’une expérience aussi magique que celle qui avait été la mienne. Et bien sûr faire des chansons les plus crédibles, les plus intenses possibles. Créer des bonnes chansons, ok, excellentes, ok, qui puissent être défendues et utilisées par la suite, sur le répertoire des uns ou des autres, mais aussi créer des moments de création magiques, pouvoir challenger, mettre une pression enthousiaste, bienveillante et nécessaire pour que la chanson triomphe des individualités qui la compose et donne quelque chose de formidable au final (au moins pour celles et ceux qui ont participé à sa création).

Olivier : Me concernant le mot rencontre n’a jamais aussi bien porté son nom. Suite à mon passage, l’état d’esprit unique, sensible et singulier que j’ai trouvé à Voix du Sud m’a emmené à être encadrant dans l’association.

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Olivier Daguerre en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Êtes-vous souvent épatés par les capacités des stagiaires ?

Jérôme : Je suis épaté par la qualité des chansons, des créations, par la manière dont après les premières heures d’adaptation, les stagiaires oublient ce qui les séparent, l’égo, le confort, le contentement de soi, les habitudes et les manies, pour donner ensemble le meilleur d’eux-mêmes. Rares sont ceux qui ne jouent pas le jeu. Après, le travail des intervenants - outre une expertise la plus réaliste et la plus efficace possible - est de pouvoir créer des conditions où tout le monde est heureux et trouve sa place dans une dynamique de groupe. Pour moi, en tant qu’intervenant, cet aspect de la création m’intéresse tout autant.

Olivier : Les stagiaires sont à chaque fois des artistes épatants. Les découvertes sont belles.

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Cours avec Jérôme Attal dans "la cour de création".

Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Jérôme : Je ne sais pas. Je ne réagis pas en termes de ce que ça m’apporte. Je fonce dans la mêlée créative. J’essaye de donner confiance aux artistes que j’épaule, je veux qu’ils sortent de là avec des chansons de dingue, complètement ragaillardis par cette expérience unique. Ce grand luxe d’être ensemble et de trouver comme sur un cours de tennis des joueurs à son niveau.

Olivier : Chaque session des Rencontres est généreuse, étonnante, passionnante. Les élèves me bouleversent systématiquement. Je fais le plein d’émotions.

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Olivier Daguerre et Rania Serrano (l'assistante essentielle de Voix du Sud).

La transmission, c’est primordial ?

Jérôme : La création c’est primordial. C’est ce qui fait respirer. Et Francis Cabrel et Voix du Sud offrent à des artistes issus de toute la francophonie de pouvoir se rencontrer mais aussi mieux s’appartenir, se resserrer sur leur création, parfois la repositionner vers quelque chose d’encore plus fort. C’est un grand luxe et je conseille à chaque artiste de se porter candidat à ce genre d’expériences si rares en France.

Olivier : La chanson m’a sauvé la vie. Transmettre ma passion viscérale, est un besoin vital pour moi et un plaisir absolu. C’est une chance de partager. Je me sens vivre.

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Philippe Prohom, coach scénique :

D’artiste à temps plein, tu as bifurqué vers cette activité de coach scénique. Comment ça s’est passé ?

Il y a 15 ans,  j’ai fait le Chantier des Francofolies de la Rochelle, en tant qu’artiste. A cette époque-là, c’était Philippe Albaret (l’actuel directeur du Studio des Variétés) qui s’en occupait. Je fais des séances avec lui et en 2005, il m’annonce qu’il compte quitter les Francos et qu’avec Jean-Louis Foulquier, ils ont pensé à moi pour le remplacer. Immense fierté. Philippe Albaret est pour moi un mentor de ma vie d’interprète. Il y a eu avant lui et après lui. Il m’a pris sous son aile et m’a formé pendant un an et demi. Je l’ai suivi sur tous les Chantiers et sur d’autres résidences. Un jour, j’ai volé de mes propres ailes. Ça fait douze ans que je suis coach scénique. Quand j’ai commencé ce métier, j’ai trouvé que c’était aussi exaltant que de faire de la musique.

Qu’est-ce que tu aimes dans cette activité ?

Tu rentres dans l’intimité d’un artiste. Tu as un contrat de confiance incroyable, tu vis des choses uniques. C’est très exaltant et gratifiant sur le moment. Aider les gens est presque aussi fort qu’être sur scène, ça m’épanouit complètement.

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C’est difficile de coacher scéniquement des gens ?

Je discute d’abord avec les artistes, je cherche à savoir quelles sont leurs attentes, ce qu’on leur dit de manières récurrentes quand ils sortent de scène, ce qu’ils ressentent quand ils sortent de scène. Ils se produisent ensuite devant moi, c’est ce qu’on appelle un filage, et je leur donne un diagnostic de ce que j’ai vu. C’est là que je mets en jeu ma crédibilité. Tout est différent à chaque fois, il faut réinventer tout par rapport à qui tu as en face de toi. Pour tout le monde, il y a des problématiques qui reviennent, ce sont notamment la confiance, la légitimité, la setlist aussi.

Ici, tu as quinze stagiaires d’un coup.

Je prends une journée pour faire leur connaissance. Je les écoute chanter et après je commence à les conseiller pour défendre les émotions qu’ils veulent communiquer dans leur chanson. Tout est important : attitude corporelle, façon d’interpréter, les arrangements…  etc. A Astaffort, la difficulté c’est de faire une setlist et de créer un spectacle, alors que, la veille, tu ne connaissais pas les morceaux. C’est un travail en urgence, en flux tendu.

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Philippe Prohom lors du filage du concert de Clôture.

Tu arrives à régler tous les problèmes ?

Je suis comme un psy. Si je ne suis pas capable de régler un problème, je ne le soulève pas. Je veux que l’artiste reparte avec des pistes de travail, pas avec des doutes.

Il faut s’adapter à chaque artiste ?

Evidemment. Je respecte la personnalité de chacun. Un artiste est très réservé, j’exploite sa réserve. Je ne vais pas essayer de le changer. Je le répète, c’est un boulot de compréhension psychologique de la personne. Tu touches à leur art, tu touches au plus profond d’eux, donc tu n’as pas intérêt à dire une connerie.

Je t’ai observé coacher tout à l’heure. Tu donnes beaucoup d’énergie.

C’est primordial. Je bosse debout, je suis devant la scène, j’y vais. Il faut être présent physiquement pour donner du répondant. Je ne suis pas là pour faire le show, mais les artistes doivent voir un type énergique qui sait ce qu’il dit.

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Julien Lebart et Christian Alazard, intervenants « musique ».

Christian, tu es là depuis le tout début de l’aventure,  il y a 25 ans. Quel est ton rôle ici ?

Christian : j’anime un module sur l’identité vocale. C’est une réflexion que j’ai depuis longtemps sur l’approche des chanteurs de variété et de leur identité vocale. Je m’étais aperçu que, souvent, un interprète est en recherche d’une sonorité qui va se déformer au fur et à mesure par rapport à ses goûts, par rapport aux artistes qu’il adore. Peu à peu, il y a une identification vocale qui se crée et ils oublient juste leur vraies voix. (Voir témoigne plus haut d’Yves Bertrand) J’ai donc un peu travaillé là-dessus en créant tout un tas d’exercices de travail extrêmement court.

Julien, tu es intervenant depuis une dizaine de Rencontres, cela fait donc cinq ans. Qu’enseignes-tu ?

Julien : Je n’anime pas de module en particulier, mais avec Christian, nous sommes tous les deux présents pour aider les stagiaires à la composition. Quand je dis « aide », il faut comprendre un regard extérieur. J’aide aussi sur les arrangements qui vont figurer dans le spectacle final. Je suis un peu plus au fait que Christian sur ce qui est machines, sur ce qui est plus electro, étant moi-même claviériste. Les machines, la programmation, c’est un peu mon quotidien. Ce qui est savoureux dans cette aventure-là, c’est que nous essayons de suivre les modes. On ne peut diviser les choses entre ce qui est le passé et ce qui est le présent, mais on essaie de répondre aux propositions artistiques que présentent les artistes qui viennent là.

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Christian Alazard et son module sur l'identité vocal avec les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photos : Voix du Sud)

Christian, toi qui as vu des milliers de stagiaires passer ici, es-tu souvent épaté par le talent de certains artistes ?

Christian : Tout le temps. Chaque session est un nouveau plat plus ou moins pimenté, avec des saveurs connues ou originales. On est surpris très souvent… c’est ça la magie d’Astaffort.

Julien : On part de l’inconnu parce que ce sont les artistes qui fournissent le matériel musical et leur personnalité. Selon les compétences d’instrumentistes que l’on a dans la promo, le spectacle va être comme ci ou comme ça. Au-delà du style, on utilise les forces en présence, cela modèle donc l’esthétique musicale que l’on travaille.

Vous-mêmes, vous apprenez des autres ?

Christian : Ce sont nos stages à nous. Nous sommes intervenants et en même temps, on accumule les connaissances de ces jeunes. Ils viennent d’horizons différents avec des cultures différentes, on est obligé d’apprendre énormément d’eux.

Julien : On prend vraiment des tartes dans la figure. J’ai l’impression de recevoir autant que je donne. 

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Le parrain des 46e Rencontres d'Astaffort, Christophe Maé, avec les stagiaires.

Dernière interview, celle du parrain de ces 46e Rencontres d’Astaffort, Christophe Maé : rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffort

Aurais-tu pu suivre ce stage ?

Complètement. C’est un moyen de rencontrer des artistes et de partager la musique dans une formidable dynamique. L’idée d’arriver les mains dans les poches, de s’enfermer, de créer sans interruption pendant dix jours avec des gens que tu ne connais pas, on ne voit ça nulle part ailleurs. La démarche est hyper intéressante. Ce n’est pas pour rien que les Rencontres d’Astaffort existent depuis 25 ans.

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortPourquoi as-tu accepté d’être parrain de cette promotion ?

Francis Cabrel m’en avait parlé alors que nous étions dans les coulisses d’une émission de télé en Corse il y a deux ans. Il m’avait dit qu’il aimerait bien me recevoir ici. J’ai accepté immédiatement, tant j’aime la philosophie de ces rencontres.

En tant que parrain, tu as fait quoi ?

J’ai partagé un peu avec les stagiaires. Enfin, stagiaires… pour moi, ce sont tous des artistes confirmés. Il y a du niveau dans cette promotion. J’ai été à leur écoute et j’ai répondu à leurs questions. Je donne mon avis. Ce n’est pas obligatoirement la vérité, en tout cas, c’est ma vérité. Il faut soigner ses chansons, peaufiner, avoir un univers, trouver de la subtilité, prendre son temps pour faire ses chansons… et surtout, il faut croire en son talent, se fixer un but et ne pas le lâcher.

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A l'issue de l'interview, Christophe Maé et Philippe Prohom.

L'aboutissement de chaque rencontre, c'est  le concert de Clôture donné systématiquement au Music'Halle d'Astaffort en première partie du concert du parrain. Ce vendredi 1er juin 2018, les spectateurs présents ont donc pu assister à ce que vous pouvez voir sur cette vidéo. 

Voilà, j'espère que vous avez compris l'esprit de ces rencontres et que, si vous êtes artiste, cela vous incitera à tenter l'expérience. Pour postuler pour les prochaines Rencontres, merci d’envoyer un dossier de candidature à formations@voixdusud.com.

Quant à moi, je remercie l'équipe entière de Voix du Sud, Anne-Claire Galesne et tous les stagiaires pour l'accueil qui m'a été réservé. Evidemment, je n'avais plus envie de partir. Evidemment, je reviendrai… pour la prochaine session. 

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13 mai 2015

Francis Cabrel : interview pour In Extremis

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Francis Cabrel fait partie de mon panthéon personnel. Dans mon métier, c’est toujours un réel plaisir (assez jubilatoire, je dois dire) de rencontrer en tête à tête un artiste qu’on a aimé plus jeune (dont on a été « fan »).

Ce n’était pas ma première fois avec lui, certes, mais quand même… mon précédent rendez-vous avec le chanteur d’Astaffort, c’était à l’occasion de la sortie de Vise le ciel (un disque hommage appuyé à Bob Dylan dans lequel il reprenait quelques-unes de ses chansons en versions française). C’était le 10 septembre 2012 au Park Hyatt (voir là).

Pour la sortie d’In Extremis, son nouvel opus, je l’ai de nouveau rencontré. Le 18 mars dernier, Francis Cabrel m’a reçu à l’hôtel Raphael pour un long entretien. Voici le fruit de cette interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mai 2015). Ensuite, vous lirez le bonus mandorien (évidemment).

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francis cabrel,in extremis,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Décryptons certaines autres chansons. Dans "Les tours gratuits » vous  évoquez ces pères qui voient leurs filles, désormais grandes, s'éloigner irrémédiablement …

La maison se vide. Mes filles ainées sont parties et cela fait bizarre et c’est encore une autre vie qui commence. La vie sans les enfants, la vie avec, et de nouveau la vie sans. Heureusement, je vais toujours au manège, j’ai une troisième fille plus jeune.

« La voix du crooner » évoque la fin de la carrière d’un artiste, c’est ça ?

Oui, mais j’espère que ce n’est pas ma fin de carrière à moi (rires). Personne ne vous écoute plus, vous vous obstinez parce qu’il faut encore gagner sa vie, alors vous allez cachetonner tous les soirs dans un club. Je suis déjà rentré dans des clubs où je voyais des chanteurs ou des musiciens jouer comme ça, avec un air malheureux. C’est toujours à la fois beau et pathétique. Ces artistes avaient des ambitions et ils ont renoncé petit à petit. Ce sont des endroits où les gens n’écoutent pas beaucoup. Ils mangent, discutent, regardent parfois distraitement l’artiste. Moi, j’écoute toujours l’artiste… mais je me rends compte que je suis un peu le seul.

Vous évoquez les nombreuses années de détention de Nelson Mandela dans « Mandela, pendant ce temps ».

Je ne peux m’empêcher de penser que j’avais déjà fait deux albums à 27 ans. Pendant ce laps de temps, j’avais vécu, grandi, voyagé… tandis que pendant 27 ans, quelqu’un était resté en prison sur son lit de camp dans un tout petit espace, privé de tout. Il est sorti de là sans rancune. Ça m’a toujours impressionné. J’ai été touché aussi par sa deuxième vie et, plus généralement, par le destin de cet homme unique qui a été déifié de son vivant.

Le teaser de "Mandela, pendant ce temps".

Dans certains de vos textes, il peut y avoir des double-sens. Dans « Pays d’à côté » par exemple.

C’est marrant que vous me parliez précisément de celle-ci, car c’est certainement la moins claire de tout mon répertoire. Elle est un peu ambiguë parce que je ne sais pas si j’ai voulu dire que l’orage menace et que le danger est juste dans le pays d’à côté, donc que le prochain pays en danger est le nôtre. Je pense que j’avais aussi l’intention de dire que c’est pire ailleurs et que nous, on a le temps avant de voir la guerre arriver. C’est une chanson engagée dans deux directions, mais je ne sais pas dans quelle direction elle est engagée le plus puissamment. J’ai laissé une place à l’interprétation de chacun.

Quand on a votre carrière, on a peur que le nouvel album ne soit pas suivit par le public ?

La carrière d’un artiste tient sur l’estime des autres, donc on ne peut préjuger de rien. On arrive à les convaincre, ou pas, chanson après chanson. Rien n’est jamais gagné, il faut toujours avoir cela en tête. Pour ne pas lasser les autres, il ne faut pas que je me lasse, moi. C’est pour cela que je cherche des sujets un peu inédits, que je me creuse la tête à chercher des formules de phrase les plus précises et belles possible.

On ne se lasse pas d’écrire des chansons d’amour ?

Je n’en ai pas fait tant que ça ces dernières années. Depuis, « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai », j’avais un peu évité ce thème que j’avais, à mon sens, trop développé. J’ai un naturel romantique, amoureux et quand je suis bien immergé dans ce sentiment-là, j’arrive facilement à écrire ce genre de chanson. Pour ce nouvel album, j’ai donc réécrit une chanson d’amour, « A chaque amour que nous ferons ». « Je l’aime à mourir », j’avais 25 ans, pour celle-là j’en ai 60… j’ai voulu vérifier si on parlait de la même façon d’amour à différents âges.

Et ?

On n’en parle pas de la même manière. C’est justement cette chanson qui m’a donné le plus de mal à écrire. Six mois, en tout. Quand je suis parvenu à la terminer, j’ai estimé avoir passé le cap le plus dur. Je pouvais travailler sur un album complet.

Teaser de "A chaque amour que nous ferons".

Êtes-vous impressionné par certains jeunes qui participent à Voix du Sud ?

Depuis 20 ans, je vois passer beaucoup de talents aux Rencontres d’Astaffort. Ils m’apportent beaucoup. Je prends d’eux la passion toujours intacte. Je rencontre des gens de 25 ans qui sont passionnés, motivés et je me vois à 25 ans, passionné comme eux, du coup, ça déteint sur moi. Je rentre à la maison, ça me donne envie de faire des chansons. Je me dis que je suis dans la même compétition et la même recherche.

En avez-vous repéré qui vous intéresse plus que les autres ?

Il y en a  beaucoup qui sont intéressants. Mais il est vrai que j’en suis un de près. C’est Benoit Dorémus. Il est venu chez nous, il est revenu et là on se voit fréquemment pour travailler. C’est quelqu’un qui écrit de façon très originale, très humoristique, très pointue, très observée. Il est l’égal d’un Vincent Delerm ou d’un Thomas Fersen. Il fera d’ailleurs toutes mes premières parties lors de ma tournée de l’automne 2015.

Teaser pour "Partis pour rester".

Pour finir, parlons de la scène. Vous repartez à la rencontre de votre public l’automne prochain. Vous avez hâte de revenir ?

Bien sûr. Je tiens tout de même à préciser que je ne dis pas spontanément, « j’ai hâte de revenir ». Je vais me préparer à revenir consciencieusement en faisant les choses bien sérieusement. Je vais chanter des nouvelles chansons panachées avec mon ancien répertoire, qui du coup, va un peu reverdir.

Cela doit devenir difficile de dresser la setlist, non ?

Ce qui est sûr, c’est que je vais sortir cinq ou six chansons d’In Extremis, mais c’est vrai que c’est compliqué. Ca va peut-être finir par faire deux ou trois répertoires selon les soirées. Je vais peut-être suivre le modèle de mon maître absolu Bob Dylan qui chante tous les soirs deux répertoires. Sans prompteur… il faut quand même le faire.

Il y a des chansons de Cabrel que vous ne pouvez pas ne pas interpréter ?

Quand on fait un répertoire de tournée, d’abord, on met celles que l’on ne peut pas enlever. « Je l’aime à mourir », « Petite Marie », « La corrida », « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai », par exemple.

Vous est-il arrivé de faire le rebelle et de décider de ne pas en chanter une ?

Une fois, je n’ai pas chanté « Je l’aime à mourir ». Une seule fois et je vous assure qu’on m’en a fait la remarque pendant des jours. C’était idiot de ma part, parce que je les chante sans que cela me pèse et je suis content de les partager. Et les gens viennent principalement pour celles-là, je ne suis pas dupe.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, à l'hôtel Raphael.

Photo d'ouverture du bonus mandorien, réalisée quelques jours après cette interview, à l'occasion de la remise des prix du 8e Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste, le 21 avril dernier.

27 avril 2015

8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste: interview Gaël Faure et Laurent Lamarca

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(Francis Cabrel en live à l'issue de la remise des prix)

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLes deux jeunes artistes Laurent Lamarca et Gaël Faure, révélés par les Rencontres d’Astaffort, ont reçu le mardi 21 avril 2015, au XXII, Auditorium, le 8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

J’ai été convié à cette remise des prix (merci Anne-Claire Galesne, car nous étions très peu de journalistes "autorisés")… mais avant de vous en parler, un peu d’histoire s’impose…

« Révéler, transmettre, accompagner, soutenir et défendre les jeunes talents de la chanson, favoriser l’écriture et plus largement promouvoir la chanson »,  telles sont les principales vocations de Voix du Sud depuis plus de vingt ans.

Cette association fondée par Francis Cabrel (bientôt mandorisation en ligne pour son nouvel album In Extremis) propose ainsi depuis 1994 différentes stages de formations : les Rencontres d’Astaffort, Les Rencontres Répertoires, les Labos.

Grâce aux soutiens de la fondation La Poste qui a rejoint l’aventure en 2006, Voix du Sud favorise également la visibilité des nouveaux répertoires en produisant près de 80 concerts par an (en partenariat avec des services culturels, des associations de petits villages, mais aussi d’opérateurs prestigieux tels que les Francofolies de La Rochelle ou les Nuits de Champagne) et met en place des dispositifs favorisant la connaissance et l’écriture de chansons auprès des scolaires, des entreprises et depuis cette année dans le cadre du programme Culture à l’Hôpital.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelEn 2008  est créé le Prix Centre des Écritures de la Chanson Voix du Sud /Fondation La Poste. Un prix dont le principal objectif est de mettre en valeur et donner quelques moyens supplémentaires à des artistes aux talents certains, méritant plus de visibilité. Au regard de l’actualité discographique de ce début d’année 2015 (26 janvier 2015, sorti de l’album de Bastien Lanza accompagné d’une quarantaine de dates, 2 février 2015, sorti de l’album de Fabien Bœuf, mandorisation en ligne cette semaine) qui reçoit un très bon accueil, 30 mars 2015 sortie de l’album de Daguerre (mandorisé là une première fois, la seconde arrive...) et des projets en préparation des anciens lauréats, ce prix a largement  démontré son utilité.

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Ce mardi 21 avril, donc, a été remis le prix du centre des écritures de la chanson à :

Gaël Faure : Tout chez lui laisse transparaître l’authenticité. Il a su prendre son temps et ainsi s’habiller de belles plumes (Tété, Ben Ricour ou encore Fabien Boeuf) pour son deuxième album De Silences en Bascules. La puissance maîtrisée, sa voix frappante, les textes singuliers prennent une autre couleur sur scène, portés par un son folk aérien et direct.

Voici quelques photos de sa prestation scénique (3 chansons) et de la remise du prix.

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Laurent Lamarca : Après la sortie de Nouvelle Fraîche en septembre 2013 et une soixantaine de concerts,  Laurent est rentré s'isoler dans une maison en Ardèche. Il a écrit et arrangé ce qui composera son deuxième album. Des chansons ou le partage, l'empathie et l'optimisme sont les maitres mots. Des sons et des couleurs sous l'influence d'une époque pleine d'espoir et d'expérimentation. Ce deuxième album est en cours d'enregistrement.

Là encore, des photos de sa prestation scénique (3 chansons également) et de la remise du prix...

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La vidéo de la remise des prix (en intégralité).


2015-04-21 8ème soirée de remise du Prix Centre... par VOIXDUSUD47

Ce prix existe depuis 8 ans et est remis à deux artistes ayant participé aux Rencontres d’Astaffort l’année précédente.

J’ai rencontré l’un et l’autre (tous deux déjà mandorisés naguère, Laurent Lamarca et Gaël Faure ici) à l’issue de la remise des prix (autant dire pendant le cocktail qui a suivi.)

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Les deux lauréats de cette année, Laurent Lamarca et Gaël Faure.

Laurent Lamarca d’abord…

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview :

Ca fait quoi pour un artiste émergeant de recevoir ce prix ?

Ça fait du bien parce que, si c’est un plaisir de faire de la musique, en même temps, à un moment donné, on a envie d’être un peu reconnu. Ce genre de prix fait du bien à l’ego.

En plus, tu touches 3000 euros, ce n’est pas rien.

Oui et cerise sur le gâteau, on nous prête un studio professionnel quelques jours pour enregistrer des morceaux. C'est absolument génial… et on a la reconnaissance de Francis Cabrel, ce qui n’est pas le moindre des honneurs.

En te rendant aux Rencontres d’Astaffort, tu ne t’attendais pas à ce que cela aboutisse à ce résultat un jour.

Pour tout te dire, je n’avais même pas connaissance de l’existence de ce prix. Quand une personne des Voix du Sud m’a appelé pour me dire que j’avais gagné avec Gaël Faure, j’ai été très surpris, tu t’en doutes.

Les « Rencontres d’Astaffort », ça t’a apporté beaucoup ?

On pourrait croire que je dis oui pour la forme, mais pas du tout. Ça faisait cinq ans que j’étais à Paris, je m’étais un peu enfermé dans un cheminement… je voyais les mêmes têtes, j’avais les mêmes réflexes d’écriture. Bref, j’avais un sérieux problème de recul envers mon travail. J’avais fait beaucoup de chansons pour mon prochain album et je ne savais plus trop où j’en étais. A Astaffort, j’ai rencontré plein de nouvelles personnes et de nouvelles façons de travailler. C’est un peu comme un voyage.... Quand on se retrouve face à une civilisation différente, on se rend compte de ce que nous sommes vraiment, intrinsèquement parlant. Les « rencontres » durent dix jours, mais ce que l’on y vit est super fort.

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Pendant l'interview avec Laurent Lamarca (photo prise par Auguste Bas).

C’est là-bas que tu as rencontré Vincha avec qui tu travailles encore aujourd’hui.

On a même monté un studio à deux. On a un studio ensemble, on a un projet pour s’amuser tous les deux, mais on travaille aussi très sérieusement en faisant des chansons pour d’autres artistes. On s’aide mutuellement.

Quels sont tes projets immédiats ?

Je sors un EP aujourd’hui, « Borderlune », puis il y aura un EP à la rentrée prochaine… pour l’album, on verra plus tard, mais il existera.

Le teaser du clip "Borderlune" (qui sera mis en ligne le 11 mai 2015)

Au tour de Gaël Faure de répondre à mes questions… accompagné d’un des meilleurs artistes de sa génération, Benoît Dorémus (lui aussi mandorisés... deux fois) qui lui a écrit un texte « Traverser l’hiver » (qui sera sur le deuxième album de Gaël).

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview : (Sur la photo à gauche, avec moi, Faure et Cabrel en non pas Faure et  Dorémus, comme la logique le voudrait...)

Comment vis-tu ce prix Gaël ?

Gaël Faure : Ça fait plaisir, et je viens de le dire à Francis Cabrel à l’instant, parce que ça arrive à point nommé pour moi. Mon album De silences en bascules vient tout juste d’être réédité avec trois inédits et là je suis en pleine création. Ça fait du bien… je dirais même que ça flatte un peu, il ne faut pas se le cacher.

Benoît, que penses-tu du travail de Gaël ?

Benoît Dorémus : On s’est connu sur un texte, donc je le vois comme un compositeur et interprète aussi exigeant que talentueux. On se complète parfaitement avec l’auteur que je suis. Et sur scène, il assure grave.

Je trouve que les artistes de votre génération s’entendent bien, voire s’entraident carrément ?

Benoît Dorémus : Tu as raison, il y a beaucoup de bienveillance entre les artistes parce que tout le monde en bave. J’ai demandé à Francis Cabrel si, dans sa jeunesse, un autre artiste l’avait aidé. Il m’a répondu que non parce que ça ne se faisait pas à l’époque. Nous, on fait partie d’une génération qui a du mal à se faire connaître et à exister en tant qu’artiste, il manquerait plus que l’on se fasse la guerre entre nous.

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Gaël Faure et Francis Cabrel pendant le coktail.

Il n’y a pas de concurrence ?

Gaël Faure : Si, certainement, mais il y a surtout des familles qui se créent.

Benoît Dorémus : Il y a de la concurrence positive aussi. Par exemple, avec mon copain Renan Luce, c’est plutôt une affaire d’émulation. Lui a cartonné, moi je ramais, c’était donc un moteur pour que j’avance.

Gaël Faure : Il y a beaucoup d’entraides, de bienveillances… et l’ego, on le laisse chez nous.

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Pendant l'interview avec Gaël Faure et Benoît Dorémus (photo prise par Anne-Claire Galesne)

Vous avez tous les deux été stagiaires à Astaffort… mais pas que.

Benoît Dorémus : Je suis retourné là-bas il y a un an pour animer un atelier d’écriture avec les enfants de l’école primaire du village. J’ai eu les CE1, CE2 et CM1 pendant dix jours. Ce n’est pas un exercice évident, même s’il est passionnant.

Gaël Faure : Moi, je l’ai fait à Marseille, d’ailleurs, j’y retourne demain pour la restitution de la chanson… je suis d’accord avec toi, ce genre d’expérience est très difficile. En plus, j’étais dans le quartier nord de Marseille, dans le 14e, avec des guetteurs à l’entrée de la cité…

Les Rencontres d’Astaffort impliquent que l’artiste s’implique.

Benoît Dorémus : J’ai l’impression que sur chaque session, on a quatre ou cinq artistes avec qui cela accroche avec l’équipe des Rencontres. Ces gens-là sont, par exemple, invités à encadrer des « labos », c’est-à-dire des sessions de travail sur deux ou trois jours ou animer des ateliers d’écriture pour les enfants. L’enseignement, c’est un métier, mais du coup, nous on tâtonne et on finit par apprendre sur le tas.

Gaël Faure : C’est super enrichissant pour nous. Plus c’est dur, meilleur c’est.

Clip de "Tu me suivras".

La photo de famille de tous les protagonistes de ce 8e prix des Écritures de la Chanson Voix du Sud/Fondation La Pose...

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Alain wicker (fondateur du XXII), Francis Cabrel (président d’honneur de Voix du sud qu’il a créé il y a 21 ans) , Nicolas Petit ( MFM ), Bernard Montiel ( MFM ) , Dominique Blanchequotte ( (Fondation D’entreprise la poste ) Steven Bellery ( RTL ) , Julien Fregonara ( MFM ) , Jean Bonnefon ( président de Voix du sud), et nos Lauréats : Laurent Lamarca, Gael Faure.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLa soirée fut l’occasion d’annoncer le nouveau partenariat Voix du sud / MFM radio et la création début mai d’une web radio 100% dédiée aux artistes participants aux Rencontres d'Astaffort : MFM radio Voix du sud.

Enfin, rappel de ce qu’est Voix du Sud:

En 21 ans c’est…

Plus de 1000 stagiaires

39 sessions des Rencontres d’Astaffort

+6 Rencontres thématiques (2 jeunes publics, 2 langues Régionales - Occitan et Strasbourg-, 2 en lien avec les agglomérations de Clichy et Argenteuil) 

+3 Rencontres en Suisse,

+2 Rencontres à la Réunion,

+2 Rencontres à Madagascar,

+1 Rencontre Francophone.

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Plus de 50 « parrains » dont : Alain Souchon, Renan Luce, Cali, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, San Severino, Thomas Dutronc, Jeanne Cherhal, Maxime Leforestier, Michel Jonasz, Thomas Fersen….

Un projet qui s’adresse aux artistes en développement mais aussi aux artistes aux parcours confirmés : Ours, Ben Ricour, Oldelaf, Benoit Dorémus, Emmanuel Moire, Stephan Rizon, Jali, Klo Pelgag, Gaël Faure, Jérémie Kisling, Vincha, Liza Leblanc, Pierre-Do Burgaud, Julien Voulzy, Tom Frager,

Et des centaines de professionnels et médias du secteur de la musique qui ont relayé l’information…

Prochaines Rencontres d’Astaffort du 14 au 22 Mai : Thomas Fersen et du 24 septembre au 2 octobre : Oldelaf 

03 décembre 2013

Pierre-Dominique Burgaud : interview pour Le Soldat Rose 2

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Le Soldat Rose 2 raconte la suite des aventures du petit Joseph et de son jouet favori, un soldat rose. Pierre-Dominique Burgaud est le créateur et l’auteur de toutes les chansons de « ce conte musical pour les enfants et ceux qui le sont restés ». Pour ce deuxième volet, Louis Chédid (qui avait composé Le Soldat Rose 1) laisse la place à un autre cador de la chanson française, Francis Cabrel. Le casting est entièrement renouvelé, à l’exception de Francis Cabrel qui retrouve son rôle de Gardien de Nuit. Exit Matthieu Chédid, Vanessa Paradis et Bénabar, place à Thomas Dutronc dans le rôle du Soldat Rose, à Nolwenn Leroy dans la peau de la poupée Made In Asia et Isabelle Nanty comme narratrice de l'histoire. Les chanteurs Tété, Laurent Voulzy et Renan Luce rejoignent également l'équipe. Gad Elmaleh, Ours et Pierre Souchon, Camélia Jordana, Héléna Noguerra et Élodie Frégé incarnent de leur côté les nouveaux personnages. (Les liens aboutissent sur la mandorisation de tous ces artistes...)

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De gauche à droite : Tété, Thomas Dutronc, Renan Luce, Nolwenn Leroy et Francis Cabrel.

Tous se mettent au service d'un conte composé de treize morceaux très enthousiasmants. Des mélodies tantôt entraînantes, tantôt mélancoliques… Aucun doute, Le Soldat Rose fait un retour réussi.

Ici, j’avais déjà évoqué Le Soldat Rose en septembre 2007, à l’occasion d’une conférence de presse qui présentait le projet… cette fois-ci, j’ai voulu aller plus loin en rencontrant le papa du soldat rose, Pierre-Dominique Burgaud (mais il n’est pas que ça, sa fiche Wikipédia en témoigne… c’est impressionnant !)

Le 5 novembre dernier, nous sommes allés boire un café dans un bistrot de Montparnasse. Magnéto ouvert, évidemment. Timide, attachant et sympathique, l’auteur a joué le jeu, malgré le fait que l’exercice de l’interview ne soit pas précisément sa tasse de thé.

L’intrigue du Soldat Rose 2 :pierre-dominique burgaud,le soldat rose 2,francis cabrel,mandor,interview

Être un Soldat Rose, ce n’est pas facile à vivre : les petits garçons ne veulent pas d’un jouet qui a la couleur d’une danseuse, et les petites filles n’ont pas envie de s’amuser à la guerre. Mais quand à la suite d’un hasard malencontreux, le Soldat Rose devient bleu, c’est une autre question qui se pose : celle de la singularité. Vaut-il mieux être comme tout le monde et se fondre dans la masse ? Ou au contraire être unique en son genre ? Après l’immense succès critique et populaire du premier volet, le Soldat Rose 2 conte les aventures  d’un soldat qui, avec l’aide d’un petit garçon, d’une petite fille et d’autres jouets, va tout faire pour essayer de retrouver ce qui était sa chance : sa différence.

pierre-dominique burgaud,le soldat rose 2,francis cabrel,mandor,interviewInterview :

Ce que j’ai aimé dans les deux Soldat Rose, c’est que les textes et les musiques ne sont pas cul-cul la praline. Ces deux contes musicaux s’adressent autant aux enfants qu’aux parents.

Le ton du Soldat Rose était inspiré par Émilie Jolie de Philippe Chatel. Il n’y avait pas vraiment d’histoire à suivre et à lire, mais les chansons étaient vraiment belles. Pour Le Soldat Rose, c’était le cap que nous nous étions fixés avec Louis Chédid. Nous voulions que ce soit pour les enfants parce que les histoires sont enfantines, mais nous ne souhaitions pas que ce soit bêtifiant. Ainsi nous respectons les enfants, mais aussi les parents. Pour Le Soldat Rose 2, avec Francis Cabrel, nous avons créé des chansons volontairement plus « adultes ». Les musiques ne sont quasiment pas enfantines. Les enfants sont pris par l’histoire que raconte Isabelle Nanty, ensuite, ils rentrent dans les chansons. Elles n’ont pas besoin d’être puériles.

Vous avez écrit la chanson « La simplicité » sur le dernier album de Gaëtan Roussel. C’est difficile d’écrire des textes simples, mais efficaces ?

Ce qui sort naturellement de moi c’est plutôt très naïf et très simple. Cette naïveté, si on la place hors contexte enfantin, ça peut vite passer pour de la bêtise.  La frontière entre naïf et un peu bête est tenue. Les grands auteurs que sont Prévert et Vian n’ont finalement pas la place qu’ils méritent dans la littérature française parce que leur œuvre respective est considérée comme enfantine, alors que c’est tout simplement génial.

Clip de "Le blues du rose" (Thomas Dutronc), premier single du Soldat Rose 2.

Pourquoi s’être lancé dans le conte musical pour enfant ?

C’est un prétexte pour faire passer toutes ces choses que j’aime bien. De la poésie toute simple et parfois même, j’insiste, naïve… et là, on ne se pose pas la question de savoir si c’est cul-cul ou pas. Comme c’est pour les enfants, les gens se posent moins la question. Encore, une fois, je ne m’adresse pas spécialement aux enfants. Il y a des références qu’ils ne peuvent pas connaître. Quand je parle de Chagall par exemple. S’ils peuvent poser des questions à leurs parents du genre « c’est quoi Chagall ? », c’est bien aussi.

Il y a de la profondeur et des messages dans les textes du Soldat Rose. Le 2e volet est un disque sur la différence et la tolérance.

Je défends le fait que mes textes soient plein de bons sentiments. En 2013, ce n’est pas tellement accepté. Ça peut paraître très ringard pour une catégorie de gens, mais c’est difficile d’écrire une chanson intéressante avec des bons sentiments, vous savez. Une chanson négative, c’est beaucoup plus facile à écrire qu’une chanson positive. Moi, dans mes chansons naïves, je glisse des idées, des messages et de la poésie. C’est tout mon travail.

Revenons au Soldat Rose 2. Quand Louis Chédid vous a annoncé qu’il ne souhaitait pas récidiver, vous avez réagi comment ?

Je voulais repartir avec lui. La première fois qu’il m’a bien fait comprendre qu’il ne voulait pas travailler sur une deuxième histoire, j’ai vraiment attendu longtemps avant de demander à quelqu’un d’autre de le remplacer pour la musique. Un jour, il m’a conseillé de continuer et de trouver un autre compositeur parce qu’il était parti sur son propre album et qu’il comptait faire une tournée après. S’il ne m’avait pas dit : « Fais-le avec quelqu’un », j’aurais attendu le temps qu’il faut, quitte à ce que cela ne se fasse pas.

Francis Cabrel s’est imposé directement ?pierre-dominique burgaud,le soldat rose 2,francis cabrel,mandor,interview

J’ai cherché un grand compositeur. J’ai aussi pensé à Laurent Voulzy, mais j’ai eu un peu peur étant donné qu’il met huit ans à sortir son propre album. Concernant Cabrel, il y avait un point de convergence. J’ai fait les rencontres d’Astaffort, il y a deux ans. Il est timide et moi aussi. On était dans la cour de l’école d’Astaffort et on ne savait pas trop quoi se dire. Soudain, il m’a demandé des nouvelles du Soldat Rose. Je lui ai dit que ça m’intéressait de continuer cette aventure. Il m’a répondu qu’il aimerait bien que le gardien de nuit, qu’il jouait dans Le Soldat Rose, devienne gentil. Deux ans après, je lui ai envoyé un mail en lui disant que j’avais une idée pour que le gardien de nuit devienne gentil… et je lui ai fait comprendre que j’aimerais bien qu’il devienne le compositeur du deuxième.

Qu’a-t-il répondu ?

Qu’il aimerait bien, mais qu’il galérait déjà sur son nouvel album. Il m’a quand même demandé de lui envoyer les textes. Ce que j’ai fait. Il ne s’est rien passé pendant trois semaines. Et d’un seul coup, une chanson est arrivée sans un mot de plus. Trois jours après, une deuxième, puis une troisième… et de fil en aiguille, toutes les chansons sont arrivées. Aujourd’hui, il ne m’a toujours pas dit qu’il acceptait le projet (rires).

La fabrication du Soldat Rose 2 (Francis Cabrel et Pierre-Dominique Burgaud).

Vous avez écrit les textes avant d’entendre la musique… ça se passe toujours comme çapierre-dominique burgaud,le soldat rose 2,francis cabrel,mandor,interview avec vous ?

Non, pas toujours. Pour ce cas particulier, j’étais obligé d’écrire les textes afin de pouvoir convaincre un compositeur. Il fallait que je prouve que les textes pouvaient tenir debout. Bon, après, ça peut bouger. J’écris des textes squelettes, avec un peu de chair autour, mais c’est malléable. Francis me disait parfois : « Là, il faudrait qu’il y ait un pont », « là, il faudrait une chute »… parfois même il ajoutait une phrase à gauche, à droite.

Ça ne blesse pas l’ego de l’auteur quand on touche à son texte ?

Non, parce que ce sont des gens tellement plus forts que moi. Que Louis Chédid ou Francis Cabrel modifient quelques phrases, c’est presque un honneur. C’est déjà miraculeux d’écrire des chansons pour des gens qui sont eux-mêmes auteurs, compositeurs, interprètes et qui font toujours tout complètement seuls. En plus Louis et Francis sont très ouverts. Ils sont au-dessus de la mêlée, donc il ne peut pas y avoir des problèmes d’ego.

Est-ce qu’on peut aller jusqu’à dire qu’avec eux, vous avez appris?

Oui, j’en suis sûr. Après, ce n’est pas une Master Class. J’entends les résolutions de refrains, je remarque comment les mots sonnent chez eux. Disons que j’observe leur travail. Quand ils me donnent des conseils, ça reste imprimé en moi.

Cela fait des années que vous écrivez pour beaucoup d’artistes différents et souvent très réputés. Est-ce qu’on s’habitue à entendre des chanteurs connus interpréter ses propres mots ?

Non, je ne m’y habitue pas. Je suis une groupie. Quand je vois Francis, je n’ai pas l’impression que c’est quelqu’un avec qui je fais des chansons, je vois juste le grand Francis Cabrel. Pareil pour Louis Chédid. Il y a quand même quelque chose qui change tout, c’est le mail. Je suis très timide, alors tout ce que je leur écris par mail, je n’oserais pas leur dire en face. Par ce biais, j’ose discuter avec eux, j’ose leur envoyer des textes…

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Derrière: Thomas Dutronc et Tété. Devant: Renan Luce, Nolwenn Leroy et Francis Cabrel.

Pour Le Soldat Rose 2, vous avez osé changer une formule qui gagne. Le casting n’est plus du tout le même.

Parce que comme on a vendu plus 500 000 exemplaires du 1er, je ne voulais pas que cela paraisse opportuniste de recommencer avec les mêmes artistes. Il y a plein de projets où j’estime que l’on tire sur le fil. J’ai trouvé plus créatif de tout changer. Il y a une autre raison plus pragmatique. Comme il y a des personnages qui disparaissent, je ne voulais pas que l’on puisse croire que l’on s’est débarrassé d’un personnage pour se débarrasser d’un artiste. 

Je trouve ça courageux de tout changer.

C’est un risque en effet…  je vous le répète, je n’aime pas tirer sur des fils qui pendent.

Les nouveaux artistes ont dit oui facilement ?

Plutôt oui. Parce qu’ils connaissaient le Soldat Rose… ils savaient vers quoi ils allaient.

Le casting était compliqué à élaborer ?

On a essayé de choisir des artistes qui avaient les capacités de rendre ce disque « populaire chic ». On n’a pas essayé de faire les Enfoirés, ni de concevoir un projet parisien… on a juste essayé de se faire croiser des gens talentueux et positifs qui ne se croisent pas habituellement. Francis Cabrel avait une vraie volonté d’ouvrir à plus de gens jeunes. J’ai dû un peu me battre pour mettre des piliers. Le discours de Francis était celui-là : « Maintenant que vous avez une marque forte, que vous êtes presque sûr que le public suivra, il faut en profiter pour mettre des gens que l’on connait moins sous la lumière. »

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Après Matthieu Chédid, pourquoi Thomas Dutronc pour le rôle du Soldat Rose ?

Ce n’est pas si facile de trouver quelqu’un de cet âge-là, avec des valeurs positives et qui a beaucoup de succès. Thomas Dutronc réunit tout. Le talent, la sympathie et la beauté… Mais vous savez, au début, on s’est demandé si le soldat rose devait obligatoirement être jeune. Je vais vous faire une confidence. Tout au début, quand j’ai inventé Le Soldat Rose, pour moi, c’était Alain Chamfort. Je travaillais avec lui à l’époque et je trouve que ce personnage un peu long, un peu fragile, lui correspondait bien. Au final, on a choisi Matthieu Chédid et on ne le regrette pas du tout. La question s’est aussi posée pour le deuxième… ça aurait pu être Jean-Louis Aubert. Francis trouvait que c’était important que le soldat rose soit jeune et que les enfants se projettent en lui.

J’ai vu, sur des vidéos des séances d’enregistrement, que Francis Cabrel et vous êtiez là à toutes les étapes de la création du disque.

Pour tout ce qui concerne la musique, c’est Francis qui reste seul maître à bord. Quand il dit un truc, je ne dis pas : « Ah non ! Je ne crois pas. » Comme pour le premier Soldat Rose, j’ai eu l’impression que les gens étaient contents d’appartenir à ce projet et qu’ils étaient ravis d’être là. Les artistes enregistraient un par un et beaucoup sont restés sur la séance du prochain… Ils ont parfois posé leur voix, alors que ce n’était pas prévu initialement. Nolwenn Leroy a demandé si elle pouvait faire les chœurs sur la chanson de Renan Luce… Nolwenn qui fait les chœurs…

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Tous les jouets du Soldat Rose 2.

pierre-dominique burgaud,le soldat rose 2,francis cabrel,mandor,interviewQuand un premier disque a cartonné, comment envisage-t-on le second ?

J’avais toujours dit à Francis que si on trouvait les maquettes des nouvelles chansons pas aussi bonnes que pour le premier Soldat Rose, on ne le faisait pas. Premièrement parce qu’on va se faire massacrer et deuxièmement parce qu’on va salir un truc qui était joli. Francis et moi, sincèrement, on aurait jeté à la poubelle le fruit de notre travail. Je me souviens que quand les treize maquettes ont été terminées, c’est lui qui chantait dessus, on a été convaincu. Mais, il a pris le temps de faire écouter à sa petite fille, à sa femme, à des gens qui n’avaient jamais entendu… moi aussi, j’ai fait aussi écouter à des gens de confiance. Au final, tout le monde a trouvé ça bien.

Et vous avez progressé en six ans, je suppose ?

Oui, quand j’ai fait le Soldat Rose, j’étais débutant.

Avez-vous peur des réactions du public ?

Aujourd’hui, oui. Je suis tellement convaincu que l’album est bien, que s’il était mal perçu, ça me rendrait vraiment triste. Parce que ça voudrait dire que j’aurais eu tort de le faire et que je devrais dire pardon à Louis Chédid. Ça, ça me fait peur. Honnêtement, je trouverais injuste que Le Soldat Rose 2 ne trouve pas son public. Et je me pose une autre question. Le premier a eu tellement de succès que je ne sais pas à partir de quel chiffre de vente on estimerait que ça ne marche pas ? Est-ce que si on fait 300 000 albums, on trouvera que c’est un échec ?

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Pierre-Dominique Burgaud.

Savez-vous quand une chanson est terminée et qu’elle est bonne ?

Non, mais ça, c’est le confort de travailler avec des gens comme Francis Cabrel, Louis Chédid, Gaétan Roussel ou Alain Chamfort. Quand je vois qu’ils sont contents, je me dis que ça doit être bien. Comme je ne suis jamais tout seul et que je suis même avec des gens beaucoup plus forts que moi, je leur fais confiance. Ce sont eux qui me disent quand c’est terminé et quand c’est bien.

Vous me disiez que vous aviez l’impression d’écrire des textes simples, voire naïfs… et soudain, Gaëtan Roussel vous appelle pour une collaboration importante. 5 chansons pour son nouvel album Orpailleur.

Je suis un immense fan de Gaëtan, y compris en tant qu’auteur. Ses textes sont comme des mantras. Je ne sais pas pourquoi il a fait appel à moi. Je ne me l’explique toujours pas aujourd’hui. Quand il a reçu mes textes, il m’a demandé si ça me dérangeait qu’il les rende plus énigmatiques. Comme j’ai beaucoup de respect pour son travail, je lui ai dit qu’il pouvait les triturer comme il l’entendait. Il a truc fascinant. On a l’impression qu’il déstructure tout. Il cherche constamment. Il peut ne pas sombrer dans la facilité.

Clip de "La simplicité", une des 5 chansons co-écrites par Gaëtan Roussel et Pierre-Dominique Burgaud dans l'album Orpailleur de Gaëtan Roussel.

Si les phrases de Gaëtan Roussel sont des mantras, vous, vous avez un sens incroyable de la formule.

Je viens du monde de la publicité. J’y suis resté longtemps. Je vois bien que j’ai des facilités à avoir des idées de chansons.

Vous considérez-vous comme un auteur ou un parolier ?

Je dis parolier parce qu’auteur, ça fait prétentieux…

Aimeriez-vous écrire un roman, par exemple ?

J’en serais incapable. Je ne sais faire que court. Je sais conceptualiser un projet, mais je serais incapable d’écrire une pièce de théâtre, un roman, un film. Je ne sais faire que minimal.

La notoriété vous intéresse-t-elle ?

Non. Avoir mon nom dans le journal m’indiffère complètement. En revanche, que l’on dise du bien des choses que je fais, ça me fait très plaisir… si vous étiez arrivé en me disant que vous n’aviez pas aimé, ça m’aurait franchement ennuyé, je vous assure.

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Avec Pierre-Dominique Burgaud, après l'interview, le 5 novembre 2013.

08 novembre 2012

Francis Cabrel: interview pour Vise le ciel

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(Crédits : Claude Gassian)

Cabrel-Gassian8538.jpgL’exercice était amusant. Interviewer un artiste, Francis Cabrel, sur un même sujet, la sortie du disque Vise le ciel, pour deux journaux différents. Et ne pas publier la même interview. La méthode est simple. Faire un entretien un peu plus long que d’habitude (qui s’est tenu il y a deux mois, le 10 septembre dernier au bar du Park Hyatt Paris) et poser beaucoup de questions. Ensuite, partager la substantifique moelle de l'interview entre les deux magazines de manière à ne léser aucun des deux, tout en gardant une fluidité et une cohérence.

Donc, en lisant les deux interviews, vous saurez tout sur ce disque, n°1 des ventes des disques en France depuis deux semaines consécutives.

Voici pour commencer la version du Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012).

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Francis Cabrel - Comme une Femme
Extrait de l'EPK
Nouvel album "Vise le Ciel" sortie le 22 octobre 2012

A présent, l’interview pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan. Vous pouvez comparez... aucun doublon.

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Le 10 septembre 2012 au bar du Park Hyatt Paris.