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21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

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Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

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13 septembre 2011

Rencontre Jean Fauque/François Staal

staal olympia.jpg

Le 11 novembre prochain François Staal sera à l'Olympia !

C’est l’événement musical de cette fin d’année !

Qui ça ? François Staal ?

Effectivement, votre interrogation est légitime. Moi-même, j’ai découvert il y a peu de temps cet artiste, pourtant fort talentueux. Son attachée de presse de l’époque, Flavie Rodriguez m’avait envoyé un Ep du chanteur musicien. Après enquête approfondie, je découvre que François Staal n’est pas un débutant et que c’est un homme de goût: 4 albums, des concerts dans tout les lieux parisiens (et tous les mois au Zèbre de Belleville), un duo avec CharlElie Couture, un duo avec Jean Fauque, et plus de 40 musiques de film.

Le duo avec CharlElie, le voici...

Quant à Jean Fauque, outre le fait qu’il a écrit des chansons pour lui, il participe aussi à ses concerts très régulièrement, ce sera le cas le 26 septembre prochain.

fauque.jpgPetit portrait de monsieur Fauque au passage :

Frère de croisade linguistique Alain Bashung, avec qui il a ouvert de nouvelles voies dans la jungle de la langue française chantée : Novice, Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie Militaire, L’imprudence…, c’est lui.  Dans son tandem avec Bashung, il est devenu le plus légitime successeur de Gainsbourg dans l’élite de l’écriture voltigeuse, jonglant avec les techniques et transgressant les codes avec une rigueur folle. On le sait moins (quoique), mais Jean Fauque a aussi écrit pour  Jacques Dutronc, Johnny, Guesch Patti, Vanessa Paradis… liste non exhaustive.

Il m’a donc paru intéressant de les réunir. Je n’étais guère optimiste, mais en fait, Flavie Rodriguez  a organisé cette rencontre en deux temps, trois mouvements. Dire que cette attachée de presse est efficace est un euphémisme.

Le rendez-vous s’est tenu cet été sur une terrasse (enfin sur le trottoir sur lequel des tables ont été installées) d’un café parisien de la rue des Petites-Ecuries…

L’ambiance est joviale et tout le monde est de bonne humeur. Je constate que Jean Fauque est un geek. Avec François Staal et Flavie Rodriguez, ils parlent de la Logitech  G3, de l’Ipad 2 « qui n’a pas assez de giga » enfin des trucs comme ça. Que je ne comprends pas. Ça donne ça : « Non, c’est une question de paramétrage. Tu sais, dans la plupart des ordis, 2 fois sur 10 ce sont des problèmes de logiciels et pas des problèmes techniques. Une petite mise à jour, tout ce corrige. Tu vas dans « préférence », tu rétablis les touches et puis ça marche… »

Je tousse… pour rappeler que je suis là et qu’il serait de bon ton de revenir vers ce qui nous réunit.

La musique.

jean fauque,françois staal,interview,olumpia,canyonFrançois, vous vouliez travailler avec Jean, c’est un peu ça la base de votre rencontre artistico-amicale ?

François Staal : Je n’osais même pas l’envisager. Le rencontrer était de l’ordre de l’impossible. Rencontrer un mythe, ce n’est pas chose courante. Pour moi, très clairement, Jean est le plus grand auteur français. C’est finalement Flavie (Rodriguez, leur attachée de presse respective) qui s’est proposée de me le présenter.  Et puis un jour, ce fut fait.

Jean, comment vivez-vous le fait d’être considéré comme un auteur culte, au-dessus des autres ?

Jean Fauque : C’est gentil, mais dans la réalité, on ne se rend pas bien compte. C’est difficile à définir. En fait, moi, quand je suis devant ma machine pour écrire un texte,  le passé et tout ce que j’ai pu faire n’entrent pas en ligne de compte. À chaque fois, je recommence comme au début. C’est toujours un défi. Je me considère plus comme un artisan que comme un artiste… je suis un trafiquant de mot et puis voilà, rien de plus.

Rien n’est jamais facile, ni jamais acquis dans ce difficile métier d’auteur de chansons. Avec Alain Bashung, par exemple, ce n’était pas gagné d’avance.

Jean Fauque : C’est étrange parce j’ai rencontré Alain en 1975 en faisant des chansons qui n’ont jamais vu le jour. Après plusieurs tentatives, on a vraiment collaboré ensemble en 1988 sur l’album Novice. Aujourd’hui, c’est un album culte, mais à l’époque, il n’a pas fait un carton. Le premier carton réel de notre collaboration, c’était Osez Joséphine, mais le succès est arrivé très progressivement. Ça paraît bizarre, mais je ne me suis d’ailleurs pas rendu compte du succès. Si on estime qu’il peut-être une rentrée d’argent soudaine et inopinée, on n’est pas arrivé… en tout cas, je ne sais pas où est passé cet argent. Cette période-là à quand même changé quelque chose à ma vie : après 20 ans de galère, j’avais enfin la reconnaissance du public et de mes paires. Je crois que ce dont on souffre le plus quand on est artiste ou créateur, c’est de l’ignorance…

 

Trois des grands succès de Jean Fauque, version Bashung...


Alain Bashung - Osez Joséphine par Quarouble

Alain Bashung - La nuit je mens


Alain Bashung - Ma Petite Entreprise par Alain-Bashung

 

François, quand on a Jean Fauque devant soi, on lui demande directement de travailler avec lui.

François Staal : Ça ne s’est pas passé comme ça du tout. Je vais vous dire un truc personnel. Quand il a tourné la tête vers moi, on s’est regardé dans les yeux et dans ma tête, c’était comme si je le connaissais depuis toujours. Ceci étant, Jean a un regard tellement gentil et sympathique que ça doit faire ça à tous les gens qu’il rencontre… c’est incroyable! Le fait qu’il m’écrive un texte un jour, je trouvais ça invraisemblable. Moi, j’étais déjà content de le rencontrer et de boire un coup avec lui. Le lendemain, un peu intimidé par l’homme, j’ai envoyé un mail à Flavie en lui demandant si elle pensait que je pouvais me permettre de lui demander d’écrire une chanson pour moi. Je ne voulais pas apparaître comme un goujat ou un opportuniste.

Jean, vous voyez souvent des artistes… vous devez sentir que, parfois, tel chanteur aimerait bien avoir un texte de vous, ce qui doit représenter pour eux, la classe absolue.

Jean Fauque : Oui, je ne vais pas nier que ça m’arrive relativement fréquemment. Comme je suis un peu feignasse, j’ai tendance à me planquer, à faire l’ignorant… après, il ne faut pas hésiter à me harceler un peu. François m’a relancé plusieurs fois et voilà ! Mon premier réflexe quand quelqu’un envisage une collaboration, c’est d’aller sur le net pour m’informer un peu, pour connaître l’état d’esprit de la personne et surtout pour connaître sa musique. On finit par avoir une vision globale des choses. J’ai vu dans quelle mouvance musicale et dans quel style se situait François et j’ai vite remarqué que je nageais en plein dans les eaux que j’aime bien. Rapidement, je suis passé chez lui, sur sa péniche. Nous avons discuté et il m’a fait écouter le projet en cours. C’est une méthode finalement assez classique.

Quand on a une réputation telle que la vôtre et qu’on écrit pour un artiste inconnu est-on, tout de même, la proie du doute ?

Jean Fauque : Quel que soit le niveau de notoriété de l’artiste, je ne suis jamais sûr de moi. C’est même une position assez délicate parce que je me dis toujours que si j’envoie quelque chose qui ne convient pas, c’est plus ennuyeux pour l’artiste de me le dire.  Il faut quand même savoir que quand tu écris 100 chansons, statistiquement, il y en a 5 qui finissent par paraître, alors un auteur est relativement blindé concernant les retours négatifs. Une fois que j’avais cerné où François voulait en venir, j’ai pensé à des choses que j’aimais bien et qui pouvaient, je pense, le toucher. À partir de là, je lui ai donné deux/trois textes et il en a mis deux en musique.

 

Terre m'atterre - François Staal - (paroles: Jean Fauque)

 

François, je vous retourne la question, qu’est-ce qu’il se passe quand on reçoit les textes de Jean Fauque ?

François Staal : Il vient de répondre à la question. Ma plus grande angoisse c’était de me dire : « si ça ne me plait pas, comment je vais lui dire ? ».  En l’occurrence, la première qu’il m’a donnée c’est « Où » et en gros, « Où » c’est complètement mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai de l’admiration pour Jean Fauque. On a le même monde, le même univers intérieur. Cette chanson, c’était exactement ce que j’avais envie de chanter. Les textes de Jean, déjà, il faut les comprendre… il y a tellement de sens dedans, et puis après, il faut parvenir à les chanter. Pour me faciliter la tâche, on a réaménagé certaines phrases afin de parvenir à me les approprier complètement. Quel que soit le respect qu’on a pour un auteur ou pour un texte, il ne faut pas hésiter à déplacer un mot si on pense qu’on sera plus à l’aise pour le chanter.

Inversement, Jean, quand on écrit un texte pour quelqu’un, se demande-t-on ce qu’il va en faire, premièrement, musicalement et deuxièmement, dans la façon de l’interpréter?

Jean Fauque : Il y a deux solutions : soit j’ai une musique avant, c’est une méthode que j’aime bien qui donne une limite et une espèce de carcan dont on ne peut pas trop s’échapper, soit c’est un texte à blanc. Franchement, ça m’est arrivé de donner un texte et de trouver que la musique n’était pas à la hauteur. C’est un peu ennuyeux… Quand j’ai eu des doutes, malheureusement, ils se sont souvent avérés exacts. Moi, je me considère comme un amateur de musique, je suis un musicien d’instinct et un très mauvais instrumentiste. J’ai juste une bonne oreille et pas un trop mauvais goût quand j’écoute. Je n’aime pas les démonstrations de musiciens. Ca ne sert à rien de vouloir m’épater, on fait de la variété, on fait de la chanson, on ne fait pas de symphonie pour concurrencer Malher, ce n’est pas le même boulot.

Jean, est-ce qu’on écrit différemment selon la façon de chanter de l’interprète…  Bashung étant un cas extrême.

Jean Fauque : Ce que j’ai donné à François est complètement dans la lignée de ce que j’aurais pu donner à Alain. Ils ont tous les deux beaucoup de liberté dans la forme et dans le fond.  C'est-à-dire que tout à coup, ça part ailleurs, on ne sait pas trop où. Chacun en fait son propre sujet et interprète un texte à sa façon. Ce que j’ai fait pour Alain et ce que je fais pour François n’est pas conforme et structuré. Je dis toujours à des gens qui débutent et qui veulent essayer de s’approcher de notre travail, qu’il faut d’abord avoir la maîtrise de la forme la plus classique et la plus traditionnelle de la chanson, c'est-à-dire avoir des strophes, avec des pieds et des rimes le plus précis possible… quand on a fait beaucoup de chansons comme ça, on peut ensuite commencer à casser tout ça. Casser ce qu’on a appris, démonter l’apprentissage, pulvériser les structures. On ne peut pas modifier ce que l’on ignore…

François, êtes-vous d’accord avec la thèse de Jean ?

François Staal : Oui, évidemment, c’est même un truc que je revendique. J’écris aussi des chansons et je peux vous dire qu’il y en a de mon propre album dont je ne sais pas encore trop de quoi elle parle. Dans le temps, les poètes parlaient d’écriture automatique... Moi, j’aime quand ça part un peu là-haut, quand on se perd un peu, comme nous les êtres humains.

staal disuqe.jpgJean, que pensez-vous de l’histoire de François… de son Olympia prochain ?

Jean Fauque : C’est un grand fou ! Je trouve ça aussi courageux qu’inconscient. Ca rejoint des actes héroïques au sens noble du terme. Ça m’épate autant qu’un type qui décide de traverser l’atlantique sur un petit radeau comme l’avait fait Alain Bombard ou comme l’homme-araignée qui grimpe avec des ventouses l’Empire State Building…  des trucs de oufs, des trucs invraisemblables. J’aime la folie chez les gens, on est dans un monde tellement régulé par cette espèce de masse indéfinie et informe, c'est-à-dire les fonctionnaires de Bruxelles qui passent leur temps à pondre des lois pour faire chier (ou vouloir leur bonheur malgré eux) 300 millions de citoyens. Tout à coup, un truc allumé comme ça, ça me plait.

Alors François l’allumé, pourquoi ce défi insensé ?

François Staal : D’abord, je ne trouve pas cette idée si folle que ça. Qu’est-ce qui est fou ? C’est la notion du risque. A un moment donné, si on veut faire quelque chose d’exceptionnel, il faut accepter l’idée d’en payer le prix. Le prix, et donc le risque, c’est que je me plante, que personne ne vienne. Si je me plante, je ne serai ni le premier, ni le dernier mec qui se sera planté à l’Olympia. Bon, en même temps, si ça ne marche pas, ce sera la fin de mon projet de chanson, en tout cas la fin de ma tentation d’en vivre professionnellement. Au fond, on n’a qu’une vie… au pire, je raconterai à mes petits enfants que j’ai fait l’Olympia…

Jean, vous avez l’air de ne pas être d’accord !

Jean Fauque : Non, ce n’est pas vrai François. Si l’Olympia ne marche pas, ça ne sera pas la fin de ta carrière de chanteur. D’abord, je ne vois pas pourquoi tu te planterais.

François Staal : Mais c’est un moteur pour moi de prendre ce risque à fond. Je le vis bien parce que je me suis envisagé le pire. De toute façon, ce ne sera que du bonheur, parce que j’ai décidé que l’on fera un concert d’enfer, même si on est que 50!

Jean, vous allez participer à ce concert.

Jean Fauque : Oui, nous allons faire un duo et puis il y a une forte probabilité que je fasse une version de La Nuit, je mens avec le pianiste de François. Je n’ose pas me mettre dans les traces d’Alain, il chante cette chanson tellement magnifiquement, que je la détourne en gardant juste une partie du thème de la chanson. Je la récite plus que je ne la chante. C’est une version hommage et en même temps très personnelle.

 

 

François, il y a un disque qui sort en même temps que ton Olympia.

François Staal : Il sortira un peu avant, le 7 novembre. Il s’intitule « Canyon » et il y a deux chansons de Jean, dont un duo. En tout 14 titres que j’ai mis trois ans à faire. J’ai signé chez Paul Beuscher Arpège. Ils ont l’air d’avoir envie de faire plein de choses avec moi. Ils m’ont trouvé un label avec lequel ils ont l’habitude de travailler, 10 heures 10.

 

Lacher l'affaire - François Staal -

 

Jean, vous aimez regarder les balbutiements d’un artiste…

Jean Fauque : Je vois ça avec un regard un peu nostalgique, parce que ça me rappelle l’aventure d’Alain Bashung avant Gaby, entre 75 et 80. La joie de la signature du premier album chez Barclay du temps d’Eddie Barclay, le deuxième album où déjà les difficultés se posent, le doute parce qu’il n’a pas vendu assez son premier, mais on garde quand même de l’espoir… François, à la différence d’Alain, assume un peu mieux les bonnes nouvelles. Un jour, j’ai tenu une théorie à Alain. Je lui ai dit : « En fait, tu es le plus grand looser que je connaisse. Un looser est condamné à réussir. Un looser qui rate sa vie, il est dans la norme. Il est heureux. Un looser qui tout à coup à du succès, c’est un vrai looser, parce qu’il s’est mis en contradiction avec sa looserie ».

Il n’a pas bien vécu la reconnaissance, il me semble ?

Jean Fauque : Après Gaby, Alain a fait une dépression terrifiante. Il a failli se foutre en l’air. J’étais spectateur, voire acteur de cette période-là. Quand il a fait « Play Blessures », c’était pour gerber tout ça. D’ailleurs, paradoxalement, on n’a jamais autant rigolé qu’en enregistrant cet album. Avec Gainsbourg, on s’est fendu la gueule comme pas possible !

J’aime bien discuter avec vous Jean… vous parler d'un mythe, là !

Loin de moi le fait de vouloir impressionner la galerie. Quand Alain nous a annoncé qu’il allait nous présenter Gainsbarre, on n’en menait pas large. On était chez le bassiste comme si on attendait des résultats d’examens. On l’a emmené sur notre territoire, dans un restau que l’on fréquentait. J’étais impressionné une minute trente. Quand j’ai vu sa tête de déconneur, j’y suis allé allègrement. A l’époque, je ne pouvais pas dire une phrase sans faire 40 jeux de mots. Pour me faire chier, il me coupait tous mes effets… nous étions jaloux de l’humour qu’avait l’autre...

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Je vous pose la question chiante de fin : François, que pensez-vous de Jean ?

François Staal : Jean, c’est comme un joker pour moi. C’est un mec génial, sérieux, qui a de l’humour. Ses textes sont pour moi tout ce que j’aime dans la manière d’écrire des chansons. En plus de ça, Jean est d’une gentillesse et d’une générosité incroyable. C’est quelqu’un de rare et d’exceptionnel.

Jean que pensez- vous de François ?

Jean Fauque : J’ai de la tendresse pour lui. C’est un bon gars dans le bon sens du terme. Il dégage quelque chose et je trouve que dans ses envies. En 35 ans, j’ai collaboré avec une centaine de personnes. Pour moi, il y a deux sortes de gens. Ceux avec lesquels je collabore et après que je ne vois plus et puis, il y a ceux avec lesquels il reste des liens de camaraderies intenses. Il n’y en a pas eu tant que ça, mais j’ai l’impression que c’est ce qui est en train de se passer avec François.

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