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16 juin 2016

François Bernheim : interview pour l'ensemble de sa carrière

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7492_108490756197683_6572886381044119432_n.jpgL’auteur-compositeur-interprète François Bernheim est un découvreur de talents comme les Poppys, Louis Chedid (mandorisés et ), Renaud (mandorisé ), Patricia Kaas… faiseurs de tubes comme « Non, non, rien n’a changé », « Mon mec à moi », « Il mio rifugio »… Compositeur de nombreuses musiques de films, il réunit parfois quelques amis musiciens, afin de chanter lui-même les chansons qu’il a écrites et qui sont devenues des succès par la voix des autres. Et si certains de ces autres le croisent dans les parages, François les invite à monter sur scène et à chanter avec lui. Les 22 et 23 juin prochains, François Bernheim et ses amis seront sur la scène du Rond-Point pour deux concerts exceptionnels. Attention, un nouvel album et quelques jeunes talents pourraient bien se mêler à cette fête, où Radio Piiaf sera de la partie.

Les invités : Dani, Benoît Dorémus (mandorisés ici), Anne Etchegoyen, Alexandra KazanIsabelle Nanty, Pierre Palmade…

Les musiciens :

Guitare : Bruno Polius, Romain Roussouliere

Percussions et claviers : Jean-Marie Leau (mandorisé )

Percussions : Marc Chantereau

Chœurs et chant : Marie-Camille Soyer

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond Point où se déroulent les soirées François Bernheim & friends les 22 et 23 juin 2016.

bernheim-infrarouge-783x520.jpgInterview :

Quand on épluche votre CV, on constate que votre première expérience musicale est la formation d’un groupe avec les sœurs Sanson, Violaine et Véronique. Musicalement, il n’y a rien avant ?

Je suis catholique, mes parents m’ont fait aller à la messe de façon forcenée. J’ai participé à la chorale et j’y ai pris un goût énorme. C’est là que j’ai appris à l’oreille les harmonies. Je suis un autodidacte total et un instinctif. Je suis devenu Chanteur à la Croix de Bois à 10 ans et c’est là que tout a démarré.

A 10 ans, vous êtes-vous dit que c’était le métier que vous vouliez faire ?

Non, je suis né d’une famille extrêmement simple, ruiné moralement et financièrement par la guerre. Mes parents étaient fonctionnaires et ils ont tout misé sur moi. Ce n’est pas une pression énorme, mais je sais que je suis la chance de la famille de faire quelque chose. Loin de nous l’idée de faire carrière dans la musique. J’ai donc fait des études normales.

Vous étiez en seconde avec Dominique Blanc Francart, je crois.

Oui. Lui avait déjà un groupe et moi, j’en formais un. On a été virés tous les deux pour indiscipline.Ca créé des liens. Je l’ai retrouvé 15 ans après professionnellement.

Au lycée, vous commenciez à être très branché musique.

J’écoutais beaucoup de rock’n’roll et donc j’ai formé un groupe dans le garage de mes parents. C’est banal. Le rock, c’est joyeux. On s’amuse, on n’est pas à l’âge où on parle de la guerre tout de suite. On a fait des petites soirées dans des bars et des clubs de la banlieue ouest.

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Et après ?

J’ai eu une mononucléose, donc j’ai loupé une année scolaire. Pendant cette année-là, j’ai écouté beaucoup de disques et je n’ai pas travaillé du tout. Deuxième chose, j’ai eu un accident très très grave à la suite d’une course poursuite (il me raconte le pourquoi du comment de cette histoire hallucinante… mais il me demande de la taire) qui m’a cloué au lit pendant pas mal de temps et là, on m’a offert une guitare. J’ai encore cette guitare. Mes parents m’ont amené l’année suivante en Espagne en vacances. Là, sur une plage, je suis tombé sur deux jeunes filles superbes, que je ne connaissais pas et qui avaient 16 et 13 ans. La première s’appelle Violaine, la seconde Véronique. Les sœurs Sanson avaient des parents aisés et étaient donc dans un superbe hôtel. Après avoir fait connaissance, très vite, on fait des chansons autour de piano de l’hôtel. Pour la faire courte, nous nous revoyons à Paris. Je découvre ainsi le milieu de la haute bourgeoisie. La maman de Violaine et Véro organise un goûter dans la demeure familiale. Moi, j’ai 17 ans, Véro en a 14. On joue des morceaux tranquillement et un type que nous n’avions pas remarqué, car il était dans le fond du salon, vient nous voir pour nous demander de venir à son bureau le lendemain. C'était le directeur des éditions Pathé Marconi. Le lendemain, on croise Tino Rossi, Henri Tachan et Julien Clerc dans les couloirs et dans le bureau, il y a un jeune mec qui s’appelle Michel Berger, un autre qui s’appelle Claude-Michel Schoenberg et un troisième qui s’appelle Jacques Sclingan. Le rendez-vous se passe magnifiquement et les trois directeurs artistiques nous demandent de venir au studio le lendemain. Là, c’est Gilbert Bécaud que l’on croise, nous sommes émerveillés. On enregistre une quinzaine de titres très maladroitement. Berger et Schoenberg nous font signer un contrat sous le nom de Les Roche Martin. On ne sait même pas pourquoi ce nom.

Les Roche Martin: "Miss Gaffe", maquette studio de 1967 (paroles et musique : François Bernheim). Le trio est composé de Violaine Sanson, Véronique Sanson et François Bernheim.

230291624971.jpgCombien de temps a duré l’aventure Roche Martin ?

Deux ans. Le temps de faire deux Super 45 tours (4 titres chacun). Nous n’avons quasiment rien vendu, mais il est resté dans la mémoire collective comme les débuts de Véronique Sanson. C’était assez nouveau dans les mélanges de voix. Rétrospectivement, je trouve que c’était pas mal. Après le deuxième 45 tours, je me suis fâché avec tout le monde. Je crois que j’étais dépité par la romance qui commençait entre Michel Berger et Véronique Sanson. Il faisait un peu bande à part et ça me mettait hors de moi. J’ai même dit que je m’opposais à la sortie de ce deuxième disque. J’étais susceptible à l’époque, c’était juste un mouvement d’humeur.

C’est à cause de vous que le groupe s’est arrêté ?

Non, ça devait s’arrêter de toute manière. Je le sentais. Violaine m’a suivi, car elle était ma petite amie à l’époque et Véro est restée avec Michel Berger. Ils ont fait une sublime carrière ensemble.

Aujourd’hui, vous êtes encore ami avec les sœurs Sanson ?

Bien sûr. Quand je fais un spectacle, elles viennent souvent. On refait les Roche Martin pour rigoler.

Après, vous êtes rentré chez Barclay.

Quand le groupe explose, je ne sais plus par quel miracle, la secrétaire d’Eddy Barclay m’appelle, alors que j’avais repris mes études à la fac. Il me reçoit à son bureau et on commence à boire du Bordeaux à 11 heures du matin. Il me demande ce que je fais. Je lui réponds que je viens d’accepter un boulot à mi-temps pour payer mes études. Il me demande combien je gagne. Je lui réponds 1500 francs par mois. Il me dit qu’il m’offre la même chose, mais à temps complet, pour devenir son assistant. Il m’a donné 5 minutes pour accepter ou refuser. J’ai dit oui tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir. Pour lui, être assistant, c’est être disponible tout le temps. Il aimait me montrer pour dire qu’il avait un assistant. J’ai passé une année à ne rien faire, mais j’ai essayé d’apprendre mon métier.

Et soudain, il vous propose de vous occuper d’une artiste.

Oui… et c’est Brigitte Bardot. Je deviens son directeur artistique. Elle avait 38 ans et elle venait d’arrêter le cinéma. Je suis devenu très pote avec elle. Elle a été très gentille avec moi. Je n’avais pas de sous, elle m’invitait tout le temps et on a beaucoup voyagé tous les deux. Je précise que je n’ai pas eu d’aventure avec elle. Je le dis, parce que c’est rare. Elle n’était pas nympho, mais elle aimait les mecs.

"C'est une bossa Nova", une chanson de François Bernheim pour Brigitte Bardot.

En studio, elle était comment ?R-1658380-1394398906-8972.jpeg.jpg

Extrêmement docile. Dans le choix des chansons et dans la façon de travailler, ça se passait toujours bien. Elle avait le sens de la mesure, elle chantait juste. Elle n’avait aucun caprice. Il n’y a jamais eu aucun problème avec elle.

Diriger Bardot, pour un jeune homme comme vous, ça n’a pas dû être facile.

Il faut être le patron. Comme un directeur d’acteur, un metteur en scène, c’est moi qui disais « c’est bien », « c’est pas bien », « il faut chanter autrement »… Même si je n’étais pas sûr de moi tout le temps, je faisais semblant de l’être. Les artistes ont besoin de ça.

Barclay a voulu vous virer.

Il était en cessation de paiement. Dans les couloirs, on voyait passer des mec avec des attachés-case. Ça ne sentait pas bon, il y avait des audits partout. Et puis, un jour, avec une autre directrice artistique, Jacqueline Herrenschmidt, nous avons décidé de faire chanter l’actualité par des enfants. Je suis parti à fond la caisse dans cette idée. En une heure, j’ai écrit deux chansons, « Noel 70 » et « Non, non, je ne veux pas faire la guerre ». Nous avons eu la chance de tomber sur la chorale d’Asnières. On a sélectionné 17 mômes qu’on a appelé Les Poppys. En 5 ans, on a vendu 5 millions de disques. Pour Eddy Barclay, soudain, avec Jacqueline Herrenschmidt, nous sommes devenus Dieu. On a sauvé sa maison.

Clip des Poppys, "Non, non, rien n'a changé".

114108119.jpgVous avez porté d’autres tubes pour Barclay.

Michel Delpech avec « Whight is whight » et “Pour un flirt”, Nino Ferrer avec “La maison près de la fontaine”, Léo Ferré avec « C’est extra », Esther Galil avec « Le jour se lève », Patrick Juvet avec « la Musica ».

Je crois que Barclay n’aimait pas trop Juvet.

Il me disait qu’il ne voulait pas le garder sous le prétexte que « les français n’aiment pas les pédés ».

On vous a laissé signer des jeunes comme Louis Chédid.

Je le trouvais extraordinaire. Un ovni dans ce paysage. Je l’ai connu, il était chef monteur aux actualités Gaumont. Un copain commun me le présente. Il me fait écouter des maquettes. J’adore sa poésie et sa sorte de folie. On a signé un album, Balbutiements, et il n’a eu aucun succès. Mais c’était la première marche de sa carrière.

Un extrait de l'album de Louis Chédid, Balbutiements, "Enchanté".

Avec Jacqueline Herrenschmidt, du coup, vous avez quitté Barclay.

On a donné notre démission. Nous avions trop donné sans recevoir en retour. Barclay nous a fait un pont d’or pour que nous changions d’avis, mais nous nous sommes drapés dans notre dignité. C’était un homme d’affaire avant tout.

Vous avez monté la société HB. Herrenschmidt Bernheim Productions.

Oui, nous voulions produire en toute indépendance. Grâce à Coluche, on a vu Renaud au Caf’ Conc. Il faisait sa première partie. Nous avons tellement aimé que le lendemain, on le reçoit dans notre bureau. Il est arrivé en poulbot, c’était génial. A ce moment-là, Paul Lederman voulait le signer, mais il a refusé. Par contre, il a signé avec nous. On n’a pas compris pourquoi il nous avait choisis. Amoureux de Paname est sorti en mars 1975 et contient des chansons comme « Hexagone » ou « Société, tu m'auras pas ». La fille qui a accueilli Renaud pour la première fois, c’est Danièle Gilbert. 

Première prestation télévisuelle de Renaud : "Camarade bourgeois" à Midi Première.

Et pas de chance, votre boite a coulé à cause d’un escroc.

Oui, nous avions confié les finances à quelqu’un qui nous a trompés. Il est parti avec l’argent. Il a foutu la merde dans la vie de Jacqueline et dans la mienne d’une façon incroyable. On a été obligé de céder Renaud, alors qu’il commençait à avoir du succès. Pour être honnête avec vous, je peux dire que Renaud a servi à payer nos dettes. Il a fallu 7 ans pour que l’on se remette de ça. Nous vivions dans une honnêteté totale, mais dans une naïveté idiote.

Ça vous a écœuré du métier ?

Un peu évidemment, mais il faut se battre. Avec Jacqueline, nous nous sommes séparés. Il y a eu dans ma vie un long moment de flottement.

Et Phonogram vous appelle.

Le président de cette maison de disque me demande si je suis intéressé pour aller faire une étude au Brésil. J’ai accepté et ça m’a fait un bien fou. Je suis allé essayer de comprendre pourquoi aucun des artistes brésiliens fort talentueux n’arrivaient pas à vendre en dehors de leur pays. Je me suis retrouvé tout seul à Rio et j’ai rencontré des tas d’artistes magnifiques.

Quand vous êtes rentré, on vous a demandé de faire du disco.

Oui, c’était la mode, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait danser les autres. J’ai quand même dit que j’avais quatre idées d’albums. J’ai donc monté quatre groupes fictifs avec des chanteurs et des musiciens de studio, ensuite, je suis allé mixer à New York. Je travaillais avec Jean-Pierre Lang pour faire les chansons et les textes étaient signés Boris Bergman. Ces albums ont marchoté.

Vous avez passé un an à New York puis vous revenez vivre à Paris.

Oui, à l’époque, je vivais avec Agathe Godard, journaliste de Paris Match avec laquelle je suis resté 7 ans. Un jour elle m’annonce qu’elle va interviewer Gérard Depardieu. Elle me demande de venir avec elle et j’accepte. On se retrouve à Bougival pour déjeuner. Il y avait Elisabeth Depardieu et ça a été le début d’une amitié de 35 ans.

Elisabeth Depardieu chante "Les hommes de ma vie", extrait de l'album "A Barbara quand j'ai froid" (1983).
Paroles: Elisabeth Depardieu et François Bernheim.

Vous avez travaillé avec elle.

Je lui ai fait deux albums, dont un dirigé par Barbara. Cette dernière était très désagréable avec moi parce qu’elle était jalouse de la relation que j’avais avec Elisabeth. De son côté Elisabeth me fait des chansons pour mes propres albums, mais ils ne marchent absolument pas. C’est normal, en tant que chanteur, je n’ai jamais marché (rires).

Et puis, un jour, Patricia Kaas apparaît dans votre vie.

Un copain artiste, Joël Cartigny, me demande de le rejoindre pour regarder une artiste en vidéo. Plan fixe sur un cabaret de Sarrebruck, le « Rumpelkammer Club », puis arrive une fille de 16 ans qui chante comme personne. J’appelle. Je tombe sur sa mère qui ne parle qu’allemand, je ne parle pas cette langue, mais on arrive à se comprendre. Le lendemain, la petite Patricia fait un concert à la fête de la bière de je ne sais plus trop quelle localité. Je m’y rends et je la vois chanter des chansons comme New York, New York devant 700 personnes alcoolisés. Plus personne ne bronchait. Je l’ai ramené à Paris et je l’ai présenté à Elisabeth Depardieu. Nous décidons de produire le premier album de Patricia Kaas dans la société d’Elisabeth.

Ce premier disque, La musique de la forêt noire, ne fonctionne pas. Moi-même, je n’en ai jamais entendu parler.

Pour les radios, Kaas, ça a été un rejet total. Elisabeth libère Patricia, mais moi, je garde contact avec elle. Je fais écouter ce qu’on a fait à Bertrand de Labbey (qui dirige aujourd’hui la première agence artistique européenne, Artmédia) et il me conseille d’aller voir Didier Barbelivien. Ce que je fais. Il apprécie la voix de la chanteuse et me demande de revenir une semaine plus tard. Le jour J, à l’arrache, il me chante « Mademoiselle chante le blues ». Je me dis immédiatement que c’est génial pour elle. C’est exactement le genre de chanson qu’il lui faut. Cette chanson avait été refusée par Nicoletta et Nicole Croisille. Elle n’a donc pas été écrite pour Patricia. On lui fait signer un contrat chez Polydor et ça été le début de son immense succès. Je lui ai composé « Mon mec à moi », « D’Allemagne », « Les hommes qui passent », « Entrer dans la lumière »…

Clip de Patrica Kaas : "Les hommes qui passent".

Après Patricia Kaas, il se passe quoi pour vous ?

Tout et n’importe quoi. J’ai écrit pour plein de monde. Quand j’y repense, j’ai passé mon temps à faire des trucs très branchouilles ou des trucs très populaires. J’aime me diversifier et être là où on ne m’attend pas forcément.

guillaume-depardieu-post-mortem-album-critique-avis-le-bric.jpgTerminons avec un disque dont vous êtes à l’origine et que j’aime beaucoup : le seul disque de Guillaume Depardieu (mandorisé ), Post Mortem.

Affectivement, c’est une de mes expériences les plus intenses. Les autres artistes que j’ai produits, je ne les ai pas connus quand ils avaient 6 ans. J’avais une relation très tendre avec lui et depuis très longtemps. Il y avait un amour énorme entre nous. J’avais une écoute artistique et sensible différente de celle de son papa et je l’ai toujours suivi dans ces études musicales classiques, dans ses démarches punk ou hip hop. Il allait dans plein de directions, mais il revenait toujours vers moi pour me demander mon avis.

L’intérêt était-il réciproque ?

Oui, il s’intéressait beaucoup à moi et à ce que je faisais artistiquement. Nous nous chambrions beaucoup, mais c’était bon enfant. Nous avions une forte complicité.

Qui a décidé de faire ce disque ?

Un jour, il vient chez moi et me donne des textes. Il repart aussi sec. Je comprends qu’il a  peur de savoir ce que j’en pense. Je trouve ça fort, violent, poétique. Une semaine après il m’appelle pour avoir ma réaction. Je lui dis mon sentiment, mais je le sens déçu. Il finit par me dire : « mais tu n’as rien fait ? ». Il voulait que j’écrive la musique, mais il ne me l’avait pas demandé. Je suis rentré en studio et j’ai fait 11 maquettes. Je lui ai envoyé avec ma voix. Lors de l’enregistrement, il l’a chanté avec ma tonalité. Il n’a rien changé. Il a été d’une fidélité totale à mon travail. On a tout enregistré en deux après-midi. Je n’avais rien à diriger tant il était parfait.

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Guillaume Depardieu et François Bernheim sur la même scène, peu de temps avant le départ du comédien chanteur. 

Comment ont réagi les maisons de disques ?

Chez AZ, Valéry Zeitoun, a été subjugué par le résultat. Mais après trois semaines d’attente, il a fini par dire non parce que son équipe ne voulait pas. Chez Sony, Valérie Michelin écoute 15 secondes et elle me dit : « pourquoi tu me fais écouter des trucs pornos ? » Je suis sorti de ce rendez-vous assez écœuré. Chez Atmosphériques, Marc Thonon, a été subjugué lui aussi. Il le signe, malgré les difficultés financières qu’il traverse. Et Guillaume part tourner un film en Roumanie, L’enfance d’Icare. Là-bas, il contracte une pneumonie et une nouvelle infection à un staphylocoque doré, résistant à la méticilline, qui l'oblige à être rapatrié à l'hôpital de Garches. Il y meurt le 13 octobre 2008.

Clip officiel de "Je mets les voiles".

Comment réagissez-vous ?

Je suis effondré, évidemment. Pas pour le projet, parce qu’il était comme un « fils » pour moi. Et puis ce mort dont l’artistique m’appartenait, je ne savais plus quoi en faire. Il fallait qu’il revienne à sa sœur Julie. Ils étaient fâchés et n’étaient pas réconcilés avant sa mort. Elle a écouté le disque et elle est devenue folle. Dans le sens, folle d’émotion. Elle a développé une parano et une culpabilité totale et infernale et elle a voulu tout prendre en main. J’ai traversé cinq années complètement idiotes et décousues. J’étais rejeté du projet alors que Guillaume avait validé mon travail. Julie, elle, a considéré que je n’étais pas de la bonne génération. Pour elle, il fallait aller voir des gens « branchouilles », comme Benjamin Biolay, auxquels Guillaume n’aurait jamais pensé, évidemment. Tous ont décliné parce que ce n’était pas leur truc ou que certains me connaissaient et ne comprenaient pas pourquoi ce n’était pas moi qui portait ce projet jusqu’au bout. Julie m’a sous-estimée et je suis rentré dans un conflit très dur avec elle. Je ne supporte pas que mon œuvre arrive aux oreilles de tout le monde sans que j’en aie donné l’autorisation. Une tierce personne a débloqué la situation en trouvant une solution commune qui était celle de travailler avec Renaud Létang. Ne voulant pas trop discuter longtemps, je voulais que ce disque finisse par sortir, j’ai donné mon accord. J’ai posé une condition, que ce soit un double album. Un CD du travail que Guillaume avait validé avec moi et un CD de la version de Julie.

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Pendant l'interview...

Quelle histoire !

D’autant qu’il a fallu faire la promo. Elle l’a faite de son côté et moi du mien. Jamais ensemble.

J’ai l’impression que cela vous a blessé.

D’abord la disparition de Guillaume, puis ce que ce projet est devenu. Pour couronner le tout, j’ai sorti un livre avec Sylvie Matton, intitulé Guillaume Depardieu, bande originale dans lequel je racontais notamment l’aventure de ce disque. Ce que j’estime être un beau bouquin a été désavoué complètement par la famille. Je voulais rendre hommage au travail de Guillaume et à l’homme que j’ai connu. Visiblement, ce mort appartient aux autres.

Aujourd’hui, vous travaillez sur quoi ?

Je travaille de nouveau pour Patricia Kaas. Je souhaiterais qu’elle revienne au top de la chanson française.

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Après l'interview, au Café de Flore.

22 octobre 2014

Jean-Michel Ribes et François Bernheim : interview pour le festival Touche française

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12 artistes pour 7 concerts exceptionnels, voilà ce que vous propose le Théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes, le 25 et 26 octobre prochain. Au programme du festival Touche française : Dick Annegarn, Babx, Bagarre, Louis Chedid, Jeanne Cherhal, Dawn, Gontard !, Juniore, Patricia Kaas, Maissiat, Milk Coffee & Sugar et William Sheller.

Ce théâtre est celui des auteurs vivants  et comme les auteurs-compositeurs-interprètes en sont, le Rond-Point les accueille cette année avec joie. Avec la complicité artistique de la radio internet PiiAF
et de François Bernheim, le Théâtre du Rond-Point a inventé deux jours de fête où se croisent de grands artistes de la chanson francophoneet de nouvelles voix. Inconnus, découvertes ou références, ceux qui chantent, susurrent, slamment, rappent, composent… viendront dans leur plus simple apparat, « unplugged », partager leurs mots, leurs mélodies et leurs rêves avec vous.

Au programme de ce week-end : quatre concerts en salle Renaud-Barrault, deux premières parties, trois concerts en salle Jean Tardieu, dont une scène découverte, un plateau radio avec PiiAF aux commandes et des artistes en interview, un restaurant et un bar qui vibrent aux sons francophones et proposent une carte spéciale.


Touche française - 7 concerts exceptionnels au... par WebTV_du_Rond-Point

Pour parler de Touche française, j’ai rencontré le 8 octobre dernier (et réellement en exclusivité) les deux protagonistes principaux de ce mini festival, Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre et François Bernheim, auteur-compositeur-réalisateur-chanteur.

(Outre celle de Babx, les vidéos qui ornent cette chronique sont celles des artistes "découvertes" de ce festival.)

ribes.jpgJean-Michel Ribes :

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes revendique la fantaisie subversive et l’imaginaire, poursuivant un parcours créatif libre, à la frontière des genres. Il dirige le Rond-Point depuis 2002, où il défend l’écriture dramatique d’aujourd’hui. Il est auteur et metteur en scène d’une vingtaine de pièces.

Pour la télévision, il a écrit les deux séries cultes Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (1988 à aujourd’hui).

Pour le cinéma, il écrit et réalise Rien ne va plus (1978), La Galette du Roi (1986), Chacun pour toi (1993), Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2014).

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Producteur, compositeur et interprète, François Bernheim a donné naissance à des carrières aussi prestigieuses que celle des Poppys ou de Patricia Kaas. Parmi ses interprètes, figurent Brigitte Bardot, Gérard Lenorman et Serge Reggiani. François Bernheim est aussi le réalisateur du premier disque de Guillaume Depardieu, Post Mortem.

Je reviendrai plus longuement sur la carrière, très riche, de François Bernheim puisqu’il sera mon invité (et en solo) ici-même dans quelques jours.

DSC0948hhh9.JPGInterview :

Pourquoi ce festival, Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Au Rond-Point, on avait envie de prolonger ce que l’on faisait au théâtre, c’est-à-dire, saluer les auteurs vivants. Avec ma collaboratrice, Mélanie Lheureux, la responsable des événements exceptionnels, on a voulu ouvrir une fenêtre sur la chanson francophone, qui est aussi porteuse de textes. J’ai demandé à François Bernheim s’il voulait bien travailler sur ce projet avec nous. A partir de là, on a construit ensemble ces deux jours.

François Bernheim : On a élaboré une programmation qui est digne de l’endroit. L’évènement principal, c’est que ces concerts se passent au Théâtre du Rond-Point.

Avez-vous eu des exigences particulières concernant le casting de ce week-end musical ?

Jean-Michel Ribes : Nous avons voulu que ce soit de la chanson française, qu’elle soit dans la tradition ou pas. Evidemment, moi, j’aime bien quand elle sort de la route.

François Bernheim : Le cahier des charges, c’est que les artistes viennent avec une formation très simple, voire très light.

C’est-à-dire, guitare-voix ou piano-voix maximum.

Jean-Michel Ribes : Nous souhaitions présenter des artistes qui soient interprètes avec de beaux textes et de jolies musiques. L’idée que des personnes connues présentent des artistes francophones qui le sont moins n’est pas novatrice, mais nous trouvions cela essentiel.

Bagarre : clip officiel de Mourir au club.

Moi qui suis dans ce milieu, je vous avoue que je ne connais pas la totalité des artistes présents.

François Bernheim : Nous travaillons en collaboration avec une radio sur le net, PiiAF. Cette radio a pour vocation de découvrir et programmer des gens qui n’auraient pas l’opportunité de l’être de manière classique. Ces artistes ont des contrats avec des maisons de disque ou pas, ils ont des CD ou pas, mais en tout cas, ils font beaucoup de scènes. Nous avons fait une sélection parmi ces jeunes en devenir.

Il y a clairement la volonté de faire découvrir de jeunes artistes.

Jean-Michel Ribes : C’est un festival d’émergence. Louis Chédid, Jeanne Cherhal, William Sheller, Patricia Kaas, Maissiat, Dick Annegarn attirent le public et, en même temps, ce même public va avoir la joie d’accueillir des chanteurs qui vont devenir des gens qui vont occuper les ondes.

François Bernheim, quand vous travailliez chez Barclay, dans les années 70, vous avez découvert Chédid et Sheller. Puis, au début des années 80, vous avez lancé Patricia Kaas… curieusement, ils sont tous présents pendant lors de ce festival.

François Bernheim : Je peux vous dire que c’est un hasard. Certes, je les ai appelés, mais c’est le cœur qui parle avec ces gens-là. Cela dit, il faut que ça marche, alors, je n’appelle pas n’importe qui.

Jean-Michel Ribes, on connait votre rapport à la littérature et au théâtre, mais quel est-il avec la chanson française ?

Jean-Michel Ribes : Comme tous les gens qui chantent très faux, on aime bien entendre le contraire de soi. Jeune, je me souviens être allé à l’Ecluse, voir une longue dame brune qui chantait : Barbara. Elle m’a beaucoup ému. J‘ai eu également la chance de connaître un peu Gainsbourg, les Rita Mitsouko et d’autres comme Philippe Chatel, qui a fait la musique d’un de mes films. Par rebonds et sursauts, j’ai rencontré pas mal de chanteurs. Je suis très sensible à la chanson française, à tel point que, quand je l’écoute, je l’écoute. Je ne peux pas faire autre chose en même temps.

François Bernheim : Quand Jean-Michel parle de chanson française, il n’y a rien de poussiéreux là-dedans. Il est innovateur, c’est même un explorateur. Il le prouve tous les jours au théâtre, mais aussi en permettant cette programmation de chansons assez inédites pour ce qui est du tremplin des révélations.


Babx en Deezer Session : "Lettera" par deezer

Il y a des artistes exigeants dans cette programmation. Babx par exemple.

Jean-Michel Ribes : C’est bien que vous citiez Babx. J’ai rencontré ce jeune chanteur ici quand j’ai organisé la soirée « La culture contre la haine ». Quand j’ai vu Babx, j’ai été immédiatement accroché par lui et j’ai pensé qu’il était impératif qu’il participe à ce festival.

Ce qui est bien, c’est que vous mélangez les styles. Il y a un monde entre Patricia Kaas et Babx.

François Bernheim : Vous allez être étonné de ce qu’elle va faire sur scène. Elle s’est adaptée au concept de ces deux soirées. Elle sera seule sur scène avec deux musiciens. Elle interprétera six chansons qui seront très fortes, car dénudées, voire squelettiques. C’est sa voix avant tout.

Il y aura aussi Jeanne Cherhal.

François Bernheim : Elle sera seule au piano. C’est une prise de risque pour tous les artistes que de chanter ainsi.

Vous parlez de « prise de risque », pour vous Jean-Michel Ribes, c’en est une d’organiser ce festival ?

Jean-Michel Ribes : Cela fait douze ans que ce théâtre est une prise de risques de six heures du matin à six heures du matin, donc, ça ne me change pas beaucoup. Je pense justement qu’une des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas cassés la gueule, c’est que l’on prend des risques en permanence. Rien ne peut exister sans prise de risques. Quand il n’y a pas de risque, il n’y a pas de mouvement. S’il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas de changement. S’il n’y a pas de changement, autant rester chez soi. Toute approche artistique, que ce soit au cinéma, au théâtre, dans la chanson ou la littérature, c’est quand même pour faire bouger les choses.

Dawn, dans une reprise de "Sur un trapèze" initialement interprété par Alain Bashung.

Il y a une notion de « transmission » dans ce projet ?

Jean-Michel Ribes : Non. Il s’agit plus de donner à de jeunes talents la possibilité qu’ils existent.

François Bernheim : C’est aussi un environnement, un décor que tous ces jeunes n’ont pas encore côtoyé. Ils sont plus habitués à jouer dans des bars ou des petites scènes qui ne sont pas forcément folichonnes.

Vous avez vus récemment ces jeunes artistes ?

Jean-Michel Ribes : Oui. Ils ont le trac, évidemment… et c’est bien.

Ce n’est pas la première fois que vous accueillez des chanteurs dans votre théâtre.

Jean-Michel Ribes : C’est vrai. Georges Moustaki, par exemple, a fait quatre concerts ici. Il n’y avait plus aucune place de disponible. Je ne marche qu’au coup de cœur. Ici, on ne fait pas une programmation marketing. On a envie de voir évoluer des gens que l’on aime.

Juniore: clip de "La fin du monde".

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux?

Jean-Michel Ribes : On a deux enfants ensemble (rires).

François Bernheim : Avec Elisabeth Depardieu, nous avions conçu un spectacle chanté où nous étions tous les deux sur scène. On devait investir l’ancien Bobino deux soirs de suite. Elisabeth, qui connaissait Jean-Michel, lui a demandé de nous mettre en scène. Nous ne savions pas trop comment évoluer sur le plateau et il a accepté de nous aider. Amicalement, vite et bien… et gracieusement, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Vous pouvez mettre en scène « n’importe qui », Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Je ne peux mettre en scène que des gens que j’admire et que j’aime. Il faut qu’il y ait un échange et une grande confiance les uns envers les autres pour que je puisse les emmener ailleurs que vers eux-mêmes.

Gontard! :"Dans la musique".

Chacun à votre manière, vous défendez la langue française.

François Bernheim : On a suffisamment de gens qui chantent en anglais autour de nous pour que l’on prenne la peine de se pencher un peu plus sur la chanson française avec de beaux mots.

Jean-Michel Ribes : Il y a quelque chose dans la culture anglo-saxonne qui est magnifique, mais qui est aussi dangereuse. Il y a une espèce d’anesthésie de la langue. Il suffit que ce soit anglais pour que l’on n’écoute plus que la musique. Je crois qu’il y a, en France, une langue qui peut être très musicale. Il faut que l’on revienne à cette langue française parce qu’elle a des saveurs que d’autres n’ont pas.

François Bernheim : Moi, je vais plus loin que Jean-Michel. Je pense qu’il y a une vraie colonisation de la langue anglaise sur la création française. A nous de conserver notre identité. Par la culture, c’est un bon moyen de lutter.

Jean-Michel Ribes : Beaucoup de chanteurs français chantent en anglais. Mais, ce problème est également valable pour le cinéma. Je viens de faire le film Brèves de comptoir. C’était limite si on ne me demandait pas de le mettre en scène avec des comédiens anglais. Il y un moment, ça va. Il faut réagir en agissant.

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le 8 octobre dernier (dans le bureau de Jean-Michel Ribes).

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