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01 février 2019

Frédéric Lo : interview pour Hallelujah!

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(Photo : Nicolas Despis)

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorFrédéric Lo est impressionnant. Il s’est bâti une riche et prestigieuse discographie en tant que producteur, réalisateur, compositeur et/ou arrangeur : Daniel Darc (l’album culte, Crève-Cœur, c’est lui), Stephan EicherAlex BeaupainChristophe Honoré, Maxime Le Forestier, Pony Pony Run RunThousand et encore Alain Chamfort (liste non exhaustive, pour les autres, voir là). Il sort enfin la tête de son studio pour nous présenter un troisième disque bien à lui, Hallelujah ! Car, oui, Frédéric Lo est aussi auteur-compositeur-interprète depuis toujours.

« Il a fallu me recentrer sur mes propres compositions après avoir passé tant d’années à arranger et réaliser les chansons d’autres interprètes », explique-t-il.

Quand on m’a proposé de le mandoriser, j’ai accepté avec une joie non dissimulée. « On » me l’avait décrit comme un homme charmant et courtois. J’ai pu constater le 23 janvier dernier à l’Hôtel Grand Amour à Paris qu’ « on » ne m’avait pas menti.

Argumentaire de presse de l’album :frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

À force de voir et lire son nom au générique des disques des autres, on avait fini par oublier le chanteur Frédéric Lo. Dix-huit ans après son deuxième album (Les Anges de verre, 2000), le natif de Rodez s’est enfin décidé à passer la troisième. D’où ce titre en forme de libération en même temps que de clin d’œil à l’immense Leonard Cohen : Hallelujah !

Depuis toutes ces années, Frédéric Lo a accumulé des compositions, trouvant à la faveur de ses collaborations multiples des paroliers amis et inspirés qui confèrent à l’album un déroulé naturel, comme si les onze plages coulaient de source et s’enchaînaient sans coup férir, indistinctement de l’interprète ou du musicien invité. Inclus les participations de Stephan Eicher, Elli Medeiros, Benjamin Biolay, Alex Beaupain & Robert Wyatt.

Ce troisième album oscille ainsi entre pop songs et ballades diaprées, qui font autant ressortir le talent de mélodiste hors pair de Frédéric Lo que sa voix grave et familière. Multi-instrumentiste, il sait néanmoins s’entourer de quelques pointures : le batteur Philippe Entressangle (Étienne Daho, Miossec, Cali), le guitariste François Poggio (Étienne Daho, Lou Doillon, Florent Marchet), le bassiste Nicolas Fiszman (Benjamin Biolay, Jacques Higelin, Vanessa Paradis), sans oublier le courtisé François Delabrière (Daniel Darc, Marc Lavoine, Alain Chamfort) pour le mixage d’Hallelujah!.

À l’écoute de l’album, on est d’ailleurs bluffé par l’addition des talents rassemblés sans que ceux-ci n’altèrent jamais le propos ni le pouvoir d’évocation de Frédéric Lo, qui signe le meilleur disque de sa carrière.

Pour écouter quelques extraits d'Hallelujah!, c'est par ici.

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frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorInterview (photo à gauche 1 Epok Formidable):

Pourquoi revenir en tant que chanteur 18 ans après le précédent album ?

Au début de ma carrière, j’étais dans un groupe, ensuite j’ai fait des disques comme interprète et un jour, j’ai fait Crève cœur de Daniel Darc. Dans ce disque, j’ai tout composé, tout joué,  j’ai produit et réalisé. Pour ne rien vous cacher, une partie de Crève cœur, c’était mon troisième album que j’étais en train de commencer à créer. Je n’avais pas l’intention d’arrêter de faire des disques sous mon nom, mais cet album de Daniel ayant eu un  tel succès critique  que le téléphone n’a jamais arrêté de sonner pour que je travaille pour les autres.

Ce succès à mis un terme provisoire à votre carrière perso de chanteur.

Pour moi, il n’y a aucune différence entre faire un disque pour moi ou faire un disque pour d’autres. C’est exactement le même travail. C’est juste l’aspect promotionnel qui me concerne moins. Ça ne me dérange pas parce que ce que j’aime le plus est la création. Mon chemin a été parsemé de rencontres de beaucoup d’artistes.

Chanter ne vous manquait pas ?

Je n’ai jamais arrêté de chanter ou de composer des morceaux pour moi, juste, je n’en ai pas fait profiter les gens. Mon premier album, La Marne Bleue (1997), je l’ai réalisé seul et je trouvais qu’il y avait des choses qui n’allaient pas. Le deuxième, Les Anges de verre (2000), je l’ai fait avec mon maître en réalisation, Dominique Blanc-Francard. Il avait déjà travaillé avec Eicher, les Pink Foyd, Gainsbourg… Une partie du résultat me plaisait, l’autre moins. Pour ce troisième disque, le challenge pour moi était de faire rencontrer l’interprète que j’avais été et le réalisateur que j’étais devenu. Il y avait un truc un peu schizophrénique. Comment j’allais arriver à obtenir ce que je voulais de l’interprète que je suis aujourd’hui?

Et la rencontre avec vous-même s’est bien passée ?

Nous ne nous sommes pas toujours bien entendus (rires). J’ai trouvé très intéressant d’oublier que la personne qui chante est moi et intéressant aussi de la guider comme si c’était un autre artiste.

Clip de "La clairière".

C’est quoi le plus difficile quand on se dirige seul ?

Soit vous n’êtes pas assez exigeant avec vous-même, soit vous l’êtes trop. Il faut trouver le juste milieu. Quand je réalise un artiste, il y a des moments où je vois bien qu’il faut que je le secoue et à d’autres moments où il faut l’encourager. La psychologie est importante quand on dirige quelqu’un. Quand on est face à soi-même, c’est un peu compliqué.

Vous travaillez dans la souffrance ou dans le plaisir ?

Un peu dans ces deux états. Faire un disque demande des efforts. Ça ne se fait pas en claquant des doigts.

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(Photo : Nicolas Despis)

Vous savez quand une chanson est terminée ?

J’ai une boussole interne qui me l’indique. Je ne dis pas que quand elle est finie, elle n’aurait pas pu être faite autrement. La notion de « finie » est juste la notion de proposition et de ce que l’on donne. Je vais prendre une métaphore d’un autre art. La photo peut être floue, mais elle a une poésie et quelque chose de rare.

Au fond, pourquoi sortir ce troisième album?

Des gens pour lesquels j’ai travaillé sont morts, comme Daniel Darc et Hubert Mounier, ça m’a fait prendre conscience qu’il fallait que j’y retourne un jour. J’insiste là-dessus, ce « retour », je ne le considère pas comme tel, c’est juste un cheminement global de la même chose. C’est aussi pour cela que j’ai invité tous les artistes qui figurent dans mon disque, c’est pour boucler une boucle.

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Frédéric Lo et Daniel Darc.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorComment avez-vous connu Daniel Darc ?

J’avais fait sa première partie au New Morning il y a longtemps. Je faisais partie d’un groupe dans lequel il y avait le clavier de Taxi Girl, Laurent Sinclair (le compositeur de « Cherchez le garçon »). Jeune, j’aimais beaucoup Taxi Girl. Un ami me contacte un jour pour que je travaille pour Dani et j’ai eu l’idée de demander à Daniel d’écrire un texte pour elle. C’est ainsi que notre collaboration a commencé. Ce qui est marrant, c’est que l’on était voisin, j’été au 1 d’une rue, lui habitait au 3 mais c’était le même immeuble. Comme dit la chanson, il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous...

Vous n’en avez pas marre que l’on vous parle de Crève cœur tout le temps ?

Au début, ça me rendait un peu parano. Je vais dire un truc qui est horrible, mais il a fallu que Daniel meure pour que, soudainement, ça m’oblige à me retourner sur ce que l’on avait fait ensemble. J’ai ainsi réalisé à quel point cet album avait compté pour lui et moi. Quand on fait des choses, on ne sait jamais quelles seront leurs portées. Aujourd’hui, j’en suis modestement fier.

Autre collaboration importante, celle avec Alex Beaupin.frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

Oui, notamment pour la BO du film de Christophe Honoré, Les chansons d’amour. Il y était question d'amours contrariées, compliquées, du deuil, de l'absence et de Paris. C’était une belle collaboration. J’ai fait une autre BO avec Alex pour Christophe Honoré, Les Bien-Aimés et un album normal 33 tours. Je ne l’ai jamais perdu de vue depuis. Nous nous aimons beaucoup. C’est pour cela qu’il interprète un duo avec moi sur ce disque, « Dire ».

Cet album, est-ce pour montrer aux autres que vous existez aussi par vous-mêmes ?

Non. C’est juste pour que je puisse m’exprimer différemment. La musique fait partie de moi depuis que je suis enfant. Je ne fais pas de la musique pour faire du théâtre (rires).

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(Photo : Nicolas Despis)

Pour que vous travailliez avec un artiste, il faut que vous l’aimiez profondément artistiquement et humainement ?

Je préfère évidemment m’entendre avec la personne, je préfère aimer ce qu’elle fait, après, il y a des gens qui ont un talent dingue et qui peuvent être exécrables. Je peux être prêt à bosser avec quelqu’un de pas facile dont l’œuvre est intéressante. C’est le résultat qui prime. J’adore le Velvet et Lou Reed, mais j’imagine que ce n’était pas facile de bosser avec ce personnage qui pouvait être odieux.

Qui est le chef quand vous travaillez pour quelqu’un ?

Il n’y a aucune hiérarchie. D’ailleurs, je ne cherche pas à avoir toujours raison. J’ai juste mon point de vue. Si l’artiste n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Quand je réalise un disque, mon rôle est d’apporter des conseils et ma vision, si on ne les veut pas, on n’est pas obligé de s’y soumettre. C’est l’artiste qui s’impose à lui-même mon point de vue… s’il a envie de travailler avec moi. On est dans un échange, c’est un travail collectif. Rien ne se fait seul.

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Frédéric Lo et Stephan Eicher.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorIl y a un duo avec votre pote Stephan Eicher, « Cet obscur objet du désir ». Je suis étonné d’entendre cette chanson interprétée par deux hommes.

Le titre de ce morceau vient d’un film de Luis Buñuel. Le film raconte l’histoire d’un homme âgé qui tombe amoureux d’une jeune femme. Cette femme est jouée par deux comédiennes, parce qu’il y a une dualité. Une est très prude et innocente et l’autre tout à fait son opposé. Ma chanson parle d’amour et je trouvais intéressant que le narrateur soit schizophrène. Donc le narrateur à deux voix masculines.

Il y a une touche Frédéric Lo, non ?

Il y a un point de vue. J’ai travaillé avec Maxime Le Forestier et avec Pony Run Run, je ne suis pas certain que mon travail se ressemble dans ces deux projets. Il y a des choses qui sont proches et en même temps qui sont très différentes.  Disons qu’il y a une identité reconnaissable.

C’est quoi votre touche ?

Vous insistez avec ce mot là (rires). Elle serait de proposer quelque chose à la fois de tenue et de libérée. Pour moi, une chanson doit être à la fois simple et élaborée. La mélodie doit être si efficace qu’elle doit pouvoir être sifflée dans la rue. C’est ce que j’essaie de réaliser pour tout le monde et pour moi-même.

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous, les textes ou la musique ?

C’est la musique qui a pris le dessus ces dernières années, c’est sûr, mais j’aime autant l’écriture. Ce que je trouve intéressant en fait, c’est le bloc terminé.

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Pendant l'interview...

Pourquoi vous n’avez pas écrit tous les textes de ce disque ?

Comme je réalise, arrange, compose, écrit et produit,  je n’aurais pas eu le temps.  Et puis aussi parce que j’aime le fait d’être en équipe. Prendre des auteurs m’a permis de ne pas rester dans une bulle isolée.

Vous ne travaillez pas beaucoup avec des inconnus ?

Quand les Pony Run Run ont frappé  à ma porte, ils n’avaient encore rien fait. Je n’ai pas de critère de sélection basée sur la notoriété des uns et des autres. Il faut juste que je sente que je peux amener quelque chose et que la personne qui fait appel à moi soit suffisamment structurée et qu’elle ait quelque chose à proposer. J’encourage vivement les jeunes artistes à oser venir me voir.

Quels ont été vos premiers chocs musicaux?

Gamin, c’était les Beatles. J’aimais leur musique, leur mélodie… mais aussi leurs fringues et leur attitude. Après, j’ai écouté de l’After Punk. Elvis Costello, Devo, Blondie, les Talking Heads, Roxy Music, Bowie, le Velvet… c’est cette musique qui m’a vraiment formé.  Ces gens ont énormément de talent, mais on énormément travaillé. Ils ont été mes exemples professionnels.

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Après l'interview, le 23 janvier 2019.