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04 mars 2015

Fauve : interview pour Vieux Frères partie 2

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Fauve m’a reçu dans un appartement parisien le 12 février dernier. Je dis Fauve parce que le chanteur auteur et le batteur n’ont pas voulu décliner leur identité quand je leur ai demandé (en effet, j’aime bien savoir à qui je m’adresse, ça facilite les relations et l’interview). « On s’appelle Fauve. Dites que sur scène on fait chant et batterie, ça suffira. On ne donne pas nos identités, car après, on retrouve nos noms dans le journal et on ne le souhaite pas ».

Dont acte.

Je respecte.

Il n’en reste pas moins que j’avais hâte de rencontrer cette formation/entité/groupe/collectif. Parce que Fauve devient un groupe générationnel, qu’il parle à la jeunesse actuelle, qu’il se passe quelque chose textuellement et musicalement… et (plus anecdotique) qu’il cartonne du feu de Dieu.

fauve,vieux frères,interview,mandorIl y a encore trois ans ce projet n’était qu’intime, un « truc » de potes. Contre toute attente, il est devenu aujourd’hui un phénomène dans l’histoire du rock français. Dixit Fauve, il exprime « le rejet de la dureté des rapports humains contemporains, le refus du défaitisme, le droit à la faiblesse et la quête acharnée du grand Amour (quel qu'il soit) ». Tous ces thèmes ont été effectivement abordés dans leur premier album et continuent à l’être dans la deuxième partie de Vieux Frères. Leur « spoken word » en français sur des textes engagés, posé sur des instrus allant du hip-hop à la pop fascine ou agace… mais ne laisse personne indifférent. La marque des grands.

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Interview :

Ça vous heurte un peu quand je vous demande de vous présenter ?

Chanteur : Non, mais on nous la mise à l’envers parfois. On ne veut plus se faire piéger.

Batteur : Nous sommes devenus méfiants car Fauve est un projet un peu particulier qui a besoin de pseudo anonymat. Il y a des journalistes qui jouent le jeu carrément, mais on ne te connait pas encore. C’est la première fois que nous nous rencontrons, nous restons un peu méfiants jusqu’au moment où nous lirons ton papier.

Bref, je suis en phase d’observation. Vous savez, je ne cherche pas le scoop à tout prix.

Chanteur : On veut bien te croire, mais il y a tant de personnes qui ne respectent pas la géométrie du projet et les gens qui travaillent dessus... En plus, je trouve que c’est beaucoup plus simple que nous agissions ainsi.

Pourquoi plus simple ?

Chanteur : Parce que c’est Fauve qui répond tout le temps. C’est une voix. Il n’y a pas à se prendre la tête sur qui fait quoi, comment s’appelle tel membre… c’est juste Fauve. 

Clip de "Bermudes", extrait de Vieux Frères partie 2.

Parlons de ce nouveau disque. Ce sont des textes déjà existants à l’époque du premier volet de Vieux Frères, mais que vous n’avez pas pu mettre sur le premier ?

Chanteur : Non, tous les titres de ce second album n’étaient pas écrits. Quand nous nous sommes retrouvés en septembre 2013 pour finaliser notre premier album, on a fait le bilan des instrus, des textes, des morceaux que l’on voulait mettre dans le disque. On a commencé à les mettre dans l’ordre, très vite, nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait trop de morceaux. Mais on ne voulait rien jeter. Une tante à nous a suggéré de faire deux albums. Un double album aurait été trop lourd à digérer tant il y a de textes. On ne voulait pas que ce soit indigeste. Ces deux disques, c’est la même histoire qui se suit chronologiquement. Dès la partie 1 de Vieux Frères, nous savions qu’il y allait avoir la partie 2 un an plus tard.

Il y a donc des morceaux récents.

Chanteur : Oui, parce que nous avons vécu pas mal de choses depuis le premier album et nous avons tenu à relater certains évènements. On veut toujours écrire au présent.

Tu emploies le terme « indigeste », ce n’est pas très positif.

Chanteur : Nous sommes lucides là-dessus. Il y a beaucoup de textes et mon débit est rapide. Quand on nous écoute, il faut être attentif en permanence.

Batteur : Ce sont des textes qui sont parfois durs et brutes. Le flow est en accéléré, la musique est obscure… nous savons bien que les gens n’écoutent pas deux fois nos disques pour le kiff. Il faut digérer nos chansons.

Chanteur : On assume parfaitement que Fauve soit indigeste par certains aspects. Même nous, parfois, ça nous fatigue (rires). On a besoin de sortir les choses comme elles sont et nous essayons toujours d’être exhaustifs, ce qui est un peu con parfois. En fait, on ne se pose pas trop de questions. Nous faisons les choses comme nous le sentons.

Clip de "Les hautes lumières", extrait de Vieux Frères partie 2.

Tu parles vite parce que tu as beaucoup de choses à dire dans un laps de temps très court ?

Chanteur : Il y a de ça et puis il y a un rapport à l’urgence dans mon écriture. J’ai besoin de tout dire et de ne rien oublier. Quand je tape les textes, souvent, ils sont encore plus longs. Pour la version finale, j’épure énormément… mais c’est toujours à contrecœur parce que j’ai l’impression qu’on n’a pas tout dit. Bon, le fait que ce soit plus aéré est certainement plus agréable à l’écoute.

Comme vous l’avez dit tout à l’heure, vous faites de la musique qui s’écoute, pas qui s’entend. On est obligé d’être attentif aux propos.

Batteur : Certaines personnes nous ont dit qu’au début, ils avaient du mal parce que ça demandait trop de concentration. Il y a un effort à fournir, du coup, tu ne peux pas forcément te laisser aller à apprécier les musiques, les mélodies et la chanson dans son ensemble. Il faut deux, trois écoutes pour bien apprécier le tout.

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Quelle est la différence notable entre vos deux disques ?

Chanteur : Il y a plus de textes sur le deuxième que sur le premier. Il me semble que Vieux Frères partie 2 est beaucoup plus dense et plus sophistiqué. Il y avait une volonté de notre part de faire un disque plus abouti. On a sorti deux supports qui ont plu, contre toute attente, au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. L’idée c’est d’être le plus libre possible et de ne céder à aucune facilité dans l’écriture, les compositions et la réalisation. On a mis plus de temps à faire ce disque que le premier. Il est plus travaillé et, du coup, il est peut-être moins accessible directement, mais nous, nous le trouvons plus complet. Il y a des disques dans lesquels tu mets du temps à rentrer, mais quand tu es rentré, tu as envie d’y rester et même d’y revenir souvent. On espère avoir fait un disque dans cette catégorie-là.

Depuis le premier album, vous avez fait énormément de scènes. Et quand on est sur scène, c’est plus direct, on va plus à l’essentiel. Je pensais qu’on allait retrouver la même énergie sur votre deuxième album, mais non.

Chanteur : C’est marrant que tu nous parles de ça parce qu’hier, le guitariste nous citait l’exemple de certains groupes qui, à force d’avoir fait de grosses scènes et d’avoir joué dans des stades, se sont mis à écrire des hymnes. Nous, cela ne nous a pas du tout influencé. Nous n’avons pas fait un deuxième disque grandiloquent.

Clip de "Azulejos", extrait de Vieux Frères partie 2.

Vous n’avez pas été tentés de capturer un petit peu plus l’énergie du live ?

Chanteur : Si, mais nous n’y sommes pas parvenus. Quand on a décidé de faire deux disques au lieu d’un, on avait déjà des morceaux en chantier. Ensuite, en avril 2014, on a pris une pause dans la tournée pour coucher tout ce que j’avais écrit entre septembre et avril. Nous travaillons beaucoup sur les ordis, on bidouille, on fait des chansons et après, on apprend à les jouer en live. La plupart des groupes de rock se réunissent, se mettent dans une pièce, jouent, font tourner le truc et ensuite ils enregistrent. Nous on fait complètement le contraire. Cette fois-ci, nous nous sommes dit que ce serait cool d’avoir plus d’homogénéité entre les instruments, de jouer les morceaux dans la même pièce et ensuite de les enregistrer. C’est ce que l’on a fait. Ça apporte plus de dialogues entre les instruments et ça crée une énergie différente. On n’a pas pour autant su capter l’énergie du live. Pour cela, il aurait fallu tout enregistrer en même temps.

Quand on a des textes si denses, c’est quoi la difficulté ? Ajouter les strates de musique ?

Chanteur : Le carburant des chansons, ce sont les textes d’abord. Ca peut-être parfois une ébauche, une phrase. On se sert de ce point de départ pour écrire une instru en se demandant si ça colle à l’émotion que l’on veut faire passer. Quand on a un début de quelque chose musicalement, là, on adapte le texte pour qu’il s’intègre bien à la mélodie. Comme je fais presque uniquement du « parlé », il faut que ça pénètre bien dans la rythmique. Il faut que le pouls du texte colle au pouls de l’instru. Tu as un mouvement pendulaire tout le temps.

Tu chantes un peu plus sur ce disque-là.

Chanteur : Oui, c’est vrai. Mais je n’aime pas trop ma voix « chantée ». Ma maman et mes copains me disent que c’est joli quand je chante, alors je leur fait plaisir (rires).

Batteur : Il n’assume pas trop quand il chante, mais sur certaines chansons, cela s’impose. Sa  voix chantée colle bien à certains titres plus légers. C’est important un peu de varier la façon de faire entendre les textes.

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Vous n’aimez pas que l’on dise que vos textes sont pleins de poésie et de lyrisme.

Batterie : Parce que nous assumons justement l’absence de lyrisme et de poésie.

Chanteur : Nous revendiquons plus l’émotion au premier degré. Le premier degré peut faire penser à du lyrisme, je ne sais pas.

Abordons un autre sujet qui fait parler : votre comportement dans le métier. Le fait de ne pas vouloir montrer vos têtes avec ostentation, de ne pas faire de la promo normale, de ne pas vouloir être classifié, de ne pas aller aux Victoires de la Musique… Vous comprenez que vous pouvez énerver.

Chanteur : On peut le comprendre. Ce que l’on fait est hyper ludique, mais nous n’avons jamais été antisystème. On est juste pro-Fauve. On n’a jamais été dans le refus pur et simple, on est toujours constructifs dans ce que l’on fait. On n’accepte que les propositions qui sont bonnes pour Fauve, mais ce n’est pas pour donner un coup de pied au système. Parce que, dans une certaine mesure, on fait partie du système. Enfin, je trouve cette considération accessoire. 

Et pourquoi refuser d’aller aux Victoires de la Musique ?

Chanteur : La raison principale est simple: on ne veut pas se montrer. Et quand on participe aux Victoires, on ne peut pas échapper à la surmédiatisation, aux photos, aux reportages, aux interviews avec n’importe qui… c’est tout ce qu’on ne veut pas imposer à Fauve.

Batterie : Ce n’est pas que l’on ne se montre pas, parce que là, nous sommes devant toi et tu nous vois. Nous voulons juste de la discrétion.

Chanteur : Nous avons toujours souhaité être discret, avant même que le premier disque soit publié. Quand on avait juste 35 personnes sur notre page Facebook, la décision de se montrer avec parcimonie était déjà prise. Je vous jure qu’il n’y a aucun calcul dans notre démarche. Il n’y aurait pas eu l’exposition médiatique que nous avons en ce moment, ça n’aurait rien changé.

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Vous proposez de nombreux clips de vos morceaux. C’est ainsi que vous appâtez le chaland.

Chanteur : On adore faire des clips. C’est une autre manière de raconter l’histoire du morceau. C’est un merveilleux terrain de jeu.

Batteur : C’est aussi une façon d’impliquer tous les gens du collectif.

Vous êtes combien dans ce collectif ?

Chanteur : Entre quinze et vingt. Ou vingt-cinq.

Batteur : Il n’y a pas de chiffre officiel, ni carte de membre.

Chanteur : Fauve, c’est une nébuleuse. C’est même presque théorique comme idée.

Ne pas être reconnu, est-ce aussi un moyen de ne pas prendre la grosse tête et de rester zen par rapport à l’immense succès que vous rencontrez en termes de ventes de disques et de fréquentation de vos concerts.

Chanteur : On se rend compte de certaines choses, bien sûr, mais quand tu es dedans, c’est complètement différent. Nous ne faisons que travailler, alors on a la tête dans le guidon. Et puis, encore une fois, on essaie de se préserver, donc on est beaucoup moins exposé que ce que tu imagines.

Batteur : On est vingt, on ne montre jamais nos gueule… c’est comme si tu bossais pour une marque. On ne parle jamais de toi, mais on parle de la marque pour laquelle tu travailles.

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C’est la meilleure façon de faire ce métier. Vous avez tous les avantages, sans en avoir les inconvénients.

Chanteur : A la question de savoir pourquoi on ne se montre pas, il y en a un d’entre nous qui répond toujours : « donnez-moi une seule bonne raison de faire le contraire ». Personne ne sait jamais quoi rétorquer à cela.

Quand on parle de vous comme un groupe générationnel, ce sont des mots forts, quand même, non ?

Chanteur : C’est une réflexion dont on se détache systématiquement depuis que nous l’entendons. On n’est pas là pour devenir ça.

Bon, on se quitte en faisant une selfie que je vais m’empresser de publier sur Facebook, évidemment ?

Chanteur et batteur : Évidemment non (rires).

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25 avril 2014

Daphné : interview pour l'album Fauve

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daphné,fauve,interview,mandorJ’ai rencontré pour la première fois Daphné dans un café parisien à l’occasion de la sortie de son premier disque L’émeraude, en 2005. Il en avait résulté une longue interview pour le journal des magasins Virgin. Deux ans plus tard, deuxième interview  (mandorisée, par la même occasion) pour évoquer l’album Carmin dans un salon de thé. Nous ne nous sommes plus jamais revus, jusqu’au 12 mars dernier. Je me suis cette fois-ci rendu dans les locaux de sa maison de disque, Naïve, pour évoquer la sortie de son quatrième album, Fauve. Comme à chaque fois, avant de commencer l’interview, elle m'a demandé des nouvelles de ma fille Stella. Et comme à chaque fois, ça m'a touché qu’après autant de temps, elle se souvienne d’elle. Et comme à chaque fois, je ne lui ai pas parlé de sa maladie orpheline… parce qu’on n’est pas là pour ça.

Biographie officielle (signée Sophie Delassein), coupée à la machette (la bio, pas l’auteure de la bio) :

Après L’émeraude, après Carmin, la lauréate du Prix Constantin sortait, Bleu Venise, où les hommes semblaient littéralement transpercés par les flèches décochées par Cupidon. Ces figures masculines énigmatiques, sensuelles, éprises, cruelles, peuplent depuis le début les chansons de Daphné.

Il y a eu aussi en 2012, Treize chansons de Barbara.

2014, Daphné inscrit ses nouvelles chansons aux teintes fauves, comme ces mélanges daphné,fauve,interview,mandorincandescents qui font apparaître une danse sur une toile de Matisse ou des arbres mouvants dans un tableau signé Maurice de Vlaminck. D’emblée, on retrouve ce grain si chaud dans son chant, qui s’enfonce dans les graves ou tutoie les aigus avec le même sentiment d’intimité, ce timbre reconnaissable entre tous, mélange de langueur assumée et d’exaltation retenue.

Voici donc quatorze nouvelles chansons signées Daphné, paroles et musique. Elles illustrent deux notions chères à l’artiste : la beauté et sa demi-sœur la liberté. Deux notions perceptibles dans les orchestrations, légères et savantes, fruit de discussions entre la chanteuse et David Hadjadj, de nouveau.

Daphné traite de la beauté et de la liberté, donc, et ces deux notions s’appliquent à l’amour. L’amour dans tous ses états. Et, quand elle retrouve Benjamin Biolay, celui-là même qui lui fit la courte échelle à ses débuts, c’est pour un duo, un dialogue entre deux enfants d’assassins qui le deviendront à leur tour, leur descendance aussi.

Ici tout est pensé, senti, inspiré. C’est Daphné.

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daphné,fauve,interview,mandorInterview :

Cinq albums, neuf ans de carrière. Trouvez-vous que le temps est vite passé ?

Que le temps passe vite, on le sait et on n’a pas le choix. Je ne dirais pas que c’est un combat perdu d’avance parce que ce n’est pas un combat. Je prends les choses comme elles viennent.

Si le temps qui passe n’est pas un combat, ce métier l’est-il ?

Oui. Il y a plein de choses sur lesquelles il faut vraiment se battre. Il faut aimer énormément chanter, faire des chansons, aller sur scène, pour faire ce métier aujourd’hui. À côté de ça, il y a beaucoup d’énergie dépensée pour ce métier, mais qui n’ont rien à voir avec le fait de chanter.

Quoi par exemple ?

Je suis quelqu’un qui n’aime pas subir les choses. Quand on est chanteuse dans une maison de disque, il y a un cadre bien défini, même si, personnellement, j’ai la chance qu’on me laisse faire ce que je veux artistiquement. Je ne veux pas rentrer dans les détails des coulisses, des contrats, des choses comme ça, mais il faut savoir que la musique est une industrie. Nous, artistes, on est vu comme un produit.

Clip de Flores Negras.

La musique, c’est une industrie qui provoque aussi du rêve à ceux qui écoutent les daphné,fauve,interview,mandorartistes.

Je ne sais pas si mon intention est de faire rêver les gens. C’est plus concret que ça. Mon intention est de les faire voyager. Avec des images, avec des sensations… Je suis moi-même embarquée par la musique et j’ai beaucoup d’images qui viennent à moi quand j’écoute des chansons que j’aime.

D’album en album, vous suivez votre chemin avec audace et cohérence.

C’est un plaisir de me positionner comme une chanteuse qui raconte des histoires ou des sensations. Je suis un fil qui me vient naturellement. Appeler  mes albums du nom d’une couleur, c’est un jeu. Je m’amuse. Mon parcours est ludique. Écrire des chansons est un plaisir. Je ne me dis pas : « je vais faire ça parce que c’est cohérent dans ma carrière », je le fais parce que j’en ai envie. Une chanson n’est pas du tout intellectuelle, c’est quelque chose de très spontané, même si je les travaille beaucoup les textes pour qu’elles sonnent naturellement. Pour moi, les chansons, ce sont comme des personnes. Elles ont leur indépendance et sont aussi totalement indisciplinées. Elles arrivent comme elles veulent et elles s’imposent. Quand on est chanteur, quand on écrit, il faut une capacité d’accueil. Il faut s’abandonner à ce que raconte une chanson.

Vous n’êtes pas maître de la situation quand une chanson arrive.

Si, parce que j’y prends beaucoup de plaisir. Un de mes plus grands plaisirs, c’est d’écrire des chansons, de jouer avec le son des mots, d’imaginer comment elles vont être habillées, notamment avec quels instruments. Pour moi, le plaisir de la création des chansons est le cœur de ce métier.

daphné,fauve,interview,mandorCet album s’appelle Fauve. Comme la couleur et aussi comme un animal sauvage. Êtes-vous quelqu’un de sauvage ?

Dans la chanson « Tout d’un animal », j’explique que je suis quelqu’un qui a besoin d’espace, de liberté et qui le revendique. J’ai une part sauvage en moi et je trouve qu’il est important de la préserver.

Est-ce facile de rester sauvage de nos jours ?

Ça, c’est un travail. Et je crois que le combat, finalement, il est là. Pour rester sauvage, il faut se battre.

Vous utilisez votre voix comme un instrument de musique… et chaque chanson à sa façon de l’utiliser.

C’est en fonction de l’émotion de la chanson. Prenons une chanson d’amour,  j’en ai fait beaucoup dans tous mes albums. Je ne me verrais pas chanter comme une dingue une déclaration d’amour. Pour moi, c’est l’intime, il y a une douceur. Pour des chansons qui évoquent la liberté, j’utilise ma voix de manière plus frondeuse. Je n’ai jamais considéré le chant comme une démonstration. Tous les gens qui me touchent dans la chanson ne sont jamais dans la démonstration. Pour moi, le chant n’est pas un exercice. La voix est là pour être au plus près possible de l’émotion. Je ne me dis jamais : « Tiens ! Je vais montrer que ma voix peut monter sur plusieurs octaves ! »

Votre album et la tournée d’un an où vous avez chanté des chansons de Barbara ont été loués par tous. Que retenez-vous de cette expérience ?

Outre les souvenirs que cette expérience musicale a engendrés, ça m’a donné encore plus d’assise dans ma liberté, parce que c’était une femme sans concession. C’est très important parce que sa façon d’être correspondait parfaitement à mon tempérament depuis que je suis toute petite.

Clip de "Où est la fantaisie".

daphné,fauve,interview,mandorDans « Où est la fantaisie », vous chantez le manque de fantaisie dans la vie. C’est important pour vous cette légèreté d’être?

Il faut arrêter de se faire des nœuds avec des choses qui ne sont pas si graves. Bien sûr, il y a parfois des choses dramatiques qui arrivent dans nos vies. Mais, même dans ces choses-là, on peut y trouver une forme de surréalisme, de l’absurdité, de l’humour. Moi, même quand il m’arrive des choses vraiment pas drôles, j’ai une capacité à rebondir. Ça rend la vie plus gaie. Je vois beaucoup de gens qui n’osent pas montrer leur fantaisie à cause du regard des autres. Beaucoup pensent que pour paraître intelligent, il faut être sérieux. Moi, je pense exactement le contraire. Plus on est en paix avec soi même, plus on peut raconter des bêtises, s’amuser et profiter de la vie. La fantaisie, c’est comme si c’était montrer une de ses failles.

Vous, vous n’avez jamais freiné votre fantaisie.

A chaque fois que j’ai fait un travail normal dans ma vie pour gagner ma vie avant d’être chanteuse, il fallait toujours que j’amène ma touche. Par exemple, j’ai travaillé un moment à la Samaritaine. J’ai refait toute la décoration de mon rayon. Du coup, j’ai été virée parce que ce n’est pas ce que l’on m’avait demandé. Quand je fais quelque chose, j’aime le faire selon mon ressenti. Je déplore le fait qu’on ne peut pas toujours suivre son cœur et ses élans.

Il y a un duo avec Benjamin Biolay, Ballade criminelle. Il a toujours été là, avec et pour vous.

Ça fait maintenant 10 ans que l’on s’est rencontré. Je lui avais donné une maquette et trois mois et demi après j’ai signé avec ma maison de disque de l’époque. Benjamin, c’est mon parrain, mon ange gardien. C’est un artiste que j’aime beaucoup, à qui je dois beaucoup. Et, en plus, nos voix s’accordent très simplement.


Daphné - Ballade Criminelle - La Fauve 2014 par MaudClifton