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20 septembre 2019

Fabien Martin : interview pour aMour(s).

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(Photos : Mike Ibrahim)

fabien martin,amours,studio little,interview,mandorJe l’ai déjà affirmé dans ma précédente mandorisation de Fabien Martin, pour moi, "cet artiste est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif" (woaw! J'adore m'auto-citer).

Avec aMour(s)., qui sort aujourd’hui (et que vous pouvez écouter là), Fabien Martin explore/dissèque la vie de couple de manière chirurgicale. A l’écoute de ces chansons, on se demande comment il a fait pour si bien comprendre les rouages de cette délicate et impitoyable machine qu'est le couple. Il est très fort.

J’ai voulu en savoir plus sur cet album « concept » qui fera réfléchir tout être humain normalement constitué sur les affres de l'amour. Ainsi, Fabien m’a reçu le 29 août dernier dans son propre studio d’enregistrement, Studio LITTLE.

Argumentaire officiel légèrement écourté (par Arnaud de Vaubicourt) :fabien martin,amours,studio little,interview,mandor

Il a fallu sept jours pour la création du Monde, faut-il sept ans pour défaire l’amour ?
Parler de concept album pour aMour(s), serait un peu cliché, mais on ne va pas se mentir : un bon album est souvent un concept en soi. Une idée qui hante. Une ambiance qui enveloppe tellement son créateur que la nécessité de la mettre en sons et en textes devient impérieuse, viscérale, vitale.

Après deux albums et un EP 7 titres, Fabien Martin raconte ici chronologiquement sept années d’une histoire d’amour, des vibrations passionnelles des débuts à l’amertume et la noirceur des sentiments qui s’étiolent. Au milieu, il y a l’amour. La vie, son quotidien, ses aléas et sa chienlit, ses joies, les bonnes idées, les mauvais projets. Inexorablement. Est-ce son histoire ? Peut-être… Peut-être pas. C’est en tous cas l’histoire de tout un chacun.
Sept ans, sept sentiments qui glissent sur le toboggan d’une liaison amoureuse. Fabien Martin, lorsqu’il n’est pas entouré des instruments et des micros de son studio d’enregistrement, caresse l’espoir d’y voir plus clair dans ce qui fait le lien entre deux êtres. Une histoire d’amour est-elle vouée à l’échec ? Est-elle un chèque en bois ou en blanc que l’on signe avec le sang du cœur de l’autre ? D’une voix chaude et malicieuse bercée par des arrangements subtils entre chanson et pop, il tente d’esquisser une réponse. Ou plutôt des réponses.

fabien martin,amours,studio little,interview,mandor®Armande Chollat-Namy

Tout comme les saisons d’une série palpitante (Fabien Martin évoque 24h Chrono avec délectation), la vie se découpe, elle fait son cinéma. Il y a les nœuds dramatiques, les climax, le dénouement… Le revirement de situation parfois, lorsque ce qu’on aimait tant chez l’autre se mue en une nébuleuse monstrueuse que l’on aimerait vaincre. L’auteur-compositeur-interprète se fait le narrateur de ces tranches de vie. Il image parfaitement les chemins de traverse des émotions dans le couple. Entre les rythmiques entêtantes de « Middle of Nowhere » et les ritournelles pop savoureuses de « Nina Myers », il créé des respirations grâce à quelques intermèdes tirés de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, mais aussi en nous offrant des instants très personnels qu’on imagine enregistrés sur un smartphone.

aMour(s) n’arbore pas de grand A et préfère l’amour avec un grand M. Ce nouvel opus est un album photos musical ouvert sur les affres des cœurs et des chairs, pas vraiment mélancolique mais réaliste, pas défaitiste mais pragmatique, sans oublier d’être un peu optimiste…
Tout comme ce qui est écrit entre les lignes en littérature, on entend dans aMour(s) le son salvateur d’un clin d’œil amoureux qui ose encore y croire.

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(Photo : Mike Ibrahim)

fabien martin,amours,studio little,interview,mandorInterview:

Pourquoi dans le titre de l’album, le a de amour est écrit en minuscule alors que le M est en majuscule ?

Selon toi ?

Peut-être que c’est parce que l’amour avec un grand A, ça n’existe pas ?

Peut-être. Et parce que je préfère croire à l’amour avec un grand Aime. J’insiste sur l’amour à l’instant présent, moins sur le mythe de l’amour avec un grand A. Dans ce disque, je décortique un amour véritable, tel qu’il est : très terrien et très charnel.

Et pourquoi un s à la fin d’amour ?

Quand tu es en couple avec quelqu’un depuis plusieurs années, tu l’aimes obligatoirement de manières différentes avec le temps qui passe. Le fait d’accepter de reconnaître que l’amour n’a pas la même saveur au début qu’au bout de quelques années aide à traverser sa vie de couple le mieux possible.

Clip officiel de "Pomme Love".

Dans « Nina Myers », tu chantes qu’un couple c’est deux agents doubles en eaux troubles.

Cette chanson est très intime. Je ne peux pas tout dévoiler parce que ça fait partie de ma vie très très personnelle. J’ai écrit cette chanson à un moment donné où j’ai rencontré une femme dont je suis tombé amoureux. En même temps, je regardais la série 24, et c’était un peu comme un miroir. Les espions, les agents secrets, ont souvent une double vie. C’est tout ce que je peux en dire (rires).

Les chansons sont dans l’ordre chronologique de leur création. Donc, les premières sont très positives et peu à peu, place aux doutes.

Cet album sort aujourd’hui, mais aucune chanson n’est vraiment nouvelle. J’ai remarqué que j’avais plusieurs chansons d’amour depuis 2007 et que selon les années, les sentiments et le regard étaient différents. Considérant qu’elles racontaient une histoire, j’ai décidé de les réunir.

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(Photo : Mike Ibrahim)

La jalousie et la peur commencent à arriver à la troisième chanson, « La conquête spatiale ».

C’est le début des doutes, alors qu’avant on ne pose aucune question.

Ce disque parle-t-il uniquement de ton couple ?

Là, on rentre dans l’intime. Dans tout album ou toute œuvre littéraire, il y a une part de réalité et une part de fiction. Tout ne correspond pas forcément à ma vie. Je projette mes craintes, mais aussi certainement celles des autres.

Dans « Nuages », le ciel commence à s’obscurcir.

Des petites brumes commencent à poindre, en effet. On ne s’y attend pas. C’est comme en montagne, il fait beau, il y a du soleil, puis soudain, les averses arrivent. Et tu ne peux pas faire grand-chose, juste constater. L’amour est peut-être une dépression météorologique.

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(Photo : Mike Ibrahim)

Dans « Middle of Nowhere », c’est carrément la fin des illusions…

Avant, on était dans des doutes, des nuages, mais là, on commence à avoir la boule au ventre. Une des choses étranges dans une relation, c’est la distance qui peut prendre place entre deux êtres. Il n’y a parfois même plus d’intimité. Les rancœurs, les blessures qu’on a subies et pas su verbaliser, ça crée de la distance verbale, humaine, intime et charnelle. C’est le moment où dans le lit, on commence à se tourner le dos et où chacun a besoin de retrouver son espace à soi. Comment en quelques années et sans s’en rendre compte, tu peux passer d’une relation à deux très intime, très fusionnelle, où tu fais l’amour sept fois par semaine, à une vie où tu as l’impression de te retrouver au milieu d’une sorte de PME familiale, avec femme, enfants, dans laquelle tu gères les emplois du temps, les entrées financières, les dépenses, voire les tensions humaines ? On ne te le dit pas au départ, mais le scénario est le même pour tout le monde.

Ton disque peut aussi rassurer. Les gens peuvent se dire : « Je ne suis donc pas le seul à vivre ça ! »

C’est sûr que c’est universel. En même temps, certains pourraient aussi se dire : « Moi, ça ne m’arrivera pas. Je ne laisserai pas la place au train train quotidien.» Personne n’y échappe. Finalement, le véritable amour est peut-être quand on commence à s’aimer malgré le fait que ce ne soit plus si facile.

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(Photo : Mandor)

Ce disque n’a pas une vision très positive de l’amour, non ?

La fin, avec « L’amour serait presque parfait », est ouverte, je trouve. Cette chanson m’a été inspirée par le film de Clint Eastwood, Sur la route de Madison. Une histoire d’amour magnifique qui s’arrête avant d’avoir commencé.

Quelle belle idée d’avoir intégré plusieurs intermèdes tirés de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, lus par ta compagne, Caroline Santini, et par toi.

Elle est comédienne dans la vie. Je l’ai prise à la fois pour cette raison et pour l’aspect symbolique de la chose, toujours par volonté de mêler ma réalité à l’invention. Je me suis dit que j’avais des chansons qui racontent mes sentiments, mon intimité, mais j’avais besoin de quelque chose d’un peu théorique, qui ne soit pas écrit par moi. Au début, j’avais choisi des extraits d’un livre de Roland Barthes Fragments du discours amoureux. J’ai attendu les droits pendant un an et je ne les ai jamais eus. Ça m’a déprimé parce que je ne savais pas quoi faire. Ce disque a mis du temps à sortir à cause de cela.

Un jour, tu as entendu à la radio la pièce de théâtre, Scènes de la vie conjugale.

Ca a débloqué la situation. J’ai su que ça allait me donner une distance, un autre regard sur l’amour et une complexité que je n’aurais pas pu amener. J’ai demandé les droits et je les ai eus rapidement. J’ai relu le livre et je suis allé voir la pièce qui se jouait au Théâtre de l’Œuvre. Aujourd’hui, je suis hyper content que les ayants droits de Barthes m’aient refusé les droits de Fragments du discours amoureux.

Intermède de la Vie Conjugale II (par Caroline Santini et Fabien Martin).

Pourquoi as-tu choisi le thème de l’amour ?

J’avais envie de raconter une histoire du début à la fin. Il se trouve que c’est une histoire d’amour. Je n’ai pas réfléchi, c’est venu comme ça. J’essaie toujours de ne pas être dans le mental, mais dans l’intuition le plus possible. Ce disque m’a ouvert les yeux sur certaines choses et me met en paix avec moi-même.

Quand on écrit sur son couple, quand les chansons ne sont plus positives, ce n’est pas gênant pour la principale intéressée, ta compagne ?

Si, un peu. Elle m’a dit en écoutant les dites chansons « Eh bien, c’est gai ! » Je lui ai répondu que ça ne parlait pas que de nous (rires). Non, franchement, elle ne l’a pas mal pris.

Ce disque coréalisé avec Jules Jaconelli est très pop, très moderne dans sa réalisation.

Je suis un amoureux du son. Même quand je fais du piano voix, il faut que ce soit dans une modernité exemplaire. J’avais l’habitude de réaliser mes chansons seul, mais pour ce disque, j’avais besoin de sang frais, j’ai donc laissé de la place à Jules. Je suis à la base des arrangements, mais il a épuré, construit, déconstruit, reconstruit… Hormis deux batteurs, Tanguy Truhé et Cyril Tronchet, Jules et moi avons joué tous les instruments. On a passé deux trois jours par morceaux. En un mois, l’album était fait. Après, Jean-Baptiste Deucher de Dominat Studio a mixé et Simon Capony a masterisé.

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(Photo : Mandor)

Quelle sera la thématique de ton prochain disque ?

Surement sur la mort et la difficulté d’exister. Le disque est quasiment fait. Je l’ai écrit en six mois, en attendant que aMour(s). sorte. Ce seront des histoires qui ne me concerneront absolument pas. Autre originalité, il y a aura beaucoup de chansons ou je me mets à la place d’une femme, opprimée ou délaissée…

L’amour, la mort, c’est la base ?

La vie s’articule autour de ça en tout cas. Sans amour il n’y a pas de vie et sans mort la vie n’a pas la même saveur. Sans la mort, on ne peut ni avoir un instinct de vie, ni un instinct d’urgence. Personnellement, j’ai un problème, j’ai l’impression que je ne vais jamais mourir, j’ai donc moins cet instinct d’urgence que d’autres malheureusement. En fait, je sais que je vais mourir un jour, mais je n’arrive pas à l’intégrer.

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Pendant l'interview… 

Ne finissons pas cette mandorisation sur ce sujet. Revenons à ton disque. Es-tu satisfait de lui ?

Oui, je suis très content, car j’ai l’impression d’avoir enlevé tout le superflu. Il est court, épuré, condensé, ramassé… je suis allé à l’essentiel il me semble. Et je me suis livré comme je pouvais. Et surtout, il est libre. Il y a une chanson de 6 minutes, d’autres de 40 secondes, des sons qui viennent de mon salon enregistrés sur un mini-cassette à l’époque. J’ai fait ce que je voulais faire.

Depuis quatre ans, dans ton Studio Little, tu réalises, tu arranges, tu mixes beaucoup pour d’autres artistes. Crois-tu que ça influence ton son d’aujourd’hui ?

J’adore me mettre au service des autres et avoir une vision. J’aime rencontrer d’autres gens, d’autres manières de travailler… J’apprends énormément, psychologiquement et musicalement. J’entends les qualités et les défauts de ce que font les autres et de ce que je fais moi, beaucoup plus vite qu’avant. Cela dit, ça ne change ni ma façon d’écrire, ni mon son et ni qui je suis. On ne peut pas faire autre chose que ce que l’on est. On n’est pas là pour fabriquer artificiellement, on est là pour sortir ce qu’il y a en soi. Et il faut le faire le mieux possible.

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Le 29 août 2019, après l'interview au Studio LITTLE.

(Photo : retardateur de l'iPhone 6 de Mandor)

12 juin 2014

Fabien Martin : interview pour l'EP Littoral

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

C’est bien simple, pour moi, Fabien Martin est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif.

Je suis fan de Fabien Martin. C’est une expression que je n’emploie que très rarement. Avant, j’étais fan de Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel et Alain Souchon, aujourd’hui je suis fan de Fabien Martin, Pierre Lapointe, Alexis HK et Babx.

Et Fabien Martin, après six ans de silence, sort un nouveau disque. Une merveilleuse mise en bouche. Un EP que tout amateur de bonne chanson française se doit de posséder.

Hier, à l’agence, il est passé m’en parler. Et ça m’a rendu heureux.

fabien martin,littoral,interview,mandorBiographie officielle (à peine raccourcie) :

Fabien Martin nous revient, après deux premiers disques, Ever Everest et Comme un seul homme, qui exploraient la chanson française sur des airs de poésie et de cinéma. Six ans qu’on n’avait pas entendu sa voix ni sa musique. Pendant ces quelques années, il a fait d’autres choses, il a gouté d’autres chemins. Il a voyagé, beaucoup, il a fait du cinéma, des rencontres, des enfants. Mais surtout, il a écrit des chansons.
Heureusement, parce que Fabien Martin écrit joli. Il possède sa propre grammaire, sa signature. Une écriture soignée, mais précise, ciselée, mais essentielle. Et heureusement, enfin, parce que Fabien Martin chante bien.

Littoral, l’EP qui vient de sortir, est une sélection, en instantané, de ses dernières productions.fabien martin,littoral,interview,mandor Six titres qui parlent de la vie qui passe, mais pas toujours comme on voudrait. Avec un humour un peu revêche, avec une distance un peu mélancolique, et une mélancolie généreuse, mais pas seulement. Derrière la pudeur se cache une joie fondamentale. Une force, un espoir. Si Fabien a enregistré un peu partout avec ses amis musiciens (dont Mathieu Boogaerts à la batterie), au gré de ses pérégrinations, entre vieux synthés dénichés sur le net, guitares folk et boîtes à rythmes triturées comme il faut, il a ensuite posé ses plates bandes une semaine au mythique studio Davout entre les mains d’Aymeric Letoquart, le mixeur de Murat.

Fabien Martin aime joindre les deux bouts de sa culture - la poésie de Jacques Prévert et les productions de Danger Mouse -, naviguer entre deux eaux, marier les inattendus. Et surtout varier les rythmes ; en effet, après la sortie de ce six titres et une série de concerts, Fabien proposera un prochain album inédit début 2015.

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

fabien martin,littoral,interview,mandorInterview :

Avant-hier, tu as fait ton premier concert en appartement. Ça s’est bien passé ?

C’était un moment très particulier. Les gens avaient l’air ému et plutôt content. Moi aussi j’étais content, car c’était le premier concert avec cette équipe et ce n’était pas simple.  On a joué dans un endroit intime, mais avec un vrai son et pas mal de matériel. Nous avions batterie, claviers, plein de guitares, une séquence, une sono, un ingénieur du son… bref, nous étions dans les mêmes conditions électriques d’un concert. Ce qui est bizarre, c’est la promiscuité avec le public. Il était à 20 cm de nous. C’était plus flippant que je ne me l’imaginais. J’ai mis deux chansons à me détendre, mais j’espère que personne ne l’a remarqué. On a fait des chansons de l’EP, des anciens albums et même du prochain album. On va récidiver dans les mêmes conditions, tellement c’était bien.

Note de Mandor : Prochain concert appartement, le 2 juillet prochain dans un loft du 17e arrondissement de Paris à 20h. Tous les renseignements sur le site de l'artiste : http://www.fabienmartin.fr/ Mais, je vous le dis, il faut réserver obligatoirement, il donne l'adresse exacte + le code dès qu'il reçoit la résa. Tarif : 10€ ou pack place + EP à 15€.

Les nouvelles chansons ont-elles été bien accueillies ?

Je pense qu’il y avait pas mal de personnes du public qui avaient déjà l’EP. J’ai l’impression qu’ils ont saisi ce que j’ai voulu dire dans mes chansons.  Ils ont compris la légèreté et l’humour que je peux apporter à des choses qui peuvent me heurter, m’affecter ou m’énerver. J’aime bien quand les gens qui m’écoutent relèvent la deuxième couche que j’essaie d’intégrer dans mes chansons.

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Le 10 juin 2014, concert privé en appartement (photo : Annaïk Debono)

Dans ce nouvel EP, il y a six titres qui évoquent, notamment, la vie qui passe. Il y a toujours une distance mélancolique dans tes chansons et une certaine ironie. Te sens-tu désabusé dans ce monde ?

« Désabusé » n’est pas du tout un mot que j’aime. Je ne suis pas un vieux qui a tout vécu et qui n’attend plus rien de la vie. Hier, je parlais avec un copain. Il me disait qu’il était un optimiste malheureux. Moi, c’est l’inverse. Je suis un pessimiste heureux. J’ai beaucoup de joies dans ma vie. Ces dernières années, j’ai vécu beaucoup d’évènements forts. J’ai perdu des gens que j’aimais et j’ai vu des petits bouts naitre et arriver dans ma vie. Je suis passé par plein d’extrêmes comme ça. Cela m’a éveillé totalement. Je suis dans la pleine présence et conscience des choses que je traverse dans ma vie. J’essaie toujours d’avoir l’émerveillement dans les yeux et dans l’âme en regardant les choses autour de moi. Vraiment, je suis tout sauf désabusé.

Extrait de "La croisière s'emmerde".

Je me fais volontairement l’avocat du diable, mais dans «La croisière s’emmerde » etfabien martin,littoral,interview,mandor « J’aime pas », il y a de l’ironie, voire du cynisme, non ?

Je suis désolé de te contredire, mais il faudrait trouver le mot juste. L’époque est cynique et moi, j’essaie de ne pas l’être. Je tente juste d’être sincère et frontal. Je suis premier degré, mais avec des images. Cela dit, je ne vis pas tout ce que je raconte en permanence. Je peux être traversé par des moments que je n’aime pas et ça donne une chanson qui s’appelle « J’aime pas ». Parfois, j’ai la sensation que la vie me dépasse ou qu’elle me laisse un peu de côté, mais ça ne veut pas dire que je passe toute ma journée à ne pas aimer la vie.

Tu chantes l’ironie de l’histoire, de la société et de la vie.

Ce qui m’intéresse ce sont les choses dont on rêvait quand on était enfant, adolescent et finalement la réalité qui s’installe. Des choses belles ou moins belles qu’on n’attendait pas forcément. Dans mes chansons, il faut percer à jour la mélancolie des êtres et les choses qui nous échappent. Je chante le rapport aux autres. Dans la chanson de Trenet, « Y a de la joie », il n’y a justement pas que de la joie.

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Tu manies à la perfection l’humour noir. Là, j’espère que tu es d’accord.

Oui. Autant rire des choses dures et tragiques. C’est de famille, ça. Cela doit venir de mes origines slaves.

Dans « J’aime pas », tu dis : « non, je n’aime pas mon histoire, je ne sais plus où m’assoir ».

C’est le cas de plein de gens. C’est difficile de trouver sa place, dans la relation avec ses amis, ses parents, ses enfants, son amoureux ou son amoureuse.

Clip de "Le phare".

Tu parles de toi, pour mieux parler des autres ?

J’espère. Je n’ai pas une vie exceptionnelle, j’ai une vie comme tout le monde. En allant au plus profond de moi, j’espère toucher les gens de manière universelle. Je crois que les gens, quand ils sont tristes, les chansons tristes leur font du bien. Ils se disent : « Ça va, je ne suis pas tout seul. C’est cool. »

Justement, quand tu écris une chanson, penses-tu aux gens qui vont l’écouter ?

Ce serait l’idéal. Mais se demander si une chanson peut devenir universelle, se demander comment faire pour que sa chanson touche tout le monde, c’est le meilleur moyen pour qu’elle ne touche personne. Cela dit, je n’ai pas de tubes ou de chansons immortelles à mon actif, je me sens donc mal placé pour donner des conseils ou ériger des règles.

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Tu dis que tu fais de la « variété mal rasée ».

C’est une musique et des textes qui se veulent accessibles et populaires si possible, mais avec des déstructurations, des éléments inattendus  ou des choses qui ne tournent pas forcément rond. Je fais comme ça et je ne sais pas faire autrement. Mon centre d’intérêt reste la mélodie et ça depuis mon premier album. J’aime quand mes chansons restent dans la tête des gens.

Cela faisait six ans que tu n’avais pas sorti de disque. As-tu l’impression d’avoir évolué depuis ?

En fait, je n’ai jamais arrêté d’écrire et de composer. Juste, je ne faisais rien écouter. Je n’étais pas forcément content du résultat. Entre le deuxième album et l’EP qui vient de sortir, tu as loupé l’évolution progressive.

Dans les textes, par exemple, il me semble que tu es plus dans l’économie des mots.

Tu as raison. Je deviens moins bavard, je synthétise un peu plus les choses.

Clip de "Pas une mouche".

Es-tu un solitaire dans la création ?

Pour l’écriture oui, mais pour la musique, de moins en moins. Il y aura irrémédiablement un moment où je vais vouloir partager. Le moment n’est jamais immédiat. Il faut que cela murisse.

Comment vis-tu la période de ton retour ?

Je suis content, mais je ne suis pas particulièrement rassuré. Je crois beaucoup en ces titres-là que j’ai créés il y a un an et demi. Je trouve que tous les morceaux tiennent la route. Certains titres passent en radio et les critiques semblent, pour le moment, positives. Pour un indépendant comme moi, ça fait chaud au cœur.

Pourquoi sortir un EP au lieu d’un album ?

Avec un EP, on peut très bien raconter une histoire. C’est un vrai support aujourd’hui. Six titres c’est bien, pour des gens qui écoutent ça dans leur voiture ou chez eux. Se taper quarante-cinq minutes d’un même chanteur, je ne sais pas si c’est encore ce qu’on a envie de faire. En vingt minutes, comme un court métrage, on peut bâtir une histoire, un état du lieu de l’histoire. C’est fini l’album de douze titres tous les deux ans. Il faut arrêter avec ça.

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