Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01 septembre 2013

Fabien Hérisson, Claire Favan et Jacques Saussey : interview pour Santé!

Couverture.jpg

Près de vingt auteurs ont répondu présents à l’appel de Fabien Hérisson pour l’écriture du recueil 2013 du collectif des auteurs du noir. Cette année, le thème est la santé, la maladie, sous toutes ses formes. L’année dernière, j’avais déjà reçu le directeur de collection pour un premier recueil de nouvelles, Les auteurs du noir face à la différence. Le 12 juillet dernier, Fabien Hérisson est revenu me parler de ce deuxième recueil dont les droits seront versés à La Fondation maladies rares. Il était accompagné de deux auteurs (et pas des moindres) ayant participé à cet ouvrage.

(Notez que j'ai été témoin de la signature du contrat d'édition entre Fabien Hérisson et Sébastien Mousse, le nouvel éditeur. J'aime bien voire naître un tel projet.)

Pour vous procurer le livre, aller là.

644418_131091567075792_1011952286_n-e1364560043173.jpg

Force en présence :

Fabien Hérisson : Il est né un soir de décembre 73. Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir. Il organise aussi chaque année l’espace polar du Salon du livre de Provins.

Claire Favan : Elle travaille dans la finance, mais elle dévore des livres depuis son plus jeune âge. « Le Silence des Agneaux » de Thomas Harris marque un tournant définitif dans le choix de ses lectures alors qu’elle est âgée d’une quinzaine d’années. Sa passion pour les romans sur les tueurs en série est née. Elle-même écrit depuis une dizaine d’années. En juin 2008, elle se lance le défi de retracer le parcours d’un tueur en série depuis son adolescence. Si elle souhaite remonter aussi loin dans la vie de son personnage, c’est afin de traiter de sujets qui l’interpellent : la construction du mode opératoire, la signature et les motivations profondes de ce genre d’individus.

En octobre 2009, elle prend contact avec les éditions « Les Nouveaux Auteurs » qui lui offrent l’opportunité de réaliser son rêve… Elle a sorti dans cette maison d’édition deux thrillers à glacer le sang, Le tueur intime (Grand Prix VSD du polar 2010) et Le tueur de l’ombre. Un troisième est prévu pour bientôt.

Jacques Saussey : Il a commencé à écrire ses premières nouvelles à 27 ans, en 1988. Deux nouvelles ont été primées dans des concours (« Quelques petites taches de sang » en 2002 aux Noires de Pau, et « Alfred Jarry est mort » en 2007) et une éditée en BD (« Le joyau du Pacifique », en 2007). Il est l’auteur aux éditions « Les Nouveaux Auteurs » de De sinistre mémoire, Quatre racines blanches, Colère noire. Le 5 septembre prochain, sortira son dernier né, Principes mortels.

DSC0837nnn0.JPG

De gauche à droite: Jacques Saussey, Claire Favan et Fabien Hérisson.

Note de l’éditeur :

Le collectif des auteurs du noir remet le couvert !

Cette fois-ci le thème imposé est la santé, chaque auteur a donc écrit une nouvelle dont il cède les droits. Retrouvez dans ce recueil : Bérengère de Bodinat, Jean-Luc Bizien, Armelle Carbonel, Luc Doyelle (mandorisés trois fois là), Claire Favan, Maxime Gillio, Fabien Hérisson, Annabelle Léna (mandorisée ici), André Marois, Bernard Minier, Michaël Moslonka, Max Obione, Jean-Marie Palach, Gaëlle Perrin, Stanislas Petrosky, Jacques Saussey.

Capture-d’écran-2010-01-05-à-07.46.56-272x300.jpgPréfacé par Marina Carrère d’Encausse, médecin échographiste, journaliste et présentatrice du magazine de la santé sur France 5.

Les droits d’auteurs seront reversés à la fondation maladies rares qui est née de la volonté des associations de malades et de celle de tous les acteurs, médecins et chercheurs, impliqués dans la recherche et la prise en charge des malades dans le domaine des maladies rares. La fondation maladies rares a pour principaux objectifs de mettre en lien et de fédérer les acteurs de la recherche et du soin dans les maladies rares, et de financer, sur la base d'appels d'offres pluriannuels, les projets de recherche ciblés sur les maladies rares, sans restriction du type de maladie ni de champ disciplinaire (Recherche clinique, physiopathologique, thérapeutique, sciences humaines et sociales).

Teaser du livre.

Interview:

Fabien, c’est toi qui es à l’origine de ce nouveau recueil de nouvelles. Peux-tu nous en parler ?

Fabien : Santé! est la continuité de ce que nous avions fait avec le premier, Les auteurs du noir face à la différence. Nous avons changé d’éditeur. Nous sommes maintenant chez L’atelier Mosesu. Le principe de ce recueil a plu à l’éditeur, Sébastien Mousse, et il a décidé d’en faire un rendez-vous annuel. Nous réitérerons donc régulièrement ce genre de recueil, toujours au format poche et à un prix très accessible (10 euros). Santé !cette année, est vendu au profit de l’Association maladie rare.

Ce recueil se fait sous ta direction, comment sélectionnes-tu les auteurs qui vont y participer ?

Fabien : Rien de plus simple. Je démarche les auteurs dont j’ai lu les ouvrages et que j’apprécie humainement. Certains m’on sollicité directement.

Et comment Jacques Saussey et de Claire Favran sont-ils arrivés dans l’aventure ?

Fabien : Je les ai frappés pour qu’ils acceptent (rire collégial). Non, on se voit régulièrement dans des salons notamment, et on en avait parlé de vive voix.

Claire, quand tu reçois ce genre de proposition, tu réagis comment ?

Claire : C’est vrai qu’au départ, moi, les nouvelles, ce n’est pas un exercice auquel je me livre spontanément. Je suis plutôt du genre à écrire des livres volumineux. Quand Fabien m’a parlé de ce recueil, je me suis immédiatement demandé si j’allais avoir une idée et de préférence, une idée de qualité pour que cette nouvelle soit intéressante et trouve sa place parmi les autres. Les gens, en achetant ce livre savent qu’ils font une bonne action. La contrepartie, c’est qu’ils prennent plaisir à ce qu’ils peuvent lire dans le recueil. C’est une mission pour nous de donner une nouvelle qui soit plus qu’honorable.

Être confrontée, avec des gros guillemets, à d’autres auteurs, est-ce que cela met de la fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesupression ?

Claire : Un peu oui. On veut faire au moins aussi bien. C’est une réaction naturelle. Je trouve que ma nouvelle sort un peu du cadre par rapport aux autres.

Et toi Jacques, comment tu as été contacté ?

Jacques : Je connais Fabien depuis un moment. On est en contact sur Facebook. J’ai vu passer son projet et ça m’a intéressé tout de suite. Contrairement à Claire, moi, j’ai démarré en écrivant des nouvelles. C’était vraiment mon premier type d’écriture. J’avais déjà écrit cette nouvelle dans mon propre recueil de nouvelles qui en contenait trente. Il y en avait deux qui concernaient la santé. J’en ai choisi une que j’ai retravaillée pour la retranscrire dans mon écriture actuelle.

Fabien, en tant que directeur de collection au sein de L’Atelier Mosesu, quand tu reçois les nouvelles, qu’en fais-tu ?

J’en prends connaissance. S’il y a des choses à revoir, je contacte les auteurs pour leur demander d’apporter des modifications, mais après il y a un travail de relecture et de correction qui est fait par Maxime Gillio. Il se trouve qu’il y a eu généralement très peu de retouches à faire. Ce sont des auteurs expérimentés que nous avons là.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesu

Claire Favan et Jacques Saussey (par Paul Colize)

Claire, ta nouvelle se situe dans une maison de retraite. Ça change de ton héros récurrent, serial killer ; Will Edwards. Ça fait du bien de sortir de ses habitudes littéraires ?

En effet, c’est bien de sortir de ses histoires habituelles, mais ce n’est pas la première fois. Pour cette nouvelle, je me suis inspiré de ce que je vois quand je vais rendre visite à ma grand-mère dans une maison de retraite. Il ne se passe pas ce que je raconte, mais je trouve ces endroits monstrueux. J’ai exploité les traumatismes que me procure ce genre de lieux. J’ai mis pas mal d’humour noir, sinon, cette histoire aurait été trop glauque. Je ne voulais pas que le lecteur déprime (rire).

Toi, Jacques, tu nous livres une histoire de don de reins.

Jacques : Quand j’ai démarré, j’écrivais essentiellement des nouvelles très noires. Je voulais que l’angoisse se sente tout de suite dans cette histoire. Je voulais qu’au bout de quelques lignes, on se mette dans la peau de cette maman qui a un choix terrible à faire pour sa fille. Pour moi, la nouvelle Noire doit amener le lecteur là où il ne peut pas imaginer aller.

Claire, toi aussi, tu es d’accord. Il faut balader le lecteur?

Claire : Je suis toujours d’accord avec Jacques parce qu’il m’a tout appris sur la nouvelle. On se connait très bien et on a tendance à travailler en binôme. On est le premier lecteur de l’autre. Depuis nos publications respectives chez Les Nouveaux Auteurs, on se suit.

Jacques : On s’envoie nos premières moutures de textes pour avoir la réaction immédiate de l’autre. On essaie d’être le plus objectif possible. On a chacun nos techniques, mais on se les échange parfois. Je la conseille, elle me conseille… c’est un échange constructif.

Claire : Moi, j’ai lu son prochain roman et lui a lu le mien. On s’est dit des choses… on apporte mutuellement un regard sur ce que l’autre écrit.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesu

Pendant l'interview avec Claire Favan et Fabien Hérisson.

Fabien, toi, tu n’es pas écrivain, enfin tu ne t’assumes pas comme tel en tout cas, mais il y a toujours une nouvelle de toi dans tes recueils.

Fabien : J’aime participer. Ça m’amuse, ça m’exerce et ça me donne une légitimité pour le promouvoir. Cela dit, dans celui de l’année prochaine, je n’en ferai pas partie.

Ah bon ?

Fabien : Oui, parce qu’il sera 100% féminin.

Oui, en effet, c’est une bonne raison. J’ai remarqué que tu n’utilises presque pas les dialogues. Ton écriture est très compacte dans cette histoire de trafic de sang impliquant beaucoup de personnes haut placées.

Fabien : L’histoire s’y prêtait. Je suis plus dans un monologue puisqu’on assiste à un interrogatoire. Je voulais mettre le doigt sur l’état de la santé en France, les difficultés des hôpitaux, leur insalubrité, leur budget qui est de plus en plus restreints. Je voulais montrer qu’à vouloir tailler dans les budgets, on peut arriver à certaines dérives. Des trafics de se genre existent plus ou moins en Afrique.

Je me fais l’avocat du diable. Est-ce que ça sert à quelque chose de sortir ce genre de recueil ? Est-ce que ça rapporte quelque chose ou c’est juste symbolique ?

Fabien : C’est sûr que c’est essentiellement symbolique. Pour le premier recueil, les droits vont tomber ce mois-ci. On va reverser 1400 euros à l’association. Je pense qu’on sera sur la même chose pour celui-ci. 1400 euros, c’est symbolique, mais c’est aussi montrer qu’ensemble, quand on conjugue nos efforts, nos différents talents, on peut arriver à faire des choses.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesu

Avec Fabien Hérisson.

Toi, Fabien, de toute manière, c’est ta philosophie de vie.

Fabien : On peut toujours se plaindre et râler sur tout, sans jamais prendre d’initiative. Mais aussi, on peut râler et se demander ce que l’on peut faire à son niveau.

Claire et Jacques, c’est important d’avoir quelqu’un comme Fabien qui insuffle ce genre de chose ?

Jacques : Déjà, quand il a fait son site Livresque du noir, on a senti un esprit fédérateur qui rassemblait tous les auteurs du noir. Un espace ouvert où chaque auteur pouvait parler de son livre, il n’y en avait pas deux comme ça.

Claire : C’est marrant parce que j’ai déjeuné avec lui récemment, et je lui ai fait le même genre de déclaration. Je trouve extra tout ce que fait Fabien. Un dévouement pour le milieu du polar. Sa sœur Stéphanie est pareille d’ailleurs. Elle, c’est par le biais de sa librairie. C’est vraiment une famille hyper investie.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesu

Claire Favan et Fabien Hérisson signent le recueil...

Je trouve que les auteurs du noir sont moins égocentriques que ceux de la blanche. Je le pense sincèrement. Qu’en penses-tu Fabien ?

Il y a une différence, en effet. Il y a toujours des exceptions, mais l’ego est moins démesuré. Les gens sont plus humbles et il y a une certaine convivialité, une certaine fraternité entre auteurs. Quand tu vas dans des salons, tu regardes l’espace polar par rapport au reste, tu as tout compris.

Claire : On se connait tous, on s’apprécie tous… mais j’ai vraiment l’impression que c’est une grande famille.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesuFabien : J’ajoute qu’il y a un vivier de plumes dans la littérature française qui est assez exceptionnel. Je trouve qu’on ne les met pas suffisamment en avant. Je suis content que ma frangine Stéphanie (voir photo à gauche) ait le culot et le courage de mettre ces petits auteurs et ces petits éditeurs en avant dans sa librairie (la Librairie égrevilloise).Si toutes les librairies prenaient des  risques plutôt que de mettre en avant les têtes de gondole, ils verraient leur chiffre d’affaires évoluer différemment. Le lecteur viendrait chercher du conseil et découvrirait des bouquins qui en valent la peine.

Dans ce genre de recueil, il y a des auteurs qu’on connait moins, c’est aussi une façon de les faire connaître.

Fabien : C’était l’objectif premier de ces recueils. Mélanger des auteurs peu connus avec des auteurs confirmés.

Les auteurs très confirmés sont-ils faciles à convaincre ?

Je crois qu’ils aiment la démarche. J’ai rarement rencontré de refus. Ceux qui ont refusé ont eu toujours de bonnes raisons.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesu

Claire et Jacques, vous, on commence à beaucoup entendre parler de vous sur la planète polar.

Claire : On a l’impression, mais c’est parce que l’on se voit à travers Facebook, alors que ce réseau social déforme tout. Il faut rester suffisamment réaliste, savoir ouvrir les yeux sur notre place hors Facebook. Il y a une nuance. Avec la sortie de mon troisième roman, c’est là que je me rendrai compte et que j’ouvrirai les yeux (rire).

Jacques : On se rend compte que l’on a un public et qu’il augmente un petit peu de livre en livre, mais c’est tout. La seule évolution qui me saute aux yeux, c’est quand je relis mes premiers romans… c’est mon écriture qui évolue.

Claire : On apprend des choses des retours que nous font les lecteurs.

Jacques : Il faut être ouvert aux critiques et accepter celles qui sont judicieuses.

Fabien, parlons de la préface. Elle est signée Marina Carrère d’Encausse.

C’est une chance qu’elle ait acceptée de la rédiger. En plus, elle ne s’est pas contentée d’écrire une préface bateau. Elle a évoqué le rapport entre la médecine et le polar dans un très beau texte. De plus, elle avait une parfaite légitimité parce qu’on était sur la thématique de la santé, parce que c’est une fan de polar et de littérature policière, parce qu’elle est journaliste. Elle avait toutes les qualités requises pour être la préfacière. Je n’avais pas d’autres vues qu’elle pour l’écrire.

DSC08368.JPG

08 mars 2012

Fabien Hérisson et Nicolas Sker : interview pour "Les auteurs du noir face à la différence"

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Les forces en présence :

- Fabien Hérisson : Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir.

- Nicolas Sker (pseudonyme de Nicolas Beuglet) : Directeur artistique et scénariste d'une grande chaîne de télévision. Il a sorti un premier roman l’année dernière, Le premier crâne (Michel Lafon).

Le premier est à l’origine du recueil de nouvelles Les auteurs du noir face à la différence. Tous les deux ont écrit une histoire très noire. Le 21 février, je les ai réunis pour une conversation sans langue de bois. Avant de la découvrir, voici mon article sur le livre publié dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

ADDICT22 - P25 - LIVRE.jpg

Interview:

Fabien, quelle est la genèse de ce livre ?

Fabien Hérisson : Tout a commencé à Quai du Polar à Lyon l’année dernière. Le soir, après le salon, j’étais avec deux trois auteurs, dont deux font partie du recueil. On s’est dit que ce serait sympa de  poursuivre ce qui se fait sur Livresque du noir. C'est-à-dire donner la possibilité à des auteurs qui ne sont pas connus de côtoyer les auteurs connus. De les mettre sur un pied d’égalité et pourquoi pas, de leur permettre d’être découvert par un plus large public. La meilleure façon de faire ça, c’était le recueil de nouvelles. Le défi a été lancé, j’ai commencé à chapeauter ça. J’ai envoyé des invitations à des personnes qui avaient participé au site. Parmi les réponses positives, un auteur, Patrick de Friberg, m’a dit : « OK ! Mais à la condition que les droits d’auteur aillent aux bénéfices, soit d’une association, soit d’une œuvre humanitaire. »

Comment as-tu sélectionné les auteurs ?

Fabien : J’ai contacté des auteurs renommés et d’autres moins connus. J’ai choisi principalement des personnes qui étaient déjà rompues à cet exercice particulier qu’est la nouvelle.


Teaser-Les auteurs du Noir face a la difference par Livresque-du-noir

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, comment es-tu arrivé dans l’aventure ?

Nicolas Sker : J’ai eu la chance de croiser Fabien dans les coulisses d’une émission de télévision sur TF1, lors de la promo de mon premier livre. Entre deux petits fours, il m’a parlé de son projet de recueil de nouvelles. Je connaissais Fabien grâce à son site pour lequel j’avais écrit un texte pour me présenter. Je lui ai donc dit oui, si et seulement si je trouvais la bonne idée.

Elle est donc venue, cette bonne idée.

Nicolas : Je l’ai laissé murir assez longtemps,j’ai tourné autour et puis je me suis dit que c’était intéressant qu’il y ait une vraie contrainte. C’est bien, pour un auteur, d’avoir une contrainte hyper précise, parce que ça limite le champ des possibles et finalement ça rassure un peu et c’est assez agréable. Quand on écrit, ce qui est le plus dur, ce n’est pas de trouver les idées, mais de choisir les bonnes idées. Quand on a un cadre imposé, on a moins de choix à faire parce que c’est hyper restrictif. Du coup, on travaille mieux le nœud, le cœur de l’histoire. Partant de là, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je trouve un truc chouette. J’estime qu’il faut prendre le lecteur par le bout du nez et qu’il soit surpris à l’issue de l’histoire. L’idée est venue et à ce moment-là et j’ai recontacté Fabien.

Fabien, c’est une lapalissade, mais il faut que tu aimes la nouvelle pour décider de l’inclure dans le recueil…

Fabien : Il faut qu’elle respecte les contraintes initiales. Très franchement, dans l’ensemble, j’ai été satisfait des textes proposés.

Nicolas, tu as sorti un roman, mais t’étais-tu déjà adonné à l’exercice de la nouvelle ?

Nicolas : Ce qu’il y a d’amusant, c’est que j’avais gagné un concours de nouvelles il y a quelque temps, mais sous un pseudo, Stéphane Némo. Ça faisait partie d’un recueil sur le monde du travail, Les nababs et des clowns, et comme je travaille à la télé, je m’étais amusé à raconter les folies réelles de ce milieu. Pour moi, les nouvelles, c’est un peu la facilité. Ce qui est dur dans un roman, c’est de tenir la longueur et la cohérence. Sur une nouvelle, ce serait gonflé de se rater sur la cohérence.

Fabien, tu regardes bizarrement Nicolas…fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Fabien : Je suis un peu sceptique sur ce qu’il vient de dire. Effectivement, la nouvelle, ce n’est pas un genre répandu et porteur en France. Les recueils de nouvelles ne se vendent pas énormément. Peut-être que pour un écrivain, ça paraît plus facile de faire quelque chose de court, mais pour le lecteur, réussir a avoir une histoire avec un contenu qui accroche sur très peu de pages, ce n’est pas si facile que ça. Dans un roman, on a plusieurs pages pour poser son intrigue, son déroulement, essayer d’attraper le lecteur dans son univers. Là, c’est très très court. Il faut être percutant immédiatement et ce n’est pas donné à tout le monde.

Nicolas : Pour le coup, personnellement, en travaillant à la télévision, j’ai acquis cette espèce de réflexe permanent d’obligation d’accrocher à la première seconde. Dans mon milieu, on n’a pas le choix, c’est le règne de l’immédiateté. Quand j’essaie de penser à mon roman, je peux passer deux mois à réfléchir à la première phrase. Il n’est pas question pour moi d’emmerder le lecteur. Donc, l’exercice de la nouvelle est plus facile, parce que c’est le même exercice qu’un roman, mais en plus court.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, tu as écrit un thriller ésotérique, Le premier crâne, là, c’est une nouvelle particulièrement noire. Ce changement de registre a-t-il été simple ?

Nicolas : Non, mais c’était ça que je trouvais excitant. Quand Fabien m’a dit qu’il fallait que ce soit très noir, au début je me suis dit que ce n’était pas moi et encore moins mon univers. Et, il n’y a rien de plus excitant que d’aller mettre un pied dans un univers qui n’est pas le sien. C’est un peu comme un comédien qui ne joue habituellement que des comédies et à qui un jour on annonce qu’il va jouer le rôle d’un salopard. On se demande si on est capable de le faire. On se sent coupable, mais c’est excitant quand même…

En plus Nicolas, je sais que tu n’aimes par le noir pour le noir.

Nicolas : En effet, je déteste ça. Je déteste être confronté à des choses gratuitement violentes ou sadiques. Il y a beaucoup de bouquins de ce genre. Ça me révulse donc je ne peux pas en lire sauf si vraiment il y a un très beau propos derrière.

Nicolas, ça me donne donc envie de te demander ce que tu as pensé des autres nouvelles de ce recueil…

Nicolas : En gros, j’ai été beaucoup plus touché par des nouvelles comme celle de Sophie Loubière, qui parle d’un enfant mal traité dans sa famille, que d’être confronté à de la violence pure.

Et qu’as-tu pensé de la nouvelle de Fabien ?

Nicolas : Au début, je me suis dit que c’était exactement ce que je n'aimais pas. Un sadique qui est en train de fantasmer sur ce qu’il va faire avec son scalpel à une pauvre jeune femme, ça partait mal. J’ai espéré une chute qui allait tout renverser… elle est arrivée. J’ai apprécié aussi toute la narration autour de la télé-réalité et ses dérives. En règle générale, je préfère les approches subtiles que les approches frontales.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, moi, c’est la première fois que je lis quelque chose de toi. Tu as donc donné de ta personne dans ce recueil.

Fabien : Pour être honnête, cette nouvelle, je l’avais écrite il y a quelque temps et ce sont des personnes qui participent au recueil qui m’ont demandé pourquoi je ne participais pas à l’aventure, puisque je chapeaute tout. Ils m’ont incité à me lancer. J’avais peur qu’on pense que je voulais me caser quelque part, que je voulais profiter de ce recueil pour me mettre en avant, pour essayer de me vendre.

As-tu eu peur du jugement littéraire des autres ?

Fabien : Non, je sais très bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Après forcément, quand on écrit, c’est aussi pour avoir des retours.

Nicolas : J’ai une question à te poser Fabien. Qu’est-ce qui te plait dans le fait de nous mettre dans la peau d’une personne qui est présentée comme quelqu’un de sadique ?

Fabien : Pour moi, c’est l’enrobage. C’est ce qui permet d’amener le contenu. Derrière tout ça, pour moi, c’est le regard d’un homme qui est différent, qui voit la société différemment, qui se sent à l’écart de tout et de tout le monde. On peut parler de la superficialité, la perte de la dignité de l’être humain.

Nicolas : Justement, tu parles de la perte de la dignité et tu nous confrontes à la bassesse la plus extrême des comportements humains, celui de faire souffrir l’autre.

Fabien : Mon personnage est ce que sont beaucoup d’humains qui traînent sur internet, sur lesfabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor forums. Tu vas voir des gens qui sous prétexte de bonne morale et valeurs exceptionnelles vont se permettre des critiques ignobles et de descendre en flamme des gens. Ils ne sont pas mieux que ceux qu’ils sont en train de descendre.

Nicolas : D’accord, je comprends mieux.

Fabien : Il y a un côté dérangeant, mais c’est aussi pour mettre le doigt sur une réalité. Aujourd’hui, si tu veux alpaguer l’attention des gens, il faut un peu choquer. Si tu es trop gentil, trop passif, trop mou dans tes paroles, les gens s’en foutent et ne t’écoutent pas. Hélas.

Nicolas, pourquoi écris-tu des livres ?

Nicolas : Mon vrai but dans la vie, le vrai métier que je veux faire, c’est raconter des histoires. J’en raconte à la télévision dans mes reportages, mais je le concrétise encore plus en écrivant des livres. S’il y a un truc qui restera éternel de la « naissance de l’humanité » jusqu’à sa fin, c’est de raconter des histoires. Ça ne mourra jamais, car cela fait partie de l’homme. Raconter une histoire, c’est offrir un peu d’immortalité. Une histoire, elle est là quoi qu’il arrive. Elle est née avec toi et elle continuera à vivre éternellement.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, pourquoi as-tu créé Livresque du noir

Fabien : En tant que lecteur et passionné de littérature policière, j’avais envie d’en savoir un peu plus sur le derrière du rideau, l’envers du décor. Savoir comment on peut avoir envie d’écrire une histoire, qu’est ce qui nous amène à développer telle ou telle intrigue. Les questions que l’on peut voir dans les sites et blogs de littérature policière sont souvent les mêmes. J’avais envie de plus. L’autre constat, c’était que l’on voit toujours les mêmes auteurs. En France, il y a une multitude d’auteurs qui ne sont pas connus et dont on ne parle jamais, un réservoir de pur talent. Pour moi, c’était logique de faire quelque chose pour mettre en avant ces auteurs-là. Je les intègre dans un lieu où il y a d’autres auteurs beaucoup plus réputés qui amènent de la visite sur le site.

Nicolas : Fabien, il fait un truc pervers. Il nous demande de faire notre propre présentation. C’est super dur. Comme on ne veut pas écrire des trucs banals, on écrit finalement une nouvelle sur nous-mêmes. Il nous met au défi d’écrire un texte sur nous qui soit un bon moment de lecture.

Fabien : La façon dont écrit son texte un auteur est révélateur et va donner envie ou non d’aller vers son œuvre.  Il faut que ce soit percutant et original. Ça doit révéler un style.

Nicolas : En plus, il y a un regard bienveillant de Fabien sur ses auteurs et un véritable amour de la thématique qu’il a choisi. Les nouveaux auteurs qui arrivent comprennent vite qu’il sait de quoi il parle. Il se trouve donc sur un terrain ami et accueillant. Il nous apporte le meilleur.

Nicolas, tu travailles sur quoi en ce moment ?

Nicolas : Sur un nouveau thriller qui sortira chez Michel Lafon et qui va encore nous emmener sur une quête existentielle, une grande question que l’on se pose depuis toujours et que l’on se posera encore longtemps. Les personnages dans ce livre vont, peut-être, trouver la réponse.

Quelle est cette fameuse question ?

Nicolas : Je ne réponds pas à cette question pour le moment. Je suis désolé.

Mince, pas de scoop pour Mandor !

Nicolas : Je peux juste te donner le titre de travail : Patient 488. Et la thématique tournera autour de l’âme humaine… son origine, son existence, sa destinée, mais toujours avec une approche scientifique.

Et toi Fabien ?

Fabien : Il y a un texte qui est dans les tiroirs depuis deux trois ans et qui est en statu quo. Avec un peu plus de temps et de motivation, peut-être que je le sortirai.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

De gauche à droite: Fabien Hérisson, Tony Montana, Mandor et Nicolas Sker.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Dernière précision :

Un bon nombre des « auteurs du noir face à la différence » seront présents ce week-end au Salon du Livre de Provins (que j’ai l’honneur d’animer).

Pour en savoir plus, c’est ici.