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09 juillet 2019

Eric Genetet : interview pour Un bonheur sans pitié

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Le 5e roman d’Éric Genetet est impressionnant. Dans Un bonheur sans pitié, il évoque un sujet difficile avec tact et force, ce qui n’est pas incompatible. On rentre dans le processus vertigineux de la manipulation mentale au sein d’un couple. Evidemment les lecteurs n’en sortent pas indemnes… et peuvent éventuellement réfléchir sur leurs propres comportements.

Le 16 mai dernier, j’ai mandorisé une troisième fois (la première ici, la deuxième ) cet écrivain qui, lentement mais sûrement, construit une belle œuvre.

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandor4e de couverture :

« Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne le quitte pas, je l’ignore moi-même. »
Après quelques mois d’une passion enivrante et sans nuage, Marina sait qu’elle a enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais un jour, le masque se fissure et il révèle son vrai visage. Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.
Un bonheur sans pitié est le récit d’un amour insensé, incompréhensible et fatal. Avec justesse et sensibilité, Éric Genetet raconte, sans jamais la juger, l’histoire d’un couple régi par une violence physique et morale qui engloutit leur existence et transforme leur union en prison.

L’auteur :

Né en 1967, Éric Genetet vit entre Strasbourg et Paris. Il est l’auteur de Solo, Le Fiancé de la lune, Et n’attendre personne et Tomber (prix Folire et prix de la Ville de Belfort 2016).

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandorInterview :

L’histoire que tu racontes est arrivée à une amie à toi, c’est ça ?

Je me suis inspiré de cette histoire qu’elle m’a racontée il y a 6 ans. J’ai vite compris que bien d’autres femmes avaient vécu des évènements similaires. Elles sont les proies d’hommes qui ne cherchent que leurs bons plaisirs. Pour cela, ils sont prêts à tout, y compris à détruire la personne avec laquelle ils vivent.

Pour dresser une personnalité à ton personnage masculin, Torsten, as-tu puisé un peu en toi ?

Peut-être que dans ma vie j’ai été considéré comme un agresseur. Evidemment, je n’ai pas été jusqu’où Torsten a été lui-même, mais je suis allé chercher des choses en moi que je n’avais pas compris au moment où je les vivais. J’ai mis des morceaux de ma vie et des comportements de gens avec qui j’ai vécu. Dans chaque couple, il y a de la manipulation, même si c’est de la manipulation douce. Je ne suis ni un pervers narcissique, ni un sociopathe, mais il m’est arrivé de ne pas avoir eu de bons comportements. En partant de ça, mais en allant beaucoup plus loin, j’ai construit les personnages de Torsten et de Marina.

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Dans le livre, tu as donné la parole aux deux. Tu t’es glissé dans la peau de la victime et dans celle du bourreau. Cela donne deux visions sur une même histoire.

Quand un couple se sépare, les deux protagonistes ne savent pas toujours pourquoi. En tout cas, il y a toujours un monstre, mais ce n’est jamais le même… et surtout, c’est toujours l’autre. Même si Torsten a un problème pathologique, je voulais qu’il puisse prendre la parole pour qu’il aille au bout de son histoire.

Tu n’utilises jamais le mot pervers narcissique.

Je ne veux pas être dans le jugement. Et puis, comme c’est une pathologie et que je ne suis pas médecin, je préfère m’abstenir. Mais pour être honnête, il s’agit bien de cela.

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Lui-même n’avoue jamais qu’il est manipulateur ou pervers narcissique.

C’est le cas de toutes les personnes qui le sont. Torsten pense qu’il a raison et qu’il est dans son bon droit. Parfois même, il se victimise. Il est dans son propre système de pensée et il ne peut pas en sortir. C’est une maladie.

Marina, elle, est dans le déni total très longtemps.

Elle refuse l’idée qu’elle est avec un tyran. S’il elle avoue qu’elle est dans cette situation de victime, elle s’écroule complètement. Elle pense que ça va finir par s’arranger car elle s’accroche aux six premiers mois qui ont été merveilleux. C’est comme une drogue pour elle. Elle est prête à tout pour retrouver ce bonheur qu’elle a vécu avec lui. Elle est même prête à le sauver lui, alors qu’elle se sacrifie déjà à tous les points de vue.

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La violence est plus morale que physique.

Dans tous les témoignages que j’ai pu recueillir, il y avait plus d’emprises psychologiques que de violences physiques, même s’il y en a aussi toujours un petit peu.

Est-ce que dans tous les couples, il y a de la manipulation ?

Je ne sais pas si c’est de la manipulation, en tout cas, elle n’est pas comparable avec celle que je décris dans le livre. Je pense que pour plaire à l’autre, on est prêt à se mentir à soi-même. C’est déjà une première manipulation.

Tu ne juges personne dans ce livre.

Ce serait mal venu de ma part de juger mes personnages. Je suis très factuel. Je pose et décris les choses pour que le lecteur se débrouille avec ça.

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Pendant l'interview...

Tu racontes cette histoire avec une vraie sensibilité.

Ça me fait plaisir d’entendre ça. J’ai peut-être développé cette sensibilité avec le temps.

C’est un livre sur la violence dans le couple.

Oui, à tel point que je voulais intituler ce livre « Une femme en grand danger ». Il est clair que Marina est en grand danger. Ce livre donne peut-être des clefs pour que les femmes qui vivent la même chose s’en sortent.

Ce livre a trouvé ses lecteurs. Tu es surpris ?

Quand j’écris, je ne me pose aucune question sur le fait de savoir si ça va intéresser des gens. J’écris un sujet parce que j’ai envie de l’écrire, point barre. Je ne suis pas un faiseur de livres, je trace mon sillon littéraire. Quand j’écris, je me sens en harmonie avec le monde. Dans ma jeunesse, l’écriture était tellement loin de moi, aujourd’hui elle est devenue le centre de ma vie. Je suis très fier de cela.

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Après l'interview, le 16 mai dernier.

13 janvier 2013

Eric Genetet : interview pour Et n'attendre personne

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(Photo : Sandrine Roudeix)

Éric Genetet et moi, nous nous connaissons depuis des lustres. Nous sommes amis de jeunesse. Je l’ai déjà expliqué ici (avec en bonus quelques archives concernant notre vie d’animateurs radio). Il est toujours délicat d’interviewer un pote pour parler de son actu. Exercice de style que je n’aime pas, parce que l’amitié ne doit pas parasiter son objectivité. C’est compliqué et je ne suis pas sûr d’y parvenir. J’ai aimé le troisième roman d’Éric, Et n’attendre personne, parce que le sujet m’intéresse, qu’il est bien écrit, mais aussi parce que je le reconnais dans certains aspects du héros qu’il fait vivre dans cette histoire. Bref, Eric est venu me voir à l'agence le 2  janvier dernier. Vous allez lire une interview/conversation comme deux vieux potes se parlent.

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eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorL’histoire :

Strasbourg. Alberto et Isabella forment un couple harmonieux. Le soir de son vingtième anniversaire, leur fils unique leur annonce qu'il part s'installer à New York. Même s'il n'en laisse rien paraître, cette nouvelle met Alberto KO. À l'inverse, Isabella profite de cet envol pour saisir une opportunité professionnelle à Bruxelles et savourer le plaisir d'être à nouveau égoïste... Resté seul en Alsace, Alberto mène une existence terne. Lassé par son métier de photographe de presse, irrité par la médiocrité de son supérieur hiérarchique, il finit par se faire licencier. Toujours amoureux de sa femme, Alberto est déterminé à la reconquérir, mais ses tentatives de séduction ne sont pas concluantes. Sa situation ne s'arrange guère lorsque sa mère lui révèle un terrible secret de famille...
Avec une écriture sobre et élégante, Éric Genetet dépeint finement la crise du couple et de la quarantaine. Il entraîne peu à peu le lecteur vers un dénouement insoupçonné.

L'auteur :

Né à Rueil-Malmaison en 1967, Éric Genetet vit depuis trente ans à Strasbourg où il exerce la profession de journaliste (radio, télévision, presse écrite). Il a publié en 2008 chez Eho, Le Fiancé de la lune. Et n'attendre personne est son troisième roman.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorInterview :

Qu’est-ce que ce nouveau roman représente pour toi ?

Il représente quatre ans de ma vie. Je l’ai commencé pendant une période très compliquée comprenant rupture et nouvelle histoire, tant sentimentalement que professionnellement. J’étais en période de mutation totale et ce livre a traversé ces quatre années en étant l’objectif principal de ma vie. Comme je ne suis pas écrivain à plein temps et que j’avais beaucoup d’autres choses à faire, j’avais du mal à être dessus en permanence. Ma vie et quelques évènements annexes ont décidé que ce livre mettrait longtemps à sortir.

Pourquoi ce livre est-il si important ?

Il participe à l’acte décrire et l’acte de devenir écrivain.

Lors de ta précédente et première mandorisation qui date de 2008, tu me disais que tu ne te sentirais écrivain qu’à la fin de ta vie.

(Sourire) C’est mon troisième livre, peut-être vais-je monter en grade. Je sais aujourd’hui que je vais consacrer ma vie à l’écriture. Il y a un désir profond en moi et il n’y a que ce désir-là qui compte. Après, ça marchera, ça ne marchera pas… je m’en fous. Mais, si ça marche, c’est l’assurance d’en faire d’autres.

Non, tu ne t’en fous pas, en fait.

Je t’assure que je ne recherche pas de reconnaissance particulière. L’idéal pour moi serait qu’on me donne juste les moyens de pouvoir écrire le livre suivant. Et puis, dans ma maison d’édition, je connais des gens qui sont passés de l’anonymat au succès.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorTatiana de Rosnay, par exemple.

Oui. Et quand je la vois évoluer, je me dis que j’aimerais bien avoir sa vie.

C’est marrant, j’ai reconnu ton style en lisant ce troisième livre. Tu commences à avoir une patte Genetet.

Mais, tu n’as pas remarqué de changements dans celui-là ?

Si. Il n’y a plus de scènes inutiles. C’est encore plus épuré que dans Le fiancé de la lune… et ton écriture est plus exigeante

Au départ, j’ai écrit 300 000 signes, je crois qu’il n’en reste que 180 000. Et puis surtout, j’ai écrit 17 versions différentes. Quand j’ai signé mon contrat pour ce livre, ce n’était pas tout à fait cette histoire-là. Le début était le même. L’enfant qui s’en va, les parents un peu paumés parce qu’ils ne sont pas préparés au moment où l’enfant quitte le foyer. Le père qui se retrouve seul vivait des choses qui n’avaient rien à voir avec ce que je lui fais vivre dans la version définitive. Héloïse d’Ormesson aimait bien la façon dont j’avais traité l’histoire d’amour dans la difficulté. J’ai donc insisté dans cet angle-là. Que devient un couple quand l’enfant s’en va ? Quelles remises en question en découlent ?

C’est un thème qui correspond bien à l’Éric Genenet que je connais…

Avec ce livre, j’ai l’impression toutefois que j’ai fini un cycle. Pour le quatrième, déjà en cours d’écriture, je passe complètement à autre chose.

Dans Et n’attendre personne, tu évoques aussi la crise de la quarantaine.

J’insiste, la crise de la quarantaine dans le couple.

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Il est sage Alberto, ton héros…

Tu veux dire, par rapport à moi ? Et bien, j’ai fait exprès qu’il soit à l’opposé de moi. Mais arrête de considérer que mes héros de roman sont des Éric Genetet.

Je n’y peux rien, je te connais trop. En plus, tu en fais un journaliste qui habite à Strasbourg, qui ne se laisse pas faire avec sa hiérarchie, qui a le même âge que toi… avoue que ça peut porter à confusion !

Oui, mais je suis auteur de romans. Il y a un peu de celui que je suis devenu, comme il y avait un peu celui que j’étais dans Le fiancé de la lune quand je l’ai écrit. Mais ce n’est pas un copié collé de moi-même, je t’assure. Mes héros ont leur propre personnalité et leur propre vie.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorJe suis un peu lourd, je sais, mais ce livre, est-il un peu un bilan un peu déguisé de ta vie?

Ce n’est pas un bilan, c’est une projection. J’ai un enfant qui a 8 ans et demi, je me suis imaginé l’instant où il va s’en aller pour mener sa propre vie. Je suis allé plus loin, je me suis imaginé dans une vie de couple depuis 20 ans. C’est une vraie projection, un vrai fantasme, même. C’est un truc que j’aurais bien aimé réussir et que je n’ai pas encore réussi. Je me suis dit, dans ce livre, que quand on réussit ça, ce n’est peut-être pas aussi limpide que le tableau le laisse supposer. On a vécu 20 ans avec quelqu’un, on est sûr de l’aimer, il n’y a pas de doute et puis si, il y a quand même des doutes et puis si, il y a quand même des remises en question à faire. Après le virage de l’enfant qui part, est-ce qu’on peut vivre de la même manière qu’avant le virage ? Pour moi, sans dévoiler l’intrigue du livre, ça me parait compliqué. Après une remise en question, tu ne peux pas continuer comme tu as vécu.

Alberto se demande si, je te cite, « l’amour n’est pas simplement un rayon inconsistant qui meurt derrière un gratte-ciel ». Ce n’est pas une vision très optimiste de l’amour… Tiens, je vais encore faire  référence à notre dernière interview qui date d’il y a plus de 4 ans. Tu me disais que, pour toi, l’amour était une vaste fumisterie. Je suis chiant avec mes questions ?

(Rire) Oui, mais ce n’est pas grave. Il n’y a que toi qui peux oser me poser ce genre de question ! J’avais vraiment dit ça ?

Traite-moi de menteur !

J’avais dit « une vaste fumisterie ». Et bien, ça allait fort à l’époque dans ma vie personnelle, je suppose. Bon, en fait, 4 ans plus tard, j’ai très envie de croire que ce n’est pas une fumisterie et que c’est quelque chose de possible dans le long terme, jusqu’à la fin de sa vie, pourquoi pas, si on a trouvé quelqu’un avec qui partager ça. L’amour, ça doit être le socle de sa vie, mais peut-être ne faut-il pas qu’il le soit trop ? On pense souvent à vivre l’amour avant de se construire soi-même. Je crois qu’on peut être seulement en amour quand on s’aime soit même et quand on est complètement construit. Aujourd’hui, je suis peut-être plus en capacité d’aimer qu’il y a 4 ans.

Ton personnage, Alberto, déprime de manière assez sévère. « Il se trouve inadapté au monde, suspendu dans le vide face à l’absurdité de l’existence ».

Entrer en dépression est même constructeur. Là, en l’occurrence, je me suis inspiré d’un moment de ma vie difficile et qui date d’il y a deux ans et demi. Il y a une scène où dans la douche, il a le pommeau dans les mains et il pleure pendant des heures. J’ai vécu cela pour la première fois de ma vie. C’est bien quand ça arrive, parce que c’est bien de toucher le fond. C’est à ce moment-là qu’il faut se poser les bonnes questions pour remonter sans prendre des raccourcis. C’est long. Quand on sort d’une dépression, on sort grandi, plus fort et plus proche de ce qu’on doit être. Je n’ai jamais voulu être dans l’alexithymie (note de Mandor, dixit Wikipédia : désigne les difficultés dans l’expression verbale des émotions communément observées parmi les patients présentant des symptômes psychosomatiques), je pense que, du coup, ça m’a construit. Je suis plus en paix avec moi-même aujourd’hui.

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Ce livre, pendant cette période de dépression, était devenu comme un pote.

Oui, c’est exactement cela. Il était là, il me soutenait, je le soutenais, bref, on se soutenait mutuellement.

Maintenant, ton pote va passer entre d’autres mains.

Je lui en veux un peu de me faire des infidélités. Le salaud ! Sérieusement, je n’écris pas pour que mes histoires restent dans mes placards. J’écris pour en faire d’autres, je l’ai déjà dit, et c’est le passage obligé. Moi, je suis plutôt content qu’il aille voir d’autres gens. J’espère juste que ce livre leur apporte quelque chose, qu’il les touche. Le livre est un objet de partage.

Ça t’a fait du bien de l’écrire?

En fait, ça me fait du bien de faire ce travail-là. Être devant mon ordinateur à n’importe quel moment du jour et de la nuit, dans n’importe quel endroit, et raconter des histoires.

Je trouve que ton héros est cool. Sa femme s’en va vivre sa vie d’animatrice seule en Belgique… il ne dit rien.

Sa femme se sent émancipée. Elle part, mais on ne sait pas si elle a un amant.

Lui s’autopersuade qu’elle en a un.

Il comprend la situation parce qu’il considère qu’au bout de 20 ans c’est normal. Il n’est pas cool, il est tolérant et respectueux de la vie de l’autre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alberto se comporte bien par rapport à la situation et au choix de sa femme. Il y a trop de types qui se comportent mal avec leur femme quand ils soupçonnent qu’il pourrait se passer quelque chose avec un autre homme. Je ne dis pas qu’il faut tromper les gens, mais quand on sent quelque chose, on est déjà un peu responsable soi-même de ce que va faire l’autre. Dans chaque couple, s’il y a rupture, il n’y a jamais qu’un seul coupable. C’est toujours du 50-50.

Cette  affirmation est sujette à caution à mon avis… Autre point important de ton livre, Alberto a été abandonné par son père. Du coup, il lui manque des repères et il semble perdu dans tout ce qui touche à l’affect et à l’amour.

Personne n’ignore que l’on est influencé par que l’on a vu de ses parents. Si on a vu de l’amour, on aura plus de facilité à vivre l’amour et à en donner. Si on n’a rien vu, on aura beaucoup de difficulté à construire une histoire avec quelqu’un. Alberto n’a pas vu grand-chose. Il a vu un père absent, un peu froid, un peu solitaire, qui ne donnait pas grand-chose. Donc, quand il rencontre la femme dont il tombe amoureux, deux cas de figure s’imposent à lui. Soit il reproduit le même schéma de ce qu’il s’est passé dans sa jeunesse, soit il s’y oppose et il s’engouffre dans quelque chose qui le rassure. Lui, quand il rencontre Isabella, femme sûre d’elle et protectrice, il s’engouffre dans cette brèche-là pendant 20 ans. Forcément, quand cette histoire d’amour est remise en question, c’est tout son être qui est remis en question.

Personnellement, toi tu as toujours été dans le doute.

Oui, mais ne l’écris pas sur ton blog, hein.

Promis, tu me connais… Bon, on peut dire que ce livre est assez personnel.

Oui, par rapport aux deux autres qui étaient pas mal autobiographiques, celui-là ne l’est pas. Tu as raison, il est juste personnel. Ma propre vie se mélange avec celle de mon héros, parfois.

Isabella, c’est la femme idéale pour toi ou la femme fantasmée ?

Je sais très bien que la femme idéale n’existe pas. Isabella, limite, elle est trop parfaite. En tout cas, elle laisse libre Alberto et du coup, elle prend elle aussi de la liberté qu’elle n’avait jusque-là pas vraiment utilisée. D’un seul coup, elle décide de tout mettre sur la table, c’est comme au poker. En face, il a un beau jeu, mais il n’ose pas contre-attaquer tout de suite.

La vie n’est finalement qu’une partie de poker.

(Rire) Qui a dit ça ? Patrick Bruel ?

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorSinon,  j’ai beaucoup aimé ton marque-page à l’effigie de ton livre (en rigolant).

(Sérieusement)  Parlons de ce marque-page. Tu sais quand j’étais môme j’adorais le football et surtout l’équipe de France. Pour moi, le marque-page, c’est le survêtement, c’est le maillot, c’est l’équipement. Le marque-page, c’est mon maillot de l’équipe de France.

Tu écris actuellement un 4e roman sur un sujet qui te touche beaucoup et très important pour toi. Ton ancienne dyslexie.

Mon ancienne dyslexie qui a marqué toute ma vie, à un point que je n’imaginais même pas.

C’est bien que tu écrives un livre sur elle. Tu m’en parles depuis si longtemps.

J’ai déjà écrit 70 000 signes et j’ai trouvé le titre.

Qui est ?

Je ne te le dis qu’à toi. C’est…

(Non, je ne le répète pas ici… quand même…)

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Et pour les habitants de Strasbourg et de ses environs... c'est samedi prochain.

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