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15 juillet 2014

Eric Briones : interview pour La génération Y et le luxe

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Éric Briones, alias "Darkplanneur", est actuellement le Directeur du Planning Stratégique de l’agence Publicis EtNous (élue Agence de communication Luxe de l’année 2013) et le curateur des événements « Rencontre du Luxe » de M Publicité (régie publicitaire du journal Le Monde). Il est également connu sur la toile, pour être le créateur du blog Darkplanneur (blog référant dans le domaine des tendances et du planning stratégique, depuis 2005). Professeur en communication (chez MBA MCI et Moda Domani Institute), après avoir écrit un ouvrage intitulé Buzz Marketing en 2002, il continue à témoigner de son intérêt pour les thèmes propres à la génération Y, en tenant régulièrement une chronique média, Media Reboot sur Melty, le média référent sur la génération à laquelle il consacre aujourd’hui ce livre.

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Je vais répéter ce queeric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casper j’expliquais déjà dans ma première mandorisation du monsieur (pour son émission Le cabinet des curiosités) : « Éric Briones est un garçon dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons depuis des années à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). »

Bref, je crois pouvoir dire que nous nous aimons bien et que le respect l’un pour l’autre est là.

Le 17 juin dernier, Éric Briones est venu à l’agence me parler de son nouveau livre, La génération Y et le luxe, coécrit avec Grégory Casper (conception-rédaction de 8 ans dans les grandes agences parisiennes (missions pour LVMH, PPR, Renault, Lancôme, Henessy, etc.), chroniqueur sur Influencia et intervenant à l'ISCOM Paris).

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperNote de l’éditeur :

« 83 % des 18-30 ans ne trouvent pas choquant d’acheter un produit de luxe en période de crise » selon une étude Meltygroup de 2013.
Déjouant tous les a priori, la génération Y aime et achète du luxe. Mais en retour, elle exige que le luxe se transforme et s’adapte à elle.
Compulsifs et économes, fans et rebelles, classiques, mais aussi modernes, ces nouveaux consommateurs sont cruciaux dans l’avenir des secteurs du luxe, de la mode et de la beauté.
Mais comment les comprendre, les conquérir, les fidéliser ?
Répondre à cette question est tout le projet de ce livre qui s’adresse aux professionnels du luxe, de la mode, de la beauté et aux étudiants.
Chacun y trouvera :

-Un cahier de tendances illustré par de nombreuses études de cas ;
-22 outils stratégiques dédiés ;
-Des résultats d’études exclusives ;
-Une synthèse de 100 interviews.

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperInterview :

Ce livre est le fruit de combien d’années de travail ?

Trois ans… avec le sens du collectif. Pour être vraiment connecté, au-delà des études, je me suis doté d’un groupe de vingt Y (Note de Mandor : un Y est un jeune entre 18 et 35 ans). Ce groupe Y a été un gueuloir. Flaubert avait une salle où il gueulait ses phrases et si elles sonnaient juste, il les écrivait. Avec Grégory, nous gueulions nos concepts auprès de ses 20 Y. Si c’était bien, parfait, si c’était nul, ils nous les renvoyaient dans la gueule. Il y a dans ce livre, un sens aigu d’échanges et de participations. À tel point que la troisième partie est un cahier de tendances et que chaque tendance est introduite par un texte signé par les Y. Ce n’est pas un élément marketing, c’était la condition sine qua non pour que l’on soit juste.

Comment est composé ce livre ?

Il y a une première partie qui est une « enquête sociétale ». J’ai mené énormément d’interviews. Il en résulte qu’à chaque fois, les Y ne se retrouvent pas dans les portraits médiatiques que l’on fait d’eux. Ils ne sont pas d’accord avec l’idée qu’ils sont victimes de la crise. Ils ne sont victimes de rien et sont acteurs de tout. Il y a une méfiance de cette génération dès qu’on parle d’elle. Si la génération Y est caricaturée, nous, on la décarécaturise. Les jeunes de cette génération sont des rebelles. Des rebelles avec une cause. Ils rentrent dans le système pour essayer de le détourner à leur propre effet. Il y a un tel désir d’action chez eux qu’ils n’ont aucun problème à créer leur entreprise dans l’univers luxe, mode et beauté. Ils n’attendent plus de travailler chez l’Oréal pour qu’on leur donne tranquillement la place qu’ils méritent, ils vont directement au combat en osant créer leur start-up.  Leur désir d’action est remarquable.

Dans ce livre, j’ai l’impression que tu brosses dans le sens du poil cette génération.

Parce que je les aime. Les concernant, je suis dans un positivisme pratiquement béat et total. Dans la dernière partie du livre, je leur demande presque de prendre le pouvoir dans les maisons de luxe.

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Eric Briones au côté notamment d'Alexandre Malsh et de Grégory Casper lors d'une conférence le 23 avril 2014 au Palais de Tokyo pour présenter le livre. 

Un garçon comme Alexandre Malsh (qui offre une page sur Melty.fr à ce livre), entrepreneur français cofondateur et directeur général du groupe média MeltyNetwork, est représentatif de cette génération.

Il y a 4 ans, il n’était pas grand-chose, aujourd’hui, il est à la tête d’un empire et devient l’égal de certains puissants économiques. Il ne se la raconte pas. C’est fondamental  pour  la génération Y. Maintenant, est-ce de l’humilité ou la peur d’un bashing ? Cette génération à la crainte du bashing intégré en eux et ils développent des anticorps qui sont extrêmement intéressants.

Revenons aux interviews, il y en a beaucoup dans ce livre ?

Énormément. Des Y, des pas Y, Jacques Séguéla aussi et plein d’autres. Les interviews  m’ont plus appris que n’importe quelle étude sur la question. Cette génération nous dit : « vous nous caricaturez !». En même temps, elle ne fait rien pour qu’on ne la caricature pas. Ce concept d’invisibilité est subit, mais construit.

Darketing S05E06- "La génération Y et le luxe" avec Eric Briones et Grégory Casper.

Avec Grégory Casper, vous vouliez démontrer quoi en faisant ce livre ?

Nous voulions lever et casser les a priori et les caricatures liés à cette génération. On a démontré que les Y adoraient le luxe.

80 % des Y interrogés pensent qu’il n’est pas choquant d’acheter du luxe, même en période de crise.

Ils n’ont absolument pas ce bon vieux réflexe judéo-chrétien qui honnirait le luxe. Il y a un rapport fusionnel entre le luxe et cette génération. Le luxe ne s’achète pas à crédit. C’est la médaille de cette génération.

La génération Y a une très grande culture générale par rapport à la mode et au luxe.

Autant ils aiment les objets de luxe, autant le mot luxe est devenu un mot marketing qui a perdu de son sens, qui a été détruit par tout ce qu’on a vu dans les années 2000, le luxe bon marché alias la masstige (Note de Mandor : né de la contraction de "mass market" et "prestige", le mot "masstige" désigne une association commerciale entre une enseigne de grande distribution et un nom prestigieux. Appliqué à la mode, ce concept évoque la collaboration d’un créateur avec une marque de prêt-à-porter de grande diffusion.) C’est une véritable arnaque. On a vendu des choses qui n’étaient pas luxe au prix du luxe. Aujourd’hui, cette génération demande au luxe de justifier son prix. On n’est plus dans le mystère. La génération Y remet presque en cause le fait que le luxe doit être cher. Ça met à mal les maisons de luxe.

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Eric Briones avec la pornstar Anna Polina.

Tu fais chier le monde du luxe avec ce livre ?

Je ne sais pas si je fais chier le monde du luxe, mais en tout cas, les maisons en redemandent. J’en suis à la deuxième conférence dans un grand groupe. J’en déduis qu’il y a une énorme prise de conscience de leur part. En fait, derrière tout ça, la génération Y aime le luxe, mais ils veulent un nouveau luxe. Un luxe qui a une vision beaucoup plus saine de son prix, un prix moins cher, et une dimension de développement durable qui est fondamentale. Les jeunes d’aujourd’hui veulent associer l’acte d’achat luxe avec quelque chose de très concret : connecter l’achat à un mini projet. C’est un luxe qui devient généreux et qui pourrait éventuellement changer le monde.

La génération Y ne croit absolument pas aux politiques pour changer le monde.

Pour changer le monde, on enlève les politiques de sa vie et on mise sur la carte bleue. C’est effrayant. Du coup les marques doivent sortir du bois, ne plus se planquer et se mettre devant.

C’est donc du marketing.

Le marketing, c’est du bon sens. On va dire que c’est une nouvelle générosité.

Il y a une vidéo inspirée de tes conclusions et tes recherches pour ce livre.

C’est une vidéo collaborative à laquelle j’ai participé. J’ai bien compris que dans la promotion d’un livre comme celui que l’on sort, le marketing est un ghetto. C’est très difficile d’en sortir. Un bouquin marketing est difficile à placer dans les médias, donc, il faut trouver d’autres solutions pour qu’en en parle.

YDOLL, portrait d'une femme Y.

Doll, une jeune artiste, présente ses oeuvres à l’occasion de sa première exposition. Face caméra, des membres de son entourage dressent tour à tour son portrait : la meilleure amie (Kenza Sadoun El Glaoui), le boss (Oxmo Puccino), le psy (Ariel Wizman), le boyfriend (Aurélien Wiik), le pygmalion (Fabrice Brovelli) et le frère (Andrea Picci). Sur ce format de plus de cinq minutes en noir & blanc écrit par Stéphanie Edwards, l'ego prédomine. Seule cette jeune femme permet à son entourage d'exister.

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperPour ce film, tu as travaillé notamment avec ta muse, Anaïs Duquesne, qui est la jeune femme que l’on voit sur la couverture du livre.

J’ai eu l’idée de psychanalyser une jeune femme de sa génération, sans tomber dans des stéréotypes classiques. Je n’ai pas écrit le scénario, j’ai juste placé des éléments. Par contre, j’ai travaillé énormément sur le casting. Il y a beaucoup d’amis de Darkplanneur : Ariel Wisman, dans le rôle du psy qui incarne complètement les autres générations qui ne comprennent rien aux Y. Oxmo Puccino joue aussi un contre rôle. Celui d’un patron un peu con qui ne comprend pas grand-chose non plus. Ceeric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casper que j’aime dans ce court-métrage drôle et sarcastique, c’est qu’il est ouvert. Il n’est ni putassier, ni marketing. Concrètement, ce n’est pas viral. 

Quelle sera  la prochaine étape ?

Une bande dessinée. Je veux faire comprendre cette génération par un bouquin marketing, un film, une bande dessinée… finalement par tous les moyens artistiques.

Comment se passe l’accueil du bouquin ?

De manière excellente. Je m’attendais à recevoir des critiques négatives, alors qu’il y  réellement un accueil bienveillant.

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Après l'interview, le 17 juin 2014, dans la cour de l'agence.

15 janvier 2012

L'intervieweur interviewé (1): Eric Briones pour son "Cabinet des curiosités"

Eric Brione by Laure Bernard.jpg

(Photo: Laure Bernard)

eric briones.jpgQui est Darkplanneur ? (source: entrevue.fr )

Publicitaire le jour, prescripteur de tendances la nuit sur son blog darkplanneur.com, Eric Darkplanneur Briones, est aussi à l'origine de l'émission web à succès, "le Cabinet des curiosités", laboratoire à idées libres.

Tel un psychanalyste, Eric Darkplanneur Briones, blogueur incontournable décrypte pour vous le côté obscur et la face cachée des célébrités.

Ont déjà livré une partie de leur intimité : Matthieu Chédid, Ariel Wizman, NTM, Marc Dorcel, Philippe Katerine, Pierre Bergé, Arielle Dombasle, Olivia Ruiz, Patricia Kaas, Jean Charles de Castelbajac, Rachid Taha, Oxmo Puccino, Snoop Dogg, François Hollande... (je ne vais pas faire le lien sur chaque nom, mais tous sont visibles ici!)

C'est plus de 40 émissions, vues plus de 4 millions de fois...

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Un type dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons régulièrement à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs et les interviews de l’un et de l’autre. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). Bref, l’émission « Le cabinet des curiosités » qu’il présente avec style fait beaucoup parler d’elle. Je me suis dit qu’une mandorisation officielle serait intéressante. Une nouvelle conversation, mais publique, en somme…

Le 3 janvier dernier, j’ai donné rendez-vous à Éric Briones à l’agence pour laquelle je travaille. Je lui ai demandé de s’allonger et je me suis mis à sa place (avec ma façon à moi d’interviewer… une école différente de la sienne).

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DSC02953.JPGLes interviews, c’est un vieux fantasme  pour toi?

L’interview n’a pas été une idée naturelle chez moi. L’idée était de créer des concepts, des programmes vidéo d’abord pour internet. Très vite, je me suis rendu compte que pour faire de la fiction, il fallait beaucoup de moyens. Et pour faire des interviews, il fallait beaucoup d’huile de coude, d’énergie, mais zéro euro. Dans le même temps, j’ai compris qu’on pouvait faire de bonnes interviews, à condition de les bosser. C’est venu dans une logique économique. C’est curieux, parce que dans mon autre boulot, poser des questions n’est pas une de mes forces ou même une de mes envies. C’est donc pour moi une révélation.

C’est quoi ton autre boulot ?

Je suis publicitaire.

Il y a un lieu entre ton activité de publicitaire et celui d’intervieweur ?

Oui, je le pense. J’ai un métier très particulier dans la publicité, un métier rare, on est à peine 300 en France… je suis planneur stratégique. Pour faire court, je suis chasseur de tendances. Donc, il faut être à l’écoute, créatif et dans le rebond permanent. Il y a aussi cette recherche conceptuelle que j’ai en moi qui fait que je ne peux pas faire une interview comme les autres. Il faut que je trouve un concept novateur dans tout ce que j’entreprends.

J’ai assisté à la naissance de tes « cabinets de curiosités ». Mais avant qu’ils soient ce qu’ils sont devenus, tu plaçais tes invités sur des chiottes, d’où le nom...

Ah oui, tu t’en souviens ? J’ai commencé avec l’ami Vinvin et ensuite, je suis revenu à une formule plus raffinée esthétiquement. Avec toi, on a fait le numéro zéro de ce qu’est devenu ce cabinet. C’était dans un club SM et notre invité était Coralie Trinh Thi, ex-star du X pour son bouquin, La voix humide. La seule femme de moins de 35 ans qui réussit à écrire ses mémoires en 900 pages. C’était une interview porn, underground et assez improbable.

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Coralie Trinh Thi et Eric Briones, pour "Le cabinet des curiosités", le 21 décembre 2007. A la Cantada II.

(A voir là, si le coeur vous en dit.)

Après ce numéro, nous n’avons pas continué ensemble, c’était de toute façon un one shot pour moi. Et l'ensemble correspondait plus à ton style qu'au mien. Ce "cabinet" m'a permis de comprendre qu'il ne fallait pas que je sorte de mon territoire personnel. Cela étant, j’ai adoré cette expérience. Quand je vois ce qu’est devenu « Le cabinet des curiosités », je suis impressionné. C’est devenu une émission que l’on pourrait voir à la télévision.

Tu sais, le web n’est qu’un moyen et pas une passion. Mon objectif est d’être ailleurs. Le web est souvent assimilé à un « face et écran », sans belle lumière, une qualité d’image pourrie… ça ne m’a jamais attiré, ce n’est pas dans mes valeurs. Moi, je travaille dans l’univers du luxe, obligatoirement, ça transpire dans ce que je souhaite faire. Je vais te dire franchement, je suis encore loin d’atteindre ce que j’ai dans la tête, même si je considère que ça progresse peu à peu. Pour moi, l’interview est un acte de création.

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Toi, tu fais beaucoup de montage.

Quand on dit que « monter, c’est truquer », je ne suis pas d’accord. Au contraire, ne pas monter serait léser celui qui regarde l’émission.

Tu es plus de l’école Ardisson que de l’école Ruquier, alors !

Totalement, je suis clairement un enfant d’Ardisson. D’ailleurs, ça fait partie d’un de mes fantasmes d’intervieweur d’avoir Ardisson.

Thomas Clément, l’autre "intervieweur star" du web l’a "cuisiné" avant toi !

Oui, il y a emmené son angle impertinent. On adhère ou on n’adhère pas, mais du coup, il s’est passé quelque chose dans cette interview. Bon, le bémol, c’est que je pense qu’Ardisson se méfiera désormais des interviews sur Internet.

L’angle de Thomas Clément, c’est un peu la provocation… et toi, quel est le tien?

Mon angle, c’est de considérer l’interview d’une célébrité, d’un artiste, d’un people, comme un objet culturel et traiter avec les mêmes égards un chanteur pop et un grand écrivain. Arriver à tailler une curiosité, avec l’obsession que l’on voit l’invité sous un nouveau jour, de préférence inattendu. Si je n’arrive pas à ça, l’interview n’est pas réussie.

Quand tu reçois François Hollande, le point de vue culturel, il est où ?

Il est plus sur le domaine esthétique et dans l’expérience graphique de la chose. Ce jour-là, on avait un performer nu en bas, dans les toilettes. François Hollande a joué de façon très libre avec ce performer. Là, c’est dans l’interaction entre Hollande, le performer et la mise en scène qu’on a instaurés. Et puis, on a mis le discours d’Hollande sur de la musique electro.

Je me souviens qu’après l’émission, tu m’as dit au téléphone que tu avais un peu raté l’émission.

Après, j’ai muri ma réflexion. C’était un « cabinet » très long. On a enregistré 1 heure 20. J’avais énormément travaillé. Interviewer un politique, c’est complexe. Et finalement, avec le recul, je ne suis pas déçu. Cet homme m’a impressionné par son sens de la cohérence. Dans un monde mouvant, lui ne change pas dans ses objectifs et dans son attitude. J’ai aimé qu’il joue le jeu aussi bien.

À partir du « cabinet des curiosités » de Raphael, je t’ai vu partout.

Ca a commencé réellement avec Patricia Kaas. Elle nous a fait rentrer dans une dimension mainstream (grand public). Au début des "Cabinets", il y a 4 ans, on était dans l’underground, par goût, mais aussi par nécessité. Mais, c’est vrai que c’est grâce à Raphael que ça a explosé. Il a sorti deux trois phrases qui ont fait le buzz. Le succès on le mesure en termes d’audience, certes, mais aussi en termes de reprises. L’ubiquité sur internet, c’est fondamental ! Il faut être sur un maximum de plates formes.

Depuis, ce mois-ci, toi et ton « cabinet des curiosités »,  avez désormais deux pages dans Entrevue.

Oui, et c’est complémentaire. Ce mois-ci, ils ont pris 90% du contenu que nous n’avions pas édité du "cabinet" de Stéphane Guillon. Ensemble, on taille une heure d’émission pour la version écrite. Le cabinet devient vraiment multi-média.

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Tu n’as jamais caché que tu faisais les « cabinets » pour accéder à la télévision un jour.

Je l’assume effectivement parfaitement et je l’ai toujours expliqué.

Tu travailles depuis janvier, désormais avec une boite de production, They Produce.

Pendant près de 40 émissions, j’ai tout fait tout seul. Maintenant, on a des réalisateurs, une monteuse, on m’aide à préparer les questions, bref, c’est une machine qui se met en place avec pour ambition claire de vendre cette émission à la télévision, en repensant le format. Il faut être patient. Nous le sommes.

As-tu l’impression que ton « cabinet » devient un passage obligé des artistes ?

C’est beaucoup plus facile qu’au début, en tout cas. Pour faire le "cabinet", il faut avoir une certaine personnalité, une dimension un peu poil à gratter et corrosive.

Tes invités se retrouvent un peu face à eux-mêmes… ont-ils quelques craintes par rapport à cela ?

Non, pas vraiment. Beaucoup viennent là parce que leur attachée de presse leur à conseillé et ne connaissent pas l’émission. Certains bossent en amont, je les rencontre, on en discute, d’autres découvrent en arrivant. Je me demande si ce cas de figure n’est pas meilleur.

Te sens-tu plus un journaliste contrarié ou un psy contrarié ?

Je suis moi-même. Je ne me sens pas une seconde psy, mais la plupart des artistes me disent quand même que ce sont des interviews originales. Le plus beau compliment que l’on m’a fait me vient d’Ariel Wizman. Il m’a dit que quand il voulait avoir la pêche, il regardait le « cabinet des curiosités » qui lui a été consacré.

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Récemment, tu as reçu Anna Polina. Quand elle te parle de double pénétration par exemple, ça t’amuse ?

J’ai compris grâce a un homme de radio, François Angelier de France Culture (l’émission « Mauvais genre ») que j’ai interviewé qu’on peut tout dire, sans que cela devienne vulgaire. En analysant son discours, j’ai remarqué qu’il prononçait des mots les plus tabous qui soient, zoophilie, pédophilie par exemple dans sa bouche, ça ne sonnait pas vicieux. Pourquoi ? Parce qu’il les proclamait avec une espèce de gourmandise assumée. La provocation, je l’aime dans les mots. Ce qui me plait chez Anna Polina, c’est sa pensée et sa vision du sexe, c’est très intéressant.

Tu as reçu récemment Guy Bedos et Stéphane Guillon. Avec eux, j’imagine qu’il ne faut pas faire le malin, ne pas être plus provoc que provoc.

J’ai eu le père et le fils dans la même semaine. Bedos, ce n’était pas facile, mais j’ai adoré l’humour pur de cet homme, son autodérision et son comique de situation. Il a un côté Woody Allen. Quant à Guillon, c’était une magnifique expérience.

As-tu peur de décevoir tes invités ?

Oui, bien sûr. Je ne sais pas si toi tu arrives à avoir du recul, mais moi, ce qui me frustre terriblement, c’est l’après. Je suis dans le doute total pour savoir si c’est bien ou pas. J’aimerai avoir la réaction immédiate de ceux qui vont voir le « cabinet » que je viens d’enregistrer.

Pour ma part, je cherche l’angle original dans laquelle m’engouffrer… et toi ?

Moi, pas vraiment. Tu es beaucoup dans l’improvisation, moi, je fais un gros travail en amont.

Eh, dit ! (Faussement vexé). Je travaille beaucoup, c’est ce qui me permet d’improviser d’ailleurs.

Oui, je me suis mal exprimé. J’ai une cinquantaine de questions. C’est ma base d’improvisation. Il y a une théâtralisation et une mise en musique des questions, mais ça laisse la place à l’improvisation. Pour improviser, il faut énormément travailler, je le sais bien.

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Aujourd’hui, te trouves-tu bon intervieweur ?

C’est ma mise en scène du « cabinet » qui doit être optimisé. Mais, il manque encore quelque chose, une mise en image à trouver. Il faut que j’arrive à être plus égal avec mes invités, être toujours au même niveau selon qui je reçois. C’est très difficile.

Quel est ton tiercé des « cabinets » que tu as préféré faire ?

Tous mes cabinets avec Oxmo Puccino. J’aime quand avec l’invité, il y a un lien qui se crée. Qu’il revienne hors promotion et qu’au final, il devienne un pote.

Moi, en 27 ans d’interviews, je compte sur les doigts d’une main ceux avec qui c’est arrivé…

Je sais, c’est rarissime. J’ai de la chance.

As-tu remarqué que les artistes ou les hommes politiques aiment sortir de leur carcan, des interviews habituelles ?

J’ai l’impression, en effet, que ça leur fait du bien.

D’autres « cabinets » préférés ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire celui avec Philippe Katerine. J’ai joué avec ma folie intérieure. J’avais un boulot pourri à faire ensuite… qui allait me prendre tout le week-end en plus. Je me suis donc lâché comme un malade. C’est rare, tu sais, c’est mon côté protestant.

Tu ne te lâches donc jamais. Toujours en totale maîtrise ?

Quand tu es dans ce format là, tu ne peux pas te lâcher. Lâcher voudrait dire, faire passer son ego avant l’écoute.

Tu aimes la notoriété, as-tu analysé pourquoi ?

Elle est indispensable. C’est la notoriété qui est le moteur pour créer. Comme mon ambition est médiatique et plus particulièrement télévisuelle, aujourd’hui les décideurs pensent en fonction de ça. La notoriété est une forme de matérialisation du rapport avec le public qui sera, j’espère, dans une forme d’affect positif.

Qu’est-ce qui va changer dans le « cabinet » au niveau du fond et de la forme ?

Au niveau du fond, avoir plus d’invités politiques et cinématographiques. Quant aux évolutions conceptuelles, on y travaille. Il faut que l’on trouve le bon format télévisuel. Depuis toujours, il y a une écriture télévisuelle qui m’a marqué, c’est celle de Jean-Christophe Averty. Il a tout inventé et Dieu sait si on l’oublie. Il a fait de la télévision presque un art. Et plus moderne, j’aime beaucoup le travail de Loïc Prigent, dans les docs et dans l’utilisation faite avec beaucoup de justesse des effets spéciaux L’image du « cabinet » est encore en construction et je voudrai la rendre encore plus singulière.

Qui aimerais-tu recevoir?

Mélanie Laurent. Elle est très difficile à avoir. Les gens du cinéma, c’est toujours très compliqué à recevoir. Je suis curieux de l’avoir en n’utilisant pas son regard. Elle en joue tellement… elle séduit avec et ça se voit. Mélanchon aussi, j’aimerais bien. Pour le numéro 50, on a le fantasme de recevoir Mylène Farmer… et le coup ultime serait Nicolas Sarkozy. Et puis, aussi Bill Murray. Il reste pour moi le plus grand comique de monde contemporain. Bref, beaucoup de monde, tu vois !

As-tu comme moi un côté midinette quand tu reçois ces gens-là ?

Oui, radicalement, et j’assume. On a un côté Warhol. La célébrité, c’est du pop art. C’est terrible, parce que toi comme moi, on le sait bien, on prend un risque émotionnel en ayant cette attitude-là. Il m’est arrivé d’être déçu. Par exemple, ma rencontre avec Édouard Baer ne s’est pas bien passée. Son « cabinet » est très tendu. On ne le sent pas très sympa à l’écran. En tant que fan, j’ai souffert de ce cabinet, mais au montage, on voit une autre facette de lui. Un Baer, pas sympa. Je dois être un intervieweur masochiste. Quand ça se passe mal, quand il y a du conflit, quand on est attaqué, j’aime ça. J’aime bien quand on me rentre dedans intelligemment.

Moi, je suis tout le contraire. Je déteste travailler dans le conflit. J’ai besoin de la petite étincelle entre deux personnes. Cela étant, ton deuxième métier est dans un milieu qui est dur, où le conflit est quasi permanent… ça rejaillit surement sur le deuxième aspect de ta vie professionnelle.

Tout à fait. Tu as raison. Je n’avais jamais réfléchi à la question de cette manière… le rapport au conflit est intéressant.

Je trouve en tout cas que d’émission en émission, ton style s’affine et tu commences à avoir un style très personnel. C’est un compliment de ma part et il n’y a rien à répondre à ça. Au revoir et merci !

Pour finir, voici la bande annonce officielle de l'émission... il y a du beau monde!

10 décembre 2009

Le cabinet de curiosités vu par Oxmo Puccino!

img1259936933.jpgJ'aime beaucoup le travail d'Eric Briones.

Sur le net, il est vraiment le plus novateur en matière d'interviews d'artistes.

Tout est très travaillé... les décors, les questions, l'image, le son, le casting du public...

En ce moment, il m'en veut de lui avoir poser un lapin, mais je tiens à lui dire qu'il n'est pas près de ne plus avoir mon respect pour autant.

Comme je suis la carrière de son dernier invité depuis longtemps et que je l'interroge souvent, ce matin, je me suis amusé à lui passer un coup de fil afin qu'il me commente son passage dans Le Cabinet de Curiosités.
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