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24 mars 2017

Fred Alera : interview pour son premier EP

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(Photo : Olivier Ducruix)

Jusqu’ici, le guitariste-bassiste-chanteur Fred Alera a toujours fait du rock (dans toutes les variations que peut proposer ce style musical) et a toujours chanté en anglais. C’est dire s’il y avait peu de chance qu’il se retrouve un jour sur ce blog. Mais il y a deux ans, il décide de franchir un autre cap. Il écrit des chansons dans sa propre langue sur des musiques plus pop. En découle un EP éponyme diablement efficace. Dès que j’ai découvert ce travail, j’ai appelé illico Fred Alera pour lui proposer une mandorisation. J’ai du mal à comprendre qu’il n’y ait pas d’articles, de focus sur cet EP (que vous pouvez découvrir là en intégralité) réalisé par Damny Baluteau, sorte de petit génie de la réalisation et de l’arrangement. Les chansons de Fred Alera, fines et sensibles te caressent l’âme et  réchauffent le cœur. Et quand  même, putain de voix !

J’espère pour lui que mes confrères auront la curiosité de s’intéresser à cet artiste au parcours pas banal et au talent certain. Le 24 janvier dernier, Fred Alera est donc passé à l’agence pour une première mandorisation.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorBiographie officielle :

Auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste issu de la scène indé française depuis le début des années 2000, c'est avec des groupes punk-rock/noise hardcore (Second Rate, Billy Gaz Station, Napoleon Solo, Billy The Kill en solo...) que Fred Alera arpente le circuit Do It Yourself avec ce qu'il faut de de passion, de ténacité, et l'intégrité que requièrent les difficultés de la discipline. Tournées, disques, studios, collaborations, rien n'arrête ce hobo des temps modernes pour qui le rock est une réalité non fantasmée, celle qui rime avec mode de vie au quotidien.  Avec son nouveau répertoire en français, Fred est rapidement repéré sur internet par le réalisateur et arrangeur Damny Baluteau (La Phaze, Pungle Lions...). C'est dans cette collaboration fructueuse au Pliz Studio qu'il s'épanouit, en autonomie, à travers une production singulière et racée. Des arrangements crépusculaires conduisant au cœur des nuits urbaines, taillés à la mesure du songwriting pop et ombreux de Fred Alera.  Un blues à lui qui se prononce désormais BLEU.

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fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie de musicien au début des années 2000 dans le punk rock et le rock’n’roll.

Je suis un pur produit de ma génération. J’ai eu des grandes sœurs qui m’ont fait découvrir très tôt des disques des années 70-80, que ce soit du classic rock ou du punk rock. A l’apparition de Nirvana, j’avais 13 ans  et l’impression que ce que chantait Kurt Cobain s’adressait à moi et à ma génération. Du coup, ça a décomplexé pas mal de choses parce que c’était une musique qui se faisait simplement, rapidement… quelques accords, de belles chansons. C’était des groupes qui mettaient un coup de pied dans la fourmilière. On était loin du rock progressif ou du rock technique.

Dans tes différents groupes, vous chantiez des textes revendicatifs ?

Pas forcément, non, mais j’écoutais des groupes revendicatifs comme les Clash. En France, à l’époque, nous étions plus séduits par la forme. Le fond des textes et les messages délivrés n’étaient pas trop notre problème. En tout cas, personnellement, à 14 ans, personnellement, j’étais loin de ses préoccupations là.

Second Rate : Live de "Must be a reason" et de "Full of devil" à La Pêche (Montreuil) le 03 mai 2014.

Tu étais un peu rebelle ?

Oui, on va dire ça. Ça se mesurait avec un look, une attitude face à la masse. On essayait de sortir du lot pour avoir notre propre identité. On avait le désir d’être à part.

Un jour, tu as décidé de te lancer en solo, en créant Billy The Kill. Tu en avais marre de la vie de groupe ?

J’ai fait Billy The Kill en parallèle de mes autres groupes. Je composais pas mal de chansons sur ma petite guitare en bois, du coup, je me suis mis à enregistrer des disques tout seul, à faire de la scène tout seul. Il y a avait derrière ça peut-être un truc égotique, mais j’estimais qu’il était dommage que  les chansons que je créais ne soient pas jouées. Je suis du genre à me dire : « N’attends pas que les gens viennent te chercher, va les chercher toi-même. »

Billy The Kill: "Please let me be" en audio.

Alerte !Tout le dernier album de Billy The Kill, An open bookwith spelling mistakes est écoutable ici.

Ce n’est pas pour rien si tu fais partie du circuit DIY( Do it yourself ).fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est un mouvement américain qui se tient loin des majors, loin des grosses maisons de disque. « Fais toi-même ce que tu as à faire » est un peu le credo de ce mouvement. Moi, par exemple, à 14 ans, j’ai fait un fanzine pour parler des groupes que j’aimais bien. Je prenais le taureau par les cornes pour partager ma passion.

Que t’ont appris ces années-là ?

L’autonomie, la débrouillardise, la confiance en soi et penser par soi-même. C’était une belle aventure humaine à base d’échanges, de coups de main, de solidarité. Nous avions aussi une posture un peu politique et sociologique, avec de gros guillemets.  On était anti vedettariat, anti tout ce qu’on nous bassinait à la radio. Bon, je suis revenu aujourd’hui sur pleins d’idées préconçues que j’avais.  

Peut-on dire que le rocker est un peu fatigué et donc qu’il tourne la page pour se consacrer à la chanson française?

J’ai toujours beaucoup d’amour pour le punk rock, mais artistiquement, dans le fond, je trouvais que ce genre n’était plus mon meilleur vecteur d’expression. J’avais besoin d’une nouvelle façon de m’exprimer. Déjà avec Billy The Kill, je commençais ma mutation. C’était du song writing sur du blues, des ballades.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorTu chantais en anglais, dans ton nouvel EP, tu chantes en français…

Chanter en français a été une manière de m’exprimer plus précisément et de réunir la forme avec le fond. Au bout d’un moment, quand je chantais en anglais, je me suis senti dans la peau d’un imposteur.

Tu as donc commencé à mettre de nouvelles chansons en langue français sur Youtube.

J’ai sauté le pas en n’en attendant rien de précis. Damny Baluteau, qui connaissait mes travaux d’avant,  tombe sur certaines vidéos. Il apprécie, on se rencontre et on décide qu’il devienne le réalisateur de mon EP. Il a aimé le côté un peu anglo-saxon de la musique avec les textes en français.

Qu’est-ce que cela t’apporté de travailler avec lui ?

D’abord, je voulais avoir une production vraiment différente de ce que je faisais avec Billy The Kill. Habituellement, je faisais tout moi-même, là, je suis arrivé, il a proposé des arrangements un peu plus synthétique avec plus de relief.

Il est bon de se laisser un peu diriger ?

En tout cas, je voulais tenter l’expérience. A la force d’avoir trop le contrôle de sa musique, j’ai l’impression que l’on se répète, que l’on dit la même chose. J’avais vraiment envie de tester d’autres choses, de travailler avec d’autres gens.

Tes chansons racontent des histoires d’un trentenaire désabusé, non ?fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est vrai que je suis trentenaire bien entamé et que je suis un peu désabusé, mais je raconte surtout des choses qui traversent la vie de beaucoup d’individus, les difficultés de l’existence. Parfois, je pars d’un texte et je ne sais pas où il me mène. Après, rétrospectivement,  je pourrai y trouver du sens. Je réfléchis à la sonorité des mots, comment ils sonnent fluides dans ma tête. J’aime quand mes textes paraissent assez vagues, très naturels. J’essaie de trouver quelques « punchlines », des phrases qui me font de l’effet et dont j’espère qu’elles toucheront les gens.

Chaque personne peut trouver du sens à tes chansons, c’est très fort !

Merci, c’est un compliment, car je déteste imposer les choses. L’appropriation d’une chanson par ceux qui l’écoute est ce qu’il y a de plus important. J’aime qu’il y ait autant de liberté donné à moi qu’à l’auditeur.

Tu chantes de la même façon en anglais qu’en français ?

Je suis moins démonstratif en français, je n’ai rien à compenser et je suis un peu plus dans les graves. Et on chante mieux parce que, quand on a la mélodie dans la tête, avec par exemple, tels nombres de pied, on a pas de mal à la remplir. C’est beaucoup plus fluide.

Estimes-tu faire de la chanson française ?

J’aime à dire que ce que je fais aujourd’hui est du song writing pop. Pour moi, la base, c’est le song writing, que ce soit interprété par un groupe de punk rock sur une minute quinze ou par William Sheller dans une œuvre de six minutes. J’aime l’art de faire de bonnes chansons avec de bonnes mélodies.

"J'ai menti" en live le 2 mars 2017 au Pop-up du label.

Ta voix à quelque chose de proche de celle de Pascal Obispo, même si tu as ta propre et superbe identité vocale.

Pour moi, ce n’est pas du tout une insulte. J’aime bien sa voix, il utilise beaucoup les aigus à la Polnareff. Il est souvent démonstratif, mais il peut être très suave. C’est d’ailleurs son côté suave que je préfère. Mais quand on me dit que sa voix est proche de la mienne, je reste tout de même septique.

Je crois qu’un de tes groupes français préférés est Les Innocents.

Ils ont des productions hypra anglo-saxonnes. C’est hyper pop. Je conseille à tous les fans d’Elliot Smith, tous les gens qui aiment la pop élégante, d’écouter l’album Post-Partum. Ça n’a rien à envier aux américains ou aux anglais. Si j’atteins ce niveau un jour, je pourrai dormir tranquille.

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Pendant l'interview le 24 janvier 2017.

27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.

18 janvier 2017

Yucca : interview pour la sortie de l'EP Johnny pour la vie

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(Photo : Séverin)

Après avoir remporté le tremplin des jeunes talents Europe 1 en 2013, Yucca (à l’époque encore nommée Yucca Velux) avait dévoilé un premier EP, LOVE. Son répertoire d’alors était majoritairement en anglais. Heureusement,  trois ans plus tard, c’est en français que la chanteuse a décidé de se tourner (oui, j’avoue, j’aime quand les artistes français chantent dans leur langue. Parce que, comme le soulignait Balavoine, « le français est une langue qui résonne »). Bref, son second EP Johnny pour la vie est sorti le 7 octobre 2016 (et oui, je suis (très) en retard, mais si je n’étais pas en retard, je ne serais pas Mandor).

J’adore la voix de  Yucca : un timbre un peu  rétro, mais un phrasé moderne. Bref, une variété de qualité, moderne et sensible, portée par une excellente chanteuse et des musiciens à la hauteur.

Le 1er décembre 2016, Yucca est venu à l’agence. Et ça m’a bien fait plaisir.

Byucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandoriographie officielle (mais un chouia écourtée) :

Mais qui est Yucca ? Pas facile de décrire ce personnage décalé aux sentiments exacerbés. Une artiste, sans aucun doute. Une interprète hors pair, assurément.

Yucca veut chanter « Des Mots Légers », toucher en plein cœur ceux qui aiment la chanson pop, celle qui puise son essence dans les mélodies pour aller chercher la joie, la tristesse, les hauts, les bas, le rire et les larmes. Et si elle choisit de se livrer à cœur ouvert,  c’est parce qu'elle ne sait pas faire autrement.

Il y a, en ouverture, l’histoire de cette fille qui court après les garçons, une génération fantasmée avec Johnny pour symbole, ou encore Eddy et toute la clique. Un titre dans lequel elle revendique qu’une femme puisse évoquer ses multiples conquêtes et ses déboires amoureux comme un homme.

Au programme également, le pulsionnel et orientalisant « La Chaleur » qui évoque la moiteur des nuits yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandord’été, entre danse et mysticisme. Et puis, plus loin, on trouve « Le Diable au Corps » titre sulfureux et addictif, qui revisite les slows 50's américains avec des arrangements grandiloquents.

La piquante Yucca peaufine depuis quelques années un répertoire qui a débuté en anglais, sous le patronyme Yucca Velux, parce qu’il n'est pas simple d'assumer des textes en français quand on inscrit à son Panthéon l’écriture de Gainsbourg ou Brassens.

Voici donc une première collection de chansons, comme on pose son cœur sur la table.

Yucca écrit, compose, à la recherche de la mélodie qui va vous trotter dans la tête avec des harmonies déchirantes ! Des textes directs, entre plaisirs de la vie et tourments que l’on connaît tous.

Elle est une femme d’aujourd’hui qui a laissé son armure au placard, rien de tiède chez elle !

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yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandorInterview :

Pourquoi chantais-tu en anglais avant cet EP ? Moi, j’ai un peu de mal avec ça.

Moi aussi en fait. Ça m’agace de plus en plus. J’ai commencé à chanter en anglais parce que j’étais très influencé par ma culture et en particulier par les Beatles. C’était aussi une façon pour moi de masquer ma timidité et une formidable manière d'être quelqu'un d'autre en se déguisant.

En plus, je crois savoir que tu es une admiratrice des grands textes français.

C’est aussi pour cela que je n’osais pas écrire en français. Je ne me sentais pas à la hauteur. En français, même si tu chantes des bêtises, tu te dévoiles plus qu’en anglais. Il y a toutes les émotions liées à la langue, les névroses, ta structure psychique,  ton histoire personnelle, les intonations, les intentions, les doubles sens, les connotations, les mots… tout est plus ressenti et plus pulsionnel. Et quand on est interprète dans sa langue maternelle, une immense palette d’émotions s’imposent. Des émotions que l’on peut nuancer à l'infini.

Alors, pourquoi as-tu décidé de chanter en français aujourd’hui ?

Sur Internet, je suis tombée sous le charme d’une chanson  d’une fille qui s’appelle Sarah Hirschmuller. Du coup, je me suis intéressée à son travail. Je l’ai contacté pour qu’elle m’écrive des chansons. Elle m’a expliqué qu’avant de chanter en français, elle chantait en yiddish et en hébreu. Dès lors qu’elle a commencé à chanter dans la langue de Molière, elle a vécu cela comme une jouissance pas possible. C’est elle qui m’a incité à franchir le pas.

Et du coup, tu as dû apprendre à chanter différemment ?

C’est exactement ça. Au départ, j’étais mal à l’aise dans ma voix et dans mon corps, maintenant, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi,  j’adore ça.

Clip de "Johnny".

Tu es fille d’un père musicien. C’est ce qui t’a incité à suivre ce chemin ?

Il était compositeur et arrangeur professionnel. Aujourd’hui, il continue à jouer et il m’écrit des chansons.

Tu as toujours voulu être chanteuse ?

Oui,  mais je ne le disais à personne. J’ai fait mes études de psycho et en sortant de la fac, quand j’ai eu mon diplôme, j’ai pris la décision de faire de la musique sérieusement. Je chante depuis toujours et être chanteuse est mon rêve absolu.

Clip de "La chaleur".

As-tu pris des cours de chant ?

J’en ai pris il y a trois ans, mais j’ai arrêté. Je suis une autodidacte. J’ai chanté trois heures par jour toute ma vie.

Avant Yucca Velux, y-a-t-il eu un autre groupe ?

Oui. Avec un ami de la fac, nous avons The Rayees. C’était un groupe au style indescriptible. Il y avait des chansons folks, des chansons un peu hip hop, des trucs un peu bizarre à la CocoRosie, voire parfois à la Britney Spears. Ca partait dans tous les sens. Nous chantions à deux voix et en anglais.

"Le diable au corps", version acoustique.

Parlons de ce nouvel EP, Johnny pour la vie. On dirait un disque des années 50. Musicalement et l’imagerie proposée.

C’est ma période préférée. J’aime tout ce qui est vintage. Musicalement et esthétiquement. Cette période-là, très gaie et énergique, est phénoménale. Il y a une époque de ma vie où je n’écoutais que les Beatles. Du coup, tout ce qui a généré les Beatles, j’adore. La magie de cette période-là n’est plus. J’ai l’impression que tout est sombre aujourd’hui.

Ce que tu fais est populaire. C’est de la très bonne variété. Ce mot ne te choque pas ?

Mais pas du tout. Moi, j’aime de plus en plus Joe Dassin (rires). Je trouve que la chanson populaire à de la grâce.

Tu écris sur les musiques des autres. Pourquoi ?

Je ne suis pas très bonne compositrice, il me semble. Si on me propose des musiques que j’adore, je les prends. Je ne me pose plus de questions que cela.

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Pendant l'interview...

C’est dur ce métier ?

C’est super dur. Il faut convaincre. De plus en plus, j’aime les défis. C’est quasiment ce que je préfère. Réussir à rester allante et enthousiaste alors que le travail est difficile, cela me procure un immense plaisir. C’est dur, ça ne me rapporte pas d’argent, mais je suis libre. La liberté est une valeur qui m’est chère.

Tu aimes qui dans la chanson francophone actuelle ?

Je me sens proche de Lise. J’adore Stromae, ce n’est pas très original. Je trouve que c’est un génie. Il a des mélodies simples et populaires qui rentrent dans le crâne et qui n’en sortent pas. C’est exactement, ce que je cherche à faire.

Tu as beaucoup de chansons dans ta besace. Comment as-tu choisis les six chansons qui figurent sur cet EP ?

Ce n’est jamais simple de choisir... Mais j’ai comme projet de sortir deux EP par an, c’est-à-dire 12 chansons par an.

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A l'issue de l'interview, le 1er décembre 2016.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

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l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

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Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

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Après l'interview le 29 novembre 2016.

01 décembre 2016

Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes

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13529094_10154279545018674_7965824980467076651_n.jpgLe 18 novembre dernier, à mon retour du concert de Jules et son Vilain Orchestra au Café de la Danse, en pleine nuit, j’ai écrit une lettre au chanteur. Je l’ai publié sur ma page Facebook. Je me permets de vous la proposer :

« Cher Jules, je t'envoie ce message en privé pour que ta modestie ne soit pas heurtée. Ce soir, au Café de la Danse, j'ai pris une bonne grosse claque comme rarement. Je n'ai pas vu Ferrat, Goldman, Dalida ou un quelconque Goldman (je sais, je l'ai cité deux fois, mais Goldman, on a le droit de le citer autant de fois que l'on veut), j'ai vu un Jules éblouissant, étincelant, éclatant qui m'a beaucoup fait rire, fait parfois pleurer (mais bon, ça je te le dis pas, ch'uis pas une gonzesse). (Ton vilain orchestre, je n'en parle même pas tant ils sont bons et que ça se voit que vous vous aimez). Je vais te dire Jules, j'me suis fait la réflexion en voyant la salle remplie à craquer, debout, applaudir à tout rompre, te faire un triomphe : "mais pourquoi diable, cet artiste n'est pas une star en France?" C'est incompréhensible et absolument incompréhensible (Je sais, je l'ai dit deux fois, mais c'est pour appuyer mon désarroi). Oh non que tu n'es pas qu'un chanteur de variété, terme que tu revendiques pourtant avec force! Tu es un chanteur hors norme avec des mélodies imparables et des textes à faire pâlir de jalousie tout plein d'autres artistes "populaires" (mais que je ne citerai pas, certains sont mon fond de commerce). Je ne te retiens pas plus longtemps, mais sache que je. En toute amitié. François  (On me dit que je me suis trompé. Ce message ne serait pas en privé. Pardon pour ta modestie, donc). »

Vous l’avez compris, j’aime ce garçon. Autant humainement qu’artistiquement (voir sa première mandorisation). Aussi, quand son éditrice et productrice du disque, Danièle Molko (d’Abacaba), m’a proposé de l’interviewer pour l’argumentaire de presse de son nouvel EP, Nos Vedettes, j’ai accepté immédiatement. Et avec enthousiasme (voire fierté). Les journalistes et les programmateurs recevront le CD accompagné de mon interview.

Que voici :

Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de son3700187662110_230.jpg nouvel EP, Nos vedettes, dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité. Le style corrosif de Jules prouve que l’on peut rire de tout si l’on sait y mettre les formes. Véritables hymnes à la vie, à l’humour ou à la dérision, ses performances " live " offrent un grand moment de joie et de rythme saupoudré d’un peu de cynisme. Difficile de ne pas vouloir faire la connaissance de Jules. Le docteur House de la chanson française est arrivé dans ce café  d’Enghien et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre. Attention, ça déménage !

Après avoir travaillé avec les Ogres de Barback, puis épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin, il créé Jules.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très vite. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Dans les 7 nouveaux titres de ton dernier EP , il y a toujours de l’humour et une certaine causticité.

Quand tu dis des choses graves, des choses lourdes de sens, avec le sourire, ça passe toujours mieux. Je me méfie beaucoup du pathos, c’est pour ça que je n’enfonce jamais le clou. Avec ses nouvelles chansons, ce qui est sûr, c’est que je suis plus dans la tendresse.

Tes 7 chansons s’adressent à 7 femmes différentes. Elles sont souvent chiantes, comme dans la chanson « T’es chiante », par exemple.

C’est une coïncidence si je ne parle que de nanas, de leur côté tendre jusqu’au côté les plus obscurs. Dans « T’es chiante », je parle de ma sœur. Mais, en vrai, je n’ai pas de sœur, c’est un rôle de composition complet.

Clip de "T'es chiante".

jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandorPour toi, c’est important le rôle de l’interprète ?

Oui, quand je joue mes chansons, je laisse la possibilité à l’interprète que je suis de recréer la chanson. C’est un vrai travail de création. J’aime raconter des histoires…Quand j’étais petit, je me souviens avoir beaucoup lu les « Alfred Hitchcock présente ». Tout se dénouait à la derrière ligne. Nous étions embarqués dans quelque chose d’assez plaisant, et à la fin, tout le décor et les couleurs changeaient… l’histoire n’avait plus le même sens. J’adore utiliser cette « recette ».

Je trouve que tu es le juste compromis entre la scène française « undergroud » et la bonne variété.

En Angleterre, c’est beaucoup plus simple. Tout le monde fait de la pop. Pour moi, la pop, c’est de la variété. Les Beatles, c’est de la variété. Je revendique bec et ongles ce terme me concernant. Je veux que l’on dise que je fais de la variété, parce que c’est vraiment ce que je fais. C’est ce que j’aime, ce que j’écoute beaucoup, bref c’est ma culture. Il n’y a pas plus noble comme terme que « variété ». Le mot, lui-même est splendide.

Dans « Tu me fais peur », tu évoques Marine Le Pen. En gros, tu dis que, maintenant qu’elle est devenue « fréquentable », la donne a changé.

Elle a réussi son plan de route. Elle est désormais banalisée. Maintenant qu’elle ne fait plus peur, elle me fait peur. Je ne fais jamais de chansons réellement contestataires, mais quand je fais des chansons politiques ou religieuses, je pose un ou des constats. Mais ce n’est pas mon rôle de dire pour qui voter, ce qu’il faut manger ou je ne sais quoi d’autres.

Dans « Ma petite fille de gauche », tu évoques une altermondialiste de gauche catho.

C’est ce que j’appelle une « ouach ouach » ! Ce ne sont pas des filles méchantes. Si elles sont un peu moralisatrices, elles ont des combats nécessaires. J’ai pensé à quelques filles pour écrire cette chanson. Celles qui écoutent les joueurs de djembé à trois heures du matin et qui boivent du café Malongo, tu vois… Quand c’est à l’adolescence que ça se passe, c’est cool, mais quand c’est à l’âge adulte, j’ai envie de leur dire de se reprendre un peu.

« Reste pas toute seule » raconte l’histoire d’une femme comme il y en a plein, ordinaire, banale, ni jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandortrop laide, ni trop belle.

Cette chanson me vient d’une chanson de Nino Ferrer, « L’inexpressible ».  J’aurais aimé l’écrire. Quand j’étais petit, à l’école, je faisais partie de la bande des mecs cools. J’ai toujours eu de l’empathie pour les garçons ou les filles qui n’arrivaient pas à se fondre dans les groupes parce qu’ils ne s’y sentaient pas bien.

Comment tu réagis si une de tes chansons n’est pas comprise comme tu l’imaginais.

J’adore ça. Il faut se foutre de l’auteur. Je préfère parler en tant qu’interprète qu’en tant qu’auteur-compositeur. L’auteur, une fois qu’il a écrit sa chanson, il doit disparaitre. Les chansons appartiennent aux gens et à l’interprète. Si tu chantes ta chanson en tant qu’auteur-compositeur, tu ne la donnes pas aux gens, tu la gardes pour toi. Je l’ai vérifié 100 fois. .

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. Je ne suis pas un grand musicien, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

Je te laisse le mot de la fin.

La musique est hyper importante. Pour moi, c’est un des trucs les plus importants au monde. On se rencontre, on s’embrasse, on baise sur de la musique… il n’y a rien de grave dans la musique. Le verbe de notre métier c’est jouer, il ne faut jamais l’oublier. Jouer en s’amusant. C’est ce que je fais.

Contact : Danièle MOLKO – 06 11 38 30 57 – dmolko@abacaba.net

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Le 24 novembre 2016, Jules et son Vilain Orchestra a reçu le Prix Charles Cros Révélation Scène 2016 (ex-aequo avec Barbara Weldens).

02 novembre 2016

Marjolaine Piémont : interview pour son EP "Presqu'un animal"

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Le premier EP de Marjolaine Piémont,  Presqu'un animal est maintenant disponible. Un EP sensuel, espiègle, voire sexy. Le premier extrait « A quoi ça sert » est désinvolte, hyper addictif et entêtant.

La première fois que j’ai remarqué cette chanteuse, c’était à un concert de Vincent Baguian à la Java le 1er décembre 2010. Dans une mandorisation de ce dernier, j’avais écrit concernant ce spectacle, « il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont ». Sept ans plus tard, elle est restée la même.

Le 30 septembre dernier, nous nous sommes rencontrés à l’agence. Enfin.

Bmarjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandoriographie officielle (sensiblement écourtée) :

Un matin de janvier 1994. Strasbourg, rue Gounod. Une affiche de Barbara en concert. Et c’est un hurlement qui retentit dans une voiture. Oui, c’est Marjolaine qui a crié de joie, son père qui a pilé et de peu, l’accident est évité. Mais dans les yeux de Marjolaine, des étoiles ont brillé.

Enfin, elle va pouvoir découvrir cette femme qui l’émeut profondément par ses chansons et sa voix de cristal. Barbara lui donne envie de faire des infidélités à Purcell et Schubert. Car Marjolaine Piémont prend des cours de chant au Conservatoire. Elle chante très aigu, se passionne pour ces héroïnes créées de toutes pièces par des hommes Carmen, la Reine de la Nuit, Norma,… Mais c’est décidé, Marjolaine Piémont ne chantera plus que des chansons. Des chansons de femme. En langue française. Cette chanson qui a bien plus d’un tour dans son disque, qui nourrit, submerge, apaise et laisse dans son sillon les empreintes du rapport entre les hommes et les femmes.

Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint Germain des Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose de chanter lors de la tournée Hit Songs des chansons françaises.

D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou Mozart l’Opéra Rock.

De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine accompagnée par le groupe Zago, va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals « Muzik’Elles », « Le Mans cité Chansons », Les fils de Georges », « Changez d’air » ou encore « le Tremplin de Poupet ». En octobre 2016 sort son premier EP  Presqu’un animal.

Argumentaire officiel de l’EP Presqu’un animal : marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Marjolaine Piémont porte le prénom d’une herbe aromatique et démontre avec humour qu’elle n’a rien d’une plante verte. Elle se définit dans ce premier EP comme étant Presqu’un animal. Elle ne griffe pas, juste égratigne en douceur. Un premier EP à découvrir sur toutes les plateformes! 

Marjolaine livre avec élégance ses textes mordants. D’une voix duveteuse, elle pique avec désinvolture et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Venez découvrir sa patte sur le premier single de cet EP « A quoi ça sert ». Même si des instruments soufflent des vents contraires, Marjolaine Piémont s’érige et porte haut la parole d’une femme qui petite, disait « Quand je serai grande, je serai…. Un homme » !

Ses chansons sont mises sur un piédestal grâce à Edith Fambuena et William Rousseau qui confèrent à cet opus des reflets cuivrés, des boucles et des refrains entêtants.

Presqu’un animal, c’est de la chanson française féminine piquante comme les poils d’un homme. Et elle s'apprête à le présenter en tournée dans toute la France.

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marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que vos deux parents jouent du piano.

Ma mère est aussi violoniste, mais mes parents n’en ont pas fait leur métier. Donc j’écoutais Schubert, Rachmaninoff, Liszt. Je n’écoutais quasiment que de la musique classique, baroque, romantique…  enfin, toute la musique française de la fin du 19e, début 20e,  m’a nourri. J’ai été aussi bercée aux sons des orgues d’églises. Je suis une grande fan de Gabriel Fauré. Je le place au panthéon des compositeurs.

Et Barbara, dans tout ça ?

C’est ma maman qui l’écoutait beaucoup. A l’adolescence, ses textes m’ont beaucoup parlé. Une chanson comme « Le mal de vivre » m’a touché. A cet âge-là, on se cherche beaucoup et j’avais l’impression qu’elle exprimait précisément ce que je ressentais. Je m’étais fait la promesse de la voir un jour sur scène.

Et vous l’avez vu ?marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Oui. En 1994, trois ans avant son décès. J’ai un peu désobéi à mes parents pour y aller. 

Son répertoire était très grave, il me semble.

Pas seulement. Elle elle reprenait aussi toutes les chansons d’Yvette Guilbert…  des frasques un peu érotiques et ça m’amusait beaucoup. En fait, c’est grâce à ce genre de chansons que Barbara a été découverte dans les cabarets, notamment à L’Ecluse. Vous savez, il y a beaucoup de légèretés dans certaines de ses chansons personnelles comme « Joyeux Noël ». Elle avait une très grande liberté de ton.

Ce sont vos parents qui vous ont poussé à aller à Paris tenter votre chance.

Mes parents sont médecins, ce qui ne les empêche pas d’avoir une grande ouverture d’esprit. Ils m’ont encouragé à continuer sur la voie de mon choix.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorA l’origine, ce n’est pas pour la musique que vous êtes partie à Paris.

J’avais réalisé un court-métrage qui a reçu un prix, j’ai donc décidé de faire une école de cinéma. Un jour, j’ai croisé le chemin d’Alain Robbe-Grillet, un drôle de personnage... et j’ai travaillé comme assistante  à la réalisation, puis à la production. Je voulais écrire des histoires et on me demandait de booker des comédiens.

Et comme ça ne vous plaisait pas, vous avez décidé de tout arrêter.

J’ai réalisé que mes premiers amours artistiques étaient le chant, la danse et le théâtre. Comme je ne voulais pas demander de l’argent à mes parents, j’ai dû trouver du boulot dans ces milieux-là. Un jour, à pôle emploi, j’ai trouvé une annonce qui disait « recherche chanteuse pour le nouvel an chez Maxim’s, audition pour Pierre Cardin ». J’ai postulé. Pierre Cardin m’a regardé chanter des chansons de Barbara. Il m’a demandé si je n’avais pas des chansons plus gaies. Du coup, j’ai chanté des chansons plus légères de femmes. Ça ne me plaisait pas trop, mais il fallait bien que je gagne ma vie. Pierre Cardin m’a choisi. C’était mon premier contrat de chanteuse.

A partir de ce moment-là, vous chantez partout dans Paris.

Oui, j’ai même joué dans des « bars à putes ». J’étais obligée de préciser que je n’étais pas une prostituée, mais juste la chanteuse. C’était drôle. Je suis une passionnée de l’œuvre d’Emile Zola. Il ne jugeait pas et donnait la parole au peuple. Il dépeignait ce qu’il se passait, même dans les endroits interlopes. J’ai toujours fait comme lui. Je regarde, j’essaie de comprendre et je ne porte pas de jugement. Bien sûr, j’ai mes avis féministes, mais ce n’est pas l’endroit pour les exprimer.

Ce sont des années formatrices. Le public ne vient pas pour vous écouter, il faut tenter de les captiver.marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

En plus, on ne choisit pas forcément son répertoire. On me demandait de chanter beaucoup de chansons, dans beaucoup de langues. En tout cas, j’ai une très bonne culture de chanson française tellement j’ai l’impression d’avoir tout chanté.

J’espère que vous aimez la chanson française, alors ?

Mais j’aime la chanson française plus que tout. Pour moi, c’est un témoin historique. J’ai toujours été passionnée d’histoire et de littérature. La chanson raconte notre histoire de France.

Vous avez participé à Mozart, l’opéra rock.

Oui, même si la comédie musicale, ce n’est pas mon truc. Mais celle-ci a sauvé ma vie. Cette opportunité est arrivée peu après un drame familial qui m’a empêché d’écrire pendant pas mal de temps. C’était une aventure incroyable. On a fait 1 million 400 spectateurs.

Mais vous aviez déjà goûté aux salles pleines un an plus tôt, en 2008.

Oui, j’ai fait une tournée de 22 dates au Japon dans des salles de 3000 à 5000 places. Je chantais notamment du Piaf avec « L'hymne à l'amour », mais aussi du Lucienne Boyer avec « Parlez-moi d’amour ».

"Parlez-moi d'amour" et "L''hymne à l'amour" au Shinjuku Bunka Center lors de la tournée Japan Hit Songs en juillet 2008.

Quand on interprète les autres depuis des années, j’imagine que l’on a envie d’être repéré aussi pour ses propres chansons.

Quand on est interprète, on est un peu comédien. On montre une facette de soi, mais pas tout. Dans l’écriture, on se cache toujours un peu, mais je crois qu’on est obligé inconsciemment de se dévoiler beaucoup plus.

Dans cet EP, c’est le cas ?

Ce sont des chansons de femmes qui égratignent les hommes. Je les aime beaucoup et, vous le savez, « qui aime bien, châtie bien ! » J’ai voulu que ma plume serve la cause des femmes d’aujourd’hui.

Des femmes comme vous, libres et libérées… comme vous les représentez dans vos chansons.

Des femmes émancipées aussi. Je chante des chansons de femmes qui s’affranchissent de la tutelle des hommes.

Clip de "A quoi ça sert", tiré de l'EP Presqu'un animal.

William Rousseau, que j’adore (et mandorisé ici), participe à votre album.

Il signe trois arrangements et deux mélodies sur l’EP. Pour moi c’est un technicien de la voix et il a une précision rythmique hors du commun. Il est extraordinaire.

Il y a la participation d’Edith Fambuena, de Vincent Baguian et d'Aldebert.

Avec Edith, on a travaillé sur « La Sol Do Mi » et sur d’autres chansons qui seront sur l’album à venir. J’aime bien ses choix bruts et comment elle rend les univers des artistes avec lesquels elle travaille. Vincent Baguian a créé la mélodie  de "C'est beau un homme à poils" et Aldebert, "Femme mais pas d'un homme". 

Cet EP est une carte de visite.

Oui, car ces chansons me ressemblent beaucoup… en tout cas, elles ne sont pas éloignées de ce que je suis.

Selon vous, on naît artiste où on le devient ?

Moi, j’ai l’impression que tout le monde est artiste au fond de son cœur. Il y en a qui ne le voient pas et qui font d’autres métiers. Pour ma part, quand j’étais petite, je voulais faire du « pestacle ». Ca a toujours été en moi. Aujourd’hui, plus qu’artiste, j’ai l’impression d’être artisan. J’aime ce métier profondément car il me permet aussi de rencontrer les gens et de m’enrichir auprès d’eux.

Vous faites pas mal de premières parties de Zazie.

C’est une artiste que j’aime beaucoup. Je suis très fière de la confiance qu’elle me donne. C’est une des plus grandes artistes féminines françaises d’aujourd’hui.

Etre artiste aujourd’hui, c’est compliqué ?

Quand je parle avec des gens qui ont d’autres métiers, je me demande si ce n’est pas plus difficile. Notamment parce qu’il faut supporter son travail, ses supérieurs… Je crois que tous les métiers sont compliqués.

Je parlais plutôt de la difficulté d’obtenir de la reconnaissance du public ?

Pour moi, le plus important, c’est l’aboutissement. Fixer mes chansons sur un enregistrement, qu’elles vivent et qu’elles prennent leur chemin.

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Le 30 septembre 2016, après l'interview.

21 septembre 2016

Olympe : interview pour son EP

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Olympe vient d’une émission de télé-crochet. Il y a fait un beau parcours. Puis il est parti en tournée avec ses collègues de l’émission de TF1. Un album de reprises et un album formaté à la « Universal » plus tard, le revoilà enfin avec des chansons qui lui ressemblent vraiment. Son EP (à découvrir ici) touche au cœur et à l’âme. Seul au piano (et quelques violoncelles de-ci de-là), avec une voix exceptionnelle, il nous transporte dans ses histoires (romantiques mais pas neuneus) aussi émouvantes qu’intenses. Emotionnellement parlant, Olympe ne fait pas dans la demi-mesure. Le jeune homme présentera pour la première fois ses titres en solo, le samedi 8 octobre aux Trois Baudets à Paris. Vous seriez bien inspirés d’aller y jeter une oreille.

En attendant, je l’ai mandorisé pour la seconde fois  le 13 septembre dernier (voir la première mandorisation là). Je voulais notamment savoir qui se cachait derrière cette boule d’émotion…

(Merci à son manager Thierry Lecamp)

Bolympe,ep,thierry lecamp,interview,mandoriographie officielle :

L’ancien finaliste de The Voice, saison 2 a grandi depuis l’émission de télévision qui l’a révélé. Après le tourbillon médiatique et des débuts discographiques prometteurs, Olympe a  choisi une nouvelle voie, où plutôt la voie qu’il a toujours voulu prendre, afin de donner à son public ce qu’il lui a offert ces dernières années : une relation à cœur ouvert.

Cet EP sonne donc comme un premier épisode, car désormais Olympe se raconte, sans détour. Marqué par un parcours émotionnel chaotique, il a choisi de livrer derrière son sourire et sa nature enjouée, ses fêlures et ses tourments, comme pour tenter de faire disparaître certaines cicatrices qui restent sensibles… Chanter, pour tourner une page. Avancer pour passer à autre chose.

C’est assis à son piano qu’il a composé les mélodies qui traduisent qui il est réellement. C’est avec Julien Maillet, désormais son auteur, qu’il a choisi les thèmes, lui laissant le choix des mots le plus souvent, précisant parfois de sa plume certaines situations…

Il a invité Yseult sur le titre « Je Cours » comme on partage une quête, retrouvé le pianiste Vincent Lanty (Florent Pagny, Garou, Chef D’Orchestre du spectacle musical Résiste) qui l’avait déjà accompagné sur scène, et rencontré une violoncelliste de rêve : Christelle Heinen (William Sheller). Ensemble, ils ont cherché comment traduire cette sensibilité qui l’habite, souhaité s’inscrire dans le sillon d’une variété élégante, qui va chercher dans le chant et les instruments l’essence même de la sincérité…

Et puis une chanson est arrivée in extremis, après le massacre qui a touché la population homosexuelle d’Orlando ces dernières semaines. Alors, Olympe s’est installé face à un clavier et la livre aujourd’hui dans une première version, à fleur de peau : « Aimer n’est pas un crime. »

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olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a trois ans, alors que tu étais en plein maelstrom professionnel. Tu sortais de The Voice et on avait l’impression que le monde était à tes pieds. Comment as-tu vécu la période où le succès s’est soudainement calmé ?

J’ai toujours été très lucide. Je savais que ça allait redescendre parce que lorsque l’on passe devant 9 millions de téléspecteurs toutes les semaines et qu’après on est moins médiatisés, l’intérêt s’émousse forcément. Je l’ai bien vécu et pas bien en même temps. Je me disais que j’allais redevenir ce que j’étais et que j’allais retrouver un peu de liberté dans la vie de tous les jours. Et puis parfois, comme on parlait beaucoup moins de moi, je me demandais si j’allais pouvoir continuer à faire de la musique toute ma vie. Le doute prend le pas.

Pendant la période de calme, tu t’es mis à la composition.

Oui, et du coup, je pouvais aussi évoquer des choses qui m’avaient touché pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie aujourd’hui. Dans les périodes de doutes, on est plus dans un état d’esprit propice à l’écriture et à la composition.

Tu as eu une enfance, disons compliquée. La musique a tenu un rôle important à ce moment-là, je crois.

A l’âge de cinq ans, j’ai été placé chez mon grand-père avec mon petit frère et ma petite sœur parce que ma mère faisait une dépression quand mon père s’est séparé d’elle. Il était militaire et il a dû partir en Nouvelle Calédonie. Du coup, je n’avais pas trop les repères paternels et maternels. J’étais assez timide et c’est vrai que je n’ai pas très bien vécu mon enfance et mon adolescence. Le collège était une période que je détestais. Je chantais tout le temps. C’était le seul moyen que j’avais pour extérioriser ce que je traversais. Je ne me confiais à personne. C’était la bulle dans laquelle je me sentais bien et où j’aimais me réfugier.

Ton grand-père t’a aidé à faire de la musique.

Un jour, je lui ai dit que j’aimerais bien faire du piano. Il m’a acheté un piano. Ensuite, il m’a inscrit à des cours. Lors du premier cours, ma prof m’a suggéré d’arrêter cet instrument parce que, selon elle, je n’étais pas fait pour ça. Du coup, j’ai appris le piano tout seul. A onze ans, mon grand-père m’a inscrit à un concours de chant sans me prévenir. J’ai accepté d’y participer et j’ai gagné en chantant « D’amour ou d’amitié » de Céline Dion. Après, j’ai été intégré dans une troupe de chanteurs vers Amiens. Je faisais des petits concerts, des cabarets… c’était bien, même si on ne chantait pas ce que l’on voulait. Je suis ensuite parti dans le sud pour participer à un projet musical qui n’a pas eu lieu, du coup, après, je suis revenu à Amiens. Je voulais reprendre des études d’audiovisuel pour créer une boite de montage de clips vidéo. Comme je n’avais pas de contact pour l’alternance, j’ai trouvé un petit job en attendant.

Clip officiel de "Si demain".

C’est à ce moment que tu décides de poser des vidéos sur YouTube.olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Oui et un soir, on m’a contacté pour me demander si je voulais passer une audition. Au début, on ne m’avait pas dit que c’était pour The Voice. Ensuite, tout s’est enchaîné à une vitesse folle.

Tu as enfin vu les paillettes…

Quand tu arrives sur le plateau de The Voice, tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Ensuite, tu as sorti un disque de reprises et un disque « original » mais marketé Universal.

J’écrivais et composais déjà, mais on ne m’a pas laissé la possibilité de placer au moins une de mes chansons.

Ce qui est le comble. Là, enfin, tu reviens avec tes propres chansons, entièrement composées par toi et écrites par Julien Maillet.

Ça fait du bien. J’avais des mélodies depuis très longtemps et j’avais l’impression qu’elles n’existaient pour rien. Enfin, j’ai pu les utiliser. Cela dit, c’est aussi stressant. Quand j’ai commencé à faire écouter à mon agent, Thierry Lecamp, et à Julien Maillet mes musiques, j’avais peur qu’ils trouvent cela méga nul. Quand l’EP est sorti, ma deuxième appréhension était les commentaires du public. Pour moi, ce disque est la liberté de pouvoir chanter ce que l’on a envie de chanter, de pouvoir mettre en avant ce qui sort des tripes. C’était salvateur de pouvoir sortir tout ce que je raconte dans ces nouvelles chansons.

Live France Bleu de "Aimer n'est pas un crime". Une chanson écrite à la suite de l'attentat qui a touché la communauté homosexuelle à Orlando.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorTu évoques la séparation de tes parents, la disparition de ta grand-mère, tes histoires d’amour… des histoires très personnelles. J’imagine que tu as beaucoup raconté ta vie à Julien Maillet pour qu’il écrive des textes qui te correspondent parfaitement.

Il est venu chez moi à Paris avec une bouteille de vin rouge. Nous nous sommes mis à table, puis nous nous sommes servis un verre et j’ai commencé à lui raconter ma vie. Quand je me livre, je me livre à fond. Je ne fais pas les choses à moitié. Pendant ce temps, il a pris des notes. C’était particulier parce que je ne connaissais pas Julien depuis longtemps. J’espérais qu’il ne me prenne pas pour un taré et que ce que je lui racontais l’inspire. Ça l’a inspiré. Il s’est beaucoup rapproché de ce que je voulais dire. Moi, quand quelque chose me touche trop, je suis incapable de trouver les mots. J’ai toujours peur de ne pas être assez juste.

Ce sont des thèmes qui peuvent toucher beaucoup de personnes.

Si ce ne sont pas leurs histoires personnelles, je m’arrange pour que tout le monde puisse plus ou moins se retrouver dans mes chansons.

Ce sont des textes d’un homme torturé aux multiples blessures. La chanson te permet de tenter de cicatriser?

Pour que j’avance dans la vie, j’ai besoin de tourner les pages. Pour moi, une chanson, c’est une page qui se tourne. De mettre des mots sur mes maux me fait du bien.

Ta musique est très dépouillée. Piano, voix et parfois violoncelle.

Je voulais que l’on soit à l’essence même des mots, que l’on entende bien la mélodie, que mes refrains soient entêtants. Je ne voulais pas surproduire et que l’on entende 50 000 instruments. Ce que j’ai fait est un peu culotté parce que si on part dans l’optique de passer en radio, ce n’est pas la meilleure formule musicale (rires). Je ne voulais pas faire de la musique pour la radio, mais parce que j’aime la musique.

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Toute proportion gardée, si je dis qu’il y a du Sheller en toi, tu en penses quoi ?olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Que c’est un compliment. Il fait partie des artistes français que j’apprécie vraiment. Il y en a peu. J’ajoute Polnareff, Calogero et Zazie et c’est à peu près tout.

Et dans les internationaux ?

J’aime beaucoup Kate Bush, Tori Amos, Adele. Elles ont toutes des voix et des mélodies exceptionnelles. Musicalement et vocalement, il y a toujours des rebondissements dans leurs chansons. Elles n’interprètent pas, elles vivent ce qu’elles chantent.

Tu as une fanbase importante depuis The Voice. Elle te suit sur ce projet ?

Étonnamment, elle préfère même ce que je fais actuellement. Les gens qui m’aimaient depuis le début comprennent que cet EP représente le vrai Olympe. Ils décèlent la sincérité qui émane de toutes ses chansons. Ils disent qu’ils apprécient que je me confie et que je sois dans l’émotion.

Je pense que cet EP te rendra ta légitimité et qu’on arrêtera de te parler de The Voice.

Que Dieu t’entende (rires). The Voice, c’est une super vitrine, ça t’ouvre plein de portes et je ne serais sans doute pas là pour parler avec toi si je n’étais pas passé par cette émission. Le souci est que, quand tu es estampillé The Voice, tout le monde considère que tu n’es qu’une voix et que tu ne peux pas être également auteur et compositeur.

Tu repars donc à zéro.

Oui et c’est très bien. Je redéfinis mon univers.

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Pendant l'interview.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorÇa doit être le bon moment pour que les gens te découvrent tel que tu es.

En effet. Peut-être que je n’avais pas encore assez de maturité à l’époque pour sortir les chansons qui figurent sur mon EP.

Tu es toujours dans le doute ?

Oui et heureusement. Si je n’ai pas le doute en moi, je n’arriverais pas à me surpasser.

Continues-tu à écrire et composer, même en période de promo ?

Je suis toujours à fond. J’ai plein d’idées en permanence. J’ai déjà 35 compositions et nous avons le projet de faire un album. Dans le même style que l’EP, avec peut-être un peu plus de cordes.

Pour conclure, qu’as-tu envie de dire ?

Il faut toujours suivre la petite voix qui nous guide à l’intérieur de nous. Il faut s’accrocher et ne jamais baisser les bras.

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

27 juillet 2016

Makja : interview pour son premier EP

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(Photo : Philippe Prevost)

12311031_544931389009220_5688007632063953473_n.jpgMakja a eu sa première révélation musicale à l'âge de dix ans en écoutant une cassette de chants grégoriens. Mais un peu plus tard, c'est vers les mots qu'il se tourne. En plein boom du hip-hop, il se lance à quinze ans dans l'écriture de ses premiers textes. Après l'EP Un Camp aux textes forts et aux magnifiques arrangements (sorti en mars), Makja prévoit la sortie de deux autres EP, en parallèle de sa tournée.

J’ai découvert Makja au Pic d’Or de cette année. Avec Thierry Lecamp, je lui ai remis le prix du texte. Il aurait pu tout aussi bien recevoir le prix de l’interprétation. Cet artiste nous tient en équilibre sur un fil. L’intention est forte et les émotions fragiles. Sa musique prend aux tripes et ses textes touchent l’âme. 

La devise de Makja est : « Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi… »  C’est ce qu’il a fait le 29 juillet dernier, à l’agence.

Présentation officielle de Makja :MAKJA_300.jpg

En ces terres arrière, royaume des ronces tenaces où les arômes errent, la plume et la voix de MAKJA se jouent des lois de la gravité.

Pas d’artifice, juste une présence, une parole singulière portée dans la tradition des plus grands interprètes.

Dès la première écoute, tout s’impose comme une invitation incontournable,
comme un appel à l’émotion. MAKJA a tout du buisson ardent : La densité et la révélation.

Dans un kaléidoscope de tableaux sauvages de paysages musicaux aux influences variées, MAKJA nous laisse entrevoir sa soif de multiplicité. Il est de ces rencontres qui nous marquent ; Ses mots touchent et laissent place à l’effet papillon ; d’oreilles à bouches, de rues à places, de caves à pavillons.

Récompenses :

- Prix SACEM du texte au Pic d'or 2016
- Prix Centre des écritures de la chanson 2016
- Médaille de Bronze de la chanson 2016 de Saignelégier (Suisse)

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makja par pierre wetzel.jpgInterview :

Avant cet EP, Makja en tant qu’artiste n’existait pas.

Pour beaucoup, les premiers concerts autour de la sortie de l’EP, c’était la première fois où les gens rencontraient Makja. Avant, mon nom d’artiste était Kalam. Je me suis dit un jour que j’allais travailler avec des musiciens et que l’interprétation de Kalam avec des musiciens deviendrait Kalam Makja.

D’où vient l’artiste que tu es ?

Je viens de l’écriture. J’ai fait 15 ans d’ « action culturelle ». J’accompagnais les prises de paroles artistiques d’enfants, de parents de grands-parents. Je travaillais dans les prisons, avec des traumatisés crâniens, avec des sourds, bref, avec tous types de personnes. J’aime travailler avec des humains qui sont composés de sensibles. Dans l’action culturelle, je stimulais leur sensible pour qu’ils puissent donner vie à une chanson, pour qu’ils puissent être vus dans l’espace public par leur création et non par leur statut d’handicapé ou de prisonnier. J’ai fait ça pendant 15 ans, de 1999 jusqu’à aujourd’hui. J’étais un acteur de la mise en mouvement du potentiel artistique de chacun.

Cette mise en mouvement prenait forme sous un acte artistique ?

L’idée, c’était de permettre à chacun d’être vu sous l’angle de la création et derrière, d’ouvrir une matrice de dialogue. Avec la personne elle-même déjà. Il fallait qu’elle écrive sur une feuille ce qu’elle pense, son point de vue, son doute, ses certitudes et ensuite confronter ce point de vue-là à un tiers. Ça peut être sa famille, son voisin, son éducateur. Le but était aussi de créer des passerelles entre les gens par la création. Reprendre confiance dans sa plume, dans ses mots c’est aussi reprendre confiance dans son corps, dans son image, dans le regard de l’autre.

Ce que tu viens de me raconter me donne une nouvelle approche de ce que tu racontes dans tes textes et m’explique pourquoi je ressentais une telle sensibilité en toi.

J’aime les gens. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont fait découvrir la signification du  mot amour. J’ai été élevé dans l’amour, j’ai été bien éduqué, je me suis fait mes propres armes avec le temps pour pouvoir essayer d’exister dans ce monde-là. Gamin, j’ai vu très tôt que les mots avaient un pouvoir. Les mots étaient une clé et plus on avait de clefs  plus on pouvait ouvrir des portes pour se faire comprendre et pour comprendre les autres. Parce que méditerranéen à la base, j’avais un peu de fierté, je voulais écrire mes propres textes pour ne pas que l’on parle à ma place. J’ai écrit mes premières chansons et quand j’ai vu que je pouvais dire ce que je pensais sur feuille, c’était important que chacun puisse dire aussi. Se permettre de faire tomber la carapace le temps d’un rapport avec la feuille, je trouvais cela essentiel. J’ai développé des ateliers d’expression où j’ai appris aussi à accepter l’autre, à découvrir ses angles de vue, comment l’autre va regarder une certaine réalité et va la regarder différemment de mon point de vue.

"Un camp" (live).

Tu t’es nourri de cette richesse et de cette diversité-là ?

Oui. Dans les champs lexicaux, dans les sensibilités, dans les façons d’exprimer les choses, dans la temporalité pour passer aux mots, pour passer du ressenti aux mots. Me nourrissant de cela depuis des années, j’avais besoin artistiquement de réinvestir ces acquis.

C’est-à-dire d’expulser ce que tu emmagasinais depuis des années ?

Je ne dirais pas les choses comme ceci. L’action culturelle en elle-même est nécessaire dans une société et elle est nécessaire pour moi, mais le fait de recevoir toutes ses paroles, artistiquement, j’ai eu un besoin individuel de dire, d’amener ce kaléidoscope de visions, de pensées, dans la société. Au travers de la langue française, c’est mon devoir de donner à voir des tableaux différents.

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Makja continue aujourd'hui les ateliers d'écriture.

C’est presque une mission ?

Oui, je le pense ainsi. C’est peut-être un peu dingue, mais en tout cas, j’ai pris ce chemin-là  pendant ces années. C’est un besoin et un devoir, on peut donc parler de mission.

Abandonner ton statut de directeur de ta structure d’Action Culturelle pour te lancer à fond dans l’aventure Makja, ce  n’est pas un peu risqué ?

Je ne peux pas faire les choses à moitié. Je n’avais pas envie de m’inscrire dans une direction de ressources humaines pour les prochaines années et ma fonction de directeur commençaient à m’y obliger. J’ai envie de secouer les pesanteurs, j’ai envie d’être la caresse et l’épingle, j’ai envie, au sein de la société, de capter l’attention, de livrer des œuvres et de stimuler le sensible chez celui qui le reçoit en disant « vous avez un pouvoir d’agir ». Ouvrir des prismes, des champs de vision qui sont autres.

Clip de "Seule".

Tes premiers textes datent de 1996 et nous sommes en 2016. Tu n’apparais au public que 20 ans après…

Quand j’étais tout gamin, je savais que j’avais un monde intérieur dense et j’avais du mal à connecter ce monde intérieur avec l’extérieur.

Une forme d’autisme ?

Je n’emploierais pas ce mot parce que je l’ai bien vécu. J’étais bien dans cet intérieur, une sorte de bulle dans laquelle je pouvais rester des heures.

Comment arrivent en toi tes premiers textes ?

Adolescent, je déménage. Je pars de la banlieue toulonnaise pour Bordeaux. J’arrive là-bas en pleine culture hip hop, dans les années 95, 96, 97 et là, j’écris mes premiers textes. Je trouvais ça hyper stimulant de se réapproprier la langue française et de dire les choses. Il y avait une certaine minorité qui prenait le micro et donc, il y a avait un rôle entre le mot et la société. J’ai rappé de 1996 jusqu’à 1999.

C’est à ce moment que tu animes tes premiers ateliers d’écritures en tant  qu’animateur de centre social.

J’ai travaillé avec des jeunes de 1999 à 2003. En 2002, j’ai monté une association et en 2003, j’ai monté la structure d’Action Culturelle.

Tu as toujours pratiqué, toujours écrit, dans une culture hip hop jusqu’en 2010.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec des cordes, un violoncelle, ça m’a touché et très ému. J’ai donc décidé de travailler avec des instruments « vivants » et, en 2012, est né Makja.

Tu as pas mal rappé dans des groupes, le solo, ce n’était pas ton truc.

J’ai appris de mes erreurs. Des erreurs de gestion de groupes. J’ai pris la décision de monter mon propre projet. J’ai décidé de m’entourer de celui qui voudra m’accompagner à la musique. J’écris des propos sur feuille et j’ai besoin de les habiller avec des couturiers qui vont essayer de dessiner la tenue. A chaque fois, ce sera une tenue singulière en fonction du morceau. Je n’arrivais pas avec une logique d’esthétique, je venais avec la réflexion de ce qu’il se dit dans une chanson, de quel allait être le propos et comment on allait pouvoir habiller tout ça.

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Makja reçoit le Grand Prix des Voix du Sud 2016 par Francis Cabrel et Elodie Suego.

La confrontation avec le public quand on est seul, c’est dur ?

On aime rencontrer un public accueillant et bienveillant, mais quand on crée, la bienveillance du public, il faut la mériter, elle n’est pas acquise. Je dis les choses parce que  je considère que c’est important que je les dise, mais un morceau peut ne pas passer. Quand on livre une œuvre, on n’est pas dans l’adhésion de fait. On est dans quelque chose qui est exposé. Ça peut questionner, ça peut mettre mal à l’aise. On n’est pas toujours là pour être la caresse.

Tu ne cherche pas à te demander si le public a aimé ou pas.

Quand on joue un jour en collège et le lendemain en prison et après en concert en appartement, on ne va pas avoir le même public et les résonnances ne vont pas être les mêmes. Peut-être que dans un lieu, la rencontre sera belle et que dans un autre, ça ne va pas le faire. On est dans une société qui est morcelé. Doit-on penser ses œuvres en fonction des lieux ? Non. On doit créer.

Il y a des latitudes différentes dans tes chansons.

Oui, c’est pour ça que j’emploie le terme « secouer les pesanteurs ». Il y a parfois des gravités, parfois de la légèreté. Il faut créer des contres points de vue dans cette société. Je n’aime pas la lisibilité immédiate dans une œuvre. J’ai fait le choix de venir sur scène défendre un texte et je viens avec tout ce que je suis. On a besoin des arts pour nous permettre de voir différemment.

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Pendant l'interview...

Depuis que tu te consacres entièrement à ton projet artistique, en apprends-tu plus sur Makja l’artiste ?

Pour moi, je suis un jeune qui vient juste d’arriver. Je braque le présent pour le faire mien, je veux qu’il soit en ma possession. J’en découvre tous les jours un peu plus. Je travaille la voix, le corps, pour ne pas tous les jours ressortir la même chose.

Tu pourrais être un gourou, dis donc !

C’est pour cela que je veux travailler le contre point de vue. Il n’y a pas de parole d’évangile. J’arrive et je dis que moi-même je suis dans les questionnements, dans les errances.

Pour quelle raison participes-tu à des tremplins, comme tu l’as fait au Pic d’Or?

C’est pour braquer. Se montrer. Dire « Makja est là ». Je me considère un peu comme un compagnon du devoir, parce que je fais de l’artisanat. Avec mes musiciens, nous sommes des artisans du sensible et on travaille la matière. Alors, partout où je peux montrer notre travail, j’essaie. J’ai bien prévenu mes musiciens que nous pouvions venir que pour un morceau. Je leur ai dit : « est-ce qu’on y va ou pas ? Moi, j’ai envie d’y aller ! » On est venu et on vous a rencontré pendant un morceau.

Puis pour d’autres morceaux.

J’ai vu beaucoup d’artistes sensationnels, des artistes à voix, à texte, le niveau était très haut. Tu sais que mon slogan est « Si tu ne vas pas au maquis, Makja viendra à toi », le Pic d’Or a été une très bonne opportunité de rencontres.

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Makja reçoit le Prix du texte lors du Pic d'Or 2016.

Tu as reçu le Prix du texte, mais tu aurais mérité aussi celui de l’interprétation. Tu préfères quel prix ?

C’est une histoire de regard. Je vis avec ces deux facettes, l’interprète et l’auteur. Le regard s’est posé sur le prix du texte.

Il y a avait plusieurs regards.

Oui, c’est en tout cas un curseur qui s’est arrêté sur moi et qui aurait pu s’arrêter sur quelqu’un d’autre. Je sais que je suis interprète, mais c’est Flow qui a reçu le prix. Elle me touche beaucoup et c’était plus que mérité. Moi, je veux être reconnu par mon interprétation, mais ce qu’il se passe derrière un tremplin, ça ne me m’appartient plus. Je ne m’arrête plus sur des choses qui ne sont pas dans mes cordes.

recto.jpgSi je te dis que lorsque l’on écoute ton EP, on ressent moins la force de ton interprétation et de tes textes que lorsque l’on te voit sur scène, ça t’embête ?

Non, parce que tu as raison. Makja ça se vit. On est touché ou non, mais sur scène, ça ne laisse personne insensible. Moi, en studio, je suis une petite graine. En  concert, je suis stimulé par ce qu’il s’opère autour. On a réalisé cet EP il y a déjà un an et demi, j’ai déjà beaucoup évolué depuis. J’ai de plus en plus de mélodies, la voix prend de plus en plus de place par rapport aux arrangements. Cet EP, c’est une photographie d’un instant, d’une période de création. Je pense que le deuxième sera très fortement différent. Mon boulot sera de faire vivre ses interprétations aussi en studio. Je pense que ce qui arrive est assez prometteur.

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Après l'interview, le 29 juillet 2016.

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24 juillet 2016

Lucas Gabriel : interview pour son premier EP

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Lucas Gabriel interprète des textes d’une beauté stupéfiante, enveloppée par le son aérien de sa guitare électrique. Ils nous bercent dans un univers mélancolique, où se mêlent mélodies aux influences anglo-saxonnes et aux paroles en langue française. Il vient de publier un premier EP chic et poignant.

Lucas Gabriel a tout pour réussir. Talentueux, sens évident de la mélodie, voix profonde qui touche au cœur, charismatique et beau garçon. Ce n’est pas cet EP (malgré ses nombreuses qualités) qui le fera exploser et le rendra populaire, mais l’album qui suivra. J’en fais le pari.

Après un premier rendez-vous manqué (à cause de ma légendaire étourderie, qu’il veuille bien me pardonner), le 29 juin dernier, ce jeune artiste parisien de 24 ans est venu à l’agence pour une première mandorisation… qui ne sera pas la dernière.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorBiographie officielle (un chouilla modifié) :

Spleen contemporain. C’est peut-être ce qui caractérise le plus la musique de Lucas Gabriel.
A l’écoute de son premier EP, on situe tout l’intérêt de l’artiste : les arrangements épurés font la part belle au timbre, et à une plume qui ose un lyrisme littéraire. «Comment fait-on pour vivre lorsqu’on se sait moyen ? » scande-t-il, insufflant un souffle singulier avec une verve désabusée. Lucas Gabriel a appris la musique en autodidacte.
Rapidement, il se met à écrire ses propres compositions, sans pour autant avoir l’ambition de faire sortir ses chansons de sa chambre. Néanmoins, presque par accident, il se voit du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène par Benjamin Clementine.

C’est en 2013, lorsqu’ils se retrouvent fortuitement dans le même hôtel pendant des vacances en Italie, que la route des deux hommes se croise pour la première fois. Lucas Gabriel est au piano quand Benjamin Clementine vient lui parler, avant qu’ils ne partent tous les deux dans un jam improvisé. Une amitié était née.

C’est près d’un an après leur rencontre que Benjamin Clémentine écoute pour la première fois les compositions de Lucas. Très vite, il lui a proposé de faire ses premières parties. Un coup de pouce, qui permet à Lucas Gabriel de monter seulement trois mois plus tard sur la scène du Transbordeur pour son premier concert, qu’il enchaîne avec deux Trianon.

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Seul sur scène, accompagné par une voix riche et trainante à la Bashung et une guitare claire façon Jeff Buckley, la réponse du public est immédiate.
Lucas Gabriel s’entoure désormais de deux musiciens, un bassiste et un batteur, venus enrichir le projet, sans rien enlever à l’intensité et à l’intimité avec la salle. Il décide alors d’enregistrer son premier EP, entièrement autoproduit et masterisé par les soins de Chab.
On est saisi par ses ballades intimes, perdues dans l’écho d’une guitare douce. 
Après avoir été sélectionné pour les auditions parisiennes des Inouïs du Printemps de Bourges, Lucas Gabriel a récemment remporté le prix du jury et le prix Beside Label au tremplin Sorbonne Live.

lucas gabriel,ep,interview,mandorL’EP :

Avec « Seul dans le Noir » et « Ni Anges Ni Dieux », Lucas Gabriel affectionne les ambiances de fin de nuit, les mélancolies de derniers verres. « Drifting Away » est une promenade dans un Paris spleenétique, pleine de fulgurances poétiques. Dans « Sentiments En Soute », Lucas Gabriel chante les affres désordonnées des jeunes amours. Çà et là, on entend quelque chose de Léo Ferré, dans son lyrisme à fleur de peau, sa fragilité vocale quasi-exubérante. Bien qu’ayant fait le choix d’écrire et de chanter en français, Lucas Gabriel opère un joli mélange des genres, citant à l’envie aussi bien King Krule ou Ry X que Benjamin Biolay parmi ses influences.
Tout au long de l’enregistrement, c’est une image un rien romantique qu’il dessine, celle d’une jeunesse qui « ne croit plus à son destin » et qui, à défaut de spiritualité, retrouve un peu de mysticisme dans la musique.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la musique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et, assez rapidement, mes propres compositions. C’était à l’époque où il y avait les « baby rockers », comme les BB Brunes. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Tout a commencé en première année de Sciences-Po Lyon, je crois ?

Oui, j’ai rencontré un garçon qui était à fond dans l’espoir de gagner sa vie avec la musique. Il avait trouvé un manager qui lui avait demandé d’écrire des chansons en français et, comme on partageait les mêmes goûts en matière de littérature, il m’a demandé de l’aide. J’ai accepté et je me suis rendu compte qu’écrire commençait à me plaire sérieusement. Comme je lui envoyais les chansons interprétées par moi, il m’a fait remarquer que je chantais bien et il m’a conseillé de persister dans cette voie. Ca été mon déclic pour me lancer sérieusement dans cet art-là.

Tu n’échapperas pas à la question sur ta rencontre avec Benjamin Clementine.

Il y a trois ans, je l’ai vu par hasard en concert en première partie de Sébastien Tellier et j’ai commencé à le suivre sur les réseaux sociaux. Quelques temps plus tard, je suis parti en vacances avec mes parents et mon frère et, coïncidence, Benjamin était au même endroit et dans le même hôtel. Il y avait un piano, avec mon frère ou s’amusait à jouer un peu n’importe quoi. Puis nous nous sommes assis pas très loin. Après nous, Benjamin s’est mis au piano puis il s’est retourné pour me demander si c’était bien moi qui jouais au piano précédemment. Aujourd’hui, nous sommes devenus potes.

Mais, quand tu étais dans cet hôtel lui as-tu dit que tu faisais des chansons ?

Non, je préférais avoir une relation amicale et désintéressée. Mais, un peu plus tard, sous l’insistance de mon frère, j’ai fini par lui dire. C’est là qu’il m’a proposé direct de faire ses premières parties.

La première fois, c’était au Transbordeur de Lyon.

Oui, la scène est immense. J’ai mis un tabouret au milieu, j’ai pris ma guitare et je me suis lancé. C’était super impressionnant, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise. J’ai ressenti des sensations extraordinaires et inconnues de moi jusqu’à présent. De plus, les retours du public étaient sympas. J’y suis allé sans savoir à quoi m’attendre. Le but était juste de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas décevoir Benjamin.

Clip de "Drifting Away".

Tu as enregistré un EP assez rapidement, je trouve.

J’étais frustré que les gens qui venaient me voir en concert ou qui me découvraient un peu par hasard, au grès de premières parties, ne puissent pas acheter un disque en sortant. Et pire, encore, l’idée qu’ils ne trouvent rien en tapant mon nom sur Google me dérangeait franchement. D’où la décision d’enregistrer très vite 5 chansons. C’est une carte de visite, une trace.

Si tu n’as pas encore beaucoup de presse, ce que je lis sur toi est fort élogieux.

Je me dis que les gens n’écrivent sur quelqu’un que s’ils aiment bien. En tout cas, il faut être indulgent. C’est un premier disque, fait tout seul.

Je le trouve très joli et bien produit. Il n’y a pas de fioritures, tu vas à l’essentiel. De plus je te félicite de chanter en français. Habituellement, ceux qui jouent le genre de musique que tu fais chantent en anglais.

Je veux mettre en avant, la voix, le texte et la musique. C’est important que je puisse être compris à ces trois niveaux. Quitte à écrire en français autant faire un effort sur le style et sur le propos. Je chante en français pour faire vivre la langue française. Je trouve que c’est important.

"Sentiments en soute", live à la Maroquinerie, en janvier 2016 dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges.

En France, on a tendance à juger un morceau d’abord sur le texte, ensuite sur la musique.

Sans être condescendant, je n’aime pas que l’on me dise que je fais de la chanson française. Je préfère dire que je fais de la chanson en français, parce que le texte n’est pas ce qui définit ma musique.

On te compare à juste titre à Jeff Buckley, il y a pire comme référence.

Je sais que ça permet de situer le genre, mais je ne peux pas décemment dire : « vous avez raison, ma musique rappelle Jeff Buckley ! ». Ce serait prétentieux.

Vocalement, j’ai lu que ta voix se rapprochait de celle de Biolay, moi, elle m’a rappelé parfois celle de Bashung. Pourtant, tu as ta propre identité vocale, je te rassure.

Cela dit, tous ces artistes cités, sont des gens qui font partie de ma culture musicale, même si j’écoute beaucoup de choses. Le seul dont je connais toute l’œuvre par cœur, même les chansons rares, c’est Gainsbourg. Bashung, je ne connais pas plus que ça.

"Comment Fait-on ?" (Live Session)

Penses-tu avoir trouvé ta voix ?

Un peu plus, grâce aux concerts. Chanter, c’est se mettre à nu. Au début, j’avais une voix monocorde, je n’osais pas trop la mettre en avant. Je ne m‘étais jamais défini comme chanteur, aujourd’hui, je commence à comprendre ce que je peux faire avec ma voix !

Es-tu pudique, timide dans la vie ?

Disons que je suis assez réservé. Dans un premier temps, je ne parle pas trop. J’observe. Ensuite, je me décoince petit à petit. Pour ne rien te cacher, en ce moment, je fais des efforts de sociabilité. C’est paradoxale avec ce que nous sommes en train de faire tous les deux, mais par exemple, parler de moi, ce n’est pas quelque chose que j’aime et que je fais facilement. Ca me met mal à l’aise.

Ce métier te permet-il de sortir des choses qui sont en toi ?

Ce qui permet d’exorciser pas mal de trucs, c’est l’écriture. C’est un sacré exutoire. En plus, recevoir des retours de gens que je n’ai jamais vu, qui me disent qu’ils ont été touchés, m’encourage à continuer.

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Pendant l'interview...

Que t’as apporté cet EP ?

Cela m’a permis de rencontrer des gens du métier. D’ailleurs, des choses se précisent… mais je ne peux pas t’en parler.

(En fait si, mais il m’a demandé de garder ça en off. Mais si cela se concrétise, c’est du lourd !)

Dans la génération actuelle d’artistes français, il y a des gens que tu aimes bien ?

Fauve, par exemple. Ils ont eu beaucoup de succès, mais ils ont pris pas mal de coups, de critiques, alors que leur projet était canon. Je les trouve sincère et ils ont décomplexé pas mal d’artistes par rapport à la langue française. J’aime aussi beaucoup Feu ! Chatterton, Radio Elvis ou encore Grand Blanc. Comme moi, ils ont une culture très anglo-saxonne, mais gardent leur culture française.

Pas de femmes ?

Si, j’aime beaucoup Alma Forrer. Clara Luciani aussi. Cette dernière n’est pas encore très connue, mais je suis sûr que dans moins d’un an, tout le monde parlera d’elle. Je fuis les artistes qui sont dans le revival. J’aime ceux qui renouvellent la chanson et qui propose des choses qui n’existent pas encore dans le paysage musical français.

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Après l'interview, le 29 juin 2016, à l'agence.

31 mars 2015

Camille Saillant : interview pour son premier EP

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« Rêves de gloires perdues et fantômes personnels planent au-dessus des chansons de Camille Saillant. Elle s'y livre, sans pudeur ni mensonges ». J’ai découvert Camilla Saillant parce qu’un ami, Benoît Clerc, lui écrit et compose des chansons. J’ai été charmé par la personnalité (un peu exalté) et le talent de la jeune femme (comédienne et chanteuse). Je suis donc allé la voir aux Trois Baudets le 10 mars dernier et j’ai rarement vu une salle si enthousiaste pour une artiste encore inconnue. Trois jours plus tard, j’ai reçu Camille Saillant à l’agence pour sa première mandorisation.

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteBiographie officielle :

L’amour, la cocasserie, la douleur, le regret et la volupté sont les événements les plus communs et les plus intimes au monde.
Camille Saillant chante les siens et ils paraissent être de votre vie. À une époque de surenchère artistique, elle trouve ce qu’il y a de mutuel dans la musique : une mélodie, un texte, et une voix qui donnent envie d’être dans la même pièce qu'elle.
On l’écoute comme on peut aller, dans sa mémoire, renouer avec quelques gloires secrètes, nos frasques d’enfant, cet au-revoir qu’on a dit mais qu’on ne pensait pas, et les chemins délaissés du passé qui sont une réserve d’aventure.camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissette

Camille Saillant chante en noir et blanc parce qu’elle raconte les choses qui ne mourront jamais.
Démonstratif et ambigu, bienveillant et un peu vache, son premier EP arrive sur la scène de la chanson française au printemps, quelque part entre les esprits d’Emily Loizeau et de Bashung.
Aux côtés de l’auteur/compositeur Benoît Clerc, accompagnée par le Studio des Variétés, arrangée par Frédéric Féraud et mise en émotion par ses musiciens, elle prépare un premier album. En attendant, son premier EP, est sorti le 10 mars 2015.

Vous pouvez écouter les quatre chansons de l'EP ici!

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camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteInterview :

Comme je n’avais jamais entendu parler de toi, je vais te poser une question un peu brutale : d’où sors-tu ?

Je chante depuis longtemps, mais je me suis surtout occupée de ma vie de comédienne. J’ai été aussi assistante de prod dans l’audiovisuel, journaliste déco… j’ai fait pas mal de choses avant de me lancer dans ce projet. Le chant m’a toujours attiré, mais j’ai mis du temps à me lancer dans la musique.

En te voyant pour la première fois sur scène, aux Trois Baudets, j’ai eu le sentiment de voir en Camille Saillant un personnage, pas une simple chanteuse qui débute. J’ai vu un look et un comportement étudié, contrôlé. Ai-je tort ?

Ah bon ? Ça veut dire que je fais bien mon travail. Le fait d’avoir été comédienne me nourrit aujourd’hui dans cette nouvelle activité. J’ai commencé ce projet en épousant ce que me proposait l’auteur compositeur Benoît Clerc. Ce qu’il me proposait me plaisait, mais je n’ai pas décidé de faire de la chanson française un peu folk. J’aime bien quand Barbara dit : « Je suis une femme qui chante ». Je me sens plus une femme qui chante qu’une chanteuse. J’ai envie de chanter les histoires que je raconte en cherchant la vibration du chant. J’ai beaucoup plus de plaisir à chanter qu’à jouer, en fait.

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As-tu pris des cours de chant ?

J’ai commencé à prendre des cours de chant il y a longtemps, mais de manière assez épisodique, voire même décousue. Tant que je ne me lançais pas réellement, il y avait d’autres projets qui venaient télescoper ce profond désir. Plus le désir est grand pour moi, plus il est effrayant, parce qu’à chaque fois, j’y mets beaucoup de moi-même. Maintenant que je me suis engagée dans cette aventure, je ne sais pas ce qui aboutira, mais je sais que j’irai le plus loin possible. J’y vais à fond et je m’y consacre totalement.

Comment peut-on qualifier ta musique ?

C’est de la chanson française traditionnelle très écrite. Les textes sont vraiment devant, car j’y attache beaucoup d’importance. Cela dit, la direction artistique, de concert en concert, devient de plus en plus rock. Ce n’est pas encore Alain Bashung ou Joseph d’Anvers, mais c’est le chemin que je veux prendre.

Avec la personnalité que tu as, tu devrais écrire avec Benoît et même essayer quelques textes seule, je suis sûr qu’il en sortirait quelque chose d’original.

Au début, j’étais très frileuse sur la question parce qu’il y a beaucoup d’auteurs que j’admire. A ce propos, j’ai un ami que tu connais, Olivier Bas (du Studio des Variétés), qui m’a conseillé, presque ordonné d’écrire mes textes. J’en ai écrit un, « Super », que Benoît a mis en musique. Je suis assez tiraillée parce que j’aime beaucoup les textes de Benoît et, à la fois, je sens que ça va être un enrichissement de chanter mes textes.

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Que représente l’EP qui vient de sortir ?

C’est une étape importante, une carte de visite et un investissement important en énergie.

Et un investissement financier ?

A ce niveau-là, j’ai beaucoup de chance car j’ai un mécène qui a financé l’EP. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié. Il m’a toujours suivi et soutenu. 

On peut savoir qui est cet homme ?

Non. Il m’a donné de l’argent de manière discrète et désintéressée, alors je ne vais pas donner son identité. Je l’appelle LC dans les remerciements du disque.

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons. C’est un sujet universel.

Universel et, finalement, inépuisable. Comme le dit la chanson, les histoires d’amour finissent mal. Souvent en tout cas. Je parle aussi des amours saphiques, l’amour entre deux femmes. C’est un sujet que j’aborderai encore. Je n’ai pas envie de l’épuiser, car c’est un sujet qui me touche particulièrement et qui me concerne.

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Pendant l'interview...

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteVous êtes nombreux à sortir des EP ou des albums et beaucoup sont talentueux. Sais-tu que tu t’apprêtes à mener un long combat ?

Je le sais parfaitement. Je sais aussi que personne ne m’attend. Je n’ai aucun rendez-vous, pas de bureau, aucun collègue, ni patron. C’est une aventure et tant que je vais au bout d’elle, peu importe le résultat. J’ai une foi en la vie qui est assez forte. Je ne me sens pas meilleure que plein d’artistes que j’écoute, mais je suis certaine que ce projet va aboutir à quelque chose de sérieux. Je n’ai jamais ressenti une telle intensité de réussite avant cela.

Tu me sembles pressée de réussir.

Non, je suis impatiente. Il y a une nuance. Je suis impatiente, mais je suis contente de me mettre des échéances. Je sens une certaine incandescence en moi, ce qui me rend très volontaire. Je ne suis pas pressée parce que je ne veux pas non plus bâcler ce que je fais.

Tu te donnes combien de temps pour vivre de ton projet ?

Je ne me donne pas dix ans.

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"Dès que la sécurité les auront relâchées, elles te donneront un spectacle que tu n'oublieras pas de si tôt! Fougue, insolence et sex appeal au rendez vous."

Le 1er avril, tu es sur scène au forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine avec Pauline Paris et Geneviève Morissette pour « Les filles qui s'affichent ».

C’est une rencontre par l’association « Les beaux esprits ». Garance m’a invité récemment à jouer avec elle, ainsi que Geneviève. Gilles Tcherniak, du Forum Léo Ferré, cherchait un co-plateau un peu décalé et décapant. Il a pensé à nous trois, mais Garance n’était pas libre, donc Geneviève a proposé à Pauline.

Tu espères quoi aujourd’hui ?

J’espère écrire des textes moi-même et qu’ils soient mis en musique. Je souhaite aussi faire un album et que les professionnels le remarquent.

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Après l'interview, le 13 mars 2015.