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19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

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(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :david assaraf,ep,interview,mandor

David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

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david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

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(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

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Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

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A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

14 mai 2018

Lembe Lokk : interview pour l'EP Comment te traduire

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Qui n’a pas rencontré la chanteuse estonienne Lembe Lokk ne peut pas comprendre ce personnage aux 1000 vies. Il a été d’ailleurs extrêmement compliqué pour moi de résumer son parcours au maximum afin qu'on le comprenne.

« Elle interprète des chansons libres, dans un français qui se questionne et qui s’exulte. On y retrouve des textes sur l’exil et l’amour, sur l’autre qu’on essaie de comprendre. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme » est-il indiqué dans une biographie.

Le 24 mars dernier, nous nous sommes retrouvés une heure en terrasse d’un café des Grands Boulevards.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorBiographie officielle :

D’origine estonienne, Lembe Lokk est une chanteuse et comédienne versatile, poétesse publiée et performeuse dans l’espace publique. Un éclectisme assumé qui donne toutes ses couleurs à ses chansons, à sa voix, aux histoires qu’elle raconte.

L’univers de cette chanteuse et musicienne est à la fois très charnel et poétique. Sa voix navigue avec sincérité entre le simple parler-chanter, une étendue lyrique et la force d’une rockeuse. Elle évoque tour à tour la sensibilité d’une Barbara, l’étrangeté d’une Laurie Anderson ou encore de Diamanda Calas ou bien la force et le magnétisme d’une Annie Lennox. Sa présence est simple et profonde, elle laisse volontiers voir sa fragilité d’humain et partage avec générosité sa poésie. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme.

Le disque (argumentaire officiel):lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Comment te traduire est un EP de 6 titres en français, écrit et composé par Lembe Lokk. Un enregistrement studio live avec le violoncelliste Karsten Hochapfel, volontairement épuré et acoustique pour rendre hommage à une belle série de concerts (semi)acoustiques que l’artiste a effectuée depuis un an et pour donner un aperçu de son univers. Des « chansons en liberté » selon les uns, des textes qui ouvrent de nouvelles portes sur la langue française, selon d'autres.

Habituellement, l’écriture de Lembe Lokk se fait tour à tour dans trois langues : le français, l’estonien, l’anglais. Dans son EP, elle a pourtant choisi de se concentrer sur la langue française pour mieux creuser sa poésie et les questions qu’elle fait surgir. Ainsi dans ces chansons, elle questionne sa place entre lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorses origines estoniennes et sa culture d’adoption, la compréhension (im)possible entre deux êtres, l’absence, la distance, la présence à soi-même. Elle joue également de la langue française comme d’un instrument, avec l’acuité et le décalage d’une étrangère qui en fait une musique autant qu’un récit.

Sur ce disque, il s’agit bien de la chanson, mais nous sommes loin des structures habituelles et des formules. D’une balade transe à une chanson fleuve chantée-parlée avec maîtrise et sensualité on passe par des envolées vocales et mélodies inattendues. Un timbre de voix personnel et agréable, des arrangements simples qui font ressortir toute la beauté des chansons. Un dialogue entre deux musiciens extraordinairement sensibles et à l’écoute l’un de l’autre.

Musiques et paroles de Lembe Lokk
Réalisé par Malcolm Crespin
Enregistrement "live" & mixage par Ambroise Boret @ BKLEX Studio (Montreuil)
Mastering : Raphaël Jonin

Lembe Lokk : chant, guitare (sauf sur « tiens »), chœurs
Karsten Hochapfel : guitare portugaise, guitares, violoncelle, chœurs

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lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie d’artiste en France ou en Estonie ?

J’ai commencé ici. J’écrivais depuis toujours, mais c’est une part de moi que j’avais oublié pour d’obscures raisons. Après le bac, je rêvais de devenir comédienne, mais je ne suis pas allée au bout de ce rêve dans mon pays. J’ai fait toutes sortes de choses très différentes. De la céramique et du dessin, mais je n’ai pas osé faire les Beaux-Arts. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. J’ai fait aussi un peu de théâtre et j’ai chanté dans une chorale pendant 10 ans. Mais je n’avais pas l’impression d’avoir une vie artistique. J’ai fait beaucoup de choses : secrétaire de nuit du président d’Estonie pendant un an, assistante réalisatrice, journaliste pigiste. L’Estonie est un petit pays, je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

En France, tu as « bourlingué » avant de devenir artiste.

Je suis arrivée le 27 décembre 1997. En arrivant, j’ai gardé des enfants, j’ai vendu des glaces, je distribuais de flyer…

Mais pourquoi es-tu venue en France ?

Pour étudier les cultures africaines. Je t’explique sans trop rentrer dans les détails, car c’est assez compliqué. En Estonie, j’ai étudié la philologie russe, pendant ce temps-là, un grand chagrin d’amour m’a frappé. J’ai vu une petite annonce à l’université qui disait en substance : « cherche étudiant d’échange pour aller vivre au fin fond de la Russie ». Comme j’étais perdue, j’ai postulé et je suis partie. Là-bas, j’ai rencontré des africains qui m’ont donné envie de partir en Afrique. De retour en Estonie, je me suis retrouvée dans une soirée où se trouvait aussi l’attachée culturelle française. Je lui ai expliqué que j’avais comme projet d’étudier les cultures francophones africaines. Elle m’a répondu qu’elle avait justement une bourse pour cela que personne n’a demandée. Elle m’a donc proposé d’étudier ça à Paris trois mois après. C’est ainsi que je suis arrivée dans la capitale française.

Une nouvelle série en coordination entre Only French et Mandolino : Chanson Voyage.

Le ministère de la culture estonien t’a récompensé pour ton travail sur la culture à Paris. Pour quelles raisons ?

J’ai créé une école estonienne à Paris en 2008. Quand j’ai eu ma première fille, j’ai constaté que toutes les théories sur le bilinguisme s’avéraient complètement fausses. Je lui parlais en estonien, elle me répondait toujours en français. Un jour, elle m’a dit : « si tu ne veux pas que je te parle en français, j’attends que papa rentre et je lui parlerai (rires). Du coup, j’ai souhaité qu’elle voit d’autres enfants estoniens et j’ai créé cette école. Je chantais aussi avec un groupe estonien en estonien et j’ai participé à l’organisation de la saison culturelle estonienne de l’Institut Français en 2011. On a donc jugé que je devais être récompensé pour tout ça.

Et un jour tu décides de devenir chanteuse…

Un mercredi soir, à 20h, j’ai décidé de devenir chanteuse. Je me souviens de ce moment précisément. Je m’étais tellement cachée ce désir que mon corps s’est battu contre sa réalisation. Quand j’ai pris la décision de devenir chanteuse, mes poumons se sont remplis de ganglions et mon corps à gonflé. J’ai été hospitalisé et j’ai été sous cortisone pendant des années. Pour la médecine française, j’aurais dû rester comme ça. J’avais 25 ans, je marchais comme une mémé… Aujourd’hui je suis complètement guérie. 

Making of de l'EP Comment te traduire.

Parlons de cet EP. Les chansons du disque te sont arrivées rapidement ?

Il a fallu que je m’instaure une discipline. Je me suis trouvée un endroit pour travailler au calme. J’ai fait comme si j’allais au bureau tous les matins. Je me mettais devant mon clavier et à ma guitare et j’écrivais ou composais mes chansons.

Les chansons « Comment te traduire » et « T’inquiète pas » viennent de textes que tu as présentés à un festival de poésie, c’est ça ?

Oui. Mais je trouvais que ces textes méritaient de devenir des chansons. J’ai fait en sorte qu’elles le deviennent un an plus tard.

Dans ce disque, tu chantes, tu parles, il y a des envolées lyriques. C’est très déstructuré… tu te rends compte que tu casses les codes de la chanson ?

Non. Ce n’est pas volontaire en tout cas. Je ferai attention pour le prochain album (rires).

Je ne dis pas ça dans un sens négatif, au contraire. C’est ce qui fait ton style et ton originalité. Tu devrais continuer comme tu as commencé.

En fait, je doute de moi. Dès que l’on me dit quelque chose sur mon travail, je ne sais pas si c’est bien ou pas.

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Le 2 mars 2018, Lembe Lokk au  TEDx de Tallina Vangla en Estonie, dans la prison de Tallinn Magasini. dans le pris

Tu es d’origine estonienne, mais tu maîtrises parfaitement notre langue.

On m’a dit que j’avais une écriture surprenante. Ce doit être parce que pour les français, la langue française est une routine. Moi, je ne connais pas cette routine, alors j’écris autrement. Je dois la maîtriser le mieux possible, alors je fais attention à chaque mot.

Peut-on dire que c’est un disque aux textes graves ?

Tu trouves que c’est grave ? Je n’ai pas l’impression tant que ça. Pour moi, c’est poétique. Les histoires « lourdes » que je raconte, j’ai l’impression de les tourner de façon à ne pas plomber l’ambiance.

On sent une profondeur dans ta poésie…

Je n’essaie pas de cacher ma fragilité, ni mes émotions, du coup ça libère les gens dans leur fragilité. Ca les autorise à être fragile également. Les gens pleurent parfois sur mes textes. Mais c’est souvent sur mes chansons en estonien. Je crée peut-être des vibrations qui font vibrer les gens, je ne sais pas.

"Il est si tard", version audio.

Tu es auteure, compositrice, interprète, mais aussi comédienne, performeuse… peut-on dire que tu es artiste et point barre.

Je pense que c’est la solution. Je me pose la question régulièrement : est-ce bon de partir dans tous les sens ? Aujourd’hui, je laisse plus de place à la chanson, parce que je reconnais que j’aimerais que mon travail de chanteuse trouve son public. Je commence à voir ce que mes chansons provoquent sur les gens, du coup, j’ai envie qu’il y en ait encore plus qui traversent les émotions que je propose.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ?

Tu as raison. Je ne peux pas m’empêcher d’écrire des textes qui ne deviendront pas des chansons et j’ai plein d’idées de performances que je n’ai pas encore réalisées. Si je veux que « l’autre » m’entende, il faut que je me rende compréhensible, d’une manière ou d’une autre. Mais au fond, il y a une logique et une cohérence à ce que je fasse toutes ses choses.

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(Photos extraites du spectacle M.A.MA.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion).

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorOui, là par exemple, tu joues dans une pièce de théâtre. Tu as été engagée parce que tu es chanteuse.

Je joue dans une pièce de Nadège Prugnard,  M.A.M.A.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion. J’y fais aussi une sorte de performance. J’adore m’adonner à des trucs excentriques, bizarres…

(Pour en savoir plus sur toutes ses expériences, lire ici, à la rubrique : Autrement…)

Parle-moi du clip de « Comment te traduire » dont l’animation est signée Barbara Creutz et qui a été déjà sélectionné à TMFF à Glasgow (Ecosse) et Simply Shorts Film Festival à Brisbane (Australie).

C’est une artiste qui a fait le clip de mon premier groupe Rouge Madame, « Kaua », mais surtout, elle fait des vidéos pour des opéras du monde entier. Elle a aussi réalisé des films d’animation. Avec elle, on a estimé qu’il fallait créer toute une imagerie. Comme un couple, on a traversé des moments pas évidents et on a fini par sortir quelque chose qui m’a convaincu à 100%.

Clip officiel de "Comment te traduire" de Lembe Lokk par Barbara Creutz.

Il y a aussi un joli livret avec tes textes et ses dessins. Par contre il est plus grand que l’EP.

Il s’agit d’un EP, donc ce n’était pas cohérent de faire une énorme dépense de livret. Du coup, on a voulu que ce livret soit quelque chose que l’on conserve indépendamment du disque. Nous étions frustrées de ne pas pouvoir publier, Barbara ses dessins et moi mes textes. La personne qui a fait la mise en page du disque et du livre m’a proposé de faire un livret de la taille d’un 45 tours. Ça reste un format musical, mais qui n’a rien à voir avec un EP.

Tu les vends à la fin de tes concerts.

Oui et sur la boutique de mon site.

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Après l'interview, le 24 mars 2018.

03 octobre 2017

Gatica : interview pour son premier EP

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

« Gatica vous confie des secrets, des chagrins, d’amour surtout… qu’elle aurait lu, entendu, vu... ou vécu. Les personnages défilent, comme au cinéma, et l’on rit souvent, ici, de l’absurdité de la vie. »
Après avoir chanté pour différents groupes, notamment 26 PINEL, Gatica livre maintenant ses propres chansons et son  monde plus personnel. C’est beau, c’est fort, c’est écrit remarquablement. Sa voix me transporte, me file la chair de poule, me fascine. Bref, j’aime et  recommande vivement l’écoute de ce premier EP.

Demain, elle est au Divan du Monde pour le concert de sortie du disque. Avant-hier (le 1er octobre), nous nous sommes retrouvé sur une terrasse pour parler du présent (et un peu du passé, c’est si lié…)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorL’EP (argumentaire officiel) :

Paroles et musique : Alexandra Roni Gatica

Enregistré et mixé par François Gueurce à la Cave à son

Masterisé par Pierre Luzy - Music Unit -

Coréalisé par François Gueurce et Alexandra Roni  Gatica

Musiciens : Lola MaliqueFrançois PuyaltoGuillaume FarleyHalima KaFrançois-Xavier FIXICôme Aguiar et un chœur de filles.

C’est une invitation à se retrouver loin du tumulte mais au plus près de nos émotions, en un lieu indéfinissable, où les secrets se dévoilent et s’oublient aussitôt.
Où les langues se délient, où l’on parle d’amour partagé ou pas, heureux ou désespéré, charnel, charmant, chargé … mais ou la drôlerie se fait sa place même si c’est parfois celle du rire du désespoir.
L’on y croisera des reines, des fous, des anges, des loups garous, des volcans, des forêts, des mers à perte de vue …et la nature reprendra toujours le dessus.

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorInterview :

Tu es arrivée du Chili à l’âge d’un an à Nancy.

Ni moi, ni personne de ma famille n’a une goutte de sang français. Ma mère est arrivée en France un peu par accident, ce n’était pas du tout un souhait, ni prévu. Au départ, elle devait venir pour trois mois et on est encore là aujourd’hui. De par ma mère avec qui j’ai grandi, la culture chilienne était très présente dans ma vie. Je peux quand même dire que ma culture est double. Maintenant que je suis adulte, je recherche encore plus mes racines… C’est un classique : si on n’est pas dans le pays où l’on est né, on a un besoin vital de retour aux sources.

D’où te vient ce goût prononcé pour la musique ?

A 7 ans, ma mère m’a demandé de choisir un instrument. Pour elle, ça faisait partie de mon éducation. C’était une évidence, je n’avais pas le choix, il fallait que je joue d’un instrument. Je la remercie aujourd’hui, mais à l’époque, je n’étais pas hyper motivée. J’ai choisi le violon parce que je croyais que c’était facile. Je me suis fait virer au bout de 6 mois, soit disant parce que j’avais les mains trop grandes. C’est plutôt parce que les classes de violon étaient surchargées et qu’ils ouvraient une classe d’orgue électronique. Ils ont insisté pour que j’y entre. Je ne le regrette pas parce que l’éducation musicale développe des choses dans le cerveau que d’autres activités ne développent pas forcément.

Et à l’école, tu faisais de la musique ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Le directeur de l’école primaire où j’étais était un passionné de musique. Il arrivait d’Alger où il travaillait à l’opéra de la ville, il était un chanteur lyrique, précisément un ténor. Il a donc monté une chorale d’école. Il nous a fait jouer à l’extérieur, dans le sud de la France notamment. Quand on a fini l’école élémentaire, il a souhaité que l’expérience perdure. Il a monté un atelier théâtre et j’y ai participé. Je me suis rendu compte que j’aimais investir des personnages et monter sur une scène.

Peu après, tu as commencé à chanter dans des groupes de rocks progressifs.

Oui, et je me suis très vite cassé la voix parce que je faisais n’importe quoi. A 14 ans, j’ai souhaité prendre des cours de chant lyrique avec ce directeur d’école, mais je voulais adapter ces nouvelles connaissances à de la musique plus moderne.

Tu as suivi ensuite des études de cinéma pour devenir comédienne.

Oui, à l’Université Paris 1, ensuite je suis rentré au Conservatoire du Xe arrondissement, section Théâtre. J’ai fait trois ans d’art dramatique là-bas. Parallèlement à ça est né le groupe 26 PINEL.

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorC’est un groupe qui a rapidement bien fonctionné.

Il se passait plein de trucs géniaux, alors que le théâtre, c’était très difficile. On dépensait une fortune pour passer des castings pour des plans même pas intéressants. J’ai très vite arrêté parce que je n’avais aucun contact dans le milieu. La musique a représenté soudain la liberté. J’allais pouvoir faire ce que je voulais et non ce qu’un metteur en scène allait éventuellement me demander de faire. Avec 26 PINEL, ça se passait bien. On a eu très vite des touches, du coup, nous sommes très vite partis en tournée et nous avons enregistré deux disques.

Comment es-tu rentrée dans ce groupe ?

A la base, ce groupe faisait des reprises de chanson françaises, mais il n’avait pas de chanteuse. Dans un atelier jazz, à la fac, j’ai rencontré un violoniste qui m’a proposé de faire partie de cette formation. Pendant un an, on reprenait des chansons françaises « traditionnelles » et le guitariste a commencé à écrire des chansons. Elles étaient superbes.

Cette aventure a duré 10 ans.

C’était des années géniales. Après, à côté, j’avais plein d’autres activités musicales. Au bout de 10 ans, on a envie d’autre chose. Quand on a arrêté, je suis devenue la chanteuse d’un groupe de jazz, soul jazz, pop jazz. Nous ne faisions que des mesures impaires et je chantais en anglais. On a enregistré un album chez Harmonia Mundi. C’était très classe, mais ça demandait un gros travail technique.

En 2003, en parallèle tu rencontres le Quartet Buccal.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Oui, mais c'est en 2006 que le groupe m’appelle pour savoir si je suis partante pour prendre le rôle de l’une d’elle, qui partait vivre dans le sud. J’ai accepté et ensuite, nous avons fait deux créations ensemble.

Ton EP est-il la somme de toutes tes expériences musicales ?

Bien sûr. Et  pour la première fois, j’ai écrit une partie des textes. J’avais très envie, mais je n’osais pas trop.

Le problème venait d’où : « Ai-je assez de style ? » ou « Suis-je trop pudique pour me raconter » ?

Un peu les deux. Quant à la question de la pudeur, je n’ai pourtant pas l’impression de ne raconter que ma vie. Je raconte aussi celles des autres.

Tu as une passion des mots et des belles écritures.

J’ai donc un complexe envers mon écriture. Je mets la barre très haute. Je crois que j’ai fait du théâtre aussi pour ça. Enoncer des alexandrins. Parfois, je le fais sur scène.

Tu es exigeante envers toi-même sur tes textes ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Il faut qu’ils me plaisent plus qu’une journée, qu’ils tiennent longtemps. Au moins un mois, sinon, c’est loupé.

Il y a des textes anciens dans l’EP ?

Il y a tout le passé. Il y a des notes prisent il y a 15 ans, des bouts de phrases que  j’ai laissé de côté pendant des années. Quand j’ai décidé d’écrire, j’ai ressorti de vieux cahiers. Le tout est mélangé avec de nouveaux textes. Parfois, les deux s’intègrent.

Tu ne travailles qu’avec des gens avec lesquels tu t’entends bien ?

Absolument. Le côté humain est primordial. Des musiciens talentueux, il y en a plein, du coup, je m’épargne d’aller vers ceux qui sont « casse-couilles ». L’humain à une place importante pour moi, parce que ce que l’on fait touche à l’humain, l’artistique touche à l’humain, aux émotions.

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(Photo : Maryline Jacques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorParle-moi de François Gueurce, ton corélisateur?

Nous ne nous connaissions pas. On a fait un test sur une chanson, en deux  jours. On a réussi à travailler ensemble si facilement que c’est devenu une évidence. 

Et tes musiciens ?

Guillaume Farley est venu faire une basse, François Puyalto en a fait deux, de fil en aiguille, je me suis dit qu’un piano serait intéressant. J’ai appelé Fixi qui a accepté immédiatement. On se connait depuis longtemps, j’ai fait des chœurs sur tous les disques de Java, d’R.wan, Fixi avec Winston McAnuff… et on joue ensemble dans le collectif Ultrabal.

C’est amusant parce que tu es dans le métier depuis longtemps avec 1000 expériences et comme tu sors un premier EP personnel, les journalistes te reçoivent comme si tu étais une débutante…

Tu as raison. Souvent, j’ai envie de leur dire que je ne débarque pas de nulle part. J’ai quand même joué aux Arènes de Nîmes (rires). En même temps, il y a un petit côté « renaissance ». Je suis débutante dans l’autoproduction, dans la direction de groupe. Quelque part, je deviens la directrice artistique. J’ai déjà fait trois albums avec mes groupes, mais je n’ai jamais rien géré. J’ai appris plein de choses. Au départ, j’ai eu très peur. J’ai craint de ne jamais y arriver, et après, ça m’a énormément excité. On a mis un an et demi pour faire ces 6 titres. A un moment, j’ai ressenti une fierté immense d’avoir réussi à tout faire. 

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(Photo : Maryline Jacques)

Il y a un peu d’ambiances chiliennes dans ton EP.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Sur « Quebradas », il y a des sons que j’ai enregistrés au Chili il y a 14 ans. Je me baladais avec mon mini-disc et j’enregistrais plein d’ambiance. A un moment, dans la chanson, j’entre dans un restaurant à Valparaiso  et j’entends un groupe jouer. Ça m’a amusé de le placer dans le titre. Réminiscence…

La presse spécialisée dans la chanson française a bien réagi, évidemment cela a dû te faire plaisir. As-tu besoin d’être rassurée ?

Bien sûr, parce que je suis forcément dans une période de vulnérabilité. Je suis quelqu’un qui doute beaucoup. Donc, là, c’est décuplé x 10.

Que nous prépares-tu pour ton concert de demain au Divan du Monde ?

Je tenais à ce que ce soit une soirée très spéciale. J’ai invité plein de gens sur scène. Il y aura Chloé Lacan, Zaza Fournier, M’ame, une chanteuse comorienne avec laquelle j’ai beaucoup travaillé, François Puyalto, Guillaume Farley et le grand comeback de 26 PINEL… et une exclu pour toi. Il paraîtrait qu’au Divan du Monde aura lieu une invasion de reines du monde pendant la chanson « Le retour de la reine », un tableau de femmes qui chantent… mais chut !

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Après l'interview, le 1er octobre 2017.

02 août 2017

Dimoné : interview pour l'EP Épris dans la glace

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(Photos : en haut, Marc Gaillet. En dessous, Emmanuel Crombez)

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorAprès avoir été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros pour son album Bien Hommé, Mal Femmé en 2015, Dimoné a sorti l’EP Épris dans la glace. Il porte le sceau du Québec, de ses hivers, de la neige et de la solitude des nuits glacées. Le disque a été entièrement enregistré au Studio le Nid du réalisateur Pilou situé à Saint-Adrien. Les deux se sont rencontrés lors de l’un des passages de Dimoné au Québec où sa carrière décolle peu à peu et où il va régulièrement en tournée.

Audacieux sur la forme et le fond, il est habité par sa voix inoubliable qui raconte les tumultes obsessionnels de psychés égarées entre schizophrénie et introspection.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Dimoné, déjà mandorisé au  mois de juillet 2015 (à lire ici), mais j’ai souhaité une deuxième rencontre. Ce 9 juin 2017, une heure avant son concert Je et je fondent au 104 à Paris, je n’ai évidemment pas rencontré le même artiste, puisque celui-ci est multiple. J’ai essayé d’aller encore plus loin pour tenter de comprendre qui est caché derrière ce « démon » de la musique française.  De là à dire que j’y suis parvenu…

Biographie officielle:

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. À rebours des chroniques du quotidien, son écriture affutée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

Argumentaire officiel de l’EP  Epris dans la glace :dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

« Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimas sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »

Un 5 titres en guise de visa vers là où tout recommence, où tout s’abolit. Une remise à zéro Celsius des compteurs pour un disque inspiré et enregistré sous des latitudes boréales.

Une poignée de chansons aux reflets blancs qui sont autant de spectres que de silences, cheminant par les vaisseaux de notre corps sur un territoire sans traces.

Un prisme par lequel se cristallisent nos ailleurs bariolés, en de probables provenances s’ils ne sont pas présages.

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dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorInterview :

En quelle année es-tu allé au Québec la première fois?

Il y a très longtemps, en 1991, mais c’était un voyage familial. J’aime cet endroit pour toutes sortes de raisons. J’ai perçu une sensation de ce qu’étaient les colonies. Ce n’est pas parce que je suis en France que je ne suis pas un descendant colon. Je suis un descendant de ces gens qui ont parcouru le monde et qui ont fait des colonies quelquefois.

Soyons franc, les chansons de l’EP ont été conçues ailleurs qu’au Québec.

C’est vrai, quand je suis arrivé là-bas, j’avais les chansons, certaines étaient même déjà maquettées.

Le lieu influence-t-il la façon de travailler ?

Oui. Surtout que j’ai enregistré avec Pilou. Il a une carrière musicale dans son pays (Ariane Moffat et d’autres artistes québécois). Il a non seulement un studio magnifique, chez lui, dans les bois, mais surtout une manière de composer qui privilégie le sensitif par rapport à cette satanée langue française qui est un fer de lance là-bas et qui fait partie du paysage émotionnel.

Au Québec, on parle beaucoup musique, pas seulement des textes.

Tu as raison. A la fin d’un concert, on va aussi bien me parler des paroles que d’un son de guitare. Chose qu’en France, on ne fait pas. Ici on dit : « Oui, la musique était trop forte par rapport aux paroles ! »

Teaser de l'EP Épris dans la glace.

Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, me disait qu’en interview, les journalistes québécois dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorleur parlaient beaucoup musique, ce qui n’est peu le cas en France.

Je n’ai pas de pitch tout fait quand je parle de mes chansons. Je prends ça sous l’égide d’une conversation. Parfois, en France je dis des choses absconses, je me la raconte poète, chanteur… Au Québec, ils s’en branlent. Ils veulent savoir comment je fabrique mes chansons et que j’explique ma musique. J’ai l’impression que les québécois me disent : « me la raconte pas, on t’as vu arriver ! » (rires)

Tu aimes beaucoup le Québec ?

J’adore.

Tu t’exilerais bien là-bas ?

Non, je suis un mec de soleil.

Que pensent-ils de toi au Québec ?

Je ne sais, je suis juste repéré comme un renard argenté, mais pas comme le loup blanc.

Pourquoi simplement un EP ? Tu ne nous as pas habitués à ça.

C’est sûr qu’habituellement un mec de ma génération ne sort pas un EP. Cela est réservé aux primo-arrivants. Justement, au Québec, je me suis senti un primo-arrivant. Il y avait aussi une histoire de rapidité. Je n’avais pas encore assez de chansons pour faire un album.

"La grande allée", extrait de l'EP Épris dans la glace.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorComment l’EP a-t-il été accueilli au Québec ?

D’abord, il y a eu la pochette. Certains l’ont trouvé trop caricaturale. Ils ont eu peur que ce soit trop folklorique. En m’interviewant, une journaliste est rentrée par cet angle-là. J’ai senti qu’elle se disait : « qu’est-ce qu’il va nous faire ce français-là. Il va se mettre à cheval sur un caribou tenu en laisse avec la carte du Québec en guise de selle… Il nous prend pour qui ? »

Et au niveau de ce que tu racontes dans tes chansons ?

On m’a affilié à une certaine poésie. Pas vraiment surréaliste, mais quelque chose de plus sensorielle que descriptive. A la française, quoi ! Je me suis senti perçu dans quelques regards et réflexions, ça m’a flatté.

Tu as fait une tournée québécoise cet hiver. Comment cela s’est passé ?

Sans se la raconter, on a eu plein de fois des standings ovation. Je me suis demandé si c’était dans les habitudes des québécois de se lever pour applaudir lors de la dernière chanson avant de rentrer chez eux  ou si c’était parce qu’ils appréciaient. J’ai trouvé ce public plus participatif. J’ai trouvé que le québécois avait beaucoup de pudeur mélangé à du pragmatisme et du mysticisme. C’est d’une richesse folle pour nous, artistes français.

Clip de "Indigo", extrait de l'EP "Épris dans la glace".

Tu as eu l’impression de repartir à zéro ?dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

Je suis allé là-bas comme un piège. Prudemment. Encore une fois, au Québec, on parle français, mais c’est tout. Je suis venu comme un étranger qui a envie que la rencontre se fasse.

Tu aimes te renouveler régulièrement… en participant à un groupe comme Bancal Chéri par exemple.

Je ne cherche pas à être découvert. Je ne vais pas te faire une fausse coquetterie, mais j’ai 50 ans. On ne va pas découvrir un vieux quand même ! Si je ne prends pas les choses à rebrousse-poil ou avec mes potes Nicolas Jules, Imbert Imbert et Roland Bourbon de  Bancal Chéri, je n’existe pas.

Dans la profession, on est tous d’accord pour dire que Dimoné est le haut du panier.

Ça me fait plaisir si c’est le cas, mais ce n’est pas quelque chose qui berce mes soirées.

Je crois savoir que tu vas faire évoluer Dimoné…

Il y a des choses qui vont changer. Le chiffre rond de 50 ans m’appelle, m’interpelle. J’ai déjà initié la suite, mais il est trop tôt pour que je t’en parle.

Bref, tu vas jouer en groupe.

Voilà, avec des garçons de tempéraments.

Déjà avec Jean-Christophe Sirven, c’est hyper rock.

Oui et j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Ça va me faire drôle de ne pas l’avoir à mes côtés. Je sais qu’avec le changement que je vais proposer, le regard et l’intérêt sur moi ne serons pas les mêmes.

Tu vas abandonner ton ancien répertoire ?

Pas du tout, il y aura aussi des nouvelles chansons, mais on accueillera des anciennes dans le set.

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Pendant l'interview... 

Tu as tout fait dans ce métier avant d’accéder au statut de chanteur.

Je suis intermittent du spectacle depuis très longtemps, à différents postes en effet. J’ai fait les éclairages d’une troupe de théâtre, mis des micros à Annie Fratellini, fait de la régie plateau, monté des gradins, monté des scènes pour des artistes dont je n’appréciais pas vraiment le travail. J’ai réussi à dissocier les artistes de l’humain. Je sais ce que c’est de monter une scène et, d’un coup, accéder à l’allégorie pour y monter. Il a fallu que j’identifie le périmètre pour y accéder sans que plus rien n’ait de secret pour moi. Ça m’a préservé du danger.

Le danger de se prendre au sérieux ?

C’est exactement ça.

Si on fait le bilan de ta vie professionnelle, tout va bien ?

Je suis très heureux de la manière dont elle est menée parce que je fais ce que j’aime. C’est important. J’ai eu des moments plus nécessiteux dans mon existence. Artistiquement, je suis en accord avec ce que je produis et ce que je désire. La part de rêverie que je m’autorise à avoir, je l’ai cimenté. Et puis, je suis bien entouré.

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Après l'interview le 9 juin 2017 au 104.

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13 juillet 2017

Nirman : interview pour l'EP Animal

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Nirman, bercé au jazz et à la poésie russe, sort son premier EP, Animal, aux teintes acid-jazz, groovy et électro. Ce musicien de 32 ans fait partie de cette génération douée qui réinvente la tradition de la chanson française en la saupoudrant d’influences glanées au fil du temps et des frontières... et d’une poésie lunaire.

Nirman amène ici son propre univers, ses propres émotions, ses propres interrogations.

Le 1er juillet dernier, il est venu à l’agence pour évoquer ce premier EP (que vous pouvez écouter en intégralité ).

nirman,ep,animal,interview,mandorArgumentaire officielle :

On le sait bien : les meilleures recettes sont celles qui s'inspirent d'un savoir-faire hérité d'une tradition mûrie sur des générations, auquel on rajoute sa patte personnelle, son ingrédient secret.
Nirman lui aussi le sait : entouré des talentueux Guillaume Farley, bassiste accompagnant entre autre Matthieu Chedid et Michel Fugain, et de Romain Berguin, assistant d’Éric Serra, ce jeune musicien bercé au jazz et à la poésie russe fait partie de cette génération géniale qui vient réinventer la tradition de la chanson française en la saupoudrant d'influences glanées eu fil des âges et des frontières. Un pied dans une douce nostalgie slave héritée de son père, un autre dans une flaque de couleurs pop électro, son premier album, Animal nous entraîne dans un monde surprenant, dans lequel on glisse avec délice d'influences électroplanantes survolées par la voix aérienne de Nirman.
Jeune musicien un peu lunaire, Nirman réussit avec cet album à créer un animal multi-facettes dont la saveur fond dans la bouche.
Le sens du perfectionnisme et de la précision transpire sur cet album aux morceaux maîtrisés jusqu'au bout des croches. Au fur et à mesure que l' « Animal » se révèle, la technicité s'allie avec la simplicité pour accoucher d'un album d'une très grande classe, comme dans un
restaurant nouvelle cuisine qui réinvente des plats de tradition pour en faire des œuvres d'une délicate beauté aux saveurs somptueuses.

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nirman,ep,animal,interview,mandorInterview :

Ton père, Léonid Nirman, n’est pas pour rien dans ton intérêt pour la musique.

C’est certain. Il avait une certaine notoriété en Russie en tant que chanteur et musicien. Dans les années 70, dans ce pays, il y avait une mode, c’était les bardes… lui en était un. Il interprétait des chansons poétiques et engagées en cachette dans les caves de Saint-Pétersbourg. Quand il est arrivé en France, il a arrêté ce genre de chansons. Il a composé, notamment des musiques de films. C’est lui qui m’a incité à faire de la musique. J’ai baigné dedans depuis tout petit. J’ai même fait le conservatoire.

Avec ce disque, tu as eu envie de l’impressionner ?

J’ai plutôt eu envie de faire le disque que mon père n’a jamais pu faire. En arrivant en France, il a tiré une croix sur sa carrière de chanteur puisqu’il ne parlait et chantait uniquement Russe. Ça l’a beaucoup attristé. J’ai vu cette tristesse au quotidien et ça m’a nourri inconsciemment. Un jour, à 13 ans, j’ai pris la décision de chanter comme papa. Tout ce que je fais, c’est pour lui, c’est pour faire comme lui.

Tu n’es pas un débutant. Tu chantes depuis 10 ans déjà.

Je viens de la musique classique. J’étais instrumentiste, je jouais de la clarinette. Ensuite, j’ai fait de la chanson jazz. J’ai tenté une carrrière sous le nom de Dimitri Nirman, mais ça ne marchait pas. Mon répertoire, pour le jazz, c’était de la chanson, pour la chanson, c’était trop jazz, du coup la sauce n’a pas pris. Guillaume Farley, artiste talentueux qui a réalisé cet EP, m’a dit : « On rend le costume de chanteur de jazz, il est trop grand pour toi ». J’aurais pu me vexer, mais j’ai émis un ouf de soulagement. Ca a débloqué beaucoup de choses. J’ai décidé de faire ce projet-là qui correspond mieux à mes goûts d’aujourd’hui. C’est la première fois que je suis content du résultat.

Vous avez pris du temps pour réaliser ce disque, non ?nirman,ep,animal,interview,mandor

Quatre ans de conception des chansons et une année de plus pour trouver les financements.

Ton premier EP sous le nom de Nirman est sacrément bien produit, en tout cas.

Quand j’ai commencé à monter ce projet, je suis parti de zéro. Je n’avais pas un euro en poche, pas un contact, rien de rien. J’étais à deux doigts de raccrocher quand on a décidé de monter des dossiers de subventions. Très sincèrement, j’ai obtenu pas mal d’argent. On a beaucoup de chance en France, il y a de nombreux organismes qui aident les artistes. En tout, j’ai obtenu 62 000 euros. J’ai pu faire mon album dans de confortables conditions, m’entourer de personnes assez prestigieuses dans le métier qui, après, m’ont emmené du réseau.

Animal est un EP de 4 chansons. C’est une mise en bouche ?

Au début, je voulais faire un album de 8 titres. Quand j’ai rencontré Vicken Sayrin, mon attaché de presse, il m’a dit que c’était plus intelligent de commencer par un EP. La suite, ce sera un album, comprenant ces 4 premiers titres, les 4 autres existants et d’autres supplémentaires, dont un duo. Il devrait sortir en janvier 2018.

Pour la composition et l’écriture, tu te fais aider ?

Dans les mélodies, je tournais beaucoup en rond, dans mes textes, j’évoquais toujours le même sujet : courir après quelque chose, l’envie d’avancer dans la musique. Du coup, pour les textes, Guillaume Farley m’a aidé à sortir de mes habitudes. En me nourrissant des autres, j’ai réussi à faire des choses qui me ressemblent complètement.

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(Photo : Mandor)

nirman,ep,animal,interview,mandorTu as joué au Café de la Danse hier soir. Là aussi, pour un artiste en développement, c’est un sacré risque.  

J’avais le choix. Soit je ne prenais pas de risques dans une petite salle parisienne de 100 places maximum, soit j’allais au bout du truc, sachant qu’on a obtenu des aides pour ça. On a tenté un coup de poker en faisant une salle importante. J’ai pris la jauge à 250 places assises, pas celle à 500 places, cela aurait été complètement illusoire. On a fait au mieux pour inciter les gens à venir. Tu présentes ton projet, personne ne t’attend, ni même ne te connais. Maintenant, certains professionnels peuvent mettre un visage sur moi.

Au mois de mai dernier, tu as participé aux Rencontres d’Astaffort. Pourquoi ?

Je rêvais de participer à cette aventure. Ce qui est bien, c’est que tu es dans une bulle musicale. Tu es obligé de te livrer totalement à des inconnus pour pouvoir avancer dans ta chanson, du coup, les autres artistes deviennent des amis proches. C’est dingue ! Pour moi, c’était une étape à atteindre. Il y a un avant et un après Astaffort.

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A Astaffort en mai 2017, Nirman et ses copains de promo. 

Et croiser Cabrel ?nirman,ep,animal,interview,mandor

J’étais très intimidé d’être en face de quelqu’un qui est un monstre de la chanson française comme il y en a peu. En termes de créativité et de longévité, sa carrière est impressionnante. Pourtant, quand il est avec toi, il est réservé, timide, discret, gentil.

Tu te sens appartenir à une famille dans la chanson française ?

Non, mais j’aime beaucoup Benjamin Biolay. Alain Chamfort aussi, dont on dit que ma voix peut faire penser à la sienne. C’est involontaire.

Je crois qu’il a écouté la chanson « Animal ».

Oui, en effet, par le biais d’un ami parolier de Marc Lavoine qui lui a envoyé. Il lui a répondu par mail : « ça me rappelle mes débuts ! »

Tu es confiant pour l’avenir ?

Déjà, je constate que le travail paye. Il ne faut pas lâcher. J’ai signé avec un vrai tourneur il y a un mois, je fais les Francos de la Rochelle le 14 juillet dans  le cadre du Rock In Loft. Les choses arrivent peu à peu. Je suis confiant, mais je reste prudent. Il faut que je trouve un label à présent.

Le clip de "Azzam David", réalisé par Stéphane Neville.

nirman,ep,animal,interview,mandor« Azzam David » est une chanson très touchante, surtout dans le contexte actuel. Une histoire forte entre deux amis inséparables mais de confessions différentes.

C’est une chanson qui touche beaucoup de gens parce qu’elle parle de l’amitié et le fait d’avoir un ami sur lequel compter, malgré les différences.

« Les bouteilles à la mer » me semble une chanson très autobiographique?

C’est celle qui l’est le plus, en effet. J’ai traversé une période où je n’allais pas forcément très bien, du coup, j’ai écrit cette chanson. Quand on fait de la musique, on est seul et ce n’est pas facile d’apprivoiser sa solitude. Je n’y arrivais pas. Aujourd’hui, enfin, j’y suis parvenu. Cette chanson, c’était un appel à l’aide qui n’en était pas vraiment un.

Un artiste, c’est un homme plus sensible que les autres ?

Pas forcément, mais un artiste à des attentes que d’autres n’ont pas. Un artiste traine quelque chose qu’il a du mal à porter lui-même. Il a besoin d’attirer la lumière sur lui, il a envie d’exister et à même, quelque part, un côté revanchard sur la vie. Un artiste se sent oublier et il a besoin de sortir de l’oubli.

Une chanson, ça part de quoi chez toi ?

D’une émotion, d’un sentiment, d’un ou deux mots qui vont être déposés sur les premières notes.

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Pendant l'interview...

Tu écris facilement ?

Oui, d’autant que j’ai trouvé mon créneau horaire pour le faire. Entre 3 et 7 heures du matin. C’est un peu un no man’s land où il ne peut rien se passer et où personne ne va te déranger. J’ai découvert cet horaire parce que j’ai un petit garçon qui a 7 mois qui ne fait pas toujours ses nuits.

Tu t’obliges à travailler tous les jours ?

J’essaie. C’est comme un pianiste qui doit faire ses gammes. Il faut s’entrainer, travailler sa voix et sa plume sans cesse pour progresser.

Ta musique, c’est de la pop ?

J’appelle ça de la pop hybride electro organique. Pour raccourcir et faire précis, c’est de la chanson atmosphérique. C’est une musique qui peut-être entrainante, riche, aérée avec une voix qui se pose, qui survole.

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Après l'interview, le 1er juillet 2017.

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Demain, le 14 juillet, il sera là:

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24 mars 2017

Fred Alera : interview pour son premier EP

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(Photo : Olivier Ducruix)

Jusqu’ici, le guitariste-bassiste-chanteur Fred Alera a toujours fait du rock (dans toutes les variations que peut proposer ce style musical) et a toujours chanté en anglais. C’est dire s’il y avait peu de chance qu’il se retrouve un jour sur ce blog. Mais il y a deux ans, il décide de franchir un autre cap. Il écrit des chansons dans sa propre langue sur des musiques plus pop. En découle un EP éponyme diablement efficace. Dès que j’ai découvert ce travail, j’ai appelé illico Fred Alera pour lui proposer une mandorisation. J’ai du mal à comprendre qu’il n’y ait pas d’articles, de focus sur cet EP (que vous pouvez découvrir là en intégralité) réalisé par Damny Baluteau, sorte de petit génie de la réalisation et de l’arrangement. Les chansons de Fred Alera, fines et sensibles te caressent l’âme et  réchauffent le cœur. Et quand  même, putain de voix !

J’espère pour lui que mes confrères auront la curiosité de s’intéresser à cet artiste au parcours pas banal et au talent certain. Le 24 janvier dernier, Fred Alera est donc passé à l’agence pour une première mandorisation.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorBiographie officielle :

Auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste issu de la scène indé française depuis le début des années 2000, c'est avec des groupes punk-rock/noise hardcore (Second Rate, Billy Gaz Station, Napoleon Solo, Billy The Kill en solo...) que Fred Alera arpente le circuit Do It Yourself avec ce qu'il faut de de passion, de ténacité, et l'intégrité que requièrent les difficultés de la discipline. Tournées, disques, studios, collaborations, rien n'arrête ce hobo des temps modernes pour qui le rock est une réalité non fantasmée, celle qui rime avec mode de vie au quotidien.  Avec son nouveau répertoire en français, Fred est rapidement repéré sur internet par le réalisateur et arrangeur Damny Baluteau (La Phaze, Pungle Lions...). C'est dans cette collaboration fructueuse au Pliz Studio qu'il s'épanouit, en autonomie, à travers une production singulière et racée. Des arrangements crépusculaires conduisant au cœur des nuits urbaines, taillés à la mesure du songwriting pop et ombreux de Fred Alera.  Un blues à lui qui se prononce désormais BLEU.

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fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie de musicien au début des années 2000 dans le punk rock et le rock’n’roll.

Je suis un pur produit de ma génération. J’ai eu des grandes sœurs qui m’ont fait découvrir très tôt des disques des années 70-80, que ce soit du classic rock ou du punk rock. A l’apparition de Nirvana, j’avais 13 ans  et l’impression que ce que chantait Kurt Cobain s’adressait à moi et à ma génération. Du coup, ça a décomplexé pas mal de choses parce que c’était une musique qui se faisait simplement, rapidement… quelques accords, de belles chansons. C’était des groupes qui mettaient un coup de pied dans la fourmilière. On était loin du rock progressif ou du rock technique.

Dans tes différents groupes, vous chantiez des textes revendicatifs ?

Pas forcément, non, mais j’écoutais des groupes revendicatifs comme les Clash. En France, à l’époque, nous étions plus séduits par la forme. Le fond des textes et les messages délivrés n’étaient pas trop notre problème. En tout cas, personnellement, à 14 ans, personnellement, j’étais loin de ses préoccupations là.

Second Rate : Live de "Must be a reason" et de "Full of devil" à La Pêche (Montreuil) le 03 mai 2014.

Tu étais un peu rebelle ?

Oui, on va dire ça. Ça se mesurait avec un look, une attitude face à la masse. On essayait de sortir du lot pour avoir notre propre identité. On avait le désir d’être à part.

Un jour, tu as décidé de te lancer en solo, en créant Billy The Kill. Tu en avais marre de la vie de groupe ?

J’ai fait Billy The Kill en parallèle de mes autres groupes. Je composais pas mal de chansons sur ma petite guitare en bois, du coup, je me suis mis à enregistrer des disques tout seul, à faire de la scène tout seul. Il y a avait derrière ça peut-être un truc égotique, mais j’estimais qu’il était dommage que  les chansons que je créais ne soient pas jouées. Je suis du genre à me dire : « N’attends pas que les gens viennent te chercher, va les chercher toi-même. »

Billy The Kill: "Please let me be" en audio.

Alerte !Tout le dernier album de Billy The Kill, An open bookwith spelling mistakes est écoutable ici.

Ce n’est pas pour rien si tu fais partie du circuit DIY( Do it yourself ).fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est un mouvement américain qui se tient loin des majors, loin des grosses maisons de disque. « Fais toi-même ce que tu as à faire » est un peu le credo de ce mouvement. Moi, par exemple, à 14 ans, j’ai fait un fanzine pour parler des groupes que j’aimais bien. Je prenais le taureau par les cornes pour partager ma passion.

Que t’ont appris ces années-là ?

L’autonomie, la débrouillardise, la confiance en soi et penser par soi-même. C’était une belle aventure humaine à base d’échanges, de coups de main, de solidarité. Nous avions aussi une posture un peu politique et sociologique, avec de gros guillemets.  On était anti vedettariat, anti tout ce qu’on nous bassinait à la radio. Bon, je suis revenu aujourd’hui sur pleins d’idées préconçues que j’avais.  

Peut-on dire que le rocker est un peu fatigué et donc qu’il tourne la page pour se consacrer à la chanson française?

J’ai toujours beaucoup d’amour pour le punk rock, mais artistiquement, dans le fond, je trouvais que ce genre n’était plus mon meilleur vecteur d’expression. J’avais besoin d’une nouvelle façon de m’exprimer. Déjà avec Billy The Kill, je commençais ma mutation. C’était du song writing sur du blues, des ballades.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorTu chantais en anglais, dans ton nouvel EP, tu chantes en français…

Chanter en français a été une manière de m’exprimer plus précisément et de réunir la forme avec le fond. Au bout d’un moment, quand je chantais en anglais, je me suis senti dans la peau d’un imposteur.

Tu as donc commencé à mettre de nouvelles chansons en langue français sur Youtube.

J’ai sauté le pas en n’en attendant rien de précis. Damny Baluteau, qui connaissait mes travaux d’avant,  tombe sur certaines vidéos. Il apprécie, on se rencontre et on décide qu’il devienne le réalisateur de mon EP. Il a aimé le côté un peu anglo-saxon de la musique avec les textes en français.

Qu’est-ce que cela t’apporté de travailler avec lui ?

D’abord, je voulais avoir une production vraiment différente de ce que je faisais avec Billy The Kill. Habituellement, je faisais tout moi-même, là, je suis arrivé, il a proposé des arrangements un peu plus synthétique avec plus de relief.

Il est bon de se laisser un peu diriger ?

En tout cas, je voulais tenter l’expérience. A la force d’avoir trop le contrôle de sa musique, j’ai l’impression que l’on se répète, que l’on dit la même chose. J’avais vraiment envie de tester d’autres choses, de travailler avec d’autres gens.

Tes chansons racontent des histoires d’un trentenaire désabusé, non ?fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est vrai que je suis trentenaire bien entamé et que je suis un peu désabusé, mais je raconte surtout des choses qui traversent la vie de beaucoup d’individus, les difficultés de l’existence. Parfois, je pars d’un texte et je ne sais pas où il me mène. Après, rétrospectivement,  je pourrai y trouver du sens. Je réfléchis à la sonorité des mots, comment ils sonnent fluides dans ma tête. J’aime quand mes textes paraissent assez vagues, très naturels. J’essaie de trouver quelques « punchlines », des phrases qui me font de l’effet et dont j’espère qu’elles toucheront les gens.

Chaque personne peut trouver du sens à tes chansons, c’est très fort !

Merci, c’est un compliment, car je déteste imposer les choses. L’appropriation d’une chanson par ceux qui l’écoute est ce qu’il y a de plus important. J’aime qu’il y ait autant de liberté donné à moi qu’à l’auditeur.

Tu chantes de la même façon en anglais qu’en français ?

Je suis moins démonstratif en français, je n’ai rien à compenser et je suis un peu plus dans les graves. Et on chante mieux parce que, quand on a la mélodie dans la tête, avec par exemple, tels nombres de pied, on a pas de mal à la remplir. C’est beaucoup plus fluide.

Estimes-tu faire de la chanson française ?

J’aime à dire que ce que je fais aujourd’hui est du song writing pop. Pour moi, la base, c’est le song writing, que ce soit interprété par un groupe de punk rock sur une minute quinze ou par William Sheller dans une œuvre de six minutes. J’aime l’art de faire de bonnes chansons avec de bonnes mélodies.

"J'ai menti" en live le 2 mars 2017 au Pop-up du label.

Ta voix à quelque chose de proche de celle de Pascal Obispo, même si tu as ta propre et superbe identité vocale.

Pour moi, ce n’est pas du tout une insulte. J’aime bien sa voix, il utilise beaucoup les aigus à la Polnareff. Il est souvent démonstratif, mais il peut être très suave. C’est d’ailleurs son côté suave que je préfère. Mais quand on me dit que sa voix est proche de la mienne, je reste tout de même septique.

Je crois qu’un de tes groupes français préférés est Les Innocents.

Ils ont des productions hypra anglo-saxonnes. C’est hyper pop. Je conseille à tous les fans d’Elliot Smith, tous les gens qui aiment la pop élégante, d’écouter l’album Post-Partum. Ça n’a rien à envier aux américains ou aux anglais. Si j’atteins ce niveau un jour, je pourrai dormir tranquille.

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Pendant l'interview le 24 janvier 2017.

27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.

18 janvier 2017

Yucca : interview pour la sortie de l'EP Johnny pour la vie

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(Photo : Séverin)

Après avoir remporté le tremplin des jeunes talents Europe 1 en 2013, Yucca (à l’époque encore nommée Yucca Velux) avait dévoilé un premier EP, LOVE. Son répertoire d’alors était majoritairement en anglais. Heureusement,  trois ans plus tard, c’est en français que la chanteuse a décidé de se tourner (oui, j’avoue, j’aime quand les artistes français chantent dans leur langue. Parce que, comme le soulignait Balavoine, « le français est une langue qui résonne »). Bref, son second EP Johnny pour la vie est sorti le 7 octobre 2016 (et oui, je suis (très) en retard, mais si je n’étais pas en retard, je ne serais pas Mandor).

J’adore la voix de  Yucca : un timbre un peu  rétro, mais un phrasé moderne. Bref, une variété de qualité, moderne et sensible, portée par une excellente chanteuse et des musiciens à la hauteur.

Le 1er décembre 2016, Yucca est venu à l’agence. Et ça m’a bien fait plaisir.

Byucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandoriographie officielle (mais un chouia écourtée) :

Mais qui est Yucca ? Pas facile de décrire ce personnage décalé aux sentiments exacerbés. Une artiste, sans aucun doute. Une interprète hors pair, assurément.

Yucca veut chanter « Des Mots Légers », toucher en plein cœur ceux qui aiment la chanson pop, celle qui puise son essence dans les mélodies pour aller chercher la joie, la tristesse, les hauts, les bas, le rire et les larmes. Et si elle choisit de se livrer à cœur ouvert,  c’est parce qu'elle ne sait pas faire autrement.

Il y a, en ouverture, l’histoire de cette fille qui court après les garçons, une génération fantasmée avec Johnny pour symbole, ou encore Eddy et toute la clique. Un titre dans lequel elle revendique qu’une femme puisse évoquer ses multiples conquêtes et ses déboires amoureux comme un homme.

Au programme également, le pulsionnel et orientalisant « La Chaleur » qui évoque la moiteur des nuits yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandord’été, entre danse et mysticisme. Et puis, plus loin, on trouve « Le Diable au Corps » titre sulfureux et addictif, qui revisite les slows 50's américains avec des arrangements grandiloquents.

La piquante Yucca peaufine depuis quelques années un répertoire qui a débuté en anglais, sous le patronyme Yucca Velux, parce qu’il n'est pas simple d'assumer des textes en français quand on inscrit à son Panthéon l’écriture de Gainsbourg ou Brassens.

Voici donc une première collection de chansons, comme on pose son cœur sur la table.

Yucca écrit, compose, à la recherche de la mélodie qui va vous trotter dans la tête avec des harmonies déchirantes ! Des textes directs, entre plaisirs de la vie et tourments que l’on connaît tous.

Elle est une femme d’aujourd’hui qui a laissé son armure au placard, rien de tiède chez elle !

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yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandorInterview :

Pourquoi chantais-tu en anglais avant cet EP ? Moi, j’ai un peu de mal avec ça.

Moi aussi en fait. Ça m’agace de plus en plus. J’ai commencé à chanter en anglais parce que j’étais très influencé par ma culture et en particulier par les Beatles. C’était aussi une façon pour moi de masquer ma timidité et une formidable manière d'être quelqu'un d'autre en se déguisant.

En plus, je crois savoir que tu es une admiratrice des grands textes français.

C’est aussi pour cela que je n’osais pas écrire en français. Je ne me sentais pas à la hauteur. En français, même si tu chantes des bêtises, tu te dévoiles plus qu’en anglais. Il y a toutes les émotions liées à la langue, les névroses, ta structure psychique,  ton histoire personnelle, les intonations, les intentions, les doubles sens, les connotations, les mots… tout est plus ressenti et plus pulsionnel. Et quand on est interprète dans sa langue maternelle, une immense palette d’émotions s’imposent. Des émotions que l’on peut nuancer à l'infini.

Alors, pourquoi as-tu décidé de chanter en français aujourd’hui ?

Sur Internet, je suis tombée sous le charme d’une chanson  d’une fille qui s’appelle Sarah Hirschmuller. Du coup, je me suis intéressée à son travail. Je l’ai contacté pour qu’elle m’écrive des chansons. Elle m’a expliqué qu’avant de chanter en français, elle chantait en yiddish et en hébreu. Dès lors qu’elle a commencé à chanter dans la langue de Molière, elle a vécu cela comme une jouissance pas possible. C’est elle qui m’a incité à franchir le pas.

Et du coup, tu as dû apprendre à chanter différemment ?

C’est exactement ça. Au départ, j’étais mal à l’aise dans ma voix et dans mon corps, maintenant, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi,  j’adore ça.

Clip de "Johnny".

Tu es fille d’un père musicien. C’est ce qui t’a incité à suivre ce chemin ?

Il était compositeur et arrangeur professionnel. Aujourd’hui, il continue à jouer et il m’écrit des chansons.

Tu as toujours voulu être chanteuse ?

Oui,  mais je ne le disais à personne. J’ai fait mes études de psycho et en sortant de la fac, quand j’ai eu mon diplôme, j’ai pris la décision de faire de la musique sérieusement. Je chante depuis toujours et être chanteuse est mon rêve absolu.

Clip de "La chaleur".

As-tu pris des cours de chant ?

J’en ai pris il y a trois ans, mais j’ai arrêté. Je suis une autodidacte. J’ai chanté trois heures par jour toute ma vie.

Avant Yucca Velux, y-a-t-il eu un autre groupe ?

Oui. Avec un ami de la fac, nous avons The Rayees. C’était un groupe au style indescriptible. Il y avait des chansons folks, des chansons un peu hip hop, des trucs un peu bizarre à la CocoRosie, voire parfois à la Britney Spears. Ca partait dans tous les sens. Nous chantions à deux voix et en anglais.

"Le diable au corps", version acoustique.

Parlons de ce nouvel EP, Johnny pour la vie. On dirait un disque des années 50. Musicalement et l’imagerie proposée.

C’est ma période préférée. J’aime tout ce qui est vintage. Musicalement et esthétiquement. Cette période-là, très gaie et énergique, est phénoménale. Il y a une époque de ma vie où je n’écoutais que les Beatles. Du coup, tout ce qui a généré les Beatles, j’adore. La magie de cette période-là n’est plus. J’ai l’impression que tout est sombre aujourd’hui.

Ce que tu fais est populaire. C’est de la très bonne variété. Ce mot ne te choque pas ?

Mais pas du tout. Moi, j’aime de plus en plus Joe Dassin (rires). Je trouve que la chanson populaire à de la grâce.

Tu écris sur les musiques des autres. Pourquoi ?

Je ne suis pas très bonne compositrice, il me semble. Si on me propose des musiques que j’adore, je les prends. Je ne me pose plus de questions que cela.

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Pendant l'interview...

C’est dur ce métier ?

C’est super dur. Il faut convaincre. De plus en plus, j’aime les défis. C’est quasiment ce que je préfère. Réussir à rester allante et enthousiaste alors que le travail est difficile, cela me procure un immense plaisir. C’est dur, ça ne me rapporte pas d’argent, mais je suis libre. La liberté est une valeur qui m’est chère.

Tu aimes qui dans la chanson francophone actuelle ?

Je me sens proche de Lise. J’adore Stromae, ce n’est pas très original. Je trouve que c’est un génie. Il a des mélodies simples et populaires qui rentrent dans le crâne et qui n’en sortent pas. C’est exactement, ce que je cherche à faire.

Tu as beaucoup de chansons dans ta besace. Comment as-tu choisis les six chansons qui figurent sur cet EP ?

Ce n’est jamais simple de choisir... Mais j’ai comme projet de sortir deux EP par an, c’est-à-dire 12 chansons par an.

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A l'issue de l'interview, le 1er décembre 2016.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

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l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

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Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

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Après l'interview le 29 novembre 2016.

01 décembre 2016

Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes

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13529094_10154279545018674_7965824980467076651_n.jpgLe 18 novembre dernier, à mon retour du concert de Jules et son Vilain Orchestra au Café de la Danse, en pleine nuit, j’ai écrit une lettre au chanteur. Je l’ai publié sur ma page Facebook. Je me permets de vous la proposer :

« Cher Jules, je t'envoie ce message en privé pour que ta modestie ne soit pas heurtée. Ce soir, au Café de la Danse, j'ai pris une bonne grosse claque comme rarement. Je n'ai pas vu Ferrat, Goldman, Dalida ou un quelconque Goldman (je sais, je l'ai cité deux fois, mais Goldman, on a le droit de le citer autant de fois que l'on veut), j'ai vu un Jules éblouissant, étincelant, éclatant qui m'a beaucoup fait rire, fait parfois pleurer (mais bon, ça je te le dis pas, ch'uis pas une gonzesse). (Ton vilain orchestre, je n'en parle même pas tant ils sont bons et que ça se voit que vous vous aimez). Je vais te dire Jules, j'me suis fait la réflexion en voyant la salle remplie à craquer, debout, applaudir à tout rompre, te faire un triomphe : "mais pourquoi diable, cet artiste n'est pas une star en France?" C'est incompréhensible et absolument incompréhensible (Je sais, je l'ai dit deux fois, mais c'est pour appuyer mon désarroi). Oh non que tu n'es pas qu'un chanteur de variété, terme que tu revendiques pourtant avec force! Tu es un chanteur hors norme avec des mélodies imparables et des textes à faire pâlir de jalousie tout plein d'autres artistes "populaires" (mais que je ne citerai pas, certains sont mon fond de commerce). Je ne te retiens pas plus longtemps, mais sache que je. En toute amitié. François  (On me dit que je me suis trompé. Ce message ne serait pas en privé. Pardon pour ta modestie, donc). »

Vous l’avez compris, j’aime ce garçon. Autant humainement qu’artistiquement (voir sa première mandorisation). Aussi, quand son éditrice et productrice du disque, Danièle Molko (d’Abacaba), m’a proposé de l’interviewer pour l’argumentaire de presse de son nouvel EP, Nos Vedettes, j’ai accepté immédiatement. Et avec enthousiasme (voire fierté). Les journalistes et les programmateurs recevront le CD accompagné de mon interview.

Que voici :

Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de son3700187662110_230.jpg nouvel EP, Nos vedettes, dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité. Le style corrosif de Jules prouve que l’on peut rire de tout si l’on sait y mettre les formes. Véritables hymnes à la vie, à l’humour ou à la dérision, ses performances " live " offrent un grand moment de joie et de rythme saupoudré d’un peu de cynisme. Difficile de ne pas vouloir faire la connaissance de Jules. Le docteur House de la chanson française est arrivé dans ce café  d’Enghien et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre. Attention, ça déménage !

Après avoir travaillé avec les Ogres de Barback, puis épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin, il créé Jules.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très vite. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Dans les 7 nouveaux titres de ton dernier EP , il y a toujours de l’humour et une certaine causticité.

Quand tu dis des choses graves, des choses lourdes de sens, avec le sourire, ça passe toujours mieux. Je me méfie beaucoup du pathos, c’est pour ça que je n’enfonce jamais le clou. Avec ses nouvelles chansons, ce qui est sûr, c’est que je suis plus dans la tendresse.

Tes 7 chansons s’adressent à 7 femmes différentes. Elles sont souvent chiantes, comme dans la chanson « T’es chiante », par exemple.

C’est une coïncidence si je ne parle que de nanas, de leur côté tendre jusqu’au côté les plus obscurs. Dans « T’es chiante », je parle de ma sœur. Mais, en vrai, je n’ai pas de sœur, c’est un rôle de composition complet.

Clip de "T'es chiante".

jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandorPour toi, c’est important le rôle de l’interprète ?

Oui, quand je joue mes chansons, je laisse la possibilité à l’interprète que je suis de recréer la chanson. C’est un vrai travail de création. J’aime raconter des histoires…Quand j’étais petit, je me souviens avoir beaucoup lu les « Alfred Hitchcock présente ». Tout se dénouait à la derrière ligne. Nous étions embarqués dans quelque chose d’assez plaisant, et à la fin, tout le décor et les couleurs changeaient… l’histoire n’avait plus le même sens. J’adore utiliser cette « recette ».

Je trouve que tu es le juste compromis entre la scène française « undergroud » et la bonne variété.

En Angleterre, c’est beaucoup plus simple. Tout le monde fait de la pop. Pour moi, la pop, c’est de la variété. Les Beatles, c’est de la variété. Je revendique bec et ongles ce terme me concernant. Je veux que l’on dise que je fais de la variété, parce que c’est vraiment ce que je fais. C’est ce que j’aime, ce que j’écoute beaucoup, bref c’est ma culture. Il n’y a pas plus noble comme terme que « variété ». Le mot, lui-même est splendide.

Dans « Tu me fais peur », tu évoques Marine Le Pen. En gros, tu dis que, maintenant qu’elle est devenue « fréquentable », la donne a changé.

Elle a réussi son plan de route. Elle est désormais banalisée. Maintenant qu’elle ne fait plus peur, elle me fait peur. Je ne fais jamais de chansons réellement contestataires, mais quand je fais des chansons politiques ou religieuses, je pose un ou des constats. Mais ce n’est pas mon rôle de dire pour qui voter, ce qu’il faut manger ou je ne sais quoi d’autres.

Dans « Ma petite fille de gauche », tu évoques une altermondialiste de gauche catho.

C’est ce que j’appelle une « ouach ouach » ! Ce ne sont pas des filles méchantes. Si elles sont un peu moralisatrices, elles ont des combats nécessaires. J’ai pensé à quelques filles pour écrire cette chanson. Celles qui écoutent les joueurs de djembé à trois heures du matin et qui boivent du café Malongo, tu vois… Quand c’est à l’adolescence que ça se passe, c’est cool, mais quand c’est à l’âge adulte, j’ai envie de leur dire de se reprendre un peu.

« Reste pas toute seule » raconte l’histoire d’une femme comme il y en a plein, ordinaire, banale, ni jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandortrop laide, ni trop belle.

Cette chanson me vient d’une chanson de Nino Ferrer, « L’inexpressible ».  J’aurais aimé l’écrire. Quand j’étais petit, à l’école, je faisais partie de la bande des mecs cools. J’ai toujours eu de l’empathie pour les garçons ou les filles qui n’arrivaient pas à se fondre dans les groupes parce qu’ils ne s’y sentaient pas bien.

Comment tu réagis si une de tes chansons n’est pas comprise comme tu l’imaginais.

J’adore ça. Il faut se foutre de l’auteur. Je préfère parler en tant qu’interprète qu’en tant qu’auteur-compositeur. L’auteur, une fois qu’il a écrit sa chanson, il doit disparaitre. Les chansons appartiennent aux gens et à l’interprète. Si tu chantes ta chanson en tant qu’auteur-compositeur, tu ne la donnes pas aux gens, tu la gardes pour toi. Je l’ai vérifié 100 fois. .

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. Je ne suis pas un grand musicien, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

Je te laisse le mot de la fin.

La musique est hyper importante. Pour moi, c’est un des trucs les plus importants au monde. On se rencontre, on s’embrasse, on baise sur de la musique… il n’y a rien de grave dans la musique. Le verbe de notre métier c’est jouer, il ne faut jamais l’oublier. Jouer en s’amusant. C’est ce que je fais.

Contact : Danièle MOLKO – 06 11 38 30 57 – dmolko@abacaba.net

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Le 24 novembre 2016, Jules et son Vilain Orchestra a reçu le Prix Charles Cros Révélation Scène 2016 (ex-aequo avec Barbara Weldens).