Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 novembre 2019

Mélodie Lauret : interview pour son premier EP 23h28

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

(Photo : Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorJ’ai découvert Mélodie Lauret, lors du MaMA (festival et convention destinés aux professionnels de la musique) de cette année. Elle jouait au Cuba Café le 18 octobre dernier. J’étais mal placé et je ne voyais pas grand-chose, hormis une artiste qui me paraissait jeune, mais diablement douée. Textuellement, je me souviens avoir été impressionné. Des chansons d'amour, mais bien plus que cela.

Quelques jours plus tard, pour en avoir le cœur net, je suis allé découvrir quelques morceaux sur une plateforme de téléchargement (je sais, c’est pas bien). Et j’ai compris qu’il y avait un sacré quelque chose incitatif à surveiller cette Mélodie Lauret.

Et magie de la vie, je reçois une proposition d’interview de la part de sa maison de disque pour la sortie de son premier EP (le 29 novembre 2019), 23H28. Que j’accepte immédiatement. L’artiste m’intrigue. Je lui trouve quelque chose d’à part. Une précocité hors du commun. Ensuite, je lis son argumentaire de presse qui mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorprécise, « c’est à l’âge de 5 ans que Mélodie a compris qu’elle était à part. Que sa vie ne pourrait se passer ailleurs que sur scène. Aussi, depuis ses 15 ans, un Baccalauréat prématurément décroché, elle enchaîne conservatoire de théâtre, comédie musicale, écriture, composition, scène, studio. Aucune discipline ne semble l’effrayer. Aucune émotion qui ne soit source d’inspiration. Elle raconte à seulement 20 ans de manière intime et dense l’amour charnel, parle sans complexe de sexualité, de son identité queer, mais sans voyeurisme, et avec au cœur de son art l’universalité du sentiment amoureux… »

Bref, j’allais faire la connaissance d’un phénomène. Ce qui fut fait le 21 novembre dernier dans un salon de thé de la capitale. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorMélanie Lauret par le chanteur Chaton :

Rares sont ces artistes capables en quelques mots de déloger votre cœur pour vous le rendre changé quelques chansons plus tard. Chargé aussi. Incapable de savoir si c’est ce timbre tellement particulier ou l’histoire qu’il vient de vous raconter qui vous a bouleversé. Ecouter Mélodie Lauret, c’est comme si une galaxie qui vous était jusqu’alors étrangère prenait votre être tout entier dans ses bras. Vous rendant aussi unique et singulier que l’est cette artiste précocement géniale. Ils sont d’ailleurs si rares, ces artistes, ceux qui semblent depuis quelques mois ouvrir la brèche d’un nouveau paradigme musical et créatif qu’on en oublierait presque que c’est sans doute ça au fond, un artiste. Un artiste entier. Complet. Une personne qui se livre à un point qu’il vous laisse à la fois rassuré et déchiré par une même chanson.

Car Mélodie, du bout de la voix jusqu’à celui des ongles, semble en pleine conscience. De son temps, de celui qui passe, de celui dont elle ne veut jamais gâcher la moindre seconde. A la ville comme à la scène, l’amour semble absolu, passionné, ultime. La vision est tranchante. Les mots sont choisis comme peu d’auteurs savent les choisir. Et l’interprétation d’une pureté inouïe. Qu’elle n’ait que 19 ans est un détail. Une promesse sublime certes, mais un détail. Car cet amour-là, cette fougue insensée qui détruit pour mieux reconstruire, qui use, brûle, cette fougue n’a aucun âge. Aucun genre. Aucune règle. Si ce n’est celle de ne pas mentir, jamais… 

Mélodie Lauret sur :
Facebook :
https://www.facebook.com/melodie.song.1
Instagram :
https://www.instagram.com/meslolos/

Elle sera aux Déchargeurs les 18 et 19 décembre 2019. Pour prendre vos places, c'est là!

Pour écouter l'EP, 23h28, c'est ici!

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

(Photo Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorInterview :

J’ai été très étonné d’apprendre que vous n’aviez que 5 ans quand vous avez su que vouliez devenir une artiste.

Non seulement je savais, mais je n’ai absolument pas changé d’avis. Ca fait tellement partie de moi que je ne suis plus étonnée de cela.

Vous avez commencé par le théâtre.

D’après mes souvenirs, quand j’étais petite, j’ai suivi une copine qui voulait faire un cours d’essai. J’ai donc moi-même participé et j’y suis restée. Mais je ne voulais déjà pas que l’on m’impose des choses que je trouvais ridicule. Un jour, pour la première pièce que j’ai joué, on m’a demandé de mettre un nez de souris. J’ai refusé catégoriquement parce que je considérais que je pouvais être une petite souris sans mettre un nez de souris (rire). Pour autant, je n’ai plus jamais lâché le théâtre parce que je ne pouvais plus m’en passer.

C’était un refuge ?

Oui, surtout pendant mon adolescence. J’avais beaucoup de mal à aller à l’école. Je faisais une phobie scolaire. En 4e, j’avais une réelle peur panique. J’ai été déscolarisée pendant un an. J’ai repris en 3e pour passer un brevet et aller au lycée. Les seules interactions que j’avais à l’époque étaient un prof qui venait une fois par semaine me donner des cours de math et mes cours de théâtre. Le théâtre était le seul endroit où je pouvais aller et voir du monde. Il était hors de question que je rate un cours. C’était un endroit dans lequel je me réfugiais et dans lequel j’existais vraiment parce que je jouais des personnages et je portais les mots d’autres gens. J’avais soif des mots, tout simplement. J’avais l’envie d’être bavarde.

L’envie d’être bavarde ?

Oui. Dans la vie, j’étais hyper timide, je n’avais pas d’amis. J’en avais seulement sur internet. Je parlais beaucoup sur les forums… J’ai pris l’habitude d’écrire en discutant avec les gens sur internet. Au théâtre, sur scène, je n’avais pas peur de parler parce que je n’étais pas moi. Quand je joue Phèdre, je parle avec des mots qui ne m’appartiennent pas et qui ne sont même pas ceux de mon époque.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

(Photo Sarah Balhadere) 

Dans la musique, vous êtes moins un personnage.

Vous avez raison, c’est beaucoup plus moi. Je parle de moi dans mes chansons, donc je ne me cache plus derrière quelqu’un d’autre. Sur scène, pour le moment, j’ai moins d’aisance pour chanter que quand je suis sur scène pour exprimer les mots des autres.

Dans tout ça, je crois comprendre que c’est l’écriture qui vous intéresse. Vous avez même dit « je chante pour écrire ».

J’ai dit ça ?

Oui, il me semble.

Non, mais c’est bien comme phrase. Je vais préciser. Je ne chante pas pour écrire, mais pour vivre. Mes émotions et mes histoires existent. Elles viennent de mon cerveau et à différentes choses liées à lui qui les rendent trop fortes et qui me font rentrer dans un spleen immense. Ces émotions sont trop fortes pour les gens, pour moi et pour la société dans laquelle on est. Mon moyen de les mettre un peu en cage, c’est de les écrire sous une forme poétique. Ainsi, elles existent différemment et je les tiens à distance.

Comment écrivez-vous ?

Ça commence souvent par une phrase poétique qui me vient en tête. De là découle des choses. Il m’arrive aussi de savoir que je veux que ma phrase se termine par un mot en particulier. A partir de ce moment-là, j’articule les choses autour. Dans « 23h28 », j’avais en tête le mot bourrasque, il fallait impérativement que je place ce mot.

Clip de "23h28", réalisé par Guillaume Genetet.

Vos chansons racontent votre histoire, mais en version romancée, c’est ça ?

Oui, on peut dire ça. Mais je n’ai pas cherché à les rendre universelles. Je suis égoïste quand j’écris une chanson. Je ne pense pas aux autres. Au début, elles n’avaient pas vocation à devenir publiques. Pas à ce point en tout cas. Je ne me dis jamais : « Est-ce que ça va plaire aux gens ? », sinon, je ferais de la pop commerciale. Ce serait même plus simple. Mais je ne sais pas mentir sur ce que j’ai envie de faire. Même ma mère m’a demandé pourquoi je ne faisais pas une chanson joyeuse, une chanson qui fasse danser. C’est simplement parce que je n’y arrive pas. Ce n’est pas mon essence.

Qu’aimez-vous dans les mots ?

C’est le fait de pouvoir les assembler de manière maligne pour que ce soit joli. Quand j’ai une phrase qui sonne bien dans mon esprit, je suis surexcitée. Je suis beaucoup plus émue par le fait de lire une jolie phrase que de voir un joli paysage. Une phrase finement écrite me rend dans une très grande joie.

Dans la chanson française, vous appréciez Barbara. C’est celle qui vous touche le plus ?

Je ne peux pas répondre à cela parce que je n’ai pas tout écouté. Je ne supporte pas l’idée de me dire que telle ou telle chose est ce que je préfère parce que je sais qu’il y a des choses que je ne connais pas encore. Quant à Barbara, j’aime profondément cette artiste, mais j’aime aussi son identité autant visuelle qu’artistique. Elle a des chansons merveilleuses. Après, il y a des artistes contemporains qui m’inspirent aussi énormément. Raphaële Lanadère, Babx… Quand j’avais 8 ans, j’étais follement fan de Camélia Jordana (qui fait partie du giron de Babx). C’est un peu elle qui m’a donné envie de chanter.

Clip de "Quand j'entends les gens", réalisé par Guillaume Genetet. 

Ce qui me fascine chez vous, c’est votre précocité. Là, je constate que depuis le début de l’interview, vous n’avez pas le discours d’une jeune femme de 20 ans.

Je suis précoce diagnostiquée. Je ne le dis pas habituellement parce que cela a une connotation très pédante. Il y a 1000 mots pour dire ça dont surdouée, précoce, zèbre, haut potentiel. Je n’aime pas en parler parce que je sais aussi que les gens ne savent pas ce que cela provoque chez quelqu’un. Personnellement, ça m’a provoqué plus de problèmes que de joies dans ma vie. En même temps, je sais que mon inspiration et mon hyper sensibilité viennent de là. Mais, il y a beaucoup de choses qui me portent encore préjudice... dont une anxiété immense.

Vous ne vous sentez pas à votre place avec des gens de votre âge, je présume.

J’ai toujours été attirée par ceux qui étaient plus vieux que moi. Quand j’avais 12 ans, j’avais des amis de 26 ans et c’était normal pour moi. Aujourd’hui, je me vois mal être entourée de personnes de 20 ans. J’aurais l’impression qu’il y a une vie qui nous sépare. C’est le propre de la précocité, il y a un décalage immense et c’est ce décalage qui est compliqué à vivre. Je n’ai pas forcément envie que l’on me regarde comme celle qui est en avance sur tout et comme celle qui est décalée.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

Vous avez écrit une pièce de théâtre il y a deux ans, "J'irai danser tes 20 ans". C’est un exercice autrement plus compliqué qu’une chanson, non ?

Oui, assurément. Je n’ai pas vraiment choisi d’écrire cette pièce. A 18 ans, pour mon anniversaire, ma mère m’a offert la location d’une salle de théâtre, le Mélo d'Amélie. Elle m’a dit d’en faire ce que je voulais. C’était merveilleux parce que tout ce que je voulais, c’était d’être sur scène. Ce cadeau est bien la preuve que ma mère me connait on ne peut mieux. Du coup, puisqu’il fallait que je fasse quelque chose de cette scène, j’ai écrit une pièce en un temps très réduit, puis j’ai fait la mise en scène, cherché des décors… et enfin, on l’a joué. Pour aller plus loin dans ma réponse, la difficulté a été de mettre en scène mes émotions. Dans les chansons, c’est facile, il n’y a pas besoin d’explications. Dans les chansons, mes émotions sont sans filtre et on les prend comme elles sont.

Interview de Céline Héranval au sujet de la pièce de Mélodie Lauret.  

Je reviens à votre précocité. Votre projet musical et votre personnalité sont, à mon avis, bien parti pour vous emmener vers le succès. Qui dit succès dit centre d’attention et obligation d’affronter beaucoup de personnes. Comment pensez-vous vivre cela ?

La différence avec la vraie vie, c’est qu’il y a un cadre. Là, nous nous parlons, mais je sais qu’il y a un enjeu professionnel. Nous nous sommes donné rendez-vous pour parler précisément d’une chose et je le sais en avance. Dans les rapports sociaux de la vraie vie, ce qui me fait peur, c’est qu’il n’y a aucun cadre. Quand je bois un verre avec des amis, je gère beaucoup moins bien. Au début je me forçais à aimer ce genre de moment et d’ambiance. Je me forçais à exister pleinement dans cette circonstance. Un jour, j’ai compris que mon écoute suffisait pour exister. Je n’avais pas besoin de parler… Ma seule présence est une existence et c’est suffisant. En tout cas, j’ai accepté que cela suffise.

Ça doit être fatiguant de vivre ainsi…

En général, les gens sont fatigués physiquement quand ils ont eu une dure journée et qu’ils ont traversé des choses compliquées. Moi, j’ai une fatigue émotionnelle qui est constante parce qu’il n’y a rien qui n’est pas fatiguant, parce qu’il n’y a rien qui est vécu à un stade normal. Chez moi, même une joie est une joie fatigante. L’euphorie comme la tristesse peuvent devenir une solitude. Tout est décuplé et changeant en moi à une vitesse phénoménale.

Là, vous pouvez changer dans quelques secondes ?

Oui. Avec vous, je vais très bien, mais il se peut que dans deux secondes je sorte parce que j’ai vu une lumière qui ne m’a pas plu et que cela me mette dans un état immensément triste. Il y a quelque chose de très mouvant en moi et je ne sais jamais à quoi m’attendre.

Clip de "Minuit quelque part", réalisé par Guillaume Genetet. 

Parlons de vos chansons. A l’exception d’une, « Minuit quelque part », ce ne sont que des chansons d’amour…

Et c’est la seule que je n’ai pas écrite. Si je n’écris que sur l’amour, c’est parce que c’est un des sujets qui m’anime le plus. Je trouve qu’il est sans limite et sans fin.

Ce sont des amours féminines.

Parce que c’est ce que je suis, et c’est parce que c’est le seul amour que je connais. Par contre, je ne veux pas que l’on pense que c’est un acte de revendication quelconque. J’écris des chansons d’amour, c’est tout. Si des gens osent me dire un jour qu’ils se sentent exclus parce que je parle d’amour de femmes, je trouverais ça totalement stupide. Je suis une femme lesbienne et j’écoute des chansons d’amour d’hommes qui parlent à des femmes… ça ne me gêne pas. Par contre, si des femmes lesbiennes se sentent concernées par mes chansons, j’en suis ravie. 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

Pendant l'interview...

Si je peux me permettre, votre position est importante en 2019. C’est bien qu’il y ait cette visibilité-là.

J’aimerais juste que les amours entre deux personnes du même sexe soient normalisés. J’ai envie que les amours homosexuels ne soient même plus un sujet. A la limite, ce qui est militant, c’est de rendre tout ça banal.

Est-ce que les choses évoluent ?

Elles ont l’air d’évoluer bien, mais ça ne suffira jamais. L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie n’existent pas que dans la violence physique ou verbale. Vous, en tant qu’homme blanc hétéro, vous ne pouvez pas avoir la même vision et la même intériorité que moi ou que d’autres parce qu’il y a des choses minimes qui sont extrêmement violentes pour nous. Par exemple, jusqu’à il y a deux mois, si on tapait le mot « lesbienne » sur Google, on ne tombait que sur du porno. C’est extrêmement violent. Il n’y a pas que les agressions dans la rue qui nous touchent, c’est aussi ces « petites » choses qui sont loin d’être anodines.

Vous-mêmes, vous êtes victime de remarque dans la rue ?

Quand je marche main dans la main avec ma copine, il n’y a tout simplement pas un jour où je n’ai pas de réactions négatives. Beaucoup ont, à notre endroit, des regards et des paroles terriblement déplacés. Quand un couple hétérosexuel se roule des pelles sur le quai d’une gare ça ne choque personne. Du coup tenir la main d’une femme quand on est une femme, ça devient un acte militant.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

Après l'interview, le 21 novembre 2019.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

23 novembre 2019

Cléo Marie : interview pour l'EP La Cadence

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

(@Nacera Laamari)

Quel beau projet que celui de la chanteuse, bassiste et guitariste Cléo Marie. Il réunit poésie, mélodie, humour (très second degré) et délicatesse. La Cadence est un premier EP de 5 titres enchanteurs aux textes intimes, étranges et espiègles, le tout sur des mélodies ciselées et particulièrement efficaces. 

Il ne faudra pas la louper le 18 décembre prochain sur la scène du très bel auditorium de la cité internationale des arts. Elle y présentera ce premier EP... Et bien plus encore. La billetterie de l'évènement est ici.

Son site officiel.

Sa page Facebook officiel.

Sa page Instagram

Pour écouter l'EP, La Cadence.

J’ai rencontré Cléo Marie, le 5 novembre dernier, dans une brasserie proche des Champs-Elysées.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

La cadence, si elle évoque la progression rythmique de sons ou de mouvements, revêt une notion bien particulière pour Cléo Marie. Artiste puissante et gracile à la fois, ses multiples visages se déclinent au gré de mélodies tour à tour subtiles et brutes. La Cadence, titre du premier EP de la musicienne, est tout cela à la fois : un univers où Cléo rencontre Marie, et vice versa. Un recueil de chansons à textes portées par une voix espiègle à la singulière particularité, où les mélodies à la guitare et à la basse forment une berceuse qui aurait été composée pour des adultes…

Habitée, inspirée et animée par une théâtralité évanescente, Cléo Marie tricote ses textes poétiques en usant de métaphores douces-amères emmenées par un tempo pop entrainant (« La Cigarette »). Qui est Cléo ? Qui est Marie ? Une bicéphalie créatrice se développe sur « Les Fleurs », où l’ambiance se fait intimiste et inquiétante, grâce à cette plume mystérieuse et ces arrangements riches et entêtants, mêlant synthés et électronique.

C’est aussi dans ses balades que la chanteuse, bassiste et guitariste déploie une mélancolie qui ne semble cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorparadoxalement jamais renoncer à un renouveau, une renaissance, comme sur le titre éponyme « La Cadence », que l’on peut écouter autant comme une comptine que comme une confession à cœur ouvert. Sur scène, Cléo Marie a l’élégance d’introduire ses chansons avec une généreuse dose d’humour. Un second degré qui crée de véritables respirations entre ses titres profonds.

Seule à la réalisation de cette œuvre très personnelle, Cléo Marie a elle-même enregistré les basses, guitares, voix et programmations de cet EP qui ne vous quitte plus dès lors que vous avez baissé la garde. Se laisser happer par cette grâce, se prendre au jeu mélodique de sa voix captivante : voilà la bonne attitude à adopter devant cette Cadence douce et prenante. « L’amour, je n’y crois pas », susurre Cléo Marie avec malice. A l’écoute de son premier EP, on a tout simplement encore envie d’y croire pour elle.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

(@Nacera Laamari)

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorInterview :

Cléo Marie est plus une entité composée de deux personnes que toi toute seule, si j’ai bien compris.

Dans l’imaginaire de ce projet-là, il y a deux entités. Je m’appelle réellement Cléo et mon deuxième prénom est Marie. Cléo, c’est moi. La nana musicienne qui écrit ses chansons dans sa chambre et Marie, c’est une forme d’inspiration. Cela pourrait être une vraie femme qui m’inspire dans les sujets de mes chansons, mais c’est aussi cette chose difficilement identifiable qui tu traverses quand tu écris.

On appelle ça l’inspiration, non ?

C’est exactement ça. Ça touche beaucoup de gens qui créent. Quand je suis à la maison, je sens le moment où ça va arriver. Soudain, je ressens le besoin de sortir ce qui s’impose en moi avec le style d’écriture qui m’est propre. Je me demande toujours si cette émotion fulgurante m’appartient complètement.

Peut-on parler d’écriture automatique ?

C’est quand même souvent le fruit d’un minimum de réflexion, mais une réflexion qui est différée. Je vais être touchée par un sujet, je vais ensuite me renseigner sur ce sujet et ensuite l’inspiration fait son chemin. En tout cas, ma façon d’écrire est très viscérale, mais empreinte de douceur.

Dans quel état tu dois être pour écrire ?

Principalement quand je suis dans des états émotionnels un peu forts, que ce soit négatifs ou positifs.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

(@Mehdi Demaked)

A la base, tu es connue pour être une bassiste émérite.

J’ai bossé pour des spectacles et des artistes en tant que bassiste, en effet. Je gratouille aussi la guitare depuis quelques années, mais je m’en sers uniquement pour moi. Dans mes concerts, j’alterne ces deux instruments.

Cléo Marie est ton premier projet en tant que chanteuse. Qu’est-ce qui t’a poussé à te mettre un peu plus en avant ?

J’ai commencé à écrire des chansons avec des mélodies dans la tête sans me dire que j’allais les chanter moi-même. C’était ma catharsis et ça m’a fait un bien fou. Je me suis sentie apaisée. A un moment, je me suis dit que j’allais chanter ses textes moi-même tant ils étaient intimes. A partir de là, j’ai développé le chant et l’interprétation en prenant des cours. Je n’ai pas l’ambition ou la prétention de devenir une grande chanteuse à voix, mais j’ai eu envie, pour mon épanouissement personnel artistique, de développer ça en un projet officiel.

Tu as employé le mot catharsis. C’est un mot fort.

Ecrire ce que je ressens m’évite peut-être de passer par la case "brûler des maisons ou tuer des bébés chats (rires).

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

(@Dan Piper)

Tu gères toute seule ce projet ?

Complètement. J’ai le contrôle sur tout, de mon image à ce que je vais raconter dans mes textes et entre mes morceaux.

On ne se connait pas, mais tu me sembles humble et discrète. Tu arrives facilement à te mettre en avant ?

Je me cache souvent derrière une petite dose d’humour. Selon les contextes, je peux être assez intimidée, mais je me suis rendu compte qu’en lead, seule, j’ose quand même pas mal de choses. Là, tout repose sur moi, mais ma démarche est tellement sincère que finalement, je me sens légitime. J’ai de vraies choses à raconter qui sont complètement moi.

Tu continues à accompagner des gens ?

Oui. J’aime continuer à être derrière. Les bassistes ont la réputation d’avoir un tempérament assez discret. Bref, j’aime bien faire les deux, mais comme je viens de te le dire, je me sens plus épanouie maintenant que j’ai ce projet.

Tous tes textes parlent de toi. Ce que j’aime, c’est que tu poétises tes histoires. Rien n’est clair, mais tout est compréhensible.

Comme ce sont des émotions qui me traversent, ce n’est pas forcément ultra claire et limpide. Quand j’ai fini d’écrire, je me rends compte qu’il peut y avoir plusieurs interprétations de mes textes. Les émotions ne m’appartenant pas, ce que j’écris devient malgré moi universel.

Clip de "Les fleurs" réalisé par Sébastien Angel. Lumières: Jean-Luc Chanonat. Image: Alice Gelmi et Sébastien Angel.

Dans « Les fleurs », par exemple, je n’ai pas su déceler de quoi tu parlais exactement.

C’est la chanson la plus compliquée pour moi à raconter. Je dirais que c’est une femme qui peut développer des relations avec les gens de manière complètement candide et bienveillante, sans forcément se poser la question de l’attachement et de l’engagement… sauf que les personnes qu’elle rencontre ne sont pas dans la même optique.

La chanson la plus claire est « Nathan ». Tu parles d’un homme qui est avec une femme, qui a un enfant avec elle, mais qui est homosexuel.

Il a construit sa vie avec une femme qu’il aime et on ne sait pas s’il va finir par assumer son homosexualité. Pour être heureux, il faudrait qu’il l’assume…

J’aime beaucoup « Berceuse de comptoir ». Dans cette chanson, tu es l’alcool.

Je me positionne du côté de la substance addictive. Je suis l’alcool qui parle à cette femme alcoolique, c’est un peu le serpent dans Le livre de la jungle. J’interprète cette chanson comme une comptine pour enfant, avec beaucoup de douceur. Dans l’alcool, il y a de la douceur, c’est apaisant. Cette chanson peut-être aussi un discours amoureux.

Clip de "La cigarette", réalisé par Marc Lahore. Conception marionnette / Comédienne : Eve Bigontina.
Maquillage : Sarah Pariset. Accessoires : Sarah Pariset / Alexis Hayere.

Après l’alcool, tu évoques aussi « La cigarette ». De manière imagée, tu racontes la fin d’un amour… un amour qui se consume ?

Tu peux le voir comme ça. Pour moi, la protagoniste de « La cigarette », je l'ai imaginé comme une vieille dame qui perd la mémoire. Tout lui échappe, ses souvenirs et son corps qui commence à décroitre… C’est assez violent. Parfois, on me dit que la cigarette, c’est aussi le temps qui passe…

« La cadence », c’est une chanson sur l’amour pas encore trouvé et l’espoir qu’on le trouvera un jour?

Là encore, on peut voir de deux manières différentes cette chanson. Ton option ou l’amour qui est toujours présent. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la cadence et de l’amour.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

(@Alice Gelmi)

Tu ne « genres » pas les chansons et les personnes dans cet EP. Pourquoi ?

Je ne me suis pas dit « il ne faut pas genrer ». Peut-être qu’on peut penser que dans les chansons d’amour, je me positionne comme un homme parce que j’aime les femmes. Quand une femme fait une chanson d’amour sur quelqu’un qui lui a fait du mal, tout le monde pense que c’est un mec, mais non, une femme aussi peut faire du mal à une autre femme.

Il se dégage de ce disque un climat mélancolique. Ca reflète ta personnalité ?

Oui, je suis comme ça. En tout cas, ça reflète mon état d’esprit émotionnel au moment où j’ai écrit ces chansons. J’ai un coté mélancolique, mais si tu écoutes bien, dans toutes les chansons, il y a l’espoir toujours présent. Je crois vraiment en la beauté de l’être humain, en la douceur de l’humanité et de la nature. Je crois aussi en la résilience.

Et ce second degré que l’on retrouve dans tes textes, il te ressemble ?

Je ne suis pas souvent premier degré, en effet.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

Pendant l'interview…

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor(@Thomas Guerigen) Pourquoi sortir un disque aujourd’hui ?

Quand on veut sortir un EP aujourd’hui, je crois que chaque artiste se demande à quoi bon. Mais au fond, c’est le meilleur moyen de présenter ce que l’on est capable de faire. J’ai une vingtaine de chansons sous le coude qui sont en construction, donc, j’ai un projet d’album. Comme pour l’EP, j’ai quasiment tout fait seule, chez moi. Là, j’aimerais bien travailler avec un arrangeur, cela me permettrait de bosser uniquement sur les textes et les mélodies. Ce qui est bien dans le fait d’avoir travaillé seule, c’est que j’ai commencé à trouver une couleur. Ce sera donc plus facile pour un arrangeur de comprendre ce que je veux par la suite.

Tu as un tourneur ?

Non, tu fais bien d’en parler. Ça m’aiderait beaucoup d’en avoir un. J’ai envie de tourner dans le réseau « chanson française », dans des scènes un peu intimistes pour des gens qui viennent écouter du texte. Sur scène, je suis seule avec ma guitare et ma basse et un kick electro qui me permet de rajouter un peu de rythmique sur certains morceaux un peu plus enlevés. Mais je ne veux pas m’enfermer dans la métrique. Je veux pouvoir, aux grès des émotions, faire des ralentis ou des grosses nuances.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

Après l'interview, Chez Savy, le 5 novembre 2019.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

Et n'oubliez pas...

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor

28 octobre 2019

Marie Sigal : interview pour l'EP Les géraniums

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorMarie Sigal « modèle une musique plus que singulière qui doit autant à Debussy qu’à James Blake, en passant par Feu ! Chatterton. De ce bouquet d’influences s’élèvent des chansons au charme étrange et contagieux, qui revendiquent le goût des mots en décloisonnant les genres » explique l’argumentaire de presse. Il poursuit : « Ces petites constructions de rêves, portées avec passion, créent de la beauté dans les recoins les plus inattendus. Marie Sigal explore les contraires et les entrechoque. S’emparant parfois de thèmes aux limites du malaise pour mieux les sublimer, elle nous embarque entre cimes et abîmes, dans des mélodies vives et enivrantes. » 

Je ne connaissais pas Marie Sigal, mais quand j’ai reçu son EP, j’ai été surpris par l’originalité de ses chansons. Un peu de Christine and the Queens et un peu de… je ne sais pas. D’elle-même. Mais j’ai été conquis.

Son site internet.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'EP.

C’est dans un bar de la Gare Saint-Lazare que nous nous sommes donné rendez-vous, le 15 octobre dernier pour une première mandorisation.

Biographie officielle :marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Marie Sigal est chanteuse-pianiste et auteure-compositrice-interprète. Après une formation classique en conservatoires, elle crée un projet éponyme de chanson et de pop qui l’amène à sortir trois disques (2011, 2014 et 2019) et à se produire en France et à l’étranger.

C’est aux Etats-Unis que Marie Sigal vient chercher l’inspiration pour son dernier EP, Les géraniums, composé intégralement en français. En résidence américaine, elle se reconnecte à ses racines, écoute et lis en français, comme une plongée en soi. Une langue révélée à elle-même. Marie participe à des projets aux esthétiques diverses : BO du documentaire Arte Brice (réalisation : Sandrine Mörch) primé au festival de Deauville Green Awards en 2017 ; diverses bandes originales pour compagnies de danse – compagnie Myriam Naisy et Parascom notamment – et de théâtre ; Trio Tenza (world music) ; lectures musicales auprès d’écrivains et de poètes français et américains…

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInvestie dans la transmission de sa passion, Marie Sigal mène régulièrement des actions culturelles et pédagogiques.

Découvrez tous ses projets parallèles sur le site www.lacanopeedemariesigal.com

Le projet Marie Sigal parcourt les scènes : Trois baudets (Paris), Virginia Center of Creative Arts (USA), L’appart (Bangkok), Festival de Marrakech, Fondation Boris Vian (Eus), Forum Léo Ferré (Ivry), Festival Détours de chant (Toulouse), Pause Guitare (Albi), Festival de Carcassonne, Voix de femmes (Maury), Palais des rois de Majorque (Perpignan)… Et les premières parties: Barbara Carlotti, Thomas Fersen, Peter Van Poehl, Elysian Fields, Nosfell, Florent Marchet, Coming Soon, Daphné

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInterview :

Ton dernier album, The Nature Of, date d’il y a cinq ans et tu chantais en langue anglaise. Tu es partie aux Etats-Unis et tu reviens avec un EP en français. C’est étrange.

Je suis très paradoxale. J’ai gagné un concours qui offrait une résidence aux Etats-Unis. Je suis arrivée dans ce pays pour vivre mon « american dream ». Là-bas, j’ai composé quasiment un album. Je ne vivais qu’avec des artistes américains et au bout d’un moment, j’ai voulu me reconnecter à mes racines. J’ai commencé à réécouter les Rita Mitsouko, à beaucoup écouter Gainsbourg, Bashung, Feu ! Chatterton, Christine and the Queens, beaucoup de rap français, j’en passe et des meilleurs. Mes collègues américains ne connaissaient rien de ce que j’écoutais. La seule artiste française qui est connue, c’est Edith Piaf. Dans l’avion du retour, je me suis dit qu’il fallait que mon album soit en français parce que c’était mes racines et que c’était ce que j’étais. Il fallait que j’arrête de penser et parler une autre culture que la mienne.

Tu évoques Christine and the Queens. Le premier titre de ton EP, « Beauté » m’a fait penser à son univers. A tort ou à raison ?

A raison tort (rires). Parce que c’est complètement inconscient. Je ne suis pas fan de tout, mais elle m’a nourri avec sa nouvelle manière de placer le français sur une musique très anglo-saxonne.

Selon toi, ta musique est anglo-saxonne?

Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Je suis musicienne, alors je ne cherche pas à faire de la musique française. « Wagon-lit » et « Vapeurs », c’est un peu de la musique de film. Ce ne sont pas des chansons traditionnelles, en tout cas. « Géranium » est très connotée Gainsbourg, je trouve. « Le bât blesse », ce serait plutôt Bashung. C’est encore un EP sous influence. Pour l’album, j’essaie de sortir de mes influences.

Clip de "Les géraniums".

Tu es une vraie musicienne. Tu as fait les Conservatoires de Bordeaux et de Toulouse.marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

J’ai commencé le piano à 5 ans, mais je suis rentrée très tard au Conservatoire. J’ai bossé cet instrument comme une folle de 16 à 19 ans. J’ai aussi suivi des cours de chant, mais je n’ai pas poussé les études jusqu’au bout parce que je n’avais pas envie de faire du lyrique. J’étais passionnée de musique baroque. Toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup chanté de chant sacré.

Tu as quitté le Conservatoire un peu fâchée. Pourquoi ?

Le classique ne me correspondait pas, l’institution était trop lourde, il y avait trop de concours, de compétitions et j’avais des besoins créatifs et de liberté. J’avais des projets avec la danse, le théâtre, le documentaire, avec de la pop, de la musique contemporaine…

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorTu as aussi fait des études de psychologie avec succès. A tel point que c’était ton premier métier. Ça te sert dans la musique ?

Oh que oui ! Ça m’a permis d’être dans l’empathie et l’amour de l’humain. La musique c’est un média dont je me sers pour me connaitre, pour connaitre les autres, pour parler à mes contemporains. Etre musicien, c’est être humain. On peut parler avec ou sans mots. Avant, je ne disais pas que j’étais psychologue, mais aujourd’hui, je vois du lien avec tout mon parcours. Je me sers aussi de la psycho dans mes relations avec mes équipes, avec les autres musiciens, avec les professionnels. Ça me permet de comprendre beaucoup de choses et de sortir d’éventuelles situations conflictuelles. Beaucoup d’artistes, s’ils ne sont pas psy, ont une connaissance de l’humain et sont ultra sensibles. Tu lis Bob Dylan ou Patti Smith, tu te dis qu’ils ont passé leur vie à lire celle des autres dans les cafés, les lieux publics, les livres et les rencontres.

Un artiste doit être très observateur du monde qui l’entoure.

Tout à fait. D’ailleurs, j’ai le secret espoir d’écrire un jour une chanson personnelle qui devienne universelle, avec des mots simples, et qui touchent des tonnes de gens.

Clip de "Le bât blesse".

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorPour le moment, tes textes peuvent avoir des doubles lectures. C’est le cas de « Le bât blesse » par exemple.

C’est pour ça que j’aime Bashung et ses auteurs, à commencer par Jean Fauque. Je peux aussi aimer de la variété comme ont pu en faire des Michel Berger ou des Daniel Balavoine. Bref, « Le bât blesse » est une chanson très interne, qui est partie de loin pour moi. J’ai touché des choses pas forcément faciles, alors j’ai eu besoin d’une couverture qui m’enrobe. La poésie est une belle couverture. J’aime qu’un texte ait plusieurs facettes et que chacun y puise ce qu’il veut, ce qu’il ressent.

Dans tes clips et sur la pochette, tu te montres très sensuelle.

Ce disque est une première étape. Ce n’est pas très joli comme expression, mais c’est comme si j’enlevais des couches d’oignon. Il fallait que je me retrouve un peu à poil. J’étais quelqu’un de très complexée et ce projet me permet de me mettre en lumière et de mettre en lumière mes recoins les plus inattendus. Me mettre en maillot de bain sur la pochette de mon disque et me montrer en lingerie dans un clip un peu érotique, je n’en reviens toujours pas. Je crois que j'aime avant tout sortir de ma zone de confort et jouer avec les codes et les genres. Ce projet me permet de libérer la féminité mais aussi la masculinité que j'ai en moi.

Sur scène, il y a beaucoup de corporalité, avec la danse notamment.

Je danse beaucoup sur scène. Il n’y a pas de vraie chorégraphie, c’est plutôt du lâcher-prise avec mon corps.

Tu règles des choses avec cet EP ?

Oui. Je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui. Ça me soigne et ça me fait du bien de sortir ces choses-là. Je sens que la légèreté arrive et ça me procure un bien fou.

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

(Photo : Lionel Pesqué)

Tes musiques sont plutôt tristes et contemplatives. Dans l’album, il y aura aussi de la légèreté dans la musique ?

Oui, car j’adore la musique dansante. Je t’assure qu’avec l’album à venir, je vais sortir de mes habitudes. Je me reproche quelque chose. Mes productions discographiques ne dégagent pas l’énergie scénique. Comme je suis très perfectionniste, j’ai tendance à aplanir. Je mets un peu de pastel un peu partout, alors que sur scène, je suis plus rauque et rock, plus énergique en tout cas. 

Il est fini cet album ?

Presque. Il manque deux chansons. J’ai les textes, mais pas encore les musiques. Il me manque aussi du financement. Nous allons donc faire appel à un financement participatif. J’aimerais que l’album sorte début 2020.

Clip de "Beauté".  

« “Beauté”, c’est un clip en noir et blanc à la peau nue. J’y utilise mon corps comme une pièce vivante de musée : il est mouvant et soumis au sombre, au cadre, aux aspérités, à un désir de libération. Ce corps est vulnérable, imparfait, vivace, et c’est ça qui le rend beau, je crois. J’ai coréalisé le clip avec Lionel Pesqué, car outre le fait que j’admire son travail depuis des années, il est photographe avant d’être vidéaste. Je voulais un regard neuf, plus cru et esthétique, inspiré du photomontage, notamment de La jetée de Chris Marker. Nous avons tourné le clip en deux heures, un matin au réveil, sans maquillage, sans artifice ni superflu. C’était assez pulsionnel. Juste ma musique, le corps, et nos regards comme alliés. Joakim Coutouly est venu sublimer le tout par son montage rythmé et sensible. » (explications du clip données à Longueur d'ondes

Tu te sens plus chanteuse que musicienne ?

Chanteuse, c’est être musicienne et poète. Pour moi, tout est musique. Les gens qui parlent dans ce bar, le son des enfants, les verres qui s’entrechoquent… c’est de la musique tout ça.

Donc, je suis chanteur aussi ?

Oui, bien sûr. D’ailleurs, je donne des stages pour prouver aux gens qu’ils ont tous le droit de chanter. Dans le dernier stage, j’avais une fille qui n’était pas une chanteuse à voix, elle a chanté trois notes et elle nous a fait pleurer. Elle est arrivée tellement chargée sur scène que l’émotion a débordée.

J’ai remarqué que tu chantais différemment selon les chansons.

Tu me fais penser à une scène en studio avec Olivier Cussac, mon coréalisateur. Il n’arrêtait pas de me dire que j’étais en train de lui faire une autre voix. Mais moi j’adore ça. Je suis un peu une chanteuse caméléon. Je chante différemment selon la langue, les genres de musique ou les projets.

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. (Photo de Mandor)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. Avec ses choristes féminines d'un soir… (Photo de Mandor)

Tu joues avec trois musiciens sur scène et sur l’EP. Des jazzeux.

Il y a Noam Lerville à la guitare, Philippe Burneau aux claviers et à la basse et Théo Glass à la batterie. Ce sont de vrais instrumentistes et j’aime leur liberté et leurs propositions. Je précise que ces musiciens ont un vrai attrait pour le texte et pour la chanson.

Toi qui viens du classique, tu aimes le jazz ?

C’est justement parce que je viens du classique que j’aime le jazz. Ça m’emporte ailleurs sans que je ne maîtrise rien et c’est le contraire du classique. Mais je t’avoue que je suis moins fan de la musique que de la pratique. J’adore improviser parce que ça me met en danger.

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Olivier Cussac, Marie Sigal et Philippe Waterballs au Studio Condorcet.

Vous vous êtes bien trouvés avec Olivier Cussac.

Il vient du classique, du jazz, du rock, de la musique de film. Il touche à tout. Je me suis beaucoup retrouvée dans ses différentes facettes. Ensemble, on a pu aller partout.

Parlons littérature. Tu lis beaucoup ?

Oui. Surtout de la poésie.

J’ai vu une photo de toi avec des livres dont un d’Andrée Chédid.

J’adore cette poétesse. C’est simple, mais profond et intime. Je trouve que les mots, on se les enlève du corps. Je n’aime pas trop la poésie romantique, je préfère la poésie contemporaine. J’aime aussi les Haïkus. J’en lis beaucoup, partout. Un livre de poésie ou d’Haïkus on peut le prendre dans n’importe quel sens et à n’importe quel moment. J'aime cette liberté.

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Après l'interview, le 15 octobre 2019.

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

04 octobre 2019

Théophile : interview pour son futur premier EP

Theophile-par-Morgan-Roudaut.jpg

(Photos : Morgan Roudaut)

ob_9c25cc_theophile-morganroudaut-0975c.jpgThéophile sort son premier EP aujourd'hui (vous pouvez l'écouter là). A seulement 26 ans, ce jeune homme originaire d'Angers va beaucoup faire parler de lui. Il a sorti coup sur coup, quatre clips, "Face Caché", "Andy", "Laisse-moi" et "Pars" (publié également aujourd'hui). Sa voix profonde et ses textes ciselés me touchent beaucoup… et je suis certain que je ne vais pas être le seul à apprécier ce nouveau venu dans la pop/chanson française. Naissance d’un futur grand.

Le 3 juillet dernier, en terrasse devant deux citronnades, nous avons fait connaissance... et ce jeune artiste m’a beaucoup plu humainement et intellectuellement.

Mini biographie (officielle) :
Le projet solo de Théophile a séduit d’emblée : textes à l’ambitieuse poésie, sens de la mélodie qui vous reste en tête, production exigeante et décomplexée.  
Aussitôt, il a enchaîné les premières parties d’Arthur H, Gaël Faye, Ibeyi, Gauvain Sers ou Juliette, les scènes aux Francofolies et d’autres festivals...
Il retisse le lien entre la guitare et la poésie de l’instant, sans doute parce qu’il a vécu successivement plusieurs passions fondatrices : la guitare classique assez longtemps pour se dégoûter des leçons de musique, puis les poèmes adolescents avant de naviguer dans Bashung, Thiéfaine… et Logic Audio – dans cet ordre-là. Aujourd’hui, le voici initiateur d’une nouvelle mue de la pop francophone.

Son premier EP:Copie de EP_Theopile_1440x1440RGB_300DPI.jpg
Théophile se voit en « compositeur de chanson française aux sonorités nouvelles ». On imagine volontiers Brassens avec une MPC.
Son EP révèle à la fois son souci du sentiment juste, son aspiration à l’envol pop et l’acidité de son regard sur la société. Avec un lyrisme contenu à la Dominique A ou à la Bertrand Belin, des arrangements panoramiques à la Woodkid et une production travaillée avec Nino Vella (notamment quart de Babel), Théophile se dévoile, aussi profond dans l’introspection qu’acéré dans son regard sur l’époque.
 Un chanteur militant ? Pas exactement, mais il aurait choisi un métier d’engagement et d’attention aux autres s’il n’avait pas été musicien. Après tout, il a grandi à Rablay-sur-Layon, où un solide réseau associatif a piloté la mue culturelle et écologique du village. Ses chansons ressemblent à ses convictions : rien n’est jamais seulement noir ou blanc, tout est affaire de nuances, de petits pas patients vers la vérité, de compréhension profonde de l’humain. On a rarement l’occasion d’entendre un chanteur qui écoute autant autour de lui.

Ils en parlent déjà :

théophile,ep,interview,mandor

Elle (26 avril 2019)

theophile_morganroudaut__1930cc-759x500.jpg

(Photo : Morgan Roudaut)

IMG_2660.jpgInterview :

A 6 ans, directement, on t’a mis une guitare entre les mains.

Oui, mais j’ai toujours voulu faire de la musique. A la base, j’avais choisi le violon, ma mère a préféré que je joue de la guitare. Je m’y suis donc mis jusqu’à l’adolescence, période pendant laquelle j’ai fait une pause parce que j’avais autre chose en tête. J’ai recommencé à faire des chansons à 15 ans.

Avant de te lancer en solo, tu as monté un duo acoustique, Gram Astram, avec Hugo Séchet.

C’était une expérience très intéressante commencée au lycée et qui a duré 6 ans. On a joué dans plein de bars et cafés associatifs. C’est ce duo qui m’a lancé dans la musique.

Pourquoi vous êtes-vous séparés ?

Hugo est parti étudier dans une école de cinéma sur Nantes, nous n’avions donc plus trop le temps de nous voir… et puis, je pense qu’on avait fait le tour du projet. Il a monté le sien. On se suit toujours, mais chacun de notre côté.

Ce que vous faisiez à deux ne correspondait plus à tes ambitions?

J’avais surtout besoin de me construire seul.

Clip de "Laisse moi", réalisé par Baptiste Chevalier.

Tu as fait une école de son à Nantes. théophile,ep,interview,mandor

J’aime la musique, mais j’aime aussi la technique. Aujourd’hui, je suis technicien son.

Très vite, tu as su que tu allais faire ce métier ?

Je ne sais pas encore totalement si « chanteur » va être mon métier, car je continue aujourd’hui à faire de la technique. Pour le moment, je cumule ces deux activités. Je sens que les choses évoluent pour moi dans la musique, mais très doucement, alors je reste prudent. Ce qui est certain, c’est que je voulais prendre mon temps pour sortir un premier EP qui soit présentable de A à Z.

théophile,ep,interview,mandorTu as travaillé sur cet EP avec l’excellent réalisateur Nino Vella.

Nous sommes de la même région. On a commencé à travailler ensemble à Cholet, puis il a déménagé à Paris… on continue ici. Il a une oreille et une sensibilité hors du commun. Tous les deux, nous sommes tellement sur la même longueur d’onde qu’on est capable de faire une chanson par jour. C’est ce qu’il s’est passé avec les chansons de l’EP.

J’ai vu dans la bio qui te concerne que tu aimes Bashung. Il y a deux chansons dans laquelle tu dis le mot « Bijou », « Andy » et « Face cachée ». Clin d’œil à « Bijou bijou » ?

Bien joué, c’est la première fois que l’on me fait cette remarque, mais c’est vrai. C’était conscient dans « Andy », pas dans « Face cachée ».

Chez les français, tu aimes qui ?

J’écoute vraiment de tout. Ce sont surtout les paroles qui me touchent. Brel, Brassens, Thiéfaine étaient exceptionnels. Mais, au niveau du son, je suis très inspiré par ce qui est moderne. Je tente de mélanger les beaux textes et la musique d’aujourd’hui.

Clip officiel de "Pars".

Tu as beaucoup aimé Noir Désir, aussi. théophile,ep,interview,mandor

Je les ai beaucoup écouté, en effet. Très souvent, on me disait que ma voix et ma façon d’écrire étaient proches de celles de Bertrand Cantat. J’ai gommé cela, je crois. Il est difficile d’extirper de soi ses influences, mais c’est possible. Je crois que ce que je fais aujourd’hui me ressemble.

Tes textes sont poétiques, mais parfaitement compréhensibles.

Je ne veux pas écrire de textes trop hermétiques. Quand j’écoute une chanson, j’aime bien qu’elle soit poétique, mais il faut également que je comprenne le sens sans être obligé de l’écouter 50 fois. Après, cela n’empêche pas que l’on puisse y ajouter des doubles ou triples sens.

C’est amusant de penser à un sujet et de le rendre poétique pour en faire une chanson ?

C’est ce que j’adore faire. Cela donne une toute autre dimension à ce que l’on vit ou aux sentiments qu’on a envie de transmettre à quelqu’un. J’ai fait une chanson pour mon frère intitulée « Oiseau » et je lui dis des choses que je lui ai déjà dites, mais avec une toute autre ampleur. L’émotion est décuplée.

Enregistré en condition live, dans le hall de la salle 'La Vapeur' en novembre 2018.

théophile,ep,interview,mandorTu t’es fait connaître grâce à tes trois clips.

C’est comme ça que l’on procède aujourd’hui. La vidéo est très importante. Les gens regardent la vidéo avant d’aller écouter un titre… si la vidéo est mauvaise, ça donne une mauvaise connotation.

C’est quoi ta musique ?

De la pop un peu electro chantée en français.

Il y a de l’émotion dans ce que tu fais et un sens prononcé de la mélodie.

J’essaie de caler les bons mots sur la bonne mélodie.

Clip de "Face cachée" réalisé par Simon Junot-Pixel Procced.

Dans « Face cachée », tu parles de poète maudit. Tu ne te sens pas ainsi ?

Pas du tout. Pas déjà en tout cas (rires). Dans cette chanson, je veux dire que tout le monde porte un masque.

Tes chansons sont au départ assez noires, mais finissent avec de l’espoir.

Je n’écris pas pour me plaindre et faire des constats de choses qui me rendent tristes. J’essaie d’emmener une lueur d’espoir, voire une solution. Dans la vie, je suis très positif. Avant, j’étais assez torturé, maintenant, je le suis moins, même si je continue à me poser beaucoup de questions.

Tu te connais mieux, peut-être ?

C’est exactement ça. A la vingtaine, nous sommes toujours face à des paradoxes. Nous sommes tiraillés par plein de choses. On a des convictions qu’on ne peut pas toujours assumer… Quand on prend de l’âge, on prend du recul sur tout ça. On apprend à se connaître et on fait ce que l’on a envie de faire. Depuis deux ans, je suis devenu plus positif.

Clip de "Andy" réalisé par Hugo Séchet.

Parlons de la chanson « Andy ». Lors d’un concert dans la maison d’arrêt d’Angers organisé par théophile,ep,interview,mandorl’association Le Genepi, tu as eu l’occasion de jouer et de discuter avec des résidents pendant 2h, sans la présence de gardien. Andy a été le plus à l’aise pour parler de ses conditions de détention, de sa réalité face aux incarcérations. (Photo de droite : Richard Vella)

Ce moment était riche et touchant, or, j’écris sur les sentiments que j’éprouve à un moment donné. Cette rencontre devait être racontée par mon moyen de prédilection, la musique. J’ai vécu ce moment avec Hugo, du coup, il a fait le clip. J’ai posé plein de questions à Andy. « Est-ce que les conditions de détentions sont comme dans les films ? » par exemple. Le milieu carcéral est tellement mystérieux pour moi. Ce qui est fou, c’est qu’il s’était rangé depuis 7 ans et avait même créé une famille… mais il a été rattrapé par une histoire antérieure.

Tu lui dis dans la chanson que tu vas l’aider à « s’évader »… par l’esprit évidemment. Pour toi, les personnes emprisonnées ne sont pas que des prisonniers.

Quand on me demande « qui est Andy ? », je ne réponds pas que c’est un prisonnier. Son statut n’est pas « prisonnier », c’est un homme avant tout, qui a fait des conneries, et qui est détenu dans une prison. La nuance est importante.

Il sait qu’il y a une chanson sur lui ?

Je ne crois pas. Si jamais il l’entend et qu’il me contacte, j’en serai heureux, mais je ne ferai rien de mon côté pour qu’il le sache.

théophile,ep,interview,mandor

Le 24 juin 2019, en  première partie de Vanessa Paradis, à l'Olympia. (Photo : Sébastien Hoog).

théophile,ep,interview,mandorJe sens que le côté humain est important chez toi. Tu ne joues pas à l’artiste.

Je n’aime pas le décalage entre artistes et les autres corps de ce métier. Tout le monde doit être au même niveau. On se parle tous de la même façon.

Ce genre de discours, on le tient quand on n’est pas encore très connu. Le succès peut faire changer de comportement un artiste. Depuis 30 ans que je fais ce métier, je l’ai vu 1000 fois.

Ça dépend aussi du milieu dans lequel tu évolues. Je n’habite pas Paris et je ne fréquente pas d’autres musiciens. Je ne suis pas du tout showbiz. Quand je suis chez moi, sur Angers et Tours, je ne parle quasiment jamais de musique. Je ne traine qu’avec des éducateurs spécialisés.

Pourquoi avec des éducateurs spécialisés ?

Parce que ma copine l’est et que si je n’avais pas été musicien, je l’aurais été aussi.

IMG_2652.jpg

Pendant l'interview...

Tu fais aussi de la technique, ça doit te faire relativiser.

Oui, parce que je connais tous les rouages du métier. Je n’ai pas l’impression qu’un jour, je prendrai la grosse tête. Tu me le diras si tu trouves que si (rires).

Pour toi, l’évolution de ta carrière est encore un peu abstraite ?

On se projette et on a toujours des rêves, mais moi je vis vraiment le truc au jour le jour pour le moment. Je suis très heureux comme je suis aujourd’hui. Si ça évolue, c’est génial, mais je n’ai pas d’aspiration particulière. Je n’ai pas un profond désir de devenir une star. Je pense que si on a ce profond désir, on peut changer et devenir mauvais.

Tu te fais du bien quand tu écris ?

Bien sûr. C’est classique ce que je vais te dire, mais l’écriture est une thérapie. Tu sors les mots de ta tête et ça te fait évoluer.

1D0115B7-B1AE-4FD2-BA88-70E58692BBAE.JPG

Le 3 juillet 2019, après l'interview, au Sylon de Montmartre.

théophile,ep,interview,mandor

03 septembre 2019

Sophie Le Cam : interview pour l'EP Veuillez croire

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor

(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandorSophie Le Cam sort son deuxième EP, Veuillez-croire, demain. Les articles de presse la concernant disent que ses chansons sont à mi-chemin entre Renaud et Philippe Katerine. Comparaison n’est pas raison… mais dans le cas présent, un peu quand même. La chanteuse au regard acéré et d’une extrême lucidité écrit principalement sur les gens, le couple, le temps qui passe et l’enfance. A travers sa vie, elle raconte nos vies. Souvent la réalité rejoint l’absurde, c’est rare dans une même chanson.

Je l’avais déjà mandorisé pour son premier EP, Les gens gentils, il y a deux ans, j’ai été ravi de la rencontrer une nouvelle fois le 22 août dernier en terrasse sur la place de la République. Sophie Le Cam mérite VRAIMENT d’être plus haut qu’elle ne l’est actuellement. Je trouve même que ce n’est pas normal qu’aucune personne du métier ne l’ait encore repéré. On a besoin d’artistes comme elle, toujours en autodérision, pour nous distraire de ce monde pas toujours très beau (ah bon ?)

Biographie officielle :sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor(photo à droite : Chloé Kaufmann)

En 1987, profitant de l’essor irrésistible du minitel en France, Sophie Le Cam nait au nord de la Loire et au sud de la Manche. En 2001, elle est vice-championne de France de badminton des collèges par équipe, ce qui ne l’empêche pas d’écouter Renaud, mais beaucoup, vraiment. Elle ne le sait pas encore mais l’obtention, en 2005, du Bac ES option maths avec mention très bien, ne lui sera d’aucune utilité. Finalement, on retrouve Sophie Le Cam au conservatoire d'art dramatique du 9eme arrondissement de la capitale de la France. Elle y apprend à jouer, ce qu’elle savait faire spontanement quand elle était petite, mais elle avait oublié depuis, c’est pour ca. Trêve d’enfantillages, penchons-nous sur l’essentiel, l’année 2014, ou Sophie Le Cam devient chanteuse. Cette année-la, elle écrit donc ses premières chansons, obtient le deuxieme prix Interprète de Le Mans Cite Chanson, fait la première partie de Loic Lantoine au Festival de Marne, est programmée aux Trois Baudets et chante en direct dans l'émission « A'live » de Pascale Clark sur France Inter.

En 2016, elle sort un premier EP intitulé Les gens gentils. Depuis, 5 clips plus chatoyants les uns que les autres sont sortis sur les internets et de nombreux concerts en trio, avec Antoine Candelot (guitare, claviers, percussions) et Palem Candillier (guitare aussi mais pas la même, ils ont chacun la leur) sont offerts contre de l’argent à un public toujours plus nombreux, sauf parfois. En 2018, sa déclaration d'amour chantée à André Manoukian est relayée par Laurent Ruquier aux Enfants de la télé et Michel Drucker retweete son clip « Tous les Michel » dans lequel elle parle de tous les Michel. Cette même chanson est diffusée par Emilie Mazoyer dans l’emission « Musique » sur Europe 1, mais pas en entier. En 2019, la sortie de son deuxième EP intitulé Veuillez croire lui vaudra d’être interviewée par France Bleu Picardie en raison de ses origines et il sera relayé par les magazines Héxagone, Francofans et Longueur d'ondes en raison de sa qualité artistique. Avec candeur et impertinence, elle y développe d’une voix percutante un univers rétro-sixties, tendre et décalé, qui n’est pas sans rappeler Renaud, Dutronc ou Philippe Katerine. Artiste engagée, Sophie Le Cam réhabilite le port de la cagoule en laine. Veuillez croire.  

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor

(Photo : Chloé Kaufmann)

Pour écouter l'EP, c'est ici que ça se passe!

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandorInterview :

Il était temps que tu sortes un deuxième EP !

Quand tu sors un premier disque avec beaucoup de candeur et de naïveté, tu finis par mettre du temps à sortir un deuxième disque qui soit réfléchit et cohérent avec ce que le projet est devenu. Entre le Les gens gentils et Veuillez croire, le projet a grandi.

Et il faut trouver de l’argent.

Voilà. Il faut également trouver les bonnes personnes avec lesquelles travailler. J’ai aussi appris à connaître le métier et le milieu beaucoup plus intensément. Ca a changé beaucoup de choses sur le plan logistique, organisationnel et sur l’entourage professionnel. C’est tout cela qui a pris trois ans.

Tu as enregistré ce nouvel EP en Picardie.

La majeure partie des instruments a été enregistrée pendant une semaine dans cette région avec le réalisateur Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le Zinc), notamment toutes les batteries, les guitares, les claviers et une partie des instruments additionnels. C’est à Paris que nous avons enregistré toutes les voix et d’autres instruments additionnels.

Quand j’ai écouté l’EP, je me suis rendu compte que je les connaissais toutes parce que tu les chantes déjà sur scène (accompagnée de ses deux excellents et drôles musiciens, Antoine Candelot et Palem Candillier).

J’ai besoin d’éprouver les chansons sur scène. Je serais super angoissée de sortir un disque avec des chansons non testées devant un public. En les interprétant souvent, au bout de quelques prestations, il m’arrive d’avoir des idées de nouveaux arrangements ou de nouvelles structures. Une chanson, c’est vivant… j’essaie d’enregistrer la meilleure version.

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor

(Photo : Chloé Kaufmann)

J’ai l’impression que tu commences à prendre de l’importance dans le milieu de la chanson. Alors que ton EP sort le 4 septembre, j’ai déjà lu des articles dithyrambiques dans FrancoFans, Hexagone, Longueurs d’Ondes, Ouest France, France Bleue…

Ça m’encourage à continuer. Dans le réseau chanson, ça commence effectivement à devenir intéressant, mais j’espère élargir à d’autres réseaux.

Je pense qu’il faudrait que les « décideurs » de ce métier fassent l’effort de venir te voir sur scène où tu exploses réellement. C’est drôle, audacieux, culotté, déjanté et émouvant. Personnellement, je suis venu trois fois en un an. Et chez moi c’est rare…

Je sais que si je peux convaincre, c’est par la scène, mais c’est difficile de faire venir les gens du métier.

Il te faudrait un tourneur à présent.

Oui, parce que j’ai fait le tour des caf’conc parisiens. Pour se développer ailleurs, seule, c’est un peu compliqué.

J’aime beaucoup ton sens rare de l’absurde, même dans ton disque. « Tous les Michel » et « Sujet limite », il faut oser les enregistrer. Je n’aime pas les comparaisons, mais quand on dit de toi que tu es la Katerine au féminin, ce n’est pas tout à fait faux.

Quand j’écoute Philippe Katerine sur disques, je constate qu’il n’hésite pas à inclure des chansons courtes surréalistes alors qu’à priori, on se dit qu’elles ne fonctionneraient que sur scène. Antoine Sahler (mandorisé ici) aussi a fait ça sur son dernier album. Il a des plages très courtes entre les chansons. Je trouve que ça aère le disque et c’est très agréable.

Tu écris des chansons qui peuvent parfois paraître drôles, mais qui ne le sont pas vraiment. « La loose » par exemple. Tu y parles de la condition d’une artiste qui pointe à Pole emploi, d’une rupture…

La situation dans laquelle j’étais quand j’ai écrit cette chanson n’était pas drôle du tout. J’étais en phase de dépression. On a fait un clip un peu kitch et déjanté pour désamorcer tout ça.

Réalisé par Sophie Le Cam et Fabien Drugeon. Avec: Boris Vernis et Bertrand Carbonneau.

Dans « Le couple, la banlieue, les enfants, le dimanche », tu projettes une vision du couple peu attractive.

Je ne suis pas contre la vie de couple, mais c’est quand il y a tout ça assimilé que ça devient problématique (rires). Enfin, je trouve ça à la fois beau et à la fois très angoissant. Je ne me moque de personne précisément, mais un peu de moi-même, parce que tout le monde peut se retrouver un jour dans ce cas de figure. Dans mes chansons, il n’y a jamais de jugement de toute façon.

Tu as écrit une chanson sur ta nièce, « Margaux ».

C’est aussi une chanson très mélancolique sur le temps qui passe trop vite. On ne fait que passer dans ce monde…

Dans « Deauville-Paris », tu parles d’une histoire d’amour qui a foiré. Finalement on s’en relève.

Non seulement on s’en relève, mais on se dit : « Pourquoi je me suis mise dans cet état ? » 

Clip de "Sujet limite". Réalisation: Sophie Le Cam
Avec: Boris Vernis, Pierre Antoine Combard, Etienne Fischer. Image: Seb Houis

Dans « Sujet limite », chanson très Dutronnienne, tu as convoqué la Torah, le Coran et la Bible… Tu dis des choses sans les dire franchement. C’est malin.  

Je souhaiterais qu’on nous laisse un peu tranquille avec les religions et qu’on laisse les religions tranquilles aussi. J’aimerais que tout cela ne soit pas un sujet et que quand cela en est un, qu’il ne soit pas un sujet limite.

Parlons de ta pochette très kitch. Tu as toujours fait gaffe aux visuels.

C’est Chloé Kaufmann qui a réalisé la conception visuelle et la photographie. L’image est un media par lequel j’arrive à faire passer quelque chose que je ne pourrais pas faire passer par l’écoute, donc ça m‘intéresse énormément.

Désormais, j’ai remarqué aussi qu’il y a une identité dans tes clips.

J’essaie de faire en sorte que tout soit cohérent. Les chansons, les visuels, les clips…

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor

Après l'interview, le 22 août 2019.

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor

07 mai 2019

Musset : interview pour son EP "Orion"

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor« En choisissant Orion pour titre de son premier EP, Musset parle de cet instinct qui l’a conduit, après son expérience dans le groupe Revolver, à suivre sa bonne étoile. Les cordes d’une guitare acoustique pour seules flèches, il chante aujourd’hui des textes clairs et baladeurs avec lesquels explorer le monde » explique le dossier de presse de l’artiste.

Ce qui est certain, c'est que Musset a su s’entourer pour ce premier EP solo majestueux et d’une élégance rare. Co-écriture avec Jean-Michel Reusser, coréalisation avec Stéfane Goldman et mixage par Bénédicte Schmitt

Immense coup de cœur! 

L'EP est à écouter là (par exemple).

La première fois que j’ai rencontré Christophe Musset, c’était pour une interview de Revolver pour le journal de la FNAC (lire ici). Il n’était pas le plus bavard, mais je le trouvais le plus « sage » et profond. Il ne parlait pas pour ne rien dire. Aujourd’hui, non plus, mais je l’ai senti plus libre et serein.

Le 20 mars dernier, j’ai été convié chez Jean-Michel Reusser (voir plus bas) pour parler de son retour dans le monde de la musique, désormais française.

Biographie officielle :musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Quand il compose encore la moitié fondatrice du groupe à succès Revolver, Christophe Musset enchaîne les dates, les radios, les promos, les Victoires de la musique...

Fin des années 2000, on ne parle pas encore de “stream” mais le jeune leader pop-rock sent passer le courant : celui qui électrise, galvanise et vous crame.

Addictions aux exigences des majors, culpabilité, vie personnelle en vrac.

Aujourd’hui, Christophe parle avec tendresse de ces deux albums en anglais qui l’ont fait éclore, mais à l’époque, la force n’y est plus. Le groupe tire sa dernière balle en 2013.

Il n’est pas rare que les artistes, au cours de leur carrière, doivent répondre à la question fatale : comment renaître ? Contacts en poche, Musset s’envole d’abord au Pérou pour y percer le mystère de ses fameux rites initiatiques avant de s’installer au pays basque, près de sa famille, où il bosse un temps comme libraire et compose, preuve qu’il n’oublie pas tout à fait la musique, la B.O. du film Diamond Island du franco-cambodgien Davy Chou (le film obtient le prix SACD de la Semaine de la critique à Cannes, le Grand Prix du Festival de Cabourg, la mention spéciale du Prix Jean Vigo...). Loin, très loin des vanités et du showbiz, l’écriture et ses mots lui reviennent... en français, preuve qu’il est enfin prêt à tomber le masque. En aurait-il fini avec l’éternelle adolescence ? Converti, comme il le chante, “Aux chansons qui font ressurgir / Les vestiges d’un amour, d’un empire”, on le découvre adulte, posé, curieux des autres, des forces de la nature et de musicothérapie.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Avec un sens aigu de la transmission et le regard plein de gratitude envers ceux qui l’entourent, le beau gosse aux boucles brunes n’a rien perdu de son doigté de guitariste ni de la juvénilité de son timbre. Jeune papa, Musset se réinstalle à Paris comme on reprend le cours d’une vie qu’on aurait laissée mûrir derrière soi. Il y rencontre un nouveau mentor d’expérience, Jean-Michel Reusser, qui voit en lui le potentiel d’un Damien Rice ou d’un Sufjan Stevens à la française, ces auteurs-compositeurs-interprètes dont la voix délicate se pose sur votre épaule. Tous deux travaillent aussitôt en miroir et dessinent un univers folk, doux et aérien. Musset, qui aime le cinéma et ses bandes-son, finit par chanter de premiers titres sincères, accessibles, épurés. Un E.P. prend forme en épousant, Bénédicte Schmitt au mix, les contours de l’évidence.

Ce n’est pas un hasard si Musset chante sur l’un de ses titres : “On n’est pas vraiment là jusqu’à ce que l’on s’en aille / On ne comprend qu’après”.

Comprenez donc : Musset revient !

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorInterview :

Je crois savoir que c’est toi qui es à l’origine de l’arrêt de Revolver. Que s’est-il passé ?

Etre dans un groupe, au départ, me convenait totalement. A l’époque, je n’aurais jamais eu le courage de faire quelque chose tout seul. A trois, tout semble plus facile parce que tout est divisé. Au départ, nous étions très amis, au bout de 6 ans à être ensemble 300 jours par an, même s’il n’y avait pas de tensions entre nous, ce n’était plus pareil. A un moment, j’ai dit aux deux autres qu’il fallait que je parte. C’était une urgence personnelle liée à mon rapport à la musique. J’avais l’impression d’être devenu une sorte de machine qui savait écrire des chansons, jouer de la guitare et chanter. J’avais du mal avec l’aspect « professionnel » de ce qui était avant tout une passion. En plus, dans ma vie personnelle, ce n’était pas la joie… Une tournée, c’est absolument génial quand tu es bien dans tes pompes, si tu es mal, ça t’enfonce complètement.

Aujourd’hui, vous êtes encore amis tous les trois ?

Oui, comme dit Ambroise, nous avons sauvé nos amitiés. Nous ne jouons plus ensemble, ça reviendra peut-être. En tout cas, quand on se revoit, c’est avec beaucoup plus de plaisir qu’avant.

Clip de "Aussi loin".

Après Revolver, tu es parti t’exiler au Pérou. musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Puisque j’étais malheureux en faisant de la musique, je me suis dit à ce moment-là que j’allais arrêter la musique, ce qui était parfaitement stupide. Juste avant de prendre mon avion pour le Pérou, mon petit frère m’a filé une guitare acoustique en petit format au cas où l’envie revienne. En fait, j’avais besoin de me reconnecter avec la musique dans quelque chose d’intime et de thérapeutique.

Au Pérou, tu es passé par un centre spirituel chamanique.

J’entendais les chamans chanter toute la nuit lors de leur cérémonie, des mantras en yoga et d’autres formes de musique. Ça m’a fait du bien de me connecter à ses musiques primitives, voire primales.

Quand tu es revenu au Pays Basque, tu as travaillé dans une librairie.

Oui, pendant 9 mois. J’étais dans le réel, le concret, dans une vie plus normale. Ça m’allait bien.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

(Photo : Audrey Wnent)

Ensuite, il y a trois ans, tu as écrit un album solo.

Au bout d’un an de boulot, alors que le disque était presque fini d’enregistrer, j’ai compris qu’il ne fallait pas que je le sorte. J’ai vu ce qui allait et ce qui n’allait pas, ça m’a permis de savoir où j’en étais musicalement et c’était suffisant.

Tu as fait la BO du film Diamond Island de Davy Chou, puis tu as rencontré Jean-Michel Reusser.

Nous nous sommes rencontrés au parfait moment. C’est l’ancien manager de Revolver qui m’avait parlé de lui en m'affirmant que ça allait coller entre nous. On a pris un café ensemble. On est resté 4 heures à discuter. C’était le moteur dont j’avais besoin pour redémarrer... et un miroir aussi. J’ai rencontré la bonne personne qui m’a aidé à écrire et peaufiner ma musique. Grâce à lui, je sais que l’EP que je sors me ressemble beaucoup.

Tu chantes désormais en français.

Avec Revolver, nous étions réunis par les harmonies vocales, et c’était plus simple en langue anglaise. Aujourd’hui, c’est difficile de chanter en français parce que j’avais envie de faire quelque chose se rapprochant d’Elliott Smith et de Sufjan Stevens… parce que c’est la musique que j’écoute. En tout cas, je ne voulais pas écrire du très littéraire, mais choisir les mots simples pour parler d’émotions compliquées.

"Orion" (official lyrics video).

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorTon EP est très doux, comme le premier album de Revolver finalement.

Tu as raison. Sur les autres albums du groupe, on est devenu plus pop électrique. Est-ce que je ne boucle pas une boucle avec cet EP ? Je ne sais pas.

Tu as fait des concerts avec les chansons de cet EP ?

J’ai fait quelques premières parties de Dominique A. Il m’impressionne beaucoup quand je le vois seul avec sa guitare sur scène capter autant son public… et il est absolument adorable. Je pense que c’est lui qui m’a donné le déclic de chanter en français. J’entendais des influences des Smiths chez lui, entre autres, il m'a donc fait comprendre que même quand on avait cette culture là, on pouvait faire du bel ouvrage en français.

Et toi, tu es seul avec ta guitare sur scène ?

Non, seul avec mes guitares et une sorte de tapis d’effets pour apporter un peu d’imaginaire et d’atmosphère en plus.

La chanson française se porte bien en ce moment ?

Il y a un vrai renouveau de la chanson assez qualitative. Chez les hommes, j’aime beaucoup Olivier Marguerit, dit O et chez les femmes, je suis très admiratif de Clara Luciani. Elle a des textes assez saisissants. J’ai remarqué que les chansons que j’apprécie le plus en ce moment, ce sont des chansons plus portées par des femmes. Les Chris, les Camille font des chansons courageuses qui abordent des thèmes très féminins qui n’ont vraiment jamais été abordées.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

A la fin de l'interview, le 20 mars 2019.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

31 janvier 2019

Laurie Darmon : interview pour son EP Dévêtue

Photo promo 1 - Laurie Darmon.jpg

Si j’ai toujours soutenu Laurie Darmon (lire et ) que je trouve fort talentueuse, piquante et originale, j’ai toujours regretté que sa part de mélancolie et de tristesse soit si perceptible. Il n’en parait plus rien aujourd’hui avec ses nouvelles chansons. Légèreté, sexualité et joie de vivre, voilà ce qui ressort de l’EP Dévêtue… et c’est une bonne nouvelle. Cette Laurie désinhibée fait plaisir à voir et à entendre.

Le 24 janvier dernier, je l’ai rencontré une troisième fois pour qu’elle m’explique cette belle évolution.

48191390_2247245482158414_3253975679963758592_n.jpgArgumentaire de presse officiel :

Il s’agit d’un véritable virage artistique résultant d’une créativité et d’un enthousiasme retrouvés suite à une double rupture : tout d’abord avec son entourage professionnel, suivie d’une rupture dans sa vie privée un mois plus tard.

C’est au cœur de cette perte totale de repères emprunte de danger, de risques et d’urgence autant que de liberté et d’énergie intenses que la création vient envahir la jeune femme, qui crache en un mois et demi son deuxième album, totalement conçu seule dans son home studio.

Une renaissance et un renouveau inattendus qui sonnent comme une célébration de la vie. Dévêtue, Laurie Darmon s’aventure ici et là, se laisse vivre et capte alors une lumière féconde et puissante qui la remplit de rythmes, de mélodies et de mots. Des mots, plus crus, qui sonnent comme le manifeste d’une féminité moderne, libérée et décomplexée, pour embrasser la vie comme elle vient, ses petits riens et ses grands feux, sur un tempo qui appelle les déhanchés d’un corps en mouvement perpétuel.

La mélancolie passée de ses premiers textes laisse aujourd’hui place à une musique plus légère, joyeuse et dansante, mâtinée d’une électro-pop singulière, qui traduit l’éclosion d’une femme profondément libre et indépendante succédant à la jeune fille autrefois contenue.

Auteure, compositrice, interprète, arrangeuse, réalisatrice, et productrice de son nouvel EP composé de 5 titres, Laurie s’entoure désormais d’une équipe réduite pour aboutir et mettre en lumière ce travail, dont Gaspard Murphy, ingénieur son et co-réalisateur, ou encore Eléonore Wismes, photographe et graphiste.

Pour écouter l'EP, c'est par ici.

Laurie darmon photo tryptique .jpg

I50299874_2273329779549984_5172188136842723328_n.jpgnterview :

Tu sors un EP plus léger et dansant que tes précédentes productions.

Peut-être que ce ne serait pas arrivé si je n’avais pas eu de gros changements dans ma vie professionnelle et personnelle. Cette façon d’écrire plus légère est une conséquence naturelle aux ruptures que je viens de vivre. De grave, je suis passée à quelqu’un de plus léger. En termes d’inspiration, il y a eu quelque chose de nouveau qui est venu m’habiter et que je ne pouvais pas garder pour moi. Tous les jours, il y avait des chansons qui sortaient, je ne pouvais pas ne rien en faire. Je pense qu’après mes ruptures, la liberté est arrivée et elle m’a rendu inspirée et productive. Je n’avais plus aucun frein.

Les thèmes abordés dans tes 5 nouvelles chansons n’ont rien à voir avec ce que tu chantais avant.

J’ai dû m’autosoigner en écrivant ces chansons-là. Avoir tout dit sur soi précédemment m’a permis d’accéder à la légèreté. Avant, quand je vivais des ruptures, je les vivais de manière beaucoup plus grave et triste, pour une fois-là, j’ai considéré que ce n’était pas dramatique, que n’était pas un échec. Je ne voyais plus le verre à moitié vide, mais le verre à moitié plein. Je n’étais pas de nature aussi optimiste, je le deviens d’expérience en expérience.

Clip de "On bai."

Quand on écoute « On Bai. », on te sent radieuse et heureuse. laurie darmon,dévêtue,ep,interview,mandor

C’est parce qu’il y a une acceptation de soi. Je ne me suis pas remise en question, mais au contraire, je me suis assumée telle que je suis. Mes nouvelles chansons sont à l’image de ce que je veux être aujourd’hui, plus dévêtue, plus à l’aise avec mon corps et plus à l’aise avec la vie en général, en fait. J’avais envie de franchir mes limites habituelles dans ma vie et dans ma musique. Comme j’étais très confinée, que je m’autorisais rarement à être moi-même, que je refoulais très fort qui j’étais, je m’étais imposé beaucoup de barrières. Je suis passée par-dessus.

Peut-on dire que tu as mis longtemps à quitter l’enfance ?

On  peut le dire très nettement. En y réfléchissant, je crois que ça me rendait nostalgique de quitter l’enfance. Je ne voulais pas grandir. Cet EP est le disque de mon émancipation et la preuve que l’on peut guérir de son enfance.

49239987_2262837807265848_7848245030480248832_n.jpg

laurie darmon,dévêtue,ep,interview,mandorIl est beaucoup question de sexe dans tes nouvelles chansons…

Dans ma vie de jeune fille, je m’étais, là aussi, imposée beaucoup de limites. Ce disque est la preuve que je deviens femme et que je l’assume. Pourquoi le sexe serait-il un sujet tabou et marginal ? Finalement, ça fait partie de la vie, alors parlons-en directement. Aujourd’hui, je dis ce que je pense sans gêne aucune. En vrai, je ne sais pas trop faire les choses à mi-chemin, donc j’y vais carrément.

La création est-elle pour toi un acte mystérieux ?

On ne sait pas comment vient l’inspiration. On a beau savoir quels sont les accords, comment on a composé la chanson, à quel moment, suite à quoi…etc. Il y a quand même une part de mystère sur comment tout ça arrive en nous. Pour cet EP et l’album qui va suivre, les chansons arrivaient tous les matins et ça me prenait une journée pour les concrétiser. Je ne me posais pas de question. C’était évident, fluide et limpide. En même temps que je créais, je ne m’interdisais pas de sortir, de rentrer tard le soir, de boire, de rire, de vivre. Je n’ai pas du tout vécu comme une ascète pendant cette période, alors je n’avais aucune frustration. Et ça, c’est bénéfique pour bien travailler.

Clip de "Stéphane et Stéphanie".

Avant il y avait beaucoup de parlé-chanté dans tes chansons, plus du tout dans cet EP.

Je murmure beaucoup moins. C’est le fameux lâcher prise dans je te parlais tout à l’heure.

Textuellement, tu es passée de la chanson plutôt littéraire à de la chanson simple et efficace. 

Le lâcher prise encore et encore. J’ai effectivement écrit différemment et je me suis souvent posée la question suivante : « est-ce que c’est assez écrit ? » J’ai décidé d’assumer ça aussi. Avant j’avais besoin de ficeler beaucoup de choses pour ne pas être lue directement, pour ne pas être démasquée en fait. J’avais envie d’être dévêtue.

Tes proches ont vécu comment ton virage ?

Bien. Ils ont compris qu’il y avait aussi une part de fantasme dans ce que je raconte. C’est un mix entre le fantasmé et la réalité. Ils acceptent et semblent apprécier mes nouveaux choix artistiques.

laurie darmon,dévêtue,ep,interview,mandor

Après l'interview, le 24 janvier 2019.

laurie darmon,dévêtue,ep,interview,mandor

31 octobre 2018

Laura Flane : interview pour son premier EP

LauraFlane_Crédit Justino Esteves.jpg

(Photo : Justino Esteves)

Bac avec mention très bien et 3 prix au concours de piano de Radio France. Sciences Politiques… Laura Flane suivra-t-elle une carrière toute tracée ?

Non. 30 ans. Congé sabbatique. La musique prend la place centrale. Les concerts s’enchaînent, un premier disque voit le jour. Laura Flane est une artiste qui déborde d'énergie et son EP variété, tendance pop (à écouter ici), m’a emballé dès la première écoute. Le 11 octobre dernier, pour sa première mandorisation, elle m’a donné rendez-vous dans un bar de la capitale…

Mini bio officielle (photo de la pochette : Jeanne Delecluse): 42158440_1138112726340498_7553311382905552896_n.jpg

Laura Flane grandit derrière son piano, avec Liszt et Chopin dans les doigts, des mélodies anglo-saxonnes dans les oreilles et des textes de chansons françaises sur la table de chevet.

Avec ces influences, c’est une pop douce, sensible et féminine qu’elle écrit et compose, dans un premier EP, sorti le 21 septembre 2018.

Ses chansons : des textes subtils et des mélodies qui marquent, avec des thèmes qui sortent des sentiers battus. Sur les pas de William Sheller, Jeanne Cherhal ou encore Zazie, ce premier EP raconte le parcours initiatique d’une jeune femme qui chante tout haut ce qu’elle avait gardé tout bas.

Sur scène, à nouveau derrière son piano, on comprend qu’elle s’est trouvée, et qu’il y a de belles choses à découvrir chez cette jeune femme qui flâne…

IMG_6882.JPGInterview :

J’ai lu dans ta biographie qu’après une formation classique en piano au conservatoire, tu as appris le chant et la guitare en autodidacte. Pourquoi ?

Je voulais prendre mes libertés sur la guitare. Je ne voulais pas d’un enseignement classique de cet instrument. Et j’ai choisi la guitare parce que je ne pouvais pas trimballer mon piano partout dès que j’avais besoin de jouer de la musique. Enfin, au départ, la guitare m’a permis de plus écrire de chansons.

Tes premières chansons étaient donc en anglais et à la guitare.

Oui, et aujourd’hui, je suis revenue vers le piano et la langue française.

Ta famille écoutait quoi ?

Mes parents, principalement de la musique classique. Mon père écoutait aussi beaucoup de pop rock anglo-saxon des années 60 et 70. J’entendais Bob Dylan, Jimi Hendrix  et pas mal de blues. Bref, j’écoutais beaucoup de musique en anglais. J’adorais Ben Harper, les Cranberries…

Le français est venu après j’imagine.

Oui. J’adore Zazie. Elle est un modèle important pour moi. J’ai découvert la chanson française à texte un peu sur le tard : Brel, Barbara, Brassens.

Qu’aimes-tu chez Zazie ?

Beaucoup de choses. Sa façon d’écrire. Elle arrive à mettre des textes intelligents qui ne font pas forcément « chansons à texte » sur des musiques qui sont très pop. En plus, elle fait passer des messages. J’aime la liberté qu’elle prend et sa manière de se renouveler sans cesse. C’est comme Radiohead. Ce groupe n’arrête pas de se renouveler et c’est ce que j’apprécie par-dessus-tout chez un artiste.

Audio "Avec la mer pour horizon".

La première fois que je t’ai croisé, c’était aux 3 Baudets. Je suis reparti avec ton disque en me disantIMG_E6873 (2).JPG que j’allais encore écouter du guitare-voix ou du piano-voix, et moi, je n’en peux plus du guitare-voix ou du piano-voix. On est en 2018, passons à autre chose. Bref, quand j’ai écouté ton disque, je l’ai trouvé bien produit et moderne. Un disque d’aujourd’hui.

Merci. C’est Fred Perriot qui a réalisé l’EP au Studio Little de Fabien Martin qui a d’ailleurs mixé les chansons. Ils se sont bien occupés de moi. Je suis arrivée avec mes mélodies, mes chansons en piano ou guitare-voix… mais ce sont eux qui les ont rendu « vivantes ».

Pourquoi avoir choisi Fred Perriot comme réalisateur?

Nous nous sommes croisés dans les couloirs de l’Atelier de Cédric. J’y ai participé presque un an. C’est amusant parce que je disais à Cédric que je cherchais un réalisateur comme Dominique Blanc-Francard, des gens comme ça. Fred était à coté de nous. Il s’est présenté comme réalisateur. Il a écouté mes chansons et il a saisi immédiatement ce que je voulais comme son. Les orchestrations, ce n’est pas mon truc. Lui a compris que ce devait être pop. Je trouve qu’il a révélé mes chansons musicalement.

Tu as été sélectionnée en 2012-2013 pour suivre le cursus Auteur-Compositeur-Interprète d’ACP - la Manufacture Chanson.

Oui, j’ai été formé là-bas. La Manufacture Chanson est une super école pour le chant. Je venais du monde classique et je débutais dans la « variété ». J’avais mes chansons, mais je ne savais rien du reste du métier. A ce moment-là de mon début de carrière, ce passage-là a été primordial.

Et l’Atelier de Cédric ?

Ça m’a beaucoup aidé pour professionnaliser mon projet et pour penser à tout ce qu’il y autour. On était plus sur l’environnement professionnel et l’image qu’on doit montrer que sur l’artistique. Le fait de rencontrer autant de pros était bénéfique pour moi.

Avant cet EP, il existait un album, il me semble.

Oui, mais je le considère comme une maquette améliorée. Je l’avais réalisé avec très peu de moyens. Depuis ce premier essai, j’ai pris du temps. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver à ce premier EP.

44315207_10155995699186158_3038635584634486784_n.jpg

MaMA Festival & Convention 2018. Laura Flane au PHONO Museum Paris -

(Photo : Jalal Aro)

Dans la chanson « Petite femme », tu parles d’une fillette qui joue à la femme plus âgée en se maquillant et en s’habillant comme une grande.

Il y a plein de sens possible, mais au départ, je pensais vraiment à une prostituée. Après, on peut aussi penser à une artiste qui monte sur scène. J’aime bien les doubles, voire les triples sens. Il y a une chanson de Barbara qui s’appelle « Silence » sur son album Soleil Noir. Je l’ai chanté plein de fois et il y a de multiples sens. J’adore ça. L’art existe aussi pour ça : que chacun puisse y donner son sens.

Dans « Je t’écoute », tu évoques bien les problèmes de communication au sein d’un couple ?

J’ai écrit cette chanson alors que je devais garder le silence pendant une semaine parce que j’ai eu un petit souci à la voix. C’était horrible. Je me suis donc mise dans la peau de quelqu’un qui ne pouvait pas parler et qui du coup, se contente d’écouter l’autre.

Il y a une chanson co-composée avec Fred Perriot, « Grandir un jour ».

J’ai écrit cette chanson lors d’un atelier d’écriture d’Éric Guilleton à la Manufacture Chanson. Il y avait une contrainte d’écriture. C’était un exercice de style, mais qui, au final, a donné une belle chanson. Ça parle de l’importance de l’enfance que l’on a pour l’adulte que l’on devient.

Clip officielle de "Ces mots".

Dans « Ces mots », tu parles des changements de vie. Il y a une raison bien précise à cela.

Il faut savoir s’écouter et se mettre en capacité de changer de vie. C’est vraiment un phénomène de société. Tu as plein de gens qui rêvent de pouvoir faire autre chose de leur vie.

Je voulais te faire dire que c’est aussi ton histoire.

Oui. Avant j’étais consultante en management dans l’entreprise. Pendant longtemps, j’ai mené cette vie-là tout en faisant de la musique, mais aujourd’hui, j’ai complètement arrêté. C’est un risque parce que je sais bien qu’aujourd’hui, vivre décemment de sa musique, c’est difficile. Petit à petit, j’essaie de constituer mon équipe. Maintenant, je cherche un éditeur pour me permettre d’écrire pour d’autres et je cherche une maison de disque. Pour cet EP je suis devenue artiste auto-entrepreneuse et c’est beaucoup d’énergie que je n’utilise pas pour la création.

IMG_6881d.jpg

(Photo : Pan Pieper)

Tu as fait déjà quelques scènes ces dernières années.

Oui, je vais maintenant tenter des tremplins, des concours, des festivals… histoire de me faire connaître un peu.

Je crois que tu es programmée dans un festival en Allemagne.

Oui, grâce à Gerd Heger. Il a une émission sur une radio franco-allemande à Sarrebruck, SR2. Il semblerait qu’il ait adoré mon EP puisqu’il lui arrive de diffuser des morceaux. Du coup, il m’a invité à participer à un festival en juin prochain.

IMG_E6877.JPG

Pendant l'interview...

Pourquoi veux tu être artiste ?

C’est une question que je me pose tous les jours. Je crois que la réponse est parce que j’en ai besoin. Personnellement, physiquement… j’ai besoin d’écrire des chansons, de jouer de la musique. J’ai fait Sciences-Po Paris en formation, j’ai travaillé en entreprise, mais mon plaisir est dans la musique. Je pense qu’il faut écouter la corde qui vibre en nous.

Es-tu pudique ?

Oui. Et justement, la chanson est un grand moyen pour s’exprimer.

Quel est ton souhait aujourd’hui ?

Pouvoir sortir un album, avec une équipe autour de moi.

IMG_6881.JPG

Après l'interview, le 11 octobre 2018.

44677303_10216052406930428_5253062899307380736_n (2).jpg

19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

david assaraf,ep,interview,mandor

(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :david assaraf,ep,interview,mandor

David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

david assaraf,ep,interview,mandor

david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

david assaraf,ep,interview,mandor

(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

david assaraf,ep,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

david assaraf,ep,interview,mandor

A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

14 mai 2018

Lembe Lokk : interview pour l'EP Comment te traduire

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Qui n’a pas rencontré la chanteuse estonienne Lembe Lokk ne peut pas comprendre ce personnage aux 1000 vies. Il a été d’ailleurs extrêmement compliqué pour moi de résumer son parcours au maximum afin qu'on le comprenne.

« Elle interprète des chansons libres, dans un français qui se questionne et qui s’exulte. On y retrouve des textes sur l’exil et l’amour, sur l’autre qu’on essaie de comprendre. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme » est-il indiqué dans une biographie.

Le 24 mars dernier, nous nous sommes retrouvés une heure en terrasse d’un café des Grands Boulevards.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorBiographie officielle :

D’origine estonienne, Lembe Lokk est une chanteuse et comédienne versatile, poétesse publiée et performeuse dans l’espace publique. Un éclectisme assumé qui donne toutes ses couleurs à ses chansons, à sa voix, aux histoires qu’elle raconte.

L’univers de cette chanteuse et musicienne est à la fois très charnel et poétique. Sa voix navigue avec sincérité entre le simple parler-chanter, une étendue lyrique et la force d’une rockeuse. Elle évoque tour à tour la sensibilité d’une Barbara, l’étrangeté d’une Laurie Anderson ou encore de Diamanda Calas ou bien la force et le magnétisme d’une Annie Lennox. Sa présence est simple et profonde, elle laisse volontiers voir sa fragilité d’humain et partage avec générosité sa poésie. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme.

Le disque (argumentaire officiel):lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Comment te traduire est un EP de 6 titres en français, écrit et composé par Lembe Lokk. Un enregistrement studio live avec le violoncelliste Karsten Hochapfel, volontairement épuré et acoustique pour rendre hommage à une belle série de concerts (semi)acoustiques que l’artiste a effectuée depuis un an et pour donner un aperçu de son univers. Des « chansons en liberté » selon les uns, des textes qui ouvrent de nouvelles portes sur la langue française, selon d'autres.

Habituellement, l’écriture de Lembe Lokk se fait tour à tour dans trois langues : le français, l’estonien, l’anglais. Dans son EP, elle a pourtant choisi de se concentrer sur la langue française pour mieux creuser sa poésie et les questions qu’elle fait surgir. Ainsi dans ces chansons, elle questionne sa place entre lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorses origines estoniennes et sa culture d’adoption, la compréhension (im)possible entre deux êtres, l’absence, la distance, la présence à soi-même. Elle joue également de la langue française comme d’un instrument, avec l’acuité et le décalage d’une étrangère qui en fait une musique autant qu’un récit.

Sur ce disque, il s’agit bien de la chanson, mais nous sommes loin des structures habituelles et des formules. D’une balade transe à une chanson fleuve chantée-parlée avec maîtrise et sensualité on passe par des envolées vocales et mélodies inattendues. Un timbre de voix personnel et agréable, des arrangements simples qui font ressortir toute la beauté des chansons. Un dialogue entre deux musiciens extraordinairement sensibles et à l’écoute l’un de l’autre.

Musiques et paroles de Lembe Lokk
Réalisé par Malcolm Crespin
Enregistrement "live" & mixage par Ambroise Boret @ BKLEX Studio (Montreuil)
Mastering : Raphaël Jonin

Lembe Lokk : chant, guitare (sauf sur « tiens »), chœurs
Karsten Hochapfel : guitare portugaise, guitares, violoncelle, chœurs

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie d’artiste en France ou en Estonie ?

J’ai commencé ici. J’écrivais depuis toujours, mais c’est une part de moi que j’avais oublié pour d’obscures raisons. Après le bac, je rêvais de devenir comédienne, mais je ne suis pas allée au bout de ce rêve dans mon pays. J’ai fait toutes sortes de choses très différentes. De la céramique et du dessin, mais je n’ai pas osé faire les Beaux-Arts. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. J’ai fait aussi un peu de théâtre et j’ai chanté dans une chorale pendant 10 ans. Mais je n’avais pas l’impression d’avoir une vie artistique. J’ai fait beaucoup de choses : secrétaire de nuit du président d’Estonie pendant un an, assistante réalisatrice, journaliste pigiste. L’Estonie est un petit pays, je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

En France, tu as « bourlingué » avant de devenir artiste.

Je suis arrivée le 27 décembre 1997. En arrivant, j’ai gardé des enfants, j’ai vendu des glaces, je distribuais de flyer…

Mais pourquoi es-tu venue en France ?

Pour étudier les cultures africaines. Je t’explique sans trop rentrer dans les détails, car c’est assez compliqué. En Estonie, j’ai étudié la philologie russe, pendant ce temps-là, un grand chagrin d’amour m’a frappé. J’ai vu une petite annonce à l’université qui disait en substance : « cherche étudiant d’échange pour aller vivre au fin fond de la Russie ». Comme j’étais perdue, j’ai postulé et je suis partie. Là-bas, j’ai rencontré des africains qui m’ont donné envie de partir en Afrique. De retour en Estonie, je me suis retrouvée dans une soirée où se trouvait aussi l’attachée culturelle française. Je lui ai expliqué que j’avais comme projet d’étudier les cultures francophones africaines. Elle m’a répondu qu’elle avait justement une bourse pour cela que personne n’a demandée. Elle m’a donc proposé d’étudier ça à Paris trois mois après. C’est ainsi que je suis arrivée dans la capitale française.

Une nouvelle série en coordination entre Only French et Mandolino : Chanson Voyage.

Le ministère de la culture estonien t’a récompensé pour ton travail sur la culture à Paris. Pour quelles raisons ?

J’ai créé une école estonienne à Paris en 2008. Quand j’ai eu ma première fille, j’ai constaté que toutes les théories sur le bilinguisme s’avéraient complètement fausses. Je lui parlais en estonien, elle me répondait toujours en français. Un jour, elle m’a dit : « si tu ne veux pas que je te parle en français, j’attends que papa rentre et je lui parlerai (rires). Du coup, j’ai souhaité qu’elle voit d’autres enfants estoniens et j’ai créé cette école. Je chantais aussi avec un groupe estonien en estonien et j’ai participé à l’organisation de la saison culturelle estonienne de l’Institut Français en 2011. On a donc jugé que je devais être récompensé pour tout ça.

Et un jour tu décides de devenir chanteuse…

Un mercredi soir, à 20h, j’ai décidé de devenir chanteuse. Je me souviens de ce moment précisément. Je m’étais tellement cachée ce désir que mon corps s’est battu contre sa réalisation. Quand j’ai pris la décision de devenir chanteuse, mes poumons se sont remplis de ganglions et mon corps à gonflé. J’ai été hospitalisé et j’ai été sous cortisone pendant des années. Pour la médecine française, j’aurais dû rester comme ça. J’avais 25 ans, je marchais comme une mémé… Aujourd’hui je suis complètement guérie. 

Making of de l'EP Comment te traduire.

Parlons de cet EP. Les chansons du disque te sont arrivées rapidement ?

Il a fallu que je m’instaure une discipline. Je me suis trouvée un endroit pour travailler au calme. J’ai fait comme si j’allais au bureau tous les matins. Je me mettais devant mon clavier et à ma guitare et j’écrivais ou composais mes chansons.

Les chansons « Comment te traduire » et « T’inquiète pas » viennent de textes que tu as présentés à un festival de poésie, c’est ça ?

Oui. Mais je trouvais que ces textes méritaient de devenir des chansons. J’ai fait en sorte qu’elles le deviennent un an plus tard.

Dans ce disque, tu chantes, tu parles, il y a des envolées lyriques. C’est très déstructuré… tu te rends compte que tu casses les codes de la chanson ?

Non. Ce n’est pas volontaire en tout cas. Je ferai attention pour le prochain album (rires).

Je ne dis pas ça dans un sens négatif, au contraire. C’est ce qui fait ton style et ton originalité. Tu devrais continuer comme tu as commencé.

En fait, je doute de moi. Dès que l’on me dit quelque chose sur mon travail, je ne sais pas si c’est bien ou pas.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Le 2 mars 2018, Lembe Lokk au  TEDx de Tallina Vangla en Estonie, dans la prison de Tallinn Magasini. dans le pris

Tu es d’origine estonienne, mais tu maîtrises parfaitement notre langue.

On m’a dit que j’avais une écriture surprenante. Ce doit être parce que pour les français, la langue française est une routine. Moi, je ne connais pas cette routine, alors j’écris autrement. Je dois la maîtriser le mieux possible, alors je fais attention à chaque mot.

Peut-on dire que c’est un disque aux textes graves ?

Tu trouves que c’est grave ? Je n’ai pas l’impression tant que ça. Pour moi, c’est poétique. Les histoires « lourdes » que je raconte, j’ai l’impression de les tourner de façon à ne pas plomber l’ambiance.

On sent une profondeur dans ta poésie…

Je n’essaie pas de cacher ma fragilité, ni mes émotions, du coup ça libère les gens dans leur fragilité. Ca les autorise à être fragile également. Les gens pleurent parfois sur mes textes. Mais c’est souvent sur mes chansons en estonien. Je crée peut-être des vibrations qui font vibrer les gens, je ne sais pas.

"Il est si tard", version audio.

Tu es auteure, compositrice, interprète, mais aussi comédienne, performeuse… peut-on dire que tu es artiste et point barre.

Je pense que c’est la solution. Je me pose la question régulièrement : est-ce bon de partir dans tous les sens ? Aujourd’hui, je laisse plus de place à la chanson, parce que je reconnais que j’aimerais que mon travail de chanteuse trouve son public. Je commence à voir ce que mes chansons provoquent sur les gens, du coup, j’ai envie qu’il y en ait encore plus qui traversent les émotions que je propose.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ?

Tu as raison. Je ne peux pas m’empêcher d’écrire des textes qui ne deviendront pas des chansons et j’ai plein d’idées de performances que je n’ai pas encore réalisées. Si je veux que « l’autre » m’entende, il faut que je me rende compréhensible, d’une manière ou d’une autre. Mais au fond, il y a une logique et une cohérence à ce que je fasse toutes ses choses.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

(Photos extraites du spectacle M.A.MA.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion).

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorOui, là par exemple, tu joues dans une pièce de théâtre. Tu as été engagée parce que tu es chanteuse.

Je joue dans une pièce de Nadège Prugnard,  M.A.M.A.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion. J’y fais aussi une sorte de performance. J’adore m’adonner à des trucs excentriques, bizarres…

(Pour en savoir plus sur toutes ses expériences, lire ici, à la rubrique : Autrement…)

Parle-moi du clip de « Comment te traduire » dont l’animation est signée Barbara Creutz et qui a été déjà sélectionné à TMFF à Glasgow (Ecosse) et Simply Shorts Film Festival à Brisbane (Australie).

C’est une artiste qui a fait le clip de mon premier groupe Rouge Madame, « Kaua », mais surtout, elle fait des vidéos pour des opéras du monde entier. Elle a aussi réalisé des films d’animation. Avec elle, on a estimé qu’il fallait créer toute une imagerie. Comme un couple, on a traversé des moments pas évidents et on a fini par sortir quelque chose qui m’a convaincu à 100%.

Clip officiel de "Comment te traduire" de Lembe Lokk par Barbara Creutz.

Il y a aussi un joli livret avec tes textes et ses dessins. Par contre il est plus grand que l’EP.

Il s’agit d’un EP, donc ce n’était pas cohérent de faire une énorme dépense de livret. Du coup, on a voulu que ce livret soit quelque chose que l’on conserve indépendamment du disque. Nous étions frustrées de ne pas pouvoir publier, Barbara ses dessins et moi mes textes. La personne qui a fait la mise en page du disque et du livre m’a proposé de faire un livret de la taille d’un 45 tours. Ça reste un format musical, mais qui n’a rien à voir avec un EP.

Tu les vends à la fin de tes concerts.

Oui et sur la boutique de mon site.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Après l'interview, le 24 mars 2018.