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29 septembre 2019

El Gato Negro : interview pour Ouvre la porte

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(Photo : Elliot Broué)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandorEl Gato Negro a parcouru le monde pour s’en faire un ami. Il revient aujourd’hui avec un deuxième album (en partenariat avec AMNESTY INTERNATIONAL et LA CIMADE) enregistré entre Toulouse, Bogota, Mazunte et Ouagadougou. El Gato Negro nous propose 12 titres naviguant entre français et espagnol pour un mix pop sub tropical, « où le sable brûlant du pacifique se mélange au Macadam coloré de l’Afrique ».
Le 25 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés dans son QG, un bar proche de son appartement, pour évoquer l’album et son concert au New Morning le 9 octobre prochain. Souriant, mais un peu fatigué (il travaille déjà sur de nouvelles chansons), l’artiste s’est prêté au jeu de l’interview pour la seconde fois en 4 mois d’intervalle. (Je vous dis tout… la première a disparu de mon iPhone de manière très mystérieuse après une mise à jour « forcée »).

Argumentaire de presse :

EL GATO NEGRO, Prince chat couronné de plumes, revient faire ses griffes en France en 2019. Nourri de 15 années de voyages dans toute l’Amérique du sud. En immersion profonde dans les cumbia, salsa, paso, cha cha et boléro. Il rencontre des frères et sœurs de musique (La Yegros, Calypso Rose, Oxmo Puccino...). Avec un premier album, Cumbia Libre, vendu à 10 000 exemplaires, le combo tropical a enflammé le public français et européen. Escale après escale, 2018 a attiré l’oiseau-chat migrateur vers la francophonie, du Québec à Paris jusqu’au Burkina Faso. Créant un pont parfait avec son Amérique latine. El Gato Negro est fier de rentrer au pays, nous présenter son 2e album, Ouvre la porte, paru le 19 avril 2019.

Le disque :el gato negro,ouvre la porte,interview,mandor

De nouveaux décors et personnages rencontrés, qui inspirent de nouveaux pas et des sons plus urbains. El Gato Negro forme aujourd’hui une nouvelle équipe en quintet. Pour nous faire remuer sur ce macadam multicolore, avec la vitalité d’un mix papaye/citron limé (« Bendita primavera »). La clave cubaine rythme toujours l’ensemble en battements de coeur (« Toca y toca », « La tierra de mis abuelos »). Les cuivres encore présents sur cet album, laissent place aux claviers et machines en live. Un mariage à Ouagadougou entre la Cumbia et le Soukouss. Une fusion originale créée avec le nouveau guitariste et co-compositeur Etienne Choquet. Aux harmonies du balafon de Seydou Diabaté Kanazoé. De la voix de Kandy Gura (Oumou Sangaré). Les batteries de Cyril Atef (-M-, Bumcello) sur l’album. Le tout équilibré par le mastering du sorcier Alex Gopher (Lomepal, Flavien Berger, Eddy de Pretto, Christine and the Queen…).

Vous pouvez écoutez l'album ici.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Quelques retours médias :
« Un pur régal. » L'HUMANITÉ
« Un cocktail rafraichissant. » LE MONDE
« Chat sauvage échappé des toits de Toulouse. » TÉLÉRAMA

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(Photo : Elliot Broué)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandor(Photo de gauche, après la deuxième interview, le 25 septembre 2019)

Interview :

Tu es parti de nombreuses années t’exiler en Amérique du Sud. Pourquoi ?

A la base, c’était une fuite. J’avais besoin de partir à la recherche de chaleur humaine. A 18 ans, j’ai donc quitté la France et son ciel gris pour le Brésil. Tout seul, sans connaître un mot de portugais. Je suis revenu 10 ans plus tard.

Et tu es revenu différent ?

Je suis arrivé tellement chargé de soleil, de sourires et de bonnes énergies, ça a contaminé tout de suite les gens qui en avaient besoin. Tu sais, j’étais un sacré polisson quand j’étais plus jeune. Je peux même dire que j’ai fait beaucoup de bêtises. Je suis revenu pas mal assagi. Mon exil m’a permis de mieux me connaitre et surtout, ça a ouvert des choses dans ma tête et dans mon cœur. L’ailleurs m’a donné envie de plus croire en l’homme. Je suis aujourd’hui plus positif sur l’être humain.

C’est aussi pour cela que tes musiques sont enjouées, non ?

Même si j’évoque des sujets parfois un peu durs, je continue à cultiver cette joie de vivre. Je veux être celui qui donne de la joie à son entourage et, pourquoi pas, au public.

Parfois, celui qui tient ce rôle est un clown triste.

C’est exact. En tout cas, sur scène et dans les disques, je souhaite que les gens se lâchent et oublient leurs problèmes.

Clip de "Ouvre la porte", réalisé par Cédric Gleyal - Uriprod
En partenariat avec Amnesty International, La Cimade et France Info.

Parlons du premier single, « Ouvre la porte ». C’est un titre écrit suite à la rencontre avec Amnesty International et avec Claire, accompagnatrice juridique à la Cimade auprès des personnes menacées d'expulsion. Ça a été l'occasion de mettre en avant l'histoire de Kouamé, un des deux protagonistes du clip.

Kouamé avait 14 ans quand ses parents ont été assassinés sous ses yeux par des miliciens politiques. Il a fui son pays, dans l’Ouest de l’Afrique, a traversé des déserts, survécu à la traversée de la Méditerranée, affronté la peur, la faim, la violence des passeurs, connu l’enfer de l’exode. Il lui aura fallu trois ans pour rejoindre la France. L’administration a failli le renvoyer. Il a voulu mourir. L’écriture lui a sauvé la vie. Dans Revenu des ténèbres (XO Editions), qu’il dédie à tous les migrants morts en mer, il témoigne de son destin extraordinaire et raconte le calvaire d’un migrant comme il en existe des milliers d’autres. « Ouvre la porte » témoigne de l'invisible, de ce que l'on ne nous dit pas, l'enfermement des enfants, le défaut de soins, les violences, les humiliations, les violations des droits fondamentaux infligées à des personnes qui ont pour seul tort de ne pas avoir la bonne situation administrative, le bon papier. Et de l'indifférence de notre justice...

Plus anecdotiquement, c’est la première fois que tu chantais en Français.

Ça fait longtemps que j’écris dans notre langue, mais par timidité, je ne faisais rien écouter. Avec « Ouvre la porte », j’ai assumé parce qu’il y a des choses importantes qui sont dites.

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(Photo : Elliot Broué)

Ce n’est pas la chanson la plus représentative de ce deuxième album.

C’est la dernière que j’ai composée… elle est peut-être plus représentative de ce que sera mon prochain disque. J’ai toujours peur de m’enfermer dans un style, donc je laisse la porte ouverte à plein d’autres influences.

Comme tu fais de la musique festive et ensoleillée, est-ce que la volonté de chanter des textes en français qui racontent des choses profondes, c’est pour rechercher de la crédibilité en tant qu’auteur.

Cette question est intéressante. Tu as raison, quand tu as l’étiquette « musique soleil », c’est difficile d’en accoler une autre, notamment celle d’auteur. Maintenant que j’ai bien fait marrer tout le monde, désormais, je veux montrer d’autres facettes de ma création. Je sais que ma sensibilité me donne la capacité d’émouvoir les gens, il va falloir que je le prouve avec des textes qui viennent de l’intérieur. Ce qui ne m’empêchera pas de continuer aussi à faire de la musique comme aujourd’hui. Bref, je ne m’interdis rien dans mon évolution.

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El Gato Negro par Mandor, le 25 septembre 2019.

La langue française est sacrée pour toi ?

Oui, et c’est pour cela que j’ai eu peur d’y toucher pendant très longtemps.

Tu travailles déjà de nouvelles chansons. Tu comptes ressortir un album rapidement ?

J’aime bien prendre mon temps pour faire les choses, donc je commence tôt pour sortir quelque chose dans deux, trois ans.

Au fond, c’est quoi ta musique ?

J’ai appelé ça de la pop sub tropical… mais je me moque de l’étiquette qu’on veut bien me coller.

Clip de "Bendita Primavera". Réalisation: Cedric Gleyal / Uriprod www.uriprod.com.

"Bendita Primavera" est un hymne au printemps, le retour de la lumière nous fait tous renaitre, on laisse les peines derrière nous et on étreint de nouveau le ciel inondé de soleil. C'est la saison des possibles, c'est l'été qui pointe à l'horizon, c'est l'ombre qui divise la terre entre chaleur et paix, c'est l'heure de danser et d'offrir son amour au plus beau des sourire.

Ton album est très original et ne ressemble à rien d’autres. Hormis peut-être le titre « Guitare de plage » où tu as la même voix et le même flow qu’MC Solaar.

« Bouge de là » était ma première cassette deux titres. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Comme quoi, il y a des choses qui ressortent involontairement plus tard.

C’est impossible de se « dégager » des influences des gens qu’on a beaucoup écouté ?

Je ne cherche pas à m’en détacher, au contraire. Parfois, je pense inventer et je me rends compte que c’est quelque chose qui est en moi depuis longtemps et qui ne demandaient qu’à sortir.

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(Photo : Fab' Le Guern)

el gato negro,ouvre la porte,interview,mandorPourquoi fais-tu de la musique ?

C’est une thérapie. Quand j’écoute les informations ou que je vois la misère dans les rues d’ici ou d’ailleurs, ce sont des choses qui me chargent. J’ai du mal à porter ce que j’emmagasine tous les jours, alors il faut que ça sorte. Plus généralement, il était essentiel que j’arrive à trouver la façon de me canaliser. Je voulais faire quelque chose de bien avec cette colère et cette hyperactivité qui étaient en moi. C’est une façon de me soigner et de soigner les autres.

Tu es quelqu’un de très sensible ?

Très. Trop. Quand j’écris une chanson, cela peut être très douloureux parce que ça remue beaucoup de choses. Ecrire provoque en moi autant de jubilation que de douleur.

Cet été, tu as fait 25 concerts.

Nous avons été très bien reçus partout. J’avais hâte d’interpréter toutes ces nouvelles chansons sur scène. Je peux te dire que j’ai profité de chaque instant et que j’ai très envie de repartir sur la route. Mon travail prend sens sur scène. Je ne connais rien de mieux que cette transe, cette décharge d’adrénaline. Une vraie drogue !

Parlons de ton concert du 9 octobre au New Morning à Paris. C’est une date importante ?

Personne ne joue très souvent à Paris, alors, à chaque fois, c’est un peu sacré. Evidemment, comme il aura des professionnels du monde de la musique, des journalistes et des gens de radio, ça ne me laisse pas indifférent. J’ai vraiment envie d’honorer le New Morning. J’ai vu tellement de concerts dans cette salle. Et puis, ma grand-mère allait danser là-bas au début des années 80 quand c’était un club de jazz.

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Pendant la première interview...

Vous jouerez un mélange de tes deux disques ?

Oui, mais plus du deuxième évidemment. On aura aussi un ou deux morceaux inédits. J’aime prendre des risques et me mettre en danger.

Tu sais que tu fais le plus beau métier du monde ?

Je fais le plus beau métier du monde quand je suis sur scène. Mais derrière, il y a beaucoup de travail très dur. Pour moi, émotionnellement, c’est compliqué. En tant qu’artiste entrepreneur, je mets toute ma personne dans ce projet, alors je peux vite être déçu de certaines injustices. Pourquoi je ne passe pas en playlist sur telle radio par exemple… Je suis très bien entouré, mais j’aimerais l’être encore plus.

Quels sont tes projets à court terme ?

On part en tournée au Burkina Faso et au Mali en janvier et février sur le festival « Rendez-vous chez nous ». J’en suis très heureux car j’ai un rapport particulier avec l’Afrique. Un rapport très fort, très intense.

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Après la première interview le 14 mai 2019.

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