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13 décembre 2017

Jo Wedin et Jean Felzine : interview pour l'album Pique-Nique

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(Photo : Louis Teran)

jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorLa suédoise Joanna Wedin, ex-membre du groupe MAI et le français Jean Felzine, chanteur et guitariste du groupe Mustang commence peu à peu à se forger un nom dans la french pop. Leur premier album, Pique-Nique, réunit toutes les influences musicales des années 1960-1970 : rocksteady, rockabilly, pop française, soul. Leurs chansons d’amour corrosifs peuvent parfois faire esquisser un sourire. Même si c’est la voix de Jo que l’on entend le plus, leur association vocale idéale laisse filer une certaine nonchalance et des refrains très accrocheurs. Ce disque, harmoniquement et mélodiquement formidable, entre nostalgie et modernité, place la pop sur un beau piédestal.

J’ai rencontré Jo Wedin et Jean Felzine  hier, le 12 décembre, au café des Ondes, pour évoquer l’album et le Divan du Monde de ce soir, qui fait office de soirée de lancement du disque.

Biographie officielle :

En 2015 sort le premier EP auto-produit de ce duo de songwriters franco-suédois, où la guitare de Jean Felzine, nerveuse et expressive répond à la voix de Jo Wedin, très pure, aux accents de soul blanche. Deux titres sont remarqués : « Idiot », gros slow en forme de séance d’humiliation et « Les hommes (ne sont plus des hommes) », disco-funkcaraïbes au texte mordant. Leur premier album réalisé par Etienne Caylou donne une vision plus nette de leur talent singulier.

L’album :jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandor

L’ouverture, « Chanter, baiser, boire et manger » aux accents rocksteady, est un hymne hédoniste en surface, mais une lovesong désabusée en profondeur. Elle a valeur de note d’intention pour l’album : un disque de pure pop, généreux, varié et sexy, plein de chœurs, de refrains et de d’accroches de guitare, mais aux textes surprenants, plus drôles ou risqués qu’il n’y paraît, à l'image de l’autre hymne de l’album, le dépressif « Un jour de plus un jour de moins ».

Au menu de ce Pique-Nique aux allures de best of, un vrai catalogue de sentiments humains, et féminins en particulier, incarnés par Jo à tour de chanson avec juste ce qu’il faut d'accent suédois. Envie (une « Femme de chambre » hitchcockienne qui menace sa patronne sur fond de guitares surf) ; ennui (le très glam-rock « Ne fume jamais au lit »), érotomanie (le calypso « Je t’aurai ») ; nymphomanie et sexe en plein air (« Les eaux claires »), et même une chanson sur la chirurgie esthétique (« Nez, lèvres et menton »). Une variété de thèmes qui répond à celle d’arrangements aux influences multiples : soul, pop, caraïbes… et toujours ces belles harmonies à deux voix. Ils reprennent à leur façon le fameux « After Laughter (Comes Tears) », perle soul de Wendy Rene. Dans « Le jeu » qui clôt le disque, les deux chanteurs jouent avec leurs rôles - ces clichés de blonde sexy et de brun ténébreux - et décrivent toutes les étapes d’une relation d’un soir, ou d’une vie, on ne sait pas trop. Ça ressemble autant à une parade amoureuse qu’à une marche funèbre. Tout l’art du duo est là-dedans.

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jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorInterview :

A votre première rencontre, vous avez vite su que ça allait marcher entre vous musicalement ?

Jean : Au premier rendez-vous, on a remarqué que nous aimions la même chose en musique. Les belles mélodies, les belles voix et l’énergie… nous avions tous les deux la même vision de la pop.

Jo : Nous deux, on a toujours travaillé avec plein de musiciens. Mais c’était la première fois que je n’avais pas besoin d’expliquer ce que je voulais. Nous étions sur la même longueur d’onde.

A la base, Jo, vous aviez fait appel au talent de Jean pour faire des chansons juste pour vous. Il était là simplement pour vous aider, mais c’est devenu un duo très vite.

Jean : Oui, dès le premier concert. Les gens nous disaient que nos voix allaient bien ensemble et que le duo fonctionnait à merveille.

Jo : Avant le concert, effectivement, on faisait des chansons, mais c’est moi qui chantais et Jean qui faisait les chœurs. Après ce fameux concert, effectivement, nous nous sommes mis à écrire des chansons à deux. J’ai laissé tomber momentanément mon projet solo.

Dans l’album finalement, il n’y a que deux duos, sinon, c’est Jo qui chante les dix autres  titres.

Jean : Ce dont nous sommes certains, c’est que dans le futur, nous allons en faire plus. Dans cet album, il reste des vestiges de ce que devait être son projet solo.

Jo : On aimerait avoir la moitié de notre répertoire en duo.

Votre premier EP date de 2015. Sur l’album, vous n’en avez repris que deux morceaux, « Idiot » et « Les hommes (ne sont plus des hommes) ». Pourquoi ?

Jean : On a estimé qu’il fallait que les gens aient une raison d’acheter ce deuxième disque s’ils avaient déjà l’EP. On a choisi les deux chansons qui ont été les plus remarqué. Les autres, nous les jouions déjà sur scènes.

Clip de "Les hommes (ne sont plus des hommes)".

Il y a une constante dans les textes de vos chansons, c’est la domination de la femme sur l’homme… avec  humour.

Jo : Ça vient de moi. Mon côté suédoise (rires).

Jean : Je me souviens d’un concert ou était venu Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax. Il m’a dit : « mais qu’est-ce qu’elle t’envoie dans la gueule ta copine ! » Je lui ai répondu que j’écrivais les chansons avec elle. Il m’a répondu : « tu es un pervers alors ! »

C’est vrai que dans « Les hommes (ne sont plus des hommes) », on en prend pour notre grade.

Jo : C’est une chanson ironique. Les gens qui écoutent cette chanson et qui le prennent mal, ce sont des hommes ont peur de perdre leur virilité aujourd’hui. On parle toujours de la femme en expliquant comment elle doit être, comme elle doit se comporter… etc. Rien n’a changé depuis les années 50. J’ai voulu inverser la chose en écrivant cette chanson avec Jean. On trouvait ça marrant.

Dans « Idiot », une femme explique à un homme comment il faut la séduire.

Jo : Quand tu dis trop à quelqu’un que tu l’aimes, la magie disparait. Comme c’est moi qui chante cette chanson, c’est une femme qui parle à un homme, mais on peut inverser les rôles et le sujet reste vrai de la même façon.

Clip de "Idiot".

La vie de couple est très présente dans ce disque.

Jean : Ce n’est pas forcément la nôtre. On a transposé pas mal d’histoires vues à droite à gauche.

Vous ne faites pas que des chansons amusantes. « Un jour de plus, un jour de moins », par exemple, n’est pas gaie.

Jo : Nous évoquons la dépression.

Jean : C'est ma chanson préférée de l'album, je crois.  J’aime bien les disques où il y a des émotions différentes. C’est important qu’il y ait à la fois l’humour, des chansons pour danser et des chansons tristes. 

Clip de "Un jour de plus, un jour de moins".

Votre disque est un délicieux mélange de modernité et de rétro.

Jean : On écoute un peu de pop contemporaine, mais on écoute surtout de  la pop des années 50, 60, 70. Fatalement, ça se retrouve dans le disque.

Jo : Avec Jean, on ne se met aucune limite.

J’adore « Le jeu ». Une chanson sur la parade amoureuse que doivent se faire un homme et une femme au début d’une relation.

Jean : C’est surtout une chanson sur la nécessité de faire semblant dans la vie, sur l’importance du mensonge. Le mensonge est primordial dans la vie.

Jo : Dans un couple, si tu dis tout ce que tu penses, il explose en moins de deux.

Clip de "Je t'aurai".

Jean, ce projet en duo n’a pas mis un terme à votre collaboration à Mustang.

Jean : Pas du tout. On enregistre en ce moment. En 2017, il est compliqué pour un artiste de survivre avec un seul projet.

Et vous Jo, vous êtes toujours avec le groupe MAI ?

Jo : Non, moi je fais un projet solo dans lequel je chante entièrement en anglais.

Jean : On a gardé nos deux noms dans notre projet commun, car l’idée n’était pas de se marier sur disque. Ça nous permet de continuer à faire des choses séparément.

Jo : J’ai l’impression que ce n’est pas très français de faire plusieurs projets musicaux. Enfin, je dis ça, mais je trouve que ça commence à changer. En Suède ou aux Etats-Unis, depuis des années, tout le monde joue dans un groupe, en solo, en duo ou accompagne un autre artiste à la guitare. C’est commun.

Jean : J’ai des goûts différents, même parfois un peu contradictoire. C’est difficile de mettre tout ça dans un seul projet.

Clip de "Chanter, baiser, boire et manger".

Il faut garder une cohérence dans un album.

Jean : Voilà, c’est ça. C’est peut-être une erreur que l’on a faite à un moment avec Mustang. En tout cas, avoir plusieurs projets permet de satisfaire ma schizophrénie. Avant, il fallait choisir son camp, savoir à quelle famille on appartenait et s’y tenir. Aujourd’hui, ça n’existe plus.

Il y a une chanson en Anglais, « After Laughter (Come Tears) », une reprise d’une chanson de Wendy Rene.

Jo : J’adore cette chanson depuis très longtemps. Au début, je ne me sentais pas assez douée pour la chanter et Jean a un peu insisté.

Jean : Je voulais la traduire, je n’y suis pas parvenu.

Jo : On ne voulait pas faire cette chanson en moins bien, du coup, on a gardé le texte anglais. Jean a ce talent de reconnaître qu’il ne peut pas faire telle ou telle chose.

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Quand vous écoutez l’album, vous en êtes fier ?

Jean : On aurait aimé avoir plus d’argent pour le faire. Cela nous aurait permis d’avoir de vraies cordes. J’adore les cordes. Il y a des violons sur quasiment toute la musique que nous écoutons. Sinon, je n’ai pas d’énormes regrets sur le disque.

Ce qui est bien, c’est que vous n’êtes pas dans la mouvance actuelle. J’aime votre singularité.

Jo : On a aussi conscience que c’est un risque. Mais l’idée de ne pas faire comme tout le monde est assez jubilatoire.

Vous aimez qui comme artistes français ?

Jean : Polnareff est mon héros absolu. J’aime aussi beaucoup William Sheller. Joe Dassin aussi, je suis fan de country, il a fait de belles adaptations françaises.

Jo : J’aime bien Véronique Sanson.

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Le concert au Divan du Monde, c’est un peu la soirée de sortie du disque.

Jean : Nous serons trois sur scène. Nous avons un batteur avec nous. On a des petites astuces, sans passer par des séquences, pour interpréter les chansons de manière assez proche du son de l’album.

Vous avez le trac ?

Jo : Moi j’ai toujours le trac. C’est terrible d’ailleurs.

Jean : Moi aussi. Mais une fois sur scène, tout va bien.

La scène, c’est le meilleur moment ?

Jean : Oui, mais j’aime bien aussi le studio. Pour être franc, le meilleur moment, c’est quand tu as fini une chanson.

Jo : Ce qui est particulièrement jouissif, c’est quand, en plus, elle est bien réalisée en studio et qu’elle nous satisfait en tout point.

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03 octobre 2017

Gatica : interview pour son premier EP

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

« Gatica vous confie des secrets, des chagrins, d’amour surtout… qu’elle aurait lu, entendu, vu... ou vécu. Les personnages défilent, comme au cinéma, et l’on rit souvent, ici, de l’absurdité de la vie. »
Après avoir chanté pour différents groupes, notamment 26 PINEL, Gatica livre maintenant ses propres chansons et son  monde plus personnel. C’est beau, c’est fort, c’est écrit remarquablement. Sa voix me transporte, me file la chair de poule, me fascine. Bref, j’aime et  recommande vivement l’écoute de ce premier EP.

Demain, elle est au Divan du Monde pour le concert de sortie du disque. Avant-hier (le 1er octobre), nous nous sommes retrouvé sur une terrasse pour parler du présent (et un peu du passé, c’est si lié…)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorL’EP (argumentaire officiel) :

Paroles et musique : Alexandra Roni Gatica

Enregistré et mixé par François Gueurce à la Cave à son

Masterisé par Pierre Luzy - Music Unit -

Coréalisé par François Gueurce et Alexandra Roni  Gatica

Musiciens : Lola MaliqueFrançois PuyaltoGuillaume FarleyHalima KaFrançois-Xavier FIXICôme Aguiar et un chœur de filles.

C’est une invitation à se retrouver loin du tumulte mais au plus près de nos émotions, en un lieu indéfinissable, où les secrets se dévoilent et s’oublient aussitôt.
Où les langues se délient, où l’on parle d’amour partagé ou pas, heureux ou désespéré, charnel, charmant, chargé … mais ou la drôlerie se fait sa place même si c’est parfois celle du rire du désespoir.
L’on y croisera des reines, des fous, des anges, des loups garous, des volcans, des forêts, des mers à perte de vue …et la nature reprendra toujours le dessus.

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorInterview :

Tu es arrivée du Chili à l’âge d’un an à Nancy.

Ni moi, ni personne de ma famille n’a une goutte de sang français. Ma mère est arrivée en France un peu par accident, ce n’était pas du tout un souhait, ni prévu. Au départ, elle devait venir pour trois mois et on est encore là aujourd’hui. De par ma mère avec qui j’ai grandi, la culture chilienne était très présente dans ma vie. Je peux quand même dire que ma culture est double. Maintenant que je suis adulte, je recherche encore plus mes racines… C’est un classique : si on n’est pas dans le pays où l’on est né, on a un besoin vital de retour aux sources.

D’où te vient ce goût prononcé pour la musique ?

A 7 ans, ma mère m’a demandé de choisir un instrument. Pour elle, ça faisait partie de mon éducation. C’était une évidence, je n’avais pas le choix, il fallait que je joue d’un instrument. Je la remercie aujourd’hui, mais à l’époque, je n’étais pas hyper motivée. J’ai choisi le violon parce que je croyais que c’était facile. Je me suis fait virer au bout de 6 mois, soit disant parce que j’avais les mains trop grandes. C’est plutôt parce que les classes de violon étaient surchargées et qu’ils ouvraient une classe d’orgue électronique. Ils ont insisté pour que j’y entre. Je ne le regrette pas parce que l’éducation musicale développe des choses dans le cerveau que d’autres activités ne développent pas forcément.

Et à l’école, tu faisais de la musique ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Le directeur de l’école primaire où j’étais était un passionné de musique. Il arrivait d’Alger où il travaillait à l’opéra de la ville, il était un chanteur lyrique, précisément un ténor. Il a donc monté une chorale d’école. Il nous a fait jouer à l’extérieur, dans le sud de la France notamment. Quand on a fini l’école élémentaire, il a souhaité que l’expérience perdure. Il a monté un atelier théâtre et j’y ai participé. Je me suis rendu compte que j’aimais investir des personnages et monter sur une scène.

Peu après, tu as commencé à chanter dans des groupes de rocks progressifs.

Oui, et je me suis très vite cassé la voix parce que je faisais n’importe quoi. A 14 ans, j’ai souhaité prendre des cours de chant lyrique avec ce directeur d’école, mais je voulais adapter ces nouvelles connaissances à de la musique plus moderne.

Tu as suivi ensuite des études de cinéma pour devenir comédienne.

Oui, à l’Université Paris 1, ensuite je suis rentré au Conservatoire du Xe arrondissement, section Théâtre. J’ai fait trois ans d’art dramatique là-bas. Parallèlement à ça est né le groupe 26 PINEL.

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorC’est un groupe qui a rapidement bien fonctionné.

Il se passait plein de trucs géniaux, alors que le théâtre, c’était très difficile. On dépensait une fortune pour passer des castings pour des plans même pas intéressants. J’ai très vite arrêté parce que je n’avais aucun contact dans le milieu. La musique a représenté soudain la liberté. J’allais pouvoir faire ce que je voulais et non ce qu’un metteur en scène allait éventuellement me demander de faire. Avec 26 PINEL, ça se passait bien. On a eu très vite des touches, du coup, nous sommes très vite partis en tournée et nous avons enregistré deux disques.

Comment es-tu rentrée dans ce groupe ?

A la base, ce groupe faisait des reprises de chanson françaises, mais il n’avait pas de chanteuse. Dans un atelier jazz, à la fac, j’ai rencontré un violoniste qui m’a proposé de faire partie de cette formation. Pendant un an, on reprenait des chansons françaises « traditionnelles » et le guitariste a commencé à écrire des chansons. Elles étaient superbes.

Cette aventure a duré 10 ans.

C’était des années géniales. Après, à côté, j’avais plein d’autres activités musicales. Au bout de 10 ans, on a envie d’autre chose. Quand on a arrêté, je suis devenue la chanteuse d’un groupe de jazz, soul jazz, pop jazz. Nous ne faisions que des mesures impaires et je chantais en anglais. On a enregistré un album chez Harmonia Mundi. C’était très classe, mais ça demandait un gros travail technique.

En 2003, en parallèle tu rencontres le Quartet Buccal.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Oui, mais c'est en 2006 que le groupe m’appelle pour savoir si je suis partante pour prendre le rôle de l’une d’elle, qui partait vivre dans le sud. J’ai accepté et ensuite, nous avons fait deux créations ensemble.

Ton EP est-il la somme de toutes tes expériences musicales ?

Bien sûr. Et  pour la première fois, j’ai écrit une partie des textes. J’avais très envie, mais je n’osais pas trop.

Le problème venait d’où : « Ai-je assez de style ? » ou « Suis-je trop pudique pour me raconter » ?

Un peu les deux. Quant à la question de la pudeur, je n’ai pourtant pas l’impression de ne raconter que ma vie. Je raconte aussi celles des autres.

Tu as une passion des mots et des belles écritures.

J’ai donc un complexe envers mon écriture. Je mets la barre très haute. Je crois que j’ai fait du théâtre aussi pour ça. Enoncer des alexandrins. Parfois, je le fais sur scène.

Tu es exigeante envers toi-même sur tes textes ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Il faut qu’ils me plaisent plus qu’une journée, qu’ils tiennent longtemps. Au moins un mois, sinon, c’est loupé.

Il y a des textes anciens dans l’EP ?

Il y a tout le passé. Il y a des notes prisent il y a 15 ans, des bouts de phrases que  j’ai laissé de côté pendant des années. Quand j’ai décidé d’écrire, j’ai ressorti de vieux cahiers. Le tout est mélangé avec de nouveaux textes. Parfois, les deux s’intègrent.

Tu ne travailles qu’avec des gens avec lesquels tu t’entends bien ?

Absolument. Le côté humain est primordial. Des musiciens talentueux, il y en a plein, du coup, je m’épargne d’aller vers ceux qui sont « casse-couilles ». L’humain à une place importante pour moi, parce que ce que l’on fait touche à l’humain, l’artistique touche à l’humain, aux émotions.

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(Photo : Maryline Jacques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorParle-moi de François Gueurce, ton corélisateur?

Nous ne nous connaissions pas. On a fait un test sur une chanson, en deux  jours. On a réussi à travailler ensemble si facilement que c’est devenu une évidence. 

Et tes musiciens ?

Guillaume Farley est venu faire une basse, François Puyalto en a fait deux, de fil en aiguille, je me suis dit qu’un piano serait intéressant. J’ai appelé Fixi qui a accepté immédiatement. On se connait depuis longtemps, j’ai fait des chœurs sur tous les disques de Java, d’R.wan, Fixi avec Winston McAnuff… et on joue ensemble dans le collectif Ultrabal.

C’est amusant parce que tu es dans le métier depuis longtemps avec 1000 expériences et comme tu sors un premier EP personnel, les journalistes te reçoivent comme si tu étais une débutante…

Tu as raison. Souvent, j’ai envie de leur dire que je ne débarque pas de nulle part. J’ai quand même joué aux Arènes de Nîmes (rires). En même temps, il y a un petit côté « renaissance ». Je suis débutante dans l’autoproduction, dans la direction de groupe. Quelque part, je deviens la directrice artistique. J’ai déjà fait trois albums avec mes groupes, mais je n’ai jamais rien géré. J’ai appris plein de choses. Au départ, j’ai eu très peur. J’ai craint de ne jamais y arriver, et après, ça m’a énormément excité. On a mis un an et demi pour faire ces 6 titres. A un moment, j’ai ressenti une fierté immense d’avoir réussi à tout faire. 

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(Photo : Maryline Jacques)

Il y a un peu d’ambiances chiliennes dans ton EP.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Sur « Quebradas », il y a des sons que j’ai enregistrés au Chili il y a 14 ans. Je me baladais avec mon mini-disc et j’enregistrais plein d’ambiance. A un moment, dans la chanson, j’entre dans un restaurant à Valparaiso  et j’entends un groupe jouer. Ça m’a amusé de le placer dans le titre. Réminiscence…

La presse spécialisée dans la chanson française a bien réagi, évidemment cela a dû te faire plaisir. As-tu besoin d’être rassurée ?

Bien sûr, parce que je suis forcément dans une période de vulnérabilité. Je suis quelqu’un qui doute beaucoup. Donc, là, c’est décuplé x 10.

Que nous prépares-tu pour ton concert de demain au Divan du Monde ?

Je tenais à ce que ce soit une soirée très spéciale. J’ai invité plein de gens sur scène. Il y aura Chloé Lacan, Zaza Fournier, M’ame, une chanteuse comorienne avec laquelle j’ai beaucoup travaillé, François Puyalto, Guillaume Farley et le grand comeback de 26 PINEL… et une exclu pour toi. Il paraîtrait qu’au Divan du Monde aura lieu une invasion de reines du monde pendant la chanson « Le retour de la reine », un tableau de femmes qui chantent… mais chut !

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Après l'interview, le 1er octobre 2017.

07 juin 2017

Céline Ollivier : interview pour Grands Espaces

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Céline Ollivier revient avec un nouvel album doux et envoûtant, mystérieux et sensuel, Grands Espaces, quatre années après La femme à l’éventail (lire la mandorisation (juin 2012) de la chanteuse pour cet album). Elle prend son temps, ne cesse jamais d’écrire, parce qu’écrire c’est se soigner.  Dans ses textes, il y a autant de certitudes que de doutes. On n’y entend un travail  vocal exceptionnel, par superpositions chorales à certains moments. Musicalement, Céline Ollivier passe de l’épure d’une guitare acoustique ou d’un piano à des déploiements orchestraux subtils.

Céline Ollivier sera demain au Divan  du  Monde avec quelques guest comme Robi, MellClarikaAlex Beaupain et Katel. Elle sera accompagnée par sa Team : Franck Amand à la batterie, Remy Galichet aux Claviers, et Emilie Marsh à la guitare. 

L’occasion était belle de se rencontrer une nouvelle fois pour évoquer le disque et le concert.  Le 31 mai, Céline Ollivier est donc revenue à l’agence pour une seconde mandorisation.

celine-o-hp.jpgArgumentaire de presse officiel :

Souvenir encore tenace que celui de La Femme à l’Eventail, disque d’arc-en-ciel d’émotions, de sentiments mélangés. Ceux qui ont eu su tendre l’oreille n’ont eu de cesse que de vouloir le partager. Parce qu’on y décelait un bouquet royal d’élans, d’évocations, de sensations altruistes et de parfums qui touchent droit au cœur. Entrée en matière probante avec notamment un passage significatif en playlist sur France Inter et un accueil médiatique enthousiasmant. Puis quatre ans. Laps de temps écoulé avant ce deuxième chapitre. Pourquoi une si longue durée ? Ne pas y voir de la désinvolture dans la démarche. Plutôt de l’exigence.  Les chansons sont venues à elle, l’ont culbutée, sans lui laisser le choix. Ses nuits sont mélodiques, ses lectures durassiennes. Forcément, ça travaille inconsciemment.

Changement d’approche également avec le piano qui a cette fois-ci provoqué l’impulsion, à la fin de l’automne 2014, elle a suffisamment de matière dans son escarcelle pour reprendre contact avec Martin Gamet, le réalisateur du premier album. Mais Céline Ollivier, en intransigeante perfectionniste, multiplie les allers-retours avec ses morceaux. Entre-temps, elle se fond aussi dans le projet folk de Charlotte Savary (Felipecha) à la guitare et aux chœurs. Poursuit son activité de professeur de chant. Et revient, encore et toujours, sur ses micro-détails qui peuvent changer l’existence d’un titre. Presque une question d’éthique chez elle. En d’autres termes, Céline Ollivier défend un modèle d’artiste davantage préoccupé par la qualité des chansons que par les points d’édition.

La dernière chanson à prendre naissance ouvre l’album. Elle s’appelle « Où je reprends mon Souffle ». Une738_celine-299-2.jpg supplique adressée à sa grand-mère, doublée d’une tendresse diffuse. Aux manettes, Katel dont la superposition de claviers scintille comme une voie lactée.

Pour ces Grands Espaces, la jeune femme ne s’est résolue qu’à écrire sans autre objet que ses obsessions. Aucune joliesse superflue de sa part. C’est un journal intense et sincère dans son abandon. Ses textes embrassent un « tu » permanent et récurrent. Elle s’adresse à un destinataire bien défini, à une ou deux exceptions près, jamais le même.

Dans toutes les chansons, il y a toujours des absent(e)s. Ce sont eux qui tiennent le rôle principal. Elle sait que c’est lourd, une absence. Bien plus lourd qu’une disparation. Voilà ce qu’elle nous dit aussi, souvent de manière concise et imagée. En duo avec Alex Beaupain, « Pour la Peine », elle chante pour les vivants et dessine une géographie post-Bataclan.  L’air circule sur ce disque à larges bouffées de constats distanciés. Il y a autant de certitudes que de doutes. Des inquiétudes rédemptrices aussi. Ce sont surtout des chansons magnétiques et d’une élégance vibratile. Parfois, elles sont traversées par une tension teintée de colère, comme sur « Le 8 Rouge ». Il y a aussi la femme à la parole décomplexée qu’elle admire « Le Rouleau », les tétanies douces des renoncements amoureux, « En Miroir ».

Avec ses compagnons de partage (Martin Gamet, Mathieu Coupat, Mell et donc Katel), Céline Ollivier joue subtilement avec les textures, absorbe nos âmes dans un divin piano-voix « Tes Lèvres sur mon Front », renoue avec le côté latin des débuts, « Dernière Bobine », marche dans les pas d’une valse atmosphérique « Les Goélands » et s’envole vers des chœurs aériens « Tes Vertiges ».  Et enfin la voix, l’autre grande affaire de l’album. Une voix d’une vibrante légèreté, d’une justesse imparable et qui voltige audacieusement entre le phrasé et le parlé. Une voix féline, en osmose avec l’écriture, assumant les différentes facettes de sa personnalité et exprimant toutes les nuances d’un sentiment. Rares sont les chanteuses qui parlent, avec autant de justesse, au cœur et à l’intellect.

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IMG_2062.JPGInterview :

J’aime quand les artistes ne se précipitent pas pour sortir des disques…

Je me suis accordé le  luxe de prendre le temps. Un an avant que l’on détermine la sortie du disque, j’ai cru que nous l’avions fini. Mais non. Finalement,  j’ai encore écrit « Pour la peine » et « Je reprends mon souffle ».

Cette chanson pour ta grand-mère est d’une beauté.

Je l’ai écrite au mois d’octobre. Je suis allée la voir dans sa maison de retraite à Bayeux et cela m’a inspiré cette chanson. Comme j’adore la voix et les mélodies de Pauline Croze, je voulais que ce soit une chanson pour elle. Je crois qu’elle ne l’a jamais reçu.

Aimes-tu raconter à un journaliste de quoi parle tes chansons ?

Oui, j’aime bien. Mes chansons sont tellement ciblées, que cela ne me dérange pas d’expliquer à qui elles s’adressent. Cela part toujours d’une histoire personnelle, intime, d’un lien à l’autre, qu’expliquer ce que j’ai poétisé à ma façon me parait logique. Paradoxalement, j’aime bien que les gens ne sachent pas de quoi parle un de mes textes, mais que cela raisonne quand même chez  eux. Le but de toute œuvre est que les gens s’en fassent une interprétation personnelle.

Ton premier album La femme à l’éventail était un album très personnel, dans lequel tu te livrais beaucoup. Est-ce que tu t’es demandée à un moment ce que tu allais bien pouvoir raconter dans le prochain ?

J’ai des phases de plongée intérieure et de solitude qui provoquent des rencontres avec moi. C’est pour ça que j’ai appelé cet album Grands Espaces. J’aime rencontrer des zones dans lesquelles je n’ai pas poussé certaines portes complètement. En tout cas, là,  je pense déjà au prochain. Je sais juste que des chansons récentes comme « Où je reprends mon souffle » et « Tes  lèvres sur mon front », j’aurai envie de les défendre sur scène toute ma vie. Ce qui n’est pas le cas de quelques chansons du premier disque.

Parce qu’elles racontent des histoires d’un autre passé ?

Pour des raisons musicales et textuelles, que je trouve relatives.

Tu as travaillé un peu comme tu voulais, dans une sorte d’élasticité idéale ?

Exactement ! J’écris en fonction de mon humeur du moment, de mes états, de mes lectures, de mes envies. Cet album parle beaucoup de tensions, de réconciliations, des présents, des absents, de mes absences à moi… Je garde de cette période de création un souvenir très agréable, mais très dense aussi.

Pas douloureux ?

Si, quand on écrit « Pour la peine » ou « Où je reprends mon souffle »,  je ne suis pas dans la gaité la plus absolu. Après réflexion, la plongée à l’intérieur de moi n’a pas toujours été facile, parce qu’il y a beaucoup de résistance.

Et d’insatisfactions ?

Oui. Par exemple, pour « Les goélands », j’ai mis des mois à terminer le texte. Il est très court, car je voulais être au plus juste de l’idée que j’avais du choix des mots et des structures. Martin Gamet, un des réalisateurs de ce disque, m’a apporté son intuition, son éclat. A un moment donné, il faut savoir laisser la main. Quand on essaie plein de choses, il faut qu’elles se résolvent. Il faut savoir s’appuyer sur des gens de confiance.

De quoi parle « Les goélands » ?

Je m’adresse à la Alice du premier album, ma meilleur amie qui est décédée il y a très longtemps. Je parle de l’absence avec la métaphore de la mer, de la rocaille et de la marée. Je la cherche et j’essaie de la retrouver parmi les signes… Quand tu perds quelqu’un dans un tragique accident, il y a un sentiment d’injustice, de réparer quelque chose, de comprendre. Cela devient une quête.

"Les goélands" en concert.

La solitude, dans la création, c’est compliqué ?

Oui. Heureusement que les réalisateurs sont là. J’aime beaucoup ce mot : réaliser. Réaliser les chansons des autres. Martin Gamet a vraiment une facilité pour cela. J’ai une écriture musicale assez classique, assez simple et toutes mes chansons folks, mes chansons acoustiques, il parvient toujours à les sublimer.

Tu ne lui as pas confié toutes les chansons, contrairement au premier album. Pourquoi ?

Parce que j’avais beaucoup composé et maquetté aux claviers et que j’avais envie de quelqu’un qui est habitué à une réalisation de ce type-là. Naturellement, j’ai pensé à Mathieu Coupat, à qui j’ai confié « Sourde », « Le 8 rouge », « Tes lèvres sur mon front » et « Le rouleau ».

Il y a aussi Mell dans ce projet.

On avait réalisé des prémaquettes de « Tes vertiges » quand elle habitait  encore à Metz. J’ai gardé une des prémaquette plutôt que l’autre version qu’on avait faite pour l’album. Elle sonnait mieux, elle avait même une sorte de magie.  Je passe beaucoup par l’émotion, la musicalité, le placement dans l’espace. Il y a une dimension spatiale à la musique.

"Pour la peine" en concert.

Revenons à la chanson post-Bataclan, « Pour la peine ».

Je l’ai écrite après les évènements. Mais, à la base, je voulais qu’elle soit pour la chanteuse Dani, pour les bonus dans son dernier disque, mais ils n’ont gardé aucune nouvelle chanson. C’est mon producteur qui m’a incité à l’enregistrer moi-même.

Tu la chantes donc avec Alex Beaupain.

Oui, et avant que je lui dise, il ne savait pas vraiment de quoi la chanson parlait. Juste, il l’a trouvait belle. On a fait quatre prise ensemble, face à face. Les deux premières, il ne savait pas… on a gardé  la troisième et la quatrième.

La mort t’obsède ?

Pas du tout. Je parle beaucoup plus d’absence physique.

Ecrire, c’est un pansement à ses failles personnelles ?

Un pansement, je  ne sais pas. Je dirais qu’au contraire, c’est comme si je revenais sur la cicatrisation. C’est comme si j’ôtais la croute pour que cela se cicatrise mieux. Parfois, on croit qu’un problème est réglé et on se rend compte qu’il faut y retourner parce qu’il n’est pas réglé tout à fait. Une chanson peut être aussi une remise en question personnelle. Parfois je sais que j’ai condamné les autres un peu vite…  

Parlons de ton concert de demain ? Pourquoi y aura-t-il plein d’invités ? Pour te rassurer ?  

Non parce qu’au contraire, il faut gérer… ce n’est pas une mince affaire ! Je réunis mes amis et les artistes que j’aime. Il y a un vrai sens à la présence de chacun.

Tu as le trac ?

Je suis toujours une grosse traqueuse. Cette date sera un peu celle de l’année pour moi. En tout cas, je suis heureuse de jouer ces chansons dans une version très fidèle à l’album. Je veux qu’on respecte l’esprit et les structures de Grands Espaces.

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Après l'interview, le 31 mai 2017.