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07 juin 2017

Céline Ollivier : interview pour Grands Espaces

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Céline Ollivier revient avec un nouvel album doux et envoûtant, mystérieux et sensuel, Grands Espaces, quatre années après La femme à l’éventail (lire la mandorisation (juin 2012) de la chanteuse pour cet album). Elle prend son temps, ne cesse jamais d’écrire, parce qu’écrire c’est se soigner.  Dans ses textes, il y a autant de certitudes que de doutes. On n’y entend un travail  vocal exceptionnel, par superpositions chorales à certains moments. Musicalement, Céline Ollivier passe de l’épure d’une guitare acoustique ou d’un piano à des déploiements orchestraux subtils.

Céline Ollivier sera demain au Divan  du  Monde avec quelques guest comme Robi, MellClarikaAlex Beaupain et Katel. Elle sera accompagnée par sa Team : Franck Amand à la batterie, Remy Galichet aux Claviers, et Emilie Marsh à la guitare. 

L’occasion était belle de se rencontrer une nouvelle fois pour évoquer le disque et le concert.  Le 31 mai, Céline Ollivier est donc revenue à l’agence pour une seconde mandorisation.

celine-o-hp.jpgArgumentaire de presse officiel :

Souvenir encore tenace que celui de La Femme à l’Eventail, disque d’arc-en-ciel d’émotions, de sentiments mélangés. Ceux qui ont eu su tendre l’oreille n’ont eu de cesse que de vouloir le partager. Parce qu’on y décelait un bouquet royal d’élans, d’évocations, de sensations altruistes et de parfums qui touchent droit au cœur. Entrée en matière probante avec notamment un passage significatif en playlist sur France Inter et un accueil médiatique enthousiasmant. Puis quatre ans. Laps de temps écoulé avant ce deuxième chapitre. Pourquoi une si longue durée ? Ne pas y voir de la désinvolture dans la démarche. Plutôt de l’exigence.  Les chansons sont venues à elle, l’ont culbutée, sans lui laisser le choix. Ses nuits sont mélodiques, ses lectures durassiennes. Forcément, ça travaille inconsciemment.

Changement d’approche également avec le piano qui a cette fois-ci provoqué l’impulsion, à la fin de l’automne 2014, elle a suffisamment de matière dans son escarcelle pour reprendre contact avec Martin Gamet, le réalisateur du premier album. Mais Céline Ollivier, en intransigeante perfectionniste, multiplie les allers-retours avec ses morceaux. Entre-temps, elle se fond aussi dans le projet folk de Charlotte Savary (Felipecha) à la guitare et aux chœurs. Poursuit son activité de professeur de chant. Et revient, encore et toujours, sur ses micro-détails qui peuvent changer l’existence d’un titre. Presque une question d’éthique chez elle. En d’autres termes, Céline Ollivier défend un modèle d’artiste davantage préoccupé par la qualité des chansons que par les points d’édition.

La dernière chanson à prendre naissance ouvre l’album. Elle s’appelle « Où je reprends mon Souffle ». Une738_celine-299-2.jpg supplique adressée à sa grand-mère, doublée d’une tendresse diffuse. Aux manettes, Katel dont la superposition de claviers scintille comme une voie lactée.

Pour ces Grands Espaces, la jeune femme ne s’est résolue qu’à écrire sans autre objet que ses obsessions. Aucune joliesse superflue de sa part. C’est un journal intense et sincère dans son abandon. Ses textes embrassent un « tu » permanent et récurrent. Elle s’adresse à un destinataire bien défini, à une ou deux exceptions près, jamais le même.

Dans toutes les chansons, il y a toujours des absent(e)s. Ce sont eux qui tiennent le rôle principal. Elle sait que c’est lourd, une absence. Bien plus lourd qu’une disparation. Voilà ce qu’elle nous dit aussi, souvent de manière concise et imagée. En duo avec Alex Beaupain, « Pour la Peine », elle chante pour les vivants et dessine une géographie post-Bataclan.  L’air circule sur ce disque à larges bouffées de constats distanciés. Il y a autant de certitudes que de doutes. Des inquiétudes rédemptrices aussi. Ce sont surtout des chansons magnétiques et d’une élégance vibratile. Parfois, elles sont traversées par une tension teintée de colère, comme sur « Le 8 Rouge ». Il y a aussi la femme à la parole décomplexée qu’elle admire « Le Rouleau », les tétanies douces des renoncements amoureux, « En Miroir ».

Avec ses compagnons de partage (Martin Gamet, Mathieu Coupat, Mell et donc Katel), Céline Ollivier joue subtilement avec les textures, absorbe nos âmes dans un divin piano-voix « Tes Lèvres sur mon Front », renoue avec le côté latin des débuts, « Dernière Bobine », marche dans les pas d’une valse atmosphérique « Les Goélands » et s’envole vers des chœurs aériens « Tes Vertiges ».  Et enfin la voix, l’autre grande affaire de l’album. Une voix d’une vibrante légèreté, d’une justesse imparable et qui voltige audacieusement entre le phrasé et le parlé. Une voix féline, en osmose avec l’écriture, assumant les différentes facettes de sa personnalité et exprimant toutes les nuances d’un sentiment. Rares sont les chanteuses qui parlent, avec autant de justesse, au cœur et à l’intellect.

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IMG_2062.JPGInterview :

J’aime quand les artistes ne se précipitent pas pour sortir des disques…

Je me suis accordé le  luxe de prendre le temps. Un an avant que l’on détermine la sortie du disque, j’ai cru que nous l’avions fini. Mais non. Finalement,  j’ai encore écrit « Pour la peine » et « Je reprends mon souffle ».

Cette chanson pour ta grand-mère est d’une beauté.

Je l’ai écrite au mois d’octobre. Je suis allée la voir dans sa maison de retraite à Bayeux et cela m’a inspiré cette chanson. Comme j’adore la voix et les mélodies de Pauline Croze, je voulais que ce soit une chanson pour elle. Je crois qu’elle ne l’a jamais reçu.

Aimes-tu raconter à un journaliste de quoi parle tes chansons ?

Oui, j’aime bien. Mes chansons sont tellement ciblées, que cela ne me dérange pas d’expliquer à qui elles s’adressent. Cela part toujours d’une histoire personnelle, intime, d’un lien à l’autre, qu’expliquer ce que j’ai poétisé à ma façon me parait logique. Paradoxalement, j’aime bien que les gens ne sachent pas de quoi parle un de mes textes, mais que cela raisonne quand même chez  eux. Le but de toute œuvre est que les gens s’en fassent une interprétation personnelle.

Ton premier album La femme à l’éventail était un album très personnel, dans lequel tu te livrais beaucoup. Est-ce que tu t’es demandée à un moment ce que tu allais bien pouvoir raconter dans le prochain ?

J’ai des phases de plongée intérieure et de solitude qui provoquent des rencontres avec moi. C’est pour ça que j’ai appelé cet album Grands Espaces. J’aime rencontrer des zones dans lesquelles je n’ai pas poussé certaines portes complètement. En tout cas, là,  je pense déjà au prochain. Je sais juste que des chansons récentes comme « Où je reprends mon souffle » et « Tes  lèvres sur mon front », j’aurai envie de les défendre sur scène toute ma vie. Ce qui n’est pas le cas de quelques chansons du premier disque.

Parce qu’elles racontent des histoires d’un autre passé ?

Pour des raisons musicales et textuelles, que je trouve relatives.

Tu as travaillé un peu comme tu voulais, dans une sorte d’élasticité idéale ?

Exactement ! J’écris en fonction de mon humeur du moment, de mes états, de mes lectures, de mes envies. Cet album parle beaucoup de tensions, de réconciliations, des présents, des absents, de mes absences à moi… Je garde de cette période de création un souvenir très agréable, mais très dense aussi.

Pas douloureux ?

Si, quand on écrit « Pour la peine » ou « Où je reprends mon souffle »,  je ne suis pas dans la gaité la plus absolu. Après réflexion, la plongée à l’intérieur de moi n’a pas toujours été facile, parce qu’il y a beaucoup de résistance.

Et d’insatisfactions ?

Oui. Par exemple, pour « Les goélands », j’ai mis des mois à terminer le texte. Il est très court, car je voulais être au plus juste de l’idée que j’avais du choix des mots et des structures. Martin Gamet, un des réalisateurs de ce disque, m’a apporté son intuition, son éclat. A un moment donné, il faut savoir laisser la main. Quand on essaie plein de choses, il faut qu’elles se résolvent. Il faut savoir s’appuyer sur des gens de confiance.

De quoi parle « Les goélands » ?

Je m’adresse à la Alice du premier album, ma meilleur amie qui est décédée il y a très longtemps. Je parle de l’absence avec la métaphore de la mer, de la rocaille et de la marée. Je la cherche et j’essaie de la retrouver parmi les signes… Quand tu perds quelqu’un dans un tragique accident, il y a un sentiment d’injustice, de réparer quelque chose, de comprendre. Cela devient une quête.

"Les goélands" en concert.

La solitude, dans la création, c’est compliqué ?

Oui. Heureusement que les réalisateurs sont là. J’aime beaucoup ce mot : réaliser. Réaliser les chansons des autres. Martin Gamet a vraiment une facilité pour cela. J’ai une écriture musicale assez classique, assez simple et toutes mes chansons folks, mes chansons acoustiques, il parvient toujours à les sublimer.

Tu ne lui as pas confié toutes les chansons, contrairement au premier album. Pourquoi ?

Parce que j’avais beaucoup composé et maquetté aux claviers et que j’avais envie de quelqu’un qui est habitué à une réalisation de ce type-là. Naturellement, j’ai pensé à Mathieu Coupat, à qui j’ai confié « Sourde », « Le 8 rouge », « Tes lèvres sur mon front » et « Le rouleau ».

Il y a aussi Mell dans ce projet.

On avait réalisé des prémaquettes de « Tes vertiges » quand elle habitait  encore à Metz. J’ai gardé une des prémaquette plutôt que l’autre version qu’on avait faite pour l’album. Elle sonnait mieux, elle avait même une sorte de magie.  Je passe beaucoup par l’émotion, la musicalité, le placement dans l’espace. Il y a une dimension spatiale à la musique.

"Pour la peine" en concert.

Revenons à la chanson post-Bataclan, « Pour la peine ».

Je l’ai écrite après les évènements. Mais, à la base, je voulais qu’elle soit pour la chanteuse Dani, pour les bonus dans son dernier disque, mais ils n’ont gardé aucune nouvelle chanson. C’est mon producteur qui m’a incité à l’enregistrer moi-même.

Tu la chantes donc avec Alex Beaupain.

Oui, et avant que je lui dise, il ne savait pas vraiment de quoi la chanson parlait. Juste, il l’a trouvait belle. On a fait quatre prise ensemble, face à face. Les deux premières, il ne savait pas… on a gardé  la troisième et la quatrième.

La mort t’obsède ?

Pas du tout. Je parle beaucoup plus d’absence physique.

Ecrire, c’est un pansement à ses failles personnelles ?

Un pansement, je  ne sais pas. Je dirais qu’au contraire, c’est comme si je revenais sur la cicatrisation. C’est comme si j’ôtais la croute pour que cela se cicatrise mieux. Parfois, on croit qu’un problème est réglé et on se rend compte qu’il faut y retourner parce qu’il n’est pas réglé tout à fait. Une chanson peut être aussi une remise en question personnelle. Parfois je sais que j’ai condamné les autres un peu vite…  

Parlons de ton concert de demain ? Pourquoi y aura-t-il plein d’invités ? Pour te rassurer ?  

Non parce qu’au contraire, il faut gérer… ce n’est pas une mince affaire ! Je réunis mes amis et les artistes que j’aime. Il y a un vrai sens à la présence de chacun.

Tu as le trac ?

Je suis toujours une grosse traqueuse. Cette date sera un peu celle de l’année pour moi. En tout cas, je suis heureuse de jouer ces chansons dans une version très fidèle à l’album. Je veux qu’on respecte l’esprit et les structures de Grands Espaces.

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Après l'interview, le 31 mai 2017.