Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23 octobre 2018

Bancal Chéri : interview pour leur premier album

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

De gauche à droite : Nicolas Jules, Imbert Imbert, Roland Bourbon et Dimoné.

(Photo : Marc Ginot)

Bancal Chéri, c’est une créature à quatre têtes. Un projet dans lequel sont réunis Dimoné (mandorisé , et ), Nicolas Jules, Imbert Imbert (mandorisé et ) et Roland Bourbon ne peut être que démentiel, foutraque, poétique, divin et essentiel. De ce côté-là, nous sommes servis. Je ne pouvais pas ne pas recevoir ici ce groupe. J’ai d’abord interviewé Dimoné le 5 septembre dernier et Nicolas Jules et Imbert Imbert, plus récemment, lors de leur passage au Pan Piper le 5 octobre 2018. Dans l’interview, j’ai fait comme s’ils étaient tous les trois ensembles pour une meilleure cohésion. Roland Bourbon était excusé.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri unit jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui (mandorisé ), Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier (mandorisée ici), Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Le disque (par Patrice Demailly) : bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental. Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer, Dutronc, de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks, de rendre hommage à un maître du rythm and blues, d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent. Il y a aussi des fulgurances, une pensée libertaire, les méandres sentimentaux d’un membre du groupe, une poésie à la fois joueuse et régressive. Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen, bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent. Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

(Photo : Marc Ginot)

Ibancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertnterview (photo à gauche : Anne Baraquin):

C’est facile de trouver sa place dans un groupe avec 4 grandes personnalités ?

Dimoné : Oui, parce que l’on se respecte vraiment beaucoup. Il n’y a aucun critère de jugement sur ce que propose l’autre. S’il le propose, c’est que c’est bien. C’est tout. Nous avons nos propres histoires par ailleurs, celle-ci, c’est du plus plus. Réussir à avoir 15 ans à nos âges, ce n’est pas facile, alors nous le vivons comme un privilège. On a constitué un groupe comme chacun de nous l’avait fait à son adolescence. Très rock.

Imbert Imbert : C’est comme si nous nous étions mis d’accord pour partir en vacances ensemble.

Nicolas Jules : Nous sommes des adolescents attardés en colonie de vacances. Je suis d’accord avec Dimoné, on fait des choses différentes, mais on a une idée commune qui est très liée avec l’énergie. Une énergie physique. Le corps est important pour nous quatre.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Avec Nicolas Jules et Imbert Imbert.

Il a fallu créer une cohésion ?

Nicolas Jules : Au départ, on a essayé d’écrire ensemble avec l’idée de mélanger nos univers et ça n’a pas du tout marché. Nous sommes rentrés chez nous et sommes revenus avec nos propres chansons. Finalement, c’est ce que l’on sait faire de mieux. Après, on ne s’est pas demandé comment on allait être cohérent, cela s’est fait naturellement. On s’est fait confiance.

Imbert Imbert : C’est ça le point commun que l’on a : la confiance que l’on a les uns envers les autres.

Nicolas Jules : Chacun venait avec ses chansons, mais nous faisions les arrangements ensemble. On a enregistré 15 chansons en 5 jours, on n’avait pas trop le temps de discuter.

Imbert Imbert : La première semaine, nous nous sommes retrouvés en pleine canicule dans les Landes. Il faisait si chaud que l’on a enregistré très à l’arrache. 

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Avec Dimoné.

Il ne manquerait pas une fille dans votre groupe ?

Dimoné : Si… ça pourrait nous tempérer. Nous mettons du rouge à lèvres pour pallier à cela (sourire). En vrai, on est juste quatre larrons avec un coté enfantin, puéril. Comme on pense à la mort et à nos vies tout le temps, ensemble, nous avons des grands moments où tout cela n’existe plus. On est juste dans le plaisir. C’est la grande bouffe.

Nicolas Jules : Oui, on est content de se retrouver avant, pendant ou après la scène. L’idée, c’est d’en retirer le maximum de plaisir.

"Les épaules".

Je ne sais pas si je me trompe, mais Roland Bourbon parait encore plus barré que vous trois.

Dimoné : C’est celui de nous quatre qui nous incite à nous exciter encore plus. Il n’est pas là pour nous calmer. Il nous trouve toujours trop sages, trop charmeurs… il nous dit qu’il faut faire chier, bousculer tout le monde, surtout le public.

Imbert Imbert : Oui, l’idée de bousculer et de surprendre est impérative. Quand les gens sont déboussolés, ça nous plait.

Nicolas Jules : Nous ne sommes pas fait pour jouer ensemble, c’est ça qui est drôle. Nous sommes ancrés initialement dans la solitude et nous avons le point commun de ne pas être dirigés. Il n’y a aucun chef d’orchestre dans Bancal Chéri. On s’aime beaucoup humainement, mais on s’aime beaucoup aussi artistiquement.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertIl y a une folie en chacun de vous.

Nicolas Jules : J’ai un peu de mal avec le mot folie, parce que la folie est quelque chose qui existe. Par respect pour les gens qui souffrent de ce problème, j’évite cette dénomination. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie d’être sage.

Imbert Imbert : (Il chante) « La sagesse, c’est de ne pas être sage, et la folie, c’est de ne pas être fou… » C’est une de mes dernières chansons.

Dimoné, dans « Les tampons de ouate », tu incites les jeunes à dépasser les bornes.

Dimoné : C’est exactement ça ! Ma cinquantaine me fait avoir des sursauts de jeunesse et des ambitions de jeune. J’avais envie de faire mon petit réac à leur endroit en disant, « mettez fort le son », « dépassez la marge », « dépassez les bornes », « décapotez-vous »… Il y a une arrogance de ma part à leur dire ça.

"Qu'est ce que tu dis".

Vous ne chantez pas le quotidien dans ce disque. bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Imbert Imbert : La vie, c’est souvent un peu triste. On a envie que ce soit une fête.

Nicolas Jules : Parfois, on ressent chez les gens une espèce de folie qui est en fait juste une envie de liberté, de récréation et de fête. La folie, c’est de ne pas se plier à l’ordre établi. Il y a un côté libertaire dans ce que l’on fait.

C’est une aventure qui peut durer ?

Nicolas Jules : Oui, à ce niveau-là, on ne peut rien prévoir. On n’en parle jamais entre nous.

Imbert Imbert : Si. En fait, on  réfléchit à un deuxième album. De temps en temps le sujet est lancé.

Nicolas Jules : Il n’y a aucune pression car on ne vit pas avec ce projet. Bancal Chéri, c’est un bonus, un cadeau.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Les chansons que vous avez écrites pour Bancal Chéri auraient pu figurer sur vos albums persos ?

Imbert Imbert : Non, là, j’ai lâché les chiens. J’étais moins dans la perfection. Avec Bancal Chéri, je suis plus dans la spontanéité. Je me permets l’erreur dans l’écriture. Je m’aperçois que c’est très beau l’erreur dans l’écriture, le truc mal terminé. Mais, au final, je trouve ce disque parfait. C’est tout à fait paradoxal.

Nicolas Jules : Les rencontres humaines, ce que l’on vit, ce que l’on écoute, ce que l’on découvre, influencent les chansons que nous créons. J’ai envie d’évoluer, de progresser et de changer en même temps.

Quand vous êtes Bancal Chéri, vous êtes les mêmes que dans vos carrières respectives?

Nicolas Jules : Oui, exactement.

Imbert Imbert : Oui, mais là, nous sommes nourris des énergies des autres.

Nicolas Jules : On parle souvent de la schizophrénie des chanteurs, nous ne sommes pas de vrais schizophrènes. On est les mêmes dans tous les projets que nous avons. Les rendus sont différents, c’est tout.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Je crois que tu n’aimes pas le mot carrière Dimoné.

Dimoné : Dans carrière, il y a le mot carie. Il y a donc une notion de soin. Nous, on n’a pas envie de soigner notre carrière. Là, je prends une posture parce qu’au fond, je sais bien que tous les quatre, on fait une carrière… sans trop savoir laquelle d’ailleurs.

Quand vous rentrez sur scène vous vous sentez comment ?

Imbert Imbert : Il faut quand même avoir la sensation d’être le roi du monde à un moment donné. Il faut donc resserrer les énergies.

Nicolas Jules : J’ai l’impression de vivre un peu en stand-by, comme une lumière éteinte qui ne s’allume que sur scène. Sur scène, j’ai la parole. Avec les mots, le corps et ma guitare.

Dimoné : Un artiste donne une présence à ses tourments. Il ne doit pas abandonner les gens qui te permettent d’être dans ce grand « tous ensemble », même quand il ne va pas bien. Un artiste ne doit pas fuir le public. Il peut fuir ses responsabilités, mais pas sa condition humaine à tous les postes.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

(Photo : Marc Ginot).

Il faut avoir un peu d’ego pour faire ce métier ?

Imbert Imbert : Ce n’est pas l’ego qui doit dominer, mais la confiance en soi.

Que vous a apporté Bancal Chéri ?

Nicolas Jules : De l’amitié.

14 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Dimoné

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Marc Ginot)

Un univers élégant, poétique et rageur, voilà ce que le jeune groupe rock Kursed apporte aux chansons subtiles de Dimoné (mandorisés là en 2015 et là en 2017), ce dandy du sud (un de mes artistes français préférés) que les Francofolies de La Rochelle accueillent. Un voyage introspectif qu’il ne s’agirait pas de manquer.

Tout à l’heure, Dimoné et le gang Kursed se produiront au Chapitô des Francos et demain sur la scène du port. Deux voyages introspectifs électriques à pas de manquer. Interview entre deux répétions.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorDimoné & Kursed par Dimoné :

Le voilà mon gang, Kursed, un groupe, rock, quatre garçons, d’une maturité rare qui jurerait presque du haut de leurs vingt ans. Electrique, toiles noires et cuirs patinés, des adorateurs de mythes sans compte à rendre à Œdipe. Et puis me voilà, moi, rendu pile au milieu, passager en mes chansons pudiquement pas sages. Elles, tendues sur cet isthme de l’existence après 5 disques à les jouer sur scène en duo avec Jean-Christophe Sirven que je vous invite à suivre sur L'Affaire Sirven. Elles, que j’ai déshabillé jusqu’à l’os, amené parfois jusqu’à la limite, et même relooké pour une Carte Noire. Il est venu le temps de me calciner à cette prédiction, à cet inéluctable appel de la tribu, avec mon pédigrée de chanteur nourri d’intranquillité. Ce sera avec Kursed et leur son donnera la couleur à mes nouvelles chansons, sur scène et sur un prochain album à paraître en 2018. 

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Christine Cousin)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorInterview :

Pourquoi t’es-tu associé au groupe Kursed ?

Avec Jean-Christophe Sirven, on avait pas mal tourné. Nous nous étions enfermés dans une précarité devenue confortable. Notre musique était devenue une recette. Je voulais changer ma façon d’envisager et de jouer la musique. Ce satané confort est pernicieux…

Qui sont les Kursed ?

Ce sont des musiciens de chez moi, de Montpellier, qui sont dans la lignée des White Stripes, Queens of the Stone Age, The Blanck Angels... C’est un groupe déjà constitué et je les ai vus plusieurs fois en concert. A un moment, j’ai compris que je voulais ce groupe de luxe derrière moi. Ils ont une acuité que je n’ai pas et ils m’ont donné envie de faire un assaut électrique avec tout ce que je revendique et qui me fonde dans la culture rock et punk. J’avais aussi de revisiter mes 50 ans, peut-être revisiter un fantasme de jeunesse. Faire de la chanson électrifiée à 3 guitares.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Christine Cousin)

J’ai eu la chance d’entendre trois chansons de ce nouveau projet.

Les textes que tu as entendus sont composés de beaucoup d’ellipses dans le sens, dans les mots qui ne sont pas dits. Musicalement, avec les Kursed, il y a beaucoup de liberté. Jean-Christophe me suivait plus, eux me réapprennent à compter, alors qu’ils sont plus jeunes que moi, les cons.

Tu avais besoin de ça ?

Je pense. J’avais envie de me réveiller de nouveau, de changer de rituel, de ne plus penser à ce qui m’attendais. Avec eux, justement, je ne sais pas ce qui m’attend. J’avais besoin de me repositionner pour reprendre du plaisir à refaire le circuit de la scène, des interviews, du  monde musical de la francophonie. J’ai aussi le désir de surprendre tout le monde.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Dany Lapointe)

Tu t’es lassé de ce que tu faisais ?

J’ai envie d’être le premier sur la brèche. Je me dis que j’ai des carences, donc je travaille. Physiquement, il faut que je m’implique.

Pourquoi les Kursed ont accepté ce projet avec toi ?

Il faudrait que tu leur poses la question, mais, à mon avis, pour le challenge. Et peut-être pour les mêmes raisons que les miennes. Ils ont du talent. Ils ont le sens du son et savent jouer de la musique. Ils sont aussi beaucoup dans la référence, peut-être avaient-ils envie de mettre des mots français dans leur musique et que quelqu’un comme moi les convenaient ? J’espère que notre jolie drague va rendre leur public et le mien curieux.

Tu as l’impression de repartir à zéro ?

J’ai quelques années de métier derrière moi, le fameux zéro n’existe plus. Tu continues ta route, c’est tout. Mes 50 ans ont remué beaucoup de choses en  moi, même dans ma vie personnelle. Tout ce qu’il se passe dans mon existence du moment à du sens. 

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Mandor)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

(Photo : Marylène Eytier/Au bon déclic)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorAux Francos, tu as passé deux jours avec une chorale adulte. Qu’as-tu fait avec elle ?

Emilie Yakich, des Chantiers des Francos, m’a fait cette proposition d’animer une chorale adulte. On a pioché dans la programmation des artistes de la nouvelle scène, on a rendu un hommage à Higelin et on a puisé dans notre répertoire à nous. On se produit ce soir au Chapitô des Francos à 20h30 et demain à 14h50 sur la scène du port.

Tu as une relation particulière avec les  Francos ?

J’ai fait beaucoup de choses avec eux et je viens souvent. Je ne fais pas que la vedette ici. Je laisse des traces de sel sur mes T-shirts. J’anime des chorales, des ateliers d’écriture et j’interviens dans différents Chantiers. Pour moi, c’est primordial d’avoir des instants latéraux.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandor

Après l'interview, le 14 juillet 2017.

02 août 2017

Dimoné : interview pour l'EP Épris dans la glace

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

(Photos : en haut, Marc Gaillet. En dessous, Emmanuel Crombez)

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorAprès avoir été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros pour son album Bien Hommé, Mal Femmé en 2015, Dimoné a sorti l’EP Épris dans la glace. Il porte le sceau du Québec, de ses hivers, de la neige et de la solitude des nuits glacées. Le disque a été entièrement enregistré au Studio le Nid du réalisateur Pilou situé à Saint-Adrien. Les deux se sont rencontrés lors de l’un des passages de Dimoné au Québec où sa carrière décolle peu à peu et où il va régulièrement en tournée.

Audacieux sur la forme et le fond, il est habité par sa voix inoubliable qui raconte les tumultes obsessionnels de psychés égarées entre schizophrénie et introspection.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Dimoné, déjà mandorisé au  mois de juillet 2015 (à lire ici), mais j’ai souhaité une deuxième rencontre. Ce 9 juin 2017, une heure avant son concert Je et je fondent au 104 à Paris, je n’ai évidemment pas rencontré le même artiste, puisque celui-ci est multiple. J’ai essayé d’aller encore plus loin pour tenter de comprendre qui est caché derrière ce « démon » de la musique française.  De là à dire que j’y suis parvenu…

Biographie officielle:

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. À rebours des chroniques du quotidien, son écriture affutée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

Argumentaire officiel de l’EP  Epris dans la glace :dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

« Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimas sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »

Un 5 titres en guise de visa vers là où tout recommence, où tout s’abolit. Une remise à zéro Celsius des compteurs pour un disque inspiré et enregistré sous des latitudes boréales.

Une poignée de chansons aux reflets blancs qui sont autant de spectres que de silences, cheminant par les vaisseaux de notre corps sur un territoire sans traces.

Un prisme par lequel se cristallisent nos ailleurs bariolés, en de probables provenances s’ils ne sont pas présages.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorInterview :

En quelle année es-tu allé au Québec la première fois?

Il y a très longtemps, en 1991, mais c’était un voyage familial. J’aime cet endroit pour toutes sortes de raisons. J’ai perçu une sensation de ce qu’étaient les colonies. Ce n’est pas parce que je suis en France que je ne suis pas un descendant colon. Je suis un descendant de ces gens qui ont parcouru le monde et qui ont fait des colonies quelquefois.

Soyons franc, les chansons de l’EP ont été conçues ailleurs qu’au Québec.

C’est vrai, quand je suis arrivé là-bas, j’avais les chansons, certaines étaient même déjà maquettées.

Le lieu influence-t-il la façon de travailler ?

Oui. Surtout que j’ai enregistré avec Pilou. Il a une carrière musicale dans son pays (Ariane Moffat et d’autres artistes québécois). Il a non seulement un studio magnifique, chez lui, dans les bois, mais surtout une manière de composer qui privilégie le sensitif par rapport à cette satanée langue française qui est un fer de lance là-bas et qui fait partie du paysage émotionnel.

Au Québec, on parle beaucoup musique, pas seulement des textes.

Tu as raison. A la fin d’un concert, on va aussi bien me parler des paroles que d’un son de guitare. Chose qu’en France, on ne fait pas. Ici on dit : « Oui, la musique était trop forte par rapport aux paroles ! »

Teaser de l'EP Épris dans la glace.

Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, me disait qu’en interview, les journalistes québécois dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorleur parlaient beaucoup musique, ce qui n’est peu le cas en France.

Je n’ai pas de pitch tout fait quand je parle de mes chansons. Je prends ça sous l’égide d’une conversation. Parfois, en France je dis des choses absconses, je me la raconte poète, chanteur… Au Québec, ils s’en branlent. Ils veulent savoir comment je fabrique mes chansons et que j’explique ma musique. J’ai l’impression que les québécois me disent : « me la raconte pas, on t’as vu arriver ! » (rires)

Tu aimes beaucoup le Québec ?

J’adore.

Tu t’exilerais bien là-bas ?

Non, je suis un mec de soleil.

Que pensent-ils de toi au Québec ?

Je ne sais, je suis juste repéré comme un renard argenté, mais pas comme le loup blanc.

Pourquoi simplement un EP ? Tu ne nous as pas habitués à ça.

C’est sûr qu’habituellement un mec de ma génération ne sort pas un EP. Cela est réservé aux primo-arrivants. Justement, au Québec, je me suis senti un primo-arrivant. Il y avait aussi une histoire de rapidité. Je n’avais pas encore assez de chansons pour faire un album.

"La grande allée", extrait de l'EP Épris dans la glace.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorComment l’EP a-t-il été accueilli au Québec ?

D’abord, il y a eu la pochette. Certains l’ont trouvé trop caricaturale. Ils ont eu peur que ce soit trop folklorique. En m’interviewant, une journaliste est rentrée par cet angle-là. J’ai senti qu’elle se disait : « qu’est-ce qu’il va nous faire ce français-là. Il va se mettre à cheval sur un caribou tenu en laisse avec la carte du Québec en guise de selle… Il nous prend pour qui ? »

Et au niveau de ce que tu racontes dans tes chansons ?

On m’a affilié à une certaine poésie. Pas vraiment surréaliste, mais quelque chose de plus sensorielle que descriptive. A la française, quoi ! Je me suis senti perçu dans quelques regards et réflexions, ça m’a flatté.

Tu as fait une tournée québécoise cet hiver. Comment cela s’est passé ?

Sans se la raconter, on a eu plein de fois des standings ovation. Je me suis demandé si c’était dans les habitudes des québécois de se lever pour applaudir lors de la dernière chanson avant de rentrer chez eux  ou si c’était parce qu’ils appréciaient. J’ai trouvé ce public plus participatif. J’ai trouvé que le québécois avait beaucoup de pudeur mélangé à du pragmatisme et du mysticisme. C’est d’une richesse folle pour nous, artistes français.

Clip de "Indigo", extrait de l'EP "Épris dans la glace".

Tu as eu l’impression de repartir à zéro ?dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

Je suis allé là-bas comme un piège. Prudemment. Encore une fois, au Québec, on parle français, mais c’est tout. Je suis venu comme un étranger qui a envie que la rencontre se fasse.

Tu aimes te renouveler régulièrement… en participant à un groupe comme Bancal Chéri par exemple.

Je ne cherche pas à être découvert. Je ne vais pas te faire une fausse coquetterie, mais j’ai 50 ans. On ne va pas découvrir un vieux quand même ! Si je ne prends pas les choses à rebrousse-poil ou avec mes potes Nicolas Jules, Imbert Imbert et Roland Bourbon de  Bancal Chéri, je n’existe pas.

Dans la profession, on est tous d’accord pour dire que Dimoné est le haut du panier.

Ça me fait plaisir si c’est le cas, mais ce n’est pas quelque chose qui berce mes soirées.

Je crois savoir que tu vas faire évoluer Dimoné…

Il y a des choses qui vont changer. Le chiffre rond de 50 ans m’appelle, m’interpelle. J’ai déjà initié la suite, mais il est trop tôt pour que je t’en parle.

Bref, tu vas jouer en groupe.

Voilà, avec des garçons de tempéraments.

Déjà avec Jean-Christophe Sirven, c’est hyper rock.

Oui et j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Ça va me faire drôle de ne pas l’avoir à mes côtés. Je sais qu’avec le changement que je vais proposer, le regard et l’intérêt sur moi ne serons pas les mêmes.

Tu vas abandonner ton ancien répertoire ?

Pas du tout, il y aura aussi des nouvelles chansons, mais on accueillera des anciennes dans le set.

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

Pendant l'interview... 

Tu as tout fait dans ce métier avant d’accéder au statut de chanteur.

Je suis intermittent du spectacle depuis très longtemps, à différents postes en effet. J’ai fait les éclairages d’une troupe de théâtre, mis des micros à Annie Fratellini, fait de la régie plateau, monté des gradins, monté des scènes pour des artistes dont je n’appréciais pas vraiment le travail. J’ai réussi à dissocier les artistes de l’humain. Je sais ce que c’est de monter une scène et, d’un coup, accéder à l’allégorie pour y monter. Il a fallu que j’identifie le périmètre pour y accéder sans que plus rien n’ait de secret pour moi. Ça m’a préservé du danger.

Le danger de se prendre au sérieux ?

C’est exactement ça.

Si on fait le bilan de ta vie professionnelle, tout va bien ?

Je suis très heureux de la manière dont elle est menée parce que je fais ce que j’aime. C’est important. J’ai eu des moments plus nécessiteux dans mon existence. Artistiquement, je suis en accord avec ce que je produis et ce que je désire. La part de rêverie que je m’autorise à avoir, je l’ai cimenté. Et puis, je suis bien entouré.

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

Après l'interview le 9 juin 2017 au 104.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

08 juillet 2015

Dimoné : interview pour Bien Hommé - Mal Femmé

dimoné,bien hommé,mal femmé

(Photo : Guillaume Bonnefont)

Je me demande parfois pourquoi untel ou untel n’a pas la visibilité médiatique qu’il mérite. Dans le cas de Dimoné (15 ans de présence dans le paysage musical hexagonal), j’espère que cela ne va pas tarder. Une richesse textuelle comme la sienne est rare. On dit de lui que c’est un « être utopique et exigeant, rêveur lucide et facétieux logique ». Bien Hommé - Mal Femmé, son dernier album, devrait convaincre tout le monde.

Je suis allé le voir à la Boule Noire, le 31 mars dernier. Le choc. La claque.

Le type m’a impressionné. Un rockeur charismatique comme on en fait plus. « Les mots rebondissent à force d'allitérations, de formules désossées ou de phrases à tiroirs. » La musique (guitares tranchantes) transcende l’auditoire. L'homme chante autant qu'il parle, explose les contraintes formelles et utilise de drôles d'instruments (toy piano, bouzouki irlandais, percu de lutrin, onde à bulle...) pour créer ses mélodies d’une efficacité redoutable. Impressionnant et magistral.

Le 2 juin dernier, le montpelliérain d’adoption est passé à Paris. Une visite à l’agence s’imposait. Et c’était bien. Des réponses inhabituelles, entre poésie, allégorie et métaphore…

dimoné,bien hommé,mal femméArgumentaire de l’album :

Bien hommé mal femmé nous invite dans sa chevauchée sur un territoire des genres et de l’intime. Onze chansons audacieuses. Ces cavalières réelles ou fantasmées par Dimoné le bien nommé, sont, elles-mêmes, l’allégorie batailleuse de ses tourments convertis en rêverie, en souhaits ou en formule de sorcier blanc. On y désire et on y extrapole l’insupportable solitude, on s’accompagne dans les origines, et on s’aventure orgueilleusement dans son univers où l’ombre peut s’avérer lumineuse. Après l’écoute de cet album on sait que le sentiment est minéral et le sensible une odeur. Indissociable compagnon de scène de Dimoné depuis les débuts, Jean-Christophe Sirven a réalisé cet album.

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. A rebours des chroniques du quotidien, son écriture affûtée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

dimoné,bien hommé,mal femmé

 (Photo du haut et celle de l'ouverture d'interview : Flavie Girbal du site Hexagone)

dimoné,bien hommé,mal femméInterview :

Pour bien connaître ton travail, il faut te voir sur scène ?

C’est tout à fait la réalité. La naissance de ce monde intérieur que sont la compo, la création et les tourments, tout cela n’a de sens parce qu’il y a un public. La rencontre se fait plus sur scène que sur disque.

Certains font des chansons pour exorciser leurs tourments intérieurs.

Moi, c’est aussi beaucoup pour en vivre. Je commence par cet axe-là qui est le moins glamour de tous. Par cette idée d’en vivre, je me dois d’être encore plus vivant. Je ne vais pas faire la manche sur scène. Je vais même chercher à voir si on a envie que je vive. C’est la vie, la mort. Le pouce en l’air ou en bas. On me like ou on me délike.

dimoné,bien hommé,mal femmé

(Le 9 juin 2015, au Théâtre de la Mer à Sète... une semaine après l'interview)

Tu es dans cet état d’esprit à chaque fois que tu montes sur scène ?

Oui. La scène est un endroit hostile. Ce n’est pas cool. Ce n’est pas comme ce canapé où je suis assis. Il y a bagarre.

C’est un match de boxe ?

C’est ça. C’est une zone où il y a des snipers un peu partout. Même si je me dis que mon public est bienveillant, je me dois de faire attention. Je suis dans le viseur de tous. C’est une manière de me mettre en éveil.

Clip de "Un homme libre" extrait l'album Bien Hommé - Mal Femmé

Tu as commencé ta carrière à Montpellier en 1986 et tu as fait un nombre considérable de concerts depuis. Tu ne te laisses jamais gagner par l’habitude ?

Je pense qu’il y a plein de choses que je faisais de manière animale et instinctive. Avec prudence. A une certaine époque, quand j’ai commencé à chanter,  je me trouvais très gendre idéal. Avant, je me planquais derrière des chanteurs qui se cognaient le boulot à ma place. J’ai cheminé vers ce poste de calendre de bagnole pour arriver à représenter son intériorité, ses états d’âme et ses fragilités.

De qui parles-tu ?

Du personnage. Oui, il fallait que je crée un personnage. Disons même qu’il est apparu.

Comment est-il apparu ?

Comme personnellement, je me refuse de formuler trop de choses, parce que j’ai peur de les tuer en les disant, je me suis dit qu’il fallait qu’il y ait une personne munie de plus d’audace que moi. Il fallait que je lui donne la possibilité de rencontrer plus de gens, d’être infréquentable, d’avoir une part féminine énorme et d’être ingérable. Il faut que je laisse à ce personnage, cette liberté-là.

A ce double ?

Oui, à ce double. Toi qui es gémeaux comme moi, tu comprends ce que je te dis. Cette histoire de dualité que l’on raconte sur notre signe astrologique m’arrange bien. Tout à coup, il y a cet individu  qui s’accapare de moi.

Il est comment?

Je l’identifie un peu plus qu’avant. Il peut être plus sympathique que naguère. J’accepte un peu plus sa part de lumière.

En fait, tu te planques derrière lui.

(Ironique) Tu crois ? Je me planque surtout derrière ma moustache. Ce personnage que j’incarne sur scène est aujourd’hui un mélange de tendresse et de folie. Pendant une fenêtre d’une heure et quart sur scène, je peux mieux purger cette histoire de l’existence, ce gros théâtre de nos vies.

"Soiñons nos rêves", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé, en concert à Montpellier au Rockstore le 21 novembre 2014.  

Là, nous faisons une interview. Aimes-tu parler de toi et de ton œuvre ?

C’est intéressant que tu me poses cette question-là. Hier, je me faisais cette réflexion. C’est sympa que l’on sache ce que je fais. Me raconter est une action, pas uniquement une thérapie. On passe beaucoup de temps à parler de soi. Ton boulot est de récupérer et glaner des infos, nous sommes des prairies d’artistes pour gagner ta vie, et pour gagner la mienne, il faut que la raconte. Quand je monte à Paris, je sais que ce n’est pas pour visiter la Tour Eiffel. La question est : comment être exciter à  dire les choses.

Cet album est, je crois, ton disque majeur. Celui qui t’a révélé à un public nettement plus large qu’auparavant.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement ultra confiant en moi. C’est pour ça que j’ai demandé à ce fameux Dimoné de prendre ma place. L’environnement et le côté sacré des choses ont fait qu’il s’est passé des évènements qui ne se sont jamais tenus sur mes précédents disques.

Lesquels par exemple ?

L’accompagnement par FIP ou le coup de cœur de l’académie Charles Cros 2015. J’ai l’impression que je suis un perdreau de l’année, alors que bon.

Tu as près de 15 ans de carrière et on ne te récompense qu’aujourd’hui. Ça te fait quoi ?

Ça m’amuse, mais personne ne me dois rien et ça fait très plaisir. Pour me protéger, je me dis toujours que la soirée ne sera pas bonne, mais là, si on me dit que mon disque est bien, je tente de savourer. J’ai 48 ans et je vis de ce métier depuis peu. Ca calme mes éventuels ardeurs.

Clip de "Venise", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé.

Comment vis-tu la dépossession de tes chansons ? Quand elles sont terminées et enregistrées, elles ne t’appartiennent plus, non ?

C’est le but d’une chanson et ça me protège moi. Ça me permet de disparaitre. Le moi, moi, moi constamment, ce n’est pas le but. Etre sur le chemin, être un vecteur, c’est noble. Cette idée-là m’intéresse. Parfois, mes chansons sont nébuleuses et dans le réveil, c’est là où il est plus facile de se les approprier.

Parlons de tes mots. J’adore leur son.

Je suis un indien. Je suis sûr que le son d’un mot est dans le sens. Le son d’un mot m’intéresse si ça devient un matériau. Je creuse dans leur sonorité, ça va forcément générer du jeu.

Tu mets longtemps à écrire un texte ?

Les mots arrivent sur une page. A partir du moment où cela a du sens, ils vont faire des familles. Mais mon travail est très intuitif. Je ne suis pas un thésard.

Et que l’on décortique tes textes, ça te gonfle ?

Au contraire, je crois que ça me flatte. J’y passe du temps, c’est long.

 Clip de "Encore une année" extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé

As-tu des doutes dans ton travail ?

Oui, sur la forme. J’ai peur de rater le sens de l’instant.

Parfois, as-tu eu envie de baisser les bras ?

Je suis dans la rêverie, et le pire ennemi de la rêverie, c’est l’amertume et l’aigreur. Que te reste-t-il si dans ce que tu te permets de rêver, c’est pourri ?

Tu as deux enfants de 18 et 21 ans. Que pensent-ils du travail de leur père ?

J’ai un fils qui fait du hip hop et une fille qui est dans les arts plastique parce que ça leur plait. Avec moi, je pense qu’ils sont sensibilisés à l’art. Ils sont venus me voir plein de fois en concert, ça les intéresse.

dimoné,bien hommé,mal femmé

(Pendant l'interview)

Fais-tu ce métier pour fuir la vraie vie ?

Mais carrément. Pour enfin être irresponsable. Je passe mon temps à trouver des solutions pour être irresponsable. C’est un énorme boulot et une sacrée chance. Je pense que j’existe dans la fuite.

Tu te trouves toujours cohérent ?

Oui, dans le côté sinueux. La frontalité est ennuyeuse et je n’ai rien à dire de fondamental. J’ai juste à rendre savoureux les méandres.

Quel est le message principal que tu veux faire passer ?

Pilotons vers nos rêves avec autorité alors que tout est rempli d’incertains, d’incertitudes et d’oxymores.

Tu ne ferais pas de chansons juste pour toi ?

C’est certain. C’est l’idée de l’insupportable solitude.

Tu rêves de quoi dans ce métier ?

Etre peinard, mais que ça se sache.

Tu envisages ce métier comme une mission ?

Oui, mais une mission à la Bob Denard, le mercenaire. Toujours dans le combat.

dimoné,bien hommé,mal femmé

 Après l'interview, le 2 juin 2015.

Bonus : Un excellent moyen métrage sur Dimoné.

Dimoné, Démon du Clapas (26mn). Réalisation, images, son & montage: Olivier Arnal.

dimoné,bien hommé,mal femmé