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03 octobre 2019

David Desreumaux : interview pour la revue Hexagone

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(Autoportrait de David Desreumaux)

david desreumaux,hexagone,interview,mandorHexagone est une revue dirigée par David Desreumaux (rédacteur en chef) et sa compagne Flavie Girbal (directrice de la publication). Depuis 3 ans, ils nous enchantent avec cette revue luxueuse dans le fond et dans la forme. Personnellement, j’ai un grand respect pour ces personnes et leur équipe rédactionnelle. Ils effectuent un boulot dingue et hyper qualitatif.

J’avais reçu David Desreumaux il y a 3 ans pour une première mandorisation lors du lancement du « mook » (lire ici). Je récidive cette fois-ci, ayant appris récemment en lisant l’édito d’Hexagone, que la revue traversait quelques bourrasques financières mettant en péril sa viabilité d’ici un an.

Il ne faut pas qu’Hexagone meurt, comme sont morts Paroles et Musique, Chorus ou autre Serge. Aujourd'hui, la chanson française ne possède plus que FrancoFans et Hexagone (même s’il existe d’autres magazines, ils sont largement plus confidentiels) pour relayer et mettre en avant ce qu’il se fait de mieux dans ce genre musical.

Le 26 septembre dernier David Desreumaux m’a donné rendez-vous dans un lieu mythique de la chanson française, Les Trois Baudets. Salle parisienne idéale pour évoquer la situation de la revue et sa nouvelle formule qui vient de voir le jour dans le numéro 13 (datée des mois de septembre-octobre et novembre 2019).

Le site officiel d'Hexagone.

La page facebook d'Hexagone.

Et LE PLUS IMPORTANT, pour s'abonner, c'est ici

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(Photo : David Desreumaux)

La revue (expliquée par ses concepteurs en 2016) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorL’interview :

En lisant l’édito du dernier Hexagone. On ne peut pas dire que les nouvelles financières soient rassurantes…

Il existe effectivement une inquiétude quant à la pérennité de la revue. Depuis son lancement, nous désirons apporter aux lecteurs une qualité d’ouvrage qui voisine avec le beau livre, fondée sur un contenu entièrement original et exclusif – textes, dessins et photos. Les nombreux retours obtenus (lecteurs, abonnés ou professionnels) laissent à penser que nous atteignons notre objectif, mais force est de constater que nous comptabilisons beaucoup plus de likes sur Facebook que d’abonnés, que nous recevons beaucoup plus de sollicitations d’articles que de demandes d’achats d’espaces publicitaires. Dans mon édito je mets en parallèle nos sources de revenus, les abonnements d’un côté et les annonceurs de l’autre. On note un fléchissement des deux côtés. On ne perd pas vraiment d’abonnés, mais surtout, il faut en gagner. En revanche, on perd des annonceurs. Notre travail est salué, la qualité de l’objet est mise en avant et élevée au rang d’exemple, mais les retombées ne suivent pas.

D’après ce que j’ai compris, le gros problème à Hexagone, c’est que vous êtes peu nombreux et qu’il faudrait que vous le soyez plus.

On a des postes clefs à créer, à la fois en communication et en administratif, mais nous n’en avons pas les moyens. Depuis le début de l’aventure Hexagone, en matière de communication et d’administratif (comptabilité, logistique, prospection, régie publicitaire, abonnements, publipostage, envois de numéros, animation des réseaux, site internet, etc.) c’est Flavie et moi qui faisons tout. Et comme nous faisons tout, nous le faisons mal parce qu’on manque de temps et que nous sommes fatigués. Surchargés de boulot, nous ne parvenons pas à aller chercher les abonnés potentiels qui existent pourtant bel et bien, nous en sommes convaincus. Ne serait-ce que dans les médiathèques, les salles, etc. Une revue comme Hexagone aurait là toute sa place, et malheureusement nous n’y sommes que fort peu présents, peu représentés, par déficit de prospection probablement. Dans n’importe entreprise, la com est un poste majeur. Si on ne travaille pas la com, on meurt. Ce n’est pas plus compliqué que cela et je le sais.

On parle là de créations d’emplois, pas juste trouver quelqu’un pour filer un coup de main.

Ce n’est pas envisageable de filer les clefs de l’association à quelqu’un qui ne peut travailler qu’une heure par jour pour nous. On a une ambition professionnelle, nous souhaitons donc engager des professionnels. Nous sommes obligés aujourd’hui de mettre en place une vraie stratégie. Je veux en priorité que cette revue soit lue par le maximum de lecteurs. Il faut parvenir à les toucher pour les emmener vers nous. Où se trouvent nos éventuels abonnés ? Où aller les chercher ? Je ne sais pas. La seule chose dont je suis convaincu, c’est qu’ils existent. J’espère que nous sommes plus de 2000 en France à être passionnés par la chanson française.

Vous tirez à 1000 exemplaires pour le moment.

Oui, et nous avons 700 abonnés. Il nous en faudrait 1000 de plus. Je précise que dans l’édition, on paye cher pour les 1000 premiers exemplaires, mais beaucoup moins si on en tire 1000 de plus. Avec 1000 abonnés supplémentaires, cela nous apporterait une vraie soupape. Il nous est impératif de franchir un palier supplémentaire pour survivre au-delà du numéro 16 (à l’été 2020). C’est l’objectif que nous nous fixons pour l’année à venir, faute de quoi nous disparaîtrons, site et revue. Plus que jamais nous avons besoin de toutes les bouches pour continuer à nous faire connaître et de toutes les oreilles pour que cet appel soit entendu.

Tu es le seul salarié de l’association ?

Oui. Je touche le smic minimum, ce qui permet à l’association de payer peu de charges.

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(Flavie Girbal, la directrice de publication d'Hexagone par David Desreumaux)

Flavie et toi m’avez toujours impressionné pour le travail que vous fournissez depuis plus de 3 ans avec Hexagone, version papier. Vous devez être crevés, non ?

Le boulot administratif que j’ai décrit plus avant doit représenter 70% du temps à passer pour la revue. Les 30% restants, on peut enfin penser aux photos et aux articles… Le fait de nous occuper de tout cela, de multiplier les casquettes, nous bouffe une énergie incroyable. Nous sommes lucides face à ça, physiquement, nous ne pourrons pas tenir longtemps à ce rythme.

La presse papier est en pleine galère depuis quelques années et la chanson française ne marche pas super bien non plus. Tu as bien choisi tes activités dis donc !

Je sais, c’est notre côté pervers, on en remet une couche (rires). Avec cette revue, je sais bien que l’on s’inscrit dans un marché de niche. Nous sommes toujours vivants parce que, depuis le début, j’ai fait en sorte d’avancer avec beaucoup de prudence. On a réduit les dépenses au minimum. C’est pour ça aussi qu’avec Flavie, on est parfois au bord de la rupture. On l’a choisi de faire cette revue, on savait à quel point ce serait difficile et je ne le regrette pas, mais ça va jusqu’à mettre sous pli les revues, porter les cartons, envoyer nous-mêmes les exemplaires à la Poste… Je tiens à souligner que Flavie, qui passe déjà ses journées au collège puisqu’elle est prof, travaille plus que moi pour la revue, et n’exerce pas les tâches les plus drôles. Elle fait un boulot phénoménal sur la partie administrative, dont les abonnements et la comptabilité. La maquette, c’est elle intégralement. La retranscription des entretiens, c’est le plus souvent Flavie aussi. Si elle est davantage dans l’ombre que moi, elle abat cependant un travail inimaginable.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorJe sais aussi que vous faites très attention à l’aspect écologique dans votre travail

Tirage raisonné, impression réalisée en France à partir d’encres écologiques, exemplaires mis sous pli dans des emballages écologiques également, et à partir de papier recyclé pour tous les envois qui partent de la rédaction. Cela représente un coût mais, comme dirait l’autre, nous n’avons qu’une seule planète. Alors respectons-la.

Je rappelle que tu écris dans la revue et que tu fais la majeure partie de photos. Tu pourrais choisir entre les deux ?

Si je devais faire un choix, ce serait simple. Je n’aurais aucun mal à lâcher l’écriture. J’aime ça, mais ma fonction de rédacteur en chef réclamerait que je récupère du temps pour organiser la revue. Pour être franc, j’aimerais ne garder que la photo. Je tiens beaucoup à cette activité et je ne veux pas céder là-dessus. Je me sens plus photographe que rédacteur.

Flavie et toi avez reçu en 2017 le Prix Jacques Douai. Il est décerné chaque année, depuis 2007, à un artiste, une personnalité ou une structure qui, par son action ou son œuvre artistique, fait vivre la chanson francophone, le répertoire et les idéaux que Jacques Douai a portés toute sa vie : célébration de l'art de la chanson, respect et souci d'élévation du public, émancipation par la culture et l'éducation populaire. C’est un sacré hommage !

Ca encourage. On se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien et que la revue n’est pas passée inaperçue auprès des gens du métier.

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Quelques rédacteurs avec le "chef" : Patrick Engel, Mad, Stéphane Pistre, Philippe Kapp, Nitthila Elhisaï et David Desreumaux. (Photo Perrine Rebeyrole)

Pour ce 13e numéro, vous avez une nouvelle maquette. Pourquoi ?

Ce n’était pas indispensable car nous étions contents de la précédente, mais cela faisait 3 ans que l’on tournait avec le même type de couverture et la même maquette. Partant du principe que la chanson et la revue ne sont pas un musée, on a décidé de varier l’image. On ne veut surtout pas s’enfermer.

Même avant la revue, déjà sur le site Hexagone, tu as toujours montré que la chanson française n’était pas l’art ringard que l’on voudrait nous faire croire.

La chanson est tellement polymorphe… il y a de tout. Il y a effectivement des choses ringardes, mais il y a beaucoup de choses novatrices. Et la chanson traditionnelle n’est pas moins bonne que la chanson plus moderne. Avec Hexagone, on se veut le miroir de cette pluralité dans un écrin digne d’elle. La chanson est tellement belle qu’il faut essayer de lui rendre la pareille.

La police d’écriture a changé aussi.

On a renforcé la lisibilité parce que plusieurs personnes nous avaient informées qu’elles avaient du mal à lire, nous avons donc pris ça en considération. Signalons également qu’il y a un peu plus d’air dans les pages.

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david desreumaux,hexagone,interview,mandorEt pour la première fois, vous avez fait un dossier sur un chanteur décédé, en l’occurrence Allain Leprest.

Depuis le début, je ne me l’étais pas autorisé par rapport à cette notion de spectacle vivant. Cela dit, ça fait longtemps que je voulais faire quelque chose sur Allain Leprest. Quand je croisais Didier Pascalis, son dernier producteur, nous en parlions, mais on se disait qu’il fallait qu’il y ait une actu. Le disque Leprest en symphonique avec Clarika, Cyril Mokaiesh, Romain Didier et Sanseverino en est une belle. Après, il a fallu trouver le bon angle pour ne pas répéter les bios et autres dossiers déjà existants. On a donc essayé de voir, huit ans après sa mort, ce qu’il nous reste de Leprest et comment son œuvre est-elle rattrapée par le temps et par les artistes. Il demeure aujourd’hui un phare pour plusieurs générations d’artistes. Nous sommes allés à la rencontre de certains d’entre eux – plus un journaliste et un universitaire – pour prendre le pouls de cet après. Est-ce qu’il se passe quelque chose après Leprest ? Didier Pascalis, Clarika, Romain Didier, Sanseverino, Cyril Mokaiesh, Marion Cousineau, Loïc Lantoine, Stéphane Hirschi et Patrice Demailly se penchent sur la question. Près de soixante pages sur et autour d’Allain Leprest, dont un entretien inédit réalisé en 2002, illustré en grande partie par les peintures et dessins d’Allain que Didier Pascalis a eu la gentillesse de nous confier pour l’occasion. On a pris le prétexte d’un artiste mort pour le ramener dans le vivant.

Ce que j’aime bien aussi dans Hexagone, c’est que vous êtes capable de faire des portraits d’artistes très confidentiels, parfois que je ne connais même pas (comme ce mois-ci, Jean Dubois par exemple).

J’aime bien mettre les gens connus sur le même pied d’égalité que les moins connus. Faire huit pages sur Jean Dubois me parait normal. Il est connu de beaucoup d’amateurs de la chanson. Pour moi, c’est quelqu’un d’important. Il a écrit des chansons magnifiques qui gagnent à être connues.

C’est quoi pour toi une belle chanson ?

« Belle », je ne sais pas, c’est subjectif, on aime autant de chansons différentes que l’on porte d’humeurs différentes. Mais, pour qu’une chanson me plaise, elle doit m’apprendre et m’apporter quelque chose dans le sens où elle m’aura « déplacé » le temps de son écoute. Que je sortirai différent de cette écoute. Que ce soit de la variété, du rock, du slam, du rap, de la chanson littéraire ou traditionnelle, ce qui importe, c’est ce que la chanson véhicule comme idée, comme émotion et comme forme d’humanité. Il faut qu’une chanson nourrisse et soit signifiante. Sans pour autant être complexe. Les chansons en apparence les plus simples sont souvent les plus belles. Mais c’est tout un art d’y parvenir.

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Pendant l'interview, aux Trois Baudets, le 26 septembre 2019.

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

Pour s'abonner à Hexagone (un tour ici!) et (dernière minute!) pour recevoir le n°0 (collector de chez collector), cliquez là!

Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.