Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 octobre 2019

Da Silva : interview pour Au revoir chagrin

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

(Photos : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor« Pour son septième album, Da Silva nous entraîne dans une odyssée inédite et métissée. Des rythmes reggae aux accents pop en passant par le tempo de la valse, Au revoir chagrin s’écoute comme un voyage audacieux à travers les genres », nous prévient l’argumentaire de presse. En tout cas, il est clair qu’avec ce nouveau disque, Da Silva part à la recherche d’une émotion lointaine, presque fantasmée que l’auditeur prend en pleine tronche. Tronche de vie. « Pour cet album, j'étais à la recherche de la première émotion que j'ai ressentie quand j'ai écouté The Cure à 13 ans. Cette même émotion qui peut provoquer la première belle cuite, le premier baiser réussi ou le premier sentiment vraiment amoureux, celui qui fait peur. J'espère que ce sentiment sera partagé » explique l’artiste. Da Silva, qui a quitté la pop pour revenir à la chanson, nous emporte avec ses histoires pas banales racontées avec une écriture moins frontale, mais toujours aussi esthétique. L’homme a un indéniable savoir-faire (qu’il conteste). Je n’en ai jamais douté, mais cet album le prouve une ultime fois, Da Silva est un auteur-compositeur-interprète d’exception.

Sa page Facebook.

Son site officiel.

Le 23 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés pour une seconde mandorisation (la première est à lire ici). Comme l’homme dit ce qu’il pense, sans filtre, cela donne une interview pas piquée des hannetons.

Biographie officielle :da silva,au revoir chagrin,interview,mandor(Photos : Richard Dumas) 

En 2019, il y a ce drôle de mot qui pourrait résumer la situation de Da Silva. Apatride. Apatride dans un paysage musical du XXIe siècle où l’homme se sent forcément trop à l’étroit. Parce que les frontières, il s’en fiche. Parce que les étiquettes, les castes, les classes, il déteste – même s’il semble évident qu’il appartient à une lignée qui irait de Charles Aznavour à Daniel Darc (pour résumer). Depuis son apparition sur le devant de la scène en 2004 – et très vite tout en haut de l’affiche (le single décisif « L’indécision » sur l’album Décembre en été) –, l’homme a emprunté les directions qui l’ont souvent mené là où personne ne l’attendait. Car entre deux albums studio, les succès et les tournées, il a écrit pour les enfants (cinq livres CD à ce jour), mis son talent de compositeur, auteur et producteur au service des autres (ici Soprano, là Jenifer), assouvi ses passions (pour la photographie, pour le théâtre, entre autres), cultivé des amitiés – et peut-être quelques inimitiés aussi. Alors, forcément, il semble loin le temps des premiers tâtonnements, des premiers pas, des premiers enregistrements, des premières aventures, du rock déglingué de Punishment Park, de la pop ourlée de Venus Coma, de l’electro ouatée de Mitsu. ll semble loin le temps de l’adolescence à Nevers pour ce Rennais d’adoption qui ne prend jamais rien pour acquis. Qui, plus que certains, accepte de se remettre en question. De se mettre en danger. De tout balayer d’un revers de main pour tout recommencer.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorLe disque (que vous pouvez écouter ici):

Il en a été ainsi à l’heure d’imaginer ce septième album, mais son premier pour le label AT(h)OME. Da Silva a fait table rase de son passé (plus ou moins) récent. Pour ce disque qu’il a un instant pensé enregistrer à Cuba, il a choisi comme fil conducteur de ne pas en avoir. Il rêvait surtout “de bordel, de désordre ”.

Dans ce disque, il a renoué avec ces premiers vertiges, en essayant d’être le moins professionnel possible, en redevenant un débutant « qui fait un peu n’importe quoi ». Mais qui finit par le faire bien – et c’est bien là l’essentiel –, grâce à une écriture décomplexée, grâce à une certaine négligence qui mène parfois à l’excellence. Derrière une pochette en guise d’hommage à la bande originale de Five Days From Home signée Bill Conti, Au revoir chagrin– clin d’œil au magnifique roman de Françoise Sagan ? – dévoile dix chansons (et ici, ce n’est pas un mot à prendre à la légère) aux personnalités bien trempées. Des chansons qui flirtent avec la pop (« S’agapo »), le reggae (« Le Garçon »), la valse (« Rien »), prennent un accent brésilien (« Loin ») ou mariachi (« À l’endroit de la douleur »). Des chansons où l’on croit apercevoir les silhouettes de Tom Waits, Jean-Louis Murat et Brigitte Fontaine, où l’esprit du label Saravah semble s’être glissé dans les silences, où l’on croise Sylvie Hoarau de Brigitte ou Hakim Hamadouche, un proche du regretté Rachid Taha. Épris comme jamais de cette liberté qui lui colle pourtant à la peau comme ces tatouages qu’il affectionne, entouré d’une garde rapprochée – Nicolas Fiszman à basse, aux guitares et coréalisateur du disque, Denis Benarosh à batterie, Reyn Ouwehand aux claviers, Olivier Bodson aux cuivres –, Da Silva a pris ses responsabilités pour imaginer un album exotique et métissé, une invitation à un voyage musical et mélodique « loin du monde » tel qu’on le connait aujourd’hui. Un voyage pour lequel on se contentera de prendre un aller simple.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

(Photo : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorInterview :

Est-ce qu’au bout de 7 albums, on considère qu’on a bâti une œuvre ?

Je ne pense pas du tout en ces termes-là. Il y a des gens qui ont fait un album et c’est un chef d’œuvre. Une œuvre, ça peut même être juste une chanson. Ne pas en faire une deuxième, qu’est-ce que ça peut faire ? Une fois que tu as été touché par la grâce…

C’est quoi être touché par la grâce pour un créateur de chansons ?

C’est de créer une chanson incroyable qui a un caractère minuscule permettant de rentrer dans quelque chose de gigantesque et ainsi, toucher à l’universel. La grâce, c’est aussi quand la musique vous touche à des endroits auxquels vous ne vous attendiez pas.

Toi, tu as été touché par la grâce.

Non, je ne crois pas.

D’album en album, tu surprends toujours.

Ne pas être là où l’on m’attend est le but que je veux atteindre. Ce disque, je le voulais épicé et métissé. Je voulais créer aussi un joyeux bordel. J’ai passé beaucoup de temps à faire des albums dans lesquels je rangeais bien mes chansons. Tout allait dans le même sens et je me suis lassé de ça parce que ça m’a demandé beaucoup de travail.

Le clip de "Le garçon".

La composition, c’est facile ou difficile pour toi ?

La musique, c’est quelque chose de difficile. Souvent, je me dis : « A quoi bon faire ceci ou cela ? Ça a déjà été fait.» « A quoi bon faire ça comme ça ? » « Est-ce que là, je délivre assez d’émotions ? ». Faire de la musique comme ça, c’est facile, mais dès que l’on sait que l’on va devoir la figer sur un disque, là, ça devient plus compliqué.

Pourquoi faire de la musique alors ?

Parce que j’en ai besoin. Je fais de la musique depuis que je suis enfant. Même si je m’adonne aussi à la peinture et au théâtre, c’est un moyen d’expression dont je ne peux plus me passer.

Fabriquer des chansons, c’est un art ou un moyen d’expression ?

C’est un moyen d’expression qui est important et qui fait du bien à notre société. Une société sans musique serait insupportable. De manière générale, la culture est fondamentale dans ma vie. Il faut bien que toutes les idées que j’ai dans mon imaginaire finissent par sortir.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

Da Silva dédicace son disque...

Ton imaginaire est constamment en fonction ?

Oui, au point de m’empêcher de dormir. L’imaginaire, c’est fantastique, mais ça va dans un sens comme dans l’autre. On ne décide ni quand il se met en marche, ni quand il s’arrête.

C’est problématique d’avoir le cerveau en fusion perpétuellement ?

Oui. C’est difficile pour moi d’être présent dans la société. D’être présent à table et tenir tout le repas en étant concentré, pour moi c’est dur. Je n’arrive pas à m’accrocher à un sujet et à m’y tenir. Souvent, dans une conversation avec quelqu’un, j’ai des absences. Avec le temps, je me sens de plus en plus sauvage… et ça me convient bien. En cela, les réseaux sociaux m’ont fait beaucoup de bien. On peut communiquer avec les gens sans avoir besoin de se retrouver tous ensemble.

Les gens t’ennuient un peu ?

Non, le problème vient de moi. Quand je suis dans une période de peinture ou d’écriture de chansons, je n’ai pas le désir de faire autre chose que ça.

Tu t’ennuies quand tu ne crées pas ?

J’aime bien l’ennuie et j’aime bien m’ennuyer. Mon cerveau est comme un volcan en éruption, alors quand je m’ennuie, il me laisse un peu en paix. C’est un moment d’accalmie très appréciable.

Je ne sais pas comment tu fais pour t’ennuyer. Entre toutes tes activités et ce qui est mis à notre disposition pour se distraire (les réseaux sociaux, Netflix et compagnie)…

En ce moment, c’est sûr, on s’accoutume assez bien du médiocre. C’est comme si on mange tous les jours, toute la journée, notre palais ne va plus être apte à reconnaître le salé du sucré. Si on mange moins, en ciblant plus les aliments, le salé devient hyper salé et le sucré hyper sucré. Tous les parfums reviennent. Bref, si on part dans une frénésie de consommation, de contenus, d’images, de musiques, de clips, d’informations, on n’est plus du tout exigeant. On gobe tout ! Je crois qu’il faut essayer de digérer ce que l’on consomme avant d’entasser. Attention, je me mets dans le lot. Je suis addict à peu près à tout. Je me suis fait avoir comme les autres.

Dire que l’on s’ennuie, ça peut signifier qu’on est seul, abandonné de tous.

C’est effectivement mal vu dans la société de dire que l’on s’ennuie. Ce n’est pas classe du tout. « Oh ! Le pauvre, il s’ennuie, il est seul ! » Je le répète, c’est très important l’ennui. L’ennui, c’est par cet endroit que tout arrive, que tout passe.

Clip de "Loin".

Dans ta chanson « Loin », tu chantes qu’il faut prendre le temps de respirer et de désobéir.

Je crois que la société telle que nous la connaissons est terminée. Notre époque est finie, usée, vieille, sur les rotules. Ça va continuer ainsi parce qu’il y a trop de choses qui sont entreprises. Le monde qui fonctionne sur le modèle économique d’aujourd’hui va droit dans le mur. Ce modèle a tout usé. Les hommes, la nature et le climat. Ce modèle a même usé l’extravagance. On ne peut plus en rajouter. La coupe est pleine. Pour s’en sortir, il faudrait au minimum ralentir. Mais on ne ralentira pas.

Ce monde a usé Da Silva ?

Je ne suis pas indemne. Je ne sors pas de la vie quotidienne sans prendre des coups. Je suis comme tout le monde. J’ai quand même un endroit où je peux me réfugier, c’est la création, l’imaginaire. Je peux être dans une espèce de bulle ou les choses m’atteignent moins.

Dans « Au revoir chagrin », tu expliques que tu es moins malheureux qu’avant.

J’arrive désormais à être heureux avec des choses minuscules. Je suis heureux d’avoir Tom Waits sur ma platine, je suis heureux de m’être couché tard et d’avoir profité de la nuit et de son calme, je suis heureux d’attendre un peu sans rien faire, je suis heureux de me retrouver parfois. Notre société hurle en permanence, c’est terrifiant. Le bonheur, lui, se cache dans des trucs minuscules. Il est là, mais il est difficile de l’apercevoir. Je le vois mieux aujourd’hui.

Audio de "3 fois rien".

Dans « 3 fois rien » tu expliques que, désormais, il va falloir te prendre tel que tu es. Tu ne feras plus aucun effort.

Dans tous mes albums, j’ai toujours eu une chanson un peu comme ça. J’ai toujours fait un portrait de moi qui rappelle qu’il ne faut pas compter sur moi pour essayer de plaire, sinon je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui. Si j’avais accepté toutes les concessions, j’aurais eu une autre carrière commerciale. En tout cas, je suis très fier de mon chemin.

Que représente un nouveau disque pour toi ?

Chaque nouveau disque est en rapport avec un moment de sa vie. C’est même plus que ça. C’est un moment de sa vie qu’on a envie d’éclairer. Actuellement, j’ai envie d’éclairer des moments plus doux, joyeux, chatoyants… et un peu plus décadent aussi, dans certaines chansons. Je n’ai pas éclairé qu’une seule partie de moi-même, donc je montre un éventail un peu plus large. Je pense que mon public habituel me découvrira autrement.

La sortie d’un disque aujourd’hui, c’est important ?

C’est absolument un non-évènement. Je me demande à quoi ça sert, mais je continue quand même à en sortir.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

Da Silva en concert :

04/02 : PARIS (75) La Maroquinerie
11/03 : TOULOUSE (31) Le Rex
12/03 : BORDEAUX (33) Salle du Grand Parc
26/03 : CANTELEU (76) Espace Culturel François Mitterand
27/03 : CHELLES (77) Les Cuizines
13/05 : LYON (69) Festival Changez d’Air
03/11 : EPINAL (88) La Louvière
04/11 : EPINAL (88) La Louvière
Et d autres dates à venir ...

Tu es connu de tous les gens du métier, de beaucoup d’artistes, mais tu n’es pas un chanteur dit « populaire ».

Je ne suis connu que des gens qui s’intéressent à la musique, mais pas du tout du public. Si vous parlez aux gens de Da Silva, ça leur rappelle plus une entreprise de bâtiment ou un carreleur qu’un chanteur français. Je ne suis jamais à la télévision parce qu’on ne m’y invite pas. Tant pis si j’ai fait 7 albums, si j’ai écrit plus de 200 chansons pour les autres dont de nombreux tubes, notamment pour Soprano, Elsa, Hélène Ségara, Enrico Macias, Julie Zenatti, Superbus ou Jenifer, si j’ai écrit 6 livres pour enfants chez Actes Sud Junior, si j’ai joué un spectacle jeune public au Festival d’Avignon qui a été complet tous les soir, si j’ai composé deux BO de films, si je fais de la peinture qui se vend très bien, même à l’étranger…

C’est incompréhensible que tu ne sois pas plus médiatisé.

Je ne suis pas du tout en colère de cette situation. Je suis juste connu d’un certain public de fidèles qui me suit. Ces fidèles sont peu nombreux. Ma vie n’intéresse pas les grands médias peut-être parce que je ne sais pas être totalement consensuel. Ou alors, je n’ai pas la tête de l’emploi. Je suis peut-être trop moche.

N’importe quoi !

Si. Les chanteurs qui passent à la télé, ce sont de beaux gars et de belles filles. Sache en tout cas, que ça ne me fait pas de peine.

Heureusement, les gens du métier te font confiance.

De ce côté-là, ça va. Ils me demandent des textes pour des artistes. Ça me fait travailler et vivre. Je trouve même que certaines personnes du métier prennent soin de moi. Ils doivent reconnaître que ce que je fais n’est pas si mal. Je ne remercierai jamais assez ceux qui me permettent de pratiquer ma passion et ceux qui m’accompagnent, comme mes tourneurs et mes maisons de disque successives. J’ai une chance incroyable parce que je sais bien que je ne suis pas grand-chose dans l’économie de tout ça, mais on me permet de continuer à faire des concerts, à monter des projets de plus en plus fous. Certains sont socio-éducatifs. Je vais dans les collèges, dans les lycées, dans les prisons… Je vais partout où je peux me rendre utile, où je peux créer du lien, où je peux réfléchir autrement et ça c’est très important.

Considères-tu avoir un savoir-faire pour écrire des chansons ?

C’est exactement le contraire. Je suis souvent un type un peu dépassé. Les chansons me tombent sur la tête. Je ne maîtrise rien. Non, vraiment, je n’ai pas trop de savoir-faire. Je ne suis pas un mec qui se met à la table et qui buche des heures. Je ne sais pas faire ça.

Ça vient comment alors ?

Par excitations frénétiques.

Je ne comprends pas.

C’est comme les excitations que tu peux avoir quand tu es maniaco-dépressif. Les moments d’excitations extrêmes te font produire, produire, produire sans t’arrêter.

Tu as donc l’impression de ne pas faire d’efforts ?

Je fais des efforts tout le temps. Plus les années passent, plus j’ai l’impression de m’éloigner du monde réel et du quotidien, donc je fais des efforts pour rester un peu les pieds sur terre. Je fais même beaucoup d’efforts, mais en faisant en sorte d’avoir la politesse et l’élégance pour que ça ne se voie pas. L’effort, c’est beau quand ça ne se voit pas.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

(Photo : Richard Dumas)

La musique, ce n’est pas un travail?

Non, c’est une passion. J’essaie de transmettre des émotions, de communiquer. Communiquer ce que je ressens. Ca jaillit !

Tu es un instinctif alors ?

Oui. Mais je réfléchis aussi sur le monde. Je ne suis pas un penseur, mais je passe beaucoup de temps à penser à notre société, en tant que citoyen. Je passe beaucoup de temps à lire et à analyser ce qui est en train de se passer dans ce monde.

Que penses-tu des hommes ?

Ils sont fantastiques, même s’il y a aussi de vrais salauds. On fait avec tout ça puisqu’on sait bien qu’on est tous monstrueux. En tout cas, il y a une part de monstruosité chez tout le monde. On avoue ou on n’avoue pas, mais on cache tous des trucs démentiels.

Tu veux dire que si on gratte chez qui que ce soit, on y trouve du pas très bon ?

Pourquoi gratter ? Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu ne la vois pas la monstruosité chez les gens quand tu observes bien ?

Pas toujours. Avec l’âge qui avance, es-tu devenu plus calme ?

Oui. C’était nécessaire sinon j’y serais passé.

La création t’a sauvé ?

Elle m’a sauvé autant qu’elle m’a abîmé. Tu ne traverses pas des heures et des heures à créer dans différents domaines sans dommages. Tu as laissé un peu de toi quand même.

A quoi bon tout ça ?

Je suis né et, comme tout le monde, je vais mourir. Entre temps, il a fallu que je m’exprime, alors je m’exprime.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

Après l'interview, le 23 septembre 2019.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor

07 octobre 2014

Yseult : interview pour son premier album.

tumblr_n7ozgqOZ7q1rjz92mo3_r1_1280.jpg

10509504_268406386690247_6740427072489106516_n.jpgYseult sortait largement au-dessus du lot lors de la dernière édition de La nouvelle star. Même si elle n'a pas remporté l'émission, elle est arrivée avec son univers et sa façon de chanter hors du commun. Quelques mois après cette saison 10, cette jeune artiste de 19 ans sort déjà son premier album.
Signée chez Polydor, elle s'est bien entourée. D’abord, il y a Da Silva (récemment mandorisé là), un des auteurs les plus sollicités en France. Il s'est chargé de la réalisation. Deux hommes de l'ombre, Fred Fortuny et Pierrick Devin ont produit le projet, des hommes de l'ombre qui ont déjà travaillé avec des groupes comme Lilly Wood and The Prick, Cassius et Phoenix.

Le résultat va en surprendre plus d’un.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2014), j’ai rencontré la chanteuse de 20 ans dans un bureau de chez Universal.

001.jpg

002.jpg

Clip du premier single de l'album, "La vague".

005.jpg

Nouvelle star 2014, "Lettre à France" de Michel Polnareff.

003.jpg

Teaser du deuxième single, "Pour l'impossible".

IMG_5947.JPG

Après l'interview, sur un balcon d'Universal, le 22 septembre 2014.

12 février 2014

Da Silva : interview pour Villa Rosa

da silva, villa rosa, café de la danse

Ça fait un moment que je suis la carrière de Da Silva. Depuis son premier opus, en fait. J’ai chroniqué bon nombre de ses albums pour différents journaux. Mais, je n’ai jamais eu l’opportunité de le rencontrer. Voilà qui est fait. Et bien fait. L’homme est sympathique, disert et dit ce qu'il pense.

Il est passé à l’agence quelques jours avant son concert au Café de la Danse, le 12 février 2014.

Avant de lire le fruit de notre conversation, je vous propose ma chronique de son nouveau disque, Villa Rosa, publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, datée du mois de février.

da silva,villa rosa,café de la danse

da silva,villa rosa,café de la danseInterview :

Sur ce nouveau disque, l'ambiance est moins minimaliste. Mais ce changement avait déjà commencé avec l’album précédent « La distance », non ?

Il y a un truc qui est assez étonnant. C’est mon 5e album, j’ai fait près de 400 dates et très honnêtement, j’ai toujours fait la même chose. En tout cas, je dis toujours la même chose. C’est le propre d’un artiste, on a quelques obsessions, on n’arrive pas à s’en défaire.

Quelles sont les tiennes ?

Le deuil, la mort, la joie, la vie, le rapport à l’autre, les sentiments amoureux… des problèmes existentiels. Je me pose toujours les mêmes questions dans mes chansons, mais je change ma façon de le dire. Je creuse mon sillon.

Mais la musique varie d’album en album.

Je suis en perpétuelle recherche. J’ai commencé avec un disque très dépouillé, Décembre en été, enregistré en guitare-voix avec notamment le titre « L’indécision ». Les deux albums suivants, De beaux jours à venir et La tendresse des fous, avec Joseph Racaille aux cordes, aux vents et aux cuivres, étaient plus orchestrés. Pour le quatrième album, La distance, je suis passé à un format plus pop avec des basses, batteries et claviers. D’un seul coup, avec ce 5e disque, les gens te disent « c’est plus enjoué ». C’est juste plus orchestré. J’ai enrobé un peu le poivre dans un bonbon. J’ai réussi à tromper l’ennemi.

Qui est l’ennemi ?

Moi. J’ai réussi à m’étonner de mon propre travail. J’ai réussi à me renouveler. Un artiste qui ne se renouvelle pas, il est mort.

da silva,villa rosa,café de la danse

C’est vrai que tous les artistes parlent de la même chose ? 

Ce qui différencie un artiste d’un autre, c’est le style. Cela dit, on ne raconte pas tous la même chose. Il y a des chanteurs engagés, des chanteurs sentimentaux, des chanteurs romantiques, d’autres qui sont très crus… Moi, dans mon écriture, j’emploie des métaphores. J’essaie aussi de mettre un peu de distance entre le sentiment et le ressenti, avec un peu de pudeur.

Tu es chanteur de quoi, toi ?

C’est très dur de le définir. J’ai très peu de recul sur moi. C’est comme quand on me demande mes influences, j’ai beaucoup de mal à répondre. L’influence, ça travaille dans ton dos. C’est inconscient. Ce qui est inspirant pour moi, c’est une photo. J’aime bien quand l’image est arrêtée. Ça me permet de fantasmer. Je me demande ce qu’il s’est passé avant et qu’est ce qu’il s’est passé après. Tout m’est permis sur une image arrêtée. Ça me fait chier les clips !

Pourtant, tu en as fait quatorze et déjà trois pour ce 5e album.

(Rires). Ne te moque pas ! J’aime les images arrêtées, je te dis.

Clip de "Villa Rosa" extrait de l'album Villa Rosa.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui ne fait aucune concession.                      

Je fais zéro concession. On ne va pas me faire faire la tartignolle à la télé, tu vois. Je viens du punk rock, quand j’ai commencé j’avais 17 ans. Aujourd’hui, j’ai 38 ans. J’ai passé 21 ans de ma vie à essayer de m’aimer un peu, à essayer d’aimer les autres, à essayer d’être un mec « bien », de ne pas être un salaud. À travers tout ça, j’ai une seule liberté et elle a canalisé toute ma vie et mon esprit. C’est la musique. Et jamais un producteur ne m’a imposé quelque chose. Le reste, c’est de l’intelligence. Quand on me dit qu’il faut que j’aille faire une séance photo avec machin, une interview avec truc, je dis toujours oui. Moi, je considère que je ne fais pas de promo. Je vais rencontrer un mec, on va discuter ou pas, ça va être super ou ça va être nul. Je ne suis jamais en représentation. Je ne m’habille pas de façon exceptionnelle, je ressemble au voisin d’à côté, je fais 1m60, je suis chauve, il n’y a rien à dire sur moi de transcendant. Je ne joue pas au chanteur beau gosse ! Moi, je ne pense qu’à la musique et je sais que si je perds la main là-dessus, ma vie s’écroule.

Pourquoi es-tu parti de chez tôt Ou tard ?

Un label, c’est un deal que tu signes à deux. On te propose un contrat, tu viens avec ton avocat et tu signes ou pas. Quand tu signes un contrat, tu es content et quand tu n’es plus content, tu t’en vas. Je devais leur rendre un album et j’ai refusé. Je me suis tiré au quatrième album. Je dois te dire que je ne me suis pas fait que des copains.

da silva,villa rosa,café de la danse

Il faut que tu te sentes bien tout le temps avec les gens qui t’entourent professionnellement ?

C’est la moindre des choses. Mais, en général, j’ai du mal à me sentir bien. J’arrive à dire « je me suis senti bien »,  « j’ai été bien » ou « j’étais bien », mais il est très difficile pour moi de ressentir le bien-être au présent.

Tu n’arrives pas à profiter des moments intenses que tu vis ?

Je n’arrive pas à synthétiser le plaisir dans l’instant. Je donne. Je peine à recevoir.

Mais ton pessimisme légendaire se transforme peu à peu en optimisme, non ?

Quand j’ai eu conscience de la vie, très tôt, je me suis dit que tout ça n’irait pas loin. Je le sentais comme ça. Je trouvais que la vie était un bordel, un véritable chaos. C’est bien après que je me suis dit que la vie, c’était quand même bien. Aujourd’hui, je suis satisfait de celle que je mène. J’ai une fille, ça, c’est le plus important. Et aussi, j’ai fait cinq albums, je suis toujours là, il y a encore des gens qui ont encore envie de venir me voir en concert et ils sont heureux quand ils viennent.

Clip de "Le coureur de fond" extrait de l'album Villa Rosa.

Tu fais le plus beau métier du monde ?

Je ne le conseillerais pas à tout le monde. Mais j’ai toujours rêvé de faire ce métier et aujourd’hui j’y suis. Qui peut s’enorgueillir de faire le métier dont il a rêvé gamin ? C’est une petite victoire sur la vie, non ?

Tu as donc le sentiment d’avoir réussi ta vie ?

Réussir sa vie, ce n’est pas que ça. Réussir sa vie, c’est ce que tu as réussi à apporter aux autres, ce que tu as réussi à faire passer comme message. Chaque jour, j’essaie d’apporter un peu de bonne humeur autour de moi. Tu vois, quand je suis arrivé tout à l’heure, j’ai déconné pour que l’ambiance soit cool directement et que les choses se passent bien.

Ce comportement est-il naturel ou te fais-tu violence ?

Je ne sais pas si c’est naturel, mais c’est une philosophie de vie. Je ne veux pas emmerder les gens. Je ne dis jamais « je veux », mais « il serait souhaitable ».

da silva,villa rosa,café de la danse

C’est marrant parce que je m’aperçois que tu es plutôt hyperactif depuis que tu es là et pourtant tes chansons sont souvent calmes. Je ne parle pas de celles de tes deux derniers albums…

J’aime bien ce petit livre de Stig Dagerman, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Quand j’ai lu ce bouquin, je me suis dit que ma musique devait avoir la fonction de faire du bien et de consoler. Ce que je dis dans mes chansons est très dur, mais ça rassure quand même. Tu te dis qu’il y a pire que ce que l’on vit soi-même. Je fais de la musique qui console.

Elle console les gens, mais te console-t-elle aussi ?

Oui, un peu. Elle me réconcilie avec moi, avec la vie, avec ce qui nous passe entre les doigts, avec ce que l’on rate, avec ce que l’on réussit et ce que l’on ne réussira plus. J’ai décidé de ne pas vivre comme un légume. J’ai décidé d’avoir conscience d’être vivant.

Quand tu fais quelque chose qui est nase, tu le reconnais ?

On ne peut pas faire bien tout le temps. Moi, je fais du mal aux gens, souvent. Mais oui, je le reconnais, je leur dis pardon.

Faut-il mentir parfois ?

Oui… mais bien. Il faut bien mentir. Connais-tu la différence entre la sincérité et la franchise ?

Non.

La franchise c’est l’idée de dire tout ce que tu penses. La sincérité, c’est de penser tout ce que tu dis. Là, ça prend son sens parce que tu réfléchis avant de dire quelque chose. Moi, la franchise, je n’en ai rien à foutre, mais j’adore la sincérité. Bon, après tout le monde se réclame de la sincérité, c’est très noble. Personne ne se réclame d’être une ordure, alors qu’on est constitué de 50% de ça.

Ah bon ?

L’homme a des vices. Il est poussé par la facilité. Il faut toujours lutter pour retrouver un peu de noblesse, d’élégance et d’humanité.

LSDR #4 - Da Silva - Un jour peut être extrait de "Villa Rosa" from Tomat'Prod on Vimeo.

da silva,villa rosa,café de la danseLa scène, pour toi, c’est quoi ?

Il faut créer un spectacle, revisiter et réorchestrer toutes les chansons, aller les chercher dans cinq répertoires, proposer des inédits. Il faut soigner son entrée, soigner sa sortie, et au milieu être captivant. Il faut être aimé, il faut se faire aimer et il faut aimer. Un artiste, il devient beau quand il sort de scène, que la salle est debout, que les gens tapent dans les mains et qu’ils ne veulent pas qu’il parte.

Ça fait du bien a l’ego ?

Oui, les applaudissements sincères flattent l’ego. C’est une sorte d’adrénaline dont il est difficile de rester insensible.

C’est aussi une satisfaction par rapport à tes parents ?

Mon père est ouvrier et ma mère femme de ménage. Mon père voulait que je devienne soit médecin, soit avocat même s’il n’a jamais été ni chez l’un, ni chez l’autre. Ma mère voulait juste que je ne fasse pas les ménages parce que c’est galère. Après mon père, constatant mon taux d’absentéisme à l’école, s’est contenté de vouloir que je devienne ouvrier à l’usine. A 17 ans, je leur ai dit que je voulais devenir Garcimore, parce que j’étais fan de ce magicien qui loupait toujours ses tours, tu imagines le tableau.

J’ai l’impression que tu ne sacralises personne.

Je ne suis fan de personne. J’ai trop écouté de musique pour ne m’attacher qu’à un groupe ou à un chanteur. Et puis, plus généralement, je t’accorde à toi autant de crédit que si je parlais au barman du coin, je suis désolé de te dire ça, mais c’est vrai.

Ça ne me dérange pas. Je ne me sens pas plus important.

Je ne sacralise personne, de fait, cela agit comme un miroir. Je ne peux pas avoir le melon.

Tu écris beaucoup pour d’autres artistes. Tu es très sollicité ?

Oui et, à chaque fois, je le prends comme un compliment. Ce que j’aime bien c’est poser mon regard sur quelqu’un, c’est fantasmer. On me fait un brief sur la personne à qui je dois écrire des chansons. Quand je travaille pour Claire Denamur ou Mélanie Pain qui font des albums de chansons exigeantes et qualitatives ou pour une chanteuse de variété pop comme Jenifer, quand elles m’appellent, j’ai le brief. Mon envie est de leur dessiner une robe qui leur va bien.

da silva,villa rosa,café de la danse

(Photo : Guillaume Depagne)

Par rapport à ton répertoire, j’avais l’image de toi d’un type un peu dark. En fait, tu es tout le contraire.

Je n’ai jamais été un mec désagréable ou « dark » comme tu dis. Mais, tu sais, il n’y a jamais plus triste qu’un clown et donc, vice versa.

Parfois ça cache des choses !

Il faut bien rendre la vie meilleure qu’elle n’est, non ?

Pour cet album, tu as travaillé avec deux réalisateurs. C’était plus confortable pour toi ?

Non, ce n’est pas plus confortable. J’ai fait des maquettes guitares, voix, basses, guitares, batteries et j’ai confié mes maquettes à deux de mes musiciens qui sont aussi deux amis. C’est difficile de faire un cumul des mandats plus explosif. C’était pimenté. Il y a la fête, l’amour que tu as pour les gens, leur projection qu’ils ont de ta musique, la projection que toi tu en as. Nous nous connaissons très bien et parfois, nous n’avons pas eu la même vision des titres. Personne n’a rien lâché. Ça a explosé, mais cela a fait exactement l’album que je voulais et l’album qu’ils voulaient. On a réussi à ne pas faire de compromis. Personne n’a tort ou raison, il y a juste des visions différentes. Au lieu d’empiler les visions et faire des compromis, on peut aussi se désaxer et regarder les choses de façons différentes et trouver un arrangement qui soit transversal. Il faut faire du jus de cerveau, tu ne fais pas un disque en regardant pousser les pâquerettes.

da silva,villa rosa,café de la danse

C’est le disque que tu voulais faire ?

Il est fidèle à mon évolution musicale et textuelle. Il y a tout ce que je voulais. Il y a des titres pop, comme « La tasse », avec un orchestre de cinquante cordes et juste un son de batterie.

Cinquante musiciens! Tu n’as pas eu peur de perdre ta chanson, ou en tout cas la réalisation de ta chanson ?

Pendant très longtemps, j’enregistrais mes disques chez moi et je jouais tous les instruments. Je pensais que lorsque tu faisais jouer les instruments par d’autres musiciens, ça diluait le propos de ta chanson. Dans la musique, il y a le temps fort et le temps faible. On a tous une rythmique intérieur, un groove à soi, un battement,  une pulsation. Je me disais que si quelqu’un mettait sa pulsation dans ma pulsation le château allait s’effondrer par le centre. J’ai compris qu’il n’en était rien et qu’il fallait que j’aille rechercher dans les ressources des gens. J’ai ouvert la vanne, maintenant ça déborde (rires). Le prochain album, ça va chier.

Le prochain sera hyper orchestré ?

J’ai très envie de faire un album uniquement avec un orchestre.

Un best of en version symphonique ?

Un best of, c’est un peu embêtant étant donné que je ne sais pas ce qui est best et ce qui est of chez moi !

da silva,villa rosa,café de la danse

Après l'interview, le 5 février 2014.