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14 décembre 2019

Cyril Mokaiesh : interview pour Paris-Beyrouth

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorCyril Mokaiesh revient avec son 4ème album solo, Paris-Beyrouth. Ecrit, composé et produit entre la France et le Liban (l’artiste est né d’un père libanais et d’une mère française).

Ce nouvel album est une rencontre entre l’Orient et l’Occident, aussi électronique qu’oriental. « Et cet Orient n’est pas un décor mais une bonne part de sa matière, notamment par des rencontres avec des artistes libanais. Paris-Beyrouth est un retour à ses origines, un album aussi politique que poétique » indique l’argumentaire de presse. « Ce disque est un chemin spirituel, personnel et politique dans lequel le chemin n’apporte pas forcément l’évidence d’une lumière, mais plutôt la certitude que la lumière se déplace avec celui qui chemine… »

Cette interview est ma 4e mandorisation de lui. Quand j’apprécie un artiste, je lui reste fidèle. Je vous conseille de lire la précédente qui date d’il y a deux ans. Il dit beaucoup de lui, de sa vision du monde et de son rapport à la musique.

Le 20 novembre dernier, nous avons parlé de son nouveau disque dans un bar parisien du 10e arrondissement.

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorInterview :

Cet album dans lequel tu remontes vers tes origines s’est imposé à toi?

En tout cas, c’était impératif de le faire. Et de l’écrire sur place, à Beyrouth. Après une longue tournée avec l’album Clôture, qui s’est terminée en beauté avec les premières parties de Bernard Lavilliers, je ne me voyais pas écrire dans les brasseries parisiennes, de rester composer dans mon appartement, bref, de reprendre les mêmes habitudes. J’avais envie de voir autre chose, de parler d’autre chose.

Un endroit influence donc les textes et la musique d’un album ?

Si j’étais resté à Paris, je pense que j’aurais été tenté de m’inspirer de l’actualité du monde. Je suis un grand dévoreur de journaux et c’est pour moi une grande source d’inspiration. Je pense que j’aurais été dans une énergie qui n’aurait pas été hyper lumineuse. J’ai ressenti le moment d’aller ouvrir la porte du Liban et de m’y plonger réellement. J’avais envie de fouler une terre vierge, me réveiller avec d’autres parfums, d’autres gens. Chercher quelque chose. Jusque-là, j’y allais en touriste pour passer un peu de temps avec ma grand-mère.

Clip de "Beyrouth", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Tu te sens plus français que libanais ?

Je suis français, mais je tiens à cette part libanaise. Par contre, je ne me sens jamais vraiment à ma place. Je ne me sens pas une culture particulière. Ni au Liban, ni en France, comme si j’étais un étranger partout.

Mais quand tu es au Liban, tu ressens que c’est chez toi ?

J’ai eu envie de jouer les mecs à l’aise, je me suis affirmé à moi-même que j’étais d’ici, mais ça n’a pas marché. Je ne parle pas la langue et je ne connaissais pas toute les richesses et les paradoxes de Beyrouth. Le Liban, de manière générale, est impressionnant et ses habitants sont remarquables. J’ai des sentiments pour ce pays qui a une vraie vitalité, une vraie lumière, mais qui a connu beaucoup de renversements et de chaos.

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(@Tamina Manganas)

Dans cet album, tu rends hommage à ce pays.

Oui, mais aussi à sa culture et surtout à ma famille. A mon père, à sa maman et aux autres membres que je n’ai pas connus.

Ta grand-mère t’a beaucoup influencé dans ta vie ?

Oui. C’est quelqu’un qui est d’une grande écoute, qui ne parle pas pour rien, qui a une grande poésie en elle et une grande sensibilité.

Tu tiens d’elle, on dirait. A chaque fois que je t’interviewe, j’ai remarqué que tu ne parlais jamais pour ne rien dire.

Ah bon ? C’est gentil. Ça vient de plus haut. Le silence, l’observation sont des qualités libanaises assez impressionnantes. Les libanais poétisent facilement.

Tu as toujours besoin d’un moteur assez fort pour démarrer un album ?

C’est exactement ça. Du coup, musicalement, mon disque tire vers l’orient et l’electro. C’est aussi beaucoup grâce à Valentin Montu, rencontré pendant l’enregistrement de mon premier album solo, Du rouge et des passions, en 2011, qui était très motivé par ce projet. Moi, j’avais besoin de me recharger d’une énergie nouvelle et lumineuse.

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(@Tamina Manganas)

Après tes nombreux allers-retours Paris-Beyrouth, tu en es ressorti comment ?

Pas tout à fait pareil. Il y a eu des amitiés qui se sont créées et j’ai encore plus resserré les liens avec ma grand-mère. Aujourd’hui, je me sens concerné par les évènements qui se passent là-bas. Je suis abonné à L’Orient-Le Jour (un quotidien francophone libanais). Si j’ai envie d’y retourner régulièrement, j’adore revenir ici. Je suis un amoureux de Paris.

Clip de "Pardon Paris", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans « Pardon Paris », tu lui dis pourtant au revoir.

Parce que j’ai avec cette ville une relation passionnelle. Par moment, j’étouffe à Paris, cette ville m’étrangle… parfois financièrement.

Au Liban, tu t’es trouvé ?

J’ai trouvé quelque chose. J’ai trouvé un réconfort, un horizon, une forme de spiritualité aussi. On ne peut pas passer à Beyrouth sans y échapper. C’est dans l’air, dans les mots, dans la poésie, dans Dieu, pour ceux qui y croient. Je passerais ma vie à chercher d’avantage. Si je ne cherche plus, je n’écris plus. Ce serait dommage pour moi.

Clip de "la vie est ailleurs" feat. Bachar Mar-Khalifé, extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans ce disque, il y a des artistes libanais, comme le pianiste Bachar Mar-Khalifé dans « La vie est ailleurs ».

Son père était un grand chanteur au Liban, mais lui fait une carrière en France. Il arrive même à faire une tournée au Proche-Orient. Dans ses disques, il chante en arabe. J’avais envie de lui proposer une participation vocale, mais il m’a dit qu’il sentait plus un dialogue avec un piano. Du coup, j’aime bien cet échange voix-piano. Les gens qui ont participé à mon disque, il me semble qu’ils l’ont fait intelligemment.

Dans « Au nom du père », la comédienne Razane Jammal (vue chez Olivier Assayas, Robert Guédiguian ou dans un court métrage de Kanye West) t’accompagne dans une traversée amoureuse de Beyrouth.

"Au nom du père" (feat.Razane Jammal), session studio.

Je l’ai vu dans le court métrage de Kanye West, Cruel Summer, au moment où j’écrivais mes chansons. Ça m’a donné envie de la contacter. Je sentais que le mélange de nos deux voix collées l’une sur l’autre pouvait être intéressant. Elle m’a répondu par l’affirmative immédiatement, ça m’a fait hyper plaisir.

Dans « La Lueur », tu as invité la comédienne et rappeuse Sòphia Moüssa.

Son seule-en-scène m’avait impressionné. Elle décrivait Beyrouth sans concession. Elle est devenue une amie. Elle chante sa vision de Beyrouth en arabe dans un texte qui est un peu dur.

Dans « Le grand changement », tu dis que le prophète est dur en affaire.

La religion est souvent un prétexte pour faire de la politique.

Tu es croyant ?

Non, mais j’aime les symboles. J’aime croire qu’il y a quelque chose qui nous dépasse. J’aime croire aux énergies. Je suis persuadé que les choses arrivent quand on les a imaginées. Il est bon de savoir qu’on n’est pas seulement là pour rien. J’aime l’idée que tout ça est une quête et que l’on va passer par des épreuves qui nous aideront à trouver un début de sagesse.

Diane Dufresne : "Mais vivre" (Paroles et musique : Cyril Mokaiesh), extrait de l'album Meilleur après.

Tu as écrit 3 chansons, paroles et musique, pour le dernier album de Diane Dufresne, Meilleur après.

J’évolue un peu. Ca fait une dizaine d’année que je suis dans le métier, j’ai envie de faire des choses nouvelles. Je fais de rares collaborations, mais cela a toujours été des aventures très belles. Que Diane Dufresne ait craqué sur mon écriture, ça m’a beaucoup touché. Les auteurs ont besoin de signaux très encourageants pour continuer, ça redonne du baume au cœur et ça motive pour poursuivre son chemin. Ce genre de petites étoiles qui s’éclairent sur mon parcours font aussi l’intérêt et la beauté de ce métier.

Tu doutes beaucoup de toi ?

Comme beaucoup d’artistes. Si on se contente de regarder froidement la rentabilité des choses, on peut se poser des questions. Le métier est de plus en plus difficile. On fait des propositions artistiques, on est exigeant avec nous-mêmes, on a envie d’offrir des choses vraies et ambitieuses aux gens, mais on ne s’en sort pas financièrement… et puis, il y a un concert, un moment, un encouragement que l’on va vivre qui va nous faire comprendre que l’on fait tout ça juste pour ça. Tant que ces moments sont encore là, il n’est pas question d’arrêter.

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Pendant l'interview...

Je trouve que tu fais partie des artistes qui prennent des risques à chaque album.

J’ai une part de moi qui considère que les grandes choses arrivent avec le risque et la beauté. Je n’ai pas choisi ce métier pour rester dans mon petit siège pépère. J’ai envie de me surprendre et ensuite, j’ose toujours espérer que les gens seront surpris et aussi remplis que je l’ai été au moment de le faire.

J’ai bien compris que tu ne fais pas les choses pour la rentabilité.

Je ne peux pas parce que sinon ça tuerait ce qui est pour moi le plus précieux, la création. C’est un métier de risques et de passion. J’ai de la chance. Je suis entouré de gens qui m’encouragent dans ce sens-là. J’ai un producteur qui me soutient dans mes choix.

Ton parcours est vraiment atypique.

Je fais partie des artistes qui croient à l’idée de construire une petite œuvre… et ça se construit dans la durée.

Sais-tu pourquoi tu es artiste ?

Non, mais j’aime bien traverser cette vie en laissait quelque photos et si possible qu’elles soient transmises aux générations d’après, à commencer par mon fils, sa copine ou son copain. J’aime traverser la vie comme un voyage dans lequel on met et transmet un peu de sens.

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A l'issue de l'interview, le 20 novembre 2019.

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31 janvier 2017

Cyril Mokaiesh : interview pour Clôture

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Je suis le parcours de Cyril Mokaiesh depuis ses débuts, lorsqu’il était encore avec son groupe Mokaiesh. Ma première mandorisation date de 2008 (presque 10 ans) et la seconde de 2011. Aujourd’hui, à 31 ans, il sort  son 3e album solo, Clôture. Il concilie fond et forme, noirceur des textes et lumière pop-rock. L’originalité de ce disque, c’est qu’il dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… Inutile de le nier, ce disque est très politique (et vous connaissez mon amour pour les textes engagés. Ironie). Mais il est beau, fort, puissant… et vrai. Sa souffrance devient notre souffrance, ses constats, nos constats, sa vie, nos vies. Un disque universel. Sacrément.

Le 12 décembre 2016, Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous à l’Hôtel Amour (oui, oui) pour une troisième interview.

cover-cyrilmokaiesh_cloture.jpgArgumentaire de l’album :

Dans le nouvel album  de Mokaiesh, il y a le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.
La chanson « La Loi du marché » est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers. Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon. Dans « Ici en France », dans « Houleux », dans « Novembre à Paris », Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent.

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience.
Pour prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur « Houleux » et l’actrice Mélanie Doutey, sur « Les Grands Soirs ». Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Il chante ses souffrances, « Blanc cassé » est une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans « 32 rue Buffault ». Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

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IMG_0040.JPGInterview :

Ton nouveau disque mélange chansons engagées et chansons d’amour désabusées…

Parfois, les complications d’une vie peuvent amener à la création de chansons. Quand j’écoute une belle chanson de quelqu’un d’autre qui me raconte ma vie, ça peut parfois m’aider à me sentir moins seul ou à me faire du bien. J’espère que mes chansons procurent ce genre de sensation. Je t’avoue franchement qu’écrire a eu une fonction thérapeutique. Ça a fait sortir beaucoup de choses qui étaient en moi… et ça a sublimé le médiocre. Il y a des gens qui se font des tatouages, moi je fais des chansons.

Entre le moment où tu as écrit ces chansons et le moment où tu les présentes, il s’est passé du temps. Tu ne dois pas être dans le même état d’esprit.

C’est toujours comme ça. Quand on va en studio 4 mois après avoir écrit une chanson, on retrouve partiellement la vérité dans laquelle on l’a écrite, mais comme ce sont des chansons très instantanées, on ne ressent plus tout à fait la même chose en les chantant. On ne se remet pas dans le même état que quand on a vécu les choses.

Parlons de ce duo avec Bernard Lavilliers, « La loi du marché ».

J’avais envie de faire une chanson de cet ordre-là et j’étais sûr qu’en allant voir le film du même nom de Stéphane Brizé, ça allait m’inspirer. Je m’adresse aux grands patrons et aux politiques, à tous les gens qui exercent du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Clip de "La loi du marché", tiré de l'album Clôture

Tu as toujours été indigné ?6601086_1-0-1012721115_1000x625.jpg

De plus en plus, en tout cas. Aujourd’hui, pour ne pas être indigné, il faut faire exprès de ne pas regarder le monde qui nous entoure. Tous les jours, il y a matière à nourrir une forme d’indignation. J’essaie d’en faire quelque chose pour m’éviter de péter les plombs. Parfois, j’ai des envies de renoncements ou pire… des envies de révoltes très concrètes.

Le monde te désespère ?

Oui, complètement. J’aimerais que l’on parvienne à la vraie relation à l’autre, qu’on enlève tous les masques, qu’on lutte contre l’engrenage dans lequel on a mis nos âmes, nos cœurs, nos conditions de vie, de travail… Ce que l’on nous inflige va à l’encontre de ce que doit vivre un être humain. Il y a la peur de ne plus faire partie du jeu et les politiques surfent là-dessus. Les puissants usent de cette menace perpétuelle. Il y a des tentatives d’étouffement de la révolte et de la culture. Tout va dans le sens de la médiocrité et du rétrécissement de l’âme. Ça ne fait pas des jolies choses. Il y a peu de lyrisme dans le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus qu’une règle : celle de faire de l’argent.

Tu te sens comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent ?

Un peu. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer, mais je ne vois pas d’autre issue que le chaos.

« Clôture » est le titre de ton album, mais c’est aussi la chanson finale. « C’est un mini testament qui n’a rien à léguer », dis-tu.

Ce texte spontané évoque l’état du monde. Il y a un plan large du monde qui se termine par un plan très serré sur ma vie, tout cela, sans changer de vocabulaire. Il y a des points communs entre l’humeur de l’époque et la mienne.

Clip de "Clôture", tiré de l'album "Clôture". 

16114169_10154916664294813_7801432177116984413_n.jpgDans « Ici en France », tu évoques le Front National.

Ce parti prend une place démente dans l’espace politique et dans les urnes. Ça fait peur. Il ne faut pas diaboliser les gens qui votent pour ce parti, mais j’ai envie de les raisonner.

Il y a une chanson qui s’intitule « Seul ». Te sens-tu seul dans ce monde ?

On a quelques magnifiques alliés qui nous accompagnent sur la route, mais on est tous seuls. Pour avancer, il faut être devant son propre chaos.

C’est la fameuse « ultra moderne solitude » de Souchon?

C’est exactement ça. On a beau être ultra connecté, je vois bien que depuis 10 ans, on est en train de s’isoler complètement. Regarde derrière toi. Toutes les personnes présentes ont les yeux rivés sur leurs  écrans. Cela me sidère.

Je suis pareil qu’eux. Toi, tu arrives à te déconnecter.

Oui, j’arrive à poser mon cerveau deux heures sur quelque chose de précis. Je me passe très bien d’éléments perturbateurs.

Tu parles des attentats parisiens dans « Novembre à Paris ». C’était difficile de ne pas écrire sur ce sujet ?

Difficile d’écrire dessus, difficile de ne pas écrire dessus… J’espère que « Novembre à Paris » est utile à ceux qui ont vécu quelque chose de très personnel avec cet évènement. C’est une chanson pour communier ensemble.

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13992256.jpgJ’aimerais que l’on évoque ton précédent album, « Naufragé ». Un hommage aux auteurs qui t’ont inspiré.

Cela a été un vrai bain de jouvence. Ça m’a fait replonger dans ces textes magnifiques. Pour moi, ce disque est comme un devoir de mémoire et de reconnaissance à tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris et apporté. J’ai beaucoup progressé en les écoutants.

Est-ce que tu penses avoir fait des progrès, textuellement et musicalement parlant ?

Je ne sais pas si je progresse, mais je sais au moins que j’évolue. Je n’écris, ni ne compose et chante de la même façon qu’avant. Techniquement, il y a des choses qui bougent et je trouve cela plutôt bien. J’ai commencé tard la musique, donc j’apprends toujours.

Ton métier, c’est un combat ?

C’est devenu ça, en effet. C’est très dur d’exister, de finir son mois, de pouvoir prévoir l’avenir… et plus généralement, c’est très dur pour la chanson. Nous ne sommes pas à l’heure de gloire de la chanson française.

Ce disque a été financé de manière difficile.

Je l’ai financé avec mon manager, jusqu’au moment où on a trouvé une distribution. C’est bien parfois d’être dos au mur. Les choses se font au forceps, mais dans la vérité de l’instant… qui peut faire de belles choses. Je suis très fier de ce disque.

Tu es qui, au fond ?

Un type un peu provocateur, mais aussi désabusé. Je me fous un peu de la gueule de la vie par moment.  Par contre, je ne suis pas cynique. J’ai horreur du cynisme.

Parfois, tu as envie de t’arrêter ?

Parfois, j’ai surtout envie de m’énerver. Comme je le dis dans le texte de "Clôture", je me demande combien de fois il faut mourir pour être audible.  

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Après l'interview, le 12 décembre 2016.

18 mars 2011

Cyril Mokaiesh : interview et session acoustique d'un chanteur engagé !

cyril mokaiesh

cyril mokaieshCyril Mokaiesh, je le suis depuis son aventure en groupe.

Désormais en solo dans son nouvel album Du rouge et des passions, il pose les guitares électriques et fonce droit dans la chanson française à textes fortement engagés. Ça ne va pas plaire à tout le monde, mais moi, j’adhère à son travail et à la personnalité de ce jeune homme en devenir.

Biberonné à Brel, Ferré, Nougaro, il est imprégné de ces univers-là, tout en proposant son propre style. Très fort. Son but : «Inventer en 2011 une chanson à texte qui rivalise en majesté avec celle de l'âge d'or, mettre à jour cet art sacré de l'écriture poétique et musicale dans une perspective moderne ». A 24 ans, Cyril Mokaiesh sait où il va.

Pour MusiqueMag, je l’ai ré-interviewé le 18 février dernier dans nos locaux. Vous allez découvrir (j’espère) un garçon talentueux et qui a des choses à dire sur la société d’aujourd’hui.

Quelques photos de l’entretien…

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Cyril Mokaiesh nous a joué (rien que pour MusiqueMag) son morceau Communiste, en version acoustique.

Quelques photos de l’acoustique…

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Et le clip de Communiste dans son entier.


[Clip] Cyril Mokaiesh - Communiste par cyrilmokaiesh

Et puis, bon, voilà quoi! Merci Cyril!

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