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28 septembre 2011

Mort de Cizia Ziké... l'hommage!

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"L'écrivain et aventurier français Cizia Zykë, qui avait connu le succès dans les années 1980 avec son roman "Oro", sur ses périples de chercheur d'or, est décédé mardi à Bordeaux à l'âge de 62 ans, au terme d'une vie mouvementée, a annoncé son frère Jean-Claude à l'AFP."

Merde! Les boules.

Ceux qui me connaissent savent que j'aimais ce type-là (que tout le monde n'aimait pas). Il fuyait les médias, mais acceptait pourtant toujours de me voir (même avec un micro).

Je republie donc ma dernière mandorisation.

Elle date du 9 juillet 2009.

 

C’était un soir du mois dernier. J’avais rendez-vous dans un hôtel parisien avec l’aventurier de mon enfance.

Cizia Zikë.

Il pleuvait à torrent.

J’arrive trempé de la tête au pied. Une allure de chien errant.

Je m’ébroue devant l’entrée de l’hôtel, mais me retiens de faire pipi sur le mur.

Personne à la réception. Pendant 10 minutes. Je cherche partout. Aucune âme qui vive.

Ça y est, je suis en retard.

15 minutes plus tard, je vois un type souriant qui arrive tranquillement.

-Ça fait 30 minutes que j’attends ! (Quand je suis en colère, j’exagère toujours un peu.)

-Excusez-moi monsieur, je ne vous avais pas entendu.

C’est un peu normal, il n’était pas là.

Bref, je la fais courte (Waldheim).

Je lui demande de prévenir mon héros que je suis là (et las).

5 minutes plus tard, il descend.

Pas seul.

Avec un jeune homme de 36 ans, au visage avenant.

 

Cizia ne me le présente pas encore.

On parle météo, puis décidons d’aller nous sustenter dans une brasserie du coin, spécialisée dans les poissons.

À notre menu : sole grillée, lotte, pavé de thon purée, avec une modeste bouteille de blanc.

(J’ai le sens de la précision…)

Cizia Zikë me présente son camarade.

Karim Djelouah, 36 ans.

"Le Karim ?", je demande.

Oui, LE.

Karim est un des héros de l’ultime livre de Cizia Zikë. Monsieur Catastrophe et monsieur Pad’chance réunis.

Très curieuse la sensation de diner avec deux personnes dont on vient de lire les aventures.

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Cizia Zikë et son "disciple", Karim Djelouah.
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Karim tout seul. Hilarant dans Oro and Co.

Pour ceux qui ne le savent pas, Cizia Zikë, pour beaucoup (confrérie dont j’appartiens) est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes.

C’est la deuxième fois que je le mandorise.

La première fois, ça avait fait toute une histoire...

Je n’ai jamais compris pourquoi il acceptait de me rencontrer. Il ne parle jamais (où extrêmement rarement) aux journalistes.

Pas sa tasse de thé.

Avec lui, le facteur humain compte.

Il ne fait pas ce qu’il ne sent pas.

Je crois qu’il a perçu en moi une sincérité et une bienveillance à son égard.

9782265088368R1.jpgLe fait est que nous sommes réunis pour évoquer Oro and Co. Il y raconte dans les premières pages son aventure éditoriale, puis très vite, sa dernière aventure dans la jungle amazonienne. Au Surinam et en Guyane française.

Au début, Cizia veut bâtir une ville au bord du fleuve, puis il devient trafiquant d’or pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l’or de la Guyane française.

 

Voici un podcast de 4 minutes enregistré ce soir de pluie et de poissons.

Il vous permettra d’en savoir plus.

 
podcast

Et d'autres questions venues glanées ici et là, pendant le repas.

 

-Votre réputation sulfureuse, vous arrange-t-elle dans vos nouvelles aventures ?

 

-Non, pas du tout. Elle me dérange. Ma réputation a démarré avec la question de Pivot, en 1984, quand je suis allé présenter Oro (voir à la toute fin de la note). Il m’a demandé si j’avais déjà tué. C’est le genre de question à laquelle il est impossible de répondre. Si je dis la vérité, que je n’ai jamais tué quiconque et que je préfère préserver la vie humaine, ça ne marche pas. Pour beaucoup, je n’ai pas pu aller dans tous les coins chauds de la terre pour y faire du bizness sans avoir du sang sur les mains. J’aurais eu à me disculper ou à me justifier, j’ai donc toujours éludé la réponse.

 

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Zikë version sourire...

-Que pensez-vous de votre lectorat ?

 

-Du bien évidemment. Là aussi, on fantasme sur mes lecteurs. J’ai lu maintes fois qu’ils étaient constitués uniquement de fachos, de gens d’extrême droite, de fascistes… il y en a, je le sais bien, mais ce n’est pas tout mon lectorat. Vous, je sais que vous me lisez depuis des années, vous n’êtes pas comme ça je suppose ? Il y a beaucoup de femmes qui me lisent, mais aussi des jeunes en quête d’aventures, de dépaysement et de liberté… Ce sont, d’ailleurs, souvent les parents qui ont donné mes livres à leurs enfants. Je vends la liberté et la liberté ne devient pas obsolète, ni le désir d’entreprendre, soit dit en passant. Ma légende est parfois lourde à porter, mais il n’y a rien que je puisse faire pour la mettre en miette.

 

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Zikë, version "faut pas me chercher"...

-Quels sont les inconvénients liés à la réputation qui colle à votre peau ?

 

En Guyane, par exemple, quand je me suis fais arrêter, je savais que j’étais dans l’illégal depuis le début, mais c’était pour effectuer une enquête. Et quand on effectue un travail de journaliste d’investigation, tous les moyens sont bons, n’est-ce pas ? Comme on me prête encore l’image d’aventurier, le juge d’instruction a été choqué que je puisse être un enquêteur. Alors que j’ai déjà enquêté sur la drogue à Amsterdam par exemple… mais qui que ce soit que je rencontre représentant la justice préfère ne voir de moi que le côté malfrat. Du coup, ce juge m’a interdit de fréquenter la moitié de la Guyane, et évidemment, la partie la plus intéressante pour mon enquête. Je vais donc retourner à Cayenne pour aller négocier le droit d’aller partout. Je ne lâche jamais vous savez.

 

Pourquoi avoir signé chez Fleuve Noir ?

J’étais en guerre contre tous les éditeurs parisiens, comme je l’explique dans mon livre. Depuis mon premier roman, j’ai eu des relations bizarres avec ces gens-là. Je me suis heurté au manque de respect et à l’hypocrisie. J’ai fait entre 10 et 12 maisons d’édition. Chez Fleuve Noir, les gens ont l’air honnête…

 

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Je remercie d’ailleurs ici Estelle Revelant, l’attachée de presse de Fleuve Noir, (que je connais un peu) et qui m’a organisé cette rencontre rapidement et impeccablement.

Voici, pour finir, mon article paru dans le Culturissimo du mois de juin qui vient de sortir (et trouvable dans les espaces culturels Leclerc).

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Le milieu de l'édition étant ce qu'il est, Pocket en profite pour sortir conjointement son premier best-seller planétaire, Oro (1984).
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La meilleure publicité que je puisse faire pour ce livre, c'est de vous proposer l'interview culte de Bernard Pivot dans Apostrophes en 1984, à la sortie d'Oro.
Un Pivot destabilisé et un Zikë calme et implacable.
A voir en intégralité... car gratiné.