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14 octobre 2014

Catherine Locandro : interview pour L'histoire d'un amour

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Avec Catherine Locandro, l’amour n’est jamais tout à fait un fleuve tranquille. Mais, il est toujours majestueux, malgré les nombreuses vagues tempétueuses (les sentiments, peut-être…) Dans L’histoire d’un amour, il est question du poids du secret, de l’inégalité de l’oubli entre deux personnes, de l’impossibilité de faire le deuil d’un amour parce que « l’autre » est une célébrité qui ne cesse d’occuper les petits écrans. (Il s’agit de Dalida.)

Catherine Locandro, à l’écriture si délicate et sensible, nous offre un roman émouvant et profond. Qui devrait toucher tout le monde.

Pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici), l’auteure est passée à l’agence le 15 septembre dernier.

CVT_HISTOIRE-DUN-AMOUR_6607.jpeg4e de couverture :

Au comptoir de l’Alfredo, en face du lycée où il enseigne la philo, Luca lit La Repubblica. Ce matin-là, un article le ramène en 1967 lorsque, figurant pour une émission de variétés de la RAI, il croisa la Chanteuse. S’ensuivit une liaison, aussi ardente que brève, avec cette diva tristement célèbre pour sa tentative de suicide après la mort tragique de son compagnon. Une passion qui fit de Luca un homme à part, à distance du monde. Les révélations de ce journaliste lui offrent la chance de reprendre son existence en main.
Au gré d’évocations romaines – les ruelles bruyantes du Trastevere, la boucherie-triperie de la Via della Scala –, Catherine Locandro nous livre un roman sur la perte amoureuse et le poids des secrets, tout en délicatesse et émotion.

 

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L'auteure : Catherine Locandro est née à Nice en 1973 et vit actuellement à Bruxelles. Elle travaille dans le domaine de l’audiovisuel lorsqu’elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet en 2005. Cette scénariste – primée en 1997 pour L’Amour est à réinventer, dix histoires d’amour au temps du sida – publie son quatrième roman chez EHO, après Les Anges déçus (2007), Face au Pacifique (2009) et L’Enfant de Calabre (2013).

DSC09414.JPGInterview :

Il faut oser appeler son livre, « L’histoire d’un amour ». Ça peut paraître un peu banal comme titre…

Cela fait référence à la chanson de Dalida, mais j’aimais aussi le côté très simple et direct de cette phrase. Elle dit tout.

C’est l’histoire d’un amour complexe, bref, mais intense entre Dalida et un jeune garçon.

Dalida était une femme qui m’intéressait, pas forcément musicalement, mais humainement. Je trouvais que derrière le côté kitch, paillettes, disco, se cachait quelqu’un de sensible et romanesque. Elle a vécu une série de tragédies dans son existence. Toute sa vie, elle a été poursuivie par la mort et des évènements très sombres. Le contraste entre le côté lumineux de cette femme et la face noire de son existence me touche terriblement. Je trouve que sa vie raconte quelque chose. Et puis, elle est comme moi… d’origine calabraise. Sa part sombre, je l’appelle "sa part calabraise".

"Histoire d'un amour".

Personnellement, j’ai toujours eu l’impression qu'elle n’avait 10552414_947596028590513_4158142782153683274_n.jpgque cette face sombre lorsqu'elle n'était plus en représentation à la télé ou sur scène.

Je ne suis pas une grande spécialiste de Dalida, j’ai simplement lu quelques livres sur elle pour pouvoir écrire cette histoire sans trop trahir la réalité, mais j’ai l’impression qu’elle était en recherche permanente de quelque chose. Peut-être ne savait elle pas elle-même de quoi. En tout cas, elle essayait de comprendre qui elle était et essayait de comprendre le monde qui l’entourait. C’est quelqu’un qui lisait beaucoup, Freud, Jung… elle avait soif de connaissances. Je pense qu’elle avait le regret de ne pas avoir fait d’études. Toute sa vie, elle a cherché à atteindre un niveau intellectuel conséquent. Se remettre en question en permanence, je trouve cela remarquable.

Tu racontes son histoire d’amour entre elle qui a 36 ans et Luca qui n’en avait que 22.

Luca était un garçon d’origine napolitaine issu du milieu populaire romain. Il partageait avec la chanteuse le regret de ne pas avoir fait d’études. C’était un jeune homme rêveur et un peu idéaliste. J’imagine que quand il a croisé cette femme-là, cela a été un choc total.

C’était la confrontation de deux mondes.

Avec elle, il va accéder à un environnement qu’il n’aurait jamais pensé approcher. Cette femme plus âgée que lui et le monde qu’il découvre l’ont complètement bouleversé. Il fonce dans cette histoire parce qu’il est tombé éperdument amoureux d’elle. Quand ils se rencontrent, c’est une femme très abimée, complètement détruite. Son précédent amant italien, que j’appelle « le poète », vient de se suicider et elle-même vient de tenter d’en faire autant. Il pense qu’il peut la comprendre et l’aider, malgré toutes leurs différences.

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Luca était courageux. Par exemple, malgré l’interdiction de Dalida, il vient la rejoindre chez elle un soir de Noël, alors que toute sa famille est réunie.

Il l’aimait tellement qu’il pensait que tout ce qui était autour ne comptait pas. Cette connexion qu'il y avait entre eux l’obnubilait et il s’imaginait qu’elle pouvait vaincre tous les obstacles.

Que cherchait Dalida dans cette histoire ?

Je pense qu’elle cherchait quelqu’un à qui parler. En cette période de drames, ses proches étaient très inquiets pour elle et extrêmement protecteurs aussi. Elle devait se sentir isolée. Avec ce garçon, elle a enfin pu parler. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu lire sur cette histoire, c’est que le côté charnel et passionnel n’a pas duré très longtemps pour elle. Elle aimait le voir et discuter avec lui, cela lui suffisait. La fraicheur, la pureté et l’innocence du jeune garçon lui ont fait beaucoup de bien. Je présume qu’elle a eu une vraie affection pour lui.

Dalida 1.jpgElle a compris qu’elle allait lui faire du mal, donc elle a arrêté leur histoire pour ne pas le faire souffrir.

Oui, mais ce n’est pas la seule raison. Il y a eu un évènement peu connu du grand public avec ce jeune garçon qu’on ne va pas révéler ici, mais que je relate dans le livre. Je ne connaissais pas non plus ce fait grave et important, mais je l’ai découvert en lisant un article dans un journal.

Pourquoi raconter cette histoire ?

Je savais que j’avais envie d’écrire autour de Dalida, mais je ne voulais pas faire de biographie. J’ai commencé à chercher et je suis tombée sur l’article italien dont je viens de te parler. Cette histoire très courte a eu des conséquences terribles pour la chanteuse, à cause de ce que je ne veux pas vous dévoiler ici. Elle a décidé de le quitter, mais a insisté pour lui payer ses études.

L'histoire de Luca âgé, c’est la partie inventée du livre ?

J’ai imaginé cet homme, trente ans plus tard, au courant de rien, qui ouvre son journal et qui tombe sur cet article. Il comprend que l’histoire qu’ils ont vécue a compté pour elle. J’ai imaginé la journée qu’il a pu passer après avoir lu cet article.

Il vit encore ce Luca ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas voulu faire un travail d’investigation. Je voulais me laisser cette part de liberté. Je me suis basée sur tout ce que je savais du Luca de vingt ans et de leur histoire, ensuite, j’ai inventé le Luca de cinquante ans.

Tu sais qu’il peut tomber sur ton livre…

Oui, ça peut arriver. Ce serait quelque chose de très émouvant pour moi.

Tu le décris comme un homme qui n’a jamais pu vraiment passer à une autre histoire,864011articleDalida.jpg malgré son mariage avec Maria.

J’ai imaginé qu’il avait gardé cette histoire secrète au point de n’en avoir jamais parlé à personne. J’ai poussé la thématique du secret jusqu’au bout, ce qui m’a permis de développer  les conséquences qui en découlent dans une vie et la manière dont cela peut bouleverser un destin.

Le poids du secret est un thème que l’on retrouve dans toute ton œuvre.

Pour un romancier, je trouve que c’est quelque chose de fabuleux. C’est la porte ouverte à beaucoup d’intrigues et de rebondissements.

Autre thème développé : le deuil impossible d'un amour.

Ça m’intéressait d’explorer cette idée-là. Il ouvre sa radio, il entend sa voix. Il regarde la télé, il tombe sur elle… comment peut-on vivre avec l’image permanente de celui ou celle que l’on a aimé ? C’est impossible d’oublier.

Quand elle a chanté la chanson de Pascal Sevran, « Il venait d’avoir 18 ans », elle devait songer à lui, non ?

C’est ce que je me suis dit. Elle devait forcément penser à cette histoire. Et lui a dû se demander si cette chanson était liée à lui ou pas.

"Il venait d'avoir 18 ans".

Tu fais référence au frère de Dalida, Orlando, lors de la fameuse soirée de Noël ou Luca rejoint la famille sans y être invité. Est-il au courant de la sortie de ce livre ?

On ne lui a pas demandé l’autorisation d’écrire cette histoire, en tout cas. Le livre lui a été envoyé. Maintenant, est-ce qu’il l’a lu? Je n’en sais rien. En même temps, je n’ai rien raconté de plus que ce que lui-même a déjà raconté sur cette soirée de Noël.

On sent que tu as de l’empathie pour Dalida.

J’en ai toujours eu, même si mes goûts musicaux ne vont pas vers son œuvre. Dalida est une figure familière, voire familiale, pour moi. On l’écoutait beaucoup à la maison et ses origines calabraises flattaient un peu l’ego de ma famille. J’avais un avis positif sur cette femme et j’avais envie d’en savoir plus. Quand je suis tombée sur cette histoire d’amour, j’y ai vu un moyen de partir de quelque chose d’intime pour aller vers l’universel. Il y a tout : la rencontre, le coup de foudre, la rupture… ça concentre beaucoup de sentiments.

Dans la vie de Dalida, trouves-tu des résonances avec ta propre vie ?

Par certains aspects oui. Cette quête de comprendre les choses et de se dépasser. On a tous vécu des histoires d’amour compliquées et on a tous eu dans la tête des personnes qu’on a eu du mal à oublier.

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Le 15 septembre 2014, après l'interview.

28 février 2013

Catherine Locandro : interview pour L'enfant de Calabre

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(Photo : blogrtbf.typepad.com)

Catherine Locandro, à travers son cinquième roman L'enfant de Calabre, nous fait vivre l'horreur de la guerre, les douleurs physiques et morales des jeunes légionnaires, mais surtout, nous mène dans une quête identitaire qui passe par une enquête familiale absolument passionnante. Ce livre, pour des raisons diverses et personnelles, m’a beaucoup intéressé. Il m’a même foutu de petites claques de temps en temps. Mais, je vous jure, j’ai tendu l’autre joue à chaque fois et j’ai en redemandé encore. Catherine Locandro est venue à l’agence le 13 février 2013.

535629_101253046708703_1284499796_n.jpg4e de couverture :

Lorsqu'elle pousse la porte de l'agence de détectives privés Azur Enquêtes, Frédérique a en main une photographie, celle de son père Vittorio, ancien combattant d'Indochine, en compagnie d'une inconnue. À Nice, ville de son enfance, elle espère retrouver la trace de cette femme blonde au teint pâle et au sourire timide. Mais à trente-neuf ans, ce qu'elle souhaite bien plus encore, c'est découvrir enfin qui était ce légionnaire taiseux. Quitte à reconstruire son roman familial. Dans un labyrinthe de souvenirs - de Diên Bien Phu à Cittanova -, de voyages en rencontres, Frédérique convoque ses aïeuls et entrecroise trois générations marquées par la douleur et l'injustice. Entre revenants et fantômes, parviendra-t-elle à démêler sa propre histoire, enchevêtrée telles les rues de Gênes, jusqu'à son issue inattendue ? Un texte incisif et poignant, comme un coup de couteau dans le rideau qui masque les secrets et conjure le sort.

L’auteure :

Née à Nice en 1973, Catherine Locandro vit à Bruxelles. Scénariste, elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet, en 2005. L'Enfant de Calabre est son cinquième roman.

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Interview :

Quand on sait que vous êtes née à Nice, que vous habitez à Bruxelles, que vous êtes auteure, vous comprenez que l’on fasse le rapprochement entre votre héroïne Frédérique et vous…

Ce livre-là est très personnel et très important pour moi. Il est un peu particulier par rapport aux précédents. J’ai l’impression d’avoir écrit les autres pour arriver à celui-ci et pour écrire celui-ci, j’ai puisé dans mon histoire familiale. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’écrire un livre sur mon père et sur ma grand-mère maternelle. Il se trouve que mon père m’a fait ce cadeau immense de me raconter des choses sur son enfance et sur Diên Biên Phu. Il a été légionnaire dans cette bataille. J’avais donc une base autobiographique, mais j’ai voulu transformer ce témoignage en fiction en malaxant et mélangeant tout ça.

Dans le livre, le père de Frédérique est décédé. Elle tombe sur une photo où elle voit son père en compagnie d’une femme qui n’est pas sa mère.

Oui, c’est un détail important. Et sur cette photo, ce qui l’a trouble, c’est que son père a une expression qu’elle ne lui a jamais vue. Elle a l’impression d’être devant un étranger et ça va faire écho à un certain vide qu’elle a souvent senti en elle… l’impression aussi qu’il manquait des pièces au puzzle familial et à son propre puzzle intime. Elle va partir à la recherche de cette femme et elle va reconstituer l’histoire de son père. Elle va comprendre qui il était vraiment. Pour Frédérique, c’est une plongée dans le passé pour mieux comprendre le présent et pour essayer de mieux s’en sortir dans le présent.

AVT_Catherine-Locandro_6385.jpegEt vous, en tant que Catherine Locandro, ça vous a fait du bien d’écrire et de voir sortir cette espèce de bilan de vie ?

Oui. C’est la fin d’un cycle pour moi. C’est même la fin d’une quête personnelle.

J’irais jusqu’à dire une quête identitaire…

Chercher du sens, chercher à comprendre de quelle manière ce qui a pu se passer avant dans les générations précédentes a pu m’influencer aussi, de quelle manière ça a fait la personne que je suis aujourd’hui. Il faut savoir se débarrasser de bagages trop encombrants. L’important, c’est d’arriver à un moment donné à faire le tri.

Vous aviez un gros sac et vous l’avez un peu délesté, c’est ça ?

Oui. Il reste dans le sac les choses importantes, les choses qui me renforcent et que je n’ai pas envie de laisser par terre.

Ce livre a-t-il été pénible à écrire ?

C’était un peu difficile parce que j’avais cette matière qu’était le témoignage de mon père et que c’était un tel cadeau qu’il me faisait que je ne voulais surtout pas le trahir. C’est pour ça que je me suis beaucoup documenté à côté de ce qu’il m’a raconté… sur la guerre d’Indochine par exemple.

J’ai remarqué, effectivement, qu’il y a quelques passages bien éclairants et précis, sur cette guerre.

J’ai lu beaucoup de livres qui m’ont permis de m’y retrouver parce que c’est vrai que c’est un moment de l’histoire assez méconnu finalement. Les gens qui ont lu le livre sont souvent surpris par ce que je raconte sur cette période-là. Ils ne pensaient pas qu’il s’était passé toutes ces choses-là. Qui sait qu’il y a eu 12 000 prisonniers après la bataille de Diên Biên Phu, par exemple, et que parmi ses prisonniers, il n’y a eu que 3000 survivants ? Ces prisonniers ont effectué une longue marche d’à peu près 700 kilomètres dans des conditions complètement inhumaines et que je raconte.

Il y a des passages assez durs.

Je voulais être au plus près de ce qu’ont vécu et de ce qu’ont pu ressentir les hommes dont je parle. Au maximum. Je ne sais pas ce que c’est la guerre. Physiquement, pour moi, c’est une autre dimension, il fallait donc que je me mette dans la peau de ces légionnaires. J’ai essayé d’être juste dans ce que je décrivais et être juste dans ce que je décrivais c’était de décrire un carnage. Il n’y a pas d’autres mots. C’était un véritable carnage.

Est-ce que la difficulté pour vous a été aussi de vaincre une éventuelle autocensure ?2214_1019523692037_2454_n.jpg

Il fallait que j’aille au bout de ce live. Il fallait que j’écrive certaines choses. Je savais que mon père lirait ce livre, donc je ne voulais pas qu’il ait l’impression que je fais n’importe quoi avec ce qu’il m’a raconté… et en même temps, il fallait que je garde ma liberté. Il fallait que j’écrive ce que j’avais à écrire. Il fallait que j’écrive ce que ce livre exigeait de moi. J’ai dû lutter parfois contre une espèce d’auto censure, donc ça a pris du temps.

Y a-t-il eu des compromis ?

Non, justement. L’idée était de ne pas en faire du tout.

Ce livre va casser les non-dits dans votre famille, il me semble…

Je n’ai pas encore eu le retour de mon père. Je ne sais pas encore trop ce qu’il en a pensé, mais pour moi, ce livre est aussi le passage à l’âge adulte. J’ai écrit ce que j’avais besoin d’écrire, je suis heureuse que ce livre existe. Je suis heureuse d’être arrivée au bout de ce que représentait cette aventure-là.

Votre père vous a raconté son histoire parce que vous lui avez demandé ?

Je pense qu’il en avait besoin. Je lui ai offert un dictaphone en me disant que, peut-être, il allait s’en servir. Je n’en étais pas certaine. Il s’en est servi et m’a donné ses cassettes.

eho_locandro3p.jpgVous parlez aussi d’amour. D’amour entre femmes.

Frédérique était trop proche de moi pour être autre chose qu’homosexuelle. À aucun moment, je ne me suis bloquée là-dessus.

Frédérique est pleine d’incertitude sur l’amour. Elle ne veut pas se laisser aller complètement.

Elle est dans un moment de sa vie où elle ne va pas bien du tout, donc c’est difficile pour elle de s’engager. Il faut d’abord qu’elle éclaircisse certaines choses pour arriver à avancer un peu. Elle fait un peu du surplace. J’ai essayé d’emmener Frédérique à accepter le fait qu’au bout du compte son identité n’est pas quelque chose de monolithique. Son identité n’est pas forcément ce qu’elle croit, c’est beaucoup plus complexe que ça, il faut qu’elle fasse avec. J’essaie de l’amener vers une certaine forme d’acceptation.

Catherine Locandro présente "L'enfant de Calabre" pour la librairie Mollat.

Quand on écrit un livre comme L’enfant de Calabre , qui est peut-être le livre de votre vie, est-ce que l’on se demande ce qu’on va bien pouvoir écrire après ?

Très bonne question (rires). Je me la pose beaucoup en ce moment. Je sais que ce que j’écrirai par la suite sera différent. Ce fil conducteur de la quête d’identité que l’on retrouve dans tous mes livres est arrivé au bout. Il était temps de le rompre et de passer à autre chose.

Est-ce que l’on peut dire qu’avec ce livre vous avez enfin résolu vos problèmes ?

J’en ai réglé certains et j’en ai mis à plat certains autres. Dans L’enfant de Calabre, je fais dire à Frédérique que pour écrire, il faut avoir un fantôme à côté de soi. Le fantôme de Frédérique, c’est sa grand-mère maternelle. Pour moi aussi ça a été cette femme-là, que je n’ai pas connue, mais qui m’a beaucoup influencée. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis dit que c’était aussi pour la sortir de la fausse commune dans laquelle on l’avait enterré. J’ai le sentiment d’avoir accompli la mission que je m’étais donnée.

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