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15 juillet 2022

Bruno Bazinet and co : interview pour l'album Passeurs d'Amour

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(Photo : Gilles Crampes)

Il y a quelques mois, Bruno Bazinet, artiste humaniste qui trace son chemin depuis 20 ans dans la chanson française sans se préoccuper des modes et des tendances, m’a reçu chez lui pour évoquer son 6e disque, Passeurs d’Amour. Avec l’aide de mon amie et attachée de presse Sissi Kessai, nous avons convié quelques invités de l’album, en l’occurrence le duo Mélo’Nomade (Raphaële Murer et Magou Samb), Cat Loris (mandorisée là), Marie Lesnik et Paul Galiana. Manquait à l’appel Soem, Isabelle Georges, le duo Pur-Sang (Skye et Claire Joseph, mandorisées ici).

L’ambition de Bruno Bazinet : "chanter pour faire du bien aux autres". Passeurs d'Amour est sans doute son disque le plus abouti et personnel à ce jour.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album Passeurs d'amour.

bruno bazinet,paul galiana,raphaël murer,magou samb,mélo'nomade,marie lesnik,cat loris,passeurs d'amour,mandorBiographie officielle (un peu écourtée) :

Passeurs d’Amour. Voilà un titre que Bruno Bazinet (63 chansons déclarées à la SACEM) avait depuis longtemps en tête. Pour lui, l’artiste peut être un vecteur d’amour très fort, un passeur. C’est dans cet esprit que ce disque a été écrit pendant le premier confinement, puis enregistré pendant le second, dans une énergie collective forte. 

Un disque qui a trouvé sa source dans l’écriture d’un premier morceau, “Amie”, en hommage à Nathalie Réaux“J’ai d’abord écrit ces mots simples « Amie, si tu savais comme tu peux me manquer », et le reste est venu de lui-même”. C’est ainsi que 10 autres titres sont venus naturellement s’ajouter à celui-ci, dans un flot d’émotions créatrices. L’actualité du printemps 2020, entre éloignement forcé et changements sociétaux, a aussi nourri l’inspiration de Bruno à l’image de “J’espère” (il chante “J’espère ne jamais manquer d’air”), une référence à la mort de George Floyd

C’est également en se rapprochant de son histoire familiale, (histoire qu’il avait d’ailleurs mis en scène dans le spectacle Et puis un jour, on s’aime) que Bruno a écrit ces chansons. Il souhaite transmettre son incroyable capacité de résilience et d’optimisme, en dépit des manques ou des blancs de son passé familial. La voix devient ainsi un médium, c’est-à-dire un outil au service de l’artiste, pour lui permettre de raconter sa joie de vivre, sa capacité à soulever les montagnes et surtout sa liberté d’être. Car s’il y a bien un thème qui irrigue l’ensemble des chansons de Passeurs d’Amour, c’est bien celui-ci.

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(Photo : Gilles Crampes)

Le disque (argumentaire officiel) :

Passeurs d’Amour est un album hommage à la musique en elle-même. Ce langage des émotions pour ceux qui la font et pour ceux qui l’écoute. Pour Bruno, cet album est la synthèse de toutes ses obsessions artistiques, le disque de toutes ses envies et de tous ses rêves. Celui qu’il a porté au monde le plus naturellement. C’est aussi son disque le plus ambitieux, en ce sens qu’il ne s’est jamais censuré dans sa création et s’est entouré de prestigieux collaborateurs. Enregistré au Studio Melodium par Nicolas Dufournet et mixé par Lucas d’Angelo, Passeurs d’Amour a nécessité l’apport d’une vingtaine de musiciens afin de donner corps aux arrangements de Paul Galiana. Aux traditionnels guitares / basse / batterie / piano se sont ajoutés des cuivres (les musiciens de Michel Jonasz, des pointures !), des chœurs et des cordes. Grâce à l’apport d’anciens amplis à lampes, de claviers Fender Rhodes ou Wurlitzer et d’un enregistrement entièrement acoustique, Bruno et son équipe ont réalisé un album aux sonorités proches des albums de la fin des années 70. Des disques comme on en fait malheureusement rarement aujourd’hui : chaleureux et peu formatés. 

bruno bazinet, paul galiana, raphaël murer, magou samb, mélo'nomade, marie lesnik, cat loris, passeurs d'amour, mandorInterview :

Comment en es-tu venu à faire un album ?

Bruno Bazinet : Quand j’ai découvert la musique, dans ma chambre, je me mettais devant ma chaîne Hifi et j’écoutais les disques religieusement. Tout mon argent passait dans l’achat de nouveaux albums. A onze ans, je voulais devenir réalisateur de films. Avec mon super 8, je créais des films d’horreurs. C’était ce qu’il y avait de plus facile à faire. Par contre, à cause de cette passion, j’ai complètement loupé ma scolarité. Je me suis fait virer quand j’étais en 3e. Le vrai choc d’écriture de chansons s'est produit quand mes parents m’ont emmené voir Napoléon de Serge Lama au Théâtre Marigny. Je me suis rendu compte que l’on pouvait toucher des gens avec des mots. Dans ce spectacle, il y avait notamment « Lettre à Joséphine » qui était d’une puissance incroyable. Le lendemain, j’ai pris un cahier et j’ai commencé à écrire des chansons. Quelques temps plus tard, j’ai retrouvé un copain d’enfance qui composait. Du coup, j’ai écrit des textes qu’il chantait lui-même. A cette époque, j’étais capable d’écrire cinq textes par jour.

Il y a également eu un concert de Michel Jonasz qui t’a marqué.bruno bazinet, paul galiana, raphaël murer, magou samb, mélo'nomade, marie lesnik, cat loris, passeurs d'amour, mandor 

Bruno Bazinet : J’ai vu celui de la tournée Où est la source en 1992. Il avait des musiciens américains complètement démentiels. Le son était sublime et ça jouait du feu de Dieu. J’étais envouté. J’ai ressenti un bien-être physique de la tête au pied. Je me suis dit que, décidément, c’était vraiment le métier que je voulais mener : faire du bien au gens en étant sur scène. Ce spectacle datait de 1992 et j’ai sorti mon premier disque en 2003. J’ai pris mon temps pour essayer de trouver les meilleures chansons pour faire du bien à ceux qui les écoutent. C’est vraiment ma quête depuis vingt ans.

Et comment as-tu appris la musique ?

Bruno Bazinet : Dans un de mes courts métrages j’avais quelqu’un qui s’occupait de la lumière, mais qui était aussi un musicien confirmé. Il jouait du clavier à la perfection. Un jour, il m’a expliqué les accords : majeurs, mineurs, la 7e, la 9e… Il m’a donné une heure de cours. C’est d’ailleurs le seul que j’ai pris dans ma vie. Après, j’ai acheté des bouquins de partitions avec des grilles d’accord. Avec un petit clavier que m’ont offert mes parents, je me suis essayé sur du Goldman, du Berger, du Julien Clerc… Un jour, je plaque des accords avec une mélodie sur un texte que j’ai écrit. C’est devenu ma première chanson, qui s’appelle « Blanche ».

Mais on ne devient pas chanteur comme ça !

Bruno Bazinet : Et pourtant, je me suis mis à chanter sur ce que j’écrivais et composais. C’était comme une libération. Je n’avais plus à attendre personne. J’étais devenu autonome dans l’entièreté de la création d’une chanson.

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Pendant l'interview (1) (photo : Sissi Kessai).

Parlons de ton nouvel album Passeur d’Amour qui est dédié à Nathalie Réaux (aliasbruno bazinet,paul galiana,raphaël murer,magou samb,mélo'nomade,marie lesnik,cat loris,passeurs d'amour,mandor Pagan Poetry). Marie, tu étais une très bonne amie à elle et sa violoniste (voir photo à droite). Tu participes à la chanson, justement intitulée « Amie » qui est celle qui parle d’elle. C’était difficile de lui rendre hommage ?

Marie Lesnik : Non. Ça coulait de source même. Quand Bruno m’a proposé de participer à cette chanson précise, j’ai pris ça comme un honneur. C’est une chanson absolument pas larmoyante. Elle est même joyeuse, c’est ce qui m’a plu. Elle est à l’image de Nathalie.

Bruno, le guitariste chanteur Paul Galiana a eu un rôle important dans ton disque.

Bruno Bazinet : Sur la maquette des nouvelles chansons, il y avait beaucoup de guitares. Comme nous avions joué sur scène mon spectacle Et puis un jour on s’aime et que je le connais depuis un bout de temps, je me suis dit qu’il était l’homme de la situation pour en faire les arrangements. Quatre jours après, il me renvoie la maquette avec ses arrangements. C’est exactement ce que je souhaitais.

Paul Galiana : Ses chansons m’ont inspiré assez vite. Il voulait de la belle guitare acoustique, c’est ce que j’ai tenté, à ma sauce. J’ai rajouté des accords et des chœurs. Je pensais qu’il y aurait des échanges pour que je modifie certaines choses. Non, il m’a simplement dit que c’était génial. Dans ces cas-là, on se dit ouf !

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Pendant l'interview (2) (Photo : Sissi Kessai)

Je suis impressionné par la production de cet album. Il est très varié. Il y a des musiques funky, jazz, variété, des chansons plus classiques. Ça fait du bien quand un disque n’est pas linéaire.

Bruno Bazinet : Mes influences sont tellement larges que je ne peux pas me cantonner à un style. Ça va de Michael Jackson, Georges Michael à Michel Jonasz, Stevie Wonder en passant par Steely Dan et Donald Fagen. Pour en revenir à Paul, je savais qu’il ne trahirait pas mes goûts. Je voulais faire un disque acoustique fin des années 70, début des années 80. Le moment ou il y avait des clavier Fender Rhodes, les pianos électriques, les chœurs, mais pas de machines, pas de synthés… Paul a fait avec ça et il l’a fait formidablement. Cet album, c’est vraiment le disque de toutes mes envies.

Paul Galiana : J’ai passé l’été 2020 à « Baziner » (rires).

Equipe du clip de "Ca va" : Thomas Guerigen : réalisation, montage et post-production. Karen Fingerhut : décoratrice et accessoiriste. Marie Lesnik : musicienne et marionnettiste. Milla Ficht : stagiaire accessoires et marionnettes. Armelle Yons : make up & stylisme - marionnettiste.

Dans ce disque, il y a beaucoup de cuivres.

Bruno Bazinet : Oui, mais pas n’importe quels cuivres ! Ceux de Jonasz, s’il vous plait !

Paul Galiana : C’est comme avoir une Porsche. Tu fais ce que tu veux avec une telle formation. Ces musiciens étaient aussi humbles qu’efficaces. Et en plus, ils étaient contents du résultat.

Bruno Bazinet : La cerise sur le gâteau, c’est quand Jean-Yves d’Angelo me dit que son fils Lucas est ingénieur du son et qu’il mixe. Je lui réponds que je le sais puisqu’il a mixé le dernier Jonasz. Il me demande si cela m’intéresse de l’avoir pour ce disque. Tu m’étonnes ! Il a accepté et nous avons mixé ces nouvelles chansons dans le studio de Jean-Yves.

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Les cuivres de l'album : Pierre D'Angelo au saxophone, Eric Mula à la trompette et au bugle, Fabien Cyprien au trombone, sur des arrangements de Paul Galiana.

Magou Samb et Raphaële Murer du duo Mélo’Nomade sont de la partie.

Bruno Bazinet : C’est grâce à une soirée organisée par Cat Loris à La Dame de Canton que je les ai connus. J’ai craqué complètement sur leur talent et leurs chansons. Dès que j’ai fait la maquette de « Le temps n’attend pas », j’ai pensé à eux pour y participer activement. J’entendais le chant, le violoncelle. C’est devenu une évidence. Je me suis dit que si ce disque était le dernier autant que je le partage avec des artistes que j’admire.

Cat Loris : Je me souviens qu’à la fin du plateau de la Dame de Canton, Magou est venu voir Bruno en lui disant qu’il avait beaucoup aimé sa prestation. Il n’est pas du genre à dire cela à tout le monde. C’était un beau compliment de sa part.

Bruno, « Je voudrais voir quelqu’un » que tu chantes avec Cat Loris parle de quoi ?

Bruno Bazinet : C’est quelqu’un qui est assis sur un banc et qui regarde un immeuble avec ses multitudes de lumières allumées qui éclairent une multitude de gens seuls. J’ai arrêté l’école très tôt, du coup, j’ai aussi arrêté d’avoir une vie sociale avec mes camarades. J’étais un peu isolé pendant très longtemps. Je suis un solitaire qui aime la solitude, mais parfois il m’arrivait d’avoir envie de parler à quelqu’un. Cette chanson est sortie de moi en un jet, comme si j’étais en état de transe. Cela m’arrive souvent.

Equipe du clip "J'espère": Thomas Guerigen : réalisation, montage. Célia Mocydlarz : comédienne, danseuse. Armelle Yons : Make up & Stylisme. Davy Bauret : Cadreur Steadicam. Nathalie Roche : Coach en langue des signes.

La chanson « Passeurs d’Amour » est un échange entre plusieurs voix. On y retrouve Isabelle Georges, Marie Lesnik, Cat Loris, Soem, Magou Samb et Paul Galiana.

Bruno Bazinet : C’est presque la suite de « Je voudrais voir quelqu’un ». Je sors de la solitude et je te vois, je te souris, tu me pardonnes… Cette chanson est le message de tout l’album.

Cat Loris : Cette chanson est géniale parce que tous les artistes sont des passeurs.

Raphaële : Dans cette chanson, on entend ma voix pour la première fois de ma vie.

Magou : C’est drôle parce que dans notre duo Mélo’Nomades, Raphaële ne chante jamais. Elle joue du violoncelle. Là, elle est choriste. En tout cas, je tiens à dire que je pensais que je n’allais pas faire grand-chose dans ce disque. En fait j’ai participé à « Le temps n’attend pas », « L’âge d’or » et « Passeurs d’Amour ». C’est amusant parce que lorsque Bruno m’a fait écouter les maquettes, je ne pensais pas apporter quelque chose à ce projet musical. J’écris et compose pour moi ou pour Mélo’Nomade et quand on m’appelle pour d’autres artistes, j’ai l’impression que je vais tout gâcher.

Bruno Bazinet : Et ça a été tout le contraire. Sa kora et sa voix ont élevé le niveau. Je voudrais encore rendre hommage à Paul Galiana qui a joué toute la partie piano d’une manière extraordinaire.

Paul Galiana : A la fin, j’ai ajouté des citations de chansons comme « Let It Be » des Beatles, « Human Nature » de Michael Jackson, « Je voulais te dire que je t’attends » de Michel Jonasz ou encore « What’s Going On » de Marvin Gaye.

Bruno Bazinet : Il avait raison parce que tous ces artistes sont des passeurs d’amour, eux aussi. Du coup, comme cette chanson est une espèce de « We Are The world », il y avait des couches et des couches de chœurs. Quand on enregistrait, les ingénieurs du son nous disaient « vous allez en chier pour le mixage. » Le mixeur du disque, Lucas d’Angelo, a la particularité de vouloir mixer seul. J’ai amené le disque dur avec les morceaux sans rien lui dire.

Paul Galiana : Qu’est ce que je n’aurais pas donné pour voir sa tête quand il a ouvert les fichiers. Pour « Passeurs d’Amour », il y avait près de 70 pistes.

Parlons de « Hisser les voiles ». Je l’ai ressenti comme une chanson sur le suicide.

Bruno Bazinet : C’est drôle ça parce que pas du tout. Je suis un amoureux de la vie. C’est une chanson sur l’importance de prendre un nouveau départ et sur la liberté.

Cat Loris : De toute façon, une chanson, une fois qu’elle est faite, elle appartient aux autres. Chacun a le droit d’y voir ce qu’il veut.

Bruno Bazinet : Pas mieux.

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De gauche à droite : Mélo’Nomade (Raphaële Murer et Magou Samb), Cat Loris, bibi, Marie Lesnik, Bruno Bazinet et Paul Galiana. (Photo : Sissi Kessai)

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09 juin 2019

Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible

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(Photo : Gilles Crampes)

Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi l'hypersensible Cat Loris à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (que Cat a un peu écourté pour son site (lire   et ) et les argumentaires de presse envoyés aux journalistes).

Pour écouter et acheter le disque, c'est par ici que ça se passe.

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Aragon disait « on pense à partir de ce qu’on écrit, jamais le contraire ». Pour la sensible Cat Loris ce serait plutôt « si je n’écris pas, je n’existe pas ». Dans sa vie, l’écriture est même de l’ordre de la catharsis : « Si je n’écris pas, je tombe malade, je me perds, je ne me comprends plus. »

La chanson à texte, elle aime depuis toujours.

C’est à 8 ans, en écoutant « L’encre de tes yeux » de Francis Cabrel qu’elle décide d’embrasser le métier d’auteur de chansons. D’autres artistes vont plus tard être des révélateurs d’elle-même, des tuteurs. Clarika et Renaud en tête de liste. « Renaud, c’est un mineur de fond. Il va chercher de l’or en lui pour nous, alors que c’est difficile parce qu’il y a aussi beaucoup de charbons en soi. »

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(Photo : Gilles Crampes)

Cat commence à écrire des poèmes et à chanter seule en imitant les autres… France Gall par exemple. Elle souhaite jouer du piano, apprendre le solfège, mais c’est trop onéreux pour sa famille, elle va donc inventer un système pour écrire à sa manière la musique qu’elle invente. Elle confie à son cousin qu’elle veut devenir chanteuse, il l’encourage. Cette envie irrépressible est dans sa tête et deviendra le phare qui lui permettra de garder le cap pour y parvenir.

Ses études reflètent ensuite son obsession : apprendre le plus possible sur la création artistique, les techniques d’art, l’histoire des arts, les écrits des philosophes et des artistes, bref Cat Loris se plonge dans l’apprentissage de manière jusqu’au-boutiste (ce qu’elle est par ailleurs en règle générale). Elle commence à peindre mais c’est une autre histoire. Pour mettre un peu d’argent de côté, elle pose comme modèle d’atelier. Le don de soi au service de la créativité des autres, c’est noble.

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(Photo : Gilles Crampes)

Peur de rien blues. Dans le même temps, elle prend des cours de chant. Comme tout être normalement constitué, elle ne craint pas le paradoxe. A 20 ans, elle enregistre une première maquette dans le studio d’un ami sur une chanson de Whitney Houston, « I Will Always Love You ». Bingo. Elle se retrouve un peu plus tard à chanter dans un groupe de Hard Rock. Des professionnelles de la voix lui signalent qu’avec ce genre de chant il y a un risque qu’elle perde ses aigus. Elle se tourne alors vers le piano-voix avec une amie qui a une formation « classique » et elle commence à prendre la direction qui est la sienne aujourd’hui.

Cat commence peu à peu à tourner dans les cafés concerts parisiens, avec ses amis Jean Olivet (pour qui elle a écrit deux textes sur son album sorti en 2007) et Jean-Marie Desbeaux, des artistes fondateurs et fondamentaux pour elle. Une famille de cœur. Des gens qui partagent sa sensibilité. Bonne élève qui veut tutoyer l’excellence, Cat Loris suit l’atelier d’écriture du légendaire auteur Claude Lemesle. Pour continuer « encore et encore » à apprendre.

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Dans les chœurs, de gauche à droite, Chadi Chouman, Armelle Yons, Cat Loris et Marine Williamson.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle lance le chantier « album », en 2016. Il s’appellera Hypersensible, ce qu’elle est intrinsèquement. « Mon premier album, c’est comme le lest que je balance pour que la montgolfière pique enfin vers le ciel. J’ai fait ce disque pour sceller ce qui a été, pour pouvoir avancer… et je l’ai fait aussi pour mon fils. »

Elle s’est tournée vers Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le zinc), dix ans après l’avoir rencontré sur Myspace. Il a accepté de réaliser ce premier album. «Avec Chadi, j’ai appris énormément. Il n’a pas la langue de bois. Il m’a managée, coachée et il a secoué le cocotier. Il m’a débarrassée du trop-plein de moi-même et je me suis souvent demandé s’il avait raison… mais au final, il avait toujours raison. Cette épure a mis du béton dans mes failles. »

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Cat et Chadi Chouman qui a réalisé l'album, joué, composé et co-composé...

(Photo : Gilles Crampes)

Autour d’eux, une bande d’instrumentistes et de choristes réunis par le simple plaisir d’enregistrer de bonnes chansons : Salvador Douézy (batterie/percussions), Cédric Ermolieff (batterie), Thomas Benoit (basse/contrebasse), Chadi Chouman (guitares, ukulélé, banjo, trompettes, percussions, claviers), Tchoubine Colin (trombone, percussions), Romain Sassigneux (clarinette), Brice Mirrione (clavier Rhodes et Wurlitzer), Sébastien Ménard (piano), Simon Mimoun (violons), Tony Meggiorin (piano et orgue), Frédéric Longbois (piano) et Cat Loris, Armelle Yons, Marine Williamson, Chadi Chouman, Tchoubine Colin (chœurs).

Dans les chansons ciselées de Cat Loris, à la simplicité et proximité désarmante, il y a de la nostalgie, ses peurs, ses plaies, ses joies, ses espoirs. Ce qui est sombre n’est pas forcément triste, ce qui est nostalgique ne fait pas couler nécessairement de larmes. Tout est nettement plus subtil que cela et c’est bien là la signature de l’artiste : jouer sur nos émotions et nos références passées, solliciter notre délicatesse d’analyse, nous dévoiler une autre interprétation des choses. Un style et des influences au service d’un travail de composition méticuleusement pensé.

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Au piano et à la composition de "Mauvais présage", Frédéric Longbois.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle chante qu’il faut apprendre à aimer ce que l’on est et en faire une force (« Hypersensible »), qu’on peut aider quelqu’un à porter ses valises, mais qu’il faut savoir lui rendre rapidement (« Monsieur L’escale »), que le fait d’être rattrapé par la réalité de ses sentiments est une réussite qui peut se transformer en guérison, voire mener vers la liberté (« Mon cœur, parle-moi »), que dans un couple le rapport dominant-dominé est versatile (« Ça le fait marrer »), qu’il faut profiter du moment présent et de ses côtés insaisissables (« Bonheur éphémère »), qu’il faut suivre son cœur, pas ses peurs (« Et l’amour dans tout ça ?»), qu’on peut être une femme et avoir les boules (« J’ai les boules ») et qu’il est drôle parfois d’être une garce (« Reste dormir avec moi »). Elle chante aussi la fin de l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte (« Lâcher prise »), son côté Pierrette Richard, distraite et maladroite, dont elle préfère rigoler (« Calamitas »), la non réciprocité de l’amour (« Oublie-moi »), l’espoir qu’il y ait quelque chose après la vie (« Mauvais présage »). Enfin, elle fait un clin d’œil à son mari (« Cerf-volant ») et rend hommage à une grande résistante, Colette Longbois, la mère du chanteur Frédéric Longbois (« L’ombre »)

Clip de "Hypersensible". Réalisation : Cyrielle Boucher (http://cyrielleboucher.com/)
Artwork : Cat Loris. Photos : Collection personnelle et David Desreumaux.

Hypersensible est un album de femmes. Multiple. A l’image de Cat Loris. Singulière, impatiente, à fleur de peau, révoltée, amoureuse, intrépide, excentrique ou indécise. Mettre en mots les sensations de la vie, profondes ou légères, telle est l’ambition réussie de son écriture. Elle puise dans l’humain et l’éloquent. Si l’amour fait évidemment partie du cœur narratif du disque, ce n’est pas sa seule préoccupation : « S’il fallait que je tatoue trois mots sur moi, ce serait liberté, amour et rire. » Cat Loris a l’idée chevillée au corps et au cœur que l’espoir, même lors des moments les plus sombres, est là si on sait le voir. Cette auteure, compositeure, interprète va vous toucher parce qu’elle est touchante. Et son album est poétique et vibrant. Indispensable donc.

François Alquier