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24 février 2017

Jeanne Rochette : interview pour l'album Cachée

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(Photo : Marie-Hélène Blanchet)

Musique raffinée, textes extrêmement bien écrits, subtils, profonds, acérés et souvent très émouvants. La sensible Jeanne Rochette a le sens de la formule… et certainement la formule magique pour composer des mélodies d’une beauté évidente. Je ne connaissais pas cette artiste, qui pourtant à un sacré passé musical (mais pas que), mais l’écoute de son deuxième album, Cachée, m’a convaincu, voire charmé. Je ne pouvais pas laisser passer cette femme d’aujourd’hui, romantique et passionnée, au talent indéniable

Jeanne Rochette et moi nous sommes installés dans le bar, QG de l’agence, le 26 janvier dernier, pour une intense mandorisation.

jeanne rochette,cachée,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album Cachée:

Près de six ans se sont écoulés depuis  son premier album, Elle sort, paru en 2010. Jeanne Rochette, la plus québécoise des Parisiennes, nous revient enfin avec Cachée,  une collection de 11 nouveaux titres. Jeanne Rochette offre un opus intimiste à plusieurs tonalités, dont se dégage une tendre nostalgie, profonde et poétique, jamais grave. Au-delà de quelques titres ou moments plus légers, il y a dans ce travail une vraie profondeur et une grande émotion, un temps d’écoute, où l’espace et le silence ont leur place pour mieux entendre la résonance des mots et des mélodies. Jeanne Rochette, c’est une voix claire, brillante, mature, qui jamais n’en fait trop, une musique élégante, raffinée, tant dans la composition que dans l’interprétation. Auteure-compositrice-interprète et comédienne, Jeanne Rochette étudie en parallèle le piano et le chant lyrique au conservatoire, le chant jazz, l’improvisation et le théâtre à l’université Paris 8 et dans diverses écoles. En 2004, la Parisienne part s’installer au Québec. Elle poursuit sa formation et se consacre à l’écriture de ses propres chansons. En 2010, après son premier album, elle donne avec son groupe de nombreux concerts, notamment en France, en Angleterre, en Chine, en Inde, dans les festivals de l’ouest canadien et aux FrancoFolies de Montréal. Souvent décrite par la critique comme étant une bête de scène, cette artiste entière offre une chanson française originale, inventive, très théâtrale, influencée par le jazz et l’improvisation. Jeanne Rochette invite l’auditeur à s’abriter dans sa maison… «Cachée».

Ce qu’ils en disent :jeanne rochette,cachée,interview,mandor

«Cette fille-là, elle est terrible!… Jeanne Rochette nous bluffe par son aisance sur scène et ses compositions. À suivre de près pour ceux qui aiment les belles découvertes.»  TÉLÉRAMA

«Her performance as the opening act before  Thomas Fersen was a révélation… An originally refreshing artist.»  BLOG CULTURE PLUS

«L’album de Jeanne Rochette est beau comme  un jour de pluie d’été : poétique, sobre et élégant.» JOURNAL MÉTRO

«Voix limpide et maîtrisée, textes inventifs et originaux, musique raffinée…Les chansons de Jeanne Rochette nous surprennent et nous réjouissent tant elles sont précises et bien construites.»  IICI MUSIQUE, RADIO-CANADA

«…Étonnant, rafraichissant, bouleversant… le chant si personnel et digne de respect d’une femme qui ne fait rien comme personne… Des mélodies pleines d’intelligence et de charme, quelque part entre Satie, Poulenc et Bach…»  LES BRUITS HEUREUX, RADIO VM, MONTRÉAL

«…Ses textes sont de vrais scénarios, poétiques, drôles, loufoques, surréalistes ou hyperréalistes…»  PIERRE LESCURE

«…Voix unique, ce piano aérien, ces arrangements délicats… Tout est précis, chaleureux, poétique… De la ouate pour l’oreille et le cœur.»  MICHEL RIVARD

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(Photo : Alexia Devaux)

jeanne rochette,cachée,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tu as toujours chanté.

Oui, enfant, je chantais à deux voix avec mon père. Il n’était pas musicien professionnel, mais jouait de tout et avait une vraie culture du blues, du jazz et de la chanson. Il connaissait tout Brassens. J’ai baigné toute mon enfance dans la musique, j’ai même fait partie de chorales.

Mais quelles étaient tes musiques de prédilection ?

D’abord, le baroque, j’ai aussi beaucoup écouté Bach et Chopin, ensuite le jazz, que j’ai découvert vers 18 ans. J’ai fait un stage, il fallait préparer deux morceaux jazz, alors je suis allée dans une médiathèque et j’ai écouté tout ce que je pouvais. Je suis tombée sous le charme de ce genre musical.

Ensuite tu as pris des cours de jazz et de chant lyrique au Conservatoire du XXe.

Je faisais beaucoup d’opérettes. J’ai un rapport très fort avec la musique classique.

Tu as eu un groupe de jazz.

Nous jouions des standards, c’était très formateur.

Tu as fait un passage à Orléans.

A 20 ans, un géologue à la retraite que j’avais rencontré en stage de jazz me payait des billets pour aller dans cette ville jouer dans un big band, des morceaux des années 20 et 30.

En parallèle, tu faisais des études au Conservatoire du Xe en Théâtre.

Oui, et en même temps, je passais aussi une licence en art du spectacle à l’université. Je touchais à tout. J’aime et je suis curieuse de plein de choses. J’ai fait à la fois du cirque, de l’acrobatie, de la danse indienne…

J’ai comme l’impression que tu t’éparpillais un peu, non ?jeanne rochette,cachée,interview,mandor

Non, tout ça est logique. Je ne peux pas dissocier la voix du corps. Les créateurs comme Eugénio Barba m’ont toujours intéressé. Ils s’intéressaient à l’exploration de la voix dans son ensemble.

Tu aimais l’impro ?

Ca me passionne. Des artistes comme Bobby McFerrin m’impressionnent. J’adore effectivement l’improvisation et le côté instinctif du chant. J’ai toujours cherché à faire des stages qui me mettaient en danger. Le risque ne me fait pas peur et je prends beaucoup de plaisir à essayer les choses. Tout ce que j’ai fait, tu peux considérer que c’est de l’éparpillement, moi je pense que ça m’a nourri. Si je suis la personne que je suis aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces expériences. Toutes ont été enrichissantes.

Bon, je continue la liste alors. Tu as fait aussi un spectacle sur les années 20 et 30.

Avec une compagnie, nous avons tourné pendant des semaines dans les bars. Je n’interprétais que des chansons des années folles sur Paris.

Tu as monté une pièce de théâtre également.

A 24 ans, avec une copine, on a monté des monologues de Franca Rame et Dario Fo. La première était actrice et auteur dramatique, mais aussi épouse, collaboratrice et éditrice du second. C’était très trash, des monologues de femmes super intenses. On a joué ça avec un trompettiste. C’est la première fois que je mettais en musique des textes. Au bout d’un moment, comme on était un peu en galère, je suis partie ailleurs vivre toute seule au Québec.

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(Photo : David Desreumaux pour le mook Hexagone)

Faisons un peu de philo de comptoir. Aller partout, c’est savoir où on va ?

Je pense que oui. Par exemple, là j’ai fait un choix très clair de revenir à Paris. C’est mon parcours qui m’a mené de nouveau ici. Je suis aujourd’hui plus sereine. Là, je n’ai plus envie de faire de l’acrobatie et de la danse indienne.

Tu as trouvé ta voie et ta voix ?

Il y a eu ces moments de recherches, de stimulations, de curiosité, de soif de connaître. J’ai cherché l’émotion et la force dans les choses pendant des années. Je continue d’ailleurs. Mais, je ne peux pas affirmer que j’ai trouvé ma voie ultime. J’ai commencé à écrire mes chansons au Québec. Et j’ai un peu tourné avec ces chansons. Alors, j’ai réalisé que c’était ça mon métier. Ecrire des chansons et les interpréter.

Au Québec, tu es partie combien d’années ?

Je devais rester un an, je suis restée 12 ans. Je suis arrivée en me demandant ce que je faisais là et, en même temps, j’étais excitée par cette nouveauté. C’était un saut dans le vide, comme si je sautais en parachute. J’avais 28 ans. J’ai eu des bouffées de liberté là-bas. Je me suis dit : « je suis libre, je sais vivre, je sais refaire ma vie n’importe où dans le monde ! »

Jeanne Rochette aux Francofolies de Montréal en 2016.

En t’écoutant, j’ai vraiment l’impression que tu as toujours eu des choses à te prouver.

Peut-être… C’est important d’être capable de vivre sa vie. Je ne veux pas me donner de limite. Je veux continuer à rêver.

Très vite, là-bas, tu as fait de la musique.

J’ai rencontré plein de monde via le jazz. Dans les clubs, personne ne se connait, mais les musiciens jouent ensemble facilement. Après, ça va vite. J’ai commencé à faire des petits concerts. Au bout de deux ans, j’ai rencontré François Bourassa, un pianiste de jazz très connu là-bas qui est devenu mon amoureux. Il a 18 ans de plus que moi, sa carrière était déjà bien entamée. Il a une grande sensibilité lorsqu’il joue. Entre nous, ça a été très fort musicalement. Il m’a fait découvrir tout le jazz instrumental. Pendant dix, j’étais dans une bulle remplie de musique. On a fait des tournées en Chine, en Inde… désormais, je sais que je peux assurer dans des salles de 3000 personnes.

Ton premier album, Elle sort, est sorti en 2010.

Je voulais le signer au Québec, avoir une équipe avec moi, mais les professionnels devaient penser que je n’en avais pas besoin parce que je vivais et chantais avec un musicien célèbre. Comme je ne voulais plus n'être qu’une chanteuse de jazz à Montréal, je suis donc revenue à Paris. Quitter Montréal, c’était sortir d’une torpeur. Tout était si facile pour moi là-bas.

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Pendant l'interview.

Un jour Pierre Lescure, qui était à l’époque directeur du Théâtre Marigny, vient te voir dans un bar à Montreuil.

Il a adoré ma prestation et a voulu me booker immédiatement. J’étais enceinte de mon enfant, Gaspard, j’ai dû attendre un an… mais il n’était plus directeur du théâtre.

A un moment, tu as fait tellement d’allers-retours entre la France et le Québec qu’on ne savait plus trop bien où tu étais…

Oui, et pendant cette période-là, je n’étais plus française, ni québécoise. J’avais l’impression que toute l’énergie que je mettais n’était jamais au bon endroit. J’ai réalisé que si Gaspard voyait sa maman malheureuse, il allait être malheureux.

Et ton père est tombé malade.

Cancer du cerveau, du jour au lendemain. On lui dit qu’il est condamné. On ne sait pas combien de temps ça va durer, mais du coup je suis restée plusieurs mois à Paris. En venant ici, j’ai réalisé que j’avais envie d’y rester. Depuis un an et demi, je suis là et je me suis rarement sentie autant à ma place. Il se passe des choses magnifiques pour moi. Je surfe sur cette vague-là.

Jeanne Rochette chante "La mouche", lors de la Finale du Prix Georges Moustaki 2017. Au Centre Malesherbes - Sorbonne, à Paris, le 16 février 2017.

Parlons de ce nouveau disque, Cachée.

Il a été enregistré à Saint-Elie-de-Caxton, au studio Pantouf de Jeannot Bournival qui coréalise l'album avec Mathieu Désy. François Bourassa (piano), Philippe Melanson (batterie) et Mathieu Desy (contrebasse) composent également mon équipe. J’ai commencé l’écriture avant la maladie de mon père. J’ai mis beaucoup de temps à le faire. Ce disque est empreint de la mort de mon père, de cette cassure, de l’enfance aussi… et du coup, de la fin de l’enfance. Je suis contente que cet album existe, je peux désormais passer à autre chose.

Les textes ne sont jamais au premier degré. Dans « La mouche » par exemple, il me semble que tu parles d’une femme.

Evidemment, je n’écris pas au premier degré. Je ne vais pas parler d’une femme enfermée, je préfère parler d’une mouche qui s’éclate sur une vitre.

Tes textes paraissent légers, mais si on gratte un peu, des chansons comme « L’escalier » ou « Paroles d’amie » ne le sont pas tant que cela…

J’adore ça. Sur des musiques rigolotes, raconter des horreurs. C’est instinctif chez moi. Mes chansons me ressemblent. J’ai un rapport à la vie très festif, mais en même temps j’ai un fond profond, sensible et grave.

Jeanne Rochette chante "Quand je m'aime pas". Filmée (avec Thibaud Defever à la guitare) le 8/12/2016 à La Blackroom à Clichy et diffusé lors du concert de présentation du mook Hexagone, à la Médiathèque.

Dans tes chansons, tu te caches ou tu te montres ? Un peu des deux… Non, en fait, je me montre. Je ne me suis jamais autant montrée que depuis que j’ai sorti cet album, Cachée. Je ne me cache plus.

Cachée est beaucoup moins jazz que le premier, Elle sort.

J’avais envie d’un album, plus « chanson », plus produit aussi, moins « live ». La musique est très feutrée, cela donne une énergie un peu sourde.

Dans ce métier, on apprend tous les jours ?

Oui. D’ailleurs je prends des cours de chant actuellement. Je veux toujours faire au mieux, je ne veux pas me laisser aller. Je n’ai pas de doute sur ma place quand je suis sur scène, mais pour se sentir légitime, il faut toujours travailler. Je n’ai pas de temps à perdre. La mort de mon père m’a donné une urgence. Depuis sa disparition, mon rapport à la vie a changé.

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Après l'interview, le 26 janvier 2017.

Et puis, n'oubliez pas, c'est ce soir...

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