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15 février 2021

Louis Arti : interview pour l'album C'est une parole

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(Photo  : Claude Billon)

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewLouis Arti est auteur, chanteur, compositeur, et poète. Du drame de son enfance, il en fera une œuvre complète. Considéré par certains comme l’héritier de Léo Ferré (je sais, comparaison n'est pas raison), l'auteur de « C'est extra » en personne le recommanda auprès de Barclay, et Louis Arti eut le bonheur de se produire en première partie du grand Léo.

Dans le nouvel album de Louis Arti, C'est une parole, le répertoire est, certes, celui d'un poète de la chanson mais aussi celui d'un compositeur qui sait non seulement parfaitement se mettre en musique mais à, aussi, l'art de servir d'une manière originale les poètes du patrimoine ou les contemporains, sous les formes musicales très variées qu'il pratique depuis ses débuts en 1970 : rock, funk, chanson classique, tzigane, africaine, folk américain, cubaine et blues jusqu'au rap.

Louis Arti, C'est une parole. Et aussi une voix, celle de l’Homme, forte, fragile, tendre, engagée. La mémoire du mal pour en faire naître le bien. La singularité des mots, le cri qui caresse, dixit Catherine Laugier dans le site Nos Enchanteurs.

Voici la première mandorisation de ce grand (et trop méconnu) de la chanson française. Elle a été enregistré le 20 janvier 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album : ici ou .

Argumentaire de presse: 

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louis arti,c'est une parole,mandor,interviewInterview :

Chaque chanson de cet album est dédiée à de nombreuses personnes différentes. Pourquoi ?

J’estime que les chansons ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent au public, voire au peuple. Et comme je trouve que la vie passe trop vite, je pense qu’il est essentiel de rendre hommage aux gens que l’on aime. Alors, j’en ai choisi une infime partie.

Vous venez d’un milieu ouvrier où il n’y avait qu’un livre, le Larousse.

C’est la bible du monde ouvrier. Pour moi, ce dictionnaire transformait quelque chose d’abstrait en quelque chose de compréhensible. J’ai appris énormément grâce au Larousse.

Vous écrivez des chansons, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes. L’écriture est la façon louis arti,c'est une parole,mandor,interviewidéale de vous exprimer ?

A partir du moment où je suis parti d’un monde manuel, j’ai commencé à écrire. Ça a été un grand saut de passer du monde ouvrier à un monde intellectuel… comme quelqu’un qui va sur la lune.

Il y a une chanson qui évoque le cinéma, « Ecoute la vieille chanson ». C’est aussi cet art qui vous a poussé vers l’écriture.

J’y allais tous les samedis étant jeune. Quand je regardais les films, je me disais bien qu’il fallait que quelqu’un soit derrière pour écrire les dialogues et l’histoire. Au début,  le cinéma m’a habité beaucoup plus que la chanson. Ce que j’aime dans le cinéma, ce sont les comédiens et les images. Au fond, je suis primaire… un peu comme mon écriture.

Audio de "Le jour de l'heure où je ne t'aim'rai plus". 

Il  y a une chanson d’amour dédiée à Jacqueline, celle qui partage votre vie,  « Le jour de l’heure où je ne t’aim’rai plus ».

C’est l’ange de ma vie, c’est normal que je lui rende hommage. Elle m’est essentielle.

Et vous rendez hommage aux femmes en général dans « Je vous salue madame ».

Dans ma vie, il y a deux femmes qui ont fait de moi un homme. Je dois tout à ma mère et à l’ange de ma vie. Ça ne veut pas dire que les hommes ne m’ont rien appris, mais elles, elles m’ont aidé à me réaliser. En Algérie, quand j’avais dix ans, j’entendais ce que disaient les hommes sur les femmes. A la longue ça formate quelqu’un dans le machisme… je voulu sortir de ce schéma.

Audio de "Les maillots de Fernand".

Etes-vous un chanteur politisé ? Je vous demande ça parce que la chanson « Les maillots de Fernand » est dédiée à François Ruffin.

Pour moi, un poète qui n’est pas politisé n’est pas un poète. Shakespeare et Molière étaient politisés, sinon ils n’auraient aucune valeur. Quand je suis sorti des milieux miniers, les premières personnes qui m’ont fait lire des ouvrages étaient des anarchistes. Ils m’ont fait découvrir des gens comme Nestor Makhno (note de Mandor : communiste libertaire fondateur de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne qui, après la révolution d'Octobre et jusqu'en 1921, combat à la fois les Armées blanches tsaristes et l'Armée rouge bolchévique) et Léo Ferré.

Dans « Je vieillis en t’attendant », vous évoquez le temps qui passe. Ça vous travaille ?

J’ai un rapport avec le temps qui est particulier. Est-ce que ça me vient de l’Algérie, de l’orient ?  Parfois, quand j’étais jeune, des copains arabes ne savaient quel âge ils avaient. Aujourd’hui, quand on  me demande le mien, je réponds : « j’ai 10 ans et 66 » (rires). Sérieusement, pour moi un créateur, tout comme la poésie, n’a pas d’âge. Pour moi, le temps c’est le temps de la création, le temps où je fais et j’attends quelque chose. La vie, c’est comme un grand immeuble. Soit vous prenez l’ascenseur pour aller au dernier étage, soit vous prenez les escaliers. Moi, j’ai pris les escaliers. C’était plus dur et plus long parce qu’il y a beaucoup de marches et on peut faire de bonnes ou de mauvaises rencontres sur les paliers, mais c’est la seule façon de comprendre ce qu’il se passe dans l’immeuble…

Audio de "Ca ne peut pas être vous".

Vous maniez l’ironie et le second degré à la perfection, notamment dans « Ça ne peut pas être vous ».

Là, je m’attaque aux gens de mon quartier. Je ne suis pas sociologue, je suis un gars du peuple. Tous les problèmes de la société ne viennent pas uniquement des gens qui nous gouvernent, des puissants et des riches. Ça peut venir aussi de nous tous. Il faut que nous soyons tous responsables. C’est ce que j’explique avec dérision dans  cette chanson.

Vous n’aimez pas que l’on dise que vous êtes un chanteur engagé.

Parce que je ne le suis pas. Je suis juste engagé avec moi-même. On a tous une mine en nous, il faut simplement l’explorer, et dans le cas d’un créateur, la dévoiler.

Pour vous, il y a deux catégories de chanteurs : les berceurs et les réveilleurs. Expliquez-moi ça.

Les berceurs sont ceux qui m’ont bercé : Tino Rossi, Charles Aznavour en passant par Johnny Hallyday. Les réveilleurs sont ceux qui m’ont réveillé : Brassens et Ferré en tête de lice. Quand on berce, on s’endort et on endort les gens. Les réveilleurs qui m’ont réveillé m’ont permis de sortir de la cité. Ils m’ont dit : « tu vas aller dans le désert, tu vas certainement en  baver, mais tu vas trouver une fleur unique, que tu ne trouveras nulle part dans la ville et dans ta vie ordinaire ». A partir de là, j’ai creusé dans moi-même et j’ai enfin trouvé ce que j’étais.

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A quoi bon sortir un album en 2021 ?

Je vais vous dire quelque chose que vous pourriez trouvez prétentieux. Je ne fais pas de la chanson, je fais du Louis Arti. Quant à 2021, je ne sais pas ce que cela veut dire. Tant que je serai vivant, je continuerai à explorer ce que je trouverai dans le corps de Louis Arti et je continuerai peut-être à en faire des disques.

Vous  avez une façon d’interpréter vos textes sans nulle autre pareille.

J’écris des textes qui n’ont pas spécialement rapport avec la musique. Parfois même, ils n’ont strictement rien à voir. Les deux font leur vie indépendamment. Je suis donc obligé de les interpréter d’une manière obligatoirement personnelle. Ce ne sont pas des chansons de métier.  J’ai cultivé mon infirmité. Je n’ai jamais été comme les autres, j’ai donc décidé d’être comme moi-même. Je précise tout de même que j’ai beaucoup travaillé ma voix ces dernières années afin de faire chanter les mélodies le mieux que je puisse…

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