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27 octobre 2019

Boucan (Mathias Imbert, Brunoï Zarn et Piero Pépin): Interview pour Déborder

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(Photo : Anna Mano)

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorTrois musiciens iconoclastes venant d’univers différents se sont réunis pour proposer un disque au métissage musical impressionnant. C’est certain, Mathias Imbert, déjà mandorisé là en 2007, là en 2016 et en 2018 avec Bancal Chéri (contrebasse et chant), Brunoï Zarn (guitares, banjo et chant) et Piero Pépin (trompette) n’aiment pas cloisonner. Ils s’amusent à bousculer les lignes et sauter de case en case. Tant mieux ! Boucan, c’est donc le nom de ce trio infernal, ne vient pas de sortir le disque le plus populaire qui soit (sortir de la route n’est pas en France signe de succès annoncé), mais certainement le plus intéressant musicalement de ces derniers mois.

Vous pouvez écouter l'album Déborder ici.

Leur page Facebook.

Leur site officiel.

Le 15 octobre dernier, j’ai rencontré ces trois musiciens hors pairs dans un café parisien.

Biographie officielle par DC SHELL :boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandor

On est prévenus dès le titre de l’album : Déborder. Ça va déborder. Déborder des vases clos et étanches où, séparément, macéraient le rock, la poésie, le jazz, le punk, la vie, et le reste. Car Boucan brasse tout cela dans un bordel inspiré, jouissif et iconoclaste. Un boucan, au départ, désignait un lieu de débauche. Et ce Boucan-ci est un putain de trio. Un ménage à trois accouplant, sous le maquereautage génial de John Parish, un lutin punk facétieux malmenant une contrebasse plus grande que lui, Mathias Imbert (Jim Murple Memorial, De Rien et Imbert Imbert) – un colosse aux doigts de fée prolongés d’une guitare ou d’un banjo, patibulaire mais presque, Brunoï Zarn (Le Roi Nu, Kestekop, Double Hapax) – et un spectre solaire bien embouché d’une trompette, Piero Pépin (Le Tigre des Platanes). A la voix, c’est tantôt l’un, l’autre, ou le troisième larron en foire, voire les trois à la fois en un tohu-bohu d’hurluberlus emboucanés.

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorUne palanquée de décennies plus tard, les vrais héritiers de « Sandinista », c’est finalement… EUX, ces francs-tireurs partisans des marges urbaines !
Boucan, et leur brûlot trempé de gazoil clandestin, d’hymnes despérados à la fraternité des dépossédés, d’instant-chronicles surréalistes qui suintent d’une humanité franche, d’hymnes de ramblas à pochards paumés…
Composition du stupéfiant : une base mixte, dosant le bluegrass, Ferré, les chants de matelots, John Lee Hooker et le Grand Serge. Filtrée au zéphyr du Wild West. Frappée au tamis surréaliste.
Distillée au soleil du Deep South.
Les additions d’ingrédients sont dispensées à l’humeur, pas de formatage, pas de calibrage ici, juste de la pulsion chaleureuse, de l’intuitif, du charnel, du passionnel.
La contrebasse de marlou swingue, le bugle miaule, le banjo rattle furieusement et les choeurs punkifient dans une furia de chansons néo-réalistes, cinglées par une ironie de bon aloi et parfumée au sang des poètes…
Boucan, les Dos Passos de la Zone Perdue !

« Ce premier album restera l’un des plus étonnants de l’été. » fff TELERAMA

« Boucan a vraiment son propre son. » JOHN PARISH

« Ce premier album ne ressemble à aucun autre. » ROCK & FOLK

« On dit que le calme peut annoncer une tempête et c’est bien ici le cas. » FRANCOFANS

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(Photo : Anna Mano)

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés il y a 3 ans, mais tout à fait par le fruit du hasard.

Brunoï Zarn : Après un vernissage, il y a eu une soirée où tous les musiciens présents ont fait un bœuf. Nous étions une vingtaine, mais nous trois, nous avons décidé de nous revoir. On avait compris que ça collait bien entre nous. C’est ce qu’on a fait trois fois et on a décidé de monter le groupe Boucan.

Mathias Imbert : A la fin de cette fameuse soirée, c’est Piero, que je connaissais déjà un peu, qui m’a dit qu’il fallait faire quelque chose avec ce guitariste, Brunoï. C’est le son que nous avions tous les trois qui collait bien entre nous. Dès la première répétition, on a eu la confirmation que nous étions faits pour jouer ensemble.

Piero Pépin : Brunoï est venu me voir ce soir-là et il m’a dit un truc génial : « j’ai fait des morceaux pour guitare et trompette, mais je ne connais pas de trompettiste. » J’ai trouvé ça formidable, donc on a tenté le truc.

Clip officiel de "Déborder". Images, Montage : Yaka. Regard chorégraphique : Patricia Ferrara. Décors : Anna Mano. Musique : Boucan. Avec l'aimable participation de Thierry "Le Druide" Giralt dit Gisto, Anna Mano et Keramsi

Le style musical… les styles musicaux, devrais-je dire, vous les avez trouvé dès le départ ?

Brunoï Zarn : Ça s’est fait naturellement. On vient de styles différents, mais nous avons une culture similaire et surtout, nous sommes très ouverts et curieux. Mathias vient de la chanson, mais il fait aussi du rock, Piero vient du jazz, mais il était batteur dans un groupe punk rock et moi je viens du rock’n roll, mais j’ai joué bien d’autres choses.

Mathias Imbert : Et une amitié est arrivée sans crier garde.

Piero Pépin : Tout de suite les grands mots ! (rires.)

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(Photo : Anna Mano)

Les journalistes tentent toujours de décrire votre style : jazz, jazz fusion, punk, rock…

Brunoï Zarn : Nous n’avons aucune barrière.

Mathias Imbert : Effectivement, nous n’avons pas envie de nous laisser envahir par les barrières. Mais pour le site de notre tourneur, il a fallu que l’on trouve une définition de ce que fait Boucan. On a trouvé : poésie rock-jazz-folk.

Un peu free jazz aussi, non ?

Piero Pépin : Un très bon ami musicien m’a fait cette réflexion un jour : « free jazz, ça ne veut rien dire parce que si le jazz n’est pas free, ce n’est pas du jazz ». Le jazz est forcément quelque chose de libre. Cela dit, avec Boucan, je n’ai pas l’impression que l’on fait du free jazz.

Brunoï Zarn : Comme on ne fait pas du punk, ce sont juste des accroches pour construire notre musique.

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(Photo : Anna Mano)

En tout cas, ça donne une musique libre et indomptable, je trouve.

Mathias Imbert : La construction d’une chanson peut être très établie : intro, couplet, refrain. Nous avons voulu sortir de ce systématisme. Sortir des cadres peut aussi surprendre l’auditeur au point de le perdre. La plupart des gens préfèrent se retrouver dans ce qu’ils connaissent déjà. Comme la musique expérimentale alimente notre univers, les surprises que nous apportons peuvent éventuellement effrayer.

Piéro Pépin : On a demandé toute sa vie à Nino Ferrer de chanter « Le téléfon » et « Les cornichons », alors qu’il a créé des chansons magnifiques. Il a fait des disques splendides qu’il ne vendait pas. Il a fini par se foutre en l’air.

J’aime bien l’idée que vous décloisonniez la musique. En France, on n’aime pas trop ça…

Brunoï Zarn : En France, des gens qui décloisonnent, il y en a plein et depuis longtemps. Mais on ne les entend pas. Je pense à Jean-François Pauvros ou à la contrebassiste Joëlle Léandre.

Mathias Imbert : Non, mais là, tu parles de musiciens qui sont cloisonnés dans leur style. Joëlle fait de l’improvisation expérimentale, mais finalement, ça recloisonne.

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Boucan, comme le dit un journaliste, « c’est un bordel inspiré et iconoclaste » ?

Piero Pépin : Ca nous va très bien.

Vous parvenez à écrire et composer facilement ensemble ?

Brunoï Zarn : Il y a des chansons qui figurent sur l’album qui sont arrivées dès les premières répétitions. Nous ne nous sommes jamais dit qu’on allait faire du jazz ou du rock… on ne se disait rien de tout cela. Je le répète, tout s’est fait naturellement.

Aucune prise de tête ?

Mathias Imbert : de temps en temps, Piero voulait mettre le B après le C alors que moi, je préfèrerais avoir le A à ce moment-là.

Brunoï Zarn : Oui, mais après, il y a Mathias qui ramène un texte et du coup, il faut mettre le C à la place du B et là… Sans rire, on travaille ensemble. On ne s’interdit rien et il n’y a pas de chef. Il y a une direction artistique, mais qui nous appartient.

Mathias Imbert : C’est une entité.

Clip de "Etrangler" par David Vallet (Scopitone Is Not Dead).

Les textes chantés par Brunoï sont de Brunoï et ceux chantés par Mathias sont de Mathias.

Mathias Imbert : C’est parce qu’on n’arrive pas à écrire ensemble. J’ai aussi essayé avec l’autre groupe dont je fais partie, Bancal Chéri, mais je n’y arrive pas. Je suis très personnel dans l’écriture. Je prends un certain plaisir à essayer de sortir des mots qui viennent de mon moi profond.

Mathias, tu écris de la même façon pour Boucan et pour Imbert Imbert ?

Mathias Imbert : Non, pas du tout. Avec Boucan, nous questionnons plus la construction d’une chanson. Avec Imbert Imbert, je trouve un intérêt à trouver une construction qui reste une chanson originale, certes, mais qui est plus « normale »… et qui me fait rester dans les clous. Avec Boucan, c’est le contraire. Je me demande à quel point un instrumental peut être considérée comme une chanson à part entière. A partir de combien de mots, une musique devient une chanson ? Dans « Etrangler », une chanson écrite par Brunoï, il n’y a que cinq mots. Est-ce déjà une chanson à texte ? Ça m’intéresse vraiment d’avoir la réponse, mais c’est difficile.

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Brunoï Zarn, Piero Pépin et Mathias Imbert aux Rockfield Studios.

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Aux Rockfield Studios, John Parish et Boucan.

John Parish dit qu’il n’a jamais entendu la musique que vous jouez ailleurs. C’est un sacré compliment, je trouve.

Brunoï Zarn : Ça nous a confirmé dans l’idée qu’on a bien fait de créer ce groupe.

J’ai lu quelque part qu’il a juste mis en lumière le foisonnement de vos idées ?

Brunoï Zarn : Il nous a complètement accompagné, sans essayer de prendre la main sur notre musique. Il a beaucoup de talent et de savoir-faire.

John Parish is talking about the recording of "Déborder", fist album of Boucan.

Ça fait du bien un regard extérieur ?

Mathias Imbert : Surtout un regard de cette qualité. Franchement, il a respecté notre travail. Ce qui nous a fait du bien, c’était une approbation de la part d’un magicien comme lui. Quand il te dit : « celle-là, elle est bonne », tu ne discutes pas.

Piero Pépin : Comme vient de dire Bruno, il a apporté son savoir-faire en termes d’expériences, de matériels et d’écoute. On a enregistré dans des conditions magnifiques dans des studios de légende au Pays de Galles, les Rockfield Studios, qui ont accueilli Queen, Dr. Feelgood, Motörhead, Iggy Pop, Bashung et tellement d’autres. Je te prie de croire que quand on joue là, on ne fait pas les malins.

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Pendant l'interview...

Vous avez ressenti les ombres tutélaires de ces artistes au-dessus de vos têtes ?

Mathias Imbert : Moi, je ne sens pas ce genre de choses, mais Piero et Brunoï oui.

Brunoï Zarn : Tu es avec John Parish dans un lieu qui a été important pour l’histoire du rock. Les propriétaires du studio te racontent des anecdotes avec des Jimi Hendrix, des Freddy Mercury ou des gens de cet acabit, ça ne peut pas te laisser indifférent.

Piero Pépin : Je suis comme toi Brunoï. J’ai pensé à tous les artistes qui étaient passés avant nous. C’est vertigineux.

Octobre 2018. Boucan au Rockfield Studio (Pays de Galles) pour l'enregistrement de leur 1er album. John Parish à la production.

Il parait que John Parish écoute toujours le tout, jamais la voix seul ou tel instrument seul…

Mathias Imbert : Même dans le mix, c’était intéressant de le voir bosser. Je n’avais jamais vu ça. Il travaille comme un instrumentiste. Il fait tourner la bande du début à la fin. Pendant une heure et demie, il travaille et ensuite il nous dit : « un truc comme ça, ça vous irez ? » Après il enregistre.

Il n’y a rien de numérique dans votre disque.

Mathias Imbert : John Parish ne travaille qu’en analogique.

Piero Pépin : C’est une manière de travailler à l’ancienne stupéfiante et d’une redoutable efficacité.

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A l'issue de l'interview, le 15 octobre 2019.

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