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27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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24 septembre 2014

Bertrand Guillot : interview pour Sous les couvertures

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bertrand guillot,sous les couvertures,interview,rue fromentin,mandor,openmagBertrand Guillot est une des plus intéressantes fines plumes des Lettres françaises actuelles. Outre le fait que je connais le jeune homme depuis quelques années, j’ai toujours été admiratif de son style. Écriture élégante, subtile, souvent drôle, Bertrand à l’art de faire mouche à chaque phrase... tout en délicatesse. Je suis heureux de l’avoir interviewé (le 20 août dernier) à l'occasion de ma première collaboration avec le journal OPENMAG. Je l’ai déjà mandorisé trois fois et c’est toujours un réel plaisir de passer du temps avec lui pour évoquer son amour de la littérature et son œuvre.

Bertrand Guillot écrit dans son nouveau livre Sous les couvertures : « Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? »

Et si le grand auteur actuel, c’était lui ?

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Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur! 

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

L'auteur :

Bertrand Guillot est l'auteur de quatre ouvrages : le roman Hors-jeu (Le dilettante, J'ai Lu),  B.a, ba (Editions rue fromentin), son livre-reportage sur l’illettrisme et Le métro est un sport collectif (Editions rue fromentin), recueil de chroniques consacrées au métro parisien. Avec Sous les couvertures, il s'attaque au conte pour en faire roman d'une rare originalité.

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(Photo : Marie Planeille)

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Pendant l'interview.

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Après l'interview, le 20 août 2014.

27 février 2012

Bertrand Guillot : interview pour "Le métro est un sport collectif"

bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandor

Troisième mandorisation pour Bertrand Guillot (voir et, les deux premières). Son nouveau livre, Le métro est un sport collectif, m’a charmé par son écriture et par l'originalité du sujet. Ce n'était pas gagné d'avance. Du coup, je l’ai chroniqué dans le Addiction, le mag (daté du mois de février 2012). Puis nous nous sommes vus le 10 février 2012 pour une séance photo dans le métro (vous noterez l’originalité saisissante de l’idée), puis pour une interview.

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bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandorInterview:

Sur le papier, des moments de vies dans le métro... bon, il y a plus sexy. Et pourtant, on se laisse happer par tes tranches de vies.

Très souvent, je notais ce qu’il m’arrivait et ce que je voyais dans le métro. La toute première fois, c’était il y a pas mal d’années. Je venais juste d’ouvrir un blog, Prix de Flore 2006. J’y avais écrit une longue nouvelle et après, je ne savais plus quoi écrire. Un jour je rentre du boulot, j’avais passé une sale journée, et dans le métro, sur le rebord de la poubelle, il y avait le journal L’Équipe qui avait été posé là. Ce devait être un type qui l’avait lu et qui avait dû se dire qu’il allait faire plaisir à quelqu’un. En rentrant, je lui ai rendu hommage sur mon blog. Du coup, j’ai écrit de temps en temps des chroniques sur le métro. Elles avaient toutes en commun d’évoquer des petits riens. Mais un petit rien dans un endroit comme le métro ou la promiscuité inégalée et où chacun est dans sa bulle, dès qu’il se passe quelque chose, ça prend des proportions énormes… et ça peut changer le cours d’une journée ou son état d’esprit.

Pour ce recueil, tu  as ressorti des anciens textes ou tout est inédit ?

Il y a une petite moitié d’histoires qui était déjà écrite et que j’ai retravaillée pour le livre. L’autre moitié est constituée de notes éparses récentes que j’ai reconstituées.

Quand tu as décidé d’écrire cet ouvrage, ton acuité, dans le métro, s’est-elle renforcée ?

Pas vraiment. Comme souvent, quand on veut trouver quelque chose, ça ne vient pas. Pendant 3 semaines, j’allais dans le métro en me demandant s’il allait se passer quelque chose que je pourrais utiliser. J’ai arrêté d’attendre les choses, et finalement, d’autres évènements sont arrivés.

Teaser "Le métro est un sport collectif".

Je me disais en te lisant que ceux qui ne te connaissent pas vont savoir qui tu es. Ce livre permet de lire en toi, si je peux dire. Tu te montres sous toutes tes facettes.

Je me suis concentré sur le lien a donner entre chaque chronique. C’est à chaque fois mon ressenti et je n’ai pas cherché à donner une image de moi particulière. Le jeu est sans filtre.

Dans ces chroniques, tu es observateur, mais aussi acteur.

C’est lié à l’écriture. Quand j’écris une histoire, si je ne suis que spectateur/narrateur, l’histoire aura moins de force que si je m’implique aussi dedans. La dynamique que je lui donne va lui apporter aussi un angle, ce n’est pas juste une description plate de quelque chose qui s’est passé. J’avais des chroniques qui manquaient de dynamisme, elles ne sont pas dans le livre. L’idée c’était que le lecteur voyage dans le métro avec moi sans s’ennuyer.

Dans deux-trois chroniques, tu parles d’ions, d’énergie, d’ondes qui pourraient presque influencer quelques situations…

Qu’est-ce qui va faire que dans un wagon, dans la même situation, d’un jour à l’autre, les gens vont être plus ou moins énervés ou plus ou moins souriants ? Je pense vraiment que c’est une question d’ondes avec lesquels on arrive. Quand j’ai pris conscience de ça, je me suis rendu compte que quand je rentrais dans le métro, j’arrivais avec mes ondes positives ou négatives.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot aime les jeunes filles qui lisent (son livre... ou pas).

Ce que j’aime bien, c’est que tu ne te donnes pas le beau rôle. Tu es parfois couard.

Notamment à Paris, je suis persuadé qu’on aime bien se faire des nœuds au ventre pour rien. Tu peux avoir 3 personnes qui regardent la même scène en se disant qu’il faudrait qu’ils interviennent… ils ne le font pas. Quelque part, ces 3 personnes se font du mal. Toutes les fois où on n’agit pas dans une situation, alors qu’on devrait faire quelque chose, quelque part on dépense de l’énergie négative. Ce n’est pas juste une neutralité. On se laisse bouffer par plein de trucs que l’on ne dit pas.

Je suis le prototype même du mec qui s’isole dans le métro, qui ne communique pas du tout, alors que dans la vie, je suis un communicant. Du coup, tu m’as fait culpabiliser parce que j’ai l’impression que toi, tu essaies de « vivre » le métro.

Je vais te déculpabiliser. D’abord, je ne fais pas une chronique à chaque fois que je prends le métro. La plupart du temps, je suis avec un bouquin ou mon journal et il ne se passe rien. Et parfois, je suis le nez au vent, et je regarde. Ça m’amuse d’essayer d’imaginer ce que font les gens. Et j’adore choper des conversations. Même toi, si tu es isolé avec tes écouteurs et ton bouquin, s’il se passe quelque chose, tu es quand même un peu aux aguets, non.

Je t’assure que pas toujours. Bref, ce livre m’a vraiment beaucoup enthousiasmé. Je t’ai envoyé un SMS dès la fin de ma lecture. J’ai aimé ton style et la façon dont tu racontes les histoires avec humanité, poésie et humour…

Merci, ça m’a touché, j’ai gardé ton message.  J’ai écrit ce livre pour faire sourire les lecteurs, pour les détendre. Peut-être aussi pour les faire réfléchir.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot n'aime pas les connards qui écoutent de la musique trop fort!

Tu prends du plaisir à aller dans le métro ?

Pour moi, c’est assez neutre, c’est juste mon moyen de transport. Je prends très peu le bus, je déteste le taxi. Je sais que dans le métro, je peux lire tranquillement et regarder les gens.

Pourquoi le métro est-il un sport collectif ?

J’ai cherché plein de titres et je n’en ai trouvé aucun de satisfaisant. Je pense qu’il y a une référence subliminale et inconsciente à La sociologie est un sport de combat. Mon livre n’est pas un livre de sociologie. Quoique. Quelques fragments.

(Merci à Eva Gomez, la jeune fille qui lit le livre de Bertrand Guillot sur la photo...)

01 février 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (3) : Bertrand Guillot pour "b.a-ba"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le troisième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, Frédéric Mars pour Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon, penchons-nous sur l’ouvrage de Bertrand Guillot, b.a.-ba. (aux éditions rue fromentin).

Note de l’éditeur :

9782953353822.jpgEn 2008, Bertrand Guillot pousse la porte d’un cours d’alphabétisation pour adultes, dans le 20e arrondissement de Paris. Il s’apprête à donner son premier cours. Sa motivation est la même que celle de milliers de bénévoles en France : se rendre utile et abandonner les œillères du quotidien. Écrit à la première personne, rythmé par des chapitres courts, B.a.-ba a tout d’un récit d’aventures. Celle d’un « professeur » débutant, tout d’abord. L’auteur est poussé dans le grand bain sans méthode, ni conseils. Après tout, il sait lire, non ? B + A = ba ? Pas si simple. Le costume de « professeur » taille soudain grand face à des « élèves » qui ont bien souvent vécu mille vies et Guillot prend soudain conscience de l’ampleur de la tâche. Le plus sage serait sans doute d’abandonner sur le champ. Il y pense. Pourtant… Sans vraiment se l’expliquer, il va poursuivre ses cours (il en donne toujours aujourd’hui) et vivre un an avec ses élèves, au rythme des joies et des désillusions. Une année dont il a tiré un livre : B.a. -ba.

L’auteur : Bertrand Guillot est écrivain. Depuis 3 ans, il donne des cours d’alphabétisation à des adultes dans le XIXe arrondissement de Paris. B.a-ba est le roman de cette expérience.

Certains d’entre vous le savent, je suis très amateur de la prose de Bertrand Guillot. J’avais lu avec beaucoup d’intérêt son premier roman, Hors Jeu (comme cette première mandorisation du monsieur en témoigne). Et pour tout vous dire, je suis fan de Bertrand Guillot, l’homme. Humble, intelligent, fin, drôle et pétri d’humanité non feinte. Quelqu’un de bien, en somme. (Ne m’engueule pas Bertrand, je l’écris, parce que je le pense.)

Le 14 janvier 2011, je lui ai donné rendez-vous dans un café proche de l’agence pour laquelle je travaille.

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Mandor : Ton livre, tu l’appelles un « non fiction novel ».

Bertrand Guillot : C’est comme un roman, sauf que la matière dont on se sert est vraie. Il est important de prendre conscience qu’il y a des gens qui vivent à côté de nous et qui ne savent pas  lire.

Tu racontes donc ta première année de vie de « formateur » à des élèves appelés « apprenants ».

Ca fait trois ans que je donne des cours du soir (les ateliers sociaux linguistiques) à des adultes qui ont en moyenne une quarantaine d’années, dans une association du 19e arrondissement. Ils viennent tous du Maghreb ou d’Afrique et sont arrivés en France il y a 5, 10, 15 ans parfois. Tous travaillent, maîtrisent le Français, mais ne savent pas lire.

Quel sacerdoce !

C’est une activité qui me prend 4 heures par semaine (transport compris), alors quand j’entends dire à mon sujet que je suis une sorte de saint, ça me fait doucement rigoler.

Connaissais-tu avant de commencer le nombre d’illettrés qu’il y avait en France ?

Tout le monde sait qu’il y en a 3 millions. Après, il y a des choses comme ça, que l’on sait, mais dont on ne se rend pas compte de la portée dans la vie réelle. Tant que l’on ne s’est pas soi-même projeté dans ce que ça peut signifier que de ne pas savoir lire dans un monde où il n’y pas de sous titre, on ne sait rien.

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Concrètement, c’est quoi les problèmes rencontrés les plus couramment ?

Le truc le plus classique, c’est le type qui vous arrête dans le métro pour savoir si le train va bien Gare de l’Est, alors que l’on est Gare de l’Est ou le type dans la rue avec un papier qui vous demande où est la poste, alors que c’est à côté et que vous le voyez redemander quelques mètres après à quelqu’un d’autre. C’est aussi les gens qui sont obligés de demander à quelqu’un de remplir leur chèque… bref, les exemples sont légions.

Tu ne vois plus du tout la vie de la même façon depuis que tu es formateur.

Oui et non. Quand je suis dans la préparation du cours ou juste après un cours, je vois plus facilement le monde avec leurs yeux. Même si la signalétique à Paris est assez bonne, je me rends compte à quel point il y a des trucs incompréhensibles pour eux. Je ne parle pas des discours, même simplificateurs, des hommes politiques… c’est déjà largement au dessus de leur capacité de conceptualisation, par exemple. 

Tu t’es attaché à tes « apprenants ». Arrives-tu à t’en détacher quand tu rentres chez toi ? Et n’y a-t-il pas un risque de trop s’impliquer dans leur vie privée ?

Je me posais cette question avant de donner ces cours. Pour moi, il y a avait un côté « engagement humanitaire », alors qu’il n’y a rien d’humanitaire dans cette activité. Ce sont juste des personnes qui ont besoin de quelque chose de bien définie, on fait ce que l’on peut pour leur apporter. Eux, ils se définissent comme élèves et vont à l’école et nous, pour eux, nous sommes les professeurs. Ce sont eux qui ont établi ce rôle, peut-être plus que nous. Et pour répondre précisément à ta question, il faut essayer de ne pas trop s’impliquer dans les vies personnelles des uns et des autres… c’est parfois difficile.

Bertrand Guillot 14.01.11 2.JPGTu évoques les différentes méthodes utilisées pour apprendre à lire. Constatation évidente : il n’y a pas de méthode unique.

Tu as sans doute déjà entendu parler des grands débats entre méthode syllabique ou méthode globale dans l’enseignement de la lecture. Avec ta fille Stella, tu verras ça l’année prochaine quand elle passera en CP. Depuis 10 ans, en France pour les gamins, on a arrêté totalement la méthode globale. Pour les adultes, il n’y a qu’une seule méthode qui est prônée par les quelques pédagogues qui s’y intéressent, c’est la méthode globale. Sauf que, à moins d’avoir été spécifiquement formé à ça pendant longtemps, c’est juste impossible d’appliquer une méthode globale de façon suivie. Du coup, pour les formateurs comme nous, il n’y a pas vraiment de méthode officielle. Ceci étant, tous les ateliers d’alphabétisation ont un référent. À l’association, on a une coordinatrice des ateliers qui s’y connait en pédagogie, qui a étudié ce qu’on appelle le FLE (Français Langue Etrangère) et qui nous a donné quelques directions et quelques pistes. On apprend beaucoup sur le tas.

Un livre sur l’alphabétisation, ça peut paraître rébarbatif, mais il n’en est rien. Au contraire, c’est passionnant, ludique et il y a pas mal de moments souriants dans ton livre.

Ce n’est pas calculé pour attirer le chaland, je t’assure. Les ateliers en eux-mêmes comportent plein de moments drôles. Les apprenants sont drôles parce que finalement, quand il y a 10 adultes dans une même salle, on a tous envie de rire un peu. Ce n’est pas le « souk », ce n’est pas le concours de blague… on travaille, c’est d’ailleurs épuisant pour eux d’apprendre à lire. Évidemment, j’ai plus insisté sur les moments marrants que sur les moments tragiques. J'ai pris la réalité, sans la changer et j'ai construit le livre comme un roman, pour qu'on ait envie de lire la page suivante.

Que peut faire la société française pour améliorer les choses en matière d’alphabétisation ?

Il y a deux questions. Il y a d’abord l’illettrisme qui concerne les gens qui ont été scolarisés en France et qui ne savent pas lire et l’analphabétisme qui concerne plus les migrants. En France, on fait comme si c’était deux problèmes différents. Pour l’illettrisme, il y a plein d’associations et des fondations qui donnent des sous et qui financent des programmes pour la prévention de l’illettrisme. Pour les migrants, il y a des centres sociaux et quelques associations, qui ont besoin d’un peu d’argents supplémentaires. Pas grand-chose d’ailleurs, mais un peu quand même. Globalement, le plus important, ce serait que l’on fasse en sorte qu’à la sortie du CP, un maximum de gamins sache lire parce que ce n’était absolument pas le cas.

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La langue française évolue. Le langage SMS, tout ça… qu’en penses-tu dans le cadre de ton activité ?

L’évolution de la langue ne me pose aucun problème. Avec les apprenants, les gigantesques difficultés, c’est l’orthographe. Mais, à la limite, on s’en fout de l’orthographe. Au début de l’année, ils connaissaient l’alphabet jusqu’à N et ils ne savaient pas mettre deux lettres ensemble, alors, tu vois, l’orthographe…. Je leur disais bravo quand ils parvenaient à écrire un mot de plusieurs syllabes qui phonétiquement donnait le mot qu’ils cherchaient.

D’ailleurs, tu parles de la bascule. Tu dis que c’est le moment le plus émouvant de ton engagement.

C’est clairement le moment le plus fort de l’année. Après un mois où ils ne progressaient plus, je me suis rendu compte que sur une BD, ils avaient compris l’histoire sans lever les yeux à chaque syllabe pour vérifier si je validais leurs réponses. C’est vraiment un moment exceptionnel. Après, il y a de grandes questions qui restent : des questions de vocabulaire, de compréhension sur la durée parce qu’on ne s’en rend pas compte, mais c’est super physique de lire quand on ne sait pas lire. Ils lisaient beaucoup beaucoup mieux en début de cours, qu’à la fin.  Et parfois, il y en a qui s’endorment sur la table. C’est un gigantesque effort auquel ils n’ont jamais été habitués.

Tu n’as pas peur de devenir le porte-parole des gens qui luttent contre l’illettrisme ?

Je ne veux surtout pas apparaître avec une auréole et je suis un peu emmerdé quand on me dépeint comme un saint. Je le répète, je ne consacre à cette activité que quelques heures par semaines. Je n’ai pas beaucoup de parole à porter et il n’y a pas de revendications à faire. Si on peut donner à plus de gens l’envie d’être bénévole dans des associations de cette nature, ça ferait du bien. L’autre idée que j’aime bien, qui était l’autre pan involontaire du livre, c’est de donner vie à des gens dont on entend toujours parler sous un angle statistique ou sécuritaire.  Il y  a même des gens très bien que je connais, et qui ont lu le livre, qui sont toujours persuadés que les gens dont je parle sont sans papier. Parce que : adultes, africains, travaillants, on allume la case « travailleurs sans papiers ». Bon, ben, ces gens, ils ont des papiers. Ils travaillent, il y en a même un ou deux qui sont français. Je me rends compte qu’écrire sur les Abdoulaye, Amadou, Amah, Bah, Cheikhou, Hakim, Ibrahima, Khadija, Lyès, Mamadou, Mohammadou, Moumen, Nabil, Philomène, Sadio, Sambou et autres Tombon dont je parle dans le livre, sans que ce soit militant, ça à l’air assez exceptionnel. Ça sort des cadres et c’est très bien.

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A lire également : l'excellente chronique d'Audrey Pulvar sur b.a.-ba de Bertrand Guillot.

Sur le site de la librairie Buveurs d’encre, on parle aussi (et joliment) de son nouveau livre, à l’occasion de son passage dans la dite librairie le jeudi 10 février prochain.  

13 septembre 2010

Bertrand Guillot... "Hors Jeu", enfin en poche !

A l'occasion de la sortie du livre de Bertrand Guillot, Hors Jeu, en édition de poche chez J'ai Lu (le 25 août dernier), je vous propose la note publiée en août 2007 (date de sortie de ce même livre aux éditions Le Dilettante)...

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Le truc, c’est de faire comme si je n’avais jamais vu ce garçon, comme si je n’avais jamais fait de sorties nocturnes avec lui ou bu des coups (diurnes) ensemble. Allez, je vais faire comme si ce n’était pas un bon ami. Comme si je n’adorais pas passer des moments avec lui.

Comme si.

D’accord ?

Donc, je prends rendez-vous avec lui pour organiser une vraie interview.

Genre, on se voit dans un café et on discute sur l’objet du délit.

0fa058a3f0884411aee7cdde9d81ebdd.jpgEn l’occurrence un livre.

Celui de Bertrand Guillot (dont, rappelons-le, je n’ai jamais entendu parler, hein), Hors jeu.

L’histoire de Jean-Victor Assalit. Un ex d’une grande école (HEC) qui traverse une période creuse et donc, qui est un peu rejeté de la horde de ses amis « dominants ». Et quand on est plus dans le coup, on fait un peu n’importe quoi. Une blague d’un de ses potes (lui, tout à fait « dominant actif ») va le transporter dans le monde épique du jeu télévisé. Il s’agit, très précisément pour notre héros, de participer à l’émission La Cible , présentée par Olivier Minne.

C’est lui, à côté de je ne sais pas qui.

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Alors, raconté comme ça, je ne sais pas si je motive le lecteur érudit que vous êtes à vous jeter sur l’ouvrage. Mais, les amis, je tiens à ajouter que, d’accord il est question de « tests, farandoles de questions, quiz mutins, trous de mémoire et érudition lance-roquette, coaching et training » mais pas que.

Jean-Victor devient, en quelque sorte, « l’ambassadeur officiel des Dominants dans le monde fascinant de la télévision populaire ». Il veut gagner « avec la manière » et doit donc passer des castings « élément central d’une société de castes » le plus brillamment possible. Je vous passe les détails, mais, comme pour lui c’est un moyen de rebondir, ses amis deviennent son staff… évidemment, tout ne se passera pas comme prévu.

C’est mieux là ?

Sinon, je peux dire qu’il y a une bonne tranche d’amour, d’humanité et de morale dans cette histoire. Je peux le dire parce que c’est vrai.

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Donc, je rencontre ce jeune homme dans un bar d’à côté de chez lui. Admirez, sur la photo, comme on sent qu'il est un ancien "dominant!".

Comme je ne le connais pas, je ne sais pas qu’il prend du café l’après-midi et de l’alcool qu’à partir de 18 heures (en gros), donc, comme c’est la première fois que je le rencontre, je lui demande :

-Vous buvez quoi maître ?

-A cup of tea, please.

Il se prend pour Marc Lévy ou quoi ? C’est ridicule, je sais très bien qu’il est français et qu’il boit comme tout 36304fffbc87af1f61a1949613443573.jpgbon français, un café. Moi, je reste au vin rouge (je suis français également, mais un peu plus que lui, visiblement).

Je pose à cet intrigant personnage tout plein de questions vachement passionnantes. Il me regarde admiratif.

Je lui fais remarquer que, bon, je sais, je suis Mandor, mais quand même, il n’est pas obligé de me déifier (c’est gênant).

 

Je lui demande s’il s’est rendu compte que son livre est aussi un manuel du parfait candidat :

-J’ai pourtant pas mal élagué. Si quelqu’un veut participer à un jeu télévisé, qu’il m’appelle pour que je lui donne la version longue.

Après une telle déclaration, ce type, là, devant moi, que je découvre en vrai (puisque je ne l’avais jamais vu jusqu’à présent) m’apparaît tout à coup comme un mec généreux.

Comme je ne connais rien de sa vie, de son passé, je l’interroge sur la part autobiographique de son roman.

3b66f08a4884f2fd9b315473968668b8.jpg-Je sors moi aussi d’HEC. Des «  dominants », j’en connais, j’en côtoie encore, j’ai été chez le même éleveur. J’ai commencé à bosser dans des boîtes de « dominants » puis j’ai fait un pas de côté parce que je trouvais ça vain. L’idée de dominer ne m’amusait pas spécialement. Jean-Victor n’est pas moi. Fondamentalement, le héros de mon livre est un garçon que je considérerais dans la vie comme quelqu’un d’antipathique. Pour être franc, la seule partie autobiographique du roman est le casting. J’ai vraiment passé celui de La Cible. Je devais y aller avec un copain qui m’a finalement lâché. J’ai pris cette expérience comme une aventure, un voyage dans un monde inconnu. J’ai vite senti qu’une histoire pouvait sortir de ce que je vivais à ce moment précis. Je me suis mis dans une disposition particulière. Les yeux et les oreilles grands ouverts mais dans l’action. Le lendemain, j’ai gratté une trentaine de pages.

Il est bavard, ce Bertrand Guillot (dont je ne sais même pas qu’il est aussi connu sous le pseudonyme de Second Flore, c’est vous dire, s’il est un parfait étranger pour moi).

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La grande question (vous allez constater par vous-même, j’ai parfois des éclairs de génie quand je me mets à interroger).

-Tu as le trac ?

(Sous-entendu, quand votre livre va sortir… la réaction des gens, les chiffres de ventes…etc.)

(Ne me demandez pas ce que peut signifier le …etc., je n’en sais fichtre rien, mais ça veux dire que si je voulais, je pourrais donner bien d ‘autres exemples.

Si je voulais.)

-Globalement, depuis que j’ai signé avec Le Dilettante, cette histoire de bouquin a réveillé chez moi des pulsions paranoïaques que je ne connaissais pas. Je suis plutôt un type zen, mais, là, je ne suis plus du tout serein.

S’il n’est pas serein, l’oiseau (oui, je sais, elle est franchement bonne, celle là) risque bien de remporter son petit succès.

À mon humble avis de garçon tout à fait objectif.

Bertrand Guillot a écrit un roman populaire, amusant, positif et (un peu) philosophique.

Une manière de voir la vie intéressante.

Avec tout plein de trucs qui émotionnent son homme (ou sa femme).

(Avouez que comme critique littéraire, je me pose là. Mon style est tout à fait étonnant !)

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Bref, j’ai aimé.

Et, imaginons un instant que ce Bertrand, en vrai, ce soit un sacré bon pote. Et ben, je n’aurais pas apprécié, j’aurais fait plus soft.

Si.

Assurément.

Sinon, quelle idée de sortir son premier roman lors de la rentrée littéraire !

-Mon éditeur, Dominique Gaultier m’a expliqué : comme c’est votre premier roman, vous avez le choix entre prendre le risque d’être noyé à la rentrée et avoir une certitude d’être ignoré un autre moment.

Bon, ça calme les ardeurs !

Le livre est en vente dans toutes les librairies et le bouche à oreille est excellent.

Donc, vous faites ce que vous voulez, mais je vous conseille d’être curieux.

Message personnel : Bertrand, pour le resto promis, c’est le Fouquet’s.

Je déconne.

Pfff… aucun humour.

Cadeaux bonus:

 Quelques liens sur le livre de cet auteur en devenir:

http://blogclarabel.canalblog.com/archives/2007/08/24/580...

http://lectures-de-stephanie.blogspot.com/2007/08/bertran...

 http://papercutswebzine.wordpress.com/2007/08/27/bertrand...

http://www.evene.fr/livres/livre/bertrand-guillot-hors-je...

L'article de Biba de ce mois-ci:

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