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08 novembre 2018

Bertille : interview pour #EP

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor« Bertille c'est un son, une humeur, une voix singulière, et le sensible comme étendard. L'élégance brute et sans compromis d'une chanson électronique et orchestrée ». C’est ainsi que nous est présentée Bertille dans son dossier de presse. Bien vu. Cela fait quelques temps que je suis cette multi-instrumentiste de formation classique dans ses différents projets. Déjà mandorisée en 2015 pour le duo qu’elle constituait avec Olivier Daguerre et plus récemment en 2017 pour sa participation au groupe Wallace. J’ai toujours apprécié l’artiste qu’elle est, mais aussi cette jeune femme, toujours souriante, un peu timide et d’une désarmante gentillesse.

Dans ce premier EP en solo (qui sort le 16 novembre), elle se livre donc pour la première fois sans se « cacher » derrière quelqu’un. Le dossier de presse l’indique parfaitement : « Un univers féminin, mélangeant le doux au dur, les caresses aux coups de griffes. »

Le 15 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à Bertille Fraisse en terrasse d’un bar parisien pour un troisième entretien… mais cette fois-ci, en tête à tête. C’était sa toute première interview pour ce disque.

Biographie officielle (par Samuel Rozenbaum) :bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor

Si c’était la bande annonce d’un film, ce serait au début de l’après-midi. Intérieur, jour. Une lumière bleutée envahit le salon. Sur le canapé, de dos, une jeune femme. Gros plan sur sa joue, une larme coule. Avant d’atteindre le menton, l’eau a séché. Seule une légère trace reste sur sa peau, comme en filigrane, invisible si ce n’est au soleil.

La montée des océans ne peut pas être imputée à Bertille. De ses histoires tourmentées, elle ne garde que l’essence, celle qui lui permet d'avancer. Inutile de s’encombrer de la part liquide de la tristesse, elle a confié ses larmes au vent. Peut-être est-ce par pudeur, peut-être par timidité. Quoiqu’il en soit, Bertille se cache moins qu’on ne l’imagine. Nous ne sommes pas en présence d’une éternelle indécise qui bascule de la chanson à l’électro selon la mode du moment. Nous ne sommes pas face à une musicienne qui ne sait que choisir entre son violon et ses claviers. Elle est de ces figures inspirées qui ne font pas la course, qui s’exercent et peaufinent leur art sans savoir qu’elles exercent et peaufinent leur art. Bertille ne fait qu’être. Et voici le moment de la révélation, dans la succession de ses mots, l’évidence de son oreille musicale. Tout est cohérent, tout est aligné. La fréquence de chaque élément qu’elle révèle entre en résonance avec ce qu’elle est. Tout sonne juste. Nous sommes en présence d’un accord parfait.

À n’apercevoir que la légèreté de Bertille, je n’avais pas fait attention à l’épaisseur de son talent. J’ai hâte de découvrir de quelle couleur sera la fin de l’après-midi.

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandorInterview :

Enfin, nous voilà en tête à tête. Jusqu’à présent, je t’ai toujours vu accompagnée d’autres artistes.

C’était pour moi plus facile de ne pas être seule. En termes de création, on est partie prenante, mais on peut doser l’implication, alors que seule, il faut y aller en entier.

Pourquoi as-tu franchi l’étape de l’EP en solo ?

C’est la suite de mon chemin. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette. J’avance au jour le jour. Dans mon parcours musical, j’ai toujours fonctionné ainsi : aux rencontres, à l’amitié et à l’intérêt que je porte aux projets qui me sont proposés… C’est ce chemin et les personnes que j’ai rencontré qui m’ont amené là. Le fait de chanter, par exemple, c’est quelque chose que j’ai fait petit à petit, au fil des collaborations, jusqu’à Olivier Daguerre avec qui j’ai fait l’album Daguerre et Bertille où là, j’ai trouvé une vraie place de chanteuse.

A la base tu es sidewoman (accompagnatrice).

Oui, j’ai mis ce que j’avais à proposer au service des projets des autres. J’ai fait ça très longtemps. Etonnamment, c’est l’écriture qui m’a donné envie de concrétiser ce projet solo. Moi, aussi j’ai des choses à dire.

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Bertille est aussi une formidable violoniste.

Tu les couches régulièrement sur papiers ces choses ?

Je n’ai pas encore trouvé mon fonctionnement. Parfois, ça vient d’une idée qui me traverse l’esprit, parfois ça vient d’une mélodie. Mon moteur, c’est l’émotion et le sentiment. Je suis assez novice en écriture, mais pour l’instant mes textes sont souvent ces émotions que je mets en abyme et que j’essaie de décrire le plus honnêtement  possible. Pour le moment, je suis dans ma bulle, mais dorénavant, j’essaierai d’écrire des chansons en arrêtant de regarder mon nombril pour mieux voir ce qu’il se passe autour de moi.

S’il te plait, ne fais pas de chansons engagées.

Je ne sais pas comment font ceux qui y parviennent. Je ne sais pas le faire.

Pour moi, ce n’est pas le rôle de l’artiste. Je préfère qu’il me fasse rêver plutôt qu’ils me donnent l’impression de regarder BFM TV.

Sur ce point-là, c’est très vrai. Je n’irai jamais dans cette direction. Mon engagement est dans ma vie de tous les jours.

Clip de "Je plonge".

Tu as écrit tous les textes de cet EP ?

Non, j’ai demandé à certains artistes que je connais bien et dont je suis admirative de m’accompagner. Cette façon de m’accompagner c’est aussi, de leur part, une façon de me placer sur la route. Olivier Daguerre a écrit « Les rivières" par exemple. « La véranda » est une chanson écrite par Jérôme Pinel de Strange Enquête. C’est quelqu’un que j’ai rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Le dernier jour de cette session, il a écrit cette chanson en 24 heures et je me la suis appropriée.

A Astaffort, tu as appris à écrire pour les autres aussi ?

Quand tu écris pour toi, il faut interpréter en assumant le propos. Quand j’ai écrit pour les autres, j’ai eu l’impression de m’être autorisée beaucoup plus de choses. Grâce à Astaffort, au moment de l’écriture, je peux me dissocier de l’interprète. Avant, j’écrivais en m’imaginant interpréter ce que j’écrivais.

Tu écris à quelle fréquence ?

Pour tout t’avouer, je n’écris pas beaucoup. Je trouve que c’est un acte très précieux. Je suis très admirative des gens qui écrivent, du coup je me sens très petite par rapport à l’écriture. D’ailleurs certaines chansons ont eu trois ou quatre versions. Je suis une besogneuse.

Tu es pudique dans la vie ?

Très pudique.

Avec les chansons de cet EP, tu n’as pas eu l’impression de te mettre à nue, de te livrer à tout le monde ?

Je m’en suis rendu compte après la création. Quand j’ai écouté les chansons finies, j’ai été effarée par ce que je racontais sur moi (rires). Même si, quand on écrit une chanson on travestit un peu la réalité, il y a quand même beaucoup de moi dans mes textes.

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(Photo : François Mandor Alquier et iPhone5)

Il parait que tu puises aussi dans tes muses… Qui sont-elles ?

Mes muses, ce sont les gens qui m’ont appris des choses et qui m’ont fait ressentir des choses très fortes, qu’elles soient positives ou plus dures à vivre. Mon amoureux, d’anciens amoureux… parfois, je les mélange et je puise de l’inspiration dedans.

Tu comparerais la musique à quoi ?

A de la peinture par exemple. J’aime les paysages sonores. J’ai été forgée à l’école classique, donc il me faut de belles mélodies, mais j’aime la texture. C’est en cela que ça peut se rapprocher de la peinture. Ce que je trouve fabuleux avec la musique électronique, les synthétiseurs et les cordes, c’est la matière. Au moment de l’écriture, je décris quelque chose plus que je ne l’écris.

Tu pourrais faire des musiques de films ?

J’adorerais. Je suis toujours fascinée quand la musique fonctionne avec l’image.

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Bertille Fraisse et Maëlle Desbrosses.

Comment défends-tu tes nouvelles chansons sur scène ?

Nous sommes deux. Je travaille avec Maëlle Desbrosses, une musicienne magnifique. Elle est violoncelliste, altiste et fait les chœurs aussi. Ce que j’aime, c’est qu’elle vient de la scène jazz contemporain, expérimental même. Moi, j’ai mon ordinateur, mon synthétiseur, mon violon et ma voix. C’est la formule idéale pour mes chansons.

Que pensent Erwann de Wallace et Olivier Daguerre de cet EP? Je le rappelle, ce sont deux des artistes avec lesquels tu as collaboré.

Ils aiment beaucoup, mais c’est vrai qu’ils m’aiment beaucoup…

Tu veux dire par là qu’ils ne sont peut-être pas objectifs ?

Si, ils le sont. Ils sont honnêtes et de bons guides, alors leur avis était important car je leur fais confiance. Ils connaissent ma sensibilité et mes limites. Ce sont deux personnes qui m’ont beaucoup poussé et fait évoluer. Daguerre est à l’origine de cette envie de chanter seule. Il m’a montré que j’en étais capable.

A quelques jours de la sortie du disque, tu te sens comment ?

Je suis très entière, alors je ne peux pas faire comme si j’étais très sure de moi. La façon que j’ai de « survivre », c’est d’avoir été honnête avec ma proposition. Ce que je trouve génial, c’est que l’EP va sortir et je ne le vis pas comme une fin en soi, mais comme un début de quelque chose. Une continuité de mon chemin…

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Après l'interview, le 15 octobre 2018.

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09 juillet 2017

Pause Guitare (3) : Interview de Wallace pour leur premier album

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(Photo : Pierre Wetzel)

Logo-Decouverte-Chanson.jpg.pngA Pause Guitare, il y a une scène « découvertes ». Sans cesse à la recherche de la « perle rare », Arpèges & Trémolos milite et agit de façon concrète depuis de nombreuses années en faveur de la découverte dans le domaine de la chanson. Membre actif de plusieurs réseaux professionnels à échelles différentes, et de portées différentes, l’association effectue aussi un travail auprès des professionnels de la musique. Le tremplin « Découverte Chanson » est organisé à chaque édition du festival, principalement par Dominique Janin. Le jury se compose de professionnels du spectacle et du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. Deux raisons à cette exposition médiatique pour eux : la présence de professionnels du spectacle sur le tremplin « Jeunes Talents », et l’adhésion du public au spectacle proposé.

En ce samedi 8 juillet 2017, sur la scène de l’Athanor, j’ai été ravi de retrouver quelques artistes que je connaissais, Clio et Makja et d’autres que je découvrais comme Les Idiots, Dalton Télégramme et Wallace.

C’est ce groupe composé de R1 Wallace au chant et à la guitare (Les Hurlements d'Léo), de Bertille Fraisse (Kebous, Daguerre, The Neighborhood) (déjà mandorisée ici) au violon et au chant, de Nicolas Grosso (Zazous Zélés) aux guitares et de Lois Eichelbrenner (The Neighborhood) à la basse que j’ai choisi de mettre en avant. A l’issue de leur prestation, R1 Wallace et Bertille Fraisse sont venus à ma rencontre.

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(Photo : Eric Morere)

Wallace-Visu.jpgArgumentaire officiel (mais écourtée) par Esteban di Marco :

Si pour certains la vie est, ou n’est pas un petit grand fleuve tranquille, la vie de R1 Wallace (Erwan Naour pour l'état civil) est un long canal plein d’écluses…

Après s’être brûlé sur les planches de très nombreuses scènes, le cofondateur du groupe Les Hurlements d’Léo nous revient toujours avec le poing fermé, mais cette fois-ci sur un médiator. Après X années de concerts en France, en Europe et dans un monde presque entier, il est de retour avec un nouveau projet baptisé Wallace.
Sa rencontre avec Bertille Fraisse lors d'une collaboration musicale en 2013 sera déterminante
dans l'élaboration de ce projet. Celle-ci l'encourage dans sa volonté de monter un répertoire plus personnel ou ses mots et sa voix trouveront en écho une ambiance filiale de musique de chambre. Pour cela, elle lui présente son frangin de conservatoire Nicolas Grosso, brillant guitariste nourri à Brian Setzer et tenant Django Reinhardt pour Maître. R1 leur amène, à eux instrumentistes hors pairs, sa poésie brute de coffre. Et le mariage est réussi. Un grain de voix qui ferait passer le papier de verre et la toile émeri pour du velours ou de la soie, tout en laissant une place à chacun, chacune de ces textures.
« Je supplie la lame qu’elle soit bien tranchante cette fois... »
Ce premier album de Wallace, commence comme finit l’Etranger de CamusCamus l’homme de la révolte et de l’absurde. Un album de chanson française puisqu’on y parle la langue de Rabelais, « Mon cul » ou celle de Prévert « C’était toi » et bien d’autres. De Villon à Brassens... De la chanson française avec une couleur sonore inimitable, quelques grammes de rage, de tendresse, du violon, des guitares manouches ou énervées, des synthétiseurs, Wallace a de la gueule et du chien. Vous prendrez du coup, ce premier opus en plein museau… Wallace ne rêve que d’une seule chose, vous embarquer avec eux.

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13669676_1818971645004849_4084188757367450110_n.jpgInterview : 

Jouer dans ces conditions, juste 30 minutes, c’est agréable ?

R1 Wallace : On a fait le mieux que l’on pouvait par rapport à ce que l’on sait faire. J’ai l’impression qu’on a rempli notre mission. On a pris beaucoup de plaisir en tout cas et j’espère qu’on a réussi à en donner un peu.

Bertille Fraisse : Et le public était hyper réceptif. Nous l’avons ressenti.

Erwan, ta carrière avec Les Hurlements de Léo a débuté en 1996. Ce n’est pas bizarre de se présenter devant un jury de pros après plus de 20 ans de concerts et de succès ?

R1 : Il est normal que les gens ne trouvent pas acquis tout ce que je fais parce que je viens d’un groupe qui a eu une vie et qui a beaucoup tourné. Se remettre de temps en temps en question fait partie du jeu. Wallace est différent de mon travail avec Les Hurlement de Léo, il faut donc que je reparte au charbon pour convaincre ceux qui m’écoutent. Je trouve cela naturel.

Bertille : On a tous quelques heures de vol dans le métier, mais ce que l’on joue est tout neuf. C’est comme si nous repartions à zéro, en tout cas en terme de notoriété.

R1 : Wallace a pris une direction qu’aucun de nous quatre n’avaient emprunté. On a refait des bistrots, des petites salles, comme quand on a débuté. Repartir à la base, c’était important pour moi.

"Le sang des baleines".

Les Hurlements de Léo, tu en avais marre ?18199322_1978417375726941_6392629008244511599_n.jpg

R1 : J’ai du mal à en parler de manière simple, alors que la situation l’est. J’avais juste envie d’autre chose. J’aime mes copains des Hurlements, mais il fallait que j’aille voir ailleurs. Et cela faisait longtemps que j’en avais envie. Il a fallu que je rencontre Bertille sur une collaboration musicale pour qu’elle me donne l’idée de tenter une nouvelle aventure. Elle a été la petite étincelle qui m’a permis de switcher.

L’âge aidant, on a envie de varier les plaisirs, non ?

R1 : Mais, tu ne crois pas si bien dire. Cette  nouvelle aventure correspond à une espèce de crise de la quarantaine, qu’elle soit professionnelle ou dans ma vie perso. J’avais besoin de tout repeindre en bleu.

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Wallace à Pause Guitare le 8 juillet 2017 lors de la scène "découverte".

(Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic)

Bertille, tu te sens bien dans ce groupe ?

Bertille : Oui, très bien. Avec Erwan, on commence à bien se connaître, Nico, le guitariste, est un ami de longue date, nous sommes tous les deux originaires de Sète.

R1 : Pour que je fasse sa connaissance, Bertille a organisé un petit apéro. Au bout de 10 minutes, nous nous sommes donnés rendez-vous pour jouer ensemble.

Bertille : Wallace, c’est très « famille ».

R1 : Les Hurlements, c’était génial, mais on était une bande de fous, une équipe de foot survoltée, une meute incontrôlable. On a commencé, nous avions 22 ans. Nous n’avons pas toujours eu une bonne réputation, mais c’était justifié. Nous nous sommes comportés, et moi le premier, un peu comme des enfants gâtés. Ça a très bien marché, nous jouions partout, il y avait du monde à tous nos concerts. Il arrivait que l’on en fasse 120 en une année. Bref, ça a fait chaud dans la tête, du coup je me suis permis des choses dont je ne suis pas fier. Je peux dire qu’il m’est arrivé de me perdre. Aujourd’hui, je n’envisage plus la musique comme une équipe de foot, mais comme une famille. En famille, on s’engueule, mais c’est quand même la famille.

"C'était toi"

La sagesse est en toi, Erwan?

R1 : Non. J’y travaille.

Il faut garder un grain de folie ?

Oui. Il faut rester fou. La sagesse est un long chemin, pas un état.  

Une présence féminine, ça apaise un groupe ?

R1 : Pour moi, ça ne change rien, je crois.

Bertille : Peut-être que cela apaise la musique. Les femmes et les hommes n’envisagent pas tout à fait l’émotion de la même façon, du coup, forcément dans le jeu et la créativité, c’est un peu différent.

R1 : En terme de sensibilité, Nico, à la guitare, à lui aussi une sensibilité féminine. Il est capable également de jouer comme un bourrin, c’est ça qui est génial chez lui. Il est magnifique dans les deux cas. Pour en revenir à Bertille, elle aussi sait être rockeuse et être carrément mâle. Je n’ai pas eu l’occasion de le dire, mais je considère que je suis extrêmement chanceux d’avoir ces personnes à mes côtés. On parle le même langage, eux avec leur instrument et moi avec mes mots. Nous allons tous dans la même direction et c’est un immense plaisir.

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Pendant l'interview...

(Photo : Jérémie Boulon)

J’ai l’impression qu’avec Wallace, tu ne chantes pas de la même façon qu’avec les Hurlements de Léo.

R1 : Clairement pas. C’est parce que je bois moins (rires). Non, quand tu joues à huit avec une section cuivre et un batteur de rock, il faut un peu brailler. Aujourd’hui, j’assume mieux de chanter calmement. Je n’avais pas compris que l’on pouvait faire passer des messages très forts en chantant plus doucement. Pour le deuxième album j’ai bien l’intention de proposer vocalement autre chose encore.

Déjà un deuxième album ?

Bertille : C’est marrant parce qu’avant de commencer l’enregistrement du premier album, Erwan nous a prévenu qu’on allait n’en faire qu’un. Il n’était pas question de faire une carrière « Wallace ». Comme l’aventure est géniale, que les concerts s’enchainement et que cela se passe bien, naturellement, on se projette sur un deuxième album… à l’automne 2018.

Avec ton comparse de toujours, Laurent Kebous (mandorisés là), tout va bien ?

R1 : Oui. Si j’ai un frangin dans le métier, c’est bien lui. Nous nous sommes rencontrés à l’âge de 10 ans, on a monté Les Hurlements ensemble, on a tout connu. C’est vraiment lui qui a tenu la baraque pendant toutes ces années, j’ai beaucoup d’estime et d’affection pour lui. On avait juste besoin de prendre un peu d’air, mais tout va bien entre nous.

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Avec Bertille Fraisse et R1 Wallace à l'issue de l'interview, le 8 juillet 2017 à Albi.

(Photo : Jérémie Boulon)

30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.