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18 octobre 2014

Bernard Werber : interview pour La voix de la Terre

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(Photo : Le Point)

11389-650x330-bernard-werber.jpgBernard Werber sort le 3e volume de la trilogie Troisième humanité, La voix de la Terre.

Je l’avais déjà mandorisé pour le premier tome.

Rappelons qu’à l'origine de l'ensemble du projet, il y avait cette question simple (mais finalement très complexe): Quel est le point de vue de la planète TERRE, elle-même, sur le comportement des hommes envers elle?

Selon l’auteur, « la meilleure manière de faire comprendre une autre écologie serait d'imaginer une communication directe avec ce sur lequel nous marchons. Nous aurions ainsi enfin accès à ce que pense la Terre des hommes qui la saupoudre. Pour elle, nous sommes une espèce jeune, envahissante, dépourvue de système d'autorégulation, mais avec d'immenses potentiels dus à la maitrise des technologies, notamment de communication et de voyage dans l'espace ».

Dans ce 3e volume, l'histoire de notre espèce va faire un bond en avant même si ce bond se fera au prix de l'affrontement de menaces venant de l'espace (astéroïde) ou des tensions internes (3e guerre mondiale). Mais n'est-ce pas ainsi que se crée l'Evolution ?

A l’occasion de cette sortie évènement, j’ai posé quelques questions à Bernard Werber, dans un café parisien, le 19 septembre dernier. Voici le fruit de cette interview publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d'octobre 2014 (avec ensuite un bonus mandorien).

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Pour ceux qui n’arrivent pas à lire l’intro, comme je ne fournis pas de loupe, la voici en plus lisible.

La saga des micro-humains commencée avec "Troisième humanité" se poursuit sur fond d'apocalypse. Alors qu'une 3e guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Dans la "La Voix de la Terre", on retrouve David Wells (descendant d’Edmond Wells) et Aurore, mais aussi de nouveaux personnages qui vont recréer le lien avec la planète grâce à la mise au point d'une communication par l'entremise des pyramides. Rencontre avec Bernard Werber qui sort son 20e livre en 23 ans de publication.

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Bonus mandorien:

Vous souhaitez émerveiller les autres avec ce qui vous émerveille ?

Mettre ma pensée dans quelque chose qui va me survivre, comme des livres, me fascine. Les gens reçoivent cette pensée et elle se met à vivre. Le mot écrivain me semble une réduction de cette activité qui consiste à lancer des idées, à les faire vivre et à les présenter de manière amusante. Je me vois plus comme un raconteur d’histoires et un diffuseur d’idées.

Vous êtes observateur du monde et de la vie des gens, m’avez-vous dit un jour…ce qui nourrit vos romans.

La fonction d’un romancier, c’est de prendre ce qu’il y a autour de lui pour fabriquer un produit qui n’est pas la même chose. Un peu comme les abeilles font avec le pollen pour fabriquer du miel. Moi, j’utilise ce pollen pour en faire mon miel. Le miel, il faut qu’il soit le plus pur possible pour que ce soit le plus agréable possible à consommer. Pour ma part, il y a une jouissance à prendre le pollen et une jouissance à faire le miel. L’extrême jouissance, c’est quand je vois le consommateur satisfait. Tout cela fait partie d’une chaîne où tout prend sa place avec harmonie. Quand je regarde le monde, j’ai la même jouissance et la même gourmandise qu’à une abeille regardant un parterre de fleurs.

C’est quoi être écrivain ?

C’est une passion. Je crois que plus j’ai de plaisir à écrire, plus le lecteur aura de plaisir à lire mes livres. Le livre est un objet de plaisir à fabriquer et à consommer. Il ne doit pas y avoir d’efforts ni à la création, ni à la lecture. Tout ça doit se passer de manière fluide. Il faut que l’écrivain se mette dans un état particulier, qui est peut-être un état de transe dans lequel les choses se font et arrivent toutes seules. S’il y a un effort intellectuel pour séduire le lecteur, là, on est out. Il faut juste arriver à transmettre de l’émotion. Au bout de 20 ans de métier, je n’ai plus la préoccupation de la technique, je n’ai plus que celle de la transmission d’émotions.

Vous arrive-t-il de décrocher ?

Non, l’écriture est pour moi pratiquement une maladie. Je suis tout le temps hanté par mon roman en cours. Je regarde tout ce qu’il se passe autour de moi pour voir si ça peut devenir une scène du livre. Quand je rencontre des amis écrivains, j’ai tendance à leur raconter mon roman pour voir si ça les intéresse. Pareil pour mon entourage.

Vous travaillez tous les jours de huit heures à midi et demie. Vous ne dérogez jamais à cette règle?

Je ne me repose jamais. Mais je trouve le repos dans l’écriture. Quand mes personnages se reposent, je me repose. Pour moi, être écrivain n’est pas un métier, c’est une vie entière.

Avez-vous parfois l’angoisse de la page blanche ?

Non, mais je fais toujours beaucoup de romans avant d’aboutir au bon. Par exemple, j’ai écrit quinze La Voix de la Terre. Chacune des versions faisait 500 pages. Chez moi, l’écriture et les idées viennent facilement, mais les premières versions ne sont jamais bonnes.

Un livre de Bernard Werber est donc le best of de quinze précédents, c’est ça ?

Disons que c’est le meilleur de ce qu’il y avait dans les quinze versions. Il faut être patient. J’ai un débit de dix à quinze pages par jour. Je vois le travail d’écrivain comme un marathon. Il y a un rythme à trouver, une fois que l’on a trouvé ce rythme, on est bien dedans.

Quel est l’objectif d’un auteur ?

Sans hésiter, de plaire aux lecteurs. La fonction d’un bon livre est d’être un divertissement, ce n’est pas d’être une zone expérimentale. Dans chacun de mes romans, il faut une montée dramatique, une structure chronologique et des clins d’œil, comme l’encyclopédie d’Edmond Wells qui revient de livre en livre. Il faut faire de la nouveauté dans la continuité. Mais au fond, la seule question que je me pose, c’est : comment transmettre une prise de conscience sur la planète et comment faire vivre mes personnages ?

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Le 19 septembre 2014, après l'interview...

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06 octobre 2012

Bernard Werber : interview pour Troisième Humanité

bernard werber,troisième humanité,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBernard Werber, je l’ai beaucoup lu au début de sa carrière, puis moins, puis de nouveau depuis peu. Parfois parce que mon métier m’y oblige, parfois par curiosité (et même par intérêt). J’apprécie l’homme, j’ai donc beaucoup de plaisir à le rencontrer pour des entretiens. Cette interview est la 6e (lire la précédente ici). L’auteur m’a reçu une fois encore chez lui, le 25 septembre dernier, pour Le Magazine des loisirs culturels Auchan, à l'occasion de la sortie, quelques jours plus tard de son nouveau roman, Troisième Humanité. (Vous avez évidemment le droit à la version complète juste après l’officielle.)  

 

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bernard werber,troisième humanité,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus : version longue de l'interview juste pour Les chroniques de Mandor.

L’action de votre livre est censée se dérouler dans 10 ans, mais le monde que vous décrivez ressemble à celui d’aujourd’hui…

Le monde d’aujourd’hui est déjà un monde dans lequel il y a la dynamique de tout ce qui va arriver dans le futur. Par exemple, la fonte des neiges en Arctique dont je parle dans le livre, c’est quelque chose qui est en cours actuellement et qui sera donc beaucoup plus développé dans 10 ans. Il y a une réflexion sur la croissance démographique. Je pose une question en tant que romancier : est-ce que la Terre peut supporter 10 milliards d’humains, alors qu’au siècle dernier, il n’y en avait qu’un milliard ?

Il y a un moment sensuel, voire presque sexuel entre vos deux héros Aurore Kammerer et David Wells. Ce genre de scènes est rare dans vos romans.

Avec la scène à laquelle vous faites référence, je voulais souligner qu’au-delà de tout, nous sommes des êtres de chair et de sang avec des hormones. On a beau être scientifique et manier de grandes idées, on est comme des animaux. Il y a la parade nuptiale et il y a l’envie de reproduction qui est inhérente à notre espèce. Mélanger la sexualité et la science me semble un cocktail intéressant.

Vous évoquez la réincarnation.

J’ai fait des séances d’hypnoses dans lesquelles on m’a fait revivre mes vies précédentes. Je ne suis pas dans le « est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est faux ? », c’est une histoire qui m’apporte des informations pour ma vie actuelle et ça m’apporte du miel pour écrire mes romans. Il m’a semblé avoir revécu une vie ancienne, maintenant je ne jurerai pas que cela est vraiment arrivé. Le seul élément qui pourrait m’inciter à penser que c’est vrai, c’est la masse de détails que j’ai retenue. C'est-à-dire que quand j’ai revécu ma vie en Atlantide, je voyais ce que l’on mangeait, je pouvais décrire avec précision les pièces que je visitais, les gens que je croisais. J’avais l’impression d’être un archéologue de vies antérieures. Maintenant, est-ce un rêve ou le fruit de mon imagination de romancier ?

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Dans Troisième Humanité, la terre prend la parole...

Vous n’avez jamais récidivé ?

Non. C’est comme faire de la montgolfière et du parapente, j’ai envie de le faire une fois et d’en parler. Pour l’expérience d’hypnose que j’ai vécue, j’ai peur qu’il y ait une sorte d’addiction malsaine si je recommence. J’ai l’impression que je tomberais dans la croyance. Mon métier ne consiste pas à être croyant, mon métier consiste à être expérimentateur et après raconter.

Vous n’êtes ni un mystique, ni un gourou.

L’approche de mon travail est philosophique. Philosophie, c'est-à-dire qui aime la sagesse. Dans le mot sagesse, j’entends le mot curiosité et capacité d’émerveillement. Sagesse, c’est faire des expériences et comprendre le monde. D’où l’on vient et où l’on va.

Vous en êtes à votre 18e livre. Vous parlez toujours du monde, de la planète, de l’univers, de la mort, de la vie, mais vous parvenez de roman en roman à vous renouveler. Vous 387545_430477610322496_204143402_n.jpgtrouver des angles systématiquement différents pour parler de la même chose. Puis-je affirmer cela ?

Je le répète, à mon avis, tous les romans reviennent sur les mêmes questions : qui sommes-nous ? Où allons-nous ? D’où venons-nous ? Vous savez, définir l’être humain, c’est très difficile, surtout aujourd’hui. La manière que j’ai d’explorer ça, c’est toujours de prendre un héros et de le confronter à une situation extraordinaire qui va l’obliger à se poser aussi la question : « qu’est-ce notre espèce et où allons-nous ? » Actuellement, la démarche que j’ai dans mes livres et le travail que je fais ne sont pas très à la mode en France. On considère que c’est plus un style anglo-saxon.

Vous sentez-vous visionnaire ?

Ça m’amuse d’avoir une vision du futur et ça m’amuse d’autant plus quand ce que je raconte se réalise. Il y a une phrase de Woody Allen qui dit « si je m’intéresse au futur, c’est parce que c’est là que je veux passer mes prochaines années ».

C’est facile pour votre entourage de vivre avec quelqu’un comme vous ?

(Rire) Pour mon entourage, je ne suis pas un écrivain, je suis un type normal, qui doit descendre les ordures et qui doit gérer l’appartement. Ma femme, qui est pourtant une de mes lectrices, depuis qu’elle vit avec moi ne me voit plus comme un auteur, elle ne voit plus que comme un simple humain avec lequel elle vit.

J’ai remarqué que vous aviez du mal à écrire un roman qui se suffit à lui-même. Ce sont toujours des cycles ou des sagas.

Celui-ci devait être un petit bouquin. Mais, il y a un moment, les personnages parlent d’eux-mêmes et les histoires ont besoin d’une certaine taille pour pouvoir exister. Les personnages de ce roman avaient envie de beaucoup de place pour exister. Je suis aussi aux ordres de mes personnages. C’est une forme de schizophrénie, mais quand ils dialoguent, je ne fais pas d’effort, je les écoute et je suis obligé de les suivre. J’ai tellement répété les scènes qu’à un moment mes personnages existent par eux-mêmes. À force d’écrire, je les fabrique et ils finissent par vivre. Plus ils seront autonomes plus ils auront la chance de surprendre le lecteur.

Vous dites, « à force de répéter une scène »… c’est comme une pièce de théâtre ?

Je crée la scène en l’écrivant. J’ai écrit une vingtaine de romans ou les personnages ont fait autre chose et où ils ont vécu d’autres histoires. Pour moi, c’est comme une partie de Master Mind. J’ai tous les éléments, mais ils ne sont pas bien placés.

C’est dingue ce que vous me racontez. Vous écrivez 20 romans pour n’en sortir qu’un. Mais vous écrivez combien d’heures par jour ?

J’écris 4 heures et demie par jour, de 8h à midi et demi. Pendant ce laps de temps, je fais à peu près 10 pages efficaces.

La notion d’efficacité me trouble toujours.

Efficace pour moi, c’est quand la scène est bouclée dans sa cohérence. Chaque scène doit être comme une nouvelle avec une avancée de la crise et une chute surprenante. Une scène de 10 pages devrait avoir toutes ces vertus-là.

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Une semaine après cet entretien, Bernard Werber rencontrait comme chaque année son public au Virgin des Champs-Elysées.

Vous faites très attention aux réactions du public.

Je suis très à son écoute. Quand je fais des livres, c’est pour lui. En fonction de leur feedback, je modifie le livre suivant et l’écriture.

Les lecteurs vous en parlent quand vous les rencontrez dans les salons du livre ?

Non, sur internet. Dans les salons du livre, ils n’osent pas trop s’exprimer sur mes romans. J’ai conscience que ce sont les lecteurs qui me font vivre et j’ai conscience qu’ils peuvent aussi être déçu, donc je suis très à l’écoute, notamment sur mon site bernardwerber.com. Je me perçois comme connecté à une famille de lecteur. J’essaie de les émerveiller et de les surprendre. Surtout surprendre. Il y en aura toujours qui trouveront que c’était mieux avant, Les fourmis, Les Thanatonautes… mais mon devoir est de ne pas toujours leur servir les mêmes livres. Pour moi, écrire des livres est un acte d’échange.

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Le 25 septembre 2012, après l'interview. (Photo prise par son fils.)