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20 mars 2019

Auren : interview pour Numéro

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorUn soir d’avril 2016, Calexico joue à l’Epicerie Moderne, à Lyon. A la fin du concert, Auren (mandorisée là en 2013 pour son premier album J’ose) confie à l’un des membres du célèbre groupe venu de Tucson quelques maquettes de ses nouvelles chansons. C’est ainsi que débute l’histoire de ce disque…

Nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés le 15 février dernier pour continuer l’histoire… qui fait désormais partie de son histoire.

Biographie officielle :

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album J’ose, sorti sur le label Naïve en 2013, réalisé par Nicolas Dufournet, dans lequel la chanteuse s’enhardit à développer toutes ses facettes musicales. L’album fera l’objet d’une tournée de plus de deux ans, dont quelques dates en compagnie de Benjamin Biolay, Yodelice ou Alex Beaupain. Des prestations toujours très remarquées, puisque encore tout récemment, en 2017, Olivia Ruiz elle-même, conquise par l’artiste, lui demanda d’assurer ses premières parties jusqu’à la fin de sa tournée.

Argumentaire de presse :auren,numero,calexico,interview,mandor

Aujourd’hui, Auren ose encore. Car Calexico, le groupe légendaire, a non seulement flashé sur les chansons de la petite frenchie, mais a décidé de réaliser entièrement le nouvel album. Voilà Auren embarquée pour Tucson. But du voyage, le vaste studio Wavelab, au milieu des cactus de l’Arizona, fréquenté par des artistes comme Amos Lee, Jean-Louis Murat, Dominique A, Giant Sand, Charlotte Gainsbourg et bien d’autres, y compris bien sûr Calexico.

Là, sous la houlette de Joey Burns, le fondateur multi-instrumentiste de Calexico, et de son compère batteur et percussionniste John Convertino, s’élaborent peu à peu les onze chansons de l’album. Des sessions enregistrées live avec la participation d’autres musiciens du gang. Résultat, un écrin sonore analogique et organique, foisonnant et vivant, comme des battements de cœur rythmant l’ivresse des grands espaces.

auren,numero,calexico,interview,mandorLe disque :

A l’unisson du thème de l’album, baptisé Numéro : une galerie de portraits de femmes, glanés au hasard des rencontres, alliage poétique d’observations vécues et de ressentis personnels. De sacrées numéros donc, toutes différentes, attirantes, singulières : l’impatiente, la révoltée, l’amoureuse, l’intrépide, l’excentrique, l’indécise, la paradoxale... Des chansons écrites là-haut sur la montagne savoyarde où vit désormais l’artiste, mises en musique par Romain Galland avec la participation de Gérald Raffalli, et enrichies des climats luxuriants de Calexico. Mais des chansons qui n’appartiennent qu’à Auren, cœur, corps et âme. Ballades folk-pop sur refrains entêtants, le tout servi par une voix à la fois puissante et sensuelle voilà qui fait de cet album, comme de son interprète, un numéro unique.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorInterview :

Il faut oser trouver un artiste pour faire écouter son travail. C’est ce que tu as fait un soir de 2016...

Quand Naïve m’a rendu mon contrat, ça devenait un peu plus compliqué pour moi. Je me suis demandé quelles étaient mes rêves et ce dont j’avais envie. Je trouvais que travailler avec Calexico était inatteignable, mais en même temps, qui ne tente rien n’a rien. J’ai donc envoyé les maquettes au management du groupe par mail. La manageuse me dit qu’elle fera passer tout ça à Joey Burns. Un  mois après, elle me répond qu’il n’est pas intéressé.

Ça commence mal, mais tu ne te décourages pas.

Avril 2016 arrive. On va au concert de Calexico à Lyon. A la fin du concert, mon homme m’encourage à me rendre au stand merchandising. Je vois l’un des guitaristes signer des albums et je me présente. Je lui explique que je rêve de travailler avec Joey Burns et John Convertino. Il me promet qu’il va leur remettre ma maquette et ma lettre. A une heure du matin, je reçois un mail me demandant si je suis encore dans les parages. Je n’ai répondu que le lendemain matin puisque je dormais. Je leur propose de venir les rejoindre à Berne 10 jours plus tard, car ils y jouaient.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorQue se passe-t-il dans ta tête pendant ces dix jours ?

J’étais surexcitée. Je me posais plein de questions sur ce qu’ils attendaient et sur la manière dont notre rencontre allait se dérouler.

Et donc, 10 jours plus tard ?

Il pleut beaucoup, la route est compliquée, je les préviens que je vais avoir une heure de retard. Ils me disent qu’il n’y a pas de problème, qu’ils écoutent mes chansons et qu’ils trouvent ça vraiment bien. Quand j’arrive à Berne, je rentre dans le club où ils sont en train de faire la balance. Ils me voient, arrêtent tout et Joey descend pour me faire un hug. J’étais très émue.

Ensuite ?

Il m’a présenté à toute l’équipe, puis ils ont continué la balance et après, j’ai discuté longuement avec Joey. Il m’a parlé de mes chansons en me citant les titres, je n’en croyais pas mes oreilles. A un moment, je lui demande s’il serait d’accord pour que j’enregistre mes nouvelles chansons au mythique studio de Tucson. Il me répond qu’il pense que c’est possible.

Il comprend le français ?

Non, mais je lui ai traduit toutes les chansons avant d’aller enregistrer.

Après, vous vous êtes revus en Allemagne.

Oui. J’étais accompagné de Romain Galland, mon guitariste. Joey nous demande de jouer et, après notre prestation, il nous dit que c’est bon. On va enregistrer ensemble à Tucson. Il a réservé le studio et l’endroit où on dormait. Je me suis dit « c’est quoi ce truc qu’il m’arrive ? » Comme quoi, parfois, il faut aller chercher ses rêves…

L'envers du disque… reportage très intéressant sur les coulisses de l'enregistrement avec de nombreux extraits. 

Quelques photos au studio Wavelab à Tucson - Arizona.

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Romain Galland, Auren, Joey Burns et John Convertino.

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(Photos : Martin Cuchet).

Comment as-tu vécu l’enregistrement ?

J’ai appris beaucoup. Il y avait chez Joey et le réalisateur beaucoup d’exigences. Une manière d’enregistrer très différente, beaucoup de live et de « one shot ». D’abord on plantait la rythmique. Tant que guitare-basse-batterie ne sonnaient pas, nous n’allions pas plus loin. Cela dit, avec eux, ça va assez vite (rires). En a enregistré sur bande les instruments additionnels, les voix, les chœurs…   à l’ancienne quoi !

Tout s’est bien passé ?

Oui, dans l’ensemble. J’étais quand même très impressionnée, très intimidée. Et j’ai perdu ma voix pendant 3 jours… mais pour moi, cette aventure a été une vraie école de la musique. Il y a eu un avant et un après.

L’album est celui dont tu rêvais ?

Je suis très heureuse parce que ce n’est pas Auren par Calexico, ni Calexico par Auren. Ils ont réussi à magnifier ce qu’on avait préparé en amont à Paris avec Romain. J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce disque. Je l’adore à 100%. Je suis hyper heureuse du résultat. J’aime même ses défauts, j’aime le son qu’il a. C’est vivant !

"Moi, Jane" - Durango Live Session

Textuellement, tu parles beaucoup des femmes d’aujourd’hui, mais ce n’est pas un disque féministe.

C’est un album de femmes, voire un album d’une femme. Ce sont mes propres ressentis par rapport à ce que je vis et ce que je vois dans la vie des autres. Rien n’est inventé. Dans « Emilio », je raconte l’histoire d’amis à moi qui, après 20 ans de mariage, font chambre à part ou s’en vont parce que le désir s’est éteint. « Edith », c’est l’histoire d’une jeune femme que j’ai croisé pendant que j’animais un stage de chant. Au départ, quand j’ai écrit ces chansons, je ne pensais pas dresser des portraits. En tentant de prendre de la hauteur, il a fallu que je me rende à  l’évidence… si, ce sont uniquement des portraits de femmes.

Je ne parle jamais des titres, mais là, je m’interroge sur Numéro.

Il y a plusieurs sens, mais c’est surtout parce que toutes ces femmes sont toutes de sacrées numéros (rires). Et c’est mon numéro d’artiste. Dans Starmania, opéra-rock que tu connais bien, je crois, Claude Dubois chantait « J'aurais voulu être un artiste, pour pouvoir faire mon numéro »…

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

Je trouve que par rapport à ton premier disque Ose, ta voix a évolué. Je me trompe ?

Je crois que j’ai acquis en liberté et en confiance. Les scènes après J’ose m’ont donné confiance et de la technique. Ma vie personnelle aussi. Changement de vie, changement de lieu de vie, changement de conjoint... tout cela a fait que ma voix s’est épaissie et qu’elle est plus libre.

La voix est en rapport avec les événements de ta vie ?

La voix fait partie de la communication à 100%. Mais je vais jusqu’à dire que tout le corps l’est. Je crois beaucoup à ça.

Quand on est heureuse, on chante mieux ?

Oui, je crois. Quand on est plus épanouie, on est plus ouverte, donc on peut aller plus loin dans sa puissance de femme.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017 Auren et Romain Galland.

Après avoir travaillé avec Calexico, tu vas aller vers quel autre rêve ?

Je ne sais pas encore. Il y a beaucoup de musiciens qui m’intéressent. Mais pourquoi ne pas recommencer avec eux ? Je ne m’interdis rien.

Tu as gardé des relations avec eux ?

Ils sont contents du disque et continuent à être au petit soin avec moi. Joey m’envoie des messages tout le temps pour savoir où j’en suis, ce qu’en pensent les journalistes… Les journalistes et les gens trouvent que c’est un album agréable dans lequel tu voyages et où il y a de jolies histoires. Tu sens l’ouest américain, mais tu sens aussi la chanson. Je suis heureuse de ne pas être dans la mouvance.

Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Pour rentrer en radio, c’est un peu compliqué pour moi. Je ne suis pas electro pop ou electro rap, je ne sais quoi. Je suis folk chanson.

FIP est partenaire de l’album. C’est la grande classe.

Je suis heureuse de cela. C’est un vrai beau cadeau. Ça fait du bien.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

C’est l’album qui te ressemble le plus ?

Je ne suis jamais allée aussi près de ce que je voulais. J’ai toujours eu peur du temps qui passe et finalement, je trouve que le temps est pour moi un véritable allié dans ma consistance artistique et dans ma profondeur d’artiste. Plus j’avance, plus je sais où je peux aller… et plus ce que je produis me ressemble.

Etre artiste, c’est un combat de tous les instants ?

Oui. Il faut toujours croire en ce que l’on fait. Il faut faire la différence entre ce que l’on fait et sa réussite commerciale. Ce n’est pas parce que ça marche ou ça ne marche pas que ce n’est pas bon.

Ce que tu dis là, pour moi, c’est une évidence.

Au fond, nous les artistes, nous sommes d’éternels insatisfaits, donc on a toujours envie que ça aille plus loin, plus haut, plus fort. On a envie que ce que nous avons créé soit partagé au maximum.

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Après l'interview, le 15 février 2019.

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14 décembre 2013

Auren : interview pour la sortie de J'ose

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Le paysage musical français accueille une nouvelle venue, Auren. Cette jeune femme trentenaire arrive avec un album dont le titre annonce la couleur : J'ose. Et elle ose. Les choix, les multiples facettes, les grandes scènes.

Et Auren a « osé » me contacter. Sa démarche et sa façon de faire m’ont plu. Elle s’est présentée (humblement en plus), mais ce n’était pas la peine… je l’avais déjà repéré, avec l’idée de la contacter moi-même un jour. Les grands esprits…

Le 18 octobre dernier, Auren est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance, micro ouvert, évidemment. Comme elle sera ce lundi 16 décembre au Divan du Monde, l’occasion était belle de publier enfin le fruit de notre conversation.

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auren,j'ose,interviewBiographie officielle (mais raccourcie):

J’ose est le pétillant premier album d’Auren.

À l’origine, il y a une artiste, une musicienne, une voix où se joignent fausse candeur et réelle mutinerie, et des chansons où l’astuce des textes et la folie mélodique sont vécues comme un acte d’insoumission. Ainsi armée, Auren s’est adjoint les services d’un savant fou de la pop en la personne de Nicolas Dufournet. L’ancien bassiste des Oui-Oui est donc celui qui fait rentrer en collision cet univers de chanson française délurée avec toute une caverne d’Ali Baba de sonorités, où le vintage tendance sixties. 

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel, qui compte parmi ses influences revendiquées. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album, toujours soucieuse de rester fidèle à son étrange mélange de malice, de chic et de simplicité.

Si les textes parlent d’amour, c’est pour mieux en varier la couleur : tantôt délicieusement provocateurs (« Crocodile »), tantôt coquins (« Seule dans mes draps »), tantôt égoïstes (« Changer la donne »), tantôt libertaires (« L’échappée belle »), ils se répondent comme un inépuisable kaléidoscope. L’univers de J’ose est donc une utopie, où pop et variété ne s’excluent pas, où le passé et le présent peuvent jouer ensemble, où l’amour rime toujours avec l’insoumission.

auren,j'ose,interviewInterview :

Tu es lyonnaise et tu es restée dans ta ville jusqu’à l’âge de 20 ans. As-tu commencé la musique là-bas ?

Oui, parce que ma grand-mère était pianiste et elle a enseigné cet instrument à tous ses petits-enfants. J’ai touché mes premiers claviers à 6 ans. C’était beau d’échanger la musique avec ma grand-mère. Elle m’a appris la musique classique jusqu’à l’âge de 15 ans et ensuite, je lui ai apporté des partitions pop. Jusqu’à ce qu’elle décède en 2011, nous avons toujours partagé nos musiques respectives. 

Quand as-tu pris la décision de consacrer ta vie à la musique ?

Déjà, ado, je sentais une vibration particulière quand j’écoutais de la musique. Je suis allée voir beaucoup de concerts quand j’étais jeune, seule ou avec mes parents. J’ai vu Véronique Sanson, Patricia Kaas… ce genre d’artistes. Mon père écoutait beaucoup de chansons françaises, ma mère, elle, écoutait plus d’anglais. J’ai beaucoup entendu l’album des Pink Floyd, The Wall, à fond à la maison. Moi, j’allais vers des artistes comme Vanessa Paradis, Nirvana.

Teaser de l'album J'ose.

auren,j'ose,interviewTu as fait des études « sérieuses », prépa HEC, l’EDHEC… Rien ne te préparait à une carrière musicale.

Mes premières chansons étaient des échappatoires pendant mes études. J’ai chanté dans des bars, sur la place des Célestins lors de la Fête de la Musique. Quand je suis parti à Nice faire des études, j’ai continué à chanter dans des petits bars, des clubs. J’ai même monté une association de musique qui me permettait d’interpréter mes propres chansons.

Tu es ensuite venue à Paris, dans le cadre d’un stage.

Oui, j’ai rencontré Paul Ives. Il m’a aidé à structurer le projet. Je ne savais pas réaliser une chanson. C’était vraiment instinctif. On a écrit le premier album ensemble. Moi aux textes et nous deux à la co-composition en musique.

En 2006, tu as rencontré Michael Jones.

Il a pris le pari fou de me prendre en première partie sur toutes ses dates en piano-voix. Je me suis dit que j’avais peut-être ma place dans ce métier. C’est à ce moment-là qu’a commencé mon addiction à la scène.

Après, tu as fait les Rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel.

Oui et j’ai fini par faire ses premières parties. Lors de l’une d’elles, un entrepreneur m’a vue et a décidé de m’aider. Je viens du mécénat finalement. J’ai pu sortir un premier disque.

Clip de "L'échappée belle".

auren,j'ose,interviewTu as signé ton deuxième album chez Naïve. C’est une belle maison. C’est encourageant pour une jeune artiste ?

Oui, évidemment. Sur le premier disque, j’avais écrit des chansons d’adolescence. Il ne présentait qu’une seule face de ma personnalité. C'était bien d'être auto-produit. Je me cherchais encore. Ce deuxième disque, beaucoup plus mature, présente toutes les autres facettes. Je parle de sujets qui concernent la femme trentenaire.

Si on écoute ton deuxième disque, sait-on qui est la vraie Auren ?

Oui, c’est celle qui n’a pas fait de compromis. J’aime bien l’éclectisme, la couleur, le contraste. Avec Nicolas Dufournet, on a beaucoup marché à l’instinct. Après ce sont les chansons qui nous ont guidées. Elles nous mettaient nos propres limites.

Tu évoques l’amour sous toutes ses formes.

Je ne chante que des choses qui me touchent. Je parle de l’amour du couple, l’amour de Frida Kahlo pour Diego Rivera, l’amour de ma grand-mère pour son mari après 60 ans de mariage, toujours identique. Je parle aussi de l’insoumission. Je dis que je ne vais pas me laisser faire par l’homme que j’aime. En fait, si je dois résumer, c’est un disque sur la place de la femme dans le couple et dans la société.

Je reviens sur la chanson sur Frida Kahlo… c’est un très bel hommage.auren,j'ose,interview

C’est une femme qui a marqué les femmes de ma famille. Ma mère et ma tante me l’ont fait découvrir au moment de la sortie du film avec Salma Hayek, Frida, en 2002. Après, je me suis beaucoup intéressée à elle. Elle a une force incroyable. Son histoire d’amour avec Diego est impressionnante. Dans les années 30 au Mexique, elle était parmi les premières à faire des choses pour la défense des femmes et permettre leur insoumission.

L’insoumission revient souvent dans tes chansons.

C’est quelque chose que possède chaque femme en soi en 2013.

La place de la femme n’est toujours pas là où elle devrait être ?

C’est mieux, mais ce n’est pas encore ça. Des femmes comme Frida Khalo, ce sont des vraies leçons de vie. Elle a souffert, mais elle a fait de sa souffrance une beauté. Dans ses tableaux ça se voit.

Derrière tes textes, on décèle quelqu’un d’ironique aussi.

Je suis pas mal second degré. « J’ose », c’est vraiment la phase de vie dans laquelle je suis en tant qu’artiste et en tant que femme. Je m’affirme, j’ose dire qui je suis et j’ose déplaire surtout. C’est grâce à la musique que j’ai pu devenir qui je suis vraiment.

Session acoustique de "En face".

auren,j'ose,interviewAs-tu peur de la page blanche, de la perte de l’inspiration ?

Un peu. Parfois, je sens qu’il y a des moments où ça ne veut pas venir.

Que fais-tu dans ces cas-là ?

J’appelle à l’aide le ciel (rires).

Ah ! D’accord ! La création a une origine divine !

Peut-être pas, mais il y a quelque chose de cet ordre-là. Il y a beaucoup de magie dans la création. La chanson que j’ai écrite pour ma grand-mère s’est imposée à moi 3 jours après son départ.

Elle a peut-être agi de là-haut.

Je ne sais pas (sourire).

Tu as fait pas mal de premières parties. On apprend quoi quand on chante dans ces conditions ?

On apprend à être sur scène. On est inconnu et on a un public qui ne nous attend pas. C’est comme un saut dans le vide. C’est du sang froid, de l’adrénaline, la gestion du trac et c’est donner. Donner vraiment au public. Quand tu fais les premières parties de Chris Isaak,  Benjamin Biolay ou Francis Cabrel, je t’assure qu’il ne faut pas se démonter parce que les gens qui sont devant toi sont de grands fans des artistes en question.

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Je pose souvent cette question. Une artiste, c’est quoi ?

On ne monte pas sur scène si on n’a pas un léger problème d’ego. On se met en hauteur et on se fait applaudir… c’est de l’ordre de la névrose. Mais qui n’est pas névrosé aujourd’hui ? J’aime vraiment partager. Partager avec les musiciens et partager avec le public. J’aime les gens et le contact avec eux. Il y a quelque chose qui nous remplit.

Y a-t-il une carrière que tu envies ?

Celle de Zazie est une jolie carrière. Elle est toujours là depuis 20 ans tout en faisant ce qu’elle a voulu. Elle est restée simple et semble authentique.

Dans les thématiques de tes chansons et dans la musique, tu n’es pas aux antipodes d’elle, d’ailleurs.

En tout cas, je me sens proche de cette femme. J’aime comme elle parle et j’apprécie son discours.

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Avec Auren, après l'interview, le 18 octobre 2013