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30 octobre 2019

Da Silva : interview pour Au revoir chagrin

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(Photos : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor« Pour son septième album, Da Silva nous entraîne dans une odyssée inédite et métissée. Des rythmes reggae aux accents pop en passant par le tempo de la valse, Au revoir chagrin s’écoute comme un voyage audacieux à travers les genres », nous prévient l’argumentaire de presse. En tout cas, il est clair qu’avec ce nouveau disque, Da Silva part à la recherche d’une émotion lointaine, presque fantasmée que l’auditeur prend en pleine tronche. Tronche de vie. « Pour cet album, j'étais à la recherche de la première émotion que j'ai ressentie quand j'ai écouté The Cure à 13 ans. Cette même émotion qui peut provoquer la première belle cuite, le premier baiser réussi ou le premier sentiment vraiment amoureux, celui qui fait peur. J'espère que ce sentiment sera partagé » explique l’artiste. Da Silva, qui a quitté la pop pour revenir à la chanson, nous emporte avec ses histoires pas banales racontées avec une écriture moins frontale, mais toujours aussi esthétique. L’homme a un indéniable savoir-faire (qu’il conteste). Je n’en ai jamais douté, mais cet album le prouve une ultime fois, Da Silva est un auteur-compositeur-interprète d’exception.

Sa page Facebook.

Son site officiel.

Le 23 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés pour une seconde mandorisation (la première est à lire ici). Comme l’homme dit ce qu’il pense, sans filtre, cela donne une interview pas piquée des hannetons.

Biographie officielle :da silva,au revoir chagrin,interview,mandor(Photos : Richard Dumas) 

En 2019, il y a ce drôle de mot qui pourrait résumer la situation de Da Silva. Apatride. Apatride dans un paysage musical du XXIe siècle où l’homme se sent forcément trop à l’étroit. Parce que les frontières, il s’en fiche. Parce que les étiquettes, les castes, les classes, il déteste – même s’il semble évident qu’il appartient à une lignée qui irait de Charles Aznavour à Daniel Darc (pour résumer). Depuis son apparition sur le devant de la scène en 2004 – et très vite tout en haut de l’affiche (le single décisif « L’indécision » sur l’album Décembre en été) –, l’homme a emprunté les directions qui l’ont souvent mené là où personne ne l’attendait. Car entre deux albums studio, les succès et les tournées, il a écrit pour les enfants (cinq livres CD à ce jour), mis son talent de compositeur, auteur et producteur au service des autres (ici Soprano, là Jenifer), assouvi ses passions (pour la photographie, pour le théâtre, entre autres), cultivé des amitiés – et peut-être quelques inimitiés aussi. Alors, forcément, il semble loin le temps des premiers tâtonnements, des premiers pas, des premiers enregistrements, des premières aventures, du rock déglingué de Punishment Park, de la pop ourlée de Venus Coma, de l’electro ouatée de Mitsu. ll semble loin le temps de l’adolescence à Nevers pour ce Rennais d’adoption qui ne prend jamais rien pour acquis. Qui, plus que certains, accepte de se remettre en question. De se mettre en danger. De tout balayer d’un revers de main pour tout recommencer.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorLe disque (que vous pouvez écouter ici):

Il en a été ainsi à l’heure d’imaginer ce septième album, mais son premier pour le label AT(h)OME. Da Silva a fait table rase de son passé (plus ou moins) récent. Pour ce disque qu’il a un instant pensé enregistrer à Cuba, il a choisi comme fil conducteur de ne pas en avoir. Il rêvait surtout “de bordel, de désordre ”.

Dans ce disque, il a renoué avec ces premiers vertiges, en essayant d’être le moins professionnel possible, en redevenant un débutant « qui fait un peu n’importe quoi ». Mais qui finit par le faire bien – et c’est bien là l’essentiel –, grâce à une écriture décomplexée, grâce à une certaine négligence qui mène parfois à l’excellence. Derrière une pochette en guise d’hommage à la bande originale de Five Days From Home signée Bill Conti, Au revoir chagrin– clin d’œil au magnifique roman de Françoise Sagan ? – dévoile dix chansons (et ici, ce n’est pas un mot à prendre à la légère) aux personnalités bien trempées. Des chansons qui flirtent avec la pop (« S’agapo »), le reggae (« Le Garçon »), la valse (« Rien »), prennent un accent brésilien (« Loin ») ou mariachi (« À l’endroit de la douleur »). Des chansons où l’on croit apercevoir les silhouettes de Tom Waits, Jean-Louis Murat et Brigitte Fontaine, où l’esprit du label Saravah semble s’être glissé dans les silences, où l’on croise Sylvie Hoarau de Brigitte ou Hakim Hamadouche, un proche du regretté Rachid Taha. Épris comme jamais de cette liberté qui lui colle pourtant à la peau comme ces tatouages qu’il affectionne, entouré d’une garde rapprochée – Nicolas Fiszman à basse, aux guitares et coréalisateur du disque, Denis Benarosh à batterie, Reyn Ouwehand aux claviers, Olivier Bodson aux cuivres –, Da Silva a pris ses responsabilités pour imaginer un album exotique et métissé, une invitation à un voyage musical et mélodique « loin du monde » tel qu’on le connait aujourd’hui. Un voyage pour lequel on se contentera de prendre un aller simple.

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(Photo : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorInterview :

Est-ce qu’au bout de 7 albums, on considère qu’on a bâti une œuvre ?

Je ne pense pas du tout en ces termes-là. Il y a des gens qui ont fait un album et c’est un chef d’œuvre. Une œuvre, ça peut même être juste une chanson. Ne pas en faire une deuxième, qu’est-ce que ça peut faire ? Une fois que tu as été touché par la grâce…

C’est quoi être touché par la grâce pour un créateur de chansons ?

C’est de créer une chanson incroyable qui a un caractère minuscule permettant de rentrer dans quelque chose de gigantesque et ainsi, toucher à l’universel. La grâce, c’est aussi quand la musique vous touche à des endroits auxquels vous ne vous attendiez pas.

Toi, tu as été touché par la grâce.

Non, je ne crois pas.

D’album en album, tu surprends toujours.

Ne pas être là où l’on m’attend est le but que je veux atteindre. Ce disque, je le voulais épicé et métissé. Je voulais créer aussi un joyeux bordel. J’ai passé beaucoup de temps à faire des albums dans lesquels je rangeais bien mes chansons. Tout allait dans le même sens et je me suis lassé de ça parce que ça m’a demandé beaucoup de travail.

Le clip de "Le garçon".

La composition, c’est facile ou difficile pour toi ?

La musique, c’est quelque chose de difficile. Souvent, je me dis : « A quoi bon faire ceci ou cela ? Ça a déjà été fait.» « A quoi bon faire ça comme ça ? » « Est-ce que là, je délivre assez d’émotions ? ». Faire de la musique comme ça, c’est facile, mais dès que l’on sait que l’on va devoir la figer sur un disque, là, ça devient plus compliqué.

Pourquoi faire de la musique alors ?

Parce que j’en ai besoin. Je fais de la musique depuis que je suis enfant. Même si je m’adonne aussi à la peinture et au théâtre, c’est un moyen d’expression dont je ne peux plus me passer.

Fabriquer des chansons, c’est un art ou un moyen d’expression ?

C’est un moyen d’expression qui est important et qui fait du bien à notre société. Une société sans musique serait insupportable. De manière générale, la culture est fondamentale dans ma vie. Il faut bien que toutes les idées que j’ai dans mon imaginaire finissent par sortir.

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Da Silva dédicace son disque...

Ton imaginaire est constamment en fonction ?

Oui, au point de m’empêcher de dormir. L’imaginaire, c’est fantastique, mais ça va dans un sens comme dans l’autre. On ne décide ni quand il se met en marche, ni quand il s’arrête.

C’est problématique d’avoir le cerveau en fusion perpétuellement ?

Oui. C’est difficile pour moi d’être présent dans la société. D’être présent à table et tenir tout le repas en étant concentré, pour moi c’est dur. Je n’arrive pas à m’accrocher à un sujet et à m’y tenir. Souvent, dans une conversation avec quelqu’un, j’ai des absences. Avec le temps, je me sens de plus en plus sauvage… et ça me convient bien. En cela, les réseaux sociaux m’ont fait beaucoup de bien. On peut communiquer avec les gens sans avoir besoin de se retrouver tous ensemble.

Les gens t’ennuient un peu ?

Non, le problème vient de moi. Quand je suis dans une période de peinture ou d’écriture de chansons, je n’ai pas le désir de faire autre chose que ça.

Tu t’ennuies quand tu ne crées pas ?

J’aime bien l’ennuie et j’aime bien m’ennuyer. Mon cerveau est comme un volcan en éruption, alors quand je m’ennuie, il me laisse un peu en paix. C’est un moment d’accalmie très appréciable.

Je ne sais pas comment tu fais pour t’ennuyer. Entre toutes tes activités et ce qui est mis à notre disposition pour se distraire (les réseaux sociaux, Netflix et compagnie)…

En ce moment, c’est sûr, on s’accoutume assez bien du médiocre. C’est comme si on mange tous les jours, toute la journée, notre palais ne va plus être apte à reconnaître le salé du sucré. Si on mange moins, en ciblant plus les aliments, le salé devient hyper salé et le sucré hyper sucré. Tous les parfums reviennent. Bref, si on part dans une frénésie de consommation, de contenus, d’images, de musiques, de clips, d’informations, on n’est plus du tout exigeant. On gobe tout ! Je crois qu’il faut essayer de digérer ce que l’on consomme avant d’entasser. Attention, je me mets dans le lot. Je suis addict à peu près à tout. Je me suis fait avoir comme les autres.

Dire que l’on s’ennuie, ça peut signifier qu’on est seul, abandonné de tous.

C’est effectivement mal vu dans la société de dire que l’on s’ennuie. Ce n’est pas classe du tout. « Oh ! Le pauvre, il s’ennuie, il est seul ! » Je le répète, c’est très important l’ennui. L’ennui, c’est par cet endroit que tout arrive, que tout passe.

Clip de "Loin".

Dans ta chanson « Loin », tu chantes qu’il faut prendre le temps de respirer et de désobéir.

Je crois que la société telle que nous la connaissons est terminée. Notre époque est finie, usée, vieille, sur les rotules. Ça va continuer ainsi parce qu’il y a trop de choses qui sont entreprises. Le monde qui fonctionne sur le modèle économique d’aujourd’hui va droit dans le mur. Ce modèle a tout usé. Les hommes, la nature et le climat. Ce modèle a même usé l’extravagance. On ne peut plus en rajouter. La coupe est pleine. Pour s’en sortir, il faudrait au minimum ralentir. Mais on ne ralentira pas.

Ce monde a usé Da Silva ?

Je ne suis pas indemne. Je ne sors pas de la vie quotidienne sans prendre des coups. Je suis comme tout le monde. J’ai quand même un endroit où je peux me réfugier, c’est la création, l’imaginaire. Je peux être dans une espèce de bulle ou les choses m’atteignent moins.

Dans « Au revoir chagrin », tu expliques que tu es moins malheureux qu’avant.

J’arrive désormais à être heureux avec des choses minuscules. Je suis heureux d’avoir Tom Waits sur ma platine, je suis heureux de m’être couché tard et d’avoir profité de la nuit et de son calme, je suis heureux d’attendre un peu sans rien faire, je suis heureux de me retrouver parfois. Notre société hurle en permanence, c’est terrifiant. Le bonheur, lui, se cache dans des trucs minuscules. Il est là, mais il est difficile de l’apercevoir. Je le vois mieux aujourd’hui.

Audio de "3 fois rien".

Dans « 3 fois rien » tu expliques que, désormais, il va falloir te prendre tel que tu es. Tu ne feras plus aucun effort.

Dans tous mes albums, j’ai toujours eu une chanson un peu comme ça. J’ai toujours fait un portrait de moi qui rappelle qu’il ne faut pas compter sur moi pour essayer de plaire, sinon je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui. Si j’avais accepté toutes les concessions, j’aurais eu une autre carrière commerciale. En tout cas, je suis très fier de mon chemin.

Que représente un nouveau disque pour toi ?

Chaque nouveau disque est en rapport avec un moment de sa vie. C’est même plus que ça. C’est un moment de sa vie qu’on a envie d’éclairer. Actuellement, j’ai envie d’éclairer des moments plus doux, joyeux, chatoyants… et un peu plus décadent aussi, dans certaines chansons. Je n’ai pas éclairé qu’une seule partie de moi-même, donc je montre un éventail un peu plus large. Je pense que mon public habituel me découvrira autrement.

La sortie d’un disque aujourd’hui, c’est important ?

C’est absolument un non-évènement. Je me demande à quoi ça sert, mais je continue quand même à en sortir.

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Da Silva en concert :

04/02 : PARIS (75) La Maroquinerie
11/03 : TOULOUSE (31) Le Rex
12/03 : BORDEAUX (33) Salle du Grand Parc
26/03 : CANTELEU (76) Espace Culturel François Mitterand
27/03 : CHELLES (77) Les Cuizines
13/05 : LYON (69) Festival Changez d’Air
03/11 : EPINAL (88) La Louvière
04/11 : EPINAL (88) La Louvière
Et d autres dates à venir ...

Tu es connu de tous les gens du métier, de beaucoup d’artistes, mais tu n’es pas un chanteur dit « populaire ».

Je ne suis connu que des gens qui s’intéressent à la musique, mais pas du tout du public. Si vous parlez aux gens de Da Silva, ça leur rappelle plus une entreprise de bâtiment ou un carreleur qu’un chanteur français. Je ne suis jamais à la télévision parce qu’on ne m’y invite pas. Tant pis si j’ai fait 7 albums, si j’ai écrit plus de 200 chansons pour les autres dont de nombreux tubes, notamment pour Soprano, Elsa, Hélène Ségara, Enrico Macias, Julie Zenatti, Superbus ou Jenifer, si j’ai écrit 6 livres pour enfants chez Actes Sud Junior, si j’ai joué un spectacle jeune public au Festival d’Avignon qui a été complet tous les soir, si j’ai composé deux BO de films, si je fais de la peinture qui se vend très bien, même à l’étranger…

C’est incompréhensible que tu ne sois pas plus médiatisé.

Je ne suis pas du tout en colère de cette situation. Je suis juste connu d’un certain public de fidèles qui me suit. Ces fidèles sont peu nombreux. Ma vie n’intéresse pas les grands médias peut-être parce que je ne sais pas être totalement consensuel. Ou alors, je n’ai pas la tête de l’emploi. Je suis peut-être trop moche.

N’importe quoi !

Si. Les chanteurs qui passent à la télé, ce sont de beaux gars et de belles filles. Sache en tout cas, que ça ne me fait pas de peine.

Heureusement, les gens du métier te font confiance.

De ce côté-là, ça va. Ils me demandent des textes pour des artistes. Ça me fait travailler et vivre. Je trouve même que certaines personnes du métier prennent soin de moi. Ils doivent reconnaître que ce que je fais n’est pas si mal. Je ne remercierai jamais assez ceux qui me permettent de pratiquer ma passion et ceux qui m’accompagnent, comme mes tourneurs et mes maisons de disque successives. J’ai une chance incroyable parce que je sais bien que je ne suis pas grand-chose dans l’économie de tout ça, mais on me permet de continuer à faire des concerts, à monter des projets de plus en plus fous. Certains sont socio-éducatifs. Je vais dans les collèges, dans les lycées, dans les prisons… Je vais partout où je peux me rendre utile, où je peux créer du lien, où je peux réfléchir autrement et ça c’est très important.

Considères-tu avoir un savoir-faire pour écrire des chansons ?

C’est exactement le contraire. Je suis souvent un type un peu dépassé. Les chansons me tombent sur la tête. Je ne maîtrise rien. Non, vraiment, je n’ai pas trop de savoir-faire. Je ne suis pas un mec qui se met à la table et qui buche des heures. Je ne sais pas faire ça.

Ça vient comment alors ?

Par excitations frénétiques.

Je ne comprends pas.

C’est comme les excitations que tu peux avoir quand tu es maniaco-dépressif. Les moments d’excitations extrêmes te font produire, produire, produire sans t’arrêter.

Tu as donc l’impression de ne pas faire d’efforts ?

Je fais des efforts tout le temps. Plus les années passent, plus j’ai l’impression de m’éloigner du monde réel et du quotidien, donc je fais des efforts pour rester un peu les pieds sur terre. Je fais même beaucoup d’efforts, mais en faisant en sorte d’avoir la politesse et l’élégance pour que ça ne se voie pas. L’effort, c’est beau quand ça ne se voit pas.

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(Photo : Richard Dumas)

La musique, ce n’est pas un travail?

Non, c’est une passion. J’essaie de transmettre des émotions, de communiquer. Communiquer ce que je ressens. Ca jaillit !

Tu es un instinctif alors ?

Oui. Mais je réfléchis aussi sur le monde. Je ne suis pas un penseur, mais je passe beaucoup de temps à penser à notre société, en tant que citoyen. Je passe beaucoup de temps à lire et à analyser ce qui est en train de se passer dans ce monde.

Que penses-tu des hommes ?

Ils sont fantastiques, même s’il y a aussi de vrais salauds. On fait avec tout ça puisqu’on sait bien qu’on est tous monstrueux. En tout cas, il y a une part de monstruosité chez tout le monde. On avoue ou on n’avoue pas, mais on cache tous des trucs démentiels.

Tu veux dire que si on gratte chez qui que ce soit, on y trouve du pas très bon ?

Pourquoi gratter ? Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu ne la vois pas la monstruosité chez les gens quand tu observes bien ?

Pas toujours. Avec l’âge qui avance, es-tu devenu plus calme ?

Oui. C’était nécessaire sinon j’y serais passé.

La création t’a sauvé ?

Elle m’a sauvé autant qu’elle m’a abîmé. Tu ne traverses pas des heures et des heures à créer dans différents domaines sans dommages. Tu as laissé un peu de toi quand même.

A quoi bon tout ça ?

Je suis né et, comme tout le monde, je vais mourir. Entre temps, il a fallu que je m’exprime, alors je m’exprime.

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Après l'interview, le 23 septembre 2019.

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