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18 septembre 2017

Lisa Portelli : interview pour l'album La nébuleuse

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor6 ans après son premier album, Lisa Portelli fait son retour avec un nouvel album, La Nébuleuse, entre rock et pop, formidable voyage aérien co-écrit avec Andoni Iturrioz (Je rigole, mandorisé en  2010 , en 2012 ici et en 2014 ). "On est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide."

Je suis la carrière de Lisa depuis 2007, je l’avais interviewé en 2009 dans une radio pour son premier album (autoproduit, il me semble) (), puis une seconde fois pour la sortie de Le régal en 2011 (ici). La même année, je l’avais interviewé  à la FNAC Val d’Europe à l’occasion des Muzik’Elles de Meaux () et revu aux Prix Constantin (ici). Bref, Mandor l’apprécie beaucoup. J'ai l'impression.

Cette fois-ci, Lisa Portelli m’a donné rendez-vous sur une terrasse d’un bar de Pigalle, le 5 juillet dernier. Détendue et souriante, visiblement bien dans sa peau et prête à défendre son nouveau disque étincelant.

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(Photo : Yann Orhan)

Biographie officielle (par Sonia Bester) :lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

Jeune femme affranchie, Lisa Portelli sort un nouvel album « La Nébuleuse » aux sons rock envoûtants où s’élève sa voix aérienne et cristalline.

Remontons dans le temps… Lisa a passé son enfance en Seine-et-Marne dans une ambiance plutôt bohême avec des parents ouverts sur le monde artistique (le père est scénographe lumière et la mère infirmière). Attirée comme un aimant par la guitare dès l’âge de dix ans, elle obtiendra le premier prix de conservatoire. Mais son second instrument c’est sa voix. A seize ans, étudiante en pension à Reims, elle écume les bars pour chanter.
Très vite, les choses s’enchaînent avec un passage aux Découvertes du Printemps de Bourges, le prix Paris Jeune Talent, puis un premier opus « Le Régal » salué par la critique et les professionnels suivi d’une longue tournée (plus de cent cinquante dates). 
Quand les choses s’emballent, il est parfois salutaire d’appuyer sur pause. 
Lisa Portelli avoue avoir eu le sentiment de s’être un peu perdue et de ressentir le besoin de se retrouver. 
Sans doute parce qu’elle est habitée par une certaine spiritualité, elle part en retraite dans un couvent et fait vœu de silence pendant un temps pour se ressourcer. Ce qui démontre une indéniable force de caractère. 

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorArgumentaire de presse (par Sonia Bester) :
Aujourd’hui Lisa Portelli revient en douceur et en force avec un nouvel album qu’elle a pensé du début à la fin. Son titre « La Nébuleuse », n’allez pas imaginer que c’est elle...
Co-écrit avec Andoni Iturrioz, elle s’y dévoile par touches et avec pudeur. 
Dans « Naviguer », ou la « Rocaille » elle parcourt le monde intérieur de chacun « ce vaste refuge que l’on porte en soi » pour peu que la sagesse de l’âme nous apprenne à l’atteindre. L’amour et tous ses états se traversent dans les titres « Longtemps », « Je suis la Terre » qui évoquent le désir et l’amour libre où dans le très beau et mystérieux morceau « Appartenir au large ». À l’écoute, on est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide. 
Deux excellents musiciens, Alexis Campet (basse), Norbert Labrousse (batterie), accompagnent divinement la demoiselle, dans une tension qui ne lâche pas du début à la fin. Ils seront rejoints sur scène par le guitariste Clément Simounet (Nilem)
Du très bon rock et de la très belle chanson telle est l’équation de cette « Nébuleuse ». 
Aujourd’hui Lisa Portelli peut tout affronter dans la vie, et en premier son talent qui lui promet un avenir radieux.

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorInterview :

C’est quoi cette histoire de retraite dans un convent accompagnée d’un vœu de silence ? Tu comprends bien qu’à la lecture de ton argumentaire de presse, on s’interroge…

Vers la fin de la tournée en 2012, je n’étais vraiment pas bien dans mes baskets. 6 mois auparavant, j’avais prévu cette expérience et c’est arrivé au moment où j’en avais le plus besoin. J’ai ressenti le besoin de faire silence sans trop savoir où j’allais et comment j’allais le vivre. J’ai même presque eu peur avant de me rendre dans ce couvent. Mais l’envie intérieure était si forte que j’y suis allée.

Tu es resté dans ce monastère combien de jours ?

100. L’idée n’était pas de se taire complètement, mais de ne pas bavarder inutilement. Tout ce qui n’était pas important n’avait pas à être dit. Au début, c’est très dur. Il m’arrivait de chantonner pendant que je faisais mes activités, comme le jardinage. Je me suis rendu compte qu’on a en permanence besoin de remplir le silence. J’ai fait un vrai ménage dans ma tête et ça m’a fait énormément de bien. Je me suis libérée de plein de choses en me taisant et en méditant.

C’était 100 jours où tu es restée vraiment cloitrée ?

Oui ? Mais je n’avais même plus envie de sortir. Je voulais vivre l’expérience à fond. J’ai remarqué que quand on s’éloigne du monde, paradoxalement, on en devient plus proche.

Clip de "Appartenir au large".

Tu as vécu comment le retour à la vie « normale » ?lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

C’est étonnant. On se rend compte que dans le monde dans lequel on vit, on se protège énormément, on met plein de barrières.

Encore aujourd’hui, tu ressens les effets de ce cloisonnement et de ce silence ?

Oui, ça a changé complètement ma vie et la conception de ma vie en profondeur. L’idée s’est aussi d’entretenir ce que j’ai fait là-bas. J’ai mis en place des choses pour continuer à méditer et à ne pas parler inutilement. Je fais en sorte que le silence soit présent assez souvent. Mais ce n’est pas facile, c’est un combat au quotidien.

Parlons musique, cet album est plus rock que le précédent.

A la fin de la tournée du Régal, je voulais faire un album avec le groupe qui jouait avec moi sur scène. Je voulais quelque chose d’organique, ensuite, je ne sais pas pourquoi, je suis parti dans autre direction. Un truc electro, hyper produit. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ça n’allait pas du tout. C’était trop lisse, trop propre, j’ai donc pris la décision de tout jeter et de tout recommencer à zéro, alors que j’avais déjà dépensé un fric fou. Après un concert au Chabada, j’ai compris qu’il fallait que je revienne au rock.

Tu as l’esprit rock ?

Je pense. Ensuite, je fais avec la voix que j’ai, une voix claire. Je veux « salir » la musique dans la guitare et le son pour obtenir un contraste.

Nocturne Session enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorAs-tu déjà des retours sur ton disque ?

Oui, ils sont plutôt positifs. Les gens qui ont écouté me disent tous que mon projet a muri.

Ton album évoque les tourments intérieurs et les tourments d’amour.

Il y a aussi pas mal de chansons qui parlent de spiritualité. Plutôt de recherches et de voyages intérieurs. C’est un peu la même chose.

Tu parles aussi sexualité au sein du couple dans « Longtemps ».

Ça parle d’une histoire d’amour qui dure depuis longtemps. J’interroge sur comment retrouver un désir. Quand tu es au quotidien avec quelqu’un, au bout d’un moment, on a tous le même problème, on se connait trop. Je dis « oublie-moi », mais « reste avec moi quand même ».

On reste avec le couple dans « Je suis la terre ».

C’est mon compagnon, Andoni Iturrioz, qui a écrit ce texte, mais c’est moi qui lui ai demandé d’explorer ce thème. Il s’est donc mis à la place d’une femme. On peut penser que la personne dont il est question dans cette chanson trompe son conjoint, mais ce n’est pas forcément cela. Il a voulu dire qu’il faut accepter que l’être que l’on aime ait d’autres vies. J’ai l’impression que le secret d’un couple, c’est d’accepter la liberté de l’autre.

Clip de "Cherche la joie". 

Dans « Cherche la joie » tu chantes : « il ne faut pas se conforter dans ses amertumes ».  

J’ai tendance à me conforter dans mes amertumes. Je me parle à moi-même. C’est comme si je parlais à la gamine que je vois parfois chez moi, qui est toujours en train de se plaindre. Dans le clip, je suis peintre et l’idée est de démontrer que par la création, la cogitation, le beau arrive.

Tu as voulu faire un album plus grand public ?

Non, je ne pense jamais à ce genre de considération. Si on pense au public quand on crée, on se disperse. Si on pense au public, on pense à ce qui marche. Si on pense à ce qui marche, on devient désespéré (rires).

Nocturne Session, enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

Tu t’ennuies quand tu n’écris pas ?

Oui, et surtout j’angoisse. Je ne supporte pas quand il ne se passe rien. La créativité me fait beaucoup de bien, mais je ne m’en rends pas toujours compte.

Pourquoi aimes-tu être sur scène ?

Si on veut aller à un endroit, il faut cultiver l’opposé. Vouloir être sur scène, c’est vouloir se montrer profondément. Si on est juste sur l’extérieur, on ne se supporte plus. On ne voit que l’image que l’on voudrait projeter et c’est insupportable.

Tu me sembles plus détendue qu’avant.

C’est une certitude. Quand j’étais dans le monastère, quelqu’un m’a dit : « quand tu es arrivée, on avait l’impression que tu avais une armure. » A la fin, je souriais souvent. Avant, j’avais peur de regarder les gens, je baissais souvent les yeux, aujourd’hui, je leur souris. J’ai l’impression d’avoir vécu dans la peur pendant très longtemps... ça va désormais beaucoup mieux.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

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24 juillet 2017

Roberdam : interview pour l'album Je rêve donc je suis

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(Photo : Yann Orhan)

La vie est difficile mais il faut garder espoir. Il faut lutter contre la douleur et la peine, et réagir.  Ne pas se laisser aller à un quelconque abattement. Rester vivant en restant soi-même… telle est la philosophie de vie de Roberdam et le leitmotiv des 12 titres « pop » de l’album Je rêve donc je suis. Dynamiques et débordantes de vie, ses chansons racontant le désir, l’amour, les petits soucis ou bonheurs du quotidien, sont enthousiasmantes. Elles font du bien, même. Mélancolique, mais optimiste, Roberdam nous propose de la bonne chanson française, moderne et efficace. De la chanson qu’on aimerait entendre plus souvent en 2017.

Le 9 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar parisien pour une première mandorisation.

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeArgumentaire officiel :

Il rêvait d’être acteur. Mais le sort en a décidé autrement.  Roberdam a choisi de jouer différemment, en passant par la  musique. À la sortie de son Ecole de musique (la M.A.I. à  Nancy), il fonde son premier groupe Ravid’Vour’Voir pour sept  années et trois disques de chanson française à tendance festive ; ensuite ce sera Les Garçons Trottoirs : un groupe de rue  avec lequel il va taquiner une folk sauvage, sur trois albums  et dans les Caf’Conc’ même les plus reculés de France. Puis en 2010, il s’est concentré sur ses affaires personnelles, menant  un projet improbable : la co-écriture d’un polar musical de 53 minutes mêlant ses chansons aux images de Frédéric Arnould. Roberdam est têtu. Il va aboutir son concept pour le  faire tourner sur les planches de France, pendant un an, dans  une folle aventure de projections-concerts…  Voilà pour ses années de jeunesse menées tambour  battant. En 2014, Roberdam a décidé d’arrêter de courir. Ou alors il courra tout seul, à son rythme. C’est dans  l’introspection qu’est née l’idée de ce premier recueil en  solo. Lentement, doucement, en structurant des textes et  des mélodies directrices au fil des humeurs et des rêveries. Il lui a fallu trois ans dans sa maison-bateau amarrée au  bassin de La Villette à Paris, pour composer quatre titres  d’abord, enregistrés et arrangés en tandem dans le « home  boat » de son voisin de péniche, le multi-instrumentiste  Quentin Bécognée. Un autre doux dingue. Tout est né là, sur l’eau, le regard pointé « Vers l’avant ». Tout ira très vite, dans l’action, de nouveau. Aux quatre  titres posés sur bande, s’en ajoutera une petite dizaine au  fil de la réflexion, puis mis en musique à l’instinct et dans  l’énergie au Studio Besco (dont il a essuyé les plâtres) avec le  batteur et claviériste Alexis Campet. Les voilà donc, regroupés  dans ce nouvel album solo, Je rêve donc je suis.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeInterview :

Tu es parti à 23 ans de Paris pour faire une école de musique à Nancy, mais avant cela, tu jouais déjà de la musique ?

J’avais monté des petits groupes dans la région parisienne. A partir de la terminale, je passais plus de temps à écrire des textes qu’à bosser mes cours. Très vite, j’ai eu des idées précises en tête.

Revenons à Nancy.

Je ne comptais pas y faire de vieux os, sauf que j’ai rencontré quelques musiciens et on a monté un premier groupe qui s’appelait Ravid’Vour’Voir. Très vite, on est parti sur les routes de France. C’était le début d’un métier. Comme on tournait énormément, nous sommes vite devenus intermittents du spectacle. Mine de rien, c’était il y a 17 ans et à ce moment-là, dans toutes les villes de France, il y avait au moins trois ou quatre bars où des jeunes groupes pouvaient jouer. Nous nous sommes retrouvés dans des cafés concerts au fin fond de l’Ardèche et c’était toujours blindé. On ne comprenait pas d’où venaient les gens. Ce qui était génial, c’est que l’on a joué dans des campings où il y avait cinq pelés comme dans un festival au Maroc où on a joué devant 12 000 personnes, dont la famille royale. Nous faisions souvent le grand écart, mais c’était hyper formateur. Pendant cette période, j’ai vraiment appris mon boulot de chanteur.

C’était un groupe comme Les hurlements de Léo, c’est ça ?

Voilà. C’était festif dans la réalisation musicale, dans l’énergie dégagée sur scène,  mais pas du tout dans les textes. C’était plutôt dans le genre « réaliste ».

Le nouveau clip de Roberdam, "Un été sous la pluie", extrait de l'album Je rêve donc je suis.

Tu es passé aussi par le groupe Les Garçons Trottoirs.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

C’est un groupe qu’on avait monté avec Bruno, le bassiste de Ravid’Vour’Voir. On en avait marre de  notre  groupe dans le sens où c’était devenu un projet assez lourd avec des amplis, guitares, machins et tout… Nous étions fatigués de tourner énormément. On a contacté un pote à nous, Paul, qui était jeune et talentueux à la guitare et au chant et on a décidé de monter un groupe, le plus simple et acoustique possible. C’est parti comme ça. A cela, s’est greffé le frère de Bruno, le premier accordéoniste, Marco… de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à 6. Les deux premières années, on a joué dans la rue et dans les festivals en plein air. Il y avait une énergie humaine incroyable. Ca a bien fonctionné. On a fait un premier disque super roots, mais super authentique, à la La Rue Ketanou.

Au bout de 4 ans, tu es parti. Pourquoi ?

Le système de groupe me lassait. Je ne m’y retrouvais plus et j’ai eu besoin de faire quelque chose tout seul.

Tu as co-écrit un polar musical, Je voudrais être une star,  avec lequel tu as fait des scènes.

C’était mon premier projet solo, mais accompagné de musiciens, sous le nom Roberdam. Ça m’a fait du bien de ne pas partager avec les autres. Ne plus se justifier sur chaque décision que je prenais devenait primordial. J’avais une soif incommensurable de liberté. J’ai rencontré un réalisateur de clip, Frédéric Arnould, et j’ai flashé immédiatement sur lui. Un jour, il vient me voir dans  mon camping-car pour me dire qu’il a écouté mes maquettes et qu’il est bien embêté parce qu’il voulait faire un clip d’une chanson précise, mais que finalement, il souhaite faire des clips pour chacune. De fil en aiguille nous avons décidé de toutes les cliper. Du coup, il a fallu inventer un lien entre elles. Ca a donné naissance à un vrai scénario et un polar musical de 53 mn. Nous sommes partis 3 semaines en tournage dans la campagne nancéenne avec 35 comédiens. Il y avait aussi le cirque Gones avec nous.

Le premier clip de l'album Je rêve donc je suis, "Vers l'avant".

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu réalisais un de tes rêves de gamin ?

J’ai toujours rêvé d’être comédien. Frédéric Arnould m’a offert ce rêve. Un album est né de cette aventure. Pour les maisons de disques, le projet était trop compliqué, un disque et un film, ça faisait peur, donc, je n’ai pu le développer nulle part. On a pu montrer le film dans certains cinémas de l’est et j’ai pu ensuite faire une tournée de projections-concerts.

Mais ce n’était pas fatiguant ?

Si, énormément. C’était de l’autoproduction pure et dure. Il fallait que je fasse tout et, en plus, je ne gagnais pas bien ma vie. A un moment, j’en ai eu marre, alors j’ai voulu revenir à des choses plus simples. J’ai pris la décision de tourner seul en guitare-chant. Je me suis aussi promis que je ne sortirais pas de disque sans une prod derrière. Les groupes et l’autoproduction… ras le bol !

"Est-ce que tu m'aimes quand même?" (audio)

Tu as écris les premières chansons de cet album sur ton voilier.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

J’étais heureux comme un pape lors de la conception de ce disque. Un soir, je faisais la fête avec des potes sur mon bateau. Un autre vient s’installer sur la place libre d’à côté. Un de mes potes reconnait un copain à lui, Quentin. Il nous apprend qu’il vient s’installer là, du coup, il est venu faire la fête avec nous. La rencontre avec Quentin Bécognée s’est faite ainsi. C’est aujourd’hui la plus belle rencontre musicale de ma vie.

Il avait son studio dans son bateau ?

Oui, c’est dingue !  On est resté trois jours dans ce studio pour enregistrer une vingtaine de titres en guitare-chant. De fil en aiguille, on a fait un premier EP 4 titres. On en était hyper content.

Tu travailles comment ?

Les textes viennent d’abord. Les mots donnent l’ossature  de la musique, le rythme, le relief, une ligne de chant. Le travail d’arrangements est plus difficile pour moi. J’ai eu  besoin de partager et d’échanger avec Quentin sur les musiques et leurs couleurs.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu crois au destin ?

La vie est comme ça. Moi, j’ai appris à regarder.

Les signes ?

Oui.

Ta musique, c’est quoi ?

C’est de la pop à la française. Le fait de jouer de la musique plutôt enjouée sur des textes pas très légers, c’est le reflet de ce que je suis. J’ai appris à tout prendre bien. J’ai été élevé ainsi. Quand j’ai un coup de mou, très très vite, je rebondis. J’ai eu un père qui a été malade assez tôt dans ma vie, il en est décédé. Je me suis construit avec ça, mais du coup, je relativise tout. Je peux tout voir avec des lunettes roses. Ça ne veut pas dire que je ne vois pas les choses mauvaises qui existent.

Dans ton disque, tu parles de séparation, du bouleversement du schéma familial qui est compliqué à mettre en place…

Parce que j’ai bien connu tout ça. Mais je retire les avantages de ce genre de situations. J’ai décidé de vivre, alors j’avance et je mène ma vie en essayant d’être le plus libre possible. On n’est pas sur terre pour se prendre la tête. C’est aussi ce que je raconte dans mes chansons.

"Tes dessous" (audio)

Quand je t’ai vu sur scène, la première chose que j’ai remarqué c’est que tu dégages du positif et une aura de sympathie.

La scène, c’est le reflet de la vie et des relations humaines puissance 20. Si tu arrives avec le « smile » sur scène, évidemment, les gens vont avoir le sourire et il y a une forte probabilité que l’on passe un bon moment ensemble, qu’ils adhèrent ou pas à ma musique. Cela dit, je fais tout pour qu’ils adhèrent aussi à ma musique.

Comment fait-on pour voir la vie du  bon côté ?

Personnellement, j’ai vu pas mal de psychiatres et psychologues (rires). Depuis 6 ans, je me suis retourné vers les thérapies brèves.

C’est à dire la sophrologie, l’hypnose ?

Voilà, tout ça. La programmation neurolinguistique m’intéresse aussi beaucoup. La pensée positive, c’est absolument génial. On dégage tous quelque chose, donc on interagit directement sur l’autre.

A travers ton métier, c’est une mission de donner du bonheur aux gens ?

Complètement. En ce moment, ça va même encore plus loin dans ma vie. Je commence en septembre une formation de sophrologue. En parallèle de la musique, j’aimerais être sophrologue ou hypnothérapeuthe. En musique, s’il y a bien un message que j’ai envie de faire passer, c’est : « soyons heureux et respectueux tous ensemble quoi qu’il arrive ». J’ai une vie jonchée de pas mal de galères, que j’ai moi-même créé parfois. Je ne me facilite pas toujours la vie, mais ça ne m’empêche pas d’être heureux coûte que coûte.

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Pendant l'interview...

Tu espères quoi en musique ?

J’aimerais que quelques chansons passent en radio et que la réussite de mon disque soit suffisamment importante pour ne pas avoir besoin de faire 100 concerts par an.

C’est-à-dire ?

J’aime le fait d’avoir du temps pour moi, pour mes enfants, pour vivre, pour développer une deuxième activité professionnelle, celle dont je viens de te parler. Quand ça fonctionne moyennement en musique, tu es obligé d’aller sur la route pour avoir plus d’heures qu’il n’en faut pour réussir à dégager un petite 1450 euros par mois, tout compris. Du coup, c’est fatiguant. J’aimerais que cela fonctionne assez pour faire des concerts qui remplissent et pouvoir faire la fine gueule. Pouvoir choisir les dates. Je veux avoir le confort de vie pour tourner moins que d’habitude.

Tu es optimiste ?

Oui. Je crois que c’est un bel album, que je fais de la musique « grand public » et que je suis bien accompagné. J’ai un bon tourneur et de supers manageurs… Je ne suis pas dans une niche, mes chansons peuvent plaire à tout le monde. Après, je ne suis plus maître de grand-chose. Aujourd’hui, j’avance marche après marche.

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Après l'interview, le 9 juin 2017.

01 février 2017

Kent : interview pour La grande illusion

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorKent, à bientôt 60 ans et 40 ans de carrière Après un CD intimiste en piano-voix, Le Temps des Âmes (pour lequel je l’ai mandorisé), un livre somptueux  Dans la tête d’un chanteur et une passionnante émission de radio, Vibrato sur France Inter, le chanteur revient à l'esprit rock et pop de ses débuts avec son 18ème album solo, La Grande Illusion. L’artiste lyonnais  s'est inspiré, pour composer et écrire, de ses introspections et de ses indignations. Dans ce disque publié pour la première fois sur le label indépendant At(h)ome (que j’affectionne particulièrement), on redécouvre ainsi la plume engagé et poétique de Kent, dans des textes taillés au couteau écrits avec son cœur. Il y est beaucoup question d’amour et de nostalgie, de contemplation et recueillement. Cela fait longtemps que je le sais, mais il est toujours bon de le rappeler, Kent compte parmi les plus grands auteurs de sa génération. Le 14 décembre 2016, nous nous sommes rejoints dans un café de la Place du Chatelet.

NB: Toutes les photos  de Kent sont signés Frank Loriou (sauf celle avec Hubert Mounier et celle où je suis avec lui).

Argumentaire officiel :

La grande illusion marque le grand retour de Kent dans le paysage de la chanson française. Réalisé par David Sztanke de Tahiti Boy, ce 18ème album solo de l'ex Starshooter regroupe 10 titres universels et intimes, aux couleurs tantôt pop, tantôt rock, écrits avec la plume toujours aussi précise et juste. Plus qu'un bilan, l'auteur-compositeur-interprète a pensé cet album comme un instantané, une photo fidèle à ses introspections et ses émotions du moment. Un disque franc et généreux mais jamais nostalgique, qui marquera les 40 ans de carrière de Kent en 2017 et le début d'une grande tournée française.

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorInterview :

Quand tu écris des chansons, as-tu l’idée préconçue de faire un album ?

Pas du tout.  Je suis même étonné d’en faire encore. Mais quelques chansons se mettent en place en attente de l’engrais. En général, c’est une rencontre qui déclenche le fait d’enregistrer un album. Une fois que je sais avec qui je vais travailler, il y a des chansons qui vont coller et d’autres pas. Je me remets à écrire dans le sens du disque que je vois se profiler au loin.

Je suis sûr que c’est le cas pour une chanson comme « Eparpillée ».

C’est effectivement le cas typique d’un titre que j’ai écrit en sachant avec qui j’allais réaliser l’album.

J’adore ce que tu dis dans cette chanson. Je le pense tellement.

Je raconte que nous sommes tous éparpillés. On porte toujours un masque, et il est différent selon les gens avec qui on est. Par exemple, si on a un rendez-vous galant ou un rendez-vous professionnel, on ne va pas se comporter de la même manière. De toute façon, même si on est naturel, les gens nous voient chacun à leur manière. C’est difficile de vraiment cerner les gens. Nous ne sommes pas qu’un.

Extrait de "Eparpillé".

« Un revenant » évoque un rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Je n’aime plus coller à l’actualité, parce qu’elle va trop vite. Quand on colle à l’actualité, il y a un risque probant d’être manipulé par elle. Pour cette chanson, c’est différent. Il y a des gens qui m’inspirent et qui me poussent à écrire. C’est le cas du journaliste Philippe Lançon qui écrit dans Charlie Hebdo et Libération. Je le lis depuis des années. J’adore comme il l’écrit. Avant l’attentat, je l’avais même contacté pour que l’on travaille ensemble… et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quelques semaines après, Philippe Lançon s’est remis à écrire et il raconte sa renaissance, sa survivance. J’ai trouvé cela extrêmement touchant.  On a tendance à beaucoup parler de ceux qui sont morts, mais ceux qui sont toujours là, nous les oublions. Il y a eu autant de blessés que de morts et je trouvais intéressant de parler de ceux qui sont restés. Je tente d’expliquer ce qu’il se passe quand on revient à la vie bien esquinté.

Dans « L’heure du départ », parles-tu de ton propre décès ?

J’imagine mon décès et comment mes proches vont le vivre. Je rentre dans une tranche d’âge où il y a plus d’enterrements que de naissances et de mariages. Quand je suis à un enterrement, je vois ce qu’il se passe, je vois cette tristesse, ces comportements stéréotypés. Un enterrement devrait coller à la personnalité de celui qui vient de partir.

Jkent,la grande illusion,athome,interview,mandor’ai pensé à ton pote Hubert Mounier en écoutant cette chanson.

Je suis resté d’abord hébété à l’annonce de la mort d’Hubert. Il m’a fallu des jours pour trouver des mots à dire. C’est un proche et on avait tellement de choses en commun que j’ai fini par savoir quoi dire à son enterrement. Le plus difficile est de rester pudique et de ne pas parler de soi, mais de parler de celui qui part. L’important est de penser à celui qui n’est plus là.

Il y a justement une chanson sur l’amitié dans ton disque, "Rester amis". C’est une valeur importante pour toi ?

J’étais enfant unique, donc mes frères et mes sœurs sont mes amis. Je me suis construit ainsi. Les amis que je connais depuis très longtemps sont des balises.

Arrives-tu à te faire de nouveaux amis ?

Pas dans le métier. Il y a des gens que je rencontre avec qui je m’entends, mais pour devenir amis, il faut une réciprocité. Les artistes rencontrent trop de gens, nous sommes trop sollicités. Je vais te dire franchement, mon carnet d’adresse me saoule. Souvent, j’efface des noms parce que c’est sans fin.

Dans ton œuvre, je trouve que rien n’est daté.

Pourtant, je t’assure que si. L’album Le mur du son (1987), c’est vraiment très années 80, l’album Métropolitain (1998), c’était une volonté de coller à une explosion electro des années 90. Mes albums sont le témoignage d’une époque. Des disques intemporels, finalement, on ne sait pas ce que c’est. Pour moi les albums de Simon et Garfunkel sont intemporels, mais pour mon fils, non.

Extrait de "La dérive des sentiments".

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorTu reviens à de la chanson très « rock ». Ça faisait longtemps que l’on ne t’avait pas entendu chanter ainsi.

Depuis l’album Panorama en 2009, je pars en tournée avec Fred Pallem et deux guitares, puis avec mon précédent disque, Le temps des âmes, en piano voix. Ça fait donc 7 ans que je tourne a minima. J’avais un gros manque de rythmiques.

De jouer avec plus d’instruments et des boites à rythme, ça modifie la façon de chanter ?

Non, je ne crois pas. Simplement, on n’écoute pas un chanteur de la même manière quand il chante derrière un piano que quand il est accompagné d’un groupe même s’il chante pareillement.

Le premier single est « Chagrin d’honneur ».

Je voulais absolument faire une chanson sur le burn out. Je voyais beaucoup de personnes autour de moi qui en étaient victime. C’est un peu le mal du siècle. Mais je n’aime pas le mot en anglais. Burn out, ça fait presque trendy, chic. Un jour j’écoute à la radio Davor Komplita, un psychiatre suisse qui s’intéresse au burn out. Dans son interview, il dit qu’il déteste ce mot et qu’il préfère le terme « chagrin d’honneur ». J’ai entendu cette appellation, la chanson est venue. Je précise que je lui ai demandé l’autorisation de reprendre son terme. Il a accepté très gentiment.

"Chagrin d'honneur" en intégralité (audio).

C’est jubilatoire le moment où un évènement ou un mot débloque une chanson qui était en stand-by ?kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Oui. C’est un moment formidable parce que tu sais que ta chanson est là. Quand tu es artiste, tu as les antennes qui sont sorties en permanence. Tu captes toutes les ondes autour de toi jusqu’au moment où tu captures un sujet de chanson.

Ce n’est pas fatiguant de tout capter tout le temps ?

Parfois, ça me gonfle d’être comme une éponge. Je t’avoue qu’avant cet album, j’ai décroché. C’était la première fois de ma vie que j’ai décroché volontairement sans trouver ça angoissant. J’ai arrêté de penser aux chansons et à la musique. J’ai vécu plus d’un an autrement. Je dormais mieux. C’était bien (rires).

Au bout de 40 ans de carrière, c’est toujours aussi flippant de sortir un nouvel album ?

Plus que jamais. C’est angoissant parce que je me juge par rapport à ce que j’ai déjà fait. Je me demande toujours si ça va être aussi bien que tel ou tel album. Si je rentre en studio, il faut que cela en vaille la peine. Après 40 ans de carrière, on peut considérer que je fais partie des meubles et que c’est normal que je fasse un disque régulièrement. Quand je sors un disque, il n’y a pas d’attente et de surprise. Alors il faut créer la surprise ou l’attente. C’est une sacrée pression. Il faut être hyper ambitieux pour faire un disque. Je suis exigeant quand j’écris mes textes, quand je compose, quand je choisis mes musiciens, quand je choisis la pochette. Je suis exigeant sur tout, mais parfois je me dis à quoi bon ?

Tes albums sont pourtant réellement attendus. Je connais plein de gens qui sont attentifs à ce que tu fais ?

C’est gentil de me dire ça. Je sais qu’il y a des fidèles et vraiment, c’est important pour moi qu’ils soient là… mais, à chaque album, mon souhait est de capter l’attention aussi de nouveaux auditeurs. Et puis tu sais, entre les gens et l’artiste, il y a tout le reste :  l’industrie, les médias et surtout... il y a l’embouteillage. Le disque sort au milieu d’une centaine d’autres disques, ça m’angoisse.

Il t’arrive d’être désabusé ?

Bien sûr, mais je lutte contre ça. Je lutte contre le cynisme et la « désabusion ». D’abord, on sait tous où ça a mené Nino Ferrer. Je veux penser que pour moi, dans ce métier, tout est encore possible.

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Après l'interview, le 14 décembre 2016.